Aurore - Livre cinquième - § 566

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- § 565 Aurore/Livre cinquième - § 567


Vivre à bon marché. - La façon de vivre la meilleure marché et la plus insouciante est celle du penseur : car, pour dire tout de suite ce qui importe, il a surtout besoin des choses que les autres méprisent et abandonnent. - Il se réjouit du reste facilement et ne connaît pas les coûteux accès au plaisir; son travail n'est pas dur, mais, en quelque sorte, méridional; ses jours et ses nuits ne sont pas gâtés par le remords; il se meut, mange, boit et dort selon la mesure qui convient à son esprit, pour que celui-ci devienne de plus en plus tranquille, fort et clair : il se réjouit de son corps et n'a pas de raison de le craindre; il n'a pas besoin de société, si ce n'est de temps en temps, pour embrasser ensuite sa solitude avec d'autant plus de tendresse; les morts le dédommagent des vivants et il trouve même à remplacer ses amis, en évoquant parmi les morts les meilleurs qui aient jamais vécu. - Que l'on se demande une fois si ce ne sont pas les désirs et les habitudes contraires qui rendent la vie des hommes coûteuse, et par conséquent pénible et souvent insupportable. - Dans un autre sens pourtant la vie du penseur est la plus coûteuse, - rien n'est trop bon pour lui; et être privé précisément du meilleur lui serait une privation insupportable.