Œuvres poétiques (Théophile de Viau)/Première partie/XVII. Ode

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Œuvres poétiques (Théophile de Viau)/Première partie/XVII. Ode


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Heureux, tandis qu'il est vivant,

Celui qui va toujours suivant

Le grand maître de la nature

Dont il se croit la créature.

Il n'envia jamais autrui,

Quand tous les plus heureux que lui

Se moqueraient de sa misère,

Le rire est toute sa colère.

Celui-là ne s'éveille point

Aussitôt que l'Aurore point

Pour venir, des soucis du monde,

Importuner la terre et l'onde.

Il est toujours plein de loisir,

La justice est tout son plaisir,

Et, permettant en son envie

Les douceurs d'une sainte vie,

Il borne son contentement

Par la raison tant seulement.

L'espoir du gain ne l'importune,

En son esprit est sa fortune ;

L'éclat des cabinets dorés,

Où les princes sont adorés,

Lui plaît moins que la face nue

De la campagne ou de la nue.

La sottise d'un courtisan,

La fatigue d'un artisan,

La peine qu'un amant soupire,

Lui donne également à rire.

Il n'a jamais trop affecté

Ni les biens ni la pauvreté ;

Il n'est ni serviteur ni maître,

Il n'est rien que ce qu'il veut être.

Jésus-Christ est sa seule foi.

Tels seront mes amis et moi.

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