« Mon frère, que jamais la tristesse importune »

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André ChénierOdes

’’« Mon frère, que jamais la tristesse importune »’’


 
Mon frère, que jamais la tristesse importune
       Ne trouble ses prospérités !
Va remplir à la fois la scène et la tribune :
       Que les grandeurs et la fortune
Te comblent de leurs biens, au talent mérités.

Que les Muses, les arts toujours d’un nouveau lustre,
       Embellissent tous tes travaux ;
Et que cédant à peine à ton vingtième lustre,
       De ton tombeau la pierre illustre
S’élève radieuse entre tous les tombeaux.

Mais................................................
       Infortune, honnêtes douleurs,
Souffrance, des vertus superbes et chaste fille,
       Salut. Mes frères, ma famille,
Sont tous les opprimés, ceux qui versent des pleurs,

Ceux que livre à la hache un féroce caprice ;
       Ceux qui brûlent un noble encens
Aux pieds de la vertu que l’on traîne au supplice,
       Et bravent le sceptre du vice,
Ses caresses, ses dons, ses regards menaçants ;

Ceux qui devant le crime, idole ensanglantée,
       N’ont jamais fléchi les genoux,
Et soudain, à sa vue impie et détestée,
       Sentent leur poitrine agitée,
Et s’enflammer leur front d’un généreux courroux.


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