Éloge de la folie (Nolhac)/II
| I | ◄ | Éloge de la folie | ► | III |
Pourquoi suis-je venue aujourd'hui dans cet accoutrement insolite, vous allez le savoir si toutefois cela ne vous lasse pas de me prêter l'oreille, non pas bien sûr celle qui vous sert à écouter les prédicateurs sacrés, mais celle que vous avez coutume de dresser vers les charlatans de foire, les pitres et les bouffons, celle que notre grand Midas montra jadis à Pan. Car j'ai décidé de faire un peu le sophiste devant vous, non pas comme ceux d'aujourd'hui qui inculquent aux enfants des sornettes compliquées et leur enseignent à disputer avec plus d'opiniâtreté que des femmes, mais à l'imitation de ces anciens qui, pour échapper à l'appellation déshonorante de "Sage", préfèrent celle de "Sophistes". Leur occupation consistait à célébrer dans des éloges la gloire des dieux et des héros. Vous allez donc entendre un éloge, non d'Hercule ou de Solon, mais le mien propre, c'est à dire celui de la Folie.
montra jadis à Pan: les oreilles d'âne qu'Apollon fit pousser à Midas pour avoir préféré la flute de Pan à la sienne.