« J’ai l’esprit tout ennuyé »/Buon, 1587
’ay l’eſprit tout ennuyé
D’avoir trop eſtudié
Les Phenomenes d’Arate :
II eſt temps que ie m’esbate
Et que i’aille aux champs iouër.
Bons Dieux ! qui voudroit louër
Ceux qui, collez ſur un livre,
N’ont iamais ſoucy de vivre ?
Que nous ſert I’estudier,
Sinon de nous ennuyer ?
Et ſoin deſſus ſoin accrestre,
À nous, qui ſerons peut-estre,
Ou ce matin, ou ce ſoir,
Victime de l’Orque noir ?
De l’Orque qui ne pardonne,
Tant il eſt fier à perſonne ?
Corydon, marche davant,
Sçache où le bon vin ſe vend :
Fay refraiſchir ma bouteille,
Cerche une fueilleuſe treille
Et des fleurs pour me coucher :
Ne m’achete point de chair,
Car tant ſoit-elle friande,
L’Eſté ie hay la viande.
Achete des abricôs,
Des pompons, des artichôs,
Des fraiſes, & de la crême :
C’eſt en Eſté ce que i’aime,
Quand ſur le bord d’un ruiſſeau
Ie les mange au bruit de I’eau,
Eſtendu ſur le rivage
Ou dans un Antre ſauvage.
Ores que ie ſuis diſpos
Je veux rire ſans repos,
De peur que la maladie
Un de ces iours ne me die,
Ie t’ay maintenant veincu :
Meurs galland, c’eſt trop veſcu.