II
- Toute grâce et toutes nuances
- Dans l’éclat doux de ses seize ans,
- Elle a la candeur des enfances
- Et les manèges innocents.
- Ses yeux, qui sont les yeux d’un ange,
- Savent pourtant, sans y penser,
- Éveiller le désir étrange
- D’un immatériel baiser.
- Et sa main, à ce point petite
- Qu’un oiseau-mouche n’y tiendrait,
- Captive sans espoir de fuite,
- Le cœur pris par elle en secret.
- L’intelligence vient chez elle
- En aide à l’âme noble ; elle est
- Pure autant que spirituelle :
- Ce qu’elle a dit, il le fallait
- Et si la sottise l’amuse
- Et la fait rire sans pitié,
- Elle serait, étant la muse,
- Clémente jusqu’à l’amitié,
- Jusqu’à l’amour - qui sait ? peut-être,
- A l’égard d’un poète épris
- Qui mendierait sous sa fenêtre,
- L’audacieux ! un digne prix
- De sa chanson bonne ou mauvaise !
- Mais témoignant sincèrement,
- Sans fausse note et sans fadaise,
- Du doux mal qu’on souffre en aimant.