Étude sur le corset (1907)/Le Corset et le Thorax
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Nous venons de voir les marques extérieures que produit le corset sur le corps de la femme; ce vêtement est appliqué étroitement, et de suite cette considération nous permet de signaler son rôle anti-hygiénique sur la perspiration de la peau et le libre jeu des organes.
Avec Mme Tylicka, nous dirons que « la ventilation naturelle est réduite à son minimum et les échanges entre l'air du dehors et l'atmosphère confinée au contact avec la peau n'ont lieu qu'à travers les pores de la matière vestimentaire... la peau ne peut agir en outre comme émonctoire des déchets organiques ».
Proust, dans son Traité d'hygiène observe que le corset trop étroit rompt l'équilibre de la température et est nuisible en ce qu'il supprime entre le corps et le vêtement une couche d'air qui, par sa faible conductibilité, arrête le rayonnement de la chaleur naturelle.
Voyons maintenant ce qu'est le thorax nu et nous envisagerons ensuite les déformations que lui fait subir le corset.
La colonne vertébrale doit être droite, avec une courbe légèrement plus accentuée chez la femme; les côtes doivent être presque horizontales dans leur partie postérieure et légèrement inclinées vers la base dans leur partie antérieure. La femme a, en outre, le thorax plus étroit et plus long que l'homme.
L'anglexyphoïdien, d'après M. Charpy, « est l'échancrure que présente à sa partie médiane, la circonférence du thorax, limitée par les, cartilages infléchis des dernières côtes sternales. Il est en rapport étroit avec lia forme et l'ampleur de la base du thorax; il mesure, en outre, chez l'homme adulte et la valeur de la poitrine, et par elle, celle de l'énergie physique si élroitement liée à la puissance du souffle thoracique ».
Cet angle doit être normalement égal à un droit pour les uns, pour les autres à 75° en moyenne.
Le thorax, dans son ensemble, représente un cône dont la base est en bas et le sommet en haut. « La courbe de ce cône sélargit rapidement de la première à la troisième ou quatrième côte, puis, lentement et progressivement, de celle-ci à la huitième ou neuvième, et se retrécit ensuite, mais d'une manière insensible, au niveau des, dernières (fig. 19, planche VI).
Cependant, Chapotot admet un type, moyen dans lequel, à partir de la huitième côte (de la quatrième ou cinquième côte, pour Hayem), le thorax irait en s'évasant vers le haut et le bas, et qu'il a rapporté, d'après des observations sur cent thorax de femmes. Ce n'est pas chose facile, en effet, comme le dit M. Charpy, de trouver des poitrines de femmes de 25 à 30 ans qui ne soient pas déformées par le corset ou les vêtements.
Voyons donc maintenant en quoi consistent ces déformations.
Il y a longtemps déjà qu'Ambroise Paré, avait observé dans son livre sur' les « accidents qui adviennent pour trop lier et serrer les parties du corps » que « par trop serrer et comprimer les vertèbres du dos, on les jette hors de leur place, qui fait que les filles sont bossues et grandement émaciées ».
Cette constriction est souvent la cause, à la vérité, des déviations de la colonne vertébrale : cyphoses, lordoses et scolioses ont souvent là leurraison d'être, et il devient banal de signaler les mauvaises attitudes prises par les écolières serrées dans leur corset et courbées sur leurs livres.
Riolan, médecin de Marie de Médicis, expliquait lui aussi, les déformations de la colonne vertébrale par l'usage du corset.
Cependant, si l'on en croit Bouvier, l'épaule haute et forte que Galien et win slow signalent comme dues à la constriction, ne doit pas être plus incriminée aux antiques fasciæ qu'aux corps â baleine.
Il faut encore citer A. Paré pour montrer que de tout temps on a signalé les déformations costales, produites par le port du corset. Il lui attribue l'abaissement ét le rapprochement des côtes inférieures, leur chevauchement les » unes par dessus les autres ».
Il est incontestable, et cela nous le vérifierons dans un chapitre prochain, où nous ferons part de nos recherches radiographiques, que généralement les cinq ou six dernières côtes sont repoussées en dedans et en haut et que les cartilages costaux sont refoulés en haut et rapprochés les uns des autres, en même temps que ceux de l'autre côté.
La partie postérieure des côtes n'est plus horizontale, elle s'incline vers le bas, et l'inclinaison de leur partie antérieure a augmenté d'une façon sensible en exagérant leur torsion naturelle.
Le chevauchement des côtes est-il très sensible ? Oui, quelquefois, et nous avons été assez heureux pour examiner en radioscopie une femme depuis longtemps serrée dans son corset, dont les côtes avaient non seulement perdu leur parallélisme relatif, mais encore empiétaient d'une façon très nette les unes sur les autres, surtout au niveau de leur angle, antéro-externe. Et vraiment si les femmes qui ont l'habitude de se serrer outre mesure pouvaient assister à un de ces examens, nul doute qu'elles ne seraient effrayées des conséquences de leur fausse coquetterie.
Comme nous l'avons vu, les côtes inférieures délimitent un angle nommé xyphoïdien, en raison de l'appendice xyphoïde qui occupe son sommet. Cet angle, qui devrait être normalement égal à un droit, est très souvent diminué par la constriction et plus particulièrement par celle du corset et des ceintures. Il est facile de comprendre que la constriction agissant à la base du thorax, tendra à rapprocher les côtes inférieures les unes des autres, partant à dimi nuer cet angle jusqu'à le réduire à la largeur d'un droit comme l'a vu Engel et même le faire disparaître, comme l'a observé Cruveilhier chez une femme âgée qui se serrait la taille depuis l'âge de la puberté.
Constatons en passant avec M. Charpy que la constriction du corset produit une réduction de l'angle xyphoïdien se rapprochant du type du phtisique, où l'angle est dans les environs de 45°.
Nous arrivons ainsi naturellement à l'étude de la forme générale du thorax. Normalement, nous l'avons vu, la cage thoracique est un cône à base inférieure. Que va produire sur ce cône la constriction du corset ? Nous ne nous attarderons pas à étudier les observations de Dickuson en 1887 qui mesura la pression exercée sur le corps par le corset, grâce à des procédés très ingénieux certes, mais peu concluants.
Sous l'influence du corset, au niveau du maximum de constriction, la paroi antérieure est rapprochée de la paroi postérieure, autrement dit le diamètre antéro-postérieur est diminué et le diamètre transverse augmente; l'indice thoracique (Broca), c'est-àdire le rapport de ces deux diamètres varie donc.
« Le corset, dit très justement Leroy, représente la forme d'un cône dont la base est en haut et la pointe en bas, structure diamétralement opposée à celle de la poitrine ». Comment vont agir ces deux cônes, l'un vis-à-vis de l'autre ? Pour résoudre cette question il faut tout d'abord observer l'endroit où la constriction va agir au maximum. Si la constriction est diffuse, nous dit Soulé dans sa thèse, la poitrine rétrécie en masse dans sa moitié inférieure prend l'aspect d'une gaîne. Si elle est limitée, c'est le thorax en sablier, caractérisé par son évasement inférieur et l'éversion du rebord costal; un sillon transversal profond divise la poitrine en deux parties qui sont comme articulées entre elles. C'est la coudure (einknickling) de Petermöller.
Nous rapportons, pour notre part, la constriction thoracique due au corset à deux types différents :
Un premier où la constriction s'exerce à la base même du thorax, sur les dernières côtes qui, refoulées en dedans du côté de la ligne médiane, déforme le thorax en baril et diminue progressivement le diamètre transversal de la huitième ou neuvième côte jusqu'à la douzième; c'est la constriction sous-hépatique de Hayem. Elle tend à la taille dite de guêpe et constitue la taille haute de Qui ncke e t Hoppe-Seyler.
C'est à cette constriction que fait allusion le docteur Fr. Glénard lorsqu'il dit que « la cage thoracique est étranglée et mobilisée à sa base, précisément où elle est compressible et où la nature a voulu qu'elle fût mobile transversalement et dilatable ».
Avec ce type de constriction, la convexité du thorax diminue en bas pour s'accentuer à la partie moyenne, de sorte qu'à partir de la quatrième côte, la convexité est tournée non plus en avant mais plutôt en bas; et c'est là surtout que l'angle xyphoïdien est diminué.
Un second type de constriction est signalé en 1835 par Hourmann et Dechambre. Cette constriction , s'opère non plus à la base du thorax, mais à trois ou quatre travers de doigt au-dessus de la marge, cette marge elle-même au lieu de rentrer dans la cavité abdominale est déjetée en dehors, évasée, et le rebord des derniers cartilages vient faire une forte saillie sous les parties molles. De cette façon, le thorax serait plutôt comparable à ces vases antiques à pied élargi et séparé du reste par un col plus ou moins rétréci (fig. 29, planche VI).
C'est la constriction sus-hépathique de Hayem, aboutissant pour lui à la taille courte et carrée et à la taille basse pour Quincke et Hoppe Seyler.
Ce deuxième type n'existe plus guère aujourd'hui avec lés corsets longs qui exercent moins haut la constriction.
Quoi qu'il en soit de ces deux types, à quelqu'endroit, nous dit Vaissette, que s'exerce la pression maximum, il n'en reste pas moins une compression générale du thorax sous l'influence des autres parties du corset. En outre, le corset quel qu'il soit, à quelqu'endroit qu'il serre, a une tendance à arrondir de plus en plus la taille et la faire fine autant que possible, c'est-à-dire rend le diamètre transverse égal au diamètre antéro-postérieur en resserrant naturellement la partie la plus évasée. (Voir les figures 21 et 22, planche VI, montrant d'après Soëmmering deux thorax déformés par le corset).
En terminant, citons cette appréciation de M. Charpy : « La déformation par le corset est tellement générale, qu'à partir de trente ans, elle fausse plus ou moins toutes les mesures. On sait qu'elle a pour but de rétrécir le thorax inférieur au bénéfice du thorax supérieur qui doit cencentrer les regards, comme il concentre la respiration ».
Qui ne serait effrayé par de semblables résultats! Et quand on songe que c'est au moment de la puberté, vers 13 ou 14 ans, c'est-à-dire au moment du développement de la femme; au moment où l'enfant va revêtir l'enveloppe qui lui permettra de devenir mère ; c'est à ce moment-là, disons-nous, qu'elle livre son corps aux déformations les plus néfastes et que sous prétexte de soutien, elle s'enferme dans une cuirasse.... Mais notre but n'est pas pour le moment de juger, aussi poursuivons-nous impartialement le cours de notre étude.