Étude sur le corset (1907)/Etude expérimenale

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:Le Corset et l'Enteroptose Étude sur le corset(1907) :PlancheXIIIFig42


CHAPITRE X

Etude expérimentale

Il nous a semblé intéressant de pousser plus loin l'étude de l'influence du corset sur l'organisme humain et de faire appel aux découvertes encore relativement récentes de la physique médicale; je veux parler de la radioscopie et de la radiographie.

Il est probable que beaucoup d'auteurs ont dû, dans le silence du laboratoire, faire dés études approfondies du corset à l'aide de ce procédé. Il est naturel, en effet, que la curiosité du chercheur soit attirée vers un moyen grâce auquel on. peut aller saisir dans l'intimité de l'organisme les preuves de la vérité des lois de la nature qui, jusqu'à présent, n'étaient à la portée que des objets, visibles seulement par l'æil humain. Mais, à part Abadie-Léotard qui s'en est servi pour démontrer la supériorité d'un corset sur les autres et quelques rares auteurs, nous n'avons pas de documents donnant le résultat de ces recherches. C'est qu'à la vérité, toute ingénieuse qu'elle soit, la radiographie n'a pas permis encore de retenir l'image des principaux organes tels que le foie, la rate, l'estomac, l'intestin, le rein, etc. Les os, le cœur, le diaphragme seuls donnent des images bien nettes de leurs formes et de leur situation. Nous avons fait nos recherches dans le service et sous la haute direction de M. le professeur Marie ; M. Bernardin a bien voulu nous prêter sa précieuse compétence d'opérateur.

Notre étude a d'abord porté sur l'examen du -thorax d'une jeune femme de 20 ans qui était dans le. service de M. le professeur Audry. Nous avions particulièrement choisi cette personne parce qu'en même temps qu'assez mince et pas très grande, elle nous avoua avoir porté depuis le très jeune âge un corset très serré et qu'elle l'avait abandonné' seulement depuis une huitaine de jours, à son entrée à l'HôtelDieu. Nous nous sommes fait confier par elle le corset qu'elle portait en dernier lieu et l'avons préparé pour les études radiographiques de la façon suivante : le pourtour du corset aussi bien dans le haut que dans le bas fut garni de petites lamelles de fer blanc, de môme les parties correspondantes au baleinage ordinaire.

Nous devons ajouter que le corset était d'un modèle ancien, cambré devant et sur les côtés. Nous don-nons ce détail parce que nous tenons à bien montrer que notre but a été dans cette étude de nous mettre dans les plus mauvaises conditions possibles pour faire ressortir les plus grands inconvénients que peut faire subir â l'organisme un corset mauvais.

Notre intention n'a as été en effet dans cette thèse de condamner ce vêtement, mais d'en montrer brutalement les mauvais effets, laissant aux chercheurs le soin d'en trouver un m eilleur. S'ils l'on t déj à fait, nous ne pouvons que les en féliciter, mais nous ne le croyons pas.

La première radiographie faite fut celle d'une jeune femme servant de sujet, sans son corset, et nous: montrons sur la
planche X le résultat de cette épreuve.

L'examen a porté ensuite sur sa cage thoracique revêtue, du corset préparé comme nous l'avons décrit plus haut. Une radiographie simple n'eut donné qu 'e des résultats appro ximatifs, on a donc eu recours à ,un procédé dont M. le professeur Marie a fixé dans ces dernières années les règles précises; je veux parler de fa radiographie stéréoscopique. Sans entrer dans de grands détails sur ce procédé aussi ingénieux que riche en résultats, nous dirons qu'il consiste à radiographier deux fois de suite le sujet examiné qui doit rester dans l'immobilité la plus absolue, en donnant à l'objectif radiographique, c'est-àdire à u tube de Crookes dans la circonstance, un déplacement déterminé pour que les deux images puissent venir se superposer dans l'espace lorsque plus tard on les examinera côte à côte avec un stercoscope ordinaire.

Sur lésplanches XI et XII, on trouvera le résultat de cette radiographie-stéréoscopique, et si, muni d'un, stéréoscope convenable, on examine les deux épreuves en me me temps, il est facile de voir, comme si on était à l'intérieur de la cage thoracique, le chevauchement des côtes produit par le corset, la diminution du diamètre transverse, la constriction générale du thorax qui lui donne véritablement la forme en baril. décrite dans un chapitre précédent.

M. le professeur Marie nous avait conseillé de pousser plus loin cett e étude radiographique, et nous aurions eu un véritable plaisir scientifique à rechercher en particulier la gêne de la respiration produite par le corset, en prenant à témoin les différentes positions du diaphragme, ce régulateur automatique des mouvements respiratoires. Il avait déjà fait une très intéressante radiographie-stéréoscopique où le diaphragme et le cæur étaient saisis sur le vif en respiration forcée, mais la nécessité de terminer notre travail et de plus, la disparition fortuite du sujet qui servait à nos expériences, nous a obligé à remettre à d'autres temps la poursuite de cette étude.

Force a été de se contenter de la simple radioscopie, et nous n'avons pas à le regretter, car ce procédé a permis de mettre sous les yeux du lecteur deux schémas radioscopiques des plus concluants.

La personne qui s'est prêtée à cet examen est également une femme qui s'est longtemps et souvent serrée avec un corset moderne et droit cette fois, mais non moins funeste, comme on va le voir.

Dans le schéma de la planche XIII, nous avons figuré une ligne reproduisant la limite extrême du diaphragme en expiration et en inspiration forcée saris corset. Nous avons également fait figurer le cœur qui, grâce à la puissance du tube employé pour cette étude, était très visible.

Cet organe est très fortement enveloppé à sa partie inférieure par le diaphragme dans l'expiration forcée . L'écartement entre les deux lignes extrêmes de la course d u diaphragme, ce que nous a ppellerons l'amplitude du diaphragme a été mesurée par nous très exactement; nous avons trouvé : 7 cent. 5 à la plus grande expansion, 7 cent. à droite, 7 cent. 1 à gauche (du sujet).

La même femme revêtue du corset a été examinée de nouveau dans les mêmes conditions et nous avons figuré sur la planche XIV les résultats obtenus.

L'amplitude du diaphragme se trouve cette fois-ci réduite à 5 cent. là où précédemment nous avions 7 cent. 5 ; à 4 cent. 5 et à 4 cent. 4 aux endroits où nous avions constaté 7 cent. et 7 cent. 1.

Donc, 2 cent. 5 de différence d'amplitude à. la région médiane, 2 cent. 5 à droite et 2 cent. 7 à gauche (du sujet).

Qui voudrait nier, après cela, les résultats réellement désastreux que peut avoir pour le bon fonctionnement de l'organisme, le port d'un semblable étau?

Comment ne pas reconnaître cette influence néfaste aussi bien sur l'inspiration que sur l'expiration, et partant sur la circulation?

Qu'on veuille bien remarquer, en outre, que les expériences ont été faites sur une femme non prévenue, ignorante de ce que nous voulions rechercher et qui, en outre, se trouvait à jeun. Il est facile de s'imaginer par conséquent, que les résultats eussent été certainement encore plus probants chez une personne dont l'estomac rempli à la suite d'un copieux repas, eut apporté lui aussi son appoint de compres-sion sur le diaphragme.

C'est par cet exposé expérimental que nous terminerons notre travail, heureux si nous avons pu contribuer par nos faibles moyens à attirer une fois de plus sur la question si passionnante du corset, l'attention des chercheurs dans un but d'amélioration et de perfectionnement.

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