Baton de chantre

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Dictionnaire liturgique, historique et théorique de plainchant et de musique
1853

— Anciennement signe distinctif des préchantres, des chantres, des capiscols ou scolastiques, des maîtres de chœur. Le bâton était long, en forme de bourdon.

Honorius d'Autun donne la raison pour laquelle les chantres ont la tête recouverte d'un bonnet de laine (capuchon), et un bâton dans les mains : Cantor, qui cantum inchoat, est tubicen qui signum ad pugnam dat. Cantores capita pileolis tegunt, báculos vel tabulas manibus gerunt ; quia præliantes caput galeis tegunt, armis bellicis se protegunt. (Lib. i, cap. 74.)

Du Cange cite un texte du même Honorius d'Autun (lib. I. cap.24), duquel il résulte que ceux qui mangeaient l'agneau pascal étaient considérés comme s'acheminant vers la céleste patrie, et que c'était pour cela qu'ils avaient un bâton entre les mains. Le texte se termine ainsi : Secundum hunc morem Cantores in officia Missæ Báculos tenere noscuntur, dum verus paschalis agnus benedicitur. Adde cap. 74 : Hinc forte manavit, ut cantores et præcentores in ecclesiis, dum sacrum peragitur officium, báculos argénteos teneant.

D'un autre côté, Jumilhac s'exprime ainsi : « C'est aussi pour ce même sujet et sur ce modèle que les premiers Chrestiens et les plus illustres Eglises de l'Orient et de l'Occident ont établi un chantre d'office, et lui ont mis un bastón en main pour marquer qu'elles ne l'ont pas estimé moins necessaire à la conduite du chant, qu'est le Doyen ou l'Abbé au gouvernement du chapitre ou du monastère. » ¡ (J part, iv, chap. 6.)

Dans l'église de Saint-Michel, à Dijon, les chantres se promènent non-seulement dans le chœur, mais encore dans une partie de la nef, ainsi que cela s'observe à Saint-Erbland de Rouen , et c'est apparemment afin de maintenir le chant et de faire taire ceux qui y manquent, comme aussi pour imposer silence aux causeurs. C'est de là sans doute que vient l'usage du bâton entre les mains des chantres. Au Puy en Velay, et en l'église de Saint-Chaffre (Sancti Theofredi), abbaye de l'ordre de Saint-Benoît, au diocèse du Puy, le chantre n'a point d'autre bâton qu'une baguette, dont les chantres frappaient les causeurs, ceux qui étaient immodestes , et ceux qui chantaient faux ou précipitaient le chant.

Le préchantre ne portait jamais le bâton aux premières Vêpres, ni à Matines, mais bien à la grand'messe et aux secondes Vêpres. Autrefois, entre autres usages établis en l'abbaye de Saint-Denis, comme de chanter la messe en grec à certains jours solennels, et à certains autres de chanter seulement l'épître et l'évangile en grec et en latin , le chantre portait à son bâton un mouchoir dont il s'essuyait. « Aux Crosses des Evêques et des Abbés, aux bâtons des Chantres et aux Croix Processionnal , il y avoit des mouchoirs pendus , et il y a encore aujourd'hui au bâton des Chantres de Saint-Denis , et à la Croix processionnelle des Jacobins et de beaucoup d'Eglises de campagne, afin que ceux qui les portoient pussent s'en essuyer et s'en moucher, les hommes n'ayant alors ni haut-de-chausses , ni poches ; mais on mettoit tout aux bdtoits ou à la ceinture, comme font encore les Prêtres célébrants et 'quelques Religieux leurs mouchoirs, et ces derniers leur chapelet, leurs clefs.... On 'attachoit encore ce mouchoir sur la manche ; de là vient que le manipule, qui, originairement était un mouchoir, est encore attaché sur la manche... » (Voyag. liturg., pp. 271, 272.)

A Rouen , le chantre officiait en chappe avec son bâton à la grand'messe des fêtes doubles, triples , et aux obits solennels. Il gouvernait le Choeur . I1 анптц-и! au célébrant le Gloria in excelsis et le Credo. Pendant le Gloria, il avertissait deux chapelains pour chanter le graduel au jubé... Quatre chanoines y chantaient l'Alléluia et accompagnaient au choeur le chantre durant le reste de la messe jusqu'à la communion.

Une des peintures qui ornaient les chapelles du cloître de Saint-Maurice de Vienne, représentait une procession de tout le clergé de l'église cathédrale avec ses habits et ornements. Les chanoines y ont la chasuble et l'aumusse par-dessus (comme à Rouen en hiver), et le précepteur, le chantre, le capiscol ou scolastique , et le maître de chœur y sont représentés avec de longs bâtons pour marque de leurs dignités ou fonctions.

A Lyon, pour les processions qui se font en ville, telles que les processions de la Fête-Dieu et des Rogations, on porte des bâtons ou cannes de la longueur d'environ huit pieds, ad defendendam processionem, dit l'Ordinaire de Saint-Paul de cette ville. Il y en a habituellement deux ou trois pour chaque clergé. L'un de ces bâtons est porté par le maître des enfants de chœur, et l'autre par un des plus anciens perpétuels, pour faire garder le rang et l'ordre dans la marche de la procession.

Les bâtons servaient aussi à s'aider à marcher, soit lorsque la procession avait à franchir une montagne rude à monter, soit lorsque le pavé était irrégulier et incommode. (Voy. Voyages liturgiques, passim.) A Angoulême, encore aujourd'hui, dans les grandes solennités , ce sont trois chanoines titulaires qui chantent l'office au lutrin à la place des chantres, lesquels, pour ces jours-là, se placent entre le lutrin et les chanoines, pour être à portée de soutenir le chant; et le chanoine qui occupe le rang au milieu entre ses deux confrères, porte un bâton d'argent surmonté de la figure de saint Pierre, patron de l'église cathédrale.

— L'abbé Lebeuf, dans sa description de l'église de l'abbaye de Rosche, ou La Roche du doyenné de Châteaufort, parle d'une lorfibe gravée en lettres capitales gothiques « où l'on ne peut presque lire que ces mots : Magister Dionisius cantor hitjus ccclesiœ. Il tient en main un bâton dont on ne peut voir que le couronnement. » (Hist. du dioc. de Paris, tom. VIH, part, vin, p. 47.)


Encyclopédie de Migne

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BATON DE CHANTRE


Selon Honorius d'Autun , les chantres qui assistaient au saint sacrifice tenaient un bâton,à l'exemple des Juifs mangeant l' agneau pascal. Mais le nombre des prêtres auxquels l'usage de cet instrument réservé diminua bientôt. Le grand chantre et le sous-chantre en faisaient seuls usage ). C'était l'attribut de leur présidence et de leur autorité dans la direction du chœur. La dignité de chantre était des plus élevées dans les collégiales et les cathédrales. Dans plusieurs églises elle était même la première. Le bâton qui en était l'attribut reçut donc des décorations variées, il fut fait de métaux précieux : des pierreries, le cristal et l'ivoire l'embellirent ; mais son sommet resta droit et se termina par une boule; souvent cette boule était en cristal.

Un inventaire de l'église cathédrale de Beauvais, dressé en 1472, mentionne plusieurs bâtons de chantre :

« D'un bâton couvert d'argent, avec une petite ceinture d'argent doré, environnant le dit bâton du haut en bas, avec un pommeau d'argent doré sur lequel est une couppelle d'argent doré, en laquelle est une grosse pierre précieuse et sert au chantre, et est en un fourreau de cuir de mouton vermeil ».

« Item un autre bâton d'argent environné d'une autre étroite ceinture d'argent, au bout du haut, un pommeau d'argent doré tout rond, sans autre chose dessus, et sert pour le sous-chantre, et il y a un étui de cuir où on le ferme à la serrure.»

Dans un glossaire ecclésiastique, Pugin a réuni les description d'un certain nombre de bâtons de chantres. A York, un long bâton de vermeil était surmonté d'une pomme; à la cathédrale de Saint-Paul, un bâton en ivoire, avec des nœuds en vermeil enrichis de trèfles et de pierreries, avait au sommet une pomme de cristal ; à la cathédrale de Lincoln, un bâton, couvert de lames d'argent doré, se divisait en deux branches : une portant une image de Notre-Dame, l'autre une figure de [saint Hugues], et au centre, un pinacle à six pans et à contreforts était orné de douze figures; deux autres bâtons de chantres, revêtus de plaques en vermeil, portaient des traverses où l'on voyait d'un côté une sainte Vierge, de l'autre un chanoine agenouillé, avec l'inscription Ora pro nobis, et au sommet, un pinacle découpé en fenêtres et orné de contre-forts.

Le P. A. Martin, à qui nous empruntons la traduction de ces textes, donne, dans un savant article sur la décoration des crosses, le dessin du baculus attribué à saint Loup, et conservé dans la ville de Brienne-l'Archevêque. « Au-dessus d'une hampe de bois grossier est enchâssé, dans une monture d'argent, un morceau de cristal formant un ovale aux bouts échancrés; cet ovale, placé horizontalement, se trouve surmonté d'un autre morceau de cristal, placé au sommet comme pour protéger l'extrémité de la hampe. La pointe centrale paraît exclure l'idée d'un appui, et revient d' ailleurs tout à fait aux descriptions connues de bâtons de chantres. Baculus cantoris de sutnmitatt cristallinat. Le docte écrivain n'y voit qu'une férule ou crosse primitive.[1]

  1. Encyclopédie théologique Jacques-Paul Migne p. 1473 Deux figures
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