IV
- Puisque l’aube grandit, puisque voici l’aurore,
- Puisque, après m’avoir fui longtemps, l’espoir veut bien
- Revoler devers moi qui l’appelle et l’implore,
- Puisque tout ce bonheur veut bien être le mien,
- C’en est fait à présent des funestes pensées,
- C’en est fait des mauvais rêves, ah ! c’en est fait
- Surtout de l’ironie et des lèvres pincées
- Et des mots où l’esprit sans l’âme triomphait.
- Arrière aussi les poings crispés et la colère
- A propos des méchants et des sots rencontrés ;
- Arrière la rancune abominable ! arrière
- L’oubli qu’on cherche en des breuvages exécrés !
- Car je veux, maintenant qu’un Être de lumière
- A dans ma nuit profonde émis cette clarté
- D’une amour à la fois immortelle et première,
- De par la grâce, le sourire et la bonté,
- Je veux, guidé par vous, beaux yeux aux flammes douces,
- Par toi conduit, ô main où tremblera ma main,
- Marcher droit, que ce soit par des sentiers de mousses
- Ou que rocs et cailloux encombrent le chemin ;
- Oui, je veux marcher droit et calme dans la Vie,
- Vers le but où le sort dirigera mes pas,
- Sans violence, sans remords et sans envie :
- Ce sera le devoir heureux aux gais combats.
- Et comme, pour bercer les lenteurs de la route,
- Je chanterai des airs ingénus, je me dis
- Qu’elle m’écoutera sans déplaisir sans doute ;
- Et vraiment je ne veux pas d’autre Paradis.