Étude sur le corset (1907)/Le Corset et la Beauté du corps

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CHAPITRE II


Le Corset et la Beauté du corps
Signes extérieurs des déformatio n s produites par le

Corset.

Abordons maintenant l'influence du corset sur le corps de la femme et en premier lieu voyons les déformations plastiques que ce vêtement fait éprouver à son enveloppe si fragile.

Dans La Beauté de la Femme, le, docteur Stratz a traité d'une façon. vraiment très intéressante ce côté de la question du corset et ce sera souvent de lui que nous nous inspirerons dans le cours de ce chapitre.

La conception de, la beauté au point de vue du corps de la femme est certainement une chose fort relative et qui a varié bien souvent dans l'histoire de la littérature aussi bien que dans celle de la peinture, et de la sculpture. Il nous suffit de comparer la « Vénus de Milo » avec ses formes puissantes, ses 80 centimètres de tour de taille et la « Danseuse » de Falguière, portrait de Cléo de Mérode, et qui passa aujourd'hui pour une des plus belles femmes qui soient, pour nous convaincre de la vérité de ce que nous avançons.

Avec la première, nous avons le type parfait de la femme normale, celui où tous les canons sont observés et les observateurs d'accord pour conclure à une perfection de lignes et de proportions; avec la « Danseuse » de Falguière, au contraire, c'est le portrait. d'une femme moderne dont la taille est déformée par le corset, c'est-à-dire artificiellement rétrécie et le canon des proportions nous enseigne que les seins sont mal placés, la position des genoux défectueux, l'articulation du pied trop forte.

Cette comparaison nous montre, comme le dit très justement le docteur Fr. Glénard, que la taille fine n'est pas dans la nature et que si parmi tous les avantages du corps féminin, celui qui passe pour le plus important c'est la sveltesse de la taille, nous avons encore ici à faire à une fausse conception, de la beauté, mais conception avec laquelle nous sommes obligés de compter aujourd'hui, parce qu'hélas! la mode dicte fatalement ses lois au goût et partant à l'art.

Pour nous rendre compte de la forme normale du corps, nous avons eu recours à la photographie d'une femme n'ayant jamais porté de corset. Nous avons trouvé cet avis rara dans un service de l'Hôtel-Dieu de Toulouse, mais nous n'avons pu le reproduire ici, un accident étant venu au dernier moment nous priver du cliché fort bien réussi. Et c'est dommage, parce qu'on y voyait très nettement que la taille de cette femme était surtout bien proportionnée à la largeur des épaules, que sans être mince, elle semblait assez svelte et qu'à partir de la région la plus étroite, c'est-à-dire la base inférieure du thorax, le corps s'évasait doucement vers le haut et vers le bas; pour le tour de taille nous l'avons négligé, tout à fait, au contraire de ce que font la plupart des femmes.

Chez la femme qui n'a jamais porté de corset, les contours du thorax ont pour prolongement naturel les lignes de l'abdomen. Que voyons-nous, au contraire, chez toutes les femmes qui l'ont porté? Un sillon transversal au-dessus du nombril coupe le corps pour ainsi dire en deux. De plus, les muscles abdominaux comprimés perdent leur tonicité, le ventre devient flasque, rond, de plus en plus saillant. La surface d'attache des muscles est diminuée au thorax, aussi ne peuvent-ils se contracter et tout le poids du ventre se repose sur l'extrémité inférieure des muscles, il devient pendant; sur les flancs, la couche adipeuse forme un véritable bourrelet et s'il survient un accouchement, il en est fini avec la beauté et les charmes du corps.

Sans vouloir empiéter sur les déformations squelettiques dont il sera question plus loin, il nous faut bien noter au point de vue du respect des lignes, les déviations de la colonne vertébrale produites par le corset.

L'influence du corset est à la vérité moins appréciable sur le dos de la femme que sur sa face antérïeure el son ventre en particulier, mais il déforme cette région d'une façon assez sensible pour que de nombreux observateurs aient souvent signalé ce point. C'est à lui qu'il faut imputer le dos creux, conséquence naturelle du faible développement des muscles dorsaux et en particuller du grand dorsal. Nous en avons une preuve avec les,maux lombaires dont se plaignent les femmes habituées à porter un corset, qui se voient obligées momentanément à le quitter. De là encore vient le faible développement des hanches de la femme et l'aplanissement de cette longue fossette du dos, appelée sillon médian, dont le degré ultime est l'aplatissement -total du dos avec écartement des omoplates et creusement des reins.

Mme Gaches-Sarraute signale également 1'immobilisation de l'insertion postérieure des fausses côtes et l'impossibilité du redressement du corps produits par le corset.

Il y a longtemps qu'Ambroise Paré avait dit que : « De mille villageoises, on n'en trouve pas une de bossue à raison qu'elles n'ont eu le corps astreint et trop serré. »

Et Bonnaud : « Toutes les personnes mal bâties et mal construites ne sont communes que dans les grandes villes où on les met à la presse dans des corps à baleine. »

Et ailleurs, Gallien (les causes de la maladies, ch. 7), dit « que le dos est, pour ainsi dire brisé et entraine les costes, de sorte qu'une épaule est soulevée, saillante, en tout plus volumineuse, tandis que l'autre est affaissée et aplatie, vices de confirmations dus à la négligence des nourrices qui ne savent pas appliquer un bandage avec une pression uniforme ».

Les seins sont souvent aussi les pauvres victimes du corset; on lui attribue leurs aplatissements et froissements, leurs affaissements, leurs déformations ou excoriations; en tout cas, comme le dit Buttin, ce n'est pas le corset qui fait naître les seins quand il n'y en a pas et lorsqu'il y en a, il les compromet en ne les laissant pas â leur place naturelle, comme nous l'avons vu sur la statue de Falguière, véritable Vénus du corset, ainsi que la désigne le docteur Fr. Glénard.

Un effet très fréquent du corset est, avec l'atrophie musculaire qu'il produit et dont nous avons parlé, celle de la peau, qui se ternit dans ses parties les plus serrées et prend une teinte sale devenant plus ou moins rugueuse, avec amaigrissement de la paroi. Parfois, et en particulier sous les aisselles et les hanches, la peau s'excorie et laisse les traces que même l'abandon du corset n'arrivera pas à faire disparaître.

Nous croyons qu'en voilà assez pour montrer combien le corset porte atteinte à la beauté du corps de la femme, car le beau doit être vrai avant tout; c'est comme le dit Platon : « la splendeur du vrai ».

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