À mes amis (Hugo)
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- Sans monter au char de victoire,
- Meurt le poëte créateur :
- Son siècle est trop près de sa gloire
- Pour en mesurer la hauteur.
- C'est Bélisaire au Capitole :
- La foule court à quelque idole,
- Et jette en passant une obole
- Au mendiant triomphateur.
- Amis, dans ma douce retraite
- A tous vos maux je dis adieu.
- Là, ma vie est molle et secrète.
- J'ai des autels pour chaque dieu.
- Le myrte, qu'au laurier j'enchaîne,
- Y croît sous l'ombrage du chêne ;
- J'y mets Horace avec Mécène,
- Et Corneille sans Richelieu.
- Là, dans l'ombre descend ma muse
- A l'œil fier, aux traits ingénus,
- Image éclatante et confuse
- Des anges à l'homme inconnus
- Ses rayons cherchent le mystère ;
- Son aile, chaste et solitaire,
- Jamais ne permet à la terre
- D'effleurer ses pieds blancs et nus.
- Là, je cache un hymen prospère ;
- Et sur mon seuil hospitalier
- Parfois tu t'assieds, ô mon père !
- Comme un antique chevalier ;
- Ma famille est ton humble empire ;
- Et mon fils, avec un sourire,
- Dort aux sons de ma jeune lyre,
- Bercé dans ton vieux bouclier.