Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac

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Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac




PRÉFACE.
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Je songeais à publier la correspondance diplomatique de Jean de Gontaut, baron de Salignac, ambassadeur en Turquie de 1603 à 1610, lorsqu’en parcourant les volumes de la Revue d’Aquitaine, mon attention fut éveillée par quelques lignes de mon savant compatriote M. Tamizey de Larroque[1], dans lesquelles cet amant passionné de nos gloires gasconnes signalait sommairement un manuscrit inédit de la Bibliothèque nationale, intitulé : Ambassade en Turquie de M. de Salignac[2].

Je lus avec empressement ce manuscrit, dont j’avais presque honte d’ignorer l’existence, et l’oubli dans lequel il était resté si longtemps me sembla regrettable. La relation des faits qui s’y trouvent décrits est intéressante ; elle est gaie, pleine de traits vifs et amusants ; et la naïveté du style y ajoute même un certain charme. Mais le volume renferme quinze cents pages in-folio. Il eût fallu, pour en rendre possible la lecture, abréger le récit, extraire des passages, supprimer des redites. On hésite devant ces procédés; et le manuscrit paya de l’abandon la faute d’être trop volumineux.

Devais-je, à mon tour, m’arrêter à ces considérations? Je ne l’ai pas pensé; et tranchant dans le vif, je me décide à présenter aux lecteurs les parties de la Relation ayant spécialement rapport à l’ambassade du baron de Salignac.

Le manuscrit comprend trois parties : la première est consacrée à la Relation du voyage de l’ambassadeur de Paris à Constantinople; elle servira d’introduction à la correspondance. La deuxième est un journal des faits qui se passèrent en Turquie pendant une période de cinq années. J’aurai l’occasion, dans le cours de la correspondance, de revenir souvent à cette fraction du manuscrit, et j’y puiserai bien des notes précieuses. Un récit des divers voyages que l’auteur entreprit en Orient constitue la troisième partie dont je ne m’occuperai pas, puisqu’elle est tout à fait étrangère à mon sujet.

M. de Biran a inséré dans son étude sur la politique de Henri IV dans le Levant[3] quelques pages de ce manuscrit, notamment celles qui renferment des détails si curieux sur la cérémonie du baisemain, sur la mort de Henri IV et sur celle de M. de Salignac; mais il n’a parlé que fort sommairement du Voyage, et je pense que cette partie ne sera pas la moins intéressante de la Relation. Les réceptions faites à l’ambassadeur du roi de France, les honneurs qui lui sont rendus partout où il s’arrête, les épisodes de cette traversée si longue, pendant laquelle les passagers faillirent plusieurs fois périr, enfin tous les moindres incidents racontés dans un langage imagé et naïf, avec une gaîté toute méridionale, ne sont pas sans offrir un réel intérêt.

Afin de satisfaire la curiosité des lecteurs, j’ai cherché à connaître exactement la personnalité de chacun des voyageurs. Plusieurs, comme M. de Bauveau, quittèrent Constantinople après un court séjour, et firent un voyage en Terre-Sainte. D’autres, tels que M. de Birac et Ozéas Halla furent les héros d’aventures dont la correspondance nous donnera tous les détails. Ce dernier qui, dans une rixe, avait tué un turc et fut cause d’une surexcitation très vive des Musulmans contre les Français, paya de sa tête le crime qu’il commit. Lesdos, l’aumônier, devint évêque de Milo. Pour quelques-uns les renseignements ont fait défaut. Le chroniqueur lui-même avait néglige de nous dire son nom, et c’est tout à fait incidemment vers la fin de la Relation qu’il nous le fait connaître. Il s’appelle Bordier, est originaire de Pluviers [4] en Périgord et remplit près du baron de Salignac la charge d’écuyer de son écurie. Chargé, par l’ambassadeur, de l’organisation des chasses, il se montre, dans ses récits, passionné pour ce divertissement. Quand il nous parle de son exercice favori, son enthousiasme lui fait tout oublier : la politique et la diplomatie n’ont plus alors à ses yeux qu’une importance bien secondaire, et il semble que pour lui les plaisirs de la chasse doivent primer même le service du Roi. Après la mort de l’ambassadeur en 1610, Bordier retourne en Périgord [5], puis repart pour le Levant et achève sa Relation à Alep, en 1626. C’est là que nous le perdons de vue. J’avais espéré trouver dans le pays natal de Bordier quelque souvenir de lui, mais les démarches que j’ai faites dans ce but n’ont pas eu le résultat souhaité.

La Relation que je donne ici s’arrête à l’arrivée des voyageurs à Constantinople. J’aurais été entraîné trop loin si j’avais dû publier le manuscrit en entier. La verve intarissable du chroniqueur et son plaisir de conter l’emportent souvent et rendent parfois ses récits trop longs. Il serait peu intéressant de repasser avec lui l’histoire ancienne et mythologique des moindres endroits qu’il traverse. J’ai donc supprimé certains passages de la chronique et je les ai remplacés par des résumés plus succincts que nous fournit un journal du même voyage rédigé par le sieur d’Angusse, compagnon et secrétaire du baron de Salignac [6]. Malgré ces coupures indispensables, dont le lecteur ne me saura pas mauvais gré, l’odyssée de notre gascon est assez volumineuse. Mais que de pages encore et des plus intéressantes n’auront pas vu le jour. Espérons qu’un autre après moi sera tenté de reprendre le voyage où je l’ai laissé, et, partant de Constantinople, de suivre dans ses pérégrinations lointaines notre aventureux compatriote.

Aucune notice biographique n’avait jusqu’ici été consacrée au baron de Salignac. Il fut pourtant mêlé fort activement à la vie du roi Henri IV, auquel il rendit d’éminents services soit à la guerre, soit dans les négociations diplomatiques, et plus tard comme ambassadeur en Turquie. Vivant à une époque féconde en hommes remarquables, il peut compter parmi ces glorieux capitaines qui, sans avoir acquis la renommée éclatante réservée à un si petit nombre, se sont signalés par des actions valeureuses dignes d’être connues de la postérité. Jouissant de peu de fortune, Salignac ne put se montrer à la Cour avec l’éclat de ceux qui étaient plus favorisés que lui. Sa grande modestie le portait d’ailleurs à se tenir sur la réserve et à l’écart des intrigues dont tant d’autres se servaient pour arriver aux honneurs. Il fut l’un de ceux qui, s’attachant dès leur jeune âge à la personne de Henri de Navarre, se dévouèrent entièrement à lui, sans jamais l’abandonner, et contribuèrent le plus au succès de sa cause. C’est à ce titre que je le présente au lecteur : il sera touché comme moi par la lecture de sa correspondance, où les sentiments les plus élevés se font jour, et où l’on retrouve à chaque page la manifestation d’un cœur dévoué jusqu’à la mort.

Jean de Gontaut Biron naquit en 1553 au château de Salignac. Son père, Armand de Gontaut, chef d’une branche cadette de la Maison de Gontaut Biron[7], avait épousé Jeanne de Salignac, issue d’une fort ancienne famille de Périgord, dont plusieurs membres s’étaient déjà rendus illustres à la guerre et dans l’Église.

Après la mort de Bertrand de Salignac, père de Jeanne, Armand de Gontaut, dont la fortune n’était pas considérable, fut obligé pour conserver la baronnie de Salignac de vendre ses biens patrimoniaux[8]. Attaché au roi de Navarre qui l’avait nommé son lieutenant général en Périgord [9], il embrassa avec ardeur les idées de la réforme dans lesquelles il éleva ses enfants, et combattit vaillamment pour cette cause. Il mourut à quatre-ving-dix ans, laissant une nombreuse postérité.

Jean était l’aîné de ses fils, et devint l’héritier de ses biens et de la baronnie de Salignac.

Les premières années de son enfance s’écoulèrent au château de Salignac, à l’ombre de ces vieilles tours, de ces immenses remparts qui subsistent encore, rappelant les temps héroïques où chaque jour apportait son contingent de luttes et de combats. Le bruit des armes, les crépitements de la poudre furent les premiers sons qui frappèrent ses oreilles et le préparèrent à suivre la destinée que lui imposait sa naissance. Élevé avec les enfants de son âge, participant à leurs jeux, se livrant avec eux à tous les exercices du corps qui fortifient et assouplissent les muscles, il apprit ainsi de bonne heure à endurer les fatigues que l’on doit supporter à la guerre. En même temps qu’il recevait cette éducation agreste, rien n’était négligé pour développer dans son cœur les qualités chevaleresques qu’un observateur attentif eût pu déjà entrevoir. À quinze ans, il était un homme accompli : d’une intelligence vive, d’un cœur ardent et généreux, d’une hardiesse qui semblait défier tout danger, il joignait à ces qualités une affabilité très grande et une condescendance pour les autres qui le faisaient rechercher et aimer par les jeunes gens de son âge. L’existence aventureuse que menaient son père et les gentilshommes qu’il voyait autour de lui avait rapidement fait mûrir ses goûts militaires ; et sa jeune intelligence s’enflammait au récit des batailles et des combats. Il brûlait lui aussi du désir de se signaler, d’imiter ces héros dont il entendait vanter les exploits.

Il eut bientôt la satisfaction de pouvoir réaliser ses rêves de gloire.

Les guerres de religion déchiraient alors la France. La paix de Longjumeau (mars 1568) venait à peine d’être signée que catholiques et protestants reprenaient les armes. Condé et Coligny, inquiétés par Catherine de Médicis, s’étaient enfermés dans La Rochelle, et Jeanne d’Albret parvenait non sans peine à les rejoindre avec son fils. Henri de Béarn venait d’entrer dans sa quinzième année, et ses qualités brillantes donnaient déjà de grandes espérances ; il était impatient d’acquérir gloire et honneur.

Jeanne d’Albret, qui comprenait combien il était important d’attacher à son fils des amis fidèles, cherchait principalement à attirer près de lui les jeunes gentilshommes gascons. Jean de Gontaut ne fut pas des derniers à répondre à l’appel de la reine de Navarre ; et l’accueil qu’il reçut de Henri de Béarn devait l’encourager encore à ne jamais servir d’autre maître que lui. Tous deux du même âge, ayant des goûts semblables, parlant le même langage, ils étaient faits pour s’entendre ; et la familiarité du jeune prince n’excluant pas le respect de Salignac, ils se lièrent de cette vive amitié qui, prenant naissance à l’aurore de la vie, s’épanouit en se fortifiant, à mesure que l’âge mûrit les caractères.

À cette époque où les nouvelles idées religieuses avaient créé la division dans le royaume, il régnait une sorte d’incertitude sur ce qu’il fallait croire et PRÉFACE. IX

sur ceux à qui l’on devait obéir (1); mais Jean de Gontaut avait juré une fidélité inviolable au prince de Béarn, et n’admettant aucun de ces compromis auxquels on était si enclin dans ces temps troublés, il resta jusqu’à la fin inébranlable dans son serment : « J’ai servy 42 ans sans intermission le feu Roy vostre Père », pouvait-il écrire à Louis XIII, après l’assassinat de Henri IV, « sans que la contagion du siècle m’aye tant soit peu pu esbranler, non pas mesme à jeter les yeux sur un autre Maistre (2) ». C’est bien là le cri de son cœur et la pensée dominante qui se révèle à chaque instant de sa vie, qui se traduit à chaque page de sa correspondance (3).
Henri de Béarn sentait tout le prix qu’il fallait attacher à de pareils dévouements et témoignait à son tour la plus grande confiance au jeune Salignac. En paix comme en guerre, il se plaisait à le voir près de lui, à lui communiquer ses moindres pensées, et aussi à prendre son avis dans tous les cas difficiles.
L’existence de Salignac fut si intimement liée à celle de son prince qu’il nous suffirait, pour le suivre

(1) « En ce temps là, dit le maréchal de Bouillon, dans ses Mémoires, les divisions du Roi et de ses frères, du roi de Navarre, de ceux de Guise, de ceux de la Religion, faisoient suivre une liberté de se mescontenter facilement, ayant facilité, un chascun, de recouvrer un maistre lorsqu’on en perdoit un; et aussitôt qu’on voyoit quelqu’un mal content, il ne manquoit d’estre recherché d’autre part » (Mémoires de Bouillon, édit. Michaud, tome II, p. 32).
(2) Lettre du baron de Salignac au Roi, de Constantinople le 4 septembre 1610.
(3) « En cet an (1580), dit L’Estoile, ceux de la Maison de Lorraine sollicitoient fort ceux de la Religion d’entrer en leur Ligue, et le duc de Mayenne entr’autres en parla au baron de Salignac, qui depuis a épousé la fille de la chancelière de l’Hôpital, lui promettant, et à tous ceux de sa religion, le libre exercice d’icelle, même dans le milieu du camp; à quoy le baron répondit qu’il ne seroit jamais d’autre ligue que de celle du Roy » (L’Estoile, Journal de Henri III, tome I). X PRÉFACE.

dans sa carrière militaire, de rappeler les combats, les batailles, les sièges témoins des exploits de Henri de Navarre. Pendant cette longue période de guerres sanglantes, qui dura presque sans interruption de 1568 jusqu’à la paix de Vervins, Salignac ne perdit pas une seule fois l’occasion de signaler sa valeur. Il conquit successivement tous ses grades sur les champs de bataille, non par la faveur, mais par son mérite et son courage. A cette époque d’ailleurs, la jeune noblesse cherchait avec avidité les occasions d’acquérir de la gloire. Le mérite personnel était presque toujours le seul titre à l’avancement, et les gentilshommes, loin d’obtenir de droit les hauts emplois, ainsi qu’on le suppose trop souvent aujourd’hui, se faisaient honneur de commencer leur carrière dans les plus bas grades, sous le commandement de capitaines renommés. Les places d’archers, quoique les dernières de l’armée, n’en étaient pas moins recherchées; elles étaient même souvent convoitées par plusieurs seigneurs forcés d’attendre qu’une vacance se produisît pour pouvoir à leur tour compter dans la compagnie.
Jean de Gontaut ne fit pas exception à cette règle commune et, dès ses débuts dans la carrière militaire, il remplit avec passion ces fonctions inférieures où il put apprendre les moindres détails de son métier : homme d’armes dans la compagnie du prince de Navarre dès 1571 (1), il assista en 1572 (2) au siège

(1) Voir Histoire de Gascogne, par Monlezun, t. VI, p. 161 : Rôle de 60 lances sous la charge de M. le prince de Navarre (10 janvier 1571).
(2) Biblioth. nat., ms. fr. 21533 : Montre de la compagnie du roi de Navarre faite à La Ficte en Agenois, le 31 octobre 1572. PRÉFACE. XI

de La Rochelle. C’était après la Saint-Barthélémy : Henri de Béarn, devenu roi de Navarre après la mort de sa mère, avait été forcé, pour sauver sa vie, d’abjurer le protestantisme et, subissant les exigences de la Cour, de conduire sa compagnie devant cette place pour y lutter contre ses coreligionnaires. Le siège terminé, le jeune baron de Salignac passa dans la compagnie de son cousin le baron de Biron (1) qui était alors grand maître de l’artillerie et devait, quelques années plus tard, devenir maréchal de France. Bientôt il dut quitter la compagnie de Biron. Un nouveau parti s’était formé sous les murs de La Rochelle, à l’instigation du duc d’Alençon, frère du Roi, qui, pressé de jouer un rôle dans l’État, avait réuni autour de lui et sans distinction de religion, tous ceux qui pensaient avoir à se plaindre de la Cour. Henri de Navarre s’était facilement laissé entraîner dans ce parti dit des malcontents. Il espérait, à la faveur des troubles, recouvrer sa liberté et obtenir pour les protestants les sûretés qu’on leur avait refusées jusqu’ici. Forcé lui-même à l’inaction, il envoya ses amis en Gascogne pour préparer le soulèvement des réformés et hâter une prise d’armes. Le baron de Salignac se chargea de constituer une compagnie de chevau-légers, et, dès 1574, il put tenir la campagne et amener sa troupe au vicomte de Turenne qui se trouvait déjà à la tête d’une armée considérable.
Pendant les années suivantes, il rendit de grands services à la cause du roi de Navarre, qui, en 1575, le

(1) Biblioth. nat., ms. fr. 21533 : Montre de la compagnie d’Armand de Gontaut-Biron faite a Saintes, le 15 novembre 1573. XII PRÉFACE.

nomma son conseiller et chambellan ordinaire. L’année suivante (1576), Henri de Béarn parvint enfin à s’échapper de la Cour et reprit solennellement l’exercice de la religion réformée. Il s’efforça, en même temps, de ressaisir la direction de son parti, qui, depuis la Saint-Barthélemy, lui montrait une grande défiance.
Le traité de Beaulieu vint interrompre un instant les hostilités; mais l’organisation de la Ligue et la révocation de l’édit de paix donnèrent le signal de la reprise des armes. Dès lors le roi de Navarre résolut de concentrer en ses mains toutes les forces dont il pourrait disposer, et, prenant l’offensive, de harceler les troupes de la Ligue, sans leur laisser de repos jusqu’à ce qu’elles eussent abandonné les provinces qui lui avaient été ravies. Il trouva, pour l’exécution de ces projets, des auxiliaires dont le dévouement fut à la hauteur de la tâche. Quelques gentilshommes aguerris, pleins de courage et d’énergie, ne ménageant ni leurs fatigues ni leurs peines, et décidés à sacrifier leurs intérêts particuliers pour se vouer entièrement à sa cause, se groupèrent autour du prince, lui amenant les troupes qu’ils avaient recrutées à grand’peine. Ce fut là le noyau de cette petite armée qui, grossissant sans cesse, devait enfin conquérir le pays tout entier. Chaque jour on en venait aux mains : tantôt c’étaient des escarmouches, tantôt des attaques de villes ou des assauts. Salignac était du nombre des gentilshommes qui se distinguaient dans ces luttes incessantes. Pendant l’année 1577, il se signala particulièrement à l’attaque de La Réole, qui fut prise par escalade « avec des échelles de plus de 60 pieds » PRÉFACE. XIII

raconte d’Aubigné. Un mois après, il prenait part au siège de Marmande et aux luttes sanglantes qui se livraient autour de la place. Au combat de Nérac, il était près de Henri de Béarn lorsque ce prince, accompagné de quelques gentilshommes seulement, fut attaqué à l’improviste par une troupe de cavalerie. Chacun se dépendit vaillamment, et si bien que l’ennemi, ne pouvant parvenir à vaincre cette poignée de braves, dut opérer sa retraite.
La paix signée à Bergerac (septembre 1577) permit à peine aux combattants de déposer les armes. Les esprits étaient très surexcités, et Catherine de Médicis n’était pas étrangère à cette fermentation. Sous prétexte de ramener sa fille au roi de Navarre, elle visita quelques villes de Gascogne. En même temps elle encourageait les intrigues qui s’ourdissaient dans l’ombre. Les deux reines, suivies d’une cour brillante, étaient arrivées à Auch, capitale de l’Armagnac, et prenaient part à toutes les réjouissances qui s’y donnaient en leur honneur. Ce fut pendant une de ces fêtes que Henri de Béarn reçut avis de la surprise de La Réole par les catholiques. Il sut contenir sa colère et calmer ses amis, qui voulaient répondre à la violation de la paix en s’emparant de la Reine mère et des principaux seigneurs de sa cour; puis après une courte délibération, l’on se décida à tenter un coup de main sur Fleurance, dont la proximité permettait de prendre une revanche immédiate. La nuit même, à trois heures du matin, Henri, suivi de Turenne, Rosny, Salignac et quelques autres, ainsi que d’une petite troupe de choix, arriva devant la place. Les échelles furent posées sur la muraille et la ville emportée sans perte d’un des leurs. Tous revinrent à Auch le matin et Catherine de Médicis apprit alors avec stupéfaction la réussite de cette audacieuse entreprise mais, comprenant la leçon, « elle n’en fit que rire » rapportent les Économies Royales. Quelques jours après, le baron de Salignac fit partie d’une expédition semblable contre Saint-Émilion, dont les habitants avaient dépouillé quelques marchands calvinistes. La ville fut prise et la Reine mère, se plaignant de cette nouvelle infraction au traité, dut reconnaître qu’elle même y avait donné lieu par sa partialité en faveur des habitants de la ville.

Les deux reines, continuant leur voyage, s’arrêtèrent au commencement de janvier 1579 à Nérac. Marguerite de Valois nous fait dans ses Mémoires une peinture très agréable de l’existence qu’on menait dans cette petite ville; et les Économies Royales nous rapportent que « la Cour y fut fort douce et plaisante, car on n’y parloit que d’amour et des plaisirs et passe temps qui en dépendent. » Mais les séductions des dames, les rivalités et les jalousies qui se manifestaient à leur propos entre les seigneurs, et aussi les intrigues de la Reine mère, engendrèrent bien des querelles qui durent se vider en champ clos. Le baron de Salignac, dans l’une de ces circonstances, servit de second au vicomte de Turenne. Celui-ci nous a fait dans ses Mémoires[10] le récit de cette affaire qui ne semble pas s’être terminée à l’honneur de ses adversaires. Le vicomte demeura sur la place, percé de dix-sept coups.

Sur ces entrefaites, une nouvelle trêve fut signée à Nérac. Henri de Navarre, satisfait des garanties accordées aux protestants, avait le plus grand désir de maintenir cette paix qui laissait aux populations un repos devenu bien nécessaire. Il ne se méprenait pas sur les intentions de Catherine de Médicis, toujours prête à déchirer un traité, lorsqu’elle croyait y trouver avantage, mais de son côté, il voulait, tout en restant dans son droit et en sauvegardant les intérêts des réformés, faire les concessions de nature à éloigner une reprise d’armes. Il n’ignorait pas à quelles difficultés il devrait se heurter de la part de ses adversaires et même de ses partisans. Les prétextes ne manqueraient pas pour rouvrir les hostilités; il devrait déployer toute son intelligence et toute son énergie pour calmer la fougue de ses amis et aplanir les obstacles qui se dresseraient sans cesse entre les deux partis. Ses conseillers eux-mêmes étaient presque tous portés aux mesures violentes. Le baron de Salignac, dont l’ardeur sur les champs de bataille ne le cédait pourtant à personne, était un des seuls dont les avis penchaient toujours vers la conciliation. Comme il se rapprochait ainsi des idées du roi de Navarre, la confiance que celui-ci lui avait témoigné jusque là n’en devint que plus vive. Aussi est-ce à dater de cette époque que nous le voyons, fréquemment chargé de missions difficiles et délicates, auxquelles son caractère loyal et en même temps plein de finesse se prêtait admirablement. La correspondance de Henri de Béarn, en nous laissant la trace des efforts qu’il fit pendant l’année 1579 pour éviter un conflit, nous apprend aussi que Salignac servit fort utilement dans les pourparlers qui eurent lieu à cette occasion le maréchal de Bellegarde s’agitait en Dauphiné et cherchait à se créer un gouvernement indépendant. La Reine mère, persuadée qu’il agissait sous l’inspiration du roi de Navarre, s’en plaignit vivement. Le baron de Salignac fut envoyé « en PRÉFACE. XVIII

Dauphiné pour faire contenir ceux de la Religion dans les limites de la paix, et les retirer et faire despartir de toute intelligence qu’ils pourroient avoir avec le maréchal de Bellegarde (1). » Et quelques jours après, Henri de Navarre écrit encore à la Reine mère : « Madame, il y a deux ou trois jours que j’ay depesché le baron de Salignac vers vous afin de parler au sr Desdiguières de ceux des églises de Dauphiné suivant qu’il vous a plu me mander (2). »

Cette mission eut le succès qu’on pouvait espérer, et le négociateur fut apprécié par la Reine mère qui, désirant éloigner de Périgueux le sieur de Vivans, gouverneur du comté de Périgord et de la vicomté de Limoges dont elle craignait l’intolérance religieuse, pria le roi de Navarre de le remplacer par M. de Salignac. Mais celui-ci n’avait pas fait fortune en suivant son maître, et ce ne fut pas sans peine qu’on parvint à lui faire accepter cette charge trop onéreuse pour ses ressources personnelles. Salignac avait su acquérir l’estime des deux partis, et la lettre que Henri de Béarn écrit à son sujet au roi de France est trop à son honneur pour que nous hésitions à la citer en entier : « Monseigneur, écrit-il, j’ay, ces jours passés, à la prière et requeste des habitants de la ville de Périgueux, commis au gouvernement d’icelle le baron de Salignac au lieu et en la place du sieur de Vivans, estimant que

(1) Lettre de Henri de Navarre à M. de Benac, 25 juillet 1579 (Lettres missives, par Berger de Xivrey, vol. VIII, p. 137).

(2) Lettre de Henri de Navarre à la Reine mère, 29 juillet 1579 (Lettres missives, vol. I, p. 236). PRÉFACE. XIX

« l’aurés plus agréable que un aultre, comme la royne vostre mère l’a desclaré, et que pour estre du pays, estimé par la noblesse et les catholiques mesmes, gentilhomme d’honneur et de vertu, il se sçaura dignement et avec toute doulceur acquitter d’une telle charge, laquelle néantmoins il a cy-devant refusée, et s’en est voulu excuser. Toutesfois j’ay tant faict qu’il l’a acceptée; estant deslibéré se rendre dans peu de jours à la dicte ville, pour y faire restablir le siège de la justice et rentrer les catholiques qui en sont absens. Mais d’aultant qu’il luy conviendra faire de la despence, et qu’il ne sçauroit s’y maintenir sans grands frais, m’ayant demandé appointemens, je l’ay remis à ce qu’il vous plaira en ordonner, et vous en ay bien voulu escrire la présente pour vous supplyer très humblement, Monseigneur, luy pourveoir sur ce, selon que sa qualité et telle charge méritent : aultrement il ne peut y entrer comme il m’a desclaré. Et du tant qu’en y laissant entrer les catholiques qui sont pour le moins mille ou douze cens personnes, la force qui y est du présent, qui n’est que de soixante six soldats, est foible, il ne pourroit y estre en telle seureté qu’il convient, s’il ne vous plaisoit luy parfaire jusques au nombre de cent, qui n’est que trente de creue. En quoy me semble qu’il a très grande et apparente raison, tant pour ce que le nombre de ceulx des habitans sera plus grand que pour ce qu’il les descharge de toute garde, comme j’estime que c’est pour le mieulx et pour esviter à toutes querelles et divisions. J’espère, Monseigneur, que recevrez contentement de son service. PREFACE. XX

« Qui fait que je redoubleray ceste très humble requeste, que ce soit vostre bon playsir luy accorder son dict appointement et la dicte creue de trente soldatz. Et sur ce, etc...

De Nérac ce XXVIe jour de décembre 1579 (1). »

Le roi de Navarre ayant tenté tous les moyens de conciliation sans pouvoir se faire rendre justice, se décida à reprendre les armes et résolut d’assiéger Cahors.

Cette ville, capitale du Quercy, donnée en apanage à Marguerite de Valois lors de son mariage, n’avait jamais consenti à reconnaître son nouveau maître. C’était une place très forte, environnée par la rivière du Lot, et communiquant avec l’extérieur par trois ponts munis de portails solidement constitués. L’expédition paraissait difficile à cause des nombreux engins de défense accumulés dans la ville, où se trouvaient réunis, sous le commandement de M. de Vesins, un grand nombre de gentilshommes et des troupes aguerries. Mais la nécessité de posséder cette place eut raison des objections présentées par les plus prudents.

Le P. Daniel rapporte, dans son Histoire de France, que ce fut le premier siège « où l’on se servit du pétard comme moyen de destruction, l’invention de cet engin étant toute nouvelle. » Nous laissons à d’Aubigné le soin de nous faire, avec sa verve entraînante, le récit de cette attaque si glorieuse pour les troupes de Henri de Béarn : « Surprise honorable sur toutes celles de ce siècle, pour ce que le

(1) Lettres missives de Henri IV, vol. I, p. 259. PREFACE. XXI

« combat dura 5 jours et 5 nuits.... Il y avoit autour du roy de Navarre force capitaines de mérite qui le détournoient tant qu’ils pouvoient de ceste entreprise grandement périlleuse, tant pour estre besoin de rompre 2 portes et 1 barrière que pour y avoir dedans 1,500 soldats et 1 compagnie de gendarmes. Ils ajoutoient à cela la grande valeur et créance du lieutenant du Roy nommé Vésins. En un mot ils luy faisoient voir le dedans plus fort que le dehors. A tout cela le roy de Navarre s’opiniâtra en son dessein, et s’y achemina le 5e de may; mit pied à terre à 1/4 de lieue de la ville, fit son ordre ainsy :

Il donna aux pétardiers 6 soldats de ses gardes bien choisis; à 30 pas d’eux marchoit le baron de Salignac accompagné de St-Martin, capitne des nouvelles gardes, et de 18 bons hommes. Roquelaure commandant une troupe gaillarde soutenoit Salignac; lui l’estoit de Terride et du vte de Gourdon avec 1,000 arquebuziers. L’entreprise faillit d’estre rompue par un grand orage et les furieux éclairs et coups de tonnerre qui survinrent. Le 1er pétard ayant joué à la première porte, le trou s’y fit plus bas que la barre, sy mal à propos qu’il fallut rompre les bandes qui demeurèrent, mais enfin les soldats les ébranlèrent si bien avec hallebardes qu’estant entrés, le baron de Salignac joinct à eux emporta la garde des deux ravelins et poursuivit si bien la pointe que malgré les arquebuzades qu’on tiroit, Jean Robert porta le dernier pétard à la dernière porte de la ville, cettuy là joua si bien qu’il coucha la porte tout de son PRÉFACE. XXII

« long sur le pavé. Ce grand bruit mit toute la ville en armes hormis ceux qui firent les paresseux croyans que ce fust le tonnerre. Ceste première troupe de 6 courut devant le baron de Salignac comme pour recognoistre, mais ils furent arrestés au premier canton, et là un des six mis par terre. A cent pas de là parut Vesins avec 40 gentilshommes et 300 arquebusiers. Roquelaure ayant doublé le pas ne fist plus que mesme troupe avec le baron : ce fut des deux côtés à qui porteroit les arquebusades à bout touchant. Des coups de trait il fallut venir aux coups de piques : là Vesins blessé, ceux de la ville s’estonoyent et estoyent en route (déroute), sans les blessures des trois capitaines assaillans Salignac, Roquelaure et St Martin et aussi sans un renfort d’hommes armés et de bons arquebusiers du costé de la ville (1). »

Malgré sa blessure, le baron de Salignac voulut conduire au combat les renforts qu’il avait reçus; mais il ne put assister aux assauts livrés les jours suivants et aux luttes acharnées qui déterminèrent la prise de la ville. Sully raconte qu’il vit là « les choses les plus belles et les plus effroyables tout ensemble. »

M. de Cabrerès (2) fut laissé dans la place en qualité de gouverneur, et le roi de Navarre revint à Nérac où se préparèrent de nouvelles entreprises. Mais la campagne de 1580 ne fut pas favorable aux réformés; aussi s’empressèrent-ils d’accepter les offres de paix portées par le duc d’Alençon frère du Roi. Ce prince remuant et ambitieux s’était mis à la

(1) D’Aubigné, Histoire universell, t. II, livre IV, chap. 7.
(2) Jean de Gontaut, baron de Cabrerès et de Roussillon. PRÉFACE.. xxiii

tête des Flamands révoltés, et espérait ainsi devenir souverain des Pays-Bas. Ayant obtenu de Henri III une promesse de secours, aussitôt que la guerre contre les protestants serait terminée, il intervint entre les deux camps et provoqua les conférences de Fleix qui amenèrent une nouvelle trêve. Il entama immédiatement des pourparlers avec les gentilshommes de Gascogne, qui ne se voyaient pas sans regrets forcés à l’inaction, et fit miroiter à leurs yeux les perspectives les plus brillantes s’ils consentaient à l’accompagner dans son expédition contre les Espagnols. Le vicomte de Turenne, Rosny, Salignac et beaucoup d’autres acceptèrent cette offre séduisante, et au commencement de l’année 1581 ils vinrent retrouver le duc d’Alençon qui assiégeait Cambrai.

Cette jeune noblesse cherchait à rivaliser de bravoure et se laissait entraîner parfois aux expéditions les plus hasardeuses. C’est ainsi que vers la fin du siège, le vicomte de Turenne, ayant conçu le projet de forcer les lignes ennemies et d’entrer dans Cambrai, fut fait prisonnier avec quelques amis, parmi lesquels le baron de Salignac et l’un de ses frères (1). Ainsi se termina pour eux cette campagne qu’ils avaient entreprise avec enthousiasme et qui leur valut une longue captivité. De Cambrai ils furent conduits à Valenciennes, où pendant trois ans ils subirent les traitements les plus rigoureux. Ils ne recouvrèrent leur liberté qu’en 1584.

Le duc d’Alençon venait de mourir sans avoir pu

(1) Mémoires de Sully, chap. xv. - L’Estoile, Journal de Henri III, t. I. - Journal de François de Syreuilh. PREFACE. XXIV

accomplir ses rêves ambitieux, et Henri de Béarn devenait l’héritier de la couronne. Cet événement ranima les haines des ligueurs qui, craignant de perdre l’influence qu’ils avaient eue jusqu’ici dans l’État, refusaient de reconnaître les droits futurs de ce prince hérétique. Henri III était au contraire tout disposé à se réconcilier avec le roi de Navarre. Il lui envoya le duc d’Épernon qui devait lui proposer les conditions les plus avantageuses s’il voulait se faire catholique et revenir à la Cour. Avant de prendre une décision si importante, Henri de Béarn voulut connaître l’opinion de ses conseillers. « Les avis furent fort partagés, nous dit Davila : Jean de Salignac et Antoine de Roquelaure, srs très attachés au roi de Navarre le pressaient vivement de se fier au Roi et de retourner à la Cour occuper la place qui lui appartenait. » C’était aussi le sentiment du roi de Navarre; mais il craignit de se rendre suspect aux réformés par cette réconciliation solennelle, et sachant que les ligueurs aveuglés par leur fanatisme ne changeraient aucunement leurs mauvaises dispositions à son égard, quelque chose qu’il fît, il se décida à rester en Gascogne, se contentant d’exprimer au Roi toute sa gratitude pour les propositions qui lui avaient été faites, et protestant de son entière fidélité au trône.

Cependant les Guise organisaient ouvertement la rébellion contre l’État, signaient le traité de Joinville, qui déclarait Henri de Navarre incapable de succéder au trône comme hérétique et relaps, et mettaient la Ligue sous la protection de l’Espagne. Puis ils ntraient en campagne, s’emparaient de plusieurs PREFACE. XXV

villes, et, par leur audace, forçaient le Roi, qui jusque là était resté indécis, à se prononcer en leur faveur. Henri III allait commencer la guerre malgré lui et au profit des Guise qu’il considérait pourtant comme ses plus mortels ennemis. Cependant il entretenait des relations très affectueuses avec le roi de Navarre et ne lui dissimulait pas les embarras que lui causaient les menées des ligueurs. Celui-ci essayait de raffermir son courage ébranlé, le poussait à sévir contre les révoltés; lui offrait même de réunir leurs troupes contre l’ennemi commun. Puis impatient de connaître exactement les intentions du Roi, il confia au baron de Salignac le soin de s’en éclaircir : « Monseigneur », écrit-il au roi de France, « voyant les pratiques et sollicitations des auteurs des Ligues continuer et s’eschauffer plus que auparavant en ce gouvernement, j’ay pensé que je feray faulte à mon debvoir et au bien de vostre service, si je n’en donnois bien particulièrement advis à V. M. C’est pourquoy j’ay depesché le sr baron de Salignac, bien instruit de tout ce qui se passe par deça et que je connois importer à V. M. Sur lequel à ceste cause me remettant et vous supplyant très humblement de le croyre comme moy mesme, je vous diray seulement, Monseigneur, que j’ay conneu que leurs moyens seront beaucoup plus faibles que leur attente (1) ».

Le roi de Navarre prenant en même temps toutes les mesures nécessaires en cas d’une reprise des hostilités, chargea Salignac de porter ses ordres et

(1) Lettres missives de Henri IV, vol. II, p. 19 : mars 1585. xxvi PRÉFACE.

de donner ses instructions aux commandants des places : « M. de Roques, écrit-il, j’ay donné ordre au baron de Salaignac de vous voir en passant par vos quartiers et vous communiquer les instructions dont est porteur, auxquelles vous debvrez vous conformer et tascher de les ayder aux affaires qu’il va depescher par delà, qui sont grandement importantes pour mettre ordre aux desseings des perturbateurs : et sy tant est que n’ayez plus besoing au lieu où vous estes, vous me ferez service de suyvre le dit baron de Salaignac pour estre plus à portée d’accomplir ce que pourroit estre à faire... (1) ».

Un mois après, préoccupé de ne pas recevoir de réponse de Henri III, il lui rappelle « qu’il a envoyé le baron de Salignac vers luy, et que depuis il n’a recu advis de ce qu’il avoit à faire contre les perturbateurs (2) ».

Le même jour, dans une lettre à M. de Bellièvre, il insiste sur cette question si importante : « J’ay donné charge au baron de Salignac, écrit-il, de vous voir et se condouloir de ma part avec vous du déplorable estat auquel les auteurs de telles ligues veullent resduire cest estat et vous asseurer que leurs moyens se trouvent beaucoup plus faibles que leur espérance (3) ».

La mission qu’avait reçue Salignac ne se bornait pas seulement à porter au Roi les plaintes des réformés et à tenter un accord pour la répression des troubles provoqués par les ligueurs; il devait aussi

(1) Lettres missives, vol. VIII, p. 281. - Mars 1585. (2) Lettres missives; vol. II, p. 38. - 13 avril 1585. (3) Lettres missives, vol. ii, p. 41. - 13 avril 1585. PREFACE XXVII

entrer en relation avec les députés dés Pays-Bas qui étaient venus offrir à Henri III la souveraineté de ces provinces. Afin de ne pas mécontenter l’Espagne, le Roi avait refusé d’écouter leurs propositions. Henri de Navarre, qu’ils avaient prié d’intercéder en leur faveur, leur écrit « Le sr Caluart vous dira qu’à ceste fin je luy ay fait une depesche bien expresse par le baron de Salignac, auquel aussy j’ay commandé de vous tenir advertis du progrès de sa négociation (1) ».

Mais la funeste influence de Catherine de Médicis et des conseillers de Henri III eut raison du caractère faible de ce prince, qui se laissa enfin entraîner dans le parti des Guise. L’Édit de Nemours, qu’il signa le 7 juillet, accordait à la Ligue les places de sûreté qu’elle réclamait, et défendait dans le Royaume l’exercice de la religion réformée.

La guerre allait recommencer. Salignac, quittant sans regrets cette Cour où les intrigues triomphaient des arguments les plus justes, retourna vers son Prince, et, ressaisissant l’épée, se prépara à seconder ses efforts dans la lutte sur les champs de bataille.

Henri III mit sur pied deux armées sous les ordres du maréchal de Matignon et du duc de Mayenne. Les troupes protestantes remportèrent d’abord quelques succès, puis furent forcées de se replier en arrière de la Dordogne. Au mois de février 1586, Mayenne vint mettre le siège devant Montignac. C’était une mauvaise place, si difficile à défendre qu’on fut sur le point de l’abandonner.

(1) Lettres missives, vol. II, p. 61. — Mai 1585. XXVIII PRÉFACE.

Mais le vicomte de Turenne et plusieurs autres capitaines pensèrent que si les ennemis « voyaient une telle bicoque oser se défendre », ils en seraient démoralisés et ne tenteraient pas le siège de places véritablement fortes. Le sr de La Porte commandait dans la ville, et le baron de Salignac, sans s’illusionner sur le résultat final, s’offrit à tenir dans la citadelle le plus longtemps qu’il pourrait. Les régiments de Vic et de Birague durent investir la ville, qui fut prise sans peine, puis ils assiégèrent le château « contre lequel on pointa 4 pièces de canon, dit de Thou, et l’on tira 260 coups qui firent une brèche à la muraille. » La garnison se rendit enfin à condition d’avoir la vie sauve et que les gentilshommes sortiraient l’épée au côté et les soldats un bâton blanc à la main ».

Le but était atteint : l’armée de la Ligue avait subi un retard dans sa marche, et la capitulation honorable qu’on avait obtenue permettait aux troupes de prendre part à de nouveaux combats.

Le baron de Salignac alla aussitôt s’enfermer dans Monségur, que Mayenne vint assiéger. Cette place, dans une situation fort élevée au dessus de la rivière du Drot, commandait toute la vallée. 50 gentilshommes et 800 hommes seulement avaient pu entrer dans la ville. « L’armée qui l’assiégea », nous dit d’Aubigné, « était composée de tout ce qu’avait le duc de Mayenne et le mareschal de Matignon, qui faisoit 28,000 hommes, esquippée de 22 canons desquels les assiégeants firent 3 batteries. Le deuxième jour fut tiré 1,500 coups de canon, et les soldats trouvant la bresche trop raisonnable, don- PRÉFACE. XXIX

nèrent un assaut duquel le régiment de Sacremore eut la poincte, et le maistre de camp y demeura. Après 6 jours de batterie, il se trouva manquement de poudres et de munitions de guerre dont il fallust avoir recours à Bordeaux... En peu de temps il y eut 300 pas d’esplanade, et ainsi en 3 semaines, presque toute la ville mise en ruines, les meilleurs hommes qui y furent estant blessés, entre ceux là Salignac et Cazes; on offrit capitulation non espérée, qui estoit à sortir armes et bagages, la mesche esteinte et sans drapeaux, laquelle fut acceptée de bon cœur, mesmement ne restant plus aucune espérance de secours, pour ce que le roy de Navarre estoit deslogé de Bergerac pour gaigner La Rochelle ».

La blessure qu’avait reçue Salignac en défendant Monségur l’empêcha d’accompagner le roi de Navarre, qui ayant obtenu des Rochellois les secours nécessaires en artillerie put tenir la campagne et secourir quelques places.

Le duc de Mayenne parvint à s’emparer de Castillon, dont les défenseurs avaient été décimés par la peste et les privations. Un des frères du baron de Salignac y fut fait prisonnier; puis remis en liberté il donna au vicomte de Turenne des détails si exacts sur le point vulnérable des fortifications que celui-ci put quelques mois après, avec une simple échelle posée à l’endroit désigné, introduire un certain nombre de soldats qui surprirent la ville et s’en emparèrent.

Cependant Catherine de Médicis, effrayée des progrès de la Ligue et craignant l’intervention des PRÉFACE. XXX

auxiliaires envoyés d’Allemagne, faisoit des démarches pour amener un rapprochement avec Henri de Béarn. Les pourparlers durèrent longtemps sans aboutir. Enfin on convint qu’une réunion se tiendrait au château de Saint-Bris près Cognac, vers la mi-décembre. Le roi de Navarre y conduisit ses plus fidèles amis, et parmi eux le baron de Salignac. Ce dernier avait eu plusieurs fois déjà l’occasion de se rencontrer avec la Reine mère sur le terrain diplomatique, et connaissait par expérience les finesses de sa politique cauteleuse. Catherine de Médicis ne cherchait qu’à gagner du temps afin d’empêcher la jonction des forces allemandes avec les troupes protestantes. Mais le roi de Navarre était peu disposé à laisser traîner en longueur des conciliabules dont il n’attendait aucun résultat : il rompit les négociations, et, à l’expiration de la trêve, le 6 janvier 1587, il se remit en campagne.

La guerre se fit d’abord en Saintonge et Poitou où le duc de Joyeuse à la tête d’une armée nombreuse devait s’opposer à Henri de Béarn. Celui-ci déployait une activité dévorante. Une vingtaine de places tombèrent en son pouvoir, parmi lesquelles Talmont, Chizé, Saint-Maixent. Partout Salignac accompagnait son prince, payant de sa personne, ne craignant ni les dangers ni les fatigues. Les officiers, dit Sully, étaient sans cesse dans les tranchées, « mettant la main au pic, à la pioche et au louchet (bêche) ».

Joyeuse avait reçu l’ordre de combiner ses opérations avec Matignon afin de livrer bataille dans les conditions les plus avantageuses. Mais pressé de PRÉFACE. XXXI

réparer les échecs qu’il avait subis et de remporter avec ses propres troupes une victoire dont il pensait s’attribuer tout l’honneur, il courut à la rencontre de l’armée protestante sans attendre les secours qui lui eussent été nécessaires. De son côté, le roi de Navarre voyait le danger de tout livrer aux hasards d’une bataille. Ses forces n’étaient pas assez considérables pour pouvoir se relever facilement s’il essuyait une défaite. Il voulait donc éviter une rencontre en rase campagne, se replier derrière la Dordogne en s’établissant solidement dans les places; puis, fatiguant l’ennemi par des escarmouches fréquentes, il profiterait de ses fautes, lui échapperait et gagnerait la Loire, afin d’opérer sa concentration avec les auxiliaires allemands dont il venait d’apprendre l’entrée en France. Mais ces projets habilement conçus ne purent s’exécuter comme il le désirait.

Le 19 octobre, les deux armées se rencontrèrent à Coutras, sur la rivière d’Isle, et l’on dut prendre sans tarder les dispositions de combat :

Henri de Navarre partagea sa cavalerie en 5 corps, se mit à la tête du premier, confia le second au prince de Condé qui se tint à l’aile droite, le troisième au comte de Soissons qui forma l’aile gauche. Le vicomte de Turenne, à la tête de la cavalerie de Gascogne, conduisait la réserve. Le duc de La Trémouille commandait la cavalerie, légère.

L’infanterie était placée sur les ailes, ayant à sa tête, dit de Thou : « Gaspard de Valiros, Jean de Parabère, Jean de Biron de Salignac, Gabriel de Charbonnières, de Castelnau, Hector de Préaux » et plusieurs autres gentilshommes. XXXII PRÉFACE.

Enfin l’artillerie était commandée par Clermont d’Amboise qui, pendant la nuit, était parvenu à faire passer la rivière à deux grosses pièces de canon.

Dès le commencement de la bataille, cette artillerie, établie derrière un monticule de sable et admirablement postée pour foudroyer l’ennemi tout en restant à l’abri de ses coups, fit subir aux catholiques des pertes cruelles et leur mit hors de combat un grand nombre d’hommes. Aussi tentèrent-ils une diversion en lançant leur cavalerie légère contre celle de La Trémouille, bientôt secourue par la réserve de Turenne. Les protestants furent forcés de reculer, et Turenne dut se replier et chercher abri près de l’infanterie. Les catholiques criaient déjà victoire. « Alors, dit de Thou, le roy de Navarre s’ébranla, suivi du prince de Condé et du comte de Soissons, marchant tous trois à peu près sur la même ligne, précédés des pelotons d’arquebusiers qui les couvroient et qui ne tiroient qu’à coup sûr; et après avoir essuyé le premier feu des lanciers du duc de Joyeuse, ce prince fit une charge si vigoureuse au centre qu’après quelque légère résistance il rompit les catholiques et les mit en fuite. En même temps Valiros et Salignac attaquèrent chacun de leur côté l’infanterie royale qui, ne se voyant plus soutenue par la cavalerie, se débanda. »

Le duc de Joyeuse fut tué sur place, ainsi qu’un grand nombre de gentilshommes du parti royal. Beaucoup furent faits prisonniers. Les catholiques, poursuivis pendant trois heures, laissèrent plus de deux mille morts sur le champ de bataille, tandis que les réformés ne perdirent que très peu de monde. PRÉFACE. XXXIII

Malheureusement le roi de Navarre ne sut pas profiter de sa victoire. Il se contenta de mettre les provinces qu’il avait conquises sous la sauvegarde de ses lieutenants, et se retira en Gascogne sous prétexte de négocier le mariage de sa sœur avec le comte de Soissons.

La défaite des auxiliaires allemands à Vimory et à Auneau lui ayant enlevé tout espoir de secours immédiat, il se résigna à recommencer la vie aventureuse des sièges et des escarmouches.

Vers la fin de mars (1588), il résolut de reprendre Marans, qui était tombée aux mains de Lavardin. C’était une île entourée d’autres petits îlots formant ensemble comme un rempart autour de La Rochelle. Il fallait d’abord prendre les forts qui entouraient la ville de Marans, et ce fut là l’objectif de Henri de Béarn. Le 1er juillet il s’empara de l’îlot de Charron. Deux jours après il s’avança vers le fort de Clousy qui se trouvait séparé de Marans par un canal très profond creusé dans des prairies marécageuses. Pour pouvoir jeter un pont sur ce canal, il fallait affronter le feu de trois autres forts, ce qui rendait l’entreprise très périlleuse. Cependant le roi de Navarre voulut tenter l’expédition. Il donna ordre à ses galères de s’avancer en mer afin de canonner les forts, pendant qu’une troupe d’infanterie tournant l’île exécuterait une fausse attaque du côté opposé. Lui-même avec le reste de ses troupes se porta en avant, suivant dans l’eau le chemin qui avait été tracé au moyen d’herbes. Salignac fut chargé de conduire à l’escalade son régiment, qui, à cet effet, avait été muni des échelles et des engins nécessaires. PRÉFACE. XXXIV

La canonnade retentit bientôt; et tout se passa plus facilement qu’on n’eût pu le prévoir; car les catholiques apercevant ce grand déploiement de forces commencèrent à perdre courage et à s’ébranler. Henri de Navarre en profita pour jeter son pont et faire passer ses troupes. Le fort de Clousy se rendit à discrétion. Les réformés, profitant de l’effroi des ennemis, marchèrent immédiatement sur Marans qui tomba en leur pouvoir, et les troupes catholiques, s’étant enfermées dans la citadelle, obtinrent au bout de quelques jours une capitulation honorable.

Cependant le roi de Navarre cherchait à se procurer les ressources qui lui étaient indispensables pour continuer la guerre. Depuis longtemps il était privé de ses pensions, il percevait difficilement les impôts dans ses pays souverains, et les provinces étaient tellement ruinées qu’elles pouvaient à peine nourrir ses troupes. « Henri III, dit Berger de Xivrey, avait accordé au roi de Navarre le produit de l’impôt sur les pastels, seul ingrédient employé à cette époque pour la teinture en bleu ». Une lettre de Henri de Béarn à M. de Scorbiac à Toulouse nous apprend que le Roi confia à Salignac le soin de parcourir le pays où l’on cultivait cette plante, afin d’en affermer de nouveau le produit à des prix plus rémunérateurs (1).

Pendant ce temps l’armée protestante ne restait pas inactive, elle avait fait de grands progrès en Saintonge et Poitou. Salignac, après avoir rempli la mission dont il avait été chargé, revint à son poste

(1)Lettres missives de Henri IV, vol. II, p. 373. – 30 mai 1588. PRÉFACE. xxxv

de combat. Henri de Navarre était à La Rochelle et venait d’apprendre que le duc de Mercœur, gouverneur de Bretagne, arrivait avec des forces considérables pour s’emparer de Montaigu, place forte du Poitou. Il résolut de lui livrer bataille. Les troupes protestantes se composaient, nous dit de Thou, « de la cavalerie légère sous les ordres de Claude de La Trimouille, et des régiments d’infanterie du sr de Charbonnières, de Jean de Gontaut de Biron de Salignac, de Hector de Préaux, et du régiment des gardes commandé par Guérin ». Cette armée se mit à la poursuite de Mercœur, qui avait jugé prudent de se replier dans son gouvernement, l’atteignit près de Nantes et lui infligea une sanglante défaite, lui enlevant ses drapeaux et 450 prisonniers.

Quelque temps après, le baron de Salignac prit part à l’escalade de Niort, puis il se porta avec son régiment au secours de la Garnache; mais cette place ne put être sauvée, et tomba au pouvoir du duc de Nevers après une défense désespérée.

Cependant l’assassinat des Guise, qui avait clos les États de Blois d’une façon si tragique, et la mort de Catherine de Médicis survenue quelques jours après, avaient modifié les dispositions de Henri III. L’appui du roi de Navarre lui paraissant indispensable, l’entente se fit facilement entre les deux princes, et la ville de Saumur fut cédée aux protestants en garantie du traité. Il fut convenu que l’on se rencontrerait à Plessis-lez-Tours. Le baron de Salignac, qui avait accompagné Henri de Béarn dans toute sa campagne du Poitou et avait assisté aux PRÉFACE. XXXVI

prises d’un grand nombre de villes : Loudun, l’Isle Bouchard, Mirebeau, Vivonne, Châtellerault, Argentan, tint à honneur de se trouver près de lui à cette réunion qui ne semblait pas sans péril. Le souvenir de la Saint-Barthélemy hantait encore les esprits et faisait redouter une nouvelle trahison. Beaucoup de gentilshommes n’ayant pu dissuader le roi de Navarre de paraître à cette entrevue vinrent alors se serrer autour de lui, tout prêts à le défendre au premier signal de danger.

Cette fois la loyauté de Henri III avait été suspectée à tort. Les deux princes se réconcilièrent loyalement et n’eurent plus qu’une pensée : rester parfaitement unis et combiner leurs opérations pour reprendre Paris et ruiner la Ligue dont Mayenne était devenu le chef.

Le plan de campagne fut bientôt concerté le roi de Navarre, à la tête de ses troupes, devait commander l’avant-garde, et Henri III, qui avait reçu un renfort de dix mille Suisses, appuierait les mouvements de son allié.

L’armée marcha de succès en succès et fut bientôt aux portes de Paris. Le 30 juillet, elle s’établit à Saint-Cloud; mais au moment où l’on se préparait à investir la capitale, Henri III fut assassiné par Jacques Clément.

Cet événement changea singulièrement la situation de Henri de Navarre. Les obstacles s’accumulaient autour de lui : une partie de la France était inféodée à la Ligue et refusait de le reconnaître pour Roi; l’argent manquait; un grand nombre de seigneurs catholiques demandaient leur congé et se retiraient PRÉFACE. XXX VU I avec les troupes qu’ils avaient amenées, tandis que les huguenots eux-mêmes, mécontents du traité conclu avec Henri III, se montraient froids et défiants. Seuls les plus anciens compagnons d’armes du prince, ceux qui avaient subi avec lui, et sans jamais murmurer, ces mille privations, résultat de vingt ans de guerres continuelles, restaient groupés autour de lui, tout disposés à redoubler leurs sacrifices pour la cause qu’ils chérissaient. Le baron de Salignac était fier de compter dans cette phalange de braves qui, en récompense de leur fidélité, n’avaient jamais réclamé que l’honneur de combattre et de se dévouer pour leur prince. Il fallait le grand esprit politique de Henri de Navarre pour faire tête à tant de difficultés. Fort de son droit légitime, que les déclarations de Henri III à son lit de mort avaient hautement affirmé, il provoqua une réunion des princes et des grands dignitaires de la couronne, et se fit proclamer roi de France. Henri IV ne disposait plus que de cinq à six mille combattants. Il fut forcé de lever le siège de Paris, et se décida à gagner la Normandie pour y attendre les secours promis par la reine Élisabeth d’Angleterre. Un renfort de 4,000 Anglais lui permit de faire face aux troupes du duc de Mayenne. L’activité du Roi croissait avec les difficultés. Lui-même et ses lieutenants se multipliaient, faisant tête aux troupes ennemies partout où elles se montraient. La promptitude qui présidait à leurs expéditions déconcertait le duc de Mayenne, dont les opérations étaient toujours exécutées avec une lenteur Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/41 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/42 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/43 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/44 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/45 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/46 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/47 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/48 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/49 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/50 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/51 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/52 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/53 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/54 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/55 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/56 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/57 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/58 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/59 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/60 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/61 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/62 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/63 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/64 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/65 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/66 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/67 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/68 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/69 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/70 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/71 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/72 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/73 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/74 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/75 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/76 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/77 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/78 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/79



AMBASSADE EN TURQUIE


DE


JEAN DE GONTAUT BIRON


BARON DE SALIGNAC[11].




LIVRE Ier.


VOYAGE À CONSTANTINOPLE.


I.


partement de paris ce monseigneur le baron de salignac,
ambassadeur pour sa majesté très chrétienne à constantinople
.


Monseigneur de Salignac, baron dudit lieu, ayant esté nourry de tout remps près la personne du Grand Roy Henri 4me, avec lequel il fut tousjours participant aux louables peines et travaux de la guerre dont ce Grand Roy avoit presque tousjours esté ocupé toute sa vie, en l’an 1604 fut expédié de Sa Majesté très chrétienne pour estre son ambassadeur à Constantinople à la Porte ou Court Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/81 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/82 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/83 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/84 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/85 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/86 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/87 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/88 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/89 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/90 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/91 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/92 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/93 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/94 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/95 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/96 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/97 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/98 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/99 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/100 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/101 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/102 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/103 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/104 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/105 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/106 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/107 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/108 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/109 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/110 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/111 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/112 VOYAGE

ce même logis, et autres chez ses amis. Car il faut entendre que partout le pays de Levant, ne se trouve aucune hostellerie pour loger ni manger, comme sera dit en temps et lieu. Le lendemain 29, Mr l’ambassadeur fut visité de la plus part des principaux de la ville. Lesquels, après plusieurs complimants de part et d’autres, luy ofrirent toute assistance, le persuadèrent de séjourner quelque temps en Scio pour se rafreschir, à quoy Son Excellence ne fut trop discordant, tant pour nous remetre un peu du travail de la mer, dont plusieurs des nostres estoient opressés, que pour se voir en lieu si doux, plaisant et agréable, qu’au plus fort de l’hiver, il semble être un printemps pour la bonne température de l’air et la continuelle verdure des plaisants jardinages et autres lieux délectables, qui se voyent proche et autour la ville; de sorte qu’il n’y avoit nul de nous qui ne pensast estre parvenu au plus grand soulas et contentemant que l’on se pourroit figurer recevoir dans ses imaginares jardins fabuleusement racontés dans les Amadis de 6~M~6 (1), tant le séjour et repos nous estoit agréable, après sy long et fâcheux travail. Qui me fera donc en ce lieu faire un peu de pose pour reprendre haleine et reconoistre ce qui est de plus fameux en cette isle tant renommée. XI. DE L’ISLE DE SCIO ET CONTOURS D’ICELLE. De tous ceux qui ont escrit tant des terres fermes que des isles en général de la mer Méditerannée, je croy, ne se trouverra personne discourant de la très plaisante et délectable isle de Scio, qui ne luy donne à bon droit selon sa grandeur le premier lieu et (1) Ce roman obtint au xvr’ siècle un succès prodigieux. On croit généralement qu’il fut composé par un Portugais nommé Vasco de Lobeira natif de Porto, qui mourut en 1403. Ce fut après la bataille de Pavie que François 1~ captif lut ce livre. Dès qu’il eut recouvré sa liberté, il en fit faire la traduction par le sieur des Essarts. Le roman fut alors connu non seulement en Espagne et en France, mais encore en Italie, en Allemagne, en Angleterre et même en Hollande, après avoir été traduit dans l’idiome propre à chacun de ces pays. Des -Essaya croit qu’il fut composé par un Français, mais cette opinion n’est pas admise par les critiques les plus sérieux. 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Et sur le jour, les garçons ou femmes ou filles qui les gardent au logis, les sifflent et appellent avec leurs appeaux dont ils les réclament et font libremant venir à eux ainsy que poulles et canards, tant elles sont naturellemant privées. Aussy les gens sont ils extresmemant soigneux de les prendre trois ou quatre jours après qu’ils sont esclos, et leur font manger du grain qu’ils mêlent dans leur bouche affin de les rendre plus domestiques, et leur faire reconnaistre l’appeau dont ils les réclament. De manière que ceste ile est tellemant remplie de perdrix, qu’il se peut dire qu’elle en fournit toutes les autres. Mr l’ambassadeur ayant receu tant d’honneur et faveurs des principaux de la ville, et les remercia tous honestemant, rendant à chascun les compliments convenables à leur qualité. Lesquels se retirèrent très contants et satisfaicts les uns des autres. Or estoit il que, durant nostre séjour, il y avoit dans le port de Scio 20 ou 25 gallaires de l’arme du Grand Seigneur, qui tous les ans font revue autour de la mer Blanche [12], partant de Constantinople le mois de juin, y retourner au mois de novembre, faisant tousjours séjour en Scio 15 ou 20 jours pour leurs remettre et rafreschir, combien qu’ils ne se travaillent grandemant. Lesquelles gallaires sortirent du port le dimanche 5 de décembre pour retourner à Constantinople; ce qui nous fit résoudre de faire voille le lendemain, bien que le vent ne nous fust tant favorable qu’il nous estoit besoin. Mais les mariniers ont ordinèremant ceste coutume de juger de l’ocurrence des choses à leur avantage; en quoy ils se trompent le plus souvant, comme arriva lors, car bien que le vent se tournast en ponent, propre à nostre navigation, néanmoins, il estoit sy frais et le temps sy fâché et obscur qu’il démonstroit apertemant nous menasser d’orage et grand tempeste. Lors estoit à Scio près le seigneur ambassadeur, un patron de gallaires appelé patron Jean, marseillès, autant expert en l’art de la marine qu’autre qui se peut trouver. Lequel avec d’autres mariniers, ne le conseilloit point Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/123 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/124 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/125 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/126 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/127 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/128 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/129 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/130 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/131 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/132 Page:Bordier - Ambassade en Turquie de Jean de Gontaut Biron, baron de Salignac.djvu/133 Page:Bordier - 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LIVRE II. SÉJOUR EN TURQUIE ET ÉPISODES DE LA VIE DU BARON DE SALIGNAC. VIII. Description des églises de Gatata. 83 IX. Vignes de Péra. Logis de Mgr l’ambassadeur de France. 90 LXXI. De nostre exercice durant nostre séjour de Constantinople.. 92 LXXIV. [Parties de chasse. Monastère des Oatoyers]. 97 LIVRE IV. V. Suite de nostre séjour à Constantinople. 105 VII. Suite de nostre séjour de Constantinople. 108 XIII. Que l’arc et la flèche est très noble et ancienne arme offencive et très commode en guerre. 110 XIV. Du patriarche de Constantinople qui pria le seignr ambassadeur de se treuver à une sienne messe solennelle à Péra. 112 XXI.–Continuation de nostre séjour de Constantinople. 116 LIVRE V. LXV. De la triste et désolée nouvelle de la mort du feu roy Henry IVème. 119 LXVI. De nostre voyage des baings d’Yalone près la ville de Bourcie en Bithynie. 124 LXVII. Des baings d’Yalone. 126 LXVIII. De nostre retour des bains d’Yalonne. 130 LXIX. De la maladie, mort et enterrement de Monseigneur de Salignac, ambassadeur pour Sa Majesté en Levant. 131 PIÈCES JUSTIFICATIVES. Instruction au baron de Salagnac, envoié par le Roy, ambassadeur à Constantinople, 26 juillet 1604. 139 Testament du baron de Salignac. 149 Tableau généalogique des Maisons de Gontaut et de Salignac. 155 TABLE ANALYTIQUE 157 AUCH. - IMPRIMERIE COCHARAUX FRERES,RUE DE LORRAINE. - 6-88

  1. Voir Revue d’Aquitaine, tome XIII, p. 269-271.
  2. Bibliothèque nationale, fr. 18076.
  3. Voir Annuaire de la Société philotechnique, année 1880, tome XL : Une Ambassade de France en Turquie sous Henri IV.
  4. Pluviers, arrondissement de Nontron, Dordogne.
  5. Je trouve dans le testament de M. de Salignac, daté de Constantinople, le 17 septembre 1610 : « N’ayant point jusques icy baillé au sieur Julien Bourdier aucuns gages, je désire aussy que l’on luy donne cinquante escus, après que Dieu aura faict sa volonté de moy » (voir le testament aux pièces justificatives).
  6. Il existe deux exemplaires du Journal de Voyage du sieur d’Angusse : l’un se trouve à la Bibliothèque de l’Arsenal, sous le n° 4970 ; le second, qui est conservé à la Bibliothèque nationale (fr. 16171), paraît être la copie du précédent.
  7. Voir l’extrait généalogique aux pièces justificatives.
  8. Armand de Gontaut, dans son testament fait en 1583, déclare « qu’il a acheté de ses deniers la baronnie de Salignac. » Par suite de cette acquisition et selon l’usage à cette époque (où les gentilshommes portaient toujours le nom de leur terre ou seigneurie), Armand et Jean son fils ne furent plus connus que sous ce nom de Salignac. Quelques historiens modernes et annotateurs de mémoires, ne tenant pas compte des coutumes anciennes, ont confondu Jean de Gontaut, baron de Salignac, avec l’un des membres de la Maison de Salignac, le plus souvent avec Bertrand de Salignac, seigneur de la Mothe Fénelon (qui cependant était toujours désigné par son nom de Fénelon). Celui-ci, qui assista au siège de Metz, en 1552, et en écrivit la Relation, fut ambassadeur en Angleterre, sous Charles IX et Henri III, puis ambassadeur en Espagne, et termina ses jours en 1599 ; tandis que le baron de Salignac (Jean de Gontaut) mourut ambassadeur à Constantinople, en 1610 (voir aux pièces justificatives l’extrait généalogique). Il y a lieu de remarquer que la baronnie de Salignac était, avant le XVIIe siècle, indistinctement appelée Salignac ou Salaignac, mais que Jean de Gontaut signait ses lettres Salagnac ou Biron Salagnac, tandis que ses contemporains et le roi lui-même le désignaient presque toujours sous le nom de baron de Salignac.

    Signalons ici quelques erreurs commises par ceux qui ont eu occasion de parler de Jean de Gontaut : le P. Anselme le fait mourir avant le 15 août 1608, et cite, à l’appui de son dire, une quittance de sa veuve, tandis qu’elle n’a pu signer cet acte que comme « procuratrice de son mari », ainsi qu’on la voit désignée dans deux quittances de novembre 1608 (Bibliothèque nationale. - Pièces originales Gontaut, fol. 135 et 136). - Dans L’Estoile, Journal de Henri III, édition de 1744, tome I, page 276, l’annotateur l’a confondu avec l’un des fils du maréchal Armand de Biron, également appelé Jean. Berger de Xivrey, s’en rapportant aux assertions du P. Anselme, le fait mourir en 1604 (Lettres missives de Henri IV, t. I, p. 236).

  9. Armand de Gontaut, baron de Salagnac, conseiller du privé conseil, chambellan du roi de Navarre et son lieutenant général au comté de Périgord et vicomté de Limoges (P. Anselme, t. VII, p. 309).
  10. Nous tirons de ces Mémoires quelques passages qui dépeignent bien les mœurs de l’époque. Nous verrons que le baron de Salignac sut rester loyal et courtois malgré la conduite équivoque de ses adversaires. — Il s’agissait d’une ancienne querelle entre le vicomte de Turenne et Rosan, frère de Duras. Celui-ci vint trouver le vicomte de Turenne à Agen afin de convenir des conditions du combat. « Je luy dis, raconte Bouillon, que le lendemain de grand matin, je me trouverois au bout du Gravier (ainsy appelle-t-on la place qui est entre la ville et la riviere de Garonne du costé qui va à La Foz) monté sur un courtaut, avec une espée et un poignard, et que là son frère et moy nous nous contenterions. Il me dit qu’il vouloit estre de la partie; je refusay cela, il me le contesta, je m’accorde d’y mener un ami. Nous nous donnons le bonsoir, je le conduisis jusque dans la rue. Soudain après estre retourné dans ma chambre, je donnay le bonsoir à tout le monde, et envoyai quérir le baron de Salignac, auquel je dis ce qui s’estoit passé entre Duras et moy, et que je le priois de m’assister en cela; ce qu’il accepta volontiers. Nous & avisasmes nos épées et poignards, et en prismes chascun une, longue de trois pieds, épées que nous portions ainsi ordinairement, et aussi deux poignards, n’estant lors ceste vilaine et honteuse coustume introduite depuis, de porter aux duels des épées de cinq ou six pieds, des poignards avec des coquilles comme des demy rondaches. Cela fait, nous nous séparons.

    Le matin avant jour, il me vint trouver. Ayant accomodé la pointe de nos épées, nous résolûmes d’user de toutes les courtoisies que les occasions nous offriroient envers ceux à qui nous devions avoir affaire. Je pris un pourpoint découpé, en quoy je faillois, pour se pouvoir aysément embarrasser dans les découpures les gardes du poignard ou de l’espée. Le jour venu, nous prenons chascun un courtaut, des esperons sur nos bas de soie, nous faisant suivre par un petit laquais. Nous sortons par la porte du Pin, et nous nous rendons au lieu désigné, oit nous demeurasmes près de deux heures; à la fin, nous voyons venir les deux frères, montés sur deux chevaux d’Espagne, contre ce qu’ils avoient arresté. Ils s’approchent de nous, et veulent mettre pied à terre je leur dis « Allons plus loin, voilà des gens qui courent après nous, qui nous sépareroient. Nous galopons environ deux cens pas, bouillans de venir aux mains et craignans que de la ville on ne courust et fussions empeschés. Je m’arreste et mis pied à terre, et le baron près de moy, faisons oster nos espérons et priasmes Dieu; eux mirent aussi pied à terre. Duras s’avance pour nous visiter. Nous estions tout détachés, la chair nous paroissant par l’ouverture de nos chemises; eux ne l’estoient, mais seulement déboutonnés de quelques boutons. Ainsi que Duras me visitoit, je luy mis la main sur le pourpoint, luy disant qu’il n’estoit maillé, le tenant trop galant homme; je dis de mesme à son frère qui estoit à 10 ou 12 pas de moy. Je vis qu’il avoit des éperons, je luy dis qu’il les ostat, le pouvant faire tomber, ce qu’il fit. »

    Nous empruntons la suite de ce récit à un Mémoire qu’écrivit le vicomte de Turenne après cette affaire, et qui fut présenté à un tribunal de gentilshommes appelés à juger la conduite des deux frères Duras (Bibliothèque nationale, fr. 20153, f° 177). « Je m’en vais droit au S’’ de Rozan, dit Turenne, et du premier coup, je luy donne une estocade dans l’estomac; il commence à rouler le plus qu’il est possible ]e luy tiray cinq ou six estocades qui tous portoient sur luy. Toutefois pas une ne perça le pourpoint. Le poursuivant, et le pied m’ayant glissé, je tombay, et estant à terre il me donna un coup dans la chausse qui ne me blessa point. Je me relève soudain et commence à le recharger. Il me tourna le dos et commença à fuyr, tant qu’il pouvoit courre. Cependant je entendis le baron de Salignac qui disoit au sr de Duras « Prenez une espée ». Ce que n’en voulant point prendre le dict Duras commence à crier à son frère « Mon frère, vous fuyez, vous faites le poltron ». II tourna, et en tournant le sr de Rozan tomba. « Je luy dis « Lève toi ». Là dessus, je me senty charge de cinq ou six qui me baillèrent trois coups d’espée par derrière et deux par devant, tout en un même temps, sans que le dict de Rozan s’approchast de moi. Incontinent le sr de Duras commence à crier à ses gens « Au baron de Salignac, tuez, tuez. )) Le baron de Salignac vit que cinq ou six s’advancèrent pour le charger et ung entre autres qui est fort blond et avoit un manteau rouge doublé de vert, qui estoit cinq ou six pas devant eux les joignant. Le sr de Salignac alla à luy; luy se retira jusques à ses compagnons, et tous ensemble se retirèrent plus de huit pas, ce qui l’empescha de voir ce que le dit S’’ de Duras fit. Depuis, les dicts me laissèrent après m’avoir blessé de seize ou dix sept coups d’espée, et estant tout en sang, je chargeay encors le sr de Rozan, lequel je feis encore fuyr et reculer devant moy. Le dict sr de Duras luy cria encore les mesmes mots qu’il avoit fait auparavant, et prenant une espée s’en vint à moy, et m’en tira une estocade qui ne fit que me percer le pourpoint. « Las! ce dis-je, c’est une grande meschanceté, ce n’est pas la courtoysie que le baron de Salignac t’a fait, et celle que j’ay faite à ton frère à ceste heure. » Là dessus je m’arrestay; et vint un gascon de la fruicterie de Madame la Princesse de Navarre qui me dist « M. de Turenne, retirez vous, ils vous tueront, » « Las! ce dis-je, c’est estre trop armé, et encores estre dix ou douze sur un homme. » Je me mis adonc à main gauche, et eulx à main droicte, et commençasmes à nous en aller vers la ville. Comme j’eus fait environ deux cens pas, je trouvay M. de Lusignan avec deux de ces gens auxquels je dis « Vrayment, voylà de meschans hommes, estre armés et encore dix ou douze sur un homme ». Là dessus je trouvay encore M" le Mareschal de Biron auquel je tins mesme langage et me retiray à mon logis. »

    Le tribunal des gentilshommes, présidé par le maréchal de Montmorency, à la suite de considérants dont l’un signale « la courtoysie du baron de Salignac, pour avoir fait reprendre une espée au sr de Duras, la sienne estant rompue, déclara que les frères de Duras s’estaient rendus coupables d’assassinats et que on ne pourra trouver mauvais les voies desquelles le vie de Turenne usera all’encontre des personnes qui se sont monstrées indignes d’estre appellez avec les armes. »

  11. Par sa lettre du 26 juillet 1604, Henri IV apprend à M. de Brèves, ambassadeur à Constantinople, le départ du baron de Salignac qui vient le remplacer en cette charge : « Monsieur de Brèves, le baron de Salignac sera porteur de cette lettre. Il part et prend congé de moy pour vous aller succéder en la charge d’ambassadeur du Levant. Je luy ay commandé de vous dire que je suis bien content et satisfaict de vos services… »
  12. Mer Blanche ou mer Egée ou Archipel.
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