Étude sur le corset(1907):Le Corset et son influence sur le rein l'intestin et l'utérus
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Passons, main tenan L à l'appareil urinaire et abordons de suite l'étude du rein. au point de vue de la constriction qu'esi susceptible de produire sur lui les autres organes comprimés par le corset. On sait que depuis -un certain temps la question du rein mobile a fait de grands progrès, parce qu'on sait aujourd'hui découvrir cette affection dans nombre de cas où elle était autrefois ignorée. Le procédé du pouce de Glénard est un adjuvant précieux pour cette recherche. Grâce à lui, en effe t, nous nous rendons compte de l'ectopie rénale, car lorsque le, rein n'est pas mobile, il ne petit être senti à l'aide de la palpation. Or, que constatons-nous en général? deux faits importants qu'il faut retenir :
1' L'ectopie rénale porte presque toujours sur le rein droit;
2° Cette affection est surtout fréquente chez les femmes.
Comment expliquer que le rein droit est si souvent déplacé? Les partisans de la théorie constrictive disent que c'est le foie qui dans l'hypocondre droit transmet au rein la cornpression qu'il subit et le fait sortir de sa loge habituelle.
Glénard seul veut que la néphroptose ne soit qu'un cas particulier de l'entéroptose.
Quant à sa fréquence chez la femme, dé nombreuses statistiques sont là pour la prouver : Fritz, en 1859, 30 cas sur 35; Rosenstein, 1870, 80 p. 100; Ebstein, 85 p. 100. Là encore Glénard explique cette fréquence par les grossesses répétées. Il est certain que ce dernier facteur a sa 'Valeur, mais après avoir 'cité comme autre cause : les relâchements des parois abdominales, les contusions, les efforts musculaires violents, la résorption dé la couche cellulo-graisseuse qui entoure le rein, nous ménagerons Sa place â l'influence du corset.
A côté de cet abaissement ou chute du rein, devenu mobile, il faut y ajouter les empreintes costales qui, quoique rares, ne doivent pas être laissées dans l'ombre.
M. Dieulafé en a publié dans le Toulouse médical d'avril 1904 des cas très intéressants. Nous reproduisons une de ces gravures (fig. 32, planche VIII) sur laquelle on voit bien t111 sillon produit par l'empreinte de la dixième côte sur le bord convexe et la face antérieure qui est en réalité antéro-externe.
L'intestin également, outre la ptose qui peut l'entraîner et que nous étudierons dans le chapitre suivant, peut se trouver serré à l'excès, et on peut par-fois noter sur lui des traces évidentes de constriction. Nous donnons (fig. 25, planché VII) la reproduction d'un cas rapporté par MM. Dieulafé et Herbin, où le colon ascendant est rétréci d'une façon très sensible par une constriction. Ce tte 'constriction a été' produite par un c< refoulement des tuniques muqueuses ét musculeuses, et a formé une valvule à la, manière de la valvule iléocæcale, mais dans, la constitution de laquelle entre aussi la couche musculeusé longitudinale ».
Il nous reste à examiner l'influence que peut avoir la constriction du corset sur l'utérus, qui, pour être étudié le dernier des organes, n'en est pas moins des plus importants. N'a-t-on pas dit quelque part, en effet, que la femme est un utérus servi par des organes, et- n'est-ce- pas de ce côté que lé' médecin a toujours la ressource de recourir, quand son diagnostic risque de s'égarer?
Comme pour le développement des autres organes, c'est â l'âge où on l'affuble d'un corset que la jeune, fille voit apparaître les premiers symptô mes de sa vie utérine; les règles s'installent au moment où, poussée par la coquetterie, elle croit se rendre1ellé en se serrant la taille. Aussi, il est fréquent de voir de ces j eunes personnes dont les menstruations ne peuvent apparaître sans douleurs épouvantables, comparables â celles de l'accouchement, et il ne l'estpas moins de les voir obligées de quitter ce vêtement pendant les deux ou trois premiers j ours de ce phénomène physiologique qui devrait s'effectuer si normalement. Ce n'est pas tout : comprimé, pressé par tous les organes abdominaux que projette sur lui la constriction du corset, on voit l'utérus se mettre en antéversion, en abtéflexion ou en rétroversion, causes très fréquentes de l'endoméirite. Ce sont alors les écoulements leucchoréiques qui apparaissent et avec eux la stérilité. La femme a-t-elle assez bien passé cette période dangereuse, et une grossesse commence-t-elle? Si elle continue le port du corset et c'est fréquent, nous verrons la grossesse se modifier dans les deux premiers mois au moins, commninle nous le dit le Traité d'obstétrique, de Ribemont, Désaigne et Lepage; les troubles de la grossesse, tels que vomissements incoercibles, malaises, seront exagérés jusqu'au jour où les symptômes de gêne s'étant aggravés, la femme déçue dans ses espérances de mère fera un pénible avortement.
Tout le monde est d'accord de nos jours pour citer de nombreux cas d'avortement produits par cette, cause, et il n'est pas de clinique ou d'hôpital où l'on n'en cite de fréquentes observations.
Il y a deux causes principales d'avortement, dit Penard : l'usage d'un corset trop serré et l'abus du coït. Je sais bien que la plupart des femmes enceintes abandonnent leur corset ou bien en portent un adapté à leur position, Mais, hélas ! cette règle n'est pas absolue et il n'est pas rare d'en rencontrer des exceptions.
Les filles-mères en particulier, qui sont dans l'obligation, grâce aux ménagements qu'elles doivent aux stupides conceptions de notre civilisation, de dérober la preuve de leur faute, payent un pénible tribu au port du corset -et, il est vraiment navrant le cas, que l'on m'a rapporté d'une femme, entrant dans une Maternité en état de grossesse à terme, pourvue d'un corset serré à l'excès et où, pour renforcer la constriction, elle avait suppléé aux lacets insuffisants par -une corde entourant plusieurs fois le bassin. EL cet autre cas, que nous a rapporté M. le professeur Audebert, d'une femme -venant à la clinique d'accouchement, de la Faculté de Médecine de Toulouse pour se faire examiner. « Elle avait, au premier aspect, nous dit noire maître, le ventre tout à fait plat, puis quand nous lui dîmes de se dévêtir, nous fûmes surpris qu'elle portât un corset; mais notre étonnement fut à son comble quand nous vîmes qu'à mesure qu'elle ôtait ce vêtement, le ventre se relevait, bondissant pour ainsi dire jusqu'à prendre les proportions d'un abdomen de femme à terme, ce que nous vérifiâmes après par l'examen. »
De semblables constrictions d'utérus gravides ne peuvent faire autrement que de donner lieu à des conséquences des plus fâcheuses. Le fætus ainsi comprimé, pour peu qu'il y ait de l'oligoamnios, souffre et à la naissance on n'est pas étonné de voir surven ir quelque accident.
C'est ainsi que nous avons recueilli l'observation d'un enfant né avec un pied-bot, attribué à cette compression du corset. Mme Tylicka cite de sont côté, le cas d'une femme qui, ayant porté un corset jusqu'à terme, eut un garçon petit et peu musclé.
Il semble que c'est en dire assez pour admettre comme un principe que la femme enceinte devra toùjours s'abstenir de se serrer lé corps avec un de ces instruments si funestes.

