À Madame Holdt, en lui envoyant un rosier…

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Bernard de BonnardÀ Madame Holdt, en lui envoyant un rosier…

1791


    Quand vingt roses sortant d'une tige commune
    En parfumant les airs charment nos sens flattés
    Le groupe l'embellit des grâces de chacune.
    C'est ainsi qu'une belle à nos yeux enchantés
    Présente à la fois vingt beautés
    Qui toutes ensemble en font une.

    Pour le croire, il suffit de vous voir un moment,
    Vous, en qui la nature assemble
    Tant de fleurs de beauté d'esprit et d'agrément ;
    Chacune plaît à part, toutes plaisent ensemble
    Et de leur union résulte un tout charmant.

    De mon rosier si je vous fais hommage,
    Vous le voyez, ce n'est pas sans raison,
    Chloé, puisqu'il est votre image.
    Mais sans trop s'arrêter à la comparaison,
    Mon cœur à vous l'offrir trouve un grand avantage.

    J'ai raisonné, j'ai dit : la plus brillante fleur
    Ne dure hélas qu'une journée
    Et fût-elle un tribut du cœur
    Dès qu'elle a perdu sa fraîcheur
    On oublie aisément la main qui l'a donnée.

    Mais, tant que mon rosier vivra,
    Mon rosier portera des roses
    Et, que sait-on, peut-être en les voyant écloses,
    Chloé de moi se souviendra.

    Puissent l'amitié tendre et mes destins propices
    Confirmer un penser si doux !
    Que cet arbuste heureux croissant sous vos auspices
    Ait chaque jour au moins une rose pour vous.


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