Étude sur le corset(1907):Le Corset et son influence sur l'estomac et la digestion

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CHAPITRE VII Le Corset et son influence sur l'estomac et la digestion

Comprimant le foie, la rate, le thorax et par lui les poumons et le cæur, il serait extraordinaire que le corset n'eut pas une action sur l'estomac. Mais nous croyons qu'on peut avancer sans crainte ce fait, que c'est de tous les organes abdominaux celui sur le-quel, à cause même de ces fonctions, le corset a la plus néfaste influence.

Il n'est presque pas d'auteur qui l'ait niée. Bouvier signale la compression de l'estomac, les lésions des fonctions digestives et la réduction du volume de" l'estomac. M. Guiraud dit qu'il est incontestable quo, le corset comprime l'estomac et peut être la cause de certains troubles de la digestion. Le docteur Albert Mathieu dit que c'est à lui qu'est due la dyspepsie flattulente. A. Paré parle de « la mort d'une dame de la Cour tombée dans le marasme à la suite de vomissements répétés des aliments, dus â la pression 'de l'estomac par un corps à baleine ». Vaissette en parlé dans sa thèse, Buttin et M-° Tylicka également ; Chabrié et Chapotot ont consacré entièrement la leur à cette importante question. Voyons donc comment agit cette compression et les effets qu'elle produit.

A l'état normal, l'estomac est vertical pendant la période fœtale et à l'âge adulte il es[ légèrement oblique, mais très près de la verticale; la peule courbure est parallèle au bord gauche de la colonne vertébrale. Lorsqu'il se remplit normalement, l'estomac se dilate et pour cela écarte ses parois dans tous les sens, mais surtout en haut, en avant et en bas.

Comprimé, quels sont les organes qui agissent sur lui? Tout d'abord, ce sont les côtes qui, refoulées en dedans, produisent deux sortes de constriction : une constriction annulaire formant le thorax en sablier et une constriction en masse donnant le thorax en gaîne ou cylindre.

Ces côtes agissent sur l'estomac et y produisent comme sur le foie et la rate un sillon transversal qui souvent se continue avec celui marqué sur ces organes. Nous reproduisons d'après Chabrié, un estomac (fig. 24, planche VII) comprimé par les côtes, où un sillon est resté visible, correspondant au 9me cartilage, le pylore est sur la ligne médiane, le colon transverse est descendu eu le foie en dôme. Le foie lui-même peut exercer une compression sur l'estomac, Rasmussen l'a signalée.

Quoi qu'il en soit, le corset agit sur l'estomac comme le dit Mme Tylicka, non plus sur les parties comprimées mais sur les parties les plus mobiles. Le cardin, la grosse tubérosité sont fixes, le pylore l'est aussi relativement ou peu mobile, grâce à ses attaches sur les côtés des corps vertébraux. La grande .courbure est la partie la plus mobile, et c'est elle qui va subir les plus grandes déforniations, prenant, pour axe de rotation les points fixes plus haut décrits.

Pour Bouveret et Chapolol, l'estomac est pincé entre le foie et la rate, il s'allonge, s'abaisse en tournant autour du. cardia et arrive à la biloculation. par les degrés suivants:

1er degré, simple verticalité.

2me degré, abaissement plus ou moins marqué du pylore avec agrandissement apparent, le diamètre transversal diminue.

3me degré, formation. de, l'ectasie sous pylorique. La poche pylorique descend de plus en plus jusqu'à pendre derrière le pubis.

On pourra suivre ces différents stades dans les figures 28, 29, 30, 31, planche VIII, d'après Chapotot, où les trois premières correspondent aux deux premiers degrés et la quatrième à la formation de l'ectasie sous-pylorique.

Voilà l'es tomiac biloculaire consuitué. C'est, en effet, comme, le dit Chabrié : un estomac qui présente vers sa partie médiane un étranglement plus ou moins accentué qui le divise en deux poches distinctes. (La figure 27, planche VIII, représente un estomac en place), d'après Boas.

Cette déformation donne à l'estomac une direction si non absolument verticale, du moins très voisine d'une ligne parrallèle à l'axe longitudinal de la colonne vertébrale. La capacité de cet organe devient ,inférieure à la normale. Quant à la fréquence de cette déformation, elle doit être assez grande puisque M. Charpy, pour sa part, en a trouvé trois cas en deux ans.

Sæmmering, Sappey, Cruveilhier Fora décrit. Cependant tous les auteurs ne sont pas d'accord pour attribuer à la constriction du corset l'estomac biloculaire. Certains en font une déformation co ngénitale, d'autres l'attribuent à des cicatrices d'ulcères de l'estomac, à une simple raison physiologique, à une persistance de la constriction de l'estomac qui se produit pendant la digestion par suite de la contraction des fibres obliques (Laborde), mais nous nous en tenons avec la majorité des auteurs modernes à l'explication de l'origine mécanique produite par une pression extérieure.

Trollard rapporte dans ce sens de nombreux cas où il a observé constamment la coïncidence du sillon du corset avec la déformation, en particulier chez les Espagnoles qui abusent de ce vêtement et chez les soldats sanglés dans leur ceinturon.

Quels vont être les effets cliniques de la formation côte à côte de ces deux poches, dont l'une supérieure est aplatie et comprimée, contenant des gaz ; l'autre inférieure contenant les aliments et les liquides?

Avec les principaux auteurs, nous décrirons des troubles mécaniques, des troubles chimiques et des troubles nerveux et de nutrition.

Les troubles mécaniques sont tous les troubles primitifs produits par la simple compression du corset ; ils ont lieu généralement après les repas, l'estomac ayant de la difficulté â se dilater, la femme boit pour aider cette dilatation. Il y a de la rétention gastrique, une sensation de pesanteur â l'épigastre, du clapotage à jeun, du péristaltisme douloureux, des douleurs semblables à celles de l'hyperchlorhydrie : trois ou quatre heures après les repas, des contractions musculaires visibles sur la peau, des vomissements.

La percussion indique la présence du grand cul de sac en haut et que l'organe se trouve entièrement vertical et à gauche. On a enfin le bruit de glouglou.

M. Clozier (de Beauvais), auquel Buttin attribue la découverte de ce bruit, l'appelle hydro-aérique, dit qu'il est isochrone â la respiration et ajoute qu'il est symptomatique de la compression stomacale par le corset.

Glenard, au contraire, dit que le corset ne fait que favoriser ce qu'il peut y avoir d'anachrone dans la contraction physiologique de l'estomac.

Bouveret a observé que le glouglou se produisait pendant l'expiration et l'inspiration et disparaissait par une compression sous-ombilicale énergique, qui refoulait et remontait fortement le grand cul de sac. Cet auteur, du reste, explique ce bruit de glouglou d'une façon fort ingénieuseet très plausible. II dit que c'est le diaphragme qui agit sur les gaz elles liquides contenus dans la cavité, inférieure de l'estomac biloculé et qui les fait refluer avec bruit dans la cavité supérieure.

Le chimisme gastrique se trouve souvent modifié tantôt dans le sens de l'hyperchlorhydrie, tantôt dans celui de l'hypochlorhydrie. Pour Bouveret, c'est le plus souvent l'anachlorhydrie ou l'hypochlorhydrie. qui se présentent et par conséquent donnent lieu à des fermentations secondaires.

Quant aux troubles du système nerveux, ce sont ceux que nous avons signalés dans les chapitres intéressant la respiration et la circulation : les congestions des fins de repas avec les sensations de bouffées de chaleur alternant avec les palpitations de cæur,

Qui oserait nier, après une semblable description, la nécessité pour les femmes au moins de quitter leur corset pour se mettre â table et de ne le remettre qu'après la digestion accomplie. Est-il besoin pour assombrir le tableau de signaler les conséquences de ces troubles? La dyspepsie (Labat), la dyspepsie fiattulente (docteur A. Mathieu), la dilatation de l'estomac (Bartels), l'atonie stomacale si douloureuse, la sténose du pylore (Grinfeld) et enfin souvent la constipation opiniâtre. Nous savons bien que nous prêchons dans le désert... mais n'est-ce pas à force de semer qu'on finit un jour par récolter?