- Ferai un vers de pur néant :
Non point sur moi ni d’autres gens,
Non plus d’amour, ni de serment,
Ni dicts féaux ;
je l’ai composé en dormant
Sur un chevau.
- Sous quelle étoile suis-je né :
Je ne suis gai ni attristé
Ni revêche ni familier,
je n’en puis au ;
Une fée de nuit m’a doué,
Sur un puy haut.
- Ne sais si je suis endormi
Ou si je veille et où je suis.
Peu s’en faut mon cœur soit parti :
Dolent étau,
Ne le prise plus que souris
Par Saint-Marceau.
- Malade suis et crois mourir,
Mais ne puis que le pressentir :
Un médecin j’irai quérir,
Par monts et vaux ;
Bon certes s’il me peut guérir,
Mauvais s’il fault.
- J’ai une amie qui je ne sais
Car ne la vis ma foi jamais ;
D’elle je n’eus bien ni méfait,
Il ne m’en chaut ;
Oncques n’eus normand ou français
Dans mon ostau.
- Jamais ne la vis, l’aime fort,
Jamais ne m’a fait droit ni tort ;
Quand ne la vois, bien m’en déport,
Ne vaut moineau.
Je sais minois bien plus accor,
Et qui mieux vaut.
- Mon vers est fait de tout ceci ;
Je vais le donner à celui
Qui le transmettra par autrui
Là vers l’Anjou,
Et m’enverra de son étui
La Contraclau.