Œuvres complètes (Tolstoï)/Tome I/Appendice

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Traduction par J.-Wladimir Bienstock.
Stock, 1902 (pp. 377-393).
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APPENDICE


I

NOTES BIBLIOGRAPHIQUES DE M. P. BIRUKOV


Traductions étrangères des œuvres de L. N. Tolstoï.

En publiant ce premier volume des œuvres complètes de L.-N. Tolstoï, nous croyons intéressant de faire connaître au public français, comment, par son puissant talent, L. Tolstoï a fait la conquête pacifique du monde. Le tableau suivant fait par un de ses admirateurs et contrôle par nous au British Muséum, nous en donne une idée. Ce tableau nous montre en quelle année chaque peuple a, pour la première fois, traduit en sa langue les œuvres de L. Tolstoï. Les noms des peuples sont disposes dans l’ordre chronologique :

1° Anglais en 1862.
2° Danois — 1875.
3° Allemand — 1875.
4° Slovaque — 1876.
5° Serbe — 1877.
6° Français — 1878.
7° Hongrois — 1878.
8° Américain (E. U.) — 1878.
9° Tchèque — 1881.
10° Petit-Russien — 1884.
11° Bulgare — 1884.
12° Suédois — 1885.
13° Finlandais — 1885.
14° Arménien — 1885.
15° Galicien — 1886.
16° Italien — 1886.
17° Hollandais — 1887.
18° Corelles — 1887.
19° Grouzine — 1887.
20° Khorvate — 1887.
21° Sarde — 1887.
22° Norwégien — 1888.
23° Espagnol — 1889.
24° Esthonien — 1889.
25° Letton — 1890.
26° Lithuanien — 1891.
27° Polonais — 1891.
28° Portugais — 1892.
29° Roumain — 1894.
30° Arabe — 1894.
31° Esclavon — 1895.
32° Turc — 1895.
33° Chinois — 1895.
34° Esperantiste (langue internationale projetée) — 1895.
35° Tatar — 1896.
36° Japonais — 1896.
37° Grec — 1897.
38° Hébreu — 1897.

Ce tableau demande un supplément : dans l’encyclopédie russe de Brockhaus et Efron, à l’article sur Tolstoï écrit par S.-A. Venguerov, on trouve les chiffres suivants : « Des traductions éditées à part, et qui représentent une minime partie de ce qu’on a traduit de Tolstoï dans les journaux et dans les revues, plus de 200 ont paru en langue allemande ; en franrais, pres de 150 ; en anglais, environ 120 ; en suédois et danois, 50 ; en toutes les autres langues, même en japonais et en tatar, de 1 à 20. Ce qui a été écrit sur Tolstoï ne peut être évalué même approximativement. Avec le grand intérêt qui s’attache à ses moindres gestes, le nombre des articles de journaux sur Tolstoï en Russie et à l’étranger dépasse des milliers ; quant aux articles de revues, il en paraît des centaines chaque année ». (Dictionnaire, volume XXXIII, page 456.)

Les premiers essais littéraires de Tolstoï.

En 1851, Tolstoï quitta son domaine d’Iasnaïa Poliana, ou il Était reste presque trois ans sans aucun dÉplacement, et alLa au Caucase. De la, pendant l’été de 1852, il envoya à la redaction de la revue « Le Contemporain » (Sovremennik) sa première œuvre, une nouvelle, l’Enfance.

À propos de cet envoi, une correspondance s’établit entre Tolstoï et le poète Nekrasov qui était alors directeur de cette revue. Nous citons plus bas quatre lettres très intéressantes de Nekrasov à Tolstoï, que nous empruntons à la revue : Suppléments littéraires de Niva, février 1898. On verra par ces lettres que Tolstoï avait caché à Nekrasov le nom de l’auteur de la nouvelle ; et celui-ci fut obligé de rappeler plusieurs fois à Tolstoï les règlements de la censure, demandant que le nom de l’auteur d’œuvres insérées dans la revue fut connu de la rédaction. Mais Tolstoï persista à cacher son nom et ne s’avoua que plus tard l’auteur de la nouvelle. Nekrasov apprécia immédiatement le talent du nouvel auteur. Les premières lettres de Nekrasov à Tolstoï sont un peu réservées, mais dans les dernières, écrites déjà après « l’Adolescence », « la Matinee d’un seigneur rural », « l’Invasion », « la Coupe en Forêt », et quelques-uns des récits de Sébastopol, perce déjà l’admiration envers le jeune écrivain.

Nékrasov avait alors trente-trois ans, et Tolstoï, vingt-sept. Toute la rédaction du Contemporain partageait l’opinion de Nékrasov sur les œuvres du débutant, et quand Tolstoï, après son séjour au Caucase et à Sébastopol, arriva en 1856 à Pétersbourg, on l’y reçut à bras ouverts, comme un écrivain sur lequel on fonde de grandes espérances.


Lettres de Nékrasor à Tolstoï.

(a) Sans date.

« Monsieur,

J’ai lu votre manuscrit (l’Enfance), il contient tant de choses intéressantes que je l’insérerai. Ne sachant pas la suite, je ne puis le dire absolument, mais il me semble que son auteur a du talent. En tous cas, les idées de l’auteur, la simplicité et la réalité du sujet sont des qualites indiscutables dans cette œuvre. Si dans les parties suivantes, (comme il faut s’y attendre,) il y a plus de vivacité et de mouvement, ce sera un beau roman. Je vous demande de m’envoyer la suite. Votre roman et votre talent m’intéressent. Je vous conseillerais de ne pas vous cacher derrière des initiales, mais de commencer à signer immédiatement votre nom, si toutefois vous n’êtes pas un hôte de passage dans la littérature. J’attends votre réponse.

Veuillez agréer l’assurance de ma considération distinguée[1].

N. Nékrasov. »


(b) Saint-Pétersbourg, 5 septembre 1852.

« Monsieur,

Je vous ai écrit au sujet de votre Nouvelle, mais maintenant, je crois devoir ajouter quelques mots. Je l’ai donnée à composer pour le numero 9 du Contemporain, et en relisant cette nouvelle dans les épreuves et non dans le manuscrit raturé je l’ai trouvée beaucoup mieux qu’elle ne m’avait paru à première lecture. Je puis affirmer que son auteur a du talent. Cette conviction, pour vous, un commencant, est actuellement l’essentiel. Le numero du Contemporain, avec votre nouvelle, paraitra à Pétersbourg demain, et n’arrivera probablement pas chez nous (je l’enverrai à votre adresse) avant trois semaines. De la nouvelle quelque chose (peu cependant) est supprimé... rien n’y est ajouté.

Bientôt je vous écrirai plus en detail, maintenant je n’ai pas le temps. J’attends votre réponse, et je vous demande de m’envoyer la suite si vous l’avez.

N. Nékrasov. »

P. S. — Bien que je devine, cependant je vous prie de m’écrire le nom de l’auteur de la Nouvelle, j’ai besoin de le savoir, c’est nécessaire selon la règle de notre censure. »


(c) Saint-Petersbourg, 30 octobre 1852.

Monsieur,

Je vous prie de m’excuser d’avoir tardé à répondre à votre dernière lettre ; j’ai été très occupé. Quant à la question d’argent, je me suis tu sur ce sujet dans mes lettres précédentes pour la cause suivante : dans nos meilleures revues, depuis longtemps existe l’habitude de ne pas payer, pour la première Nouvelle, un auteur qui commence et que la Revue présente pour la première fois au public. À cette habitude se sont soumis jusqu’ici tous ceux qui ont commencé leur carrière littéraire dans le Contemporain ; comme : Gontcharov, Droujinine, Avdeiev et les autres. À cette même habitude furent soumises de leur temps mes premières œuvres et celles de Panaiev. Je vous propose la même chose sous la condition que pour vos œuvres futures, je vous donnerai tout de suite le prix supérieur, celui que recoivent nas auteurs les plus célèbres, (très peu nombreux), c’est-à-dire 50 roubles pour une feuille d’impression[2]. J’ai aussi tardé à vous écrire parce que je ne pouvais vous faire cette proposition avant de contrôler mon impression par le jugement du public. Ce jugement a été on ne peut plus favorable pour vous, et je suis très heureux de ne pas m’être trompé en jugeant votre première œuvre, et avec plaisir, je vous propose maintenant les conditions sus-mentionnées.

Écrivez-moi à ce sujet. En tous cas, je puis vous garantir que nous tomberons d’accord sur ce point. Puisque votre nouvelle a eu du succès, il nous serait très agréable d’avoir plus vite votre deuxième œuvre. Faites-nous le plaisir de nous envoyer ce que vous avez de prêt. J’ai voulu vous envoyer le numero 9 du Contemporain, mais malheureusement j’ai oublié de donner l’ordre de tirer un exemplaire de plus et pour cette année toute la revue est épuisée. Cependant, s’il vous le faut, je puis vous envoyer un ou deux exemplaires des bonnes feuilles de votre nouvelle.

De nouveau je vous demande avec instance de nous envoyer une Nouvelle ou quelque chose en genre de nouvelle, roman ou récit. En attendant votre réponse, je reste à votre service.

N. Nékrasov. »

P. S. — Nous sommes obligés de savoir le nom de l’auteur dont nous insérons les œuvres, c’est pourquoi, donnez-nous des renseignements positifs à ce sujet. Si vous le voulez, personne, en dehors de nous, ne saura rien. »


(d) Saint-Pétersbourg, 2 septembre 1855.

« Cher monsieur Léon Nicolaïevitch,

Je suis arrivé à Pétersbourg au milieu d’août, dans les circonstances les plus tristes pour le Contemporain. Les manipulations révoltantes qu’a subies votre article[3] ont fini de me gâter le sang. Jusqu’ici je n’y puis penser sans ennui et sans colère. Sans doute, votre travail ne sera pas perdu... il témoignera toujours de la force qui a pu conserver une vérité profonde et réelle dans des circonstances ou peu la conserveraient. Je ne dirai pas comment je place haut tout cet article et en général la direction de votre talent, et en quoi il est fort et neuf. C’est précisement ce qu’il faut maintenant à la société russe : la vérité, la vérité dont après la mort de Gogol, il est resté si peu dans la littérature russe. Vous avez raison en appréciant le plus ce côté de votre talent. Cette vérité, que vous apportez dans notre litterature, est quelque chose de tout à fait nouveau chez nous. Je ne connais pas actuellement d’écrivain qui force tant l’affection et la sympathie que celui auquel j’écris, et je n’ai peur que d’une chose : que le temps et la lâcheté de la réalité, la surdité et le mutisme de tout ce qui entoure ne fassent avec vous ce qu’ils ont fait avec la plupart de nous, qu’ils ne tuent en vous l’énergie sans laquelle il n’y a pas d’écrivain, tout au moins, de ceux qui sont maintenant nécessaires à la Russie. Vous êtes jeune, il se produit maintenant des changements qui, espérons-le, finiront bien et peut-être, devant vous, y a-t-il un large champ d’action. Vous commencez de telle façon que vous forcez même les hommes les plus prudents à espérer beaucoup en vous. Cependant je me suis écarté du but de ma lettre. Je ne vous consolerai pas en vous disant que beaucoup trouvent magnifiques même les extraits de votre article qui sont inserés, mais pour ceux qui connaissent l’article tout entier, ce n’est plus qu’une série de mots dénués de sens et de signification. Mais il n’y a rien à faire ! Je vous dirai une seule chose, que l’article n’eût pas été inséré si ce n’eût été nécessaire, mais votre signature n’est pas mise.

« La Coupe en forêt » est passée assez bien, quoique quelques traits précieux aient été rayés. Voici mon opinion sur cette nouvelle : par la forme elle rappelle, en effet, Tourgueneff, mais la s’arrête la ressemblance ; tout le reste vous appartient et ne pourrait être écrit par personne sauf vous. Dans ce récit, il y a beaucoup de petites notes admirablement justes, et tout y est nouveau, interessant et utile. Ne négligez pas des récits pareils à celui-là. Sur le soldat, notre littérature n’a rien dit jusqu’ici, sauf des banalités. Vous commencez seulement, et quelle que soit la forme sous laquelle vous direz ce que vous savez sur ce sujet, tout sera au plus haut degré intéressant et utile. Panaiev m’a transmis votre lettre ou vous nous promettez d’envoyer bientôt La Jeunesse. Je vous prie de l’envoyer. Indépendamment de la Revue, je m’intéresse personnellement à la continuation de votre première œuvre. Nous preparerons pour La Jeunesse une place dans les numéros 10 ou 11, selon la date de la réception.

« L’argent vous sera envoyé ces jours-ci.

Je me suis installé pour l’hiver à Petersbourg et je serais très heureux si, à l’occasion, vous m’écriviez quelques lignes.

Veuillez agréer l’assurance de mes salutations sincères.

N. Nékrasov. »

« Mon adresse : rue des Petites-Écuries, maison Imzène, ou à la rédaction du Contemporain. »


3° En commençant à écrire l’Enfance Tolstoï avait en tête le plan d’un grand roman qui devait s’appeler Histoire de quatre époques. Ce roman ne fut point achevé. La jeunesse ne le fut même qu’à moitié, et la dernière partie, l’Âge mur, qui devait avoir le plus grand développement, ne fut pas commencée. L’auteur ne termina que l’Enfance et l’Adolescence.

Beaucoup des héros des Nouvelles, l’Enfance et l’Adolescence, sont des personnages réels. Le père de Nikolenka, dans l’Enfance, n’est pas le père de L. Tolstoï, mais le voisin et l’ami de son père, A. M. Isleniev. La gouvernante Mimi était aussi dans la maison d’Isleniev ou elle resta longtemps, et Katenka, c’est sa fille Iouzenka (Joséphine). Les deux gouverneurs, Karl Ivanovitch et Saint-Jérôme, correspondent à deux gouverneurs de L. Tolstoï, Théodore Ivanovitch Rossel, et M. Saint-Thomas ; quant à la mère de Nikolenka, c’est un personnage de fantaisie, la mère de L. Tolstoï mourut quand il était encore tout enfant et il ne se la rappelle pas.

« Le Grand Chrétien Gricha », (l’Innocent), vécut en effet. Je me rappelle que dans une de mes visites chez Tolstoï, il adressait à une malade qui était dans sa maison, les paroles suivantes : « Pour Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/389 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/390 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/391 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/392 Page:Tolstoï - Œuvres complètes vol1.djvu/393

  1. À la réception de cette lettre, Tolstoï écrivit immédiatement dans son journal : « ... Quand même, je crois que je ne suis pas sans talent. » (Cte L. N. Tolstoï. Sa vie, ses œuvres par R. Leuvenfeld.) — N. T.
  2. 50 roubles valent 130 francs ; ainsi Tolstoï recevait 130 francs pour 16 pages ; environ 8 francs la page. — N. T.
  3. Nékrasov parle ici probablement du récit : « Sébastopol en décembre 1851. » (Note de P. Birukov.)


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