| LVI | ◄ | Éloge de la folie | ► | LVIII |
Ce train de vie des princes, il y a longtemps que les souverains pontifes, les cardinaux et les évêques lui font une sérieuse concurrence ; et peu s'en faut qu'ils n'aillent encore plus loin. Mais si l'un d'eux voulait réfléchir à son superbe habit de lin, blanc comme la neige, symbole évident d'une vie sans la moindre tache ; à ce que veulent dire les deux cornes de la mitre réunies par un même nœud, autrement dit la connaissance impeccable aussi bien du Nouveau que de l'Ancien Testament ; au sens des mains protégées de gants, à savoir une administration des sacrements qui soit pure de toute souillure au contact des choses humaines ; à la signification transparente de la crosse pastorale : une extrême vigilance à l'égard du troupeau qu'on lui a confié ; à ce qu'indique clairement la croix portée devant lui : la victoire sur toutes les passions humaines ; et donc, si l'un d'eux, disais-je, voulait réfléchir à cela et à des tas d'autres choses analogues, ne vivrait-il pas dans la morosité et l'inquiétude ? A notre époque, c'est tout le contraire, et les pasteurs - jolie performance ! - se réservent les gras pâturages ! Le soin du troupeau, ils le confient au Christ, ou bien ils le refilent aux "frères", comme ils disent, ou à leurs vicaires. Ils ont bien oublié leur nom d' "évêque" et tout ce qu'il évoque : labeur, vigilance, sollicitude. Il n'y a que pour tondre leurs ouailles qu'ils se comportent en "évêques" à part entière : ils ouvrent l'oeil pour de bon !