« Dans la Bresse au sol gris »

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Œuvres poétiques de Joséphin Soulary
Alphonse Lemerre, éditeur, 1883 (IIIe partie, p. 99).
Dans la Bresse au sol gris




XLII

DANS LA BRESSE AU SOL GRIS



Dans la Bresse au sol gris coupé d’étangs limpides,
Saint Hubert a souvent ri de me voir chasser ;
Car le râle me nargue en ses crochets rapides,
Et le lièvre, bien coi, me regarde passer.

Un jour, las et fourbu, les flancs du carnier vides,
Je m’étendis à l’ombre et cessai de penser.
Deux bouleaux balançaient sur moi leurs voix timides,
Et je crus les entendre en ces mots converser :

« Comprends-tu, disait l’un, qu’on soit assez poète
Pour venir de si loin dormir, et qu’on s’entête
A poursuivre un gibier qu’on veut ne pas tenir ? »

Et l’autre : « Mon avis est que cet imbécile,
Ennuyé de sa femme, aura quitté la ville
Pour s’ennuyer tout seul, et n’en pas convenir. »