« C’est fait, mon cœur, quittons la liberté. »

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Étienne de La Boétie Vingt et neuf sonnets

III.« C’est fait, mon cœur, quittons la liberté. »


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III.


C'est fait, mon cœur, quittons la liberté.
De quoi me huy servirait la défense,
Que d'agrandir et la peine et l'offense ?
Plus ne suis fort ainsi que j'ai été.

La raison fut un temps de mon côté
Or révoltée elle veut que je pense
Qu'il faut servir, et prendre en récompense
Qu'onc d'un tel nœud nul ne fut arrêté.

S'il se faut rendre, alors il est saison,
Quand on n'a plus devers soi la raison.
Je vois qu'amour, sans que je le déserve,

Sans aucun droit, se vient saisir de moi
Et vois qu'encore il faut à ce grand Roi
Quand il a tort, que la raison lui serve.

IV.


C'était alors, quand, les chaleurs passées,
Le sale Automne aux cuves va foulant,
Le raisin gras dessous le pied coulant,
Que mes douleurs furent encommencées.

Le paisan bat ses gerbes amassées,
Et aux caveaux ses bouillants muids roulant,
Et des fruitiers son automne croulant,
Se venge lors des peines avancées.

Serait-ce point un présage donné
Que mon espoir est déjà moissonné ?
Non certes, non. Mais pour certain je pense,

J'aurai, si bien à deviner j'entends,
Si l'on peut rien pronostiquer du temps,
Quelque grand fruit de ma longue espérance.


V.

J'ai vu ses yeux perçants j'ai vu sa face claire