À G... Y.
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- Il est pour tout mortel, soit que, loin de l'envie,
- Un astre aux rayons purs illumine sa vie ;
- Soit qu'il suive à pas lents un cercle de douleurs,
- Et, regrettant quelque ombre à son amour ravie,
- Veille auprès de sa lampe, et répande des pleurs ;
- Il est des jours de paix, d'ivresse et de mystère,
- Où notre cœur savoure un charme involontaire,
- Où l'air vibre, animé d'ineffables accords,
- Comme si l'âme heureuse entendait de la terre
- Le bruit vague et lointain de la cité des morts.
- Souvent ici, domptant mes douleurs étouffées,
- Mon bonheur s'éleva comme un château de fées,
- Avec ses murs de nacre, aux mobiles couleurs,
- Ses tours, ses portes d'or, ses pièges, ses trophées,
- Et ses fruits merveilleux, et ses magiques fleurs.
- Puis soudain tout fuyait : sur d'informes décombres
- Tout à tour à mes yeux passaient de pâles ombres ;
- D'un crêpe nébuleux le ciel était voilé ;
- Et, de spectres en deuil peuplant ces déserts sombres,
- Un tombeau dominait le palais écroulé.
- Vallon ! j'ai bien souvent laissé dans ta prairie,
- Comme une eau murmurante, errer ma rêverie ;
- Je n'oublîrai jamais ces fugitifs instants ;
- Ton souvenir sera, dans mon âme attendrie,
- Comme un son triste et doux qu'on écoute longtemps !