Étude sur le corset (1907)/Le Corset et son influence sur le Foie et la Rate

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:Le Corset et la circulation Étude sur le corset(1907) :PlancheVII


CHAPITRE VI Le Corset et son influence sur le Fois et la Rate

Le foie, par sa situation dans l'hypocondre droit, est un des organes sur lesquels la constriction thoracique produite par le corset fait le plus sentir son influence. De multiples attaches le retiennent à sa place normale; c'est la veine cave inférieure, le cordon qui remplace la veine ombilicale, les replis du péritoine, et pourtant il n'est pas absolument fixe, puisqu'il peut faire des mouvements sur place comme dans l'inspiration pendant laquelle il s'abaisse et dans l'expiration où il revient à sa position primitive; les épanchements pleurétiques peuvent l'abaisser et les tumeurs abdominales l'élever. A ces dernières causes de mouvements, il faut ajouter celle du corset. Bouvier signale la compression du foie comme un des inconvénients de ce vêtement. M. Guiraud dit « qu'il est incontestable que 1e foie est abaissé par le corset ». Testut, « du côté de l'abdomen, le foie et la rate sont refoulés en dedans, du côté de la ligne médiane; de plus, comme la région qu'ils occupent est devenue insuffisante pour les contenir, ils se déplacent en bas, demandant à la partie inférieure de l'abdomen l'espace qui leur manque. »

Cruveilhier a observé un cas où le foie descend jusque dans la fosse iliaque droite.

M. Glénard cite trois cas où le foie atteint sans hypertrophie l'épine iliaque antérieure el supérieure. Cependant MM. Faure et Glénard ajoutent que le corset abaisse les foies déjà abaissés.

M. Charpy dit que la constriction par les vêtements et spécialement par le corset ne lui paraît pas suffisante à elle seule pour abaisser le foie ; il faut, en outre, ajoute-t-il, la détension abdominale qui accompagne ordinairement la constriction.

Buttin à son tour rapporte l'observation prise à l'autopsie d'une jeune femme dont le foie est considérablement abaissé.

Il est par conséquent incontestable qu'un des premiers effets de la constriction du corset sur le foie est de l'abaisser, et nous verrons plus loin, quand no us discuterons l'importante question de l'enteroptose, qu'il joue lui aussi son rôle dans cette chute en masse des organes vers la partie inférieure de l'abdomen.

Cette constriction générale se produit, comme nous l'avons vu, par l'intermédiaire de la cage thoracique et en particulier par les côtes. Non contentes de le comprimer, elles laissent s ur lui des empreintes ineffaçables qui ont été sous le nom de sillons costaux, particulièrement bien étudiés dans la thèse d'un de nos ainés, M. le docteur Soulé, dontje rapporterai ici les. considérations générales sur ce point si intéressant.

Testut avait déjà signalé le sillon de constriction transversal ou « oblique sur le foie, sillon qui répond au point le plus retréci du thorax et qui le divise en deux parties : une supérieure qui se tasse au-dessous du diaphragme et une infférieure quiflotte librement dans l'abdomen inférieur et que l'on voit descendre parfois jusqu'au dessous des crêtes iliaques. »

M. Soulé nous dit qu'il existe deux sortes de sillons du foie :

1° Les sillons diaphragmatiques généralement parallèles, multiples, recevant dans leur profondeur des faisceaux épaissis du diaphragme et qui sont dus à des influences complexes;

2° Les sillons costaux de direction transversale et de situation sous-jacente aux côtes et que, la plupart des auteurs, en particulier Petermöller, Leue, Hackmann, Morgagni, Cruveilhier, Frerichs, attribuent à la constriction du corset. Ce sont donc ces derniers seuls qui nous occuperont.

Ils siègent exclusivement, d'après M. Charpy, sur la partie descendante ou latérale du lobe droit, d'une direction transversale, mais oblique d'arrière en avant et de haut en bas dans le sens des côtes, ils ont une large superficie et une apparence cicatricielle.

Suivant le degré de la constrition, on a de simples empreintes, des sillons simples el des sillons cicatriciels. Les cicatrices de ces derniers persistent malgré la disparition de leur cause et le foie au niveau des sillons est anémié et hypertrophié (Hackmann). Les cellules hépatiques, d'après Cornil et Ranvier, sont aplaties et la capsule de Glisson s'épaissit.

M. Dieulafé a signalé en outre des sillons formés sur les foies déjà ptosés et qui parcourent toute la face antérieure de l'organe, sillons formés par des ceinturons, des cordons de jupe ou des ceintures de corsage. La longueur des sillons est d'environ 5 â 10 centimètres, leur largeur de. 2 à 3 centimètres, leur profondeur de 5 millimètres à 2 centimètres. Voyons maintenant les déformations générales produites par la constriction du corset sûr le foie.

Pour Vaissette, c'est l'organe que dans les autopsies on trouve le plus souvent déformé. M. Testut a vu lui aussi des déformations profondes produites par le corset sur le foie.

Garny cite le cas d'une fille de 38 ans, à l'autopsie de laquelle on trouve un foie considérablement déprimé à la face antérieure du lobe droit; le lobe descendant de plusieurs pouces dans l'abdomen : c'était un foie presque bilobé.

Frerichs appuie sur ce fait que par la constriction annulaire, une partie du lobe droit et très souvent du lobe gauche se trouve presque séparée du reste de l'organe. Le sillon ainsi formé pénètre parfois assez profondément dans le parenchyme pour qu'il ne reste plus qu'une connexion ligamenteuse lâche qui permet de mouvoir la partie ainsi séparée.

Parfois le sillon est si prononcé, en effet, que le foie paraît coupé en deux et le fond de la dépression prend une couleur différente.

Le foie prend alors des formes variées. C'est parfois le foie bombé, appelé par M. Charpy : foie en dôme; c'est le foie allongé ou linguiforrne, où le diamètre transversal est accru ; c'est enfin le foie plat, où le diamètre vertical s'abaisse jusqu'à 4 cent. 5.

C'est surtout la face inférieure du foie qui souffre de ces déformations: La partie du lobe droit allongé, séparée du reste de l'organe par le sillon costal, arrive à former le lobe appelé par Soulé : « lobe de constriction » que nous avons représenté dans la (fig. 23, planche VII), et qu'il ne faut pas confondre avec le lobe de Riedel, qui est un cas particulier, sorte de lobe par rétraction.

M. Dieulafé a rencontré, à l'autopsie d'une femme âgée, une déformation hépatique très accentuée; le foie était abaissé, et au voisinage du bord inférieur, le lobe droit était découpé par une incision profonde de 25 millimètres, correspondant à l'extrémité antérieure de la onzième côte et formant un petit lobe détaché, correspondant au lobe de constriction de Soulé.

Ce n'est pas tout: Mme Tylicka nous dit que là compression continue sur le foie et la vésicule biliaire, se manifeste par un catarrhe de la vésicule qui détermine une stase de la bile, puis la formation de calculs.

A la vérité, il faut reconnaître que cette dame est d'accord sur ce point avec Hoffmann, Haller, Sömmering, Pinel, Frérichs, Trousseau, Monneret, qui disent que la cliolélithiase est plus commune chez la femme que chez l'homme, et il faut rapporter, en outre', l'opinion de iM. Glénard, pour lequel le coi-set fait des déplacemen ts el des déforma lions, des engorgements et des congestions, et par la compression de la vésicule et des canaux biliaires, amène l'ictère chronique.

Enfin, signalons pour terminer, l'observation rapportée par Butin, où il est dit qu'à l'autopsie d'une jeune femme, on a trouvé un foie considérablement abaissé; sur la faxe convexe était un sillon transversal. On constala des signes de périhépatite suppurée, et, fait probant, ce sillon du. foie correspondait aux macules de la peau produites par la constriction du corset.

Nous ne finirons pas ce chapitre sans dire quelques mous de la rate, qui, comme le dit M. Dieulafé, ne saurait, par sa situation dans l'hypocondre gauche, échapper à l'action de la compression du thorax. Nous reproduisons d'après noire maître (fig. 26, planche VII) une grosse rate, avec, sur sa face extérieure, cinq sillons transversaux très profonds,; la rate hypertrophiée pesait 320 gr., et les diamètres étaient normaux : 4 et 8 centimètres, elle correspondait à un thorax rétréci et à un angle xyphoïdien très étroit.

Cet organe appartenait à une femme morio tuberculeuse, et qui, de son vivant, menait une vie de mæurs légères, expliquant par là la constriction à laquelle elle s'était soumise jusqu'à sa maladie extrême.

Pour M. Dieulafé, la rate ne subit pas de déplacements notables, mais elle est quelquefois redressée verticalement, condition de l'empreinte des côtes, et il se produit peut-être des lobules accessoires.

Le 1er avril 1904, dans le Toulouse Médical,

M. Dieulafé signale de nouveaux cas, trouvés par lui, de déformations spléniques : dans trois de ces cas, il existe des sillons sur la face externe, et dans deux seulement l'organe est déformé en masse. Très peu d'auteurs, à part notre distingué professeur, se sont occupés de cette question. Nommons Corbin, qui signale les déplacements de la rate, refoulée sur la partie médiane du corps, et qui auraient pour conséquences les pincements de l'estomac entre le foie et l'organe splanchnique. Leue, de Kiel, a, dans sa thèse, traité ce sujet avec un certain intérêt.

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