Épître 2

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Voltaire Épître 2

À madame la comtesse de Fontaines,
sur son roman de la comtesse de Savoie.
1713
Épître 2


La Fayette et Segrais, couple sublime et tendre,
le modèle, avant vous, de nos galants écrits,
des champs élysiens, sur les ailes des Ris,
vinrent depuis peu dans Paris :
d’où ne viendrait-on pas, Sapho, pour vous entendre ?
À vos genoux tous deux humiliés,
tous deux vaincus, et pourtant pleins de joie,
ils mirent leur zaïde aux pieds de la comtesse de Savoie.
Ils avaient bien raison : quel dieu, charmant auteur,
quel dieu vous a donné ce langage enchanteur,
la force et la délicatesse,
la simplicité, la noblesse,
que Fénelon seul avait joint ;
ce naturel aisé dont l’art n’approche point ?
Sapho, qui ne croirait que l’amour vous inspire ?
Mais vous vous contentez de vanter son empire ;
de Mendoce amoureux vous peignez le beau feu,
et la vertueuse faiblesse
d’une maîtresse
qui lui fait, en fuyant, un si charmant aveu.
Ah ! Pouvez-vous donner ces leçons de tendresse,
vous qui les pratiquez si peu ?
C’est ainsi que Marot, sur sa lyre incrédule,
du dieu qu’il méconnut prôna la sainteté :
vous avez pour l’amour aussi peu de scrupule ;
vous ne le servez point, et vous l’avez chanté.
Adieu ; malgré mes épilogues,
puissiez-vous pourtant, tous les ans,
me lire deux ou trois romans,
et taxer quatre synagogues !