Éloge de la folie (Nolhac)/VI

La bibliothèque libre.
Aller à : Navigation, rechercher
V Éloge de la folie VII


VI


J'ai voulu imiter par là les Rhéteurs d'aujourd'hui, qui se croient de vrais dieux parce qu'ils se montrent avec deux langues, comme les sangsues, et qu'ils s'imaginent faire merveille en enchâssant dans leur discours latins quelques petits mots grecs, comme on fait une mosaïque, même si c'est hors de propos. Et si les mots étrangers leur manquent, ils déterrent dans de vieux parchemins pourris quatre ou cinq archaïsmes qui obscurcissent l'esprit du lecteur, si bien que ceux qui les comprennent sont encore plus contents d'eux-mêmes et ceux qui ne les comprennent pas s'extasient d'autant plus qu'ils comprennent moins. Car c'est un plaisir délicat pour mes gens d'admirer par-dessus tout ce qui leur est le plus étranger. Si certains sont un peu plus prétentieux alors ils sourient, ils applaudissent et remuent les oreilles comme l'âne pour faire croire qu'ils ont parfaitement compris. Mais assez là-dessus. Je reviens maintenant à mon sujet.

remuent les oreilles : Adages, 35.

Outils personnels
Espaces de noms

Variantes
Actions
Lire
Contribuer
Imprimer / exporter
Boîte à outils