Épître 2
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La Fayette et Segrais, couple sublime et tendre,
Le modèle, avant vous, de nos galants écrits,
Des champs élysiens, sur les ailes des Ris,
Vinrent depuis peu dans Paris :
D’où ne viendrait-on pas, Sapho, pour vous entendre ?
À vos genoux tous deux humiliés,
Tous deux vaincus, et pourtant pleins de joie,
Ils mirent leur Zaïde aux pieds
De la comtesse de Savoie.
Ils avaient bien raison : quel dieu, charmant auteur,
Quel dieu vous a donné ce langage enchanteur,
La force et la délicatesse,
La simplicité, la noblesse,
Que Fénelon seul avait joint ;
Ce naturel aisé dont l’art n’approche point ?
Sapho, qui ne croirait que l’Amour vous inspire ?
Mais vous vous contentez de vanter son empire ;
De Mendoce amoureux vous peignez le beau feu [3],
Et la vertueuse faiblesse
D’une maîtresse
Qui lui fait, en fuyant, un si charmant aveu.
Ah ! pouvez-vous donner ces leçons de tendresse,
Vous qui les pratiquez si peu ?
C’est ainsi que Marot, sur sa lyre incrédule,
Du dieu qu’il méconnut prôna la sainteté :
Vous avez pour l’amour aussi peu de scrupule ;
Vous ne le servez point, et vous l’avez chanté.
Adieu ; malgré mes épilogues,
Puissiez-vous pourtant, tous les ans,
Me lire deux ou trois romans.
Et taxer quatre synagogues [4] !
- ↑ Marie-Louis-Charlotte de Pelard de Givry, comtesse de Fontaines, est morte le 8 septembre 1730, à soixante-dix ans. Elle était veuve de Nicolas de Fontaines, maréchal de camp. La première édition de l’Histoire de la comtesse de Savoie, un volume in-12, n’a paru qu'en 1726. (B.)
- ↑ C’est de ce roman que Voltaire tira plus tard le sujet de sa tragédie de Tancrède. Voyez, tome IV du Théâtre, page 489, l’avertissement pour cette pièce.
- ↑ Variante :
Vous nous peignez Mendoce en feu,
Et la vertueuse faiblesse
De sa chancelante maîtresse. - ↑ Mme la comtesse de Fontaines était fille du marquis de Givry, commandant de Metz, qui avait favorisé l’établissement des juifs dans cette ville ; ceux-ci, par reconnaissance, lui avaient fait une pension considérable qui était passée à ses enfants. (K.)