À toi
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- Lyre longtemps oisive, éveillez-vous encore.
- Il se lève, et nos chants le salueront toujours,
- Ce jour que son doux nom décore,
- Ce jour sacré parmi les jours !
- O vierge ! à mon enfance un Dieu t'a révélée,
- Belle et pure ; et, rêvant mon sort mystérieux,
- Comme une blanche étoile aux nuages mêlée,
- Dès mes plus jeunes ans je te vis dans mes cieux.
- Je te disais alors : - O toi, mon espérance,
- Viens, partage un bonheur qui ne doit pas finir.
- Car de ma vie encor, dans ces jours d'ignorance,
- Le passé n'avait point obscurci l'avenir.
- Ce doux penchant devint une indomptable flamme ;
- Et je pleurai ce temps, écoulé sans retour,
- Où la vie était pour mon âme
- Le songe d'un enfant que berce un vague amour.
- Aujourd'hui, réveillant sa victime endormie,
- Sombre, au lieu du bonheur que j'avais tant rêvé,
- Devant mes yeux, troublés par l'espérance amie,
- Avec un rire affreux le malheur s'est levé !
- Quand seul dans cette vie, hélas ! d'écueils semée,
- Il faut boire le fiel dont le calice est plein,
- Sans les pleurs de sa bien-aimée
- Que reste-t-il à l'orphelin ?
- Si les heureux d'un jour parent de fleurs leurs têtes,
- Il fuit, souillé de cendre et vêtu de lambeaux ;
- Et pour lui la coupe des fêtes
- Ressemble à l'urne des tombeaux.
- Il est chez les vivants comme une lampe éteinte.
- Le monde en ses douleurs se plaît à l'exiler,
- Seulement vers le ciel il élève sans crainte
- Ses yeux, chargés de pleurs qui ne peuvent couler.
- Mais toi, console-moi, viens, consens à me suivre ;
- Arrache de mon sein le trait envenimé ;
- Daigne vivre pour moi, pour toi laisse-moi vivre ;
- J'ai bien assez souffert, vierge, pour être aimé !
- Oh ! de ton doux sourire embellis-moi la vie !
- Le plus grand des bonheurs est encore dans l'amour.
- La lumière à jamais ne me fut point ravie ;
- Viens, je suis dans la nuit, mais je puis voir le jour !
- Mes chants ne cherchent pas une illustre mémoire ;
- Et s'il me faut courber sous ce fatal honneur,
- Ne crains rien, ton époux ne veut pas que sa gloire
- Retentisse dans son bonheur.
- Goûtons du chaste hymen le charme solitaire.
- Que la félicité nous cache à tous les yeux.
- Le serpent couché sur la terre
- N'entend pas deux oiseaux qui volent dans les cieux.
- Mais si ma jeune vie, à tant de flots livrée,
- Si mon destin douteux t'inspire un juste effroi,
- Alors fuis, toi qui fus mon épouse adorée ; -
- Toi qui fus ma mère, attends-moi.
- Bientôt j'irai dormir d'un sommeil sans alarmes,
- Heureux, si dans la nuit dont je serai couvert,
- Un œil indifférent donne en passant des larmes
- A mon luth oublié, sur mon tombeau désert !
- Toi que d'aucun revers les coups n'osent t'atteindre !
- Et puisses-tu jamais, gémissant à ton tour,
- Ne regretter celui qui mourut sans se plaindre,
- Et qui t'aimait de tant d'amour !