Les Orientales
- Puisque rien ne t'arrête en cet heureux pays,
- Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs,
- Ni le repos, ni l'abondance,
- Ni de voir à ta voix battre le jeune sein
- De nos sœurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim
- Couronne un coteau de sa danse,
- Adieu, voyageur blanc ! J'ai sellé de ma main,
- De peur qu'il ne te jette aux pierres du chemin,
- Ton cheval à l'œil intrépide ;
- Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle à voir,
- Ferme, ronde et luisante ainsi qu'un rocher noir
- Que polit une onde rapide.
- Tu marches donc sans cesse ! Oh ! que n'es-tu de ceux
- Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux
- Leur toit de branches ou de toiles !
- Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits,
- Et souhaitent, le soir, devant leur porte assis,
- De s'en aller dans les étoiles !
- Si tu l'avais voulu, peut-être une de nous,
- O jeune homme, eût aimé te servir à genoux
- Dans nos huttes toujours ouvertes ;
- Elle eût fait, en berçant ton sommeil de ses chants,
- Pour chasser de ton front les moucherons méchants,
- Un éventail de feuilles vertes.
- Mais tu pars ! – Nuit et jour, tu vas seul et jaloux.
- Le fer de ton cheval arrache aux durs cailloux
- Une poussière d'étincelles ;
- A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit,
- Les aveugles démons qui volent dans la nuit
- Souvent ont déchiré leurs ailes.
- Si tu reviens, gravis, pour trouver ce hameau,
- Ce mont noir qui de loin semble un dos de chameau ;
- Pour trouver ma hutte fidèle,
- Songe à son toit aigu comme une ruche à miel,
- Qu'elle n'a qu'une porte, et qu'elle s'ouvre au ciel
- Du côté d'où vient l'hirondelle.
- Si tu ne reviens pas, songe un peu quelquefois
- Aux filles du désert, sœurs à la douce voix,
- Qui dansent pieds nus sur la dune ;
- O beau jeune homme blanc, bel oiseau passager,
- Souviens-toi, car peut-être, ô rapide étranger,
- Ton souvenir reste à plus d'une !
- Adieu donc ! – Va tout droit. Garde-toi du soleil
- Qui dore nos fronts bruns, mais brûle un teint vermeil ;
- De l'Arabie infranchissable ;
- De la vieille qui va seule et d'un pas tremblant ;
- Et de ceux qui le soir, avec un bâton blanc,
- Tracent des cercles sur le sable !