Évangile d’une grand’mère

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 Évangile d’une grand’mère

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Évangile d’une grand’mère
1865

 





Gravure de Schnorr - Jésus au milieu des enfants



ÉVANGILE

D’UNE GRAND’MÈRE

PAR
MMELA COMTESSE DE SÉGUR
NÉE ROSTOPCHINE

APPROUVÉ

PAR S. É. LE CARDINAL ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX
ET PAR NN. SS. LES ARCHEVÊQUES DE SENS, DE BOURGES, ET ES ÉVÊQUES
DE SÉEZ, DE POITIERS, DE NÎMES ET D’ANNECY

ET ILLUSTRÉ
DE 30 GRAVURES SUR BOIS
D’APRÈS LES DESSINS DE SCHNORR


DEUXIÈME ÉDITION


PARIS
LIBRAIRIE DE L.HACHETTE ET CIE
BOULEVARD SAINT-GERMAIN, N° 77


1867
Droits de propriété et de traduction réservés





APPROBATIONS.
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APPROBATION
DE
SON ÉMINENCE LE CARDINAL DONNET,
ARCHEVÊQUE DE BORDEAUX.



       Madame la Comtesse,

Sous le rapport de l’instruction dont l’enfance est susceptible, rien ne paraît négligé par le gouvernement. Pourrions-nous en dire autant de l’éducation religieuse et morale ? Combien l’intérieur des familles qui devrait façonner le cœur de l’enfant en lui imprimant l’amour de Dieu, ne laisse-t-il pas à désirer ? N’est-ce pas en prononçant souvent son adorable nom que la mère d’Augustin lui apprit de bonne heure à l’entourer de son respect et prépara cet avenir si glorieux pour l’Église ? Souvent, il faut en convenir, des parents bien intentionnés ignorent la marche à suivre pour former des chrétiens au sein du foyer domestique et se voient condamnés à confier à d’autres ce soin dont ils eussent dû tout d’abord se charger ; car l’école ne doit être que le prolongement de la vie de famille.

Votre expérience, madame, et votre foi plus encore, vous ont inspiré de leur venir en aide en donnant sous le titre modeste de l’Évangile d’une grand’mère, le récit des actions et des paroles de Notre-Seigneur Jésus-Christ expliquées avec autant de charme que de solidité aux jeunes intelligences que vous vous proposez d’atteindre.

C’est un traité complet de la religion dans lequel je n’ai trouvé, après l’avoir lu attentivement dans une de mes visites pastorales, que le véritable esprit de l’Église et de très-gracieux développements.

Je dirai même que cet Évangile d’une grand’mère apparaît fort à propos à la suite des réfutations du moderne arianisme publiées par les évêques et par de savants et consciencieux publicistes. Ceux-ci parlaient aux érudits ; mais vous vous adressez au jeune âge que vous aimez d’un amour si vrai et si intelligent ; vous lui donnez comme un abrégé de l’histoire du monde et un cours de morale montrant la réalité à côté des figures et l’accomplissement à la suite des prophéties.

Vous cherchez aussi, madame, à parler aux yeux de l’enfant par ces gravures ou images qui représenteront les faits dont le souvenir ne s’efffacera jamais de sa mémoire.

Je désire que l’Évangile d’une grand’mère reçoive l’hospitalité dans toutes les familles et dans toutes les écoles, c’est assez vous dire, madame, l’approbation que je donne à votre travail et le vœu que je forme à l’instar du grand apôtre : Que celui gui vous a inspiré l’amour du bien, l’achève, le consolide et le perfectionne.

J’ai l’honneur d’être avec respect et dévouement, madame la Comtesse, votre très-humble et obéissant serviteur,

† FERDINAND, card. DONNET, archevêque de Bordeaux.

Bordeaux, le 5 novembre 1865.

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APPROBATION
DE SA GRANDEUR MGRL’ARCHEVÊQUE DE SENS.


Nous, archevêque de Sens, évêque d’Auxerre, avons fait examiner l’ouvrage ayant pour titre I’Évangile d’une grand’mère, et sur le rapport de l’examinateur, nous l’approuvons très-volontiers et nous en recommandons la lecture aux enfants de nos familles chrétiennes. Ils y trouveront les quatre Évangiles fondus ensemble et racontés avec beaucoup de simplicité, de charme et d’intérêt.

Les passages difficiles du texte sacré, les termes obscurs, les enseignements les plus relevés se trouvent admirablement éclaircis et mis à la portée de leur intelligence et de leur cœur.

Les questions naïves que chacun des petits enfants multiplie selon son âge et son caractère, les réponses nettes, affectueuses de la grand’mère jettent sur le récit une lumière suffisante et le remplissent d’animation ; il y a déjà là tous les germes d’une explication plus complète de la doctrine chrétienne si peu connue et si mal comprise de nos jours.

Donné à Sens, le 7 novembre de l’an 1865.

          † M. S. archevêque de Sens, évêque d’Auxerre,
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APPROBATION DE MGR L’ARCHEVÊQUE DE BOURGES.


       MADAME LA COMTESSE,

Je viens de parcourir moi-même votre Évangile d’une grand’mère. Vous le destinez aux enfants de huit à douze ans, et sous une forme familière qui saisit plus vivement leur jeune attention, vous vous proposez de leur faire connaître et aimer notre Seigneur Jésus-Christ. Vous avez pleinement atteint ce but, madame la Comtesse ; votre récit attache, instruit, touche. Vous parlez avec le cœur d’une grand’mère et vous allez aux cœurs des enfants ; on sent à chaque page que vous les connaissez, que vous les aimez, que vous leur voulez du bien. Avec la bénédiction de Dieu, votre livre fera son chemin, c’est-à-dire qu’il répondra à vos pieux et maternels désirs. Puisse-t-il devenir l’Évangile de tous les enfants ! c’est mon vœu bien sincère. Permettez-moi d’y joindre, madame la Comtesse, mes félicitations empressées et l’hommage de mon bien respectueux dévouement en Notre-Seigneur.

          † T. A. archevêque de Bourges.
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APPROBATION DE MGR L’ÉVÊQUE DE SÉEZ.


       MADAME LA COMTESSE,

Je vous remercie du nouvel ouvrage dont vous venez d’enrichir les familles chrétiennes. J’ai lu moi-même et j’ai fait lire par un théologien l’Évangile d’une grand’mère; cet excellent livre nous paraît éminemment propre à faire connaître Notre-Seigneur aux jeunes enfants et à le leur faire aimer.

Veuillez agréer, madame la Comtesse, avec mes remercîments et mes félicitations, l’hommage de mes sentiments profondément respectueux et dévoués.

          † Ch. FRÉD., évêque de Séez.

Séez, le 9 novembre 1865.

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APPROBATION DE MGR L’ÉVÊQUE DE POITIERS.


       MADAME LA COMTESSE,

J’ai lu avec infiniment de plaisir l’Évangile d’une grand’mère. Je fais des vœux pour que vous ne tardiez point à publier ce livre, et que vous étendiez ainsi à des milliers de familles un travail qui ne doit pas profiter seulement à la vôtre.

Votre talent de raconter aux enfants, déjà si connu et si admiré ne s’est jamais exercé avec plus de succès que dans ce récit. C’est simple, clair, pieux et approprié à l’esprit de votre jeune auditoire.

En vous adressant mes félicitations et mes compliments d’évêque, je me fais le garant et l’interprète de la reconnaissance d’une foule de mères et de grand’mères qui vous béniront ainsi que moi de leur avoir facilité leur plus sainte et leur plus noble tâche.

Le premier rayonnement intellectuel du baptême consiste dans la connaissance de ce Jésus auquel l’âme est vouée par l’acte de la régénération. Ainsi, après la grâce du sacrement, la plus désirable est celle de l’initiation. Votre livre, madame, aidera la famille chrétienne à remplir auprès des petits baptisés « l’œuvre d’évangéliste, » et il contribuera puissamment à faire jaillir de leurs cœurs et de leurs lèvres cet acte précoce de foi qui doit accompagner le premier éveil de la raison. Votre dévouement à l’enfance ne saurait obtenir un plus beau triomphe ni une plus douce récompense.

Agréez la nouvelle assurance du respectueux dévouement avec lequel j’ai l’honneur d’être, madame la Comtesse, votre très-humble et obéissant serviteur,

          † L. E., évêque de Poitiers.
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APPROBATION DE MGR L’ÉVÊQUE DE NIMES.


       MADAME LA COMTESSE,

Les extrémités de la vie se touchent par les intimités les plus affectueuses. On voit les petits enfants aimer leur grand’mère d’un amour privilégié; à leur tour les grand’mères chérissent leurs petits-enfants avec une tendresse qui semble vouloir dépasser même l’amour maternel. C’est à cette douce pente que vous avez obéi en composant votre explication de l’Évangile, et je me plais à vous le dire, le cœur vous a bien inspirée par l’idée de mettre l’Évangile, c’est-à-dire le plus beau, mais aussi le plus simple et le plus naïf des livres à la portée de pauvres petites intelligences s’ouvrant à peine à la raison comme à la foi, vous êtes heureusement entrée dans l’esprit du bon Maître qui disait : Laissez venir à moi les petits enfants. Le développement de l’ouvrage est digne de l’intention générale qui l’a dicté. Tout m’a paru juste et vrai dans l’interprétation du texte sacré. Votre sagesse en a fait jaillir sans effort des leçons pleines de grâce, d’à-propos et d’utilité pour votre jeune auditoire; on dirait que pour lui être accessibles, les hauteurs de Dieu s’abaissent sous votre main par une sorte de condescendance. L’Évangile, au fond, ne perd rien de son éclat; mais vous tempérez ses clartés suprêmes afin qu’elles n’éblouissent pas des yeux encore peu faits pour en supporter la pleine lumière. Enfin il n’est pas jusqu’à la forme dramatique à laquelle vous vous attachez, qui ne soit elle-même une nouvelle source d’intérêt, parce qu’aux doux attraits du récit évangélique, considéré en lui-même, elle unit tout le charme d’une conversation de famille.

A tous ces titres, madame la Comtesse, j’approuve votre livre autant que je peux approuver un écrit qui n’a été ni composé ni imprimé dans mon diocèse, et je prie Dieu de le bénir avec abondance, c’est-à-dire à la mesure de son mérite propre et des pieux désirs de votre cœur si profondément chrétien.

Daignez agréer, madame la Comtesse, l’hommage de mon dévouement et de mon respect.

          † HENRI, évêque de Nîmes.
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APPROBATION DE MGR L’ÉVÊQUE D’ANNECY.


C’est le privilège de l’Évangile d’être le livre de tous, des simples et des savants, des grands et des petits. Le divin Sauveur, en l’enseignant dans une noble et sublime simplicité, témoigne de sa volonté de le rendre accessible, même aux enfants, qu’il aime d’un amour de prédilection.

Cette charité du bon Pasteur vient d’inspirer au cœur et à l’intelligence d’une mère de puiser à cette source divine, pour la jeune et heureuse famille, qui est l’objet de sa tendresse.

Sous le titre de l’Évangile d’une grand’mère, elle lui raconte les faits et les paraboles du texte sacré, et elle en fait jaillir avec abondance la lumière et la vie.

Nous avons parcouru avec un véritable charme cet admirable ouvrage, et nous emportons de notre lecture trop rapide la douce conviction que de grandes personnes et de grands esprits aimeront à se faire petits avec ceux auxquels il s’adresse. Ils aimeront comme eux goûter l’attrait d’un récit fait avec une exquise simplicité, pour mieux laisser la doctrine divine, dont il est l’expression, briller de tout son éclat.

Nous approuvons cet ouvrage pour notre diocèse, et nous faisons des vœux pour qu’il se répande dans les familles chrétiennes.

Annecy, le 7 novembre 1865.

          † C. MARIE, évêque d’Annecy.



Vignette de Bertall



A MES CHERS PETITS-ENFANTS



PIERRE, HENRI, MARIE-THÉRÈSE DE SÉGUR
VALENTINE, LOUIS, MATHILDE DE SÉGUR-LAMOIGNON
CAMILLE, MADELEINE, LOUIS, GASTON DE MALARET
ÉLISABETH, SABINE, HENRIETTE, ARMAND FRESNEAU
JACQUES, JEANNE, MARGUERITE, PAUL ET FRANÇOISE
DE PITRAY


A vous tous, très-chers enfants, je dédie cet ouvrage. Deux d’entre vous ont déjà quitté ce monde et vivent de la vie éternelle. A ces deux chères petites âmes, je demande de bénir ce livre et de le rendre utile et profitable à vous, chers enfants, qui pouvez en profiter. En le lisant, pensez à votre Grand’mère qui vous aime si tendrement et si profondément.


Comtesse DE SÉGUR,
Née Rostopchine.




ÉVANGILE D’UNE GRAND’MÈRE




          PERSONNAGES


     La Grand’Mère, 65 ans.

     Camille, 17 ans.

     Madeleine, 15 ans.

     Élisabeth, 13 ans.

     Pierre, 12 ans.

     Henri, 9 ans.

     Louis, 8 ans.

     Jacques, 8 ans.

     Henriette, 7 ans.

     Jeanne, 6 ans.

     Valentine, 6 ans.

     Marie-Thérèse, 6 ans.

     Armand, 4 ans.

     Louis (dit Petit-Louis), 4 ans.

Les enfants réunis jouent et s’amusent dans une grande salle d’étude.


« Élisabeth, Élisabeth, s’écria joyeusement Henriette à sa sœur, qui entrait avec Camille, Madeleine et Pierre, tu sais que Grand’mère nous a promis de nous raconter l’Évangile. Elle va venir. »

Armand. Qu’est-ce que c’est, l’Évangile ?

Henriette. C’est la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ.

Armand. Qu’est-ce que c’est, Jésus-Christ ?

Henriette. Tu ne sais rien, toi ! Moi, qui n’ai que sept ans, je sais que Jésus-Christ c’est le Fils de Dieu.

Petit-Louis. Comment ! le bon Dieu a un fils !

Henriette. Certainement, puisque Jésus-Christ est son fils.

Camille. Henriette a raison. Notre-Seigneur Jésus-Christ est bien réellement le Fils de Dieu, comme vous l’expliquera tout à l’heure Grand’mère. Et l’Évangile est le récit des actions et des paroles de Notre-Seigneur pendant qu’il a été dans ce monde. Mais voilà Grand’mère ; arrangeons-lui son fauteuil, sa table, pour qu’elle soit commodément placée. (Grand’mère entre ; tous les enfants courent à elle et l’embrassent.)

Grand’Mère. Bonjour, chers enfants ; je viens vous raconter la vie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et je tâcherai de vous faire bien comprendre que Jésus-Christ est le Fils de Dieu et Dieu lui-même, et qu’il s’est fait homme comme nous, par amour pour nous, pour expier nos péchés et pour nous sauver de l’enfer ; mais si je dis des choses que vous ne compreniez pas, il faudra m’interrompre et en demander l’explication.

Les Enfants, ensemble. Oui, oui, Grand’mère ; commençons, commençons vite.

Grand’Mère. Avant de commencer, mes enfants, il faut faire partir les petits, qui ne comprendraient rien et qui s’ennuieraient, et puis donner aux grands la permission de s’en aller ; c’est trop enfant pour eux.

Camille. Oh non ! Grand’mère, je vous en prie, laissez-moi écouter ; ce ne sera pas trop enfant, je vous assure !

Grand’Mère. Reste si tu veux, chère petite ; c’est dans ton intérêt que je le disais. Et toi, Madeleine ! et toi, Elisabeth ! et toi, Pierre !

Élisabeth, Madeleine et Pierre. Moi aussi, moi aussi, Grand’Mère.

Grand’Mère. Bon ! A présent, faisons partir les petits. D’abord Paul, Gaston et Françoise vont s’en aller ! Armand et Petit-Louis, quatre ans, c’est bien jeune. Allez, mes petits chéris, allez jouer avec vos bonnes dans le jardin.

Armand. Oh non ! non ! Ça m’amusera beaucoup ; je voudrais rester avec vous, Grand’mère.

Petit-Louis. Moi aussi, je veux rester avec les autres, comme Armand. Je serai bien sage : je ne bougerai pas.

Grand’Mère. Allons, je veux bien. Seulement, si vous vous ennuyez, vous vous en irez.

Camille. Tenez, Grand’mère, voici votre fauteuil.

Madeleine. Et un tabouret sous vos pieds.

Élisabeth. Et une petite table avec un verre d’eau sucrée. (La Grand’mère les embrasse, s’assied. Les enfants se placent tous en demi-cercle devant elle.)


Sommaire

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I
Les Juifs.

Grand’Mère. Vous savez, mes enfants, ce que c’est que les Juifs ?

Henriette. Oui, oui. Grand’mère : Juifs ou Israélites.

Armand. Mais, je ne sais pas, moi. Je veux savoir.

Henriette. Ah bien ! tu es ennuyeux ! On te dira après.

Henri. Si tu interromps, on te chassera.

Armand. Je ne dirai plus rien. Je ne veux pas qu’on me chasse.

Grand’Mère. Non. mon pauvre petit, on ne te chassera pas. Mais, il ne faudra pas interrompre à chaque mot.

Les Juifs étaient un peuple que le bon Dieu protégeait tout particulièrement, auquel il avait fait savoir par ses serviteurs, les Prophètes, qu’il enverrait son Fils Jésus, qui devait être de leur nation, pour vaincre le démon, leur grand ennemi. Ces Juifs, qui auraient dû être si bons, puisqu’ils étaient le peuple choisi par le bon Dieu, étaient très-souvent méchants ; ils refusaient d’obéir aux chefs que leur donnait le bon Dieu, ils refusaient même de le prier et de l’honorer. Mais Dieu est si bon, si bon, qu’il pardonne toujours quand on se repent ; aussi, dès que les Juifs se repentaient et demandaient pardon, Dieu leur pardonnait.

Louis. Et ils recommençaient ?

Grand’Mère. Ils recommençaient toujours. Dieu leur avait donné un très-beau pays qui s’appelait la Terre-Sainte ou la Judée, et qu’on appela plus tard la Palestine ; ils vivaient là et ils attendaient ce Sauveur, Fils de Dieu, que les Prophètes leur avaient annoncé depuis bien des siècles. Ils croyaient que le Fils de Dieu viendrait dans une grande gloire, comme le plus puissant, le plus riche des Rois, qu’il aurait une suite nombreuse, des richesses immenses.

Pendant qu’ils attendaient, qu’ils étudiaient les livres des Prophètes, qu’ils se disputaient entre eux pour savoir quand le Fils de Dieu apparaîtrait dans le monde, Jésus, le Fils de Dieu, Notre-Seigneur et Maître tout-puissant, était réellement près de venir sur la terre ; voici comment :


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II
L’Annonciation.
L’Ange Gabriel annonce à Marie la naissance de Jésus.

Une jeune fille de quinze ans, nommée Marie, fille de deux fidèles serviteurs de Dieu, JOACHIM et ANNE, qui descendaient du Roi DAVID, ancien Roi des Juifs, était mariée avec Joseph, son cousin, qui descendait aussi du Roi David. Marie était la plus belle, la plus sage, la plus excellente des créatures. Un jour qu’elle priait le bon Dieu, dans sa maison de Nazareth, elle vit tout d’un coup devant elle un Ange tout resplendissant de lumière ; c’était l’Ange Gabriel. Il lui dit :

« Je vous salue, ô Marie pleine de grâce ; le Seigneur est

avec vous ; vous êtes bénie entre toutes les femmes. »

Marie se troubla en l’entendant parler ainsi, parce qu’elle était très humble, qu’elle ne pensait jamais de bien d’elle-même, et qu’elle ne croyait pas avoir mérité d’être la femme bénie entre toutes les femmes, c’est-à-dire la Mère du Fils de Dieu qui devait venir pour sauver le monde ; elle cherchait en elle-même ce que voulait dire ce salut. L’Ange lui dit :

« Ne craignez pas, Marie, parce que vous avez trouvé grâce devant le Seigneur ; et il m’envoie vers vous, pour vous dire que vous aurez un fils ; vous l’appellerez Jésus. Il sera grand et il sera le Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu le fera régner éternellement sur les hommes ; et son règne n’aura pas de fin. »

Alors, Marie dit à l’Ange ; « Comment cela se fera-t-il ? »

L’Ange lui répondit : « Le Saint-Esprit descendra sur vous, et le Très-Haut vous couvrira de son ombre. Voilà pourquoi le fils qui naîtra de vous sera appelé le fils de Dieu. Et voici qu’Élisabeth, votre cousine, va aussi avoir un fils, dans sa vieillesse. On riait d’elle, en l’appelant stérile ; Dieu a voulu faire voir que rien ne lui était impossible, et, dans trois mois, Elisabeth mettra au monde un fils. »

Et Marie dit alors : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon votre parole. »

Et l’Ange la quitta.

Valentine. Grand’mère, pourquoi l’Ange a-t-il dit qu’on se moquait d’Élisabeth parce qu’elle était stérile ? Qu’est-ce que c’est, stérile ?

Grand’Mère. Stérile veut dire : qui n’a jamais eu d’enfant. Chez les Juifs, c’était une honte, comme une malédiction de Dieu, de ne pas avoir d’enfants.

Valentine. Pourquoi cela ?

Grand’Mère. Parce que tous les Juifs espéraient que Jésus, le Messie promis par Dieu pour délivrer les hommes du démon, naîtrait dans leur famille ; et quand on n’avait pas d’enfants, on ne pouvait plus conserver cette espérance.

Valentine. Ah ! oui, je comprends.

Henriette. Et pourquoi l’Ange a-t-il dit que Jésus serait grand ? Comment serait-il grand ?

Grand’Mère. L’Ange a voulu dire qu’il serait grand en sainteté et en puissance.

Louis. Comment donc l’Ange Gabriel a-t-il dit que Jésus régnerait toujours, puisqu’il n’a pas régné du tout et qu’il ne règne pas encore.

Grand’Mère. L’Ange parlait du règne religieux, spirituel, de Jésus sur le monde entier. Le royaume de Jésus-Christ, c’est l’Église. Le Pape et les Évêques, pasteurs de cette Église travaillent depuis dix-huit cents ans à étendre par toute la terre le règne de Jésus-Christ. Notre-Seigneur est remonté au ciel, où il est encore, où il sera toujours, où il règne sur tous les hommes, et où il récompense les bons et punit les méchants.

Armand. Je voudrais bien voir le bon Dieu, Grand’mère.

Grand’Mère. Tu ne pourras pas voir le bon Dieu, tant que tu seras vivant dans ce monde, mon cher petit. Après notre mort, nous monterons au Ciel, et nous verrons Dieu, la sainte Vierge et les Anges.

Armand. Oh ! pourquoi pas à présent ?

Grand’Mère. Parce que le bon Dieu ne le veut pas.

Armand. Mais pourquoi ?

Grand’Mère. Parce que le bon Dieu ne veut pas que nous comprenions tout et que nous sachions tout, pendant que nous vivons dans ce monde ; ce sera notre récompense après notre mort, si nous sommes bons et sages, et si nous obéissons aux commandements du bon Dieu.

Henriette. Voyons, Armand, tais-toi ; tu empêches Grand’ mère de raconter.

Grand’Mère. Il faut bien qu’il demande ce qu’il ne comprend pas. A présent, je vais vous raconter ce qu’on appelle la Visitation, c’est-à-dire la visite de la sainte Vierge Marie à sa cousine Élisabeth, femme de Zacharie, prêtre dans le temple de Jérusalem.

Jeanne. Qu’est-ce que c’est qu’un temple ?

Grand’Mère. Les temples étaient pour les Juifs ce que sont les églises pour nous ; c’était la maison du Seigneur, où on gardait les commandements de Dieu écrits sur des tablettes en pierre qu’on appelait les Tables de la Loi. C’est là que les prêtres conservaient les choses saintes et que les Juifs s’assemblaient pour offrir les sacrifices.


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III
La Visitation.

Zacharie était un prêtre juif ; il était vieux, sa femme Élisabeth était vieille aussi ; elle avait déjà quatre-vingts ans passés ; ils n’avaient jamais eu d’enfants, ce qui les affligeait beaucoup.

Henri. Les prêtres juifs avaient donc des femmes?

Grand’Mère. Oui, les prêtres juifs avaient des femmes, parce que la loi ancienne n’était pas aussi parfaite que la nôtre et n’exigeait pas des prêtres un dévouement si absolu. Nos prêtres n’ont pas de femmes, afin de se dévouer tout entiers au service de Dieu, au salut des âmes, au soulagement des pauvres et à l’instruction religieuse des enfants.

Un jour Zacharie entra dans le Temple pour offrir de l’encens au Seigneur devant l’autel dans le sanctuaire. Tout le peuple se tenait dehors et priait ; les prêtres seuls avaient le droit d’entrer dans cette partie du Temple. Pendant que Zacharie offrait et brûlait de l’encens, il vit un Ange debout à la droite de l’autel. Zacharie se troubla et fut saisi de frayeur, car il vit bien que c’était un Ange.

Mais l’Ange lui dit :

« Ne crains pas, Zacharie, car ta prière a été exaucée et ta femme Élisabeth aura un fils, que tu appelleras Jean. Tu en seras dans la joie et plusieurs se réjouiront de sa naissance. Il sera rempli du Saint-Esprit dès sa venue en ce monde et il convertira beaucoup de gens. »

Zacharie, ne pouvant croire à la parole de l’Ange, lui demanda :

« Comment saurai-je que ce que vous dites doit arriver, car ma femme est bien avancée en âge ? »

L’Ange lui répondit :

« Je suis Gabriel, l’Ange du Seigneur, toujours présent devant Dieu, et c’est pour apporter cette heureuse nouvelle, que Dieu m’a envoyé vers toi. Et parce que tu n’as pas cru à ma parole qui s’accomplira au temps marqué par le Seigneur, tu vas devenir muet et tu resteras muet jusqu’à ce que ces choses arrivent. » Et l’Ange disparut.

Zacharie sortit du Temple ; le peuple le questionnait sur la cause de leur longue attente, et il ne pouvait répondre ; car il était muet. Quelque temps après, il s’aperçut qu’Élisabeth aurait bientôt un fils selon la parole de l’Ange ; Élisabeth s’en réjouissait et remerciait Dieu de l’avoir tirée de l’humiliation où elle vivait devant les hommes à cause de sa stérilité.

Pendant qu’elle bénissait Dieu d’avoir bientôt un fils, la sainte Vierge Marie demanda à Joseph, son époux, de la mener chez sa sainte cousine Élisabeth. Joseph y ayant consenti, ils se mirent en route à pied et traversèrent la Judée pour arriver à la ville d’Hébron, où demeuraient Zacharie et Élisabeth.

Lorsque Marie entra dans la maison, elle salua sa cousine. Aussitôt qu’Élisabeth eut entendu la voix de Marie, elle fut remplie du Saint-Esprit, qui lui fit voir que Marie était la Mère du Fils de Dieu ; elle s’écria :

« Vous êtes bénie entre toutes les femmes et le fruit de vos entrailles est béni ! D’où me vient cet honneur que la Mère de mon Seigneur soit venue jusqu’à moi ? »

Alors Marie dit ce beau cantique qu’on appelle Magnificat, qui se chante à l’église à la fin des vêpres.

Marie demeura environ trois mois avec sa cousine Elisabeth, puis elle retourna dans sa maison, à Nazareth.


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IV
Naissance de Saint Jean.

Au temps qu’avait prédit l’Ange Gabriel, Élisabeth eut un fils que tout le monde venait voir : et on félicitait Élisabeth du bonheur que lui avait envoyé le Seigneur Dieu.


Gravure de Schnorr - Naissance de Saint Jean.


Le huitième jour ; les prêtres voulurent circoncire l’enfant.

Henri. Qu’est-ce que c’est, circoncire ?

Grand’Mère. La circoncision était, chez les Juifs, une cérémonie un peu comme le baptême chez nous autres chrétiens ; la circoncision était la marque religieuse du peuple juif, elle était pour eux ce qu’est pour nous le baptême.

Les prêtres voulurent donc circoncire l’enfant, et ils voulurent l’appeler ZACHARIE, comme son père. Mais Élisabeth leur dit :

« Non, il s’appellera Jean.

— Mais il n’y a personne dans votre famille qui s’appelle Jean, » lui répondirent-ils.

En hébreu, Jean signifiait plein de grâce.

Comme Élisabeth insistait, ils dirent au père de leur faire savoir comment il fallait l’appeler. Et Zacharie, prenant des tablettes, écrivit : « Jean est le nom qu’il doit avoir. »

Ce qui surprit tout le monde. Au même instant, la langue de Zacharie se délia miraculeusement et il se mit à parler et à bénir le Seigneur. Toutes les personnes présentes et tous les gens du voisinage furent saisis d’admiration. Tout le monde voulut venir voir cet enfant dont la naissance avait causé des choses si merveilleuses ; et chacun disait en le regardant avec attention :

« Que pensez-vous que sera cet enfant ? Il est certainement protégé par la main du Seigneur. »

Et le petit Jean grandissait, se fortifiait, et il avait une sagesse extraordinaire. Mais ses parents furent obligés de le cacher dans le désert, de peur que le méchant Roi Hérode, qui régnait alors en Judée, ne le fît mourir.

Marie-Thérèse. Qu’est-ce que c’est, un désert ?

Grand’Mère. Un désert est un pays affreux, qu’on ne peut pas habiter parce que rien n’y pousse et que les animaux sauvages seuls peuvent y vivre.

Marie-Thérèse. Et comment le pauvre petit Jean y vivait-il ?

Grand’Mère. Sa mère Élisabeth venait le soigner et lui apporter à manger, et puis les Anges en avaient soin parce que ce petit enfant était choisi par Dieu pour être le Précurseur, c’est-à-dire pour annoncer Jésus le Sauveur.

Jeanne. Mais pourquoi le méchant Hérode voulait-il faire mourir un pauvre petit si bon et si sage?

Grand’Mère. Je vous raconterai cela demain, mes enfants ; vous en avez assez pour aujourd’hui.

Les enfants auraient bien voulu que leur Grand’mère continuât, mais elle leur dit qu’il ne fallait pas apprendre trop de choses à la fois, de peur d’oublier tout. « C’est comme une indigestion, ajouta-t-elle ; quand on mange trop, on rend tout ce qu’on a pris, il n’en reste rien pour l’estomac. Il en est de même pour la mémoire ; quand on lui en donne trop, elle rejette tout et ne garde plus rien. Et c’est ce qu’on appelle en plaisantant, une indigestion de l’esprit. »


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V
Naissance de Jésus.
Adoration des bergers.

Le lendemain, la grand’mère trouva tous les enfants rassemblés quelque temps avant l’heure, tant ils étaient impatients de savoir ce qui allait arriver. Ils se placèrent devant elle comme la veille ; elle commença :

Peu de temps avant la naissance de Jésus, César-Auguste, empereur de Rome et maître de la Judée, ordonna qu’on fit le compte de tous les habitants des terres qui lui étaient soumises. Cyrinus, gouverneur de la Syrie}}, fit pour la Judée ce compte qu’on appelle Dénombrement. Joseph vivait à Nazareth, ville de la Galilée; quand il apprit l’ordre donné par César, il fut obligé d’aller se faire inscrire à Bethléem, petite ville de la Judée, près de Jérusalem, éloignée de vingt-cinq lieues de Nazareth ; c’était la patrie du Roi David et de sa famille. Il partit donc avec Marie son épouse ; le voyage fut long. Marie était fatiguée, et quand ils arrivèrent à Bethléem, ils ne trouvèrent pas de logement, parceque ce dénombrement avait**(aviot) fait venir beaucoup de monde dans la ville.

Ne sachant où il pourrait loger Marie, Joseph sortit de la ville, et il trouva près des portes une grotte profonde qui servait d’étable à des vaches et à des ânes. Le Roi David s’y était reposé souvent quand il était berger, car c’était là qu’il gardait ses troupeaux. Joseph arrangea dans cette étable une couche de paille pour Marie, et c’est là, dans cette étable, que Jésus vint au monde.

Il y avait dans les environs, des bergers qui gardaient les troupeaux dans la campagne de Bethléem comme au temps du Roi David, et qui veillaient chacun à leur tour, pour qu’on ne volât pas leurs troupeaux.

Tout à coup, au milieu de la nuit, vers minuit, un Ange du Seigneur leur apparut ; et ils furent enveloppés d’une lumière éblouissante, ce qui leur causa une grande frayeur. Mais l’Ange leur dit :

« Ne craignez point, car je viens vous annoncer une nouvelle qui sera pour tous une grande joie. Dans Bethléem, la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. Voici à quoi vous le reconnaîtrez. Vous trouverez dans une étable un enfant enveloppé de langes et couché dans une Crèche. »

Valentine. Qu’est-ce que c’est, une crèche ?

Grand’Mère. Une crèche est l’espèce de mangeoire dans laquelle on donne à manger aux bêtes de l’étable.

Jeanne. Mais le pauvre petit enfant devait être très-mal là dedans?

Grand’Mère. Oui, il était très-durement et très-mal, mais il a voulu que ce fût ainsi.

Jacques. Comment le bon Dieu, qui était son Père, qui a tout ce qu’il veut, ne lui a-t-il pas donné un beau petit lit bien chaud, dans une chambre bien jolie, au lieu de le laisser dans une vilaine crèche et dans une sale étable ?


Gravure de Schnorr - Naissance de Jésus.


Grand’Mère. Parce que l’enfant Jésus a voulu nous faire voir par son exemple qu’il ne faut pas aimer et désirer les richesses de ce monde, et qu’on doit aimer les privations et les humiliations.

Petit-Louis. Je ne veux pas coucher dans une crèche, moi, ni dans une étable.

Grand’Mère. On n’est pas obligé de coucher dans une crèche ni dans une étable, mais tout le monde est obligé de ne pas être douillet ni délicat et de ne pas trop aimer ses aises.

Henriette. Écoute, Loulou, va dans une crèche puisque le petit Jésus y a été ; tu sais bien qu’il faut l’imiter.

Petit-Louis. Et toi ?

Henriette. Non, moi pas ; je resterai avec papa et maman.

Petit-Louis. Tiens ! pourquoi cela ?

Henriette. Pour qu’ils ne soient pas seuls.

Grand’Mère. Ce n’est pas gentil cela ! tu veux envoyer le pauvre Louis dans une étable, et toi tu ne veux pas y aller ; pas du tout pour que ta maman et ton papa ne soient pas seuls, mais parce que tu crains d’être mal dans l’étable.

Henriette rougit, ne répond pas et embrasse Louis, qui lui donne un petit coup de poing.

Grand’Mère. Voyons, mes enfants, ne vous disputez pas et laissez-moi continuer.

L’Ange dit aux bergers comment ils reconnaîtraient le Sauveur, le Christ, le Seigneur. Au même moment, une troupe nombreuse d’Anges se joignit à celui qui parlait aux bergers ; et ils chantaient tous admirablement : « Gloire à Dieu au plus haut des Cieux, et paix sur la terre aux hommes de bonne volonté. »

Au bout de quelque temps, les Anges quittèrent les bergers et les bergers se dirent les uns aux autres : « Allons à Bethléem ; allons voir ce qui est arrivé, et ce que le Seigneur vient de nous faire annoncer par ses Anges. »

Ils se dépêchèrent donc d’y aller et ils trouvèrent dans l’étable Joseph et Marie, avec l’enfant Jésus enveloppé dans des langes et couché dans une crèche. En le voyant, ils l’adorèrent, et ils reconnurent la vérité de ce que leur avait dit l’Ange. Et tous ceux auxquels ils le racontèrent, admiraient ce que leur disaient les bergers.

Et Marie conservait le souvenir de ces choses et adorait Jésus dans son cœur.

Au bout de huit jours, il fallut que Joseph fît circoncire l’enfant, auquel il donna le nom de Jésus, comme l’avait commandé l’Ange Gabriel à Marie.


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VI
Les Rois Mages.

Peu de temps après, on vint dire au Roi Hérode, qui régnait à Jérusalem, que des Rois Mages qui arrivaient de très-loin voulaient le voir et qu’ils demandaient : « Où est le Roi des Juifs qui vient de naître, car nous avons vu son étoile en Orient et nous venons à Jérusalem pour l’adorer ? »

Hérode fut très-effrayé de ce qu’on lui disait, parce qu’il craignait qu’un Roi plus puissant que lui ne vînt lui enlever son Royaume. Et toute la ville de Jérusalem eut peur aussi. Hérode fit venir les Rois Mages, leur parla, les questionna, et il sut que le Roi dont parlaient les Mages était le Christ, le Fils de Dieu que les Juifs attendaient d’après les livres des Prophètes.

Alors Hérode fit venir les savants, Princes des prêtres et docteurs du peuple, et il leur demanda où le Christ devait naître.

Ils lui répondirent : « A Bethléem, ville de Juda. »

Hérode emmena les Mages chez lui, leur fit beaucoup de questions sur l’étoile qu’ils avaient vue. Ils lui racontèrent que des Anges leur étaient apparus, qu’ils leur avaient annoncé la naissance du Roi des Juifs, le Christ, le Messie promis, le Fils de Dieu, et leur avait ordonné d’aller l’adorer ; qu’ils allaient se mettre en route sans savoir où ils devaient aller, mais qu’au moment de partir, une étoile, plus grosse et plus brillante que toutes les étoiles du ciel, se montra à eux et se mit à avancer devant eux ; elle s’arrêtait quand ils s’arrêtaient et avançait quand ils marchaient ; cette étoile avait disparu quand ils étaient entrés à Jérusalem, et c’est pourquoi ils avaient demandé à voir le Roi des Juifs que leur avaient désigné les Anges.

Hérode les remercia, leur dit d’aller à Bethléem, car c’était là que devait naître le Messie, le Christ, pour sauver tous les hommes, en les délivrant du démon.

« Allez, leur dit le Roi Hérode, informez-vous à Bethléem de cet enfant, et quand vous l’aurez trouvé, revenez me le faire savoir, pour que moi aussi j’aille l’adorer. »

Les Rois Mages le lui promirent et se remirent en route ; aussitôt, leur étoile reparut, ce qui leur causa une grande joie ; et l’étoile marcha devant eux, jusqu’à ce qu’étant arrivée à la grotte où était I’Enfant et Marie sa mère, elle s’arrêta.

Les Mages en furent transportés de joie ; ils entrèrent dans la grotte, et trouvèrent I’Enfant avec Marie sa mère. Et se prosternant devant lui, ils l’adorèrent. Puis, ouvrant les caisses qui étaient sur le dos de leurs chameaux et qui contenaient leurs trésors, ils en tirèrent leurs présents qu’ils lui offrirent ; c’était de l’or, de l’encens et de la myrrhe.

Jacques. Comment l’encens était-il un trésor ? Ce n’est pas du tout un beau présent ; on en brûle ici dans toutes les églises.

Grand’Mère. L’encens qu’on brûle chez nous, n’est pas le vrai encens des Juifs ; le nôtre est bien une résine, une espèce de gomme qui coule de certains arbustes, mais il n’a pas l’odeur excellente de l’encens des Juifs et des peuples de l’Asie ; celui-là est rare et coûte fort cher.

Jacques. Mais qu’est-ce que l’Enfant Jésus et la sainte Vierge pouvaient faire avec l’encens ? Ça ne leur servait a rien.

Grand’Mère. C’était un hommage, une marque de respect que leur donnaient les Mages. Ils l’offraient non-seulement comme une chose précieuse, mais parce qu’ils voulaient faire voir par là qu’ils reconnaissaient l’Enfant Jésus pour le vrai Dieu, puisqu’on n’offre de l’encens qu’à Dieu.

Henriette. Et qu’est-ce que c’est que la myrrhe ?

Grand’Mère. La myrrhe est un parfum très-précieux et très-amer au goût ; elle signifiait que Jésus devait beaucoup souffrir, faire une pénitence suffisante pour effacer les péchés des hommes et puis mourir pour les sauver. Le bon Dieu avait fait connaître tout cela aux Rois Mages ; ils l’offrirent à Jésus comme un présent fort rare et fort cher.

Après avoir adoré I’Enfant, et après s’être reposés quelque temps, ils repartirent pour retourner dans leur pays, mais un Ange leur apparut en songe et leur ordonna de ne pas aller retrouver le Roi Hérode à Jérusalem, parce qu’il voulait faire mourir l’Enfant Jésus au lieu de l’adorer ; l’Ange leur ordonna de s’en retourner par un autre chemin, et les Mages obéirent. Quand ils furent de retour chez eux, le Roi Hérode les attendait toujours et il s’impatientait de ne pas les voir revenir.


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VII
La Purification de la Sainte Vierge.

Après le départ des Mages, le temps arriva où, selon la loi de Moïse, Marie dut aller à Jérusalem pour présenter l’Enfant Jésus au Temple et offrir un sacrifice. Joseph et Marie étaient pauvres ; ils n’offrirent que deux tourterelles ; les gens riches offraient un agneau.

Louis. Pourquoi offrait-on des tourterelles ou des agneaux ? A qui les offrait-on?

Grand’Mère. On les offrait à Dieu, parce que d’après la loi juive, tous les hommes appartenaient au Seigneur ; et les parents devaient racheter l’enfant, pour pouvoir le garder et l’élever au lieu de le laisser pour le service du Temple ; c’est pourquoi on apportait aux grands prêtres des tourterelles ou un agneau ; le grand prêtre les tuait et les offrait au Seigneur comme un sacrifice qui devait lui être agréable.

Armand. Et ce n’était pas vrai, n’est-ce pas, Grand’mère !

Grand’Mère.*** Si fait ; le bon Dieu aimait ces sacrifices parce qu’on les faisait pour obéir à la loi et que le bon Dieu aime l’obéissance.

Élisabeth. Et pourquoi le bon Dieu avait-il ordonné des sacrifices ? et comment le sang de ces pauvres bêtes pouvait-il lui être agréable ?

Grand’Mère. Il ne lui était pas agréable par lui-même ; mais seulement parce qu’il figurait le sacrifice divin de la croix, par lequel Jésus son fils devait nous sauver un jour.

Le jour où la sainte Vierge et son mari Joseph apportèrent l’Enfant Jésus au temple de Jérusalem, il s’y trouvait un vieillard nommé Siméon, qui était un homme juste et obéissant à la loi de Dieu ; le Saint-Esprit lui avait promis qu’il verrait le Christ, le Messie, le Fils de Dieu, avant de mourir. Et lorsque L’Enfant fut apporté dans le Temple, le Saint-Esprit apprit à Siméon que cet enfant était le Christ, promis pour sauver les hommes de la méchanceté du démon.

Siméon prit l’Enfant Jésus dans ses bras et commença à bénir Dieu, en disant :

« A présent, Seigneur, vous me laisserez mourir en paix, car mes yeux ont vu le Seigneur que vous envoyez dans le monde pour racheter les hommes. »

Siméon continua à dire de très-belles choses sur l’Enfant Jésus et sur sa Mère. Et une vieille femme nommée Anne la prophétesse, fille de Phanuel, veuve et âgée de quatre-vingt-quatre ans, entra dans le Temple pendant que Siméon prophétisait. Elle aussi se mit à louer le Seigneur et à parler de l’Enfant Jésus comme de celui qu’attendaient les Juifs pour les délivrer du démon.

Valentine. Grand’mère, comment le Saint-Esprit a-t-il fait pour apprendre à Siméon que Jésus était le Messie ?

Grand’Mère. Il le lui a fait comprendre sans parler, simplement en voulant qu’il comprît.

Jacques. Mais comment c’est-il possible ? Comment Siméon a-t-il fait pour entendre puisque le Saint-Esprit ne disait rien ?

Grand’Mère. C’est tout aussi possible au Saint-Esprit, qui est Dieu tout-puissant avec le Père et le Fils, qu’il est possible à toi, de penser à une personne absente, ou de te souvenir d’une chose dont personne ne te parle. Et puis, nous autres à qui le bon Dieu n’a pas accordé des grâces pareilles, nous ne pouvons comprendre comment ces choses se passent entre Dieu et les âmes des saints.


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VIII
Fuite en Égypte.

Après que Jésus eut été porté au Temple par Marie et par Joseph, ils retournèrent à Bethléem. Une nuit pendant que Joseph dormait, un Ange lui apparut et lui dit :

« Lève-toi, prends I’Enfant et sa Mère, et fuis en Égypte. Tu y demeureras jusqu’à ce que je vienne t’avertir de retourner dans ton pays ; parce que le Roi Hérode cherchera I’Enfant pour le faire mourir. »

Joseph se leva, éveilla la sainte-Vierge, lui dit ce qu’il venait d’entendre et prépara tout pour partir de suite.

Jacques. Et comment sont-ils partis ? Ils n’avaient pas de voiture ?

Grand’Mère. Non, mais on pense que saint Joseph avait un âne ; il fit un paquet des choses les plus nécessaires à l’Enfant Jésus et à sa Mère, le plaça sur l’âne avec la sainte Vierge Marie qui tenait dans ses bras l’Enfant Jésus, et saint Joseph marcha près d’eux pour les conduire. Ils s’enfuirent au milieu de la nuit, dans l’obscurité, pour que personne ne les vît partir et ne pût aller dire à Hérode qu’ils avaient*** emmené I’Enfant, et le chemin qu’ils avaient suivi.

Jacques. Mais puisque l’Enfant Jésus était le bon Dieu, pourquoi ne tuait-il pas le méchant Hérode ?

Gravure de Schnorr - Fuite en Égypte.

Grand’Mère. Parce que Jésus n’est pas venu sur la terre pour tuer les méchants, mais pour les convertir ; et de plus, il a voulu tout souffrir pour l’amour de nous, pour nous apprendre à supporter patiemment toute espèce de souffrance.


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IX
Massacre des Innocents.

Hérode attendait toujours le retour des Rois Mages, et il était très-impatient de les voir revenir, parce qu’il craignait beaucoup ce nouveau Roi dont lui avaient parlé les Mages. Voyant enfin qu’ils ne revenaient pas, il se mit dans une grande colère, car il ne savait comment faire pour trouver cet Enfant-Roi. Il pensa pourtant qu’un moyen sûr et excellent de s’en débarrasser était, de tuer tous les enfants âgés de moins de deux ans. De cette façon, pensa-t-il, je suis sûr de faire mourir ce Roi-Enfant que les Mages ont été saluer, car il n’a certainement pas encore deux ans. Le cruel Hérode ordonna donc à une troupe de soldats aussi méchants que lui, d’aller à Bethléem et de massacrer tous les enfants âgés de moins de deux ans.

Valentine. Quel abominable homme ! C’était affreux ! les pauvres parents devaient crier autant que les enfants !

Grand’Mère. Certainement ! Longtemps auparavant, un Prophète nommé Jérémie…..

Petit-Louis. Qu’est-ce que c’est, un prophète ?

Grand’Mère. Un prophète est un homme auquel le bon Dieu accorde le don de savoir et de dire ce qui arrivera dans l’avenir.

Valentine. Comment cela ? Comment disait-il l’avenir ?

Henriette. C’est comme si le bon Dieu m’accordait ce don, et que je te dise : Titine, tu seras méchante ce soir ; tu seras en pénitence demain ; tu seras morte dans dix ans. Et que cela arrive : je serais un prophète. N’est-ce pas, Grand’mère.

Grand’mère, souriant. Non, tu serais prophétesse ; heureusement que tu ne l’es pas, car tes prophéties ne seraient pas agréables à ma petite Valentine. Mais tu as bien compris et bien expliqué ce que c’est qu’un prophète ; seulement les Prophètes n’ont prédit que ce qui concernait la gloire de Dieu et le bien des hommes.

Je disais donc qu’un Prophète nommé Jérémie avait prédit ce malheur, ce crime horrible qu’on appelle le Massacre des Innocents ; il avait prédit qu’il y aurait ce jour-là des plaintes et des cris lamentables. Vous jugez ce que ce devait être ; les enfants massacrés à coups de coutelas, à coups de haches, tués à coups de massues et poussant des cris effroyables quand les soldats les arrachaient des bras de leurs mères pour les faire mourir. Les malheureuses mères, courant avec leurs enfants dans leur bras, cherchant à les cacher, à les sauver, se jetant sur leurs bourreaux pour se faire tuer à la place de leurs enfants, serrant les pauvres petits contre leur sein, espérant empêcher les soldats de les saisir ; et cela dans toutes les maisons, dans toutes les rues de Bethléem à la fois ! Ces pauvres petits innocents qui ont été tués pour Jésus-Christ, sont les premiers martyrs et on célèbre leur fête le 28 décembre, après Noël.

Joseph avait mené l’Enfant Jésus, et sa Mère en Egypte, comme le lui avait commandé l’Ange. Un an après, l’Ange apparut encore à Joseph pendant qu’il dormait et lui dit :

« Lève-toi, prends L’Enfant et sa Mère et retourne en Judée, parce que le Roi Hérode qui voulait faire mourir I’Enfant, est mort lui-même. »

Jacques. Hérode s’est-il corrigé avant de mourir ?

Grand’Mère. Non ; il est mort méchant comme il avait vécu.

Joseph, qui obéissait toujours au bon Dieu et qui faisait sans hésiter tout ce qu’il lui commandait, emmena donc encore une fois I’Enfant et sa Mère et retourna en Judée. Mais ayant appris en route que le méchant Archélélaus, fils du Roi Hérode, était devenu Roi après la mort de son père, il se retira dans la province de Galilée, qui était son pays, dans une ville appelée Nazareth. L’enfant Jésus avait alors deux ans et demi.*** Lorsque Jésus fut grand et qu’il parcourut les autres provinces de la Judée, on l’appelait le Nazaréen, comme l’avaient prédit les Prophètes.

Et à présent, mes enfants, nous allons nous reposer. Demain nous verrons l’Enfant Jésus perdu dans Jérusalem.

Armand. Comment perdu ! Qui l’a perdu ?

Grand’Mère. Tu le sauras demain.


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X
L’Enfant Jésus au milieu des docteurs.

Les enfants étant tous réunis, la grand’mère commença ainsi :

L’Enfant Jésus vivait à Nazareth avec sa mère et avec Joseph ; il grandissait et il travaillait avec son père à l’état de charpentier. Tout le monde admirait sa sagesse, sa douceur et sa bonté.

Tous les ans à la fête de Pâques….

Petit-Louis. Comment ? les Juifs avaient le jour de Pâques comme nous ? Ils mangeaient des œufs rouges ?

Grand’Mère. Ils avaient une fête de Pâques, mais ils ne mangeaient pas des œufs rouges, et ils ne fêtaient pas le même événement que nous.

A la Pâque des Juifs, on fêtait le passage de la Mer Rouge, c’est-à-dire la délivrance des Juifs de la domination très-dure des Égyptiens. Notre Pâques, à nous, est pour fêter la délivrance de tous les hommes du joug très-cruel du démon.

Jeanne. Comment cela ? Je ne comprends pas.

Grand’Mère. Quand tu auras entendu toute l’histoire de

Notre-Seigneur Jésus-Christ (car c’est ainsi que nous appeIons

Jésus), tu comprendras comment il nous a délivrés, par sa mort, de la puissance du méchant démon….

Armand. Racontez-nous cela tout de suite, Grand’mère, je vous en prie.

Grand’Mère. Non, avant de raconter la mort de Jésus-Christ, il faut que je vous raconte sa vie, ses miracles.

Henriette. Qu’est-ce que c’est des miracles ?

Grand’Mère. Des miracles sont des choses si extraordinaires que Dieu seul et ceux auxquels il en donne la puissance, peuvent les faire, comme, par exemple, de guérir dans une minute une personne très-malade, ou un aveugle, ou un sourd. Mais, vous m’avez tant interrompue que je ne sais plus ce que je disais.

Camille. Vous disiez, Grand’mère, que tous les ans à la fête de Pâques….

Grand’Mère. Ah! oui, merci, chère petite ; j’y suis. Tous les ans à la fête de Pâques, Marie et Joseph allaient à Jérusalem pour célébrer la fête. Cette année, l’Enfant Jésus étant arrivé à l’âge de douze ans, il les accompagna, selon la loi de Moïse. Cette première entrée de l’Enfant dans le Temple était une fête de famille qui ressemblait un peu à nos premières communions.

Louis. Et comment célébrait-on la Pâque ?

Grand’Mère. Chaque famille tuait un chevreau ou un agneau, qu’on faisait rôtir tout entier ; et toutes les personnes de la famille étaient invitées à venir le manger en grande cérémonie chez le chef de la famille. Il fallait manger debout, en habit de voyage, le bâton à la main, pour rappeler comment Dieu avait jadis délivré les Juifs en les faisant quitter l’Égypte, où on les gardait comme esclaves. Il fallait manger l’agneau ou le chevreau tout entier, et s’il en restait quelques débris, on brûlait ces restes avec les os et les entrailles pour que la fumée montât vers le ciel. Lors donc que l’Enfant Jésus eut douze ans, Marie et Joseph l’emmenèrent à Jérusalem pour célébrer la fête de Pâques qui durait sept jours.

Marie-Thérèse. Était-ce l’hiver ou l’été ?

Grand’Mère. C’était au printemps, du 15 au 22 du mois de Nisan, qui est notre mois d’Avril. Quand les fêtes furent terminées, les habitants de Nazareth et tous les autres s’en retournèrent chez eux. Marie et Joseph partirent avec leurs parents et leurs amis, et ils ne s’aperçurent pas que I’Enfant n’était pas avec eux ; ils croyaient que Jésus marchait avec ses jeunes compagnons, et ce ne fut que le soir, quand on s’arrêta pour souper et pour coucher, qu’ils commencèrent à s’inquiéter en ne le trouvant pas avec les enfants de Nazareth. Ils le cherchèrent partout et furent très-effrayés et fort inquiets quand ils surent qu’on n’avait pas vu l’Enfant Jésus depuis le départ de Jérusalem.

Jeanne. Comme c’est mal d’avoir perdu ce pauvre petit Jésus !

Grand’Mère. Ce n’était pas mal, chère enfant, parce que la sainte Vierge n’a jamais fait le mal et ne pouvait pas le faire. Le bon Dieu la protégeait depuis sa naissance et la rendait si bonne qu’elle n’avait jamais envie de mal faire ; mais le bon Dieu avait voulu que Marie et Joseph ne s’inquiétassent pas de l’Enfant Jésus, parce qu’ils savaient ce qu’était l’Enfant Jésus, et ils comprenaient qu’il n’était pas nécessaire de le surveiller comme un enfant ordinaire ; ensuite, parce que Jésus devait accomplir ce jour-là la volonté de Dieu son Père et se faire voir plus savant que les prêtres juifs et les Docteurs de la loi.

Armand. Qu’est-ce que c’est, les Docteurs de la loi?

Grand’Mère. C’étaient des hommes chargés d’expliquer la loi de Moïse ; ils passaient pour savants, et ils croyaient alors (comme le croient les savants d’aujourd’hui) tout savoir et tout comprendre.

Quand Marie et Joseph furent bien sûrs que l’Enfant Jésus n’était pas avec leurs compagnons, ils ne voulurent ni manger ni se reposer avant de l’avoir trouvé, et repartirent à pied pour Jérusalem. Ils apprirent par les personnes qu’ils connaissaient, que l’Enfant Jésus y était resté et qu’on l’avait vu dans le Temple. Marie et Joseph le cherchèrent pendant trois jours ; ne sachant plus où le trouver et le demander, ils entrèrent dans une des salles qui entouraient le Temple, et ils trouvèrent l’Enfant Jésus assis au milieu des Docteurs de la loi. Il les écoutait, les interrogeait et leur expliquait si clairement et si bien les passages des Écritures que les Docteurs de la loi ne comprenaient pas, qu’ils étaient tous dans l’admiration et dans une grande surprise de la sagesse de ses réponses.

Joseph et Marie furent très-étonnés de ce qu’ils voyaient et de ce qu’ils entendaient ; Marie s’approcha de Jésus et lui dit :

« Mon fils, pourquoi nous avez-vous causé cette grande inquiétude ? Voyez avec quelle tristesse nous vous cherchons depuis trois jours. »

Jésus leur répondit gravement :

Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous pas que je devais m’occuper des affaires de mon Père ? »

Mais ils ne comprirent pas ces paroles ; ils ne savaient pas que les affaires dont s’occupait le divin Enfant étaient de faire déjà comprendre aux hommes, que lui, Jésus, était le Fils de Dieu, le Christ, le Messie attendu par les Juifs.

Et Jésus, se levant, les suivit ; car si dans les choses divines il obéissait uniquement à son Père céleste, dans tout le reste il obéissait parfaitement à sa bienheureuse Mère et à saint Joseph. Ils arrivèrent à Nazareth. Il demeura avec eux jusqu’à la mort de saint Joseph, et il leur était soumis. L’Enfant Jésus croissait en sagesse et en grâce devant Dieu et devant les hommes, qui l’admiraient de plus en plus. Et sa Mère conservait dans son cœur le souvenir de toutes ces choses, c’est-à-dire de toutes les paroles, de toutes les action de Jésus. De douze à trente ans, Jésus ne fit que travailler, prier et obéir, devenant ainsi le modèle de tous les chrétiens, et en particulier des enfants et des jeunes gens. Quel enfant oserait refuser d’obéir et de travailler, quand le Fils de Dieu lui-même en a donné un si bel exemple !

Saint Joseph mourut doucement dans les bras de Jésus et de Marie ; il est, à cause de cela, le protecteur des mourants. Jésus avait environ trente ans quand saint Joseph mourut.


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XI
Saint Jean-Baptiste.

Vous vous rappelez, mes enfants, qu’Élisabeth, la mère de Jean-Baptiste, l’avait mené et caché dans le désert pour que le méchant Roi Hérode, et, plus tard, le méchant Archélaüs, fils d’Hérode, ne pussent pas le trouver et le faire mourir.

Jacques. Mais le pauvre petit Jean-Baptiste ne leur avait rien fait ? Pourquoi l’auraient-ils fait mourir ?

Grand’Mère. Parce qu’Hérode et Archélaüs avaient toujours peur que le Roi dont leur avaient parlé les Mages n’eût pas été tué dans le Massacre des Innocents ; et comme saint Jean-Baptiste était au-dessus de tous les enfants par son intelligence, sa sagesse, et par les miracles qui avaient accompagné sa naissance, Élisabeth et Zacharie avaient peur qu’Hérode ne le prît pour ce Christ-Roi qu’il craignait, et qu’il ne le fît mourir. C’est pourquoi Élisabeth le laissa dans le désert, dans une grotte où elle lui portait tout ce qui lui était nécessaire.

À mesure qu’il grandissait, il devenait de plus en plus saint et il faisait de grandes pénitences. Il priait continuellement, et il ne vivait que de sauterelles et de miel sauvage. Devenu homme et âgé de près de trente ans, il sortit du désert et il commença à parcourir le pays, pour annoncer la venue de Jésus. Il parlait admirablement du bon Dieu, du Paradis, de I’Enfer, de la nécessité de faire pénitence, et il annonçait à tous les hommes le Sauveur qui allait venir ; beaucoup de gens venaient l’entendre et le voir ; il les engageait à devenir bons, à se repentir de leurs péchés, et il baptisait dans l’eau du Jourdain tous ceux qui le lui demandaient.

Louis. Qu’est-ce que c’est, le Jourdain ? Et comment Jean-Baptiste baptisait-il ?

Grand’Mère. Le Jourdain est un fleuve qui coule à quelques lieues de Jérusalem. Jean-Baptiste faisait entrer dans le Jourdain ceux qui voulaient être baptisés, et il leur versait sur la tête de l’eau du fleuve, en signe de la pureté de cœur qu’ils devaient avoir.

Valentine. Mais ils pouvaient se noyer dans le Jourdain ?

Grand’Mère. Non, parce qu’il y avait peu d’eau au bord ; on en avait jusqu’aux genoux à peine.

Le peuple qui entourait Jean-Baptiste lui demandait des conseils pour devenir bon, et Jean disait aux riches :

« Que celui qui a plusieurs habits en donne un à*** celui qui n’en a pas ; et que celui qui a trop, donne à celui qui a faim. »

Et aux Publicains qui venaient lui demander conseil, il disait : « Ne faites pas payer plus d’argent qu’on ne doit vous en payer. »

Henriette. Je ne comprends pas bien, Grand’mère. Qu’est-que c’est, des Publicains ? et qu’est-ce qu’ils faisaient payer ?

Grand’Mère. Les Publicains étaient des gens chargés par les Romains, maîtres de la Judée et des Juifs, de faire payer les impôts, c’est-à-dire l’argent que chacun devait donner au gouverneur pour l’entretien de routes, des ponts, pour maintenir l’ordre, et pour en envoyer à Rome, à l’Empereur. Très-souvent, les Publicains faisaient payer plus qu’on ne devait, et personne ne pouvait les souffrir à cause de cela : les Juifs les appelaient des voleurs. Voilà pourquoi Jean-Baptiste leur disait de ne pas faire payer plus qu’on ne leur devait. Les soldats lui demandaient aussi ce qu’ils devaient faire.

« N’employez pas les coups ni la violence pour vous faire donner ce qu’il vous faut, et ne demandez pas plus qu’il ne vous faut, » leur répondait Jean.

Le peuple trouvait Jean-Baptiste si bon, si vertueux, si admirable, qu’il croyait voir en lui le Christ ; le Messie promis qu’on attendait alors, d’après ce qu’avaient annoncé les Prophètes. Mais Jean leur dit :

« Moi, je baptise seulement dans l’eau ; mais vous allez en voir un autre plus puissant que moi, qui vous baptisera dans le Saint-Esprit. Et moi, je ne suis rien auprès de lui ; je ne suis pas digne de délier les cordons de sa chaussure. »

Le Roi Hérode, fils de l’ancien Hérode et successeur de son frère Archélaüs, voulut le connaître ; Jean-Baptiste, bien loin de le flatter et de le complimenter, lui fit souvent des reproches de la vie méchante qu’il menait. Hérode se fâchait ; il n’osait pourtant lui faire de mal, parce qu’il le craignait à cause de sa vertu et de la grande réputation qu’il avait parmi le peuple.

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XII
Baptême de Notre-Seigneur.

En ce temps-là, après la mort de Joseph, Jésus quitta Nazareth et vint trouver Jean-Baptiste auprès du Jourdain, pour être baptisé par lui. Jean, qui savait que Jésus était le Fils de Dieu et Dieu lui-même, refusait, par respect, de le baptiser :

« C’est moi, Seigneur, qui dois être baptisé par vous, et c’est vous qui venez à moi ! » lui disait Jean.

Jésus lui répondit : « Laisse-moi faire pour ce moment, car c’est ainsi que nous devons accomplir la volonté de celui qui m’envoie. »

Alors Jean-Baptiste ne résista plus ; il versa de l’eau sur la tête de Jésus. Aussitôt que Jésus eut été baptisé, il sortit de l’eau. Tout à coup le ciel s’ouvrit au-dessus de sa tête, l’Esprit de Dieu descendit sous la forme d’une colombe, et vint se reposer sur Jésus. Et au même instant, une voix qui venait du ciel dit très-haut :

« C’est là mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis toutes mes affections ! »

Henriette. Qu’est-ce que c’était que cette voix ?

Grand’Mère. C’était la voix de Dieu le Père, qui faisait ainsi connaître à tout le monde que Jésus était véritablement son Fils et Dieu lui-même.

Jacques. Quel âge avait Jésus quand il fut baptisé ?

Grand’Mère. Il avait trente ans, et il allait commencer à parcourir toute la Judée pour apparaître au monde et instruire les hommes dans la loi du salut.


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XIII
Jésus au désert.

Avant d’instruire les Juifs et avant de leur faire voir qu’il était bien réellement le Fils de Dieu fait homme, Notre-Seigneur voulut montrer à tous les hommes, par son exemple, qu’il fallait mortifier son corps.

Valentine. Qu’est-ce que c’est, mortifier ?

Grand’Mère. Mortifier veut dire maltraiter, punir.

Valentine. Et pourquoi donc punir son corps ? Ainsi, mon corps à moi, qu’est-ce qu’il a fait de mal? Il ne fait que ce que je veux.

Grand’Mère. Tu te trompes ; ton corps a de mauvais penchants qui te poussent à vouloir des choses mauvaises que Dieu défend, telles que la gourmandise, la paresse, la nonchalance, la colère et beaucoup d’autres vilaines choses. Il est donc juste de faire pénitence, c’est-à-dire de retenir et de punir ce corps qui te pousse sans cesse à faire du mal.

Henriette. Et si je ne le punis pas ?

Grand’Mère. Si tu ne le punis pas, le bon Dieu le punira après ta mort, et bien plus sévèrement que tu ne l’aurais puni toi-même. Ainsi, il vaut mieux se mortifier pendant qu’on vit, pour que le bon Dieu n’ait plus à punir après la mort.

Jacques. Alors, qu’est-ce qui arrive ?

Grand’Mère. Il arrive que le bon Dieu, ne trouvant plus rien à punir, mais seulement nos bonnes actions à récompenser, nous fait entrer tout de suite dans le Paradis, avec lui, avec la sainte Vierge, les Anges et tous les Saints, et que nous sommes très -heureux toujours et toujours.

Jeanne,réfléchissant. Toujours !… Toujours !… c’est que c’est bien long, toujours !

Grand’Mère. C’est si long, que cela ne finit jamais. Et je vous le demande, mes chers petits, ne vaut-il pas mieux entrer ainsi tout de suite au Paradis, que de brûler quelquefois très-longtemps dans les flammes du Purgatoire ? Le Purgatoire, c’est la pénitence de ceux qui n’ont pas fait assez pénitence sur la terre. L’Enfer, qui est éternel comme le Paradis, est la pénitence de ceux qui n’ont pas voulu faire du tout pénitence sur la terre.

Je vous disais donc que Jésus voulut nous donner l’exemple de la mortification. Il se retira tout seul dans le désert.

Petit-Louis. Celui de saint Jean-Baptiste ?

Grand’Mère. Le même désert, mais pas à l’endroit qu’avait habité saint Jean-Baptiste ; d’ailleurs saint Jean-Baptiste n’y était plus depuis un an. Il était habituellement sur les rives du Jourdain pour y baptiser.

Marie-Thérèse. Où était-il quand Jésus entra dans le désert ?

Grand’Mère. Il parcourait la Judée et la Galilée pour annoncer la venue prochaine de Jésus-Christ, du Sauveur, du Messie, afin que Jésus trouvât tout le monde préparé à le reconnaître et à l’adorer. Jésus alla dans le désert tout seul et y resta dans une grotte sur une montagne pendant quarante jours sans boire ni manger.

Henriette. C’est impossible, Grand’mère ! Il serait mort de faim !

Grand’Mère. Si Notre-Seigneur avait été un homme comme nous, il serait certainement mort de faim et de soif avant huit jours ; mais n’oubliez pas que Jésus était Dieu fait homme, qu’il avait la toute-puissance d’un Dieu et qu’il avait la volonté de souffrir, plus, beaucoup plus que les hommes ordinaires n’auraient pu souffrir sans mourir. Il voulut donc souffrir d’une manière extraordinaire de la faim et de la soif pendant quarante jours pour expier les péchés que commettent les hommes par leur gourmandise, leur indolence, leur sensualité.

Jeanne. Qu’est-ce que c’est, sensualité ?

Grand’Mère. C’est l’amour de tout ce qui est agréable au corps : bien manger, bien boire, être couché mollement, être assis commodément, n’avoir ni trop chaud, ni trop froid, enfin être bien à l’aise sans rien qui gêne.

Henri. Mais il n’y a pas de mal à cela.

Grand’Mère. En apparence, il n’y a pas de mal ; mais, par le fait, quand on vit de cette manière, on devient indolent, lâche ; on devient incapable de faire aucun sacrifice à son devoir, on ne pense plus qu’à s’amuser, à passer agréablement son temps ; on oublie le ciel, on oublie qu’on est pécheur et qu’on a des péchés à expier ; enfin, on risque beaucoup de tomber en enfer, comme vous le verrez plus tard, dans la terrible histoire du mauvais riche.

Pendant que Jésus était dans le désert, le démon, qui s’étonnait et se fâchait depuis longtemps de n’avoir jamais pu lui faire commettre un seul péché, même le plus léger, voulut profiter de la souffrance de Jésus pour le faire tomber dans quelque faute ; il lui promit et lui présenta les mets les plus excellents en lui disant :

« Si vous êtes le Fils de Dieu, commandez que ces pierres deviennent du pain. »

Jésus lui répondit : «  Il est écrit : L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »

Le démon, se voyant repoussé et ne sachant toujours pas si Jésus était ou non le Fils de Dieu qui devait venir sur la terre pour sauver les hommes de la puissance de l’enfer, essaya d’un autre moyen pour découvrir si Jésus était homme ou Dieu. Il prit Jésus, l’enleva et le transporta.

Jacques. Comment le transporta-t-il ?

Grand’Mère. C’est ce que nous ne pouvons savoir ; l’Évangile dit tout simplement que le démon le transporta sur le haut du temple de Jérusalem, qui était très élevé :

« Si vous êtes le Fils de Dieu, lui dit-il, jetez-vous en bas ; car il est écrit que Dieu a commandé à ses Anges de prendre soin de vous, et qu’ils vous soutiendront avec leurs mains, de peur que votre pied ne heurte contre quelque pierre. »

Jésus lui répondit : « Oui, mais il est encore écrit : Tu ne tenteras pas le Seigneur ton Dieu. »

Le démon, encore une fois vaincu par la sagesse des réponses de Jésus, essaya d’un troisième moyen pour le tenter et savoir ce qu’il était. Il le transporta sur une montagne très-élevée, et de là lui montrant tous les Royaumes du monde avec toute leur gloire, il lui dit :

« Je vous donnerai toute la puissance et la gloire de ces Royaumes, si, vous prosternant devant moi, vous m’adorez ! » Jésus lui dit : « Retire-toi, Satan ! car il est écrit : Tu adoreras le Seigneur ton Dieu et n’adoreras que lui seul ! »

Alors le démon, honteux, se retira, et les Anges s’approchèrent de Jésus et le servirent.

Armand. Ah ! tant mieux ! Je suis bien content pour le bon Jésus et pour le méchant démon ! Mais comment les Anges le servirent-ils ?

Grand’Mère. En lui donnant une nourriture céleste, qui était aussi supérieure à celle que nous mangeons en ce monde que Jésus était supérieur à tous les hommes et à tous les Anges.


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XIV
On demande à Jean qui il est.

Pendant que Jésus était dans le désert, Jean-Baptiste….

Henriette. Grand’mère, j’ai oublié de vous demander pourquoi on l’appelait Jean-Baptiste ?

Grand’Mère. Parce qu’il avait eu l’honneur de baptiser Notre-Seigneur et qu’il baptisait la foule de gens qui venaient entendre ses prédications. Baptiste veut dire Baptiseur. Jean continuait à baptiser et à annoncer la venue du Messie. Un jour, les Juifs de Jérusalem lui envoyèrent des prêtres et*** des lévites….

Armand. Qu’est-ce que c’est, des lévites ?

Grand’Mère. Des lévites étaient des gens qui aidaient les prêtres dans les cérémonies, mais qui étaient moins que les prêtres, de même que les lieutenants sont moins que les capitaines, quoiqu’ils soient militaires comme eux. Des prêtres et des lévites vinrent donc trouver Jean pour lui demander :

« Qui êtes-vous? Êtes-vous le Christ, le Messie ? »

Ils demandaient cela, parce que le bruit s’était répandu à Jérusalem qu’un homme extraordinaire avait paru, qu’il prêchait et baptisait près du Jourdain, et que cet homme pouvait bien être le Messie annoncé par les Prophètes et que tout le monde attendait.

Jean répondit : « Je ne suis pas le Christ.

— Qui donc êtes-vous ? Êtes-vous Élie ?

— Non, je ne le suis point.

— Êtes-vous Prophète ?

— Non, je ne le suis point.

— Qui êtes-vous donc, afin que nous puissions rendre réponse à ceux qui nous ont envoyés ? Que dites-vous de vous-même ?

— Je suis, répondit Jean, le Précurseur, la voix qui crie dans le désert : Préparez les voies du Seigneur.

— Pourquoi donc baptisez-vous ? lui demandèrent les Pharisiens, si vous n’êtes ni le Christ, ni Élie, ni prophète ? »

Jean leur répondit : « Moi, je baptise seulement dans l’eau ; mais il y en a un qui doit venir après moi, qui est bien au-dessus de moi ; il est au milieu de vous. Et je ne suis pas digne de dénouer les cordons de ses chaussures ; et celui-là baptisera dans le Saint-Esprit. J’ai vu l’Esprit-Saint descendre du ciel sous la forme d’une colombe et reposer sur lui. Je l’ai vu, et j’ai rendu témoignage que c’est lui qui est le Fils de Dieu. »


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XV
Premiers disciples de Jésus.

Le jour suivant, Jean se trouvait encore là, accompagné de deux disciples.

Valentine. Qu’est-ce que c’est, disciples ?

Grand’Mère. Des disciples sont des élèves, des amis, qui croient à la sagesse d’un Maître et qui cherchent à y faire croire les autres et à lui faire avoir d’autres disciples.

Jean étant là, vit passer Jésus, et il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. » Les deux disciples, qui l’entendirent, suivirent Jésus. Et Jésus, s’étant retourné, les vit qui le suivaient et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent :

« Maître, où demeurez-vous ? »

Jésus répondit : «&