Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/C

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de BONCHAMP à BUZEN Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 D


1815, et, deux ans après, devint aide-de-camp du général baron Duvivier, sous les ordres duquel il avait servi en France.

La révolution de 1830 le fit lieutenant-colonel et commandant supérieur de Mons, puis commandant militaire du Luxembourg. Menacé par les excursions de.la garnison de la forteresse fédérale, il sut rendre la tranquillité à la province et reçut du gouvernement provisoire le titre de colonel.

En 1831, lorsque l’importante citadelle d’Anvers fut confiée au général Chassé, le colonelBuzen fut nommé commandant supérieur d’Anvers, où, malgré les menaces du général Chassé, il organisa les armements les plus formidables qui préservèrent la ville du bombardement, lors du siège de l’armée française.

Sa belle conduite lui valut le grade de général de brigade.

A la suite des pillages d’avril 1834, il fut appelé au commandement supérieur de Bruxelles.

Choisi par le roi comme ministre de la guerre, il"était déjà l’un de ses aides-de-camp. Une main inconnue alla fouiller dans la vie passée du général Buzen, et trouva qu’au lieu d’être inscrit comme prisonnier suc la matricule du 13’ régiment des chasseurs à cheval, il avait été porté, en 1806., comme déserteur. On donna à ce fait, considéré sans correctifs, la plus grande publicité. L’on ajouta qu’il portait indûment la croix de la Légion-dH’on-neur, et enfin qu’il n’était rentré dans sa patrie qu’en 1814 avec les Cosaques.

Son ancien général, le baron Duvivier, ayant gardé sur cette affaire un silence qui fut mal interprété, et quelques représentants de l’opposition s’étant rendus chez-lui pour l’engager à confondre la calomnie, le général ministre, profondément affecté de cette démarche, se tua d’un coup de pistolet, laissant à un ami les documents nécessaires pour prouver la fausseté des accusations dont il avait été l’objet.

Sommaire

CABRERA (don RAMON)[modifier]

Né à Tortose le 31 août 1810. Ses parents étaient de pauvres marins. Son éducation fut d’abord celle de tous les enfants de sa classe en Espagne. Il passa ses premières années à jouer au bord de l’Èbre et dans les rues de Tortose, avec la liberté illimitée du jeune sauvage.

Quand il fut un peu plus grand, on le destina à l’état ecclésiastique, et on le plaça comme clerc ou famulo chez un chanoine de la cathédrale nommé don Vincente Presivia.

Il n’y a pas d’université à Tortose ; ceux qui veulent étudier pour entrer dans les ordres, se placent ainsi chez des prêtres qu’ils servent à peu près en domestiques, et qui leur enseignent en revanche le latin, la théologie, et la philosophie d’Aristote.

Le caractère indépendant et dissipé du jeune Cabrera ne s’accommodait pas de cette vie studieuse et docile. Le bon chanoine épuisa en vain tous ses sermons pour le décider à garder quelque retenue : de tous les écoliers de Tortose, c’était bien le plus licencieux comme le plus déguenillé. Il aimait la lecture, non pas celle des livres de science, mais la lecture des livres les plus obscènes, qui, disait-il, apprend à connaître le monde et à l’exploiter. Son goût passionné pour les femmes le jetait à tout moment dans toutes sortes de mauvaises aventures ; parlait-on de quelque maison escaladée, de quelque alguasil battu, c’était sur lui que retombait la responsabilité du méfait.

Il était paresseux, débauché, querelleur, effronté, enfin un franc tronero (vaurien), si bien que quand vint pour lui le moment de solliciter le sous-diaconat, l’évêque don Victor Saez le lui refusa.

Le voilà donc sur le payé à vingt-quatre ans, sans état, sans argent, avec une réputation détestable, ne sachant que devenir. Alors arriva à Tortose la nouvelle de la mort de Ferdinand VII. Ce fut un grand bonheur pour l’écolier désappointé, qui s’empressa de profiter de l’occasion.

Sept à huit jours après, vers la mi-octobre 1833, une conspiration fut découverte contre l’autorité de la reine Isabelle II ; Cabrera en était. Le général Berton, gouverneur de la ville, ordonna des poursuites ; le vicaire général don Mateo Sanpons informa contre lui. Il parvint à s’évader et se sauva dans les montagnes, refuge habituel de tous ceux qui ont affaire à la justice dans les villes. Là, il apprit que la forteresse de Morella était tombée au pouvoir d’une insurrection carliste, et il s’y rendit aussitôt pour s’enrôler.

Cette ville de Morella joue un grand rôle dans la vie de Cabrera ; elle a été successivement le berceau, le siége et le tombeau de sa fortune.

C’est la capitale d’un petit pays nommé le Maestrozgo, parce que son territoire était autrefois une grande maîtrise d’un ordre de chevalerie. Le Maestrozgo est admirablement fortifié par la nature, et semble le désigner pour l’établissement d’une seigneurie féodale ou d’une république indépendante.

Il fait partie de la haute Sierra qui sépare les royaumes d’Aragon et de Valence, des montagnes escarpées et presque toujours couvertes de neige y enfermant de longs défilés et des vallées étroites.

C’est dans une de ces vallées qu’est bâtie Morella, sur un rocher qui se détache de la chaîne ; le château occupe la pointe de ce rocher, qui s’élève de plus de trois cents pieds au-dessus du sol. Deux percées donnent entrée dans la vallée, l’une par Monroya vers l’Aragon, l’autre par Villabona, vers le royaume de Valence. Cinq provinces confinent au Maestrozgo, comme des rayons autour du centre, l’Aragon, la Catalogne, le royaume de Valence, la Castille nouvelle et la Manche.

L’importance de ce point est très connue dans ce pays ; c’est sur lui que durent naturellement se porter les premiers efforts de la révolte.

Le baron de Herbès, ancien corrégidor de Valence, et l’alcade de Villaréal, don Joaquin Llorens, n’eurent pas plutôt appris la mort de Ferdinand VII, que, se plaçant à la tête de quelques bataillons royalistes, ils arborèrent l’étendard de Charles V et se dirigèrent sur le Maestrozgo.

Ces deux chefs, renommés par leur noble naissance et leur position sociale, exerçaient une très-grande influence dans ces contrées ; leur prestige attira beaucoup de monde dans les rangs des rebelles.

Le colonel don Victoria Sea, gouverneur de Morella, soit par sympathie d’opinions, soit qu’il ne se crût pas en état de se défendre, leur ouvrit les portes de la place et ils y établirent leur quartier général.

Ce fut alors que Cabrera se présenta. On était dans les premiers jours de 1833. Il arriva dans cette ville, où il devait régner un jour, en mauvais costume d’écolier, des alpagattes aux pieds et un bâton à la main.

Comme il annonça qu’il savait écrire, on le fit caporal, et les armes manquant on lui donna un fusil de chasse. Les bandes carlistes furent bientôt attaquées par le général Berton, à la Pedrera, en face de Morella.

La jeune recrue montra une véritable bravoure dans cette dernière affaire, et reçut pour récompense le grade de sergent. On avance, vite au commencement des insurrections, et les premiers venus, en courant les grands dangers, ont aussi les plus belles chances.

La vie militaire de Cabrera n’eut de durée que celle de la guerre civile. On a raconté diversement son début. On prétend, par exemple, qu’un jour il se présenta au quartier général de don Carlos (le prétendant), et demanda à lui remettre des dépêches importantes. Ces dépêches, il les avait enlevées à un courrier chargé de les porter au gouvernement de Madrid. Le malheureux courrier avait été assassiné.

Mina, usant de représailles, fit arrêter à Tortose la vieille mère de Cabrera et ses trois sœurs et les fit mettre à mort (1836).

Ayant quitté l’armée carliste avec un certain nombre de soldats qu’il avait sous ses ordres, Cabrera se jeta dans le haut Aragon, où il répandit la terreur au nom de don Carlos, mais en refusant cependant d’obéir aux ordres des chefs carlistes.

Sa troupe ne tarda pas à devenir considérable et il se fit proclamer général par elle. Bientôt il obtint de don Carlos la confirmation de ce grade.

Longtemps on vit Mina et Cabrera, rivaux en politique, mettre leur amour-propre à lutter de cruauté envers les prisonniers que le sort de la guerre faisait tomber entre leurs mains.

Après s’être emparé d’une foule de villes, de bourgs et de châteaux dans la province de Valence et dans l’Aragon, Cabrera, se précipitant à la poursuite de Gomez, entra dans l’Andalousie, mais dédaigné par la petite cour de don Carlos, il rentra dans l’Aragon, y fut surpris par des forces de beaucoup supérieures, qui battirent et dispersèrent son armée. Lui même fut grièvement blessé et traqué de tous côtés par les christinos, qui le forcèrent à se cacher dans les bois. Un curé d’Almagon, village voisin des cantonnements ennemis, lui donna asile.

A peine guéri de sa blessure, il réorganisa son corps d’armée, et grâce à l’ordre et à la discipline qu’il sut établir dans les rangs, il compta bientôt sous ses ordres 10,000 hommes d’infanterie et 1,600 chevaux. Entrant avec la rapidité de l’éclair dans la province de Valence, il y battit complètement les christinos, le 18 février 1837, à Bunol, et le 19 mars suivant, à Burjazot, faisant dans ces deux rencontres une grande quantité de prisonniers et enlevant un butin immense.

Battu à son tour par les chasseurs d’Oporto, aux environs de Torre-Bianca, et blessé de nouveau grièvement, il n’échappa que miraculeusement à la mort. On n’avait pas encore pu extraire de son corps le plomb qui l’avait frappé, lorsque l’occupation de l’importante position de Villa-Réal par les christinos lui inspira l’audacieuse pensée de les y surprendre et de les en chasser.

Après s’être emparé du vieux château-fort de Contrarieje, non-seulement il résista avec énergie au général Oraa, envoyé pour arrêter ses succès, mais encore il favorisa puissamment la marche du prétendant sur Madrid, manœuvre hardie qui faillit lui ouvrir les portes de cette capitale. Le prince, reconnaissant, le nomma, par un décret de 1858, comte de Morella (Cabrera avait pris cette forteresse), lieutenant-général de ses armées, gouverneur général des provinces d’Aragon, de Valence et de Murcie.

Heureux dans presque toutes ses expéditions, Cabrera se vit enfin réduit à garder la défensive, après la trahison de Marolo. Quand l’impossibilité de soutenir plus longtemps la lutte força le prétendant à abandonner la partie et à se réfugier en France, Cabrera déclara fièrement qu’il continuerait la guerre pour son propre compte. Mais une grave maladie (1839) l’empêcha d’exécuter les vastes projets qu’il avait conçus, et le réduisit à rester inactif dans une forte position, au milieu des montagnes de la Catalogne et de l’Aragon, jusqu’au 6 juillet 1840, jour où Espartero le contraignit à se jeter avec les débris de sa troupe sur le territoire français.

Conduit d’abord au château de Ham, il fut rendu à la liberté quelques mois après, et alla, en 1841, rétablir sa santé aux îles d’Hyères.

Le général Cabrera quitta les îles d’Hyères pour l’Angleterre au mois de mai 1850. On apprit par le Morning-Post qu’il venait d’épouser, à Londres, miss Marianne-Catherine Richards, fille unique de feu Robert-Vanghan Richards. La cérémonie religieuse avait été célébrée à la chapelle catholique de Spanisch Place, Manchester-Square, puis à la chapelle protestante de Saint-Georges, Hanovre-Square. A la cérémonie catholique le général avait pour témoin S. A. R. l’infant don Juan d’Espagne, frère du comte de Montemolin, et à la cérémonie protestante, il avait auprès de lui lord John Manners.

Miss Richards a, dit-on, une fortune de 25,000 livres (625,000 francs) de rente.

L’étonnement a été grand en France quand on a vu Cabrera. Petit et maigre, avec une barbe très-peu fournie, il a l’air d’un jeune homme doux et faible. Ses cheveux sont noirs et son teint très-brun. Il regarde rarement en face son interlocuteur, et jette souvent les yeux autour de lui avec une sorte d’inquiétude.

Sa physionomie est intelligente sans être précisément remarquable.

Quand il sourit, son visage prend une expression de finesse naïve qui n’est pas sans grâce. Il est extrêmement simple dans ses manières, même un peu embarrassé. Il paraît souffrant, et n’a plus cette extrême mobilité qui le portait autrefois, dit-on, à changer sans cesse de place. Son attitude, légèrement courbée, semble indiquer que sa poitrine est attaquée.

Cabrera n’a jamais eu aucune opinion politique. Il a embrassé la cause de don Carlos parce que c’était celle qui pouvait le mener à la fortune ; il aurait suivi tout autre parti qui lui aurait donné plus de chances de succès ; il l’a bien prouvé en ne tenant aucun compte des ordres qu’il recevait du prétendant.

On dit qu’il lui est arrivé quelquefois d’écrire de sa main au bas d’un ordre qu’il recevait de don Carlos : Recibido pero non ejecutado todo por el servicio de Vuestra Majestad (reçu, mais non exécuté, le tout pour le service de Votre Majesté), et de le renvoyer ainsi à son auteur.

Il était généralement très-aimé des populations de ses domaines. Autant il était cruel et exacteur pour tout le pays qui ne reconnaissait pas son autorité, autant il était protecteur et bienveillant pour celui qui lui était soumis.

Souvent brusque et hautain avec ses officiers, il se montrait toujours affable, prévenant même envers les paysans.

Il laissait carte blanche à ses troupes pour piller à leur gré hors de ses frontières ; mais, dans le sein de son petit royaume, nul n’était admis à frapper la moindre contribution sans son ordre.

Il n’y a jamais eu autant d’argent dans le Muestrazgo que pendant sa domination. Tout ce qu’il recueillait dans ses excursions ou dans celles de ses lieutenants, au travers des provinces environnantes, il le dépensait dans le pays.

Quelques jours avant l’entrée de Cabrera en France, le 25 juin, une autre troupe et un autre général passaient la frontière du côté de Bayonne. Cette fois, ce n’était plus le chef qui entraînait ses soldats sur le sol étranger, c’étaient les soldats qui avaient forcé leur chef à y chercher un asile…

Ces hommes de fer, qui ont effrayé la ville de Bayonne de leur aspect farouche et sauvage, avaient brisé leurs armes à la frontière plutôt que de les livrer à l’étranger. Ils avaient pour général l’indomptable Balmaseda.

Balmaseda est l’homme vraiment fort de cette guerre. Né en Castille d’une famille distinguée, il était lieutenant-colonel à la mort de Ferdinand VII. Il prit aussitôt les armes pour don Carlos, et ne les a quittées qu’au dernier moment.

Doué d’une haute taille et d’une force herculéenne, il a toujours fait la guerre en partisan, à la tête d’un corps de cavalerie.

Si Balmaseda avait été moins inquiet, moins nomade, et que le sort l’eût appelé, au lieu de Cabrera, à être le chef de 30,000 hommes, il est probable qu’il aurait eu une autre fin. Aussi parlait-il avec dédain du comte de Morella : « II se trouvera bien en France, disait-il amèrement, il pourra y faire de la musique à son aise ; qu’on lui donne une guitare, et il ira chanter dans les rues. »

CAFFARELLI-DU-FALGA (LOUIS-MARIE-JOSEPH-MAXIMILIEN)[modifier]

né à Falga (Haute-Garonne) le 17 février 1756. Il fit les premières campagnes de la Révolution à l’armée du Rhin où son mérite l’éleva rapidement aux premiers grades.

Destitué en 1792 et emprisonné pendant quatorze mois. Employé dans les bureaux du comité militaire, il reprit ensuite du service sous Kléber, en 1795.

Général de brigade et commandant du génie en Égypte.

Mort des suites d’une nouvelle amputation, le 9 avril 1799, à Saint-Jean-d’Acre, où son tombeau est conservé avec un soin religieux par les Arabes.

« Les soldats de l’armée d’Égypte, dans leurs accès de mauvaise humeur, en voulaient beaucoup au général Caffarelli, qu’ils croyaient un des auteurs de l’expédition. Il avait une jambe de bois, ayant perdu la sienne sur les bords du Rhin. A Saint-Jean-d’Acre, le général en chef perdit Caffarelli qu’il aimait beaucoup, et dont il faisait le plus grand cas. » (Mémorial de Sainte-Hélène, t.1er.)

CAFFARELLI (MARIE-FRANÇOIS-AUGUSTE-LOUIS)[modifier]

5e frère du précédent, né le 7 octobre 1766 au château du Falga en Languedoc. Il servit d’abord dans les troupes sardes depuis 1783, revint en France en 1791, s’enrôla comme simple dragon dans le 15e régiment, devint aide-de-camp du général Dagobert, fut adjudant-général à l’armée de Sambre-et-Meuse et commanda la demi-brigade d’infanterie légère, surnommée l'incomparable. Il fit aussi la campagne d’Égypte. Aide-de-camp de Napoléon, général de brigade après Marengo, commandeur de la Légion d’honneur, en 1804, député auprès du pape pour l’inviter à venir sacrer l’Empereur, puis général de division et gouverneur des Tuileries, grand aigle de la Légion-d’Honneur, le 8 février 1806, pour sa belle conduite à Austerlitz, le mois suivant appelé au ministère de la guerre du royaume d’Italie, chevalier de l’ordre de la Couronne de fer, en 1807, comte de l’Empire avec une dotation de 23,000 francs sur les domaines de Hanovre, puis employé en Espagne, où il fit échouer une tentative de débarquement des Anglais à Luredo, battit quatre généraux espagnols, s’empara de Bilbao, fut nommé gouverneur de la Biscaye, en 1811, mit en déroute complète la bande de Mina et contribua à faire lever le siége de Burgos ; en 1813 il reprit son service d’aide-de-camp auprès de l’Empereur qui, au moment de partir pour l’armée, lui confia le commandement des troupes restées à Paris, le gouvernement des palais impériaux et la garde de l’impératrice. En 1814, il accompagna jusqu’à Vienne Marie-Louise et son fils ; à son retour il sollicita sa mise en non-activité, mais Louis XVIII lui eri-voyapour réponse les insignes de l’ordre de Saint-Louis en le nommant gouverneur militaire de la 13e division militaire. En janvier 1815, le duc de Bourbon l’envoya à Rennes pour y faire tout le bien et empêcher tout le mal qu’il pourrait. Le 22 avril il rentra en fonctions comme aide-de-camp, et prit le 2 juin le commandement de la 1re division militaire.

Il suivit l’armée derrière la Loire et fut licencié. Pair de France en 1831. En 1840 il fut rapporteur du projet de loi relatif à la translation des dépouilles mortelles de l’empereur Napoléon.

Le général Caffarelli, resté depuis cette époque étranger aux grands débats politiques, est mort le 24 janvier 1849 à Leschelle, près Guise (Aisne), âgé de 83 ans, après une maladie longue et cruelle. Il laisse une veuve, digne fille du comte d’Hervilly, deux filles et un fils que le gouvernement a appelé du conseil d’État à la préfecture d’Ille-et-Vilaine.

Le nom d’Auguste Caffarelli est incrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

CAMBACÉRÈS (JEAN-PIERRE-HUBERT, baron)[modifier]

naquit le 13 novembre 1778 à Montpellier (Hérault). Cavalier, le 20 septembre 1793, dans le 14e régiment de chasseurs achevai, il fit les campagnes de 1793 à l’an III aux armées des Alpes et des Pyrénées, assista au siége et à la bataille de Figuières, où il eut un cheval tué sous lui et reçut un coup de sabre sur la tête ; aux siéges de Nice, de Lyon, de Toulon et de Bellegarde, il fut nommé sous-lieutenant au 23e régiment, le 16 pluviôse an III. Il rejoignit ce corps à l’armée de l’Ouest, se trouva au combat de Pontivy, et servit de l’an IV à l’an VII aux armées du Nord et de Sambre-et-Meuse. Il se fit remarquer au combat de Nassau, où une balle le frappa à l’épaule, aux batailles de Neuwied et de Zurich, au combat et à la prise de Schaffhouse ; dans cette dernière affaire, une balle le blessa dans la cuisse, et il perdit un cheval tué sous lui. Lieutenant le 14 fructidor an VIII, capitaine le 27 frimaire an vin, envoyé à l’armée du Rhin, le 2 germinal, en qualité d’adjoint à l’état-major général, il prit part aux batailles de Stockach et de Moes-kirch, le 13 et le 15 floréal. Blessé à Moeskirch d’un coup de sabre à l’avant-bras droit, et promu au grade de chef d’escadron, le 7 vendémiaire an IX, il donna de nouvelles preuves de valeur dans la journée du 10 frimaire, et à celle du 12, à Hohenlinden, à la tête d’un escadron de chasseurs, qu’il avait rejoint ; il reçut dans cette dernière bataille un coup de sabre à la lèvre supérieure. Nommé adjudant-commandant, le 9 nivôse an XI, il passa le 12 vendémiaire an XII à la division de cavalerie, rassemblée au camp de Saint-Omer. Membre et officier de la Légion-d’Honneur, les 15 pluviôse et 25 prairial an XII, et attaché dans le mois, de vendémiaire an XIV au 4e corps de la grande armée, il fit en Allemagne et en Prusse les campagnes de l’an XIV à 1806. Général de brigade, le 10 juillet 1806, et employé le 24 septembre au 6e corps, il y passa le 1er février 1807, fit la campagne de Pologne, et partit pour l’Espagne en 1808. A cette époque Napoléon le créa baron de l’Empire. Le 25 septembre 1810, il prit le commandement du département d’Indre-et-Loire, qu’il quitta ie 11 juin 1814 pour celui de l’Aveyron. Placé en non-activité le 25 septembre 1814, chevalier de Saint-Louis, le 17 juillet 1816, et compris comme disponible, le 30 décembre 1818, dans l’état-major général de l’armée, il fut admis à la retraite le 1er décembre 1824. Cet officier général est mort à Paris, le 5 septembre 1826.

CAMBRONNE (PIERRE-JACQUESTIENNE, baron, comte, puis vicomte)[modifier]

né le 26 décembre 1770, à Saint-Sébastien, près de Nantes. Destiné au commerce, il s’enrôla dans un bataillon de volontaires nantais, qui allait se battre-contre les rebelles de la Vendée. D’une bravoure remarquable, il parvint rapidement au grade de capitaine. La Vendée pacifiée, il s’embarqua pour l’expédition d’Irlande ; passa ensuite à l’armée des Alpes, puis à celle d’Helvétie, où il enleva une batterie russe avec une poignée d’hommes. Il vit périr à ses côtés le brave Latour-d’Auvergne, et refusa le titre de premier grenadier de France que ses soldats voulaient lui donner.

Il fut fait successivement chef de bataillon, colonel des tirailleurs de la garde. Il se battit pendant deux ans en Espagne, puis en Russie, et ramena son régiment après avoir assisté à toutes les batailles de 1813.

Nommé général de brigade, il prit part à toutes les opérations de la campagne de 1814, fut blessé plusieurs fois et suivit Napoléon à l’île d’Elbe.

Rentré en France, il fut fait comte, grand cordon de la Légion d’Honneur et lieutenant-général, mais il refusa ce dernier grade pour rester près de ses soldats, et courut en Belgique à la tète d’un régiment de chasseurs à pied de la vieille garde. A la bataille de Waterloo, où il commandait ce régiment, il soutint pendant tout le jour des masses prussiennes ; sommé de se rendre, il aura répondu ce mot fameux : La garde meurt et ne se rend pas !

Des ergoteurs ont prétendu que la réponse de Cambronne fut non moins énergique, mais plus triviale ; cette allégation est loin d’être prouvée, et le fut-elle, l’héroïsme du guerrier n’y perdrait rien.

Cette dernière réponse, impossible à répéter ici, aurait, dit-on, été prononcémot par le général Michel.

On trouva Cambronne couvert de blessures au milieu de ses soldats.

Conduit en Angleterre, il écrivit à Louis XVIII pour obtenir la permission de rentrer en France. Il revint sans avoir reçu de réponse, fut arrêté, conduit à Paris, traduit devant le conseil de guerre et acquitté. Depuis, il a commandé la place de Lille et obtenu sa retraite, après avoir été créé vicomte par Louis XVIII au mois d’août 1822.

Il est mort le 28 janvier 1842. Son nom est inscrit sur la porte Nord de l’arc de l’Étoile.

Le roi Louis-Philippe, par une ordonnance du 5 décembre 1842, a autorisé la ville de Nantes à élever une statue en l’honneur de ce brave général.

CAMPREDON (JACQUES-DAVID, baron de)[modifier]

né à Montpellier le 13 janvier 1761, entra de bonne heure dans le corps royal du génie, et ne tarda pas à se faire distinguer par son exactitude et son application. Les connaissances qu’il acquit lui méritèrent un avancement rapide pendant les guerres de la République.

Chef de bataillon du génie en l’an V, distingué par le général en chef Bonaparte, et mentionné dans ses rapports, il fut promu au grade de général d’artillerie.

En l’an VIII, chargé d’achever et de perfectionner les ouvrages que Suchet avait fait élever à la tète du pont du Var, pour défendre cet important passage contre les Autrichiens, il s’acquitta de cette mission avec autant d’intelligence que de zèle, et se fit connaître comme un des officiers les plus habiles de son arme.

L’Empereur le fit, en l’an XII, membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire, commandant de l’Ordre le 25 prairial, et lui confia, en l’an XIII, la direction des travaux de Mantoue.

Nommé commandant du génie à l’armée de Naples, il mérita des éloges pour sa belle conduite pendant le siège de Gaëte, qui fut pris en février 1806, et contribua puissamment aux brillants succès qu’obtint Masséna dans le cours de cette campagne. Le l5 aoùt de la même année,Napoléon le récompensa de ses importants services en le nommant général de division.

Employé depuis, presque constamment en Italie, il passa au service de Naples, lorsque la couronne de cet État eut été placée sur la tête de Joseph. Revêtu, le 19 mai 1808, de la dignité de grand-croix de l’ordre des Deux-Siciles, il fut chargé, en 1809, du portefeuille de la guerre pendant l’absence du général Régnier.

En 1813, il accompagna en Russie les troupes napolitaines et se signala dans plusieurs rencontres avec l’ennemi.

Après la retraite, il se renferma dans Dantzig, où il commanda l’arme du génie pendant le siége. Ses lumières, son expérience et le courage qu’il déploya dans différentes sorties, furent d’un grand secours au général Rapp qui défendait la place. Ayant été fait prisonnier et conduit à Kiew, malgré les conditions stipulées dans la capitulation, il envoya, le 4 juin 1814, son adhésion aux actes du sénat.

La paix le ramena dans sa patrie, et, le 27 juin, il fut nommé chevalier de Saint-Louis ; deux jours après, on l’éleva au rang de grand officier de la Légion-d’Honneur, et il reçut, le 24 septembre de la même année, la confirmation du titre de baron, qu’il tenait de la munificence impériale. Toutes ces faveurs ne l’empêchèrent pas de prendre sa retraite lors du licenciement de l’armée en 1815. Toutefois, Louis XVIIl le nomma, le 24 août 1823, commandant de l’ordre du Mérite militaire. Quatre ans après, le 4 novembre 1827, il fut fait grand-croix du même ordre.

En 1825, il fut attaché à la commission chargée de prononcer l’admission des élèves à l’École polytechnique. Une ordonnance du 11 septembre 1835 l’appela à la Chambre des pairs, et il mourut le 11 avril 1837.

Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

CANCLAUX (JEAN-BAPTISTE-CAMILLE, comte de)[modifier]

général en chef et pair de France, naquit à Paris le 2 août l740. Entré au service en 1756, comme volontaire dans un régiment de cavalerie, Canclaux fit avec ce corps les guerres d’Allemagne de 1757 à 1762 qui lui valurent les grades de cornette et de capitaine, et devint successivement colonel en 1772, brigadier en 1784, et maréchal de camp en 1788. Il avait été fait chevalier de Saint-Louis en 1773.

Envoyé en Bretagne en 1791 et 1792, pour apaiser les mouvements insurrectionnels qui venaient d’y éclater, il s’y fit remarquer par sa modération et son esprit conciliateur. Nommé lieutenant-général à la fin de cette année, la Convention nationale lui confia le commandement de l’armée de l’Ouest. Attaqué à Nantes par 60,000 Vendéens que commandait Cathelineau, Canclaux, qui avait à peine 4,000 hommes, parvint à repousser les assaillants ; après plusieurs combats opiniâtres et meurtriers. Il venait de remporter de nouveaux succès sur l’armée royaliste à Montaigu et Saint-Symphorien, lorsque, le 3 septembre 1793, il apprit que la Convention venait de prononcer sa destitution.

Retiré dans ses propriétés à Saussay (Oise), il fut rappelé après la révolution du 9 thermidor an II, et on lui confia alors de nouveau le commandement en chef de l’armée de l’Ouest.

Canclaux seconda puissamment Hoche, lors de l’affaire de Quiberon, en lui envoyant à propos les renforts dont il avait besoin pour repousser le débarquement des émigrés français qui devait avoir lieu sur ce point.

Envoyé dans le midi, en 1796, pour y organiser l’armée destinée à passer en Italie, il fut nommé à la fin de cette année ministre plénipotentiaire à Naples, et remplit ces fonctions jusqu’en 1797.

Après la révolution du 18 brumaire, le premier Consul l’appela au commandement de la 4e division militaire, et le chargea, de concert avec le général Hédouville de la pacification de la Vendée.

Il obtint sous le Consulat et l’Empire la décoration de grand officier de la Légion-d’Honneur, un siége au sénat conservateur et le titre de comte de l’Empire.

Après la première abdication de Napoléon, Louis XVIII le nomma pair de France et le créa commandeur de l’ordre de Saint-Louis.

Il mourut à Paris le 30 décembre 1817. Son nom est inscrit sur le côté Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

CANUEL (SIMON)[modifier]

naquit en 1767 et gagna tous ses grades militaires dans les guerres de la Vendée. Ainsi, de simple officier au 71e qu’il était, il devint tour à tour, grâce à la protection de Rossignol et de Kléber, adjudant-général, adjoint, adjudant-général, général de brigade et général de division. Il se distingua à Doué et à Savenay. Il se faisait remarquer alors par une grande exaltation révolutionnaire.

En 1796, le Directoire l’envoya à Lyon déclaré en état de siége.

Napoléon ne jugea pas à propos d’employer Canuel dans les armées actives. Il eut -simplement le commandement de quelques places fortes, dans lesquelles il végéta obscurément. Aussi se montra-t-il des plus empressés à saluer le retour des Bourbons. -

On le vit pendant les Cent-Jours se réfugier parmi les Vendéens insurgés, se placer dans les rangs des hommes qu’il avait jadis combattus et devenir chef d’état-major du marquis de Larochejacquelein, comme s’il eût été dans sa destinée de ne combattre jamais que contre des Français.

Louis XVIII conféra à Canuel le triste honneur de présider le conseil de guerre chargé de condamner le général Travot. Son zèle monarchique l’entraîna jusqu’à dénoncer comme attentatoires à la majesté royale les mémoires dans lesquels les avocats de l’accusé se bornaient à invoquer pour leur client le bénéfice de l’amnistie.

A cette même époque, Lyon revit Canuel comme gouverneur de la 19e division militaire. Sa conduite dans cette ville fut déplorable : il déploya contre ses anciens camarades un zèle exagéré. Le mouvement insurrectionnel qui éclata alors à Lyon et à Saint-Étienne fut excité et dirigé par des agents provocateurs. Canuel livra impitoyablement à la cour prévôtale ceux qui avaient eu l’imprudence d’y prendre part : plusieurs furent condamnés à mort et exécutés. Le colonel Favier et M. Charrier de Senneville dénoncèrent à l’opinion publique la conduite tenue par Canuel dans ces tristes circonstances. Le général leur intenta un procès et le gagna devant les tribunaux ; mais l’opinion publique laissa justement à Canuel la responsabilité de ce système de provocation, et son nom resta condamné à la plus fâcheuse célébrité.

On le fit baron ; mais Louis XVIII, mieux conseillé, chargea le duc de Raguse de faire une enquête sur ces événements. Canuel et le préfet du Rhône furent destitués.

A peu de temps de là, Canuel fut même arrêté, accusé de complot ; mais, après une ordonnance de non-lieu, il fut remis en activité de service et compris dans le nombre des inspecteurs généraux de l’armée.

En 1823, il eut en Espagne le commandement d’une division. Il fut immédiatement appelé au commandement de la 21e division militaire à Bourges et nommé grand-officier de la Légion-d’Honneur. La Révolution, de 1830 le trouva dans cette position. Sa radiation définitive du cadre des officiers ne se fit pas attendre. — Il est mort en 1841.

CARACCIOLI (FRANCESCO)[modifier]

amiral napolitain distingué, entra de bonne heure dans la marine et fut quelque temps au service d’Angleterre.

En 1793, lors du coup de main des Anglais contre Toulon, il commandait l’escadre napolitaine, chargée d’agir de concert avec la flotte anglaise, et dans cette occurence, fit preuve d’autant d’habileté que de résolution.

En 1798, chargé de conduire la flotte napolitaine à Palerme, tandis que pour faire ce trajet, le roi de Naples se servait

de l’escadre anglaise, commandée par Nelson, il fut traité par les courtisans avec la plus oulrageante insolence. Justement irrité de. procédés pareils, Caraccioli s’en revint à Naples, entra au service de la république parthénopéenne, et avec un petit nombre de bâtiments, fit complètement échouer un débarquement tenté par la flotte anglo-sicilienne.

Ruffo ayant réussi à rentrer à Naples, en 1799, fit arrêter Caraccioli, au mépris d’une capitulation formelle, et alors une junte que présidait Speziale l’ayant condamné à mort, il fut pendu au grand mât de sa frégate, et son cadavre jeté ensuite à la mer. La mort de l’amiral Caraccioli est restée une tache honteuse pour la mémoire de Nelson.

CARAMAN (LOUIS-CHARLES-VICTOR de RIQUET, duc de)[modifier]

lieutenant-général en retraite, né en 1762. Se distingua de bonne heure à la carrière diplomatique. Sa famille lui lit faire à cet effet des voyages dans les principales parties de l’Europe. M. de Vergennes, ministre des relations extérieures, l’avait recommandé à ses agents diplomatiques : aussi fut-il bien reçu de Frédéric le Grand, de Joseph ii, de Catherine II et de Gustave III. Il se lia avec le prince de Kaunilz, Potenkin, Poniatowski, Pilt et Fox.

Il connut à Constantinople le comte de Saint-Priest. Ses voyages durèrent cinq à six ans.

De retour en France, il épousa en 1785 mademoiselle de Mérode Westerloo, d’une grande famille des Pays-Bas, et en attendant une mission à l’extérieur, suivit la carrière militaire.

Après la campagne de 1792 et la mort du roi, il fut placé sur la liste des émigrés et tous les biens de sa famille furent confisqués. Dès lors il se vit forcé de vivre à l’étranger et d’y chercher des moyens d’existence. Il servit comme major et comme colonel de cavalerie dans l’année prussienne.

Appelé en France en 1801 par le comte de Caraman son père, il y vint comme officier prussien ; au moment où il voulait retourner en Prusse, il fut arrêté et mis au Temple sans motif connu. 11 en sortit pour être envoyé à Yvrée, en Piémont. Détenu pendant cinq ans, on lui rendit sa liberté à condition qu’il quitterait le service de Prusse. On le maintint du reste sur la liste des émigrés. Louis XVIII lui rendit ses droits en 1814, mais non toute sa fortune.

Envoyé en ambassade à la cour de Prusse, il fut chargé de l’importante mission de recevoir les nombreuses colonnes de prisonniers que la Russie, la Pologne et la Prusse nous envoyaient.

L’année suivante le duc de Caraman fut nommé pair de France, ambassadeur à Vienne, chevalier des ordres du roi. Il assista au congrès d’Aix-la-Chapelle avec le duc de Richelieu, son ami, fut nommé plus tard ministre plénipotentiaire au congrès de Troppau, de Laybach et de Vérone.

De retour en France en 1828, il y reçut le titre de duc héréditaire.

Après la révolution de 1830, il se refusa à occuper aucune place active ; mais il continua d’assister à la Chambre des Pairs.

La conquête d’Alger occupait et divisait nos meilleurs esprits. Le duc de Caraman, voulant recueillir par lui-même les notions nécessaires pour former son opinion, passa en Afrique, parcourut nos possessions et accompagna le maréchal Clausel à Constantine. Dans cette malheureuse expédition, le duc de Caraman sauva quelques-uns de nos braves soldats, et se.rendit utile autant qu’il le put.

Sous les murs mêmes de Constantine, il perdit son fils le marquis de Caraman, qui commandait l’artillerie en Afrique.

CARDENAU (BERNARD-AUGUSTIN, baron de)[modifier]

né en 1766 d’une famille distinguée dans le barreau, entra au service en 1791. Nommé lieutenant dans le régiment d’Angouniois qui forma la 148e{{}} demi-brigade, il fut employé à l’armée des Pyrénées-Occidentales sous les ordres du capitaine Latour d’Auvergne, et détaché aux avant-postes de Solimont. Il contribua à la défense de ce poste.

Remarqué par le général en chef Muller, il fut chargé par lui de diriger la colonne qui devait, sur ce point, former l’attaque de l’armée espagnole. Il obtint un succès complet, et la prise des fameuses redoutes du Col de Baya et de Béra ouvrit l’entrée du territoire espagnol aux armées françaises. Il fut nommé, en récompense de sa belle conduite, adjudant-général. Il obtint ensuite le grade de colonel le 25 prairial an III, et ce fut en cette qualité qu’il combattit à Marengo à la tète du 101e régiment de ligne ; il y soutint plusieurs charges de cavalerie et ne put être entamé. Il eut dans cette affaire trois chevaux tués sous lui.

Après avoir fait la guerre d’Italie jusqu’à la paix d’Austerlitz, il fit partie de l’armée victorieuse qui entra dans le royaume de Naples, prit part au siège de Gaëte, et fut nommé général de brigade sur la proposition de Masséna le ler mars 1807. Il fut en outre créé baron de l’Empire.

Louis XVIll le nomma plus tard chevalier de Saint-Louis.

Pendant les Cent-Jours, il commanda une brigade d’infanterie au blocus de Strasbourg.

Député des Landes en 1818, il siégea au centre gauche. Il fut réélu en juin 1830 : il était déjà mis à la retraite.

En 1831, il abandonna les affaires politiques et se retira dans une commune du département des Landes. Le général Cardenau est mort à Thil, près de Dax (Landes), le 21 janvier 1841.

CAREL (PHILIBERT-FLORE)[modifier]

né le 7 mai 1789 à Troyes (Aube), entra au service comme fourrier dans le 27e d’infanterie légère, le 1er juin 1807, et fut successivement nommé sergent-major et sous-lieutenant pendant les campagnes de Prusse et d’Autriche.

Capitaine adjudant-major au début de la campagne de Russie, il fut grièvement blessé au combat de Walkowiski (Volhquie) et peu après nommé aide-de-camp du général en chef comte Grenier.

Le 12 février 1813, envoyé près du général saxon Gablentz qui, à l’affaire de Kalische (Pologne), avait été coupé et contraint de se retirer à Cracovie, il réussit, et, après 17 jours de marche, il revint à Bautzen rendre compte de sa mission au général en chef, après avoir éprouvé les plus grands dangers.

Le 7 octobre 1813, à Stasnitz, près Tarvis (Illyrie), il reçut l’ordre de placer un poste de 80 hommes sur la route de Feitritz. A peine entré dans le défilé des montagnes, il fut attaqué par trois compagnies autrichiennes formant l’avant-garde de huit bataillons. Il prit position et sut tellement en imposer à l’ennemi, qu’il se battit pendant une heure en conservant sa position et donna le temps au renfort d’arriver.

Cette action lui valut la croix et le grade de chef de bataillon.

En 1818, M. Carel était dans la légion des Deux-Sèvres avec le grade de chef de bataillon ; il passa dans celle du Bas-Rhin, et fut mis en disponibilité en 1820.

Après les journées de juillet 1830, il rentra dans le 41e de ligne en qualité de lieutenant-colonel. Il passa quelques mois plus tard dans le 55e et fit la campagne d’Afrique.

Le 8 septembre 1832, M. Carel commandait une colonne détachée contre Ibrahim-Bey, qui se présentait devant Bone avec l,5OO hommes. Après trois heures de combat, Ibrahim dut se retirer laissant sur le champ de bataille un grand nombre de tués et de blessés. M. Carel fut, à cette occasion, promu au grade de colonel du 52e de ligne. Il était déjà officier de la Légion-d’Honneur.

Le 22 avril 1846, il fut nommé général de brigade.

Il est aujourd’hui en retraite.

CARNOT (LAZARE-NICOLAS-MARGUERITE)[modifier]

né à Nolay en Bourgogne, le 13 mai 1753, d’une famille distinguée dans le barreau. — II entra au service dans l’arme du génie en 1771, à l’âge de 18 ans ; il n’avait encore que le grade de capitaine en 1783, lorsqu’il écrivit l’éloge de Vauban qui fut couronné par l’Académie de Dijon. — II refusa de brillants avantages dans les armées du grand Frédéric.

Député à l’Assemblée législative en 1791 par le département du Pas-de-Calais, — membre du comité militaire, — député à la Convention, il vota la mort de Louis XVI ; — membre du Comité de salut public ; chargé de diriger les opérations militaires, il organisa quatorze armées partout victorieuses.

Président de la Convention, il sortit du comité après le 9 thermidor ; il y rentra le 15 brumaire suivant.

Après la Convention, il fut nommé à la nouvelle législature par 17 départements.

Élu DIRECTEUR, ce fut encore des opérations militaires qu’il s’occupa. Carnot fut proscrit au 18 fructidor. — Au 18 brumaire, le premier Consul le rappela et le nomma inspecteur général aux revues ; puis ministre de la guerre. — Membre du Tribunat en 1802, il rentra dans la vie privée à la suppression de ce corps et publia le bel ouvrage de l'Attaque et de la défense des places.

Défenseur d’Anvers en 1813 ; — ministre de l’intérieur dans les Cent-Jours, — membre du gouvernement provisoire, — proscrit en 1815, Carnot est mort à Magdebourg, le 2 août 1823, à l’âge de 70 ans.

Carnot, entré très-jeune dans l’arme du génie, passait pour un original parmi ses camarades.

Il était chevalier de Saint-Louis lors de la Révolution, qu’il embrassa chaudement. — II montra constamment une grande exaltation contre les nobles, ce qui occasionna plusieurs querelles singulières avec Robespierre qui, sur les derniers temps, en protégeait un grand nombre,

Il était travailleur sincère, sans intrigue et facile à tromper. Il n’avait aucune expérience de la guerre. Ses idées étaient fausses sur toutes les parties de l’art militaire. — II montra du courage moral. Après thermidor, lorsque la Convention mit en arrestation tous les membres du Comité de salut public, excepté lui, il voulut partager leur sort. Cette conduite fut d’autant plus noble que l’opinion publique était violemment prononcée contre le Comité, et que, effectivement, Collot-d’Herbois et Billaud-Varennes étaient des hommes affreux. — Membre du Tribunat, il vota et parla contre l’Empire ; mais sa conduite, toujours droite, ne donna point d’ombrage au gouvernement. — L’Empereur lui accorda une pension de 20,000 francs. — Tant que les choses prospérèrent, il ne dit mot, et se tint dans son cabinet ; mais après la campagne de Russie, lors du malheur de la France, il demanda du service, et fut nommé général de division le 25 février 1814 ; la ville d’Anvers lui fut confiée, et il s’y comporta bien.

Carnot fut le seul qui combattit l’abdication de Napoléon, qui, selon lui, était le coup de mort de la patrie ; il voulait qu’on se défendît jusqu’à extinction, en désespérés : il fut seul de son avis ; tout le reste opina pour l’abdication : elle fut résolue, et alors Carnot, s’appuyant la tête de ses deux mains, se mit à fondre en larmes.

Après l’abdication, Carnot fut nommé membre du gouvernement provisoire, mais il y fut joué par les intrigants dont il était entouré.

Carnot est l’homme le plus honnête qui ait figuré dans la Révolution ; il a quitté la France sans un sou.

Carnot participa à la création de l’École polytechnique, du Conservatoire des Arts-et-Métiers, du Bureau des longitudes, à l’introduction d’un système uniforme pour les poids et mesures, à l’établissement des télégraphes, enfin à la fondation de l’Institut. Nommé membre de ce corps savant en 1795, il en fut exclu après le 18 fructidor, et remplacé par le général Bonaparte ; en 1805 ; l’Institut le rappela de nouveau dans son sein, pour l’exclure de nouveau en 1814.

Pendant les Cent-Jours et au milieu des dangers de la patrie, Carnot trouva encore l’occasion de doter la France d’une des plus belles conquêtes îe Ja philanthropie moderne : l’institution de l'enseignement mutuel.

CARRA-SAINT-CYR (JEAN-FRANÇOIS, comte)[modifier]

général de division, né à Lyon le 17 décembre 1756.

Entré fort jeune dans le régiment d’infanterie de Bourbonnais, il fit avec ce corps les guerres de l’indépendance de l’Amérique. Rentré en France en 1784, le crédit dont il jouissait auprès du général Aubert-Dubayet lui procura un avancement rapide.

Nommé général de brigade en l’an II, il fit partie de l’armée des côtes de Cherbourg, et contribua à la pacification de la Vendée.

Rappelé à Paris, il fut employé au Ministère de la guerre.

En l’an IV, il accompagna son protecteur à l’ambassade de Constantinople, et demeura chargé, après six mois, des affaires de la République près de la Porte Ottomane.

En l’an VI, il épousa la veuve de Dubayet, reprit la carrière des armes, s’empara de la ville de Deux-Ponts, se signala à Fribourg, qu’il prit, à Marengo et à Hohenlinden.

Général de division après la rupture du traité d’Amiens, il commanda, en 1805, l’armée d’occupation dans le royaume de Naples, et fit 6,000 prisonniers autrichiens lors de la retraite de l’archiduc Charles.

A Eylau, où il se distingua, il obtint le titre de grand officier de la Légion-d’Honneur. Il fut nommé comte de l’Empire en 1808, et gouverneur de Dresde. Il était dans les provinces illyriennes en 1812, lorsque Napoléon le rappela pour lui donner la 32e division militaire (Hambourg), qu’il abandonna l’année suivante. En 1814, l’Empereur le chargea de la défense de Valenciennes et de Condé.

Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis et gouverneur dé la Guyane française.

Admis à la retraite en 1824, il mourut à Vailly-sur-Aisne, le 5 janvier 1834.

Son nom figure sur la partie Est de l’arc de l’Étoile.

CARRELET (GILBERT-ALEX)[modifier]

fils et petit-fils d’officiers supérieurs de cavalerie, né à Saint-Pourçain (Allier), en 1789. Entra au service le 4 avril 1807, à l’École militaire, d’où il sortit sous-lieutenant le 23 juin 1808.

Il fut envoyé en Prusse, puis en Espagne, où il fit les campagnes de 1809, 1810, 1814. Fait lieutenant en 1810, sur le champ de bataille de Ciutad Rodrigo, après avoir eu la cuisse droite cassée par un biscaïen, il fut mis en retraite en 1812 pour blessures graves, et peu de temps après placé dans la gendarmerie.

Licencié avec l’armée de la Loire, après les campagnes de France en 1814 et 1815, il resta dans ses foyers jusqu’en mai 1818 qu’il rentra dans la gendarmerie.

Fait capitaine en 1822, et chef d’escadron à la suite des événements de 1830, il fut envoyé en Afrique en 1833, pour y organiser la gendarmerie. Il en est revenu en 1835 avec le grade de lieutenant-colonel, et a été appelé au commandement de la 8e légion de gendarmerie. Il fut nommé colonel quelque temps après.

M. Carrelet est aujourd’hui général de division, à la promotion du 10 juillet 1848, il est commandeur de la Légion-d’Honneur et commande la 7e division militaire.

CARTEAUX (JEAN-FRANÇOIS)[modifier]

général en chef, né à Allevant (Haute-Saône) en 1754. Fils d’un dragon au régiment de Thianges, il fut élevé dans les garnisons et suivit son père à l’Hôtel des Invalides où il reçut une éducation analogue à sa position. Le peintre Doyen ayant remarqué dans le jeune Carteaux des dispositions pour le dessin, le prit sous sa protection et lui fit faire d’assez rapides progrès. Cependant son goût dominant pour la carrière des armes le fit servir quelques années dans plusieurs régiments. Il revint plus tard reprendre la palette et les pinceaux, fit plusieurs tableaux d’histoire et de batailles qui furent remarqués, et parcourut ensuite plusieurs contrées de l’Europe.

Rentré en France, à l’époque de la Révolution, il en embrassa les principes avec ardeur, et devint, en juillet 1789, aide-de-camp du général commandant la place de Paris.

Nommé lieutenant dans la garde nationale parisienne, il se distingua dans la journée du 10 août 1792, obtint d’abord le grade d’adjudant-général, et devint ensuite commandant d’une division de l’armée des Alpes.

Envoyé contre les insurgés du Midi, il les battit dans plusieurs rencontres et les força à se disperser.

Désigné parla Convention pour diriger l’armée de siège de Toulon, il quitta ce commandement pour passer successivement à ceux de l’armée d’Italie et de l’armée des Alpes.

Arrêté à Marseille par ordre du comité de salut public, il fut transféré et renfermé à la Conciergerie le 2 janvier 1794.

Rendu à la liberté après la journée du 9 thermidor, le gouvernement lui donna le commandement d’un corps d’observation en Normandie, destiné à soutenir l’armée du général Hoche dans l’Ouest. Destitué peu après, il protesta énergiquement contre cet acte, fut réintégré dans son grade, et défendit la Convention au 13 vendémiaire an IV (octobre 1795).

Le premier Consul le nomma, en 1801, l’un des administrateurs de la loterie nationale, et lui confia, en 1804, l’administration provisoire de la principauté de Piombino.

Rentré en France en 1805, il obtint de l’Empereur une pension de retraite, et vécut depuis entièrement éloigné des affaires.

Il mourut en 1813.

CASA-BIANCA (RAPHAËL, comte de)[modifier]

naquit à Vescovato (Corse) le 27 novembre 1738.

Elevé dans la haine des Génois, et plaçant le bonheur de la Corse dans la réunion de cette île à la France, Casa-Bianca concourut à la soumission de son pays en servant dans les troupes que Louis XV y avait envoyées.

Nommé en 1770 capitaine de grenadiers dans le régiment d’infanterie de Buttafuoco, levé pour servir en France, il vint à Paris ; mais les services qu’il avait déjà rendus auprès de ses compatriotes, décidèrent Louis XV à le renvoyer en Corse.

Fait capitaine au régiment Provincial-Corse, le 23 août 1772, il reçut en 1773 le brevet de major et fut chargé de plusieurs missions délicates par les gouverneurs de Narbonne et de Marbœuf, dont il justifia la confiance par sa conduite.

Promu, en 1777, lieutenant-colonel du régiment dans lequel il servait comme capitaine, il le commandait encore lorsque l’Assemblée constituante déclara la Corse partie intégrante du territoire français.

Envoyé à Paris, en 1790, pour remercier l’Assemblée au sujet de cette déclaration, il reçut, le 15 septembre 1791. le grade de colonel et le commandement du 49e régiment d’infanterie de ligne, ci-devant Berri.

Envoyé à l’armée du Nord, commandée par le maréchal de Rochambeau, il conduisit l’aile droite des troupes de la division Biron aux attaques dirigées contre Mons, et combattit constamment à la tête du bataillon de campagne de son régiment. Son intelligence et sa bravoure lui valurent les éloges du général Biron, en présence de l’armée.

Forcé de suivre le mouvement de retraite qui s’opéra alors, Casa-Bianca battit un corps de hulans, le poursuivit dans Quiévrain, escalada les murs de cette ville, fit enfoncer les portes, et s’en empara ; mais les 8,000 hommes du corps de Biron, qui croyaient cette entreprise téméraire et impossible, admirent aisément la nouvelle de la défaite et de la mort de Casa-Bianca, se prirent de panique, se débandèrent et se sauvèrent jusqu’à Valenciennes ; et, n’étant pas préparé à un siége, le brave Casa-Bianca dut abandonner la place qu’il avait si heureusement enlevée.

Le ministère le récompensa de ce beau fait d’armes, le 30 mai 1792, par le grade de maréchal de camp.

Envoyé à l’armée des Alpesj aux ordres du marquis de Montesquiou, il fut placé à l’avant-garde, s’empara de la grotte de Pont-de-Beauvoisin, rejoignit le corps principal de l’armée à Chambéry, enleva Chatelart, perça dans la Tarentaise, prit position au pied du petit Saint-Bernard, chassa les Piémontais de la Maurienne et de la Savoie, et assura de la sorte la conquête de ces deux pays.

Il se rendit en Corse, où Paoli lui donna le commandement en second d’Ajaccio.

Embarqué pour la Sardaigne, que l’on voulait surprendre, il investit Cagliari ; mais l’insubordination, fomentée par une phalange, le contraignit de ramener ses troupes à Toulon. Vers ce temps, Paoli avait soulevé la Corse et y avait appelé les Anglais.

Enfermé dans Galvi, avec moins de 600 hommes, il y soutint pendant trente-neuf jours, un siège entretenu par l’amiral Hood et le général Stuart.

La place était dans un mauvais état de défense, mal approvisionnée en vivres et en munitions, en partie détruite par les boulets, les bombes, les obus des assiégeants ; la garnison était réduite à 80 hommes. Casa-Bianca capitula et revint avec son monde à Toulon.

C’est devant le siège de Calvi qu’il avait été élevé, le 19 mars 1794, au grade de général de division. En 1793, il servit, sous Masséna, en Italie, puis sous le général en chef, Bonaparte, qui le chargea d’une expédition.

Les Anglais ayant évacué l’île à son approche, il prit le commandement du département de Liamone, qu’il quitta bientôt pour celui de Gênes, où il parvint à apaiser les factions. Employé en 1798 à l’armée de Rome, commandée par Championnet, il repoussa vivement l’armée napolitaine, et s’empara de Coni le 6 décembre.

En 1799, après avoir fait la guerre avec Masséna à l’armée d’Helvétie, il fut envoyé dans l’Ouest. Il s’occupait à faire fortifier Saint-Biïeux, lorsque le premier Consul récompensa ses services, en le faisant nommer au Sénat conservateur.

En l’an XII, le 9 vendémiaire, il fut fait membre de la Légion-d’Honneur, et grand officier de l’Ordre, le 2o prairial ; le 2 de ce dernier mois, un décret l’avait pourvu de la sénatorerie d’Ajaccio. L’Empereur l’éleva à la dignité de comte en 1808.

Lors des événements de 1814, il adhéra à l’acte de déchéance formulé par le Sénat, et reçut de Louis XYI1I la pairie, le 14 juin, et la croix de Saint-Louis, le 21 décembre.

Napoléon, à son retour, le conserva à la Chambre des pairs, d’où l’élimina Louis XVIII, par son ordonnance du 24 juillet 1815.

Mis à la retraite le 1er septembre 1817, et réintégré dans sa dignité de pair, le 21 novembre 1819, il mourut le 28 novembre 1825.

CASSAGNE (PIERRE, baron)[modifier]

maréchal de camp en retraite, né le 31 décembre 1763, à Toulouse (Haute-Garonne), entra comme soldat, le 1er mars 1779, dans le régiment d’Artois (48e d’infanterie), et y fut successivement nommé caporal le 1er septembre 1782, sergent le 16 août 1784, fourrier le 4 décembre 1786, et sergent-major le ler décembre 1789.

Devenu adjudant sous-officier le 30 septembre 1791, il obtint le grade de lieutenant le 31 mai 1792, et celui de capitaine adjudant-major le 1er janvier 1793. Il prit une part distinguée aux guerres de 1792 à l’an V, à l’armée du Rhin, et y mérita le grade de chef de bataillon, qui lui fut conféré le 8 brumaire an II, avec ordre de prendre le commandement du 1er bataillon de la Corrèze, incorporé dans la 7e demi-brigade d’infanterie légère, devenue 3e demi-brigade en l’an IV, et 3e régiment de même arme en l’an XII. Le 6 messidor de la même année, il fut nommé chef de brigade de la 7e légère, et combattit vaillamment à la tête de ce corps à l’affaire qui eut lieu le 6 brumaire an III, et y fut blessé d’un coup de feu.

Le 23 thermidor an IV, au combat d’Oberkamlach, le chef de brigade Cassagne poursuivit vivement les émigrés de l’arrière-garde du prince de Condé, et leur fit quelques prisonniers. Celui-ci, qui occupait une mauvaise position sur les hauteurs de Meindelheim, sentit bientôt qu’il ne pouvait la garder ; mais, avant de battre en retraite, il voulut essayer, à la faveur de la nuit, de réparer l’échec qu’il venait d’essuyer. En conséquence, le 26, à une heure du matin, il attaque vigoureusement les républicains, dont les avant-postes furent d’abord rejetés jusque vers le bois, en arrière de Kamlach. Le combat fut très-vif. Cassagne et sa demi-brigade, quoique accablés par le nombre, se défendirent avec acharnement, mais peut-être eussent-ils enfin succombé, si le 89e de ligne ne fût arrivé à leur secours. Dès ce moment, les républicains reprirent l’avantage, et les émigrés, battus, furent obligés de se retirer, laissant sur le champ de bataille un grand nombre des leurs, parmi lesquels se trouvaient cinquante chevaliers de Saint-Louis et huit officiers supérieurs des chasseurs nobles. Le 9 brumaire an V, dans une attaque que firent les Autrichiens, à huit heures du soir, sur les ouvrages de la tête de pont d’Huningue, ils emportèrent, après un combat opiniâtre, la demi-lune, et paraissaient vouloir s’y établir, lorsque le général Abatucci, se mettant à la tête des compagnies de grenadiers de la 89e, commandée parle chef de brigade Cassagne, sortit tout à coup de l’ouvrage à cornes, se précipita sur les Autrichiens, et les chassa de tous les postes dont ils s’étaient emparés. Mais ce brillant succès fut chèrement acheté par les Français, car c’est dans cette dernière attaque que le brave Abatucci reçut le coup mortel qui priva la patrie de ses glorieux services. Le 10 pluviôse suivant, dans une sortie que fit, à trois heures du matin, le général Dufour, commandant Huningue, depuis la mort du général Abatucci, le chef de brigade Cassagne, avec ses troupes formées en deux colonnes, attaqua les Autrichiens, les repoussa, détruisit leurs ouvrages, encloua leur artillerie, et ramena avec lui dans la place 2 pièces de canon et quelques centaines de prisonniers. Il se trouva à la reddition d’Huningue le 17 du même mois, et prit part à toutes les affaires qui terminèrent cette campagne sur le Rhin.

Passé, en l’an VI, à l’armée d’Angleterre, il servit à celle d’Italie de l’an VII à l’an IX inclusivement. Il fut blessé d’un coup de feu à l’affaire du 13 brumaire an VII, sous les ordres du général en chef Championnet, et ne démentit point la réputation qu’il s’était acquise dans les guerres précédentes.

Pendant le siège de Gênes, le 13 germinal an VIII, l’ennemi tenta d’enlever les troupes chargées de la défense de Saint-Pierre d’Arena. Son plan, habilement combiné, fut exécuté avec audace ; mais la valeur française fit tourner cette entreprise à la gloire de nos armes. Une heure avant le jour, le général ennemi fit passer la Polavéra au régiment de Nadasty, qui fila entre Saint-Pierre d’Arena et Rivarolo, et coupa, par cette manœuvre la 5e légère qui gardait ce poste, des 3e et 25e de même arme qui occupaient le premier. Les Autrichiens arrivant ainsi à l’improviste à Saint-Pierre d’Arena, enlevèrent tous les petits postes qui se trouvèrent sur leur passage, surprirent trois bataillons qu’ils rejetèrent sur les hauteurs, et profitèrent de ce premier succès pour prendre à revers le 2e bataillon de la 25e qui se trouvait en position à la Marine. Déjà le régiment de Nadasty avait fait quelques prisonniers de ce corps, lorsque Cassagne, à la tête de 2 bataillons de la 3e légère, le chargea avec vigueur et mit le désordre dans ses rangs. Déconcerté par cette brusque attaque, le chef de la colonne autrichienne, en voulant se retirer, tomba dans le piège que lui tendit un des officiers tombés en son pouvoir, et fut lui-même fait prisonnier avec 430 hommes de Nadasty.

Nommé général de brigade le 1er floréal suivant, et, confirmé dans ce grade par arrêté du premier Consul, du 4 brumaire an IX, Cassagne se distingua encore le 4 nivôse de cette dernière année, à la bataille de Pozzolo et au passage du Mincio, où il commandait une des brigades de la division Moncey.

Employé dans la 27e division militaire le d2 germinal an IX, et désigné pour la 23e dans le placement de l’an XI, il fut nommé lieutenant du capitaine-général de la Louisiane, le 28 vendémiaire de cette dernière année, mais il n’alla point remplir ces fonctions, et fut employé au commandement d’une brigade du camp d’Utrecht pendant les ans XII et XIII.

Créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, il en fut nommé officier le 25 prairial suivant, et fut ensuite désigné par l’Empereur pour faire partie du collège électoral du département de la Haute-Garonne. Il fit les campagnes de l’an XIV avec la 1re division du 2e corps de la grande armée, et fut mis en disponibilité pendant l’année 1806.

Remis en activité pendant les six premiers mois de 1807, il reçut l’ordre de se rendre à Paris le 1er janvier 1808, fut créé baron de l’Empire le 19 mars suivant, et fut employé dans la 12e division militaire le 9 septembre de la même année. Revenu à Paris par ordre du 6 mars 1809, il fut investi du commandement supérieur de l’île d’Aix, le 22 du même mois, et se rendit sur-le-champ à son poste, ou il donna de nouvelles preuves de son zèle, de son dévouement et de sa fermeté, pendant l’exercice de ses fonctions.

Créé commandant de la Légion-d’Honneur, le 23 janvier 1811, il fut appelé au commandement de l’un des départements composant la 4e division militaire le 22 février 1812, et fut nommé gouverneur de la ville et citadelle de Verdun, le 20 janvier 1814. Après l’abdication de l’Empereur, il fit sa soumission au gouvernement royal, et reçut la croix de chevalier de l’ordre royal militaire de Saint-Louis, en 1814.

Mis en non-activité le 1er septembre de la même année, le général Cassagne fut chargé du commandement supérieur de Philippeville, le 12 juin 1815. A peine arrivé à son poste, il eut à le défendre contre les attaques des armées coalisées. Investie le 22 juin, la place de Philippe-ville n’avait pour sa défense qu’une force de 1534 hommes, se composant des gardes nationales de la Marne, de militaires en retraite du même département, d’un détachement du 88e régiment de ligne fort de 60 hommes, de 30 artilleurs du 6e régiment, d’une compagnie de 100 canonniers bourgeois et de 93 douaniers. Les gardes nationales et les militaires en retraite n’avaient aucun vêtement militaire ni gibernes ; cette troupe était totalement dénuée de linge et chaussure, ce qui la décourageait et excitait la désertion. Les suites de la bataille de mont Saint-Jean avaient attaqué le moral de la garnison. Se soustraire au service en abandonnant la place, ou le faire mal, lorsque la surveillance arrêtait la désertion, tel était l’esprit qui l’animait alors, et c’est avec cette garnison, qui diminuait journellement, que le généra) Cassagne se maintint dans la place depuis le 22 juin jusqu’au 8 août. Le feu de l’ennemi avait allumé des incendies sur tous les points de la ville ; une caserne avait été entièrement brûlée, une seconde très-endommagée, et les magasins de fourrages et les grains perdus, lorsque le commandant rassembla le conseil de défense pour délibérer sur la conduite à tenir dans ces difficiles circonstances. Ce conseil émit l’opinion de la remise d’une place qu’on ne pouvait plus défendre, et qu’on devait craindre de voir prendre de vive force : en conséquence, cette remise fut faite le 8 août.

Le gouvernement de la Restauration, auquel cette résistance prolongée était loin d’être favorable, crut cependant devoir soumettre à l’examen d’un conseil d’enquête, présidé par le lieutenant-général comte Maison, la conduite du général Cassagne et les circonstances qui avaient amené la reddition de la place de Philippeville, dont il était commandant supérieur. Ce conseil approuva à l’unanimité la conduite militaire du baron Cassagne, et celle des membres du conseil de défense, et les déclara sans reproches.

Le général Cassagne. admis à la retraite par décision royale du 4 septembre 1815, se retira dans ses foyers. Il est mort le 26 novembre 1833.

CASSAGNE (VICTORIN-LOUIS, baron de)[modifier]

né à Alau (Haute-Garonne), le 5 juin 1774. Il entra au service en qualité de lieutenant dans une compagnie franche, le 23 mars 1793, et devint capitaine dans le 8e bataillon de la Haute-Garonne, le 24 mars suivant. Il se distingua cette même année au passage de la Teta au village de Corneilla (Pyrénées-Orientales), et fit partie du siège de Figuières que prit le général Dugommier.

Après la paix, conclue avec l’Espagne, le capitaine Cassagne passa à l’armée d’Italie, en 1796. Commandant les éclaireurs de l’aile gauche du corps du général Masséna, il fut chargé de poursuivre les Autrichiens après leur défaite de Lonato, et fut blessé très-grièvement d’un coup de feu à la poitrine, le 3 août, près du lac de la Guardia. A la tête de ces mêmes éclaireurs, il fit mettre bas les armes à un corps de cavaliers ennemis, le 16 janvier 1797, près de Mantoue.

Pendant la campagne d’Égypte, il commanda les éclaireurs de la division Bon, et combattit àleur tête aux batailles de Chebreyss et des Pyramides.

Le 29 mai 1799, au siège de Saint-Jean-d’Acre, chargé d’attaquer un des ouvrages des assiégés, il combattit à outrance, perdit les deux tiers de son monde et égorgea la totalité des Turcs qui défendaient le boyau. Il avait reçu cinq coups de poignard. Cette action lui valut le grade de chef de bataillon.

Le 21 mars 1804, à la bataille de Canope, il pénétra dans le camp des Anglais et y reçut un coup de feu qui lui traversa la cuisse. Le 29 mai suivant il fut nommé colonel du 25e de ligne. Pendant les années 1804 et 1805, le colonel Cassagne, déjà officier de la Légion-d’Honneur depuis le 4 juin 1804, fut employé à l’armée des côtes, il passa ensuite à l’armée d’Allemagne et enleva au combat d’Auerstaedt deux pièces de canon à la cavalerie légère prussienne ; il eut en cette affaire un cheval tué sous lui, un second blessé, et reçut lui-même une balle au front.

En récompense de sa haute valeur et de ses beaux faits d’armes, l’Empereur le fit général de brigade, le 7 juin 1807, et baron avec une dotation, le 8 mars 1808. Sa brigade, faisant partie de la division Vedel qui appartenait au corps d’armée du général Dupont, fut comprise dans la honteuse capitulation de Baylen. Cassagne refusa absolument d'adhérer et fit la plus vive opposition pour empêcher l’exécution. Malheureusement il n’était pas en position d’annuler la capitulation. Mais l’Empereur n’eut aucun doute sur le rôle honorable qu’il remplit dans cette affaire et lui conserva sa faveur.

Chargé de couvrir la gauche du blocus de Cadix, il força à la retraite un détachement anglais, battit un corps espagnol, lui fit de nombreux prisonniers et enleva un drapeau.

Commandeur de la Légion-d’Honneur, le 23 janvier 1813, et général de division, le 30 mai suivant, il appartenait au corps d’armée de d’Erlon et se distingua à la bataille de Vittoria. Après cette journée, il alla en Allemagne, et, à la tête d’une division du 1er corps, combattit à la bataille de Dresde et prit aux Russes cinq canons, un grand nombre de prisonniers et un équipage de ponts. Compris dans la capitulation de cette ville, il fut envoyé en Hongrie comme prisonnier de guerre.

A son retour il accepta ou subit la révolution accomplie ; il était déjà chevalier de la Couronne de fer et Commandeur de l’ordre de la Réunion ; il fut nommé chevalier de Saint-Louis et commanda le département de la Haute-Garonne. Pendant les Cent-Jours, Napoléon lui confia le corps d’observation des Pyrénées-Orientales.

A la seconde Restauration, il fut mis en non-activité, échappa avec beaucoup de peine aux fureurs des royalistes du Midi.

En 1830, le général Cassagne fut rétabli sur le cadre de disponibilité, le 3 janvier 1833, il passa à la 2e section du cadre de l’état-major général, le 15 août 1839. Il est mort à Toulouse, le 6 juillet 1841.

Son nom figure sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

CASTANOS (dom FRANCISCO-XAVIER de)[modifier]

duc de Baylen, général espagnol, naquit en 1753 d’une famille distinguée de la Biscaye, et fut instruit dans l’art de la guerre par le célèbre général O’Reilly, son beau-frère, qu’il accompagna en Allemagne dans le voyage qu’il y fit pour apprendre la tactique à l’école du grand Frédéric.

En 1794, il servit avec distinction comme colonel dans l’armée de Navarre aux ordres du général Caro, fut nommé lieutenant-général en 1798, mais bientôt après, banni de Madrid pour son opposition au système pacifique du ministère espagnol.

Lors de l’invasion de l’Espagne par les Français, en 1808, il fut investi du commandement d’un corps d’armée sur les frontières de l’Andalousie où le général Dupont voulait pénétrer. Avec 9.000 hommes et 3.000 volontaires, il battit le général français dans une affaire dont la gloire revient en partie au suisse Reding, son lieutenant. La division française fut déclarée prisonnière, 20.000 hommes furent envoyés sur les pontons de Cadix et dans l’île de Cabrera. Les résultats de la honteuse capitulation de Baylen furent immenses. En novembre, même année, Castanos fut mis en déroute à Tudela.

En 1811, la Régence le nomma au commandement du 4e corps et gouverneur de plusieurs provinces ; la bataille de Vittoria dont le gain fut en partie dû à sa bravoure donna une nouvelle preuve de sa capacité ; privé de son commandement par la Régence, il écrivit au ministre de la guerre : « J’ai la satisfaction de remettre entre les mains du feld-maréchal Freyre, en vue des frontières de France, le commandement que je pris en 1811, sous les murs de Lisbonne. »

Capitaine général de la Catalogne en 1815, puis en 1823, conseiller d’État en 1825, puis président du conseil de Cas-tille, il resta éloigné de la cour de 1833 à 1843.

A la chute d’Espartéro, on vit ce vieillard affaibli se jeter de nouveau dans la vie politique et même remplacer Arguelles, comme tuteur de la jeune reine mineure.

CASTELBAJAC (BARTHÉLEMY-DOMINIQUE-JACQUES-ARMAND de)[modifier]

né à Ricaud (Hautes-Pyrénées) le 12 juin 1787. Élève de l’École spéciale militaire, le 17 octobre 1806, sous-lieutenant provisoire le 22 février 1807, il partit pour la grande armée le 5 mars suivant, entra le 12 avril comme sous-lieutenant au 5e de hussards, passa lieutenant au 8e de la même arme le 11 septembre 1809, et devint, le 19, aide-de-camp du général Piré.

Capitaine au 127e régiment de ligne le l5 mai 1811, rentré aide-de-camp du général Pire le 9 mars 1812, chef d’escadron le 2 septembre 1813, au 16e régiment de chasseurs, passé le 1er août 1814 au 11e de la même arme, major le 29 août 1815, M. de Castelbajac fut successivement colonel du régiment de chasseurs des Pyrénées le 27 septembre 1815, colonel des dragons de la garde le 6 juin 1821 avec rang de maréchal de camp, et maréchal de camp titulaire le 29 octobre 1826.

Placé le 3 janvier 1828 à la tête de la 1re brigade de la 1re division du camp de cavalerie, et chargé le 23 mai 1830 de l’inspection générale de la cavalerie pour cette année dans les 10e, 11e, 12e et 21e divisions militaires, il a été nommé, le 19 août 1837, commandant du département de la Moselle, le 20 juin 1838 commandant de la 2e brigade de la division de cavalerie rassemblée à Lunéville le 22 janvier 1839, commandant la 1re brigade détachée, de cavalerie légère, du corps de rassemblement de la frontière du Nord ; il a repris, le 25 mai 1839, après le licenciement de ce corps, le commandement du département de la Moselle, et a été nommé lieutenant-général le 16 novembre 1840.

M. le général de Castelbajac, qui a rempli les fonctions d’inspecteur de cavalerie pour les années 1841 à 1847, avait été appelé le 1er octobre 1844 au commandement de la 11e division militaire, et a été admis à la retraite par le décret du gouvernement provisoire le 17 avril 1848.

Ce général a fait les campagnes dé la grande armée en 1807, d’Espagne en 1808, d’Allemagne en 1809, de la grande armée en 1812 et 1813, de France en 1814, d’Algérie en 1841.

Il a été blessé d’un coup de feu à la jambe droite en Espagne, le 22 février 1809, d’un coup de sabre au bras gauche, à la bataille de Wagram le 6 juillet 1809, d’un coup de sabre à la cuisse droite à Ostrowno le 25 juillet 1812, d’une contusion à l’aine du côté droit, à la bataille de la Moskowa, le 7 septembre 1812, et d’un coup de lance à Brienne le 31 janvier 1814. Il a été nommé chevalier de la Légion-d’Honneur le 15 décembre 1808, officier de l’ordre le 4 septembre 1813, commandeur le 14 juin 1820, et grand officier le 22 avril 1847.

En décembre 1849, il a été nommé envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire en Russie.

CASTELLANE (ESPRIT-VICTORLISABETH-BONIFACE, comte de)[modifier]

né le 21 mars 1788 à Paris. Son père était député aux États-généraux, Pair de France après la Restauration ; sa mère est de la famille de Rohan-Chabot de Jarnac.

Il entra au service le 2 décembre 1804, comme soldat au 5e régiment d’infanterie légère. Nommé sous-lieutenant le 24 février 1806, au 24e régiment de dragons. Il servit d’abord en Italie, puis à l’armée des Pyrénées, sous le général Mouton, entra avec lui en Espagne, en 1808, combattit à Rio-Secco, à Burgos, etc., fut nommé lieutenant aide-de-camp le 29 janvier 1808 et fit le service d’officier d’ordonnance de Napoléon pendant son séjour en Espagne à cette époque.

L’Empereur ayant quitté l’Espagne le 23 janvier 1809, son état-major le rejoignit bientôt en Allemagne. Le lieutenant Castellane assista aux batailles d’Abensberg, d’Eckmùhl, de Ratisbonne, d’Essling, de Wagram et autres combats de cette grande campagne de 1809, et partout il se fit remarquer. C’est à Wagram qu’il fut décoré. Il fut ensuite chargé de missions importantes. Après celle qu’il remplit à Bayreuth, Napoléon le nomma son brave jeune homme, et le fit chevalier de l’Empire avec une dotation de 2,000 fr.

Capitaine le 18 février 1810, M. de Castellane fit la première partie de la campagne de Russie comme aide-de-camp du comte de Lobau. Il fut nommé chef de bataillon à Moscou le 3 octobre 1812 et aide-de-camp du comte de Narbonne, et assista aux batailles de Witepsk, de Smolensk, de la Moskowa, de Krasnoë, de la Bérésina, etc, etc.

Nommé colonel-major du 1er régiment des gardes d’honneur, le 21 juin 1813, M. de Castellane était devenu, en neuf ans, de simple soldat, colonel. Il resta sans activité jusqu’à la fin de 1815, époque à laquelle il fut chargé de former les hussards du Bas-Rhin (5e régiment). En 1822, il fut appelé au commandement des hussards de la garde royale, et prit rang à cette époque dans le cadre des maréchaux de camp.

En 1825, il commanda une brigade de cavalerie à Barcelone, où il fut cité honorablement, et en 1825, l’avant-garde de la division de Cadix, composée de 4 régiments et d’une batterie d’artillerie. Rappelé brusquement en 1827, il emporta les regrets des habitants de l’Andalousie.

En 1829, il fut chargé de l’inspection de sept régiments ; après les événements de juillet 1S30, il inspecta dix régiments et dépôts d’infanterie et cinq de cavalerie ; en septembre 1831, il commanda dans la Haute-Saône le département et une brigade de cavalerie. Il assista au siège d’Anvers (1832) à la tête de la 1re brigade d’infanterie de la 2e division de l’armée du Nord. Le 30 janvier 1833, il fut nommé lieutenant-général, et prit, la même année, le commandement de la division active des Pyrénées-Orientales : il y joignit le commandement de la 21e division militaire en octobre 1835.

Il fut nommé pair de France le 3 octobre 1837, s’embarqua pour Alger en décembre suivant. Il déploya à Bone où le maréchal Vallée l’avait envoyé, une grande activité et beaucoup de sagesse.

Il reprit, sur sa demande, son ancien service dans les Pyrénées, le 18 mars 1838. Le général comte de Castellane est grand-croix de la Légion-d’Honneur ; chevalier de Saint-Louis, grand-croix de l’ordre de Charles III d’Espagne et commandeur de l’ordre de Léopold de Belgique.

Le 12 février 1850, le général de Castellane fut nommé au commandement de la 12e division militaire (Bordeaux) ; il reçut, en outre, le commandement supérieur des 14e et 15e divisions militaires dont les chefs-lieux sont Nantes et Rennes, en tout seize départements. Il est aujourd’hui commandant supérieur de la 6e division militaire (Lyon) en remplacement du générai Gémeau.

CASTEX (BERTRAND-PIERRE, vicomte)[modifier]

lieutenant-général, né en 1771, à Pavie (Gers), entra au service eu qualité de maréchal-des-logis en 1792, à l’organisation d’une compagnie départementale créée à Auch et incorporée un an après dans le 24e régiment de chasseurs à cheval.

Il commença ses premières campagnes aux Pyrénées-Occidentales, en 1793, et fit successivement, sous le Consulat et l’Empire, les campagnes d’Allemagne, de Prusse, de Russie et de France, y compris celle de 181S en France, et celle de 1823 en Espagne.

M. Castex obtint tout son avancement dans le même régiment jusqu’au grade de major. Il fut nommé colonel sur le champ de bataille d’Iéna, le 14 octobre 1806, après une charge brillante exécutée à la tête du 7e chasseurs et sous les yeux de l’Empereur. A Wagram il enleva un carré d’infanterie, et pour ce fait d’armes fut nommé général de brigade, puis baron avec une dotation en 1807.

Sous la Restauration, il fut nommé grand officier de la Légion-d’Honneur en août 1820, commandeur en mai 1821, grand-croix de l’ordre de Saint-Louis en 4827, et grand-croix de l’ordre de Saint-Ferdinand en 1823.

Sa conduite dans la campagne, de Russie, notamment au passage de la Bérésina, lui valut le grade de général major des grenadiers à cheval de la Garde.

Nommé général de division après la bataille de Dresde, il fit la campagne de 1814 à la tête d’une division de cavalerie de la Garde. En 1815 il commandait la division de cavalerie de l’armée de Lecourbe. En 1817, on lui confia la 6e division, et il fut créé vicomte.

Après la campagne d’Espagne en 1823, il fut chargé de plusieurs inspections et passa au commandement de la 5e division jusqu’en 1830. A la suite des événements de juillet, il se retira à la campagne.

Le général Castex siégea à la Chambre des députés de 1824 à 4827, comme représentant du Haut-Rhin.

Il est mort à Strasbourg le 19 avril 1842. Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

CASY (JOSEPH-GRÉGOIRE)[modifier]

né à Auribeau (Var), le 8 octobre 1787, était destiné à l’élude de la médecine. Une escadre commandée par l’amiral Martin vint mouiller au golfe Juan ; le jeune Casy, à peine âgé de dix ans, fut conduit à bord du vaisseau le Ça ira, avec ses camarades de pension. Il fut comme frappé de vertige de tout ce qu’il voyait : il sentit qu’il était marin.

Deux mois après il quitta furtivement son pensionnat, allant chercher à Cannes, sur un bâtiment de commerce une existence qui lui souriait. Le fugitif fut bientôt arrêté ; mais son père, comprenant qu’il lutterait en vain contre une vocation si prononcée, fît diriger les éludes de son fils vers la marine militaire.

La République, née de la révolution de 1789, vit le jeune Casy s’embarquer comme simple novice pilotin ; la République de 1848 le trouva vice-amiral et ministre de la Marine. Embarqué à Toulon le 7 novembre 1803, il fut nommé aspirant le 23 septembre 1801 et enseigne de vaisseau le 12 juillet 1808. Mais déjà il avait fait l’expédition de Corfou, en 1807, sur l’Annibal, comme chargé des signaux ; de plus, lorsque les vaisseaux russes le Moscou et le Saint-Pierre se réunirent à l’escadre française, il avait été choisi par l’amiral Gantheaume pour servir auprès du commandant russe pour les indications à donner dans le service des signaux et des évolutions nouvelles.

En 1805, il avait fait partie de l’état-major de la frégate la Pomone, montée par le prince Jérôme Bonaparte, ayant mission d’aller réclamer à Alger les esclaves gênois qui se trouvaient dans cette régence, lors de la réunion de la Ligurie à l’Empire.

En 1813, l’enseigne de vaisseau Casy fut détaché du Donawert avec 80 canonniers au cap Sepet, pour armer les batteries du Puy et du Marduy. Ces deux batteries, attaquées par l’escadre anglaise, donnèrent un feu si vif et si bien dirigé qu’elles désemparèrent un des vaisseaux anglais, au point qu’un autre vaisseau fut obligé de le remorquer loin du combat.

La Restauration arriva ; la marine impériale s’évanouit, et avec elle les rêves de gloire de la plupart de nos jeunes marins ; mais l’enseigne de vaisseau Casy, qui avait servi dans les escadres des amiraux Gantheaume, Allemand, Emeriau et Cosmao, fut du petit nombre des officiers maintenus dans l’activité.

Nommé lieutenant de vaisseau, le 16 juillet 4816, il embarqua successivement comme second sur les corvettes de charge le Rhinocéros et la Ciotad.

En 1819, il partit sur le vaisseau le Colosse, monté par le contre-amiral Jurien, qui allait avec une division établir des relations commerciales avec l’Amérique du Sud. De retour de cette longue campagne, il fut nommé chevalier de Saint-Louis, et fit sur la frégate la Junon le blocus des côtes de Catalogne en 1823.

La guerre d’Espagne terminée, le contre-amiral Rosamel, auquel il doit une partie de son avancement, l’appela à servir auprès de lui comme chef d’état-major de la frégate la Marie-Thérèse. C’est sous ses ordres qu’il fit cette longue campagne de la Marie-Thérèse, qui ne dura pas moins de quarante-deux mois.

Pendant cette campagne, M. Casy fut nommé successivement chevalier de la Légion-d’Honneur et capitaine de frégate (avril 1827), et publia son extrait analytique de la tactique navale, ouvrage qui manquait à la marine et qui fut accueilli avec beaucoup de faveur.

Après quelques mois de repos, il embarqua comme second sur le vaisseau le Breslau.

C’est de ce moment que date surtout la réputation de M. Casy comme organisateur et manœuvrier. Il mit en pratique sur ce bâtiment son système de la bonne répartition du personnel d’un vaisseau. Le Breslau se plaça au premier rang dans l’escadre du Levant. On sait la part brillante que prit, comme second de vaisseau, le capitaine Casy, à la reddition de Navarin, de Coron, de Modon et du fort de Morée.

L’on sait aussi par quelle mesure hardie le Trident se fit remarquer aux escadres anglo-françaises, envoyées aux Dardanelles, pour empêcher l’entrée de Diebitsch à Constantinople, après la victoire du Balcan. M. Casy avait été nommé, en 1828, au commandement de ce vaisseau monté par l’amiral Rosamel.

M. l’amiral de Rigny disait que si la France avait 60 vaisseaux organisés comme le Trident, elle serait avant dix ans la première nation du monde.

Après l’évacuation de la Morée, le Trident fit partie dçs expéditions d’Alger, de Tripoli et de Portugal. L’amiral Hugon, commandant une division de cinq vaisseaux, choisit le Trident pour y arborer son pavillon. Après que le Tage eut été forcé, l’amiral Roussin, qui commandait en chef l’expédition, fit complimenter le commandant Casy sur les manœuvres qu’il avait exécutées pendant l’action.

Le 9 janvier 1831. M. Casy fut nommé capitaine de vaisseau, et le 20 août suivant officier de la Légion-d’Honneur.

M. Casy se rendit alors à Cherbourg sur la frégate la Calypso, pour disposer la division navale qui devait opérer le blocus de la Hollande. Cette escadre, étant réunie à l’escadre anglaise, le contre-amiral Ducrest de Villeneuve confia à M. Casy le commandement de trois frégates.

Appelé au commandement du Duquesne, il fit partie de l’expédition anglo-française, qui se forma aux Dardanelles en 1833, après l’entrée des Russes à Constantinople et la bataille de Nézib. Plus tard les escadres s’élant séparées, le Duquesne alla prendre, le commandement de la station de Napoli de Romanie. Il se joignit ensuite aux escadres d’évolution, sous les ordres des amiraux Hugon, Massieu de Clairval et du capitaine Gautier. M. Casy fut détaché de l’escadre pour commander une division de deux vaisseaux, d’une corvette, d’un bateau à vapeur, qu’il dirigea sur les côtes d’Afrique.

De retour de cette expédition, il fut nommé commandeur de la Légion-d’Honneur, en février 1836, et il quitta le commandement du Duquesne qu’il avait organisé comme le Trident.

En 1837, M. Casy reçut à bord du beau vaisseau l’Hercule, armé de cent canons, le prince de Joinville, en qualité de lieutenant de vaisseau. Comme fils du roi, le lieutenant de vaisseau fut traité avec le respect qui lui était dû ; comme subordonné dans la hiérarchie militaire, il eut à se soumettre à toutes les exigences du service et d’une sévère discipline.

Dans cette campagne, toute d’apparat, le commandant Casy chercha à concilier à la France les vives sympathies des pays qu’il visitait, en même temps qu’il montrait à son lieutenant de vaisseau jusqu’à quel point il faut posséder les qualités de l’homme de mer.

Sans parler de la sortie de la rade de Rio-Janeiro, qu’il exécuta en louvoyant, chose jusqu’alors réputée impraticable, nous citerons celle bien plus hardie de New-Port avec un vent contraire.

Les officiers américains, ainsi que les pilotes, avaient déclaré que le louvoyage dans la baie, avec un vaisseau de cent canons, était impossible. Le commandant Cusy, confiant dans les bonnes qualités du vaisseau, sûr du concours de ses officiers, du dévouement et de l’ardeur de l’équipage, et sachant la haute idée que cette manœuvre habilement exécutée donnerait de la marine française dans un pays où la marine est tout, voulut prouver que le mot impossible n’était pas français et affirma qu’il sortirait. Le jour du départ, le temps était beau, presque toute la population de New-Port voulut assister à cet imposant spectacle. Tandis qu’une nuée d’embarcations couvrait la rade, l’autre partie des habitants s’était répandue sur toute la côte. L’Hercule se mit en mouvement ; il surmonta les premières difficultés, mais la plus grande de toutes restait à franchir, un commandement mal exécuté, un peu d’hésitation dans la manœuvre pouvait le compromettre. Le prince de Joinville voyait des embarcalions n’oser se risquer entre l’avant du vaisseau et la roche la plus saillante. La population suivait avec anxiété la marche de l’Hercule parmi les rochers : sa manœuvre lut précise et la difficulté fut surmontée. Alors la population émerveillée fit retentir la plage des cris : Vive la France ! tandis que l’équipage électrisé criait : Vive le commandant !

Déjà, en 1828, M. Casy avait fait, en présence des vaisseaux américains et anglais, son mouillage de Smyrne et son appareillage d’Ourlac, qui eurent tant de retentissement dans le Levant. Le capitaine Mailland, le même qui reçut Napoléon à bord du Bellèrophon, s’écria en présence de son amiral Malcolm : « Thompson, Warm et Campbell sont comme moi de vieux matelots, il y a trente ans que nous sommes capitaines, et nous n’avons jamais vu un vaisseau manœuvrer avec plus de précision que le Trident à son entrée à Smyrne et à son appareillage d’Ourlac. »

Fendant sa relâche à New-Port, le commandant Casy sauva à ses armateurs le trois mâts l’Alexandre et sa cargaison, dont le capitaine s’était emparé à la suite de crimes qui ont fait tomber sa tête sur l’échafaud. Le commerce de Bordeaux reconnaissant décerna à M. Casy une épée d’honneur.

Le vaisseau l’Hercule a clos la carrière de M. Casy comme capitaine. Nommé en 1839 contre-amiral et major général de la marine à Toulon, il conserva ce poste jusqu’au commencement de 1841. Il fut appelé alors au commandement d’une division de l’escadre de la Méditerranée, ayant son pavillon à bord du trois ponts le Souverain. Il devint plus tard second commandant en chef d’une division de six vaisseaux qu’il conduisit à Brest ayant porté son pavillon sur le Suffren.

L’amiral Casy fut chargé, vers cette époque, de deux missions : l’une en Portugal qui le retint près de six mois dans le Tage. et l’autre à Tanger, où il devait demander des explications sur les coups de fusil que des soldats marocains avaient tirés sur les troupes du général Bedeau. Il eut mission en même temps d’observer les dispositions du Maroc à l’égard de la France.

Il quitta le commandement de son escadre, en février 1844, et vint s’établir à Paris, où il publia son travail sur l’organisation du personnel d’un vaisseau, ouvrage d’un praticien consommé.

Nommé préfet maritime à Rochefort, le 28 août 1844, M. Casy a été élevé au grade de vice-amiral le 17 décembre 1845. Il quitta cette préfecture le 20 janvier 1848. C’est pendant qu’il était préfet à Rochefort que les vols et les gaspillages de la marine furent découverts et punis.

Après la Révolution du 24 février, il fut nommé membre du conseil de l’amirauté par le Gouvernement provisoire, puis ministre de la marine, puis représentant du peuple l’Assemblée nationale.

Le département du Var le nomma de nouveau son représentant à l’Assemblée législative où il siège encore.

CATHELINEAU (JACQUES)[modifier]

généralissime des armées vendéennes, né en 1759, au bourg de Pin-en-Mange (Maine-et-Loire), était un pauvre marchand de laine, selon d’autres un tisserand, et vivant tranquillement au sein de sa famille où il se faisait remarquer par sa dévotion.

En mars 1793, des jeunes gens du district de Saint-Florent rassemblés pour tirer au sort, se soulevèrent contre l’autorité, battirent et dispersèrent la force armée, puis retournèrent tranquillement chez eux. Cathelineau, instruit de ces événements, abandonne sa chaumière, rassemble ses voisins et leur persuade que le seul moyen de se soustraire au châtiment qui les attend est de prendre ouvertement les armes et de chasser les républicains ; vingt-sept jeunes gens le suivent, s’arment à la hâte de tous les instruments qui leur tombent sous la main, et marchent sur Jallais, en sonnant le tocsin et en recrutant, une foule de paysans qu’entraîne la voix de Cathelineau. Arrivé devant Jallais, défendu par 80 républicains et une pièce de canon, il s’empare du poste et enlève la pièce. Bientôt Chemillé est aussi emporté après une vive résistance : cet exploit exalte toutes les têtes, de nombreux renforts viennent encore accroître la troupe de Cathelineau.

Dès le 14 mars, il compte déjà 3,000 hommes sous les armes, et le 13 il se présente devant Chollet où il est encore vainqueur. C’est alors que l’importance toujours croissante de la révolte décida les Vendéens à choisir pour chefs Bonchamp et d’Elbée.

Cathelineau conserva sous ces chefs un rang important et une immense influence sur les paysans qui le surnomment le saint d’Anjou, et il combattit avec sa bravoure ordinaire à Vihiers, Chemillé, Vezins, Beaupréau, Thouars, Parthenay, La Chataigneraye, Vouvant, Fontenay, Concourson, Montreuil et Saumur. Après la prise de cette dernière ville, l’insurrection avait pris un tel degré d’importance que les chefs royalistes crurent devoir, pour assurer l’accord dans leurs opérations, confier le commandement à un seul. Ils choisirent Cathelineau.

Le 27 juin 1793, le nouveau généralissime se présenta, devant la ville de Nantes, à la tête de 80,000 hommes, tandis que Charette devait le seconder avec 30,000 insurgés du bas Poitou. Mais cette formidable expédition était mal combinée, elle vint échouer contre les courageux efforts des habitants et d’une garnison de 3,000 hommes. Le 29, Cathelineau fut renversé de cheval par une balle : cet événement entraîna la dispersion des Vendéens.

Cathelineau mourut de sa blessure douze jours après à Saint-Florent.

CAULAINCOURT (ARMAND-AUGUSTIN-LOUIS, marquis de)[modifier]

duc de Vicence, né à Caulaincourt en 1773, fils aîné du marquis de Caulaincourt, officier général.

Armand entra au service à 15 ans, fut successivement sous-lieutenant, lieutenant, capitaine, aide-de-camp de son père et officier d’état-major.

Destitué et mis en prison comme noble en 1792, il n’en sortit qu’à la réquisition qui l’appelait à l’armée où il servit pendant trois ans comme grenadier ; il fut réintégré dans son grade de capitaine en l’an III, sur la demande de Hoche ; aide-de-camp du général Aubert-Dubayet, il l’accompagna à Venise, puis à Constantinople. De retour en France avec l’ambassadeur ottoman, il fit la campagne d’Allemagne en l’an VII, alla six mois en mission diplomatique à Pétersbourg, 3e aide-de-camp du premier Consul ; général de brigade en l’an XI, général de division en 1805, grand écuyer de l’Empire, duc de Vicence, ambassadeur en Russie pendant quatre ans ; rappelé en 1811, il désapprouva constamment la malheureuse expédition de Russie. Ce fut lui que l’Empereur choisit pour compagnon de son voyage de Smorgoni à Paris. La confiance de Napoléon pour Caulaincourt s’accrut encore par ce tête à tête de quatorze jours et de quatorze nuits. Plénipotentiaire auprès des souverains alliés durant la campagne de Saxe, il signa l’armistice de Pleswitz, fut envoyé ensuite comme plénipotentiaire au congrès de Prague où il travailla vivement à amener la paix : ce ne fut ni sa faute, ni celle de Napoléon si elle ne fut pas conclue.

Sénateur en 1813 et ministre des relations extérieures, négociateur au Congrès de Chatillon, plénipotentiaire de Napoléon pour le traité du 11 avril 1814, il porta son abdication au gouvernement provisoire ; ministre des relations extérieures pendant les Cent-Jours, puis membre de la commission du gouvernement provisoire, puis porté sur la liste du 24 juillet, il en fut aussitôt rayé. — Il se retira alors des affaires publiques et mourut à Paris en 1827.

Caulaincourt fut absolument étranger à l’enlèvement du duc d’Enghien à Ettenbeim, et par suite à la mort du prince.

« Bassano et Caulaincourt, deux hommes de cœur et de droiture. » (Las Cases, t. VII.)

Le nom du duc de Vicence figure sur l’arc de triomphe de l’Étoile.

CAULINCOURT (AUGUSTE-JEAN-GABRIEL, baron, puis comte de)[modifier]

né le 17 septembre 1777 à Caulaincourt (Aisne), entra au service dans le régiment des cuirassiers du roi le 14 juin 1792, et fut nommé sous-lieutenant par arrêté du Comité de salut public le 8 germinal an III, pour servir en qualité d’aide-de-camp auprès du général Aubert-Dubayet. Le 7 fructidor suivant, il passa avec son grade dans le 12e de dragons, fut nommé lieutenant au 1er régiment de carabiniers, par arrêté du Directoire exécutif du 1er pluviôse an IV, et capitaine au 21e dragons le 9 pluviôse an V. C’est en cette qualité qu’il se trouva à la bataille de Stokack où il se distingua, et à celle d’Ostrach où, avec sa compagnie, il culbuta deux escadrons de hussards de Blankenstein, leur tua une vingtaine d’hommes et leur prit dix-sept chevaux. Il commanda sous les ordres du général Lecourbe, pendant les brillantes campagnes du Tyrol et dans les Grisons, les deux escadrons de cavalerie qui étaient attachés à la division de ce général, et il entra le premier à leur tête dans Schwitz, après avoir culbuté le régiment des chevaux-légers de Toscane. Il fit également preuve de bravoure au combat de Muttenthal où il reçut un coup de lance.

Incorporé dans le 1er régiment de dragons le 28 frimaire an VI, il servit ensuite à l’armée d’Italie, et combattit avec la plus grande intrépidité à la bataille de Marengo, où il fut blessé d’un coup de feu à la tête. Nommé chef d’escadron an même régiment par le général en chef Masséna, le 12 thermidor an VIII, il fut confirmé dans ce grade par arrêté des consuls du 26 frimaire an IX, et se distingua, le 24 pluviôse suivant, en enlevant, avec 40 dragons seulement, le village de Vedo-Lago, défendu par 400 hommes d’infanterie autrichienne, auxquels il fit mettre bas les armes et qu’il ramena prisonniers. Promu chef de brigade au 19e de dragons le 6 fructidor de la même année, il rentra en France après la paix et vint tenir garnison dans la 16e division militaire.

Créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et officier de l’Ordre le 25 prairial suivant, il fut nommé, en l’an XIII, aide de camp du prince Louis-Napoléon, en conservant le commandement de son régiment. Il fit, à la tête de ce corps, les campagnes des ans XIV et 1806 en Autriche et en Prusse, avec, la 4e division de dragons de la réserve de cavalerie de la grande armée, assista à la bataille d’Austerlitz, et reçut, en récompense de sa brillante conduite pendant cette journée, la croix de commandant de la Légion-d’Honneur par décret impérial du 4 nivôse an XIV. Lorsque Louis Bonaparte fut proclamé roi de Hollande, il le suivit comme aide-de-camp et fut nommé général de brigade le 10 août 1806.

Rentré avec ce grade au service de France, il fut employé à la division de cavalerie réunie à Poitiers le 11 février 1808, et entra en Espagne le 19 mars suivant. Envoyé avec une colonne de différentes armes pour réprimer l’insurrection qui s’était déclarée dans la province de Cuença, et pour y punir l’attentat commis sur un officier et sur quelques soldats français que la populace avait massacrés, il partit de Tarazona, et arriva le 3 juillet 1808 devant Cuença, où il trouva 4,000 Espagnols disposés à défendre cette position avec 4 pièces de canon. Il les attaqua aussitôt avec impétuosité, les culbuta, s’empara de leur artillerie, leur tua 7 à 800 hommes, et força le reste à se sauver dans les montagnes. A l’époque de la capitulation de Baylen, il parvint à ramener ses troupes à Madrid, quoique ses communications fussent interceptées. Ces deux faits d’armes furent consignés, avec éloge, dans le rapport général des opérations de la campagne de 1808. Il avait été créé baron de l’Empire par décret du 19 mars.

Employé en France et en Portugal pendant la campagne de 1809, il rencontra au mois de mars, près Chaves, 3,000 Portugais qu’il chargea vigoureusement. Après en avoir tué 300, il dispersa le reste et s’empara d’une pièce de canon. Quelques jours après, à l’affaire qui eut lieu devant Braga, il chargea 6,000 Portugais, en fit une horrible boucherie, entra pêle-mêle avec eux dans cette ville et prit une pièce de canon. A la bataille d’Oporto, sa brigade enleva deux drapeaux ; à Peñatiel, dans une charge vigoureuse, il y prit encore un drapeau et tua à l’ennemi plus de 600 hommes. A Villa-Magna, près d’Amarante, commandant l’avant-garde des généraux Delaborde et Loison, il enfonça, avec un seul bataillon du 17e d’infanterie légère et le 19e régiment de dragons, un corps de 7,000 Portugais, et entra pêle-mêle avec eux dans Amarante. Il leur tua plus de 500 hommes et prit 2 pièces de canon. Le 12 mai, lorsque le général Loison jugea à propos d’évacuer la ville d’Amarante, il chargea le général Caulincourt de commander son arrière-garde, composée de trois bataillons et du 19ee régiment de dragons ; il arrêta l’ennemi et fit échouer toutes ses tentatives. Les talents militaires dont il avait fait preuve déterminèrent le maréchal duc de Dalmatie, commandant les 2e, 5e et 6e corps réunis pour tenter le passage du Tage, à lui confier l’exécution de cette opération importante.

Le 8 août, sa brigade, composée des 18e et 19e de dragons se mit en mouvement pour traverser le fleuve, près et à la gauche de Puente del Arzobispo. A midi précis, en présence des maréchaux ducs de Dalmatie, de Trévise et d’Elchingen, sous le feu meurtrier de 3 batteries et devant 10,000 baïonnettes ennemies, le général Caulincourt, à la tête de ses troupes, exécuta son passage par un gué profond et difficile. Arrivés sur l’autre rive, les dragons français s’élancent aussitôt sur les batteries et s’en emparent en sabrant les canonniers sur leurs pièces. L’infanterie qui voulait se former en carré fut enfoncée et dispersée. Ce succès prodigieux paraissait assuré ; mais 4,000 hommes de cavalerie espagnole, qu’on croyait partie la veille pour combattre le maréchal duc de Bellune, près de Talavera de la Reyna, débouchèrent tout à coup du village d’Azulan, et accoururent au trot sur deux colonnes, pour arracher aux braves dragons français l’honneur de cette journée.

Toute l’armée française, qui bordait la rive droite, craignait alors que le général Caulincourt, qui n’avait avec lui que 500 chevaux au plus, ne fût écrasé par ces masses ennemies ; mais dans ce moment critique, son sang-froid ne l’abandonne pas, il calcule tout le danger de sa position et prend une résolution énergique qui seule lui offre une chance de salut. Il se porte sur la colonne de droite et aborde sa tête avant qu’elle ait pu se déployer. Les deux régiments de carabiniers royaux, vieille-bande, et un escadron des gardes du corps qui formaient la tête de cette colonne furent taillés en pièces, lâchèrent pied, et entraînèrent dans leur fuite tous les régiments qui les suivaient. La brigade française était à peine remise et reformée de ce choc terrible, que le général Caulincourt la lança sur la deuxième colonne, qui avait commis la faute de trop s’éloigner de la première, dans l’intention sans doute de le couper. Cette seconde colonne s’était déployée et reçut de pied ferme le choc de nos dragons ; mais, quoique trois fois plus forte qu’eux, s’étant laissée déborder par sa droite, où étaient ses meilleurs régiments, elle fut enfoncée et éprouva le sort de la première. L’ennemi, cependant tenta de se rallier, mais la brigade de Marizy ayant effectué son passage sur la rive gauche et accourant pour soutenir le général Caulincourt, les Espagnols se mirent dans la plus épouvantable déroute et furent poursuivis l’épée dans les reins pendant plus de trois lieues. 10,000 hommes d’infanterie mis en fuite, ainsi que 4,000 hommes de cavalerie espagnole, organisée à grands frais sous les ordres du duc d’Albuquerque, qui espérait ôter à notre cavalerie sa supériorité, 20 pièces de canon prises, le passage du pont ouvert à l’armée française, tels furent les résultats de cette journée, dont le succès fut dû à la bravoure de 300 dragons français.

Le maréchal duc de Dalmatie, en rendant compte de cette glorieuse affaire, s’exprime ainsi dans le rapport qu’il adressa à l’Empereur :

« Le passage du Tage, au pont de l’Arzebispo, fait honneur à la 4e division de dragons commandée par le général Lahoussaye, mais particulièrement à la brigade Caulincourt. Ce général a montré dans cette affaire autant de sang-froid que de valeur, et il a prouvé qu’il était officier consommé dans son arme. »

L’Empereur, qui ne laissait jamais les belles actions sans récompense, le nomma général de division le 7 septembre 1809, et lui donna, le 29 novembre suivant, le commandement des cinq brigades de dragons composant la cavalerie du 8e corps de l’armée d’Espagne.

Parti en congé pour rentrer en France le 15 février 1810, il fut ensuite nommé gouverneur des Pages, grand cordon do l’ordre de la Réunion et comte de l’Empire. Appelé à faire partie de l’expédition de Russie, il fut nommé commandant du grand quartier général impérial le 7 juillet 1812, et le 7 septembre suivant, à la bataille de la Moskowa, le général Montbrun ayant été tué dans une charge, l’Empereur le remplaça dans le commandement du 2e corps de cavalerie par le général Caulincourt.

A peine investi de ce commandement, il reçut l’ordre d’attaquer une division russe et de pénétrer dans la grande redoute. Il se mit aussitôt à la tête de la division de cuirassiers du général Wathier, et voici en quels termes le 18e bulletin de la grande armée, daté de Mojaïsk, rend compte de ce beau fait d’armes et de la mort glorieuse de l’intrépide Caulincourt :

« Le général de division comte de Caulincourt, commandant le 2e corps de cavalerie, se porta à la tête du 5e régiment de cuirassiers, culbuta tout, entra dans là redoute de gauche par la gorge. Dès ce moment la bataille fut gagnée… Le comte de Caulincourt, qui venait de se distinguer par cette belle charge, avait terminé ses destinées : il tomba frappé par un boulet. Mort glorieuse et digne d’envie ! ! ! »

Ainsi périt, à l’âge de trente-cinq ans, cet officier général de la plus belle espérance ; les regrets de toute l’armée l’accompagnèrent dans la tombe.

Son nom figure glorieusement sur l’arc de triomphe de l’Étoile.

CAUX (LOUIS-VICTOR DE BLACQUETOT, vicomte de)[modifier]

lieutenant-général du génie, conseiller d’État, ministre, commandeur de Saint-Louis et de la Légion-d’Honneur, né à Douai, le 23 mars 1775.

Élève du collège de Juilly, il entra sous-lieutenant dans l’arme du génie le 1er mars 1793 ; s’associa dans plusieurs campagnes à la gloire des armées des Ardennes, du Rhin et de Rhin-et-Moselle. Il se distingua aux combats de Derbach, de Dillingen, à la bataille de Meresheim et au passage du Danube, aux affaires de Korich et de Bourgrieden.

Chef de bataillon en 1799 par ses talents et sa bravoure, il fut chargé, par Moreau de régler, de concert avec le comte de Bubna, les conditions de l’armistice dans les places d’Ulm, d’Ingolstadt et de Philisbourg, occupées par les Autrichiens. Il fut employé successivement à l’armée des côtes de l’Océan, à la grande armée et à l’armée de réserve en 1806, où il remplit les fonctions de chef d’état-major du génie.

En 1807, il dirigea au ministère de la guerre les bureaux du personnel et du matériel du corps impérial du génie.

Il fut l’un des officiers supérieurs dont l’habileté fit échouer l’expédition des Anglais à Walcheren. Revenu au ministère, il y avait obtenu en 1813 le titre de baron et le grade de colonel.

Pendant l’invasion, il fut chargé par le duc de Richelieu de régler avec Wellington la répartition des troupes étrangères sur le territoire. Pour mettre des bornes à des vexations et à des exigences qui dépassaient le droit du vainqueur, il fit établir des officiers supérieurs français auprès des différents chefs de l’armée d’occupation.

Directeur des opérations militaires et de la gendarmerie, et conseiller d’État en 1817, il était maréchal de camp depuis le 20 avril 1814. Vicomte et commandeur de Saint-Louis en 1817, lieutenant-général le 30 juillet 1823, il avait toujours exercé au ministère de la guerre les plus hautes fonctions avant de recevoir ce portefeuille ; il fut ministre, du 21 janvier 1828 au 8 août 1829. Il créa un conseil supérieur de la guerre sous la présidence du Dauphin. —Nommé pair de France en 1832.

Mort au mois d’août 1845, à l’âge de 70 ans.

CAVAIGNAC (JACQUES-MARIN, baron de BARAYNE, puis vicomte)[modifier]

frère du conventionnel Jean-Baptiste Cavaignac, né à Gordon (Lot) le 11 février 1774, entra au service à l’âge de 17 ans comme sous-lieutenant au régiment de Navarre Infanterie, il fit avec distinclion les campagnes de la République et de l’Empire ; se signala surtout au passage du Tagliamento, où Bonaparte le nomma chef d’escadron sur le champ de bataille, pendant la retraite d’Italie, sous les ordres de Moreau, an passage du Splugen et du Garigliano, et fut blessé plusieurs fois assez dangereusement.

A Austerlitz, Napoléon le nomma commandeur de la Légion-d’Honneur ; il est aujourd’hui grand officier.

En 1806, il passa avec son frère le conventionnel au service de Murat, roi de Naples. Ce prince voulant faire une descente en Sicile, lui confia un des trois corps de son armée. Cavaignac seul débarqua, les autres étant retenus par les vents. On le rappela ; mais le retour était difficile, les Siciliens le cernant par terre et les Anglais par mer. Cavaignac parvint cependant en passant sons le feu de l’ennemi, et à la vue des deux armées il descendit sur les côtes de la Calabre sans avoir perdu un seul bâtiment. Le roi de Naples l’embrassa en le félicitant et le nomma son premier aide-de-camp.

Après les événements de 1812, il quitta Naples avec son frère et rentra à la grande armée comme général de brigade. A Moscou il commandait la cavalerie du 11e corps, protégea la retraite et s’enferma dans la place de Dantzig avec les 1,800 hommes qui lui restaient.

Après la capitulation qui fut violée, Cavaignac fut envoyé prisonnier à Kiew, d’où il envoya sa soumission à Louis XVIII, il fut nommé lieutenant-général le 21 octobre 1814, commandant de Saint-Louis, baron de Barayne, puis vicomte, et enfin inspecteur de cavalerie. Le général Cavaignac se rallia également aux Bourbons de la branche cadette et fut nommé grand officier de la Légion-d’Honneur. Il est aujourd’hui en retraite.

Son nom figure sur l’arc-de-triomphe de l’Étoile, côté Sud.

CAVAIGNAC (LOUIS-EUGÈNE de)[modifier]

frère de Godefroy de Cavaignac, le républicain de 1830 et des Journées de juin et d’avril, et fils de J.-B. Cavaignac, le conventionnel, né à Paris le 15 septembre 1802. Élève distingué de Sainte-Barbe et de l’École polytechnique en 1820, il était capitaine en second dans le deuxième régiment du génie, à la campagne de Morée.

En 1830, Louis-Eugène Cavaignac se trouvait à Arras, et il fut l’un des premiers à se déclarer pour le peuple. En 1831, il signa à Metz, le projet d’association nationale. En conséquence de cette démarche, le gouvernement le mit en non-activité. Heureusement ce ne fut pas pour longtemps, et, en 1832, il fut envoyé en Algérie, où il ne tarda pas à se signaler. Après le succès de l’expédition de Mascara, à laquelle le capitaine Cavaignac avait pris part, le maréchal Clausel, songeant à rentrer à Oran, voulut laisser une garnison française à Tlemcen qu’il occupait à l’extrémité ouest de l’Algérie, à une distance considérable de tous secours, au milieu des Kabyles entreprenants et belliqueux. Cavaignac fut désigné. On lui adjoignit 500 hommes déterminés, avec le titre de chef de bataillon provisoire. C’était en janvier 1836.

Cavaignac, livré à lui-même, se montra, dès lors, un homme supérieur. On ne saurait croire les ressources qu’il sut trouver dans son courage et dans son activité pour se maintenir intact dans cette position, entre le danger continuel d’être entouré et massacré et celui de mourir de faim. Cavaignac fit tête à tout. Il repoussa les attaques réitérées de nombreuses troupes et il fit des approvisionnements au moyen de ses excursions chez les tribus voisines. Enfin, il fut relevé en mai 1837, et le 4 avril suivant, le grade de chef de bataillon lui fut conféré à la sollicitation du maréchal Bugeaud. Le commandant Cavaignac quitta bientôt l’Afrique et revint en France où l’appelaient de graves intérêts et où le retint quelque temps le mauvais état de sa santé.

A peine rétabli, il retourna à Alger, fut de nouveau abandonné avec son bataillon dans Cherchell, exposé à des dangers plus grands et plus continuels qu’à Tlemcen, et il s’en tira avec une grande somme de gloire et une blessure grave. Blessé de nouveau devant Milianah, il fut nommé colonel de zouaves et continua à servir dignement la patrie par ses brillants faits d’armes.

On lui accorda enfin, en 1844, le titre de maréchal de camp qu’il avait si bien mérité. Après la révolution de Février, un des premiers actes du gouvernement provisoire fut de l’élever au grade de général de division, en lui confiant le gouvernement de l’Algérie. Plusieurs fois on lui offrit le portefeuille de la guerre, mais il s’obstina longtemps à le refuser. Il ne finit par l’accepter, du 17 mai au 28 juin 1848, que lorsque le gouvernement provisoire eut cédé la place à une commission du pouvoir exécutif, composée de cinq membres ; on sait par quelles mesures rigoureuses il réussit à vaincre la terrible insurrection de juin, au bruit de laquelle, le 24 juin, un décret de l’Assemblée nationale lui délégua tous les pouvoirs exécutifs qu’il déposa le 28 juin. Le même jour l’Assemblée déclara qu’il avait bien mérité de la patrie et lui confia de nouveau le pouvoir exécutif avec le titre de président du conseil des ministres, qu’il conserva jusqu’au 20 décembre 1848.

La popularité beaucoup trop rapide du général Cavaignac, l’engouement de la bourgeoisie pour tous ses actes sans exception, se sont usés bien vite ; notre nation est ainsi faite. Nul doute qu’après les journées de juin une immense majorité ne se fût prononcée en sa faveur pour la présidence de la République. Décembre arriva et M. Cavaignac éeboua dans cette grande lutte électorale. Les popularités qui paraissent le plus solidement assises n’ont guère de durée en ces temps de troubles. La véritable gloire de M. Cavaignac ne procède point des guerres civiles et des barricades.

M. Cavaignac est membre de l’Assemblée législative ; il s’est tenu jusqu’aujourd’hui en dehors de toutes les affaires.

CERVONI (JEAN-BAPTISTE)[modifier]

général de division, naquit à Soveria (Corse), en 1767. « Son père, Thomas Cervoni, était un des chefs les plus influents et les plus courageux de l’île, qui se réunirent au célèbre Paoli pour conquérir sur les Génois, et défendre contre les Français, l’indépendance de leur patrie et la liberté de leurs concitoyens. Fidèle à son pays et à son chef, il suivit Paoli dans l’exil, et s’établit avec sa famille en Toscane. Son fils reçut une éducation soignée, et donna de bonne heure les plus grandes espérances. Les sciences, les lettres, la poésie surtout, occupèrent et embellirent l’imagination la plus brillante et le caractère le plus aimable. Son goût pour les armes lui fit quitter l’université de Pise, où son père, qui le destinait à la magistrature, lui faisait étudier la jurisprudence. Il se rendit en France et entra, comme simple soldat, dans le régiment de Royal-Corse. Son père, pour lequel il avait le plus tendre et le plus respectueux attachement, le força à quitter l’état militaire, à reprendre l’étude des lois, et à suivre la carrière d’avocat à la Porta. En 1790, il fut nommé chef de l’une des divisions du directoire du département. » Nous avons cité ce long passage de la Biographie nouvelle des Contemporains, parce qu’il sert à rectifier tout ce que les historiens et les biographes ont écrit sur les débuts de Cervoni dans la carrière des armes. Il paraît que le jeune légiste obtint enfin le consentement de son père, puisqu’il rentra, en 1792, dans le régiment de Royal-Navarre-cavalerie avec le grade de sous-lieutenant. Le colonel de ce régiment, Casabianca, nommé général, le prit auprès de lui en qualité d’aide-de-camp ; mais, après la campagne des Alpes, Cervoni suivit, au siège de Toulon, le représentant du peuple Salicetti, son ami et son compatriote, y fut employé comme adjudant-général, et s’y fit remarquer à la tête dé la colonne qui enleva la redoute anglaise, dont le succès décida de la prise de la place.

Promu au gradé de général de brigade le 25 nivôse an II, il eut ordre de se rendre à l’armée d’Italie, combattit avec distinction à la journée de Cairo, en Piémont, et ne se distingua pas moins, le 3 frimaire an III, à la bataille de Loano, où il mérita les éloges du général en chef Masséna, pour s’être emparé, à la tête de 1,300 hommes, des hauteurs réputées inaccessibles de Burdonetta et de Melegno. Lorsque, le 21 germinal an IV, le général autrichien, Beaulieu, commença ses opérations contre l’armée française par l’attaque des positions de Voltri, le général Cervoni, qui était chargé de les défendre avec 3,000 hommes, opposa à l’ennemi la plus vigoureuse résistance, et le contint pendant quelque temps ; mais craignant de se voir déborder par les forces supérieures qui lui étaient opposées, il se replia en bon ordre sur la division Laharpe, et le rejoignit à Madona-di-Savone. Le 25 du même mois, il franchit la Bormida, attaqua l’aile gauche de l’ennemi, et contribua aux heureux résultats de cette journée, où la division du général Provera fut contrainte de mettre bas les armes ; sur le rapport de Bonaparte, qui citait Cervoni avec éloges, ce général reçut du Directoire une lettre conçue dans les termes suivants :

« Les travaux de la dernière campagne avaient trop fait connaître votre courage au Directoire, pour qu’il ne sût pas d’avance qu’en vous faisant éprouver le premier échec, les Autrichiens vous ménageaient le premier avantage. »

Cervoni acquit de nouveaux titres à la reconnaissance de l’armée, le 21 floréal suivant, au célèbre passage du pont de Lodi. 30 pièces d’artillerie portaient la mort dans nos rangs ; les grenadiers s’arrétèrent un instant incertains, Cervoni, sentant combien cette indécision pouvait nous devenir funeste, se précipita avec Berthier, Masséna, Dallemagne, Lannes, et le chef de bataillon Dupas, pour se mettre à la tête de nos troupes, et les rappeler à leur courage habituel. Il donna de nouvelles preuves de courage aux batailles de Castiglione, d’Arcole, de Rivoli, et au siège de Mantoue. Élevé au grade de général de division, le 27 pluviôse an VI, il fit partie, peu de temps après, de l’armée destinée à l’invasion de Rome, et fut chargé, par le général Berthier, lors de l’insurrection de cette ville, d’annoncer au pape Pie VI que le peuple avait changé la forme du gouvernement. Cervoni remplit cette mission avec tous les égards, tous les ménagements qu’on doit au malheur. Il publia ensuite l’acte d’installation du gouvernement provisoire, obtint le commandement de la 2e division militaire, puis fut appelé, en l’an VIII, à celui de la 8e, composée des départements des Bouches-du-Rhône, des Basses-Alpes, des Alpes maritimes, du Var et de Vaucluse. Il sut se concilier, dans ce poste important, l’estime et l’affection de tous les habitants, par la modération de sa conduite. Créé membre et commandant de la Légion-d’Honneur, le 19 frimaire et 25 prairial an XII, le général Cervoni se fatigua du repos auquel il se voyait condamné, et sollicita de l’Empereur, en 1809, un commandement à la grande armée d’Allemagne. Il venait d’être nommé chef d’état-major du maréchal Lannes, lorsque, le 23 avril de la même année, un boulet de canon termina sa glorieuse carrière sur le champ de bataille d’Eckmühl.

La statue de Cervoni devait être placée sur le pont de la Concorde, avec celles de nos plus grandes illustrations nationales, suivant le vœu émis par Napoléon en 1810 ; mais les événements politiques empêchèrent la réalisation de ce projet.

Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.

CHABANNES-LA-PALISSE (ALFRED-JEANDOUARD de)

né à Londres, le 13 janvier 1799. Dès la première Restauration, quoiqu’à peine âgé de 15 ans, il entra dans les gardes du corps, compagnie de Luxembourg, et accompagna les Bourbons pendant l’émigration des Cent-Jours.

A la deuxième Restauration, if entra en qualité de lieutenant dans les chasseurs à cheval de l’Allier, et y fut nommé capitaine. Il passa avec ce grade, eu 1824, dans les chasseurs à cheval de la garde royale, il y remplissait les fonctions de capitaine commandant, lorsqu’éclata la révolution de Juillet. M. de Chabannes prit part aux événements de Paris, et fit partie des troupes qui couvrirent la retraite de Charles X au delà de Rambouillet.

Le 3 août, lorsque dans les plaines de Maintenon la garde royale eut été déliée de son serment de fidélité, lorsque plusieurs des corps étaient déjà en pleine dissolution, et que certains chefs cherchaient à entraîner les troupes à de nouvelles démonstrations en faveur de Charles X, M. de Chabannes fut le premier à proclamer dans son régiment que des devoirs nouveaux étaient imposés à l’armée, et qu’elle se devait à la patrie. Le régiment presque entier suivit son exemple et rentra à Melun dans le meilleur ordre sous le commandement du lieutenant-colonel Bureaux de Pusy. Par cet acte, M. de Chabannes contribua à prévenir la dispersion de ce beau corps, et à conserver intact à l’Étal le matériel qui lui avait été confié.

Après le licenciement de la garde royale, M. de Chabannes entra dans les rangs de la garde nationale de Paris, et consacra ses loisirs à l’instruction militaire de la 1re légion dont il faisait partie, et dans laquelle il fut élu lieutenant en premier.

En août 1831, aux premières menaces de guerre, il se rendit à la frontière du Nord, armé et équipé à ses frais, et fut admis comme volontaire dans le 12e régiment de ligne. Il était grenadier dans ce corps, lorsqu’à Saint-Trond (Belgique) il reçut avis de sa mise en activité à l’état-major de l’armée. L’année suivante il fut attaché à la maison du roi en qualité d’officier d’ordonnance (chef d’escadron).

Passé successivement au 2e de dragons et au 3e des chasseurs d’Afrique, avec le grade de lieutenant-colonel, M. de Chabannes fut cité à l’ordre de l’armée pour avoir tué de sa main deux cavaliers arabes dans une charge à l’affaire du 21 avril 1833, il fut de nouveau cité pour sa conduite dans la journée du 12 septembre suivant, et le 20 novembre 1834 pour avoir, avec une avant-garde de 400 chevaux, battu et détruit un corps de troupes régulières du bey de Constantine de plus de 1,000 hommes.

M. de Chabannes, attaché à la personne du duc de Nemours, lors des deux expéditions de Constantine, fut cité honorablement dans les rapports du maréchal Clausel, et à la suite de la deuxième expédition, nommé colonel du 10e de dragons.

Promu au grade de général de brigade le 20 avril 18445, et commandeur de la Légion-d’Honneur, il a été admis à la retraite.

CHABERT (THÉODORE, baron)[modifier]

naquit à Villefranche (Isère), le 16 mai 1758, et entra dans le régiment de Bourbonnais en décembre 1774. Ce vétéran des armées de la République et de l’Empire obtint un avancement rapide en défendant la cause de la Révolution. Il était général de brigade en l’an II, et servit à l’armée des Pyrénées lorsque Dumouriez le chargea, le 7 prairial, de s’emparer du col de Banyuls que défendaient vigoureusement les Espagnols. Il passa à l’armée du Nord, et pendant la campagne de l’an III, il commanda la place de Liège.

En l’an V, il servit à l’armée de Sambre-et-Meuse. Son élection, en l’an VI, au conseil des Cinq-Cents, par le département des Bouches-du-Rhône, interrompit sa carrière militaire.

Comme législateur il se fit remarquer par les opinions les plus ardentes. Le 19 thermidor, il proposa la formation d’une commission d’examen des marchés relatifs aux fournitures militaires, « marchés, disait-il, pour la plupart, fictifs et scandaleux. » L’année suivante, il s’opposa de toutes ses forces au rétablissement de l’impôt sur le sel ; et, dans la séance du 22 vendémiaire an VII, il appuya un message du Directoire demandant une levée de 200,000 hommes pour former une armée d’expédition contre l’Angleterre. Il fit ensuite adopter l’établissement d’un hôtel des monnaies à Marseille. Le 16 brumaire, à l’occasion d’une motion sur les peines dont se rendraient passibles les déportés qui s’évaderaient du lieu de leur résidence, il exalta le 18 fructidor comme ayant sauvé la République.

Ce fut sur sa proposition que le conseil, en apprenant la prise de Turin, déclara que l’armée des Alpes avait bien mérité de la patrie, et qu’il serait pourvu, par une loi, au sort des soldats de cette armée.

Le 11 floréal, dans la discussion orageuse que souleva l’arrêté du Directoire qui traduisait les naufragés de Calais à un conseil de guerre, il soutint que les lois sur les émigrés rentrés en France sans autorisation leur étaient applicables, prétendant que leur naufrage n’avait été qu’un moyen pour s’introduire dans l’intérieur et y fomenter la guerre civile. A l’appui de cette opinion, il donna.lecture d’une commission d’enrôlement délivrée au duc de Choiseul, l’un d’eux, par le gouvernement anglais.

Le général Chabert sortit du Corps législatif après le 18 brumaire, contre lequel il se prononça, et rejoignit l’armée du Danube, où il commanda la division du Saint-Gothard.

Revenu en France en l’an X, après avoir été employé à l’armée de Naples, il vota contre le consulat à vie. Cet acte d’opposition n’empêcha pas le premier Consul de le comprendre dans la promotion de la Légion-d’Honneur du 19 frimaire an XII, et de le nommer commandant de l’ordre le 2S prairial suivant.

En 1808, envoyé en Espagne, et attaché à la division Dupont de l’Étang, il commandait l’avant-garde à la malheureuse affaire de Baylen, et eut deux chevaux tués sous lui ; mais ayant signé, avec les généraux Vedel et Marescot, la trop fameuse capitulation d’Andujar, il fut rappelé, mis en jugement et acquitté de la manière la plus honorable. Néanmoins, il cessa d’être employé, et demeura en état de surveillance, disgrâce que l’Empereur adoucit en le créant, en 1809, baron de l’Empire.

En 1814, le général Chabert oublia tout ressentiment pour ne songer qu’aux dangers de la patrie. Il offrit au général Desaix de servir comme volontaire sous ses ordres. Le 1er mars, il assura le succès du combat de Saint-Julien-sous-Genève, et le 30, à la bataille de Paris, sa brigade, placée dans le bois de Romainville, résista tout le jour aux attaques de deux divisions russes.

La paix le rendit encore une fois au repos ; et comme il n’adhéra pas aux actes du Sénat qui rappelaient les Bourbons, il fut mis à la retraite le 24 décembre.

Les événements du 20 mars 1815 ranimèrent son patriotisme. Il organisa, de son propre mouvement, un corps de volontaires dans le Dauphiné, et marcha contre Loverdo et Gardanne, qui paraissaient vouloir défendre la cause royale. Il atteignit ce dernier sur les hauteurs de Gap, et l’un et l’autre, au lieu de combattre, s’embrassèrent aux cris de vive l’Empereur. Nommé quelques temps après lieutenant-général, il commanda une division de l’armée des Alpes jusqu’au second retour de Louis XVIII.

M. Chabert a été, en vertu de la loi du 15 novembre 1830, placé dans le cadre de réserve. Il alla résider à Grenoble.

Son nom est gravé sur l’arc de l’Étoile, côté Sud.

CHABRAN (JOSEPH)[modifier]

né à Cavaillon ( Vaucluse), le 21 juin 1763, professait les mathématiques chez les Oratoriens, au commencement de la Révolution. Il embrassa avec chaleur la cause de la liberté, et entra dans la carrière des armes au moment où les puissances coalisées menaçaient de franchir les frontières de la France. Nommé capitaine au 5e bataillon des Bouches-du-Rhône, le 4 août 1792, il fit en cette qualité sa première campagne à l’armée d’Italie. Le 11 mai 1793, il obtint le grade de capitaine-adjoint provisoire à l’état-major de cette armée, combattit avec distinction à l’affaire de Pérus, à celle de Lignier, et devint chef de bataillon adjudant-général provisoire le 8 ventôse an II, puis adjudant-général chef de brigade, le 27 prairial an III. Chabran se signala surtout au passage du pont de Lodi, le 22 floréal suivant. Il fut, avec les généraux Masséna, Dallemagne, et le brave chef de bataillon Dupas, un des officiers de l’armée française qui décidèrent du succès de cette mémorable journée. Après avoir donné de fréquentes preuves de valeur à la bataille de Lonato, à la prise de Corona, au combat de Montebaldo, il mérita d’être cité honorablement dans les rapports du général en chef pour sa brillante conduite à Roveredo. Élevé au grade de général de brigade provisoire à la suite de cette affaire, le 18 fructidor an IV, il combattit ensuite vaillamment à la prise de Bassano.

Le 26 ventôse an V, il se distingua de nouveau au passage du Tagliamento, et y soutint, avec deux bataillons de grenadiers, les mouvements du corps de cavalerie commandé par Murat. Le gouvernement confirma sa nomination provisoire au grade de général de brigade, le 4 prairial suivant. Lors de l’insurrection de Vérone, le général Chabran se porta rapidement sur cette ville, s’en empara de vive force, fit un exemple sévère du chef de l’insurrection ; mais il se montra aussi modéré que généreux envers les habitants, que les lois de la guerre livraient à sa discrétion. L’habileté dont il avait fait preuve en cette circonstance difficile, détermina le gouvernement à lui confier une mission plus épineuse encore. Le 26 vendémiaire an VI, il fut chargé de réprimer les désordres qui éclatèrent dans le département des Bouches-du-Rhône, ainsi que dans celui des Alpes. Il parvint à calmer les passions auxquelles ces malheureuses contrées étaient en proie, en alliant la fermeté aux moyens de conciliation. Le gouvernement lui décerna un sabre d’honneur sur la lame duquel étaient gravés ces mots : A l’adjudant-général Chabran, avec le brevet de général de brigade, pour les batailles de Lodi, Lonato, Roveredo et Trente ; le 10 vendémiaire an VI.

En l’an VII, il eut ordre de se rendre à l’armée d’Helvétie, sous les ordres de Masséna, concourut, le 7 ventôse, au passage du Rhin, se porta sur l’ennemi qui se retirait dans la direction de Coire, culbuta d’abord ses colonnes à la baïonnette, et, secondé par la charge brillante que fit le 7e régiment de hussards, acheva ensuite de mettre les Autrichiens dans une déroute complète ; il prit le général Auffemberg qui les commandait, 3,000 prisonniers, 3 drapeaux, 16 pièces de canon, un grand nombre de caissons, les magasins considérables de farine et de fourrages furent les trophées de cette journée, dans laquelle le général Chabran lit des prodiges de valeur. Le 12 floréal suivant, il engagea une action qui ne fut pas moins heureuse. Il occupait la position de Lucisteig, dans la gorge de la Lanquart, lorsque 2,000 Autrichiens, qui avaient débouché par Flaich, cherchèrent à tourner cette position. Chabran les laissa s’engager dans ces lieux difficiles, puis, se mettant à la tête d’un bataillon de la 109e demi-brigade d’infanterie de ligne, il attaqua impétueusement cette colonne, la força de mettre bas les armes, et fit 1,500 prisonniers. Promu, le 5 messidor au grade de général de division, il fut chargé, quelques mois plus tard, de favoriser l’attaque générale entreprise par la droite de l’armée française sur la gauche de l’archiduc Charles. Cette attaque avait pour objet de s’emparer du Saint-Gothard et de forcer les Autrichiens d’évacuer les cantons de Schweitz et d’Uri. Le 27 thermidor, Chabran franchit la Haute-Sild, surprit, repoussa les postes avancés sur la rive occidentale du lac de Zurich, s’empara des hauteurs de Zichtenschwyl et d’Hirzel, puis battit et détruisit presqu’en entier une forte colonne ennemie qui gardait la position entre Lacken et Notre-Daine-des-Ermites. Ces belles opérations favorisèrent les attaques du général Lecourbe sur tout le cours de la Reuss, depuis Altorff jusqu’au Saint-Gothard ; mais les Autrichiens occupaient encore le camp retranché qu’ils avaient établi à Wolrand. Chabran l’attaqua, l’emporta à la baïonnette, et y fut grièvement blessé. Ce fut dans cette journée que le prince Charles, général en chef de l’armée autrichienne, dit, en parlant du général Chabran à ses officiers : « Ce général se mire dans ses grenadiers. » En effet, Chabran s’enorgueillissait de la bonne tenue de ses troupes.

A l’époque de la formation de l’armée de réserve, destinée à se porter en Italie, le premier Consul lui confia le commandement de la 5e division, composée de 4 à 5,000 hommes. Chabran pénétra dans la vallée d’Aoste par le petit Saint-Bernard. Arrivé devant le château du Bard, on le chargea du soin de faire le siège de cette place. Il fit monter dans le clocher d’une église des pièces de canon qui battaient violemment l’enceinte du fort et déterminèrent le commandant à capituler. C’.est ainsi que fut assurée la libre communication de l’année avec la France. Le général Chabran marcha aussitôt sur Ivrée, puis sur la rive gauche du Pô, et opéra une diversion qui contribua puissamment au succès de la bataille de Marengo, gagnée par les Français le 20 prairial an VIII.

Après la paix de Lunéville, il obtint le commandement du Piémont, et se fit remarquer dans ce nouveau poste par toutes les qualités qui distinguent l’habile administrateur ; il rétablit la tranquillité, fit renaître la confiance dans les esprits, protégea la sûreté des routes, et empécha qu’aucun abus, aucun acte arbitraire, ne provoquât de nouvelles révoltes. Appelé, au commencement de l’an XII, à la présidence du collège électoral du département de Vaucluse, il fut nommé membre et commandeur de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial de la même année. Une nouvelle coalition des puissances du Nord s’étant formée contre la France, Napoléon, prêt à soutenir une guerre dont les résultats devaient être décisifs pour le pays, confia au général Chabran le soin de surveiller les mouvements des Anglais, et le chargea de pourvoir à la défense des côtes de l’Océan et des îles qui en dépendent, depuis Nantes jusqu’à la Gironde. Lorsqu’il se fut acquitté de cette importante mission, l’Empereur lui donna le commandement du camp qu’il avait établi à Saintes, puis, en 1808, celui de la 10e division militaire. La sagesse et la modération avec laquelle il exerça ses nouvelles fonctions, le firent vivement regretter des habitants de Toulon, à l’époque où il fut obligé de les quitter pour se rendre à l’armée de Catalogne ; c’était en 1808. Chabran entra dans cette province à la tète de cette division, et reçut l’ordre de réprimer l’insurrection qui avait éclaté à Tarragone. Il sortait de cette ville où il était parvenu à rétablir la tranquillité, lorsqu’il trouva au village d’Arbas une foule d’insurgés qu’il attaqua et mit en déroute. Il rencontra de nouveau les ennemis, au nombre de 20,000, à Molino del Rei, sur le Lobregat. Quoiqu’il n’eût que 4,000 hommes à leur opposer, il marcha aussitôt contre eux, les culbuta et les mit en pleine déroute. Nommé peu de temps après gouverneur de Barcelonne, le général Chabran se concilia l’affection des habitants de cette ville par une conduite pleine à la fois de sagesse et de fermeté, de courage et de modération. Aussi, à l’époque où il se disposait à rentrer en France, le conseil municipal de Barcelone lui vota-t-il une lettre de remerciment. Le général Chabran reçut sa retraite après le rétablissement des Bourbons, fut créé chevalier de Saint-Louis le 19 juin 1814, et obtint le titre de comte le 23 décembre suivant.

Retiré depuis cette époque à Avignon, dans le département de Vaucluse, il y vivait honoré et aimé, lorsqu’il mourut au commencement de février 1843, à l’âge de quatre-vingts ans.

Son nom est gravé sur le monument de l’Étoile, côté Sud.

CHAMBRAY (GEORGES, marquis de)[modifier]

général d’artillerie, né à Paris le 24 octobre 1 783, d’une ancienne famille de ’ Normandie. Entré à l’École polytechnique en 1801, puis comme élève sous-lieutenant à l’École de Metz en 1803, il devint lieutenant en second au 5- X’égi-ment d’artillerie en 1803, lieutenant en premier en 1806 ; lieutenant en premier dans l’artillerie de la garde impériale en 1809, capitaine dans l’artillerie à cheval de la garde en 1811, et chef de bataillon à l’ctat-major de l’artillerie en 1813.

Il a fait avec distinction les campagnes de Boulogne, d’Ulm et d’Austerlitz, celles de 1806 et 1807 à la grande armée, de 1809 en Poméranie, et de 1812 en Russie, où il fut fait prisonnier et dont il écrivit l’histoire.

Depuis cette époque, le, marquis de Chambray a été major au régiment d’artillerie à pied de la garde royale en 1815 : lieutenant-colonel en -1817, commandant de l’artillerie à Vincennes en 1823 ; puis colonel directeur d’artillerie à Perpignan en 1825.

Admis à la retraite en 1829, il a été élevé au grade de maréchal de camp, le 17 janvier 1830. Outre l’histoire de la campagne de Russie, le marquis de Chambray a encore éciit la Philosophie de la guerre, — des Mélanges littéraires et un Traité pratique des arbres résineux des climats tempérés, avec atlas.

CHAMBURE (AUGUSTE LEPELLETIER DE)[modifier]

l’un des officiers les plus braves de nos armées impériales, naquit le 30 mars 1789, à Vitteaux (Côte-d’Or), fit les campagnes de Prusse, de Pologne et d’Espagne. Au siège de Dantzig, il commanda cette compagnie franche surnommée l'Infernale.

Envoyé à Presbourg comme prisonnier ; après la capitulation de Dantzig il revint en France en 1815 ; il fit la campagne en qualité de commandant des voltigeurs de l’un des corps francs de la Côte-d’Or.

Condamné à mort en 1815, il se réfugia à Bruxelles. Après trois ans d’exil, il se constitua prisonnier et fut acquitté. Il vécut alors dans la retraite, ne revint, à Paris qu’après,1a révolution de 1830 et fut nommé colonel d’état - major par le maréchal Soult et son premier officier d’ordonnance ; il mourut en 1832 d’une attaque de choléra.

Le colonel de Chambure avait publié en 1826 et 1827 Napoléon et ses contemporains, 12 liv. in-4°, avec texte.

A Ciotad-Rodrigo, Chambure fait une audacieuse sortie avec 300 hommes seulement ; il est attaqué par 1,800 fantassins, 1,200 cavaliers et trois pièces d’artillerie : l’engagement commençait à peine ; un biscaïen lui fracasse l’épaule ; il n’en continue pas moins un combat de quinze heures et se retire vers Salamanque avec 100 hommes qui lui restaient.

Au siége de Dantzig, le capitaine de Chambure forme sa compagnie infernale de cent hommes tirés des plus intrépides de tous les corps. On le voit débarquer la nuit sur les derrières de l’armée russe, égorger les sentinelles, enclouer les canons, brûler les magasins, détruire les parcs, mettre en péril la personne des généraux et regagner Dantzig en traversant le camp ennemi, marchant sur le ventre de tous ceux qui s’opposaient à son passage.

A son retour de l’Ile d’Elbe, Napoléon voulut voir le brave Chambure qui avait été criblé de blessures ; il fut dès lors désigné pour commander uu corps franc à la tête duquel il battit les ennemis en toute rencontre.

La seconde Restauration le condamna à une retraite définitive.

CHAMORIN (VITAL-JOACHIM, baron)[modifier]

né le 16 août 1773, à Bonnelles (Seine-et-Oise) ; il entra au service le 23 décembre 1788, comme enrôlé volontaire dans le régiment de Champagne - Infanterie (7e de l’arme à l’organisation de 1791), il y fut nommé caporal et caporal-fourrier les 11 mars et 26 avril 1792. De cette époque à l’an IX, il combattit aux armées des Alpes, des Pyrénées - Orientales, du Rhin et d’Italie, et se trouva le 27 septembre 1792 à la prise de Nice, et le 14 février 1793 au combat de Saspello. Passé comme simple volontaire dans le 6e bataillon de l’Hérault le 8 juillet de cette dernière année, il y obtint le grade d’adjudant sous-officier le 15 du même mois, se rendit à l’armée des Pyrénées-Orientales et assista au siège de Campredon. Nommé sous-lieutenant le 3 brumaire an II, il entra le 11 floréal un des premiers dans la redoute de Montesquiou (camp de Boulou), où un biscaïen l’atteignit à la jambe gauche, et il reçut le grade de capitaine provisoire sur le champ de bataille. Confirmé dans ce grade par arrêté de la Convention nationale du 22 fructidor pour servir dans le 8e bataillon de la Côte-d’Or (amalgamé en l’an IV dans la 12e demi-brigade d’infanterie de ligne), il se trouvait à Lyon lorsqu’il fut envoyé en colonne mobile contre les rebelles de la Haute-Loire. Cette mission délicate qui dura depuis le 9 germinal jusqu’au 1er floréal an IV. eut un résultat satisfaisant et pacifique. A son retour à Lyon, le chef de sa demi-brigade lui confia le commandement des grenadiers du 2e bataillon. Il suivit bientôt après le mouvement des troupes dirigées sur l’armée d’Italie, et de l’an IV à l’an IX il prit part à toutes les opérations qui signalèrent cette mémorable époque. Le 7 fructidor au IV, à la tête d’un parti de grenadiers et de chasseurs, il culbuta l’ennemi et entra dans Borgo-Forte. Le 25 brumaire an V, il combattit au pont de Ronco et sur la chaussée d’Arcole, où la 12e demi-brigade se couvrit de gloire. Appelé à faire partie de l’expédition de Circeo, dans les États-Romains, il entra un des premiers à la tête des grenadiers polonais, dans Frasinone, prise d’assaut le 5 nivôse an VII. Le général Girardon, qui commandait cette expédition, demanda pour lui le grade de chef de bataillon. Il suivit à San Germano la brigade de cet officier général, et facilita pendant le trajet la prise d’un parc d’artillerie autrichien de 80 bouches à feu ; puis pendant la campagne de Naples, à la prise du château Saint-Elme, il rejeta les lazzaroni dans Naples, où ils furent faits prisonniers. Nommé aide-de-camp du général Sauret le 16 ventôse an VIII, il passa provisoirement en la même qualité auprès du général Watrin le 22 floréal, et se signala à la prise d’Ivrée le 4 prairial suivant. Blessé d’un coup de feu à la hanche droite le 19 du même mois au combat de Montebello, il fut placé le 21 comme capitaine à la suite dans le 6e régiment de hussards, et maintenu dans ses fonctions d’aide-de-camp. Le 25, à la bataille de Marengo, il eut deux chevaux tués sous lui, en portant les ordres de son général à travers le feu de l’ennemi. Le 4 nivôse an IX, au passage du Mincio, il commandait les tirailleurs lorsqu’il reçut un coup de feu au côté droit de la poitrine ; malgré la gravité de sa blessure, il resta à son poste pendant toute la journée, traversa un des premiers la rivière, culbuta les Autrichiens sur la rive opposée, et se distingua encore dans la soirée à la prise du moulin de la Volta. Nommé provisoirement chef d’escadron sur le champ de bataille par le général en chef Brune, et attaché au 11e régiment de hussards, en continuant son service d’aide-de-camp, il suivit le général Watrin à l’Ile d’Elbe, lorsque cet officier général alla en prendre le commandement. Les Anglais opérèrent une descente dans la baie de Bagnaja le 11 floréal an IX. Le commandant Chamorin les repoussa vigoureusement ; mais, entraîné par son ardeur, les fuyards le contraignirent de monter sur une de leurs chaloupes. Tandis qu’ils faisaient force de rames, Chamorin se jeta à la mer et arriva sain et sauf sur la plage. Le 28 fructidor suivant, l’escadre de l’amiral Waren débarqua environ 3,000 hommes à la droite du camp des Français, vers Marciana. Après six heures d’un combat opiniâtre, le général Watrin força les Anglais de se rembarquer avec une perte de 1,200 hommes tués ou blessés. Le commandant Chamorin, à la tête d’une vingtaine d’hommes seulement, paralysa tous les efforts d’un bataillon ennemi qu’il repoussa, et auquel il fit vingt-cinq prisonniers.

Confirmé dans son grade de chef d’escadron le 1er nivôse an X, il accompagna Watrin à Saint-Domingue. Après la mort de ce général il rentra en France et fut placé, le 2 pluviôse an XII, comme chef d’escadron dans le 3e régiment de cuirassiers. Il fit partie de l’armée des côtes de l’Océan, où il reçut, le 25 prairial suivant, la décoration de la Légion-d’Honneur.

Passé avec son grade le 18 fructidor an XIII dans les grenadiers à cheval de la garde impériale, il lit les campagnes de l’an XIV à 1807 en Autriche, en Prusse et en Pologne. A Austerlitz, il s’empara d’un convoi russe dont il sabra et dispersa l’escorte. Créé officier de la Légion-d’Honneur le 14 mars 1806, il se fit remarquer à la journée d’Iéna, au combat de Hoff et à la bataille d’Eylau. Dans cette dernière affaire, il traversa deux fois les lignes ennemies sans recevoir la moindre blessure. Nommé, le 8 février 1807, colonel de cavalerie pour servir dans la ligne, il alla prendre le commandement du 26e régiment de dragons sur les bords de la Passarge. Le 10 juin suivant, à Heilsberg, il reçut un coup de feu à la jambe droite, et, malgré sa blessure, il conduisit lui-même toutes les charges de son régiment jusqu’à onze heures du soir ; le 14, il donna des preuves de bravoure et d’intelligence à la victoire de Friedland, et reçut des éloges sur la manière dont le 26e régiment de dragons avait rempli son devoir dans cette grande journée.

Dirigé sur l’Espagne, il passa la Bidassoa le 4 novembre 1808. prit part, le 10, à la bataille de Burgos, poursuivit, le 22, les troupes de Palafox à Calahorra et, le 23, à la bataille de Tudela, il mit en déroute dans un défilé une colonne de 8,000 Espagnols, lui enleva 4 pièces de canon avec leurs caissons et lui fit un grand nombre de prisonniers.

Passé momentanément sous les ordres du maréchal Ney, il se fit remarquer à Calatayud, et il devint le 11 décembre commandant de la Légion-d’Honneur. 11 se trouva encore à Velès et à Truxillo les 13 et 20 janvier 1809, et. reçut le 10 février le titre de baron de l’Empire avec une dotation de 4,000 francs de rente.

Le 28 mars, il exécuta plusieurs charges heureuses à la bataille de Medelin, où le 26e régiment de dragons se couvrit de gloire, et le 28 juillet il combattit à Talaveira della Reina. Enfin, le 19 novembre, arrivé dans la soirée sur le tertain d’Ocaña, il put encore contribuer à la victoire. Pendant les premiers mois de 1810, il poursuivit sans relâche et détruisit les bandes qui infestaient la Sierra-Morena. Le 23 avril, près d’Ignojoza, après avoir poursuivi et dispersé un fort parti d’insurgés, il arriva à la nuit tombante à l’extrémité d’un défilé où il aperçut les feux d’un bivouac ennemi. Ayant fait mettre pied à terre à une partie de ses dragons, il charge les Espagnols qui, se croyant surpris par une troupe nombreuse, s’enfuirent en désordre et abandonnèrent tous leurs bagages.

Cantonné à Cordoue vers le mois de mai, il fut envoyé en colonne mobile dans la Sierra-Morena et dans l’Estramadure, et défit plusieurs bandes de guérillas. Le 22 décembre, il reçut l’ordre de se rendre auprès du maréchal duc de Dalmatie, qui faisait alors l’investissement de la place de Badajoz. Pendant sa marche, il rencontra, le 31, à Azuaga, un fort parti espagnol qu’il culbuta et auquel il fit un grand nombre de prisonnier. Il assista ensuite aux sièges d’Olivenza et de Badajoz pendant les mois de janvier et de février 1811. Le 19 février suivant, à la bataille de Gebora, il enfonça, avec ses dragons, un carré de 3,000 hommes, et prit 6 bouches à feu. Après l’action, le duc de Dalmatie lui dit : « Ah ! vous voilà, colonel Chamorin ! on m’avait dit que vous étiez blessé, j’en aurais été vivement affecté ; l’armée a besoin de vos services, et vous lui avez montré aujourd’hui combien ils peuvent lui être utiles. Vous avez été, comme toujours, brave et habile, et votre beau régiment vous a vaillamment secondé. » Le 5 mars suivant, il fut nommé général de brigade, et le 25 il tomba glorieusement sur le champ de bataille de Campo-Mayor à la tête de son régiment ; c’était la veille qu’il avait reçu son brevet de général de brigade. En apprenant sa mort, le maréchal Soult s’écria en présence de son état-major : « J’en suis vraiment fâché, c’est un brave que je perds, c’était un de mes meilleurs officiers d’avant-garde. » Lord Beresford, qui commandait la cavalerie anglo-portugaise à l’affaire de Campo-Mayor, fit enterrer le brave Chamorin avec tous les honneurs militaires dus à son rang, et il écrivit au général Latourg-Maubourg, commandant la division de dragons dont le 26e faisait partie, que Chamorin avait, dans cette journée, tenu une conduite au-dessus de tout éloge.

Son nom figure sur les tables de bronze de Versailles et sur le côté Sud de l’arc de triomphe de l’Étoile.

CHAMPIONNET (JEANTIENNE)[modifier]

né à Valence en 1762. Il servit quelque temps en Espagne. Quelques railleries sur l’illégitimité de sa naissance l’avaient forcé à s’expatrier. Rentré en France en 1791, il continua la carrière militaire et fut nommé chef du 6e bataillon de la Drôme et chargé de réduire la révolte des Girondins dans le Jura.

Il se signala à l’armée du Rhin, surtout a la reprise des lignes de Weissembourg et au déblocus de Landau, et passa à l’armée de Sambre-et-Meuse avec le grade de général de division.

A la bataille de Fleurus, assailli par des forces quadruples, il repoussa le prince Charles, culbuta la cavalerie de Kaunitz, et, s’élançant à la suite des vaincus, les tailla en pièces à Marbas et leur enleva, après un combat sanglant, les hauteurs de Clermont.

Chargé de tenter le passage du Rhin, Dusseldorff, Wurtzbourg, Altenkirchen furent témoins de sa valeur et de son habileté. Les préliminaires de Léoben vinrent arrêter ses succès de ce côté ; mais chargé du commandement d’un corps d’armée dans le nord, il battit, en 1798, à Blakenberg, les Anglais venus pour bombarder Ostende ; il commandait l’armée de Rome forte de 13,000 hommes seulement et dut se replier devant les 60,000 hommes que Mack poussait devant lui. 7,000 Anglais, débarqués à Livourne sont dispersés ; bientôt il rentre en vainqueur à Rome, fait investir Capoue et s’empare de Gaëte. Capoue ayant capitulé le 10 janvier 1799, le 23 du même mois il entre à Naples et organise la République Parthenopéenne qui devait durer si peu.

Bientôt après, Championnet tombe dans la disgrâce du Directoire, et, destitué, le général en chef Championnet fut traduit devant un conseil de guerre, traîné de brigade en brigade jusqu’à Grenoble où il fut incarcéré jusqu’à la révolution du 30 prairial an VII.

Les nouveaux Directeurs l’envoyèrent commander l’armée des Alpes, qu’il dut réorganiser tout entière. Chargé de remplacer Joubert, après la funeste bataille de Novi, il s’établit dans la rivière de Gênes et s’y trouva bientôt acculé dans la position la plus difficile, sans munitions, sans argent, en face d’un ennemi nombreux. Heureusement le retour de Bonaparte vint relever son courage. Il envoya sa démission au Directoire dans une lettre où il signala le jeune général comme le seul homme qui pût sauver l’Italie.

Après le 18 brumaire, Championnet, dont la douleur et la honte avaient brisé l’âme, demanda et obtint son remplacement.

Retiré à Antibes, il y mourut le 10 janvier 1800.

CHANGARNIER (NICOLAS-ANNE-THÉODULE)[modifier]

âgé de 50 ans, né à Autun, d’une famille de gentilshommes royalistes. Il a l’honneur de compter parmi ses aïeux l’illustre guerrier qui défendit, en 1638, avec tant de bravoure et d’éclat, la place de Saint-Jean-de-Losne. Sorti sous-lieutenant de l’École militaire de Saint-Cyr, il entra, avec son grade, dans l’ex-garde royale, d’où il passa en qualité de lieutenant dans le 60e de ligne. Sa première campagne fut celle de 1823, en Espagne, où le maréchal Moncey le signala comme s’étant particulièrement distingué dans les combats de Jorda et de Caldès, livrés par le 4e corps. Il dispersa avec un faible détachement un gros parti de cavalerie espagnole et s’empara du cheval du chef de cette troupe après l’avoir tué de sa main. Ce brillant fait d’armes lui valut la croix d’honneur.

Il débarque, en 1830, en Afrique, avec l’épaulette de capitaine au 2e léger, et ses premières campagnes sur la terre algérienne n’offrent aucun trait saillant. Connu, cependant, dès lors pour un officier de mérite, il gagne tous ses grades à la pointe de l’épée sur divers champs de bataille. En 1836, lors de la première expédition de Constantine, il était chef de bataillon au 2e léger. C’est là le véritable point de départ de sa fortune militaire. Il commandait l’extrême arrière-garde, à Coudiat-Aty. Les premières lignes ayant fléchi, il forme sa troupe en bataillon carré, « Allons, mes amis, dit-il, voyons ces gens-là en face : ils sont six mille et vous êtes trois cents ; vous voyez bien que la partie est égale. » Ses soldats, électrisés, attendent l’ennemi à portée de pistolet et le repoussent par un feu de deux rangs des plus meurtriers. L’ennemi, renonçant alors aux charges, reprit son système de tiraillement et fut pendant tout le reste de la journée contenu à distance, tant par le bataillon de Changarnier que par le brave 63e de ligne et quelques escadrons de chasseurs.

Ce fait d’armes remarquable passa d’abord inaperçu. Plus tard, le maréchal Clausel, dans son rapport au ministre de la guerre, crut devoir le signaler avec éloge.

L’héroïque commandant fut fait lieutenant-colonel, et vint passer quelques mois à Autun, sa ville natale, qui le reçut avec enthousiasme et fit exécuter un tableau reproduisant ce fait d’armes. Rentré en Afrique, Changarnier reçut le commandement supérieur du camp du Fondouck, point alors très-important, à l’Est d’Alger.

Lors de l’expédition des Portes de fer, dont le but était d’établir la grande communication qui devait relier Alger à Constantine, Changarnier accompagna le duc d’Orléans et eut un cheval tué sous lui, dans un combat d’arrière-garde.

En 1839, le colonel Changarnier commandait une colonne mobile à Boufarik. Plus de 2,000 Arabes essaient d’enlever le troupeau du camp. Le colonel court sur eux, les met en déroute, les poursuit, et les culbute dans la Chiffa, après leur avoir tué un grand nombre d’hommes. Quelques jours après, au combat d'Ouad-Lalleg, l’armée arabe, composée de l’infanterie régulière de l’Émir et de toutes les forces des deux kalifas de Médeah et de Milianah, avait pris position sur la berge de l’ancien lit de l’Oued-el-Kébir. Cette position était formidable ; il fallait, pour atteindre l’ennemi, traverser sous ses feux un ravin profond. Le 2e léger, ayant à sa tête l’intrépide Changarnier, le 23e de ligne, le 1er chasseurs, commandé par le brave Bourjolly, s’y précipitent, gravissent la berge opposée, sans tirer un coup de fusil et chargent les Arabes qui, effrayés, veulent se mettre en retraite, mais il était trop tard : nos colonnes les poursuivent la baïonnette dans les reins, les culbutent et les refoulent jusqu’au delà de la Chilfa.

Ce combat eut pour résultat de forcer l’ennemi de repasser la première chaîne de l’Atlas. Il fit tomber en notre pouvoir trois drapeaux, une pièce de canon, les caisses des tambours, 1,500 fusils et 300 cadavres de fantassins.

Le 29 janvier suivant, le colonel Changarnier tailla en pièces plusieurs milliers de Kabyles avec 430 hommes seulement. Quelques jours après, il reçut la croix d’officier.

Le 3 mai 1840, à la prise de Cherchell par le maréchal Valée, qui avait sous ses ordres le duc d’Orléans, le 2e léger et son colonel eurent la principale part des fatigues et des dangers de l’opération. Le maréchal proclama que le brillant succès de ce combat était dû à l’habileté et à l’énergie du colonel Changarnier.

En récompense de ce fait d’armes, Changarnier eut l’honneur de former la colonne d’avant-garde pour l’attaque des hauteurs presque inaccessibles du Teniah de Mouzaïa. Au signal donné aux colonnes qui frémissaient d’impatience au pied de l’Atlas, chacune d’elles s’avance sous une grêle de balles ; tous les retranchements dont se hérisse l’Atlas, sont successivement enlevés. Mais deux bataillons réguliers et d’innombrables troupes de Kabyles défendent la pointe formidable du pic. Les soldats du 2e léger sont parvenus, en se cramponnant des mains aux taillis et aux arbustes des roches, au pied des redoutes. Là, foudroyés par un feu terrible, les plus braves s’étonnent. Dans ce moment suprême, le colonel Changarnier plaçant froidement son épée sous le bras, s’écrie, en se tournant vers le 2e léger : « En avant, à la baïonnette ! » A sa voix, les rangs se resserrent, les redoutes sont enlevées, les Arabes sont culbutés dans les ravins, et le drapeau du 2e léger, si connu en Afrique, déploie ses glorieuses couleurs sur les plus hautes cimes de l’Atlas.

En juin 1840, il s’agissait de ravitailler Milianah étroitement bloquée par les Arabes. Le maréchal confia le commandement de cette dangereuse expédition à Changarnier. Un corps de cinq mille hommes fut mis sous ses ordres ; les colonnes Bedeau et Gentil en faisaient partie. Changarnier part, le 22, avec un immense convoi, trompe la vigilance d’Abd-el-Kader et entre dans Milianah.

Héros au combat de Mouzaïa, il s’était montré chef habile, résolu, consommé dans le ravitaillement de Milianah. Colonel depuis neuf mois seulement, il fut nommé alors maréchal de camp.

En décembre suivant, le général Changarnier fut chargé de donner une leçon à Ben-Salem, l’un des plus habiles kalifas de l’Émir, en le forçant à lever le blocus de Cara-Mustapha, à l’Est d’Alger. Le 19, au point du jour, il tombe sur les Arabes qui, surpris, fuient en désordre sur la rive opposée du Boudouaou ; mais Changarnier fait passer rapidement la rivière au 1er régiment de chasseurs d’Afrique que l’infanterie devait soutenir ; il les aborde avec impétuosité, les coupe en deux, les sabre et les disperse dans toutes les directions. Beaucoup de morts, des prisonniers, des chevaux, des mulets, des armes, des bagages attestèrent sa victoire. Ben-Salem surpris, couché encore, s’était jeté à moitié nu sur un cheval.

Un nouveau ravitaillement de Milianah fut encore entrepris et opéré dans cette campagne par Changarnier, avec la même audace et le même bonheur.

Dans une autre expédition faite pour délivrer les environs de Milianah et pour retrouver la grande voie que suivaient les Romains pour franchir la première chaîne de l’Atlas, Chargarnier se distingua éminemment, s’empara du fameux col de Mouzaïa et battit des ennemis dix fois plus nombreux.

En 1841, au ravitaillement de Médéah (les ravitaillements ont été une des grandes difficultés de notre conquête), Changarnier reçut à l’épaule, dans un combat d’arrière-garde, une blessure à bout portant, que l’on crut d’abord mortelle. Néanmoins ; il refusa de quitter le commandement de la colonne, et l’appareil placé, il remonta à cheval et continua à diriger le combat.

Après un court voyage en France, le général Changarnier revint en Afrique, où le général Bugeaud lui confia le commandement de l’une des trois divisions, des provinces d’Alger et de Tittery. Dans le courant d’avril et de mai 1842, il ravitailla encore une fois les places de Milianah et de Médéah. Il trouve le secret, tout en conduisant ces travaux, de faire des prises à l’ennemi par des détachements que la nuit il lance sur ses flancs. Cependant, le général Bugeaud combina avec le général Changarnier une grande opération dans les montagnes, dans le but d’ouvrir et d’assurer nos communications entre Milianah et Médeah, et de permettre d’approvisionner ces places sans le secours des grosses colonnes, par le secours des indigènes eux-mêmes et sans escorte. Le général Changarnier dut pénétrer la chaîne des montagnes entre le Zaccar et la mer ; il entra par le col de Mali, plus difficile que celui de Mouzaïa. La colonne traversait un pays où jamais les Turcs n’avaient osé pénétrer, et n’avait souvent qu’un sentier sur lequel il fallait défiler homme par homme, cheval par cheval. L’arrière-garde était souvent attaquée par les Kabyles qui lui faisaient éprouver des pertes cruelles. Le général Changarnier en terminant cette laborieuse campagne de neuf jours, rendit lui-même hommage à l’énergie et au dévouement de sa division qui considérait les combats d’arrière-garde comme des dédommagements.

Le résultat fut l’occupation de Cherchell, de Milianah, de Médéah et d’un point derrière les montagnes de l’Est, par deux bataillons mobiles et quelques cavaliers, qui garantissait qu’aucun ennemi sérieux ne pouvait traverser les monts. Le général Changurnier passa dans la vallée du Chéliff, reçut la soumission de nombreuses tribus et chassa jusqu’aux imites du désert, à 75 lieues d’Alger, les tribus non soumises. Plus de 60 mille têtes de bétail et 3,000 prisonniers restèrent en notre pouvoir.

Le 19 septembre 1842, il attaqua avec impétuosité une troupe nombreuse de Kabyles qui l’avaient enveloppé à l’improviste dans le ravin de l’Oued-Fodda et les tailla en pièces. Le maréchal gouverneur, en apprenant ce glorieux combat, s’écria : « II n’y avait que Changarnier pour se tirer de là. »

Au commencement de 4843, le général Changarnier, par des manœuvres dont lui seul avait le secret, enveloppe le pays des Beni-Menacer que l’Émir avait soulevé et soumis pour toujours ces indociles et belliqueux montagnards.

Après cette opération, il rentra en France. Il était général de division depuis le 9 avril 1843.

En septembre 1847, M. le duc d’Aumale avait succédé au maréchal Bugeaud dans le gouvernement général de l’Algérie. Il désira avoir près de lui le général Changarnier dont il connaissait la rare capacité militaire.

On sait quels événements vinrent frapper le duc d’Aumale dans ses fonctions. On sait avec quelle dignité, avec quel patriotisme il s’inclina devant la volonté du gouvernement de la mère patrie qui lui donnait pour successeur le général Cavaignac ; mais avant de partir il confia les fonctions de gouverneur général par intérim au général Changarnier, qui sut l’emplir son mandat avec tact et dignité, et maintint l’ordre dans la colonie.

Appelé en France, il ne crut pas devoir accepter le portefeuille de la guerre qui lui était offert. Nommé gouverneur général de l’Algérie, puis général en chef de la garde nationale de Paris, il a été élu représentant du peuple par le déparlement de la Seine, lors des élections du 4 juin. C’était la récompense de l’énergie qu’il avait montrée dans la matinée du 16 avril. Il a justifié ce choix par celle dont il a fait preuve dans les sanglantes journées de juin.

Le 29 janvier 1849 était depuis longtemps promis à une immense agitation et à de graves périls. Cette journée n’eut toutefois qu’une issue pacifique, résultat qu’il doit être permis d’attribuer à l’attitude du général Changarnier et à ses énergiques dispositions.

On connaît les services qu’il a rendus le 13 juin, tant à la cause de l’ordre qu’à la cause de l’humanité. Dès le 10, des signes nombreux, des faits d’une haute gravité avaient donné la certitude que l’on touchait à une crise et que la société allait encore une fois être mise en demeure de pourvoir à son salut par la force des armes. Changarnier mande à Paris par le télégraphe ou par des courriers extraordinaires des bataillons d’infanterie et des régiments de cavalerie tirés des garnisons voisines.

Le 12, une partie de la cavalerie devait surveiller et contenir toute tentative qui, de l’extérieur, aurait été faite pour favoriser l’insurrection.

Dans la matinée du 13, le général reçoit de son état-major des rapports unanimes pour signaler tout un plan d’insurrection devant aboutir à une révolution nouvelle. Ces rapports se succèdent avec rapidité, la colonne s’étend, se déroule et déjà touche de son front la place de la Madeleine et presque le palais de l’Assemblée. Jusque-là, Changarnier, sur lequel repose dans ces heures solennelles une double et terrible responsabilité, reste calme et impassible ; mais le moment est venu ; il monte à cheval à midi et demi et rencontre la colonne sur les boulevards. Les sommations légales sont faites ; la colonne est chargée vigoureusement à droite et à gauche, un seul coup a suffi pour la disperser ; la grande ligne des boulevards est dégagée et reprise. Les dispositions ont été si bien prises que sur les deux rives de la Seine, toutes les positions importantes sont occupées et mises en état de défense. Partout un réseau de fer comprime, en se resserrant, les tentatives isolées, partout l’ordre est maintenu ou rétabli, comme par une puissance électrique à laquelle rien-ne saurait résister.

A trois heures et demie, le général Changarnier était rentré à son quartier général des Tuileries ; une heure après il reparaissait à côté du président de la République et traversait les rangs de la population reconnaissante.

La postérité dira que le général, entouré de troupes nombreuses et dévouées, aurait pu obtenir des résultats plus décisifs ; qu’il aurait pu frapper des coups d’autant plus terribles qu’ils étaient depuis plus longtemps suspendus ; mais qu’il a reculé devant un triomphe acheté au prix de torrents de sang. Grâce au général Changarnier, Paris a pu échapper aux hommes de la guerre civile ; il n’a point eu à célébrer de sanglantes funérailles. C’est donc à bon droit que la population a voulu lui décerner une épée d’honneur ; le héros de Constantine et de Mouzaïa pourra la porter fièrement, car elle est pure du sang de ses concitoyens.

Le général Changarnier a reçu en août 1849 le cordon de grand officier de la Légion-d’Honneur. Depuis la levée de l’état de siège, il est commandant en chef des troupes de la 1re division.

CHANTREAU DE LA JOUBERDERIE (CHARLES-HENRI)[modifier]

ancien officier au régiment d’infanterie de Hainaut depuis 1788, avait embrassé la cause royale au commencement de la Révolution, et pris part à toutes les guerres de la Vendée et de la Bretagne.

Comme chef du comité général de cette dernière province, il fut un des membres les plus influents dans les réunions qui précédèrent le traité de paix de Lamabilais. Ce fut sur ses instances que les Représentants du peuple consentirent à comprendre dans la pacification les troupes et le pays commandés par Stofflet. A la reprise des hostilités, il tomba au pouvoir des républicains, et resta enfermé pendant quatre ans au château du Brouage.

Rendu à la liberté par le gouvernement consulaire, M. de Chanlreau fut successivement membre du conseil général de la Vendée et commandant des gardes nationales de l’arrondissement de Fontenay.

Chevalier de Saint-Louis depuis 1796, il avait été promu au grade de maréchal de camp le 31 décembre 1827.

Il est mort à Luçon, dans les premiers jours de mars 1850, à l’âge de soixante-dix-neuf ans.

CHAPELLE DE JUMILHAC (ANTOINE-PIERRE-JOSEPH, marquis de)[modifier]

lieutenant-général, né en 1764 ; entré au service en 1777, il alla rejoindre le comte d’Estaing dans la rade de Cadix, et obtint le grade de capitaine en 1783 ; à la paix qui suivit, le marquis de Jumilhac parcourut l’Europe en touriste, et, rentré en France en 1788, fut nommé major dans un régiment de hussards, et lieutenant-colonel de la Garde.

Incarcéré après le 10 août, il obtint sa liberté, se réfugia en Angleterre, et y prit du service. Lors de l’expédition de Quiberon il fut blessé de deux coups de feu et parvint à rejoindre les vaisseaux anglais.

Rentré en France après le 18 brumaire, il ne tarda pas à prendre du service, fut nommé chef d’état-major du 3e corps de cavalerie en 1811, et se distingua par sa bravoure dans la campagne de Russie.

En 1813, il combattit à Lutzen, repassa le Rhin à la suite de nos revers, et s’enferma dans Mayence.

Maréchal de camp en 1813, il fut élevé au grade de lieutenant-général au retour des Bourbons, leur resta fidèle pendant les Cent-Jours et rejoignit le comte d’Artois à Lyon.

Après la seconde Restauration, il commanda la 16e division à Lille.

Mort en 1826.

L’aîné de ses deux fils a succédé, comme possesseur d’un duché feude, au nom et au titre de pair du duc de Richelieu, son oncle.

Le second, le comte Louis-Armand de Chapelle de Jumilhac, a été substitué, lui et ses descendants mâles, à son frère le duc de Richelieu, dans le cas où la ligne directe de celui-ci viendrait à s’éteindre.

CHARBONNEL (JOSEPH-CLAUDE-JULES-MARIE, comte)[modifier]

lieutenant-général d’artillerie, né à Dijon le 24 mars 1775, entra au service en 1792, fit ses premières armes aux sièges de Lyon et de Toulon, et gagna devant cette dernière place les épaulettes de capitaine. Cité avec éloge-pour les services qu’il avait rendus à la prise de Luxembourg, il assista ensuite au siège d’Ehrenbreitstein, puis au passage du Rhin, et il fut désigné pour faire partie de l’expédition d’Égypte. Il fut fait chef de bataillon sur le champ de bataille des Pyramides, et chargé du commandement de l’artillerie du Caire. Après avoir armé le château, et mis en état de défense les bouches du Nil, Charbonnel fut atteint, à Rosette, d’une ophthalmie qui l’obligea de revenir en Europe. Dans la traversée, il fut pris et conduit à

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Janina, dont l’air salubre lui rendit bientôt l’usage de la vue. Le fameux Ali voulut le retenir à son service ; mais Charbonnel trouva moyen de s’évader et aborda à Corfou. Le gouverneur turc l’y fit arrêter et conduire à Constanti-nople, d’où il regagna la France après quatre mois de détention.

Il fut nommé aussitôt colonel du 6e régiment d’artillerie légère, et fit la campagne de 1805 ; il passa l’année suivante en Prusse et se distingua à Iéna au passage de l’Oder,"de la Vislule, de la Nar-rew, du Bug. Partout il donna des preuves d’habileté et de courage.

Nommé général de division à la suite des sages mesures qu’il sut prendre après la retraite de Moscou, il prit part aux batailles de Lulzen, de Baulzen, et combattit sur le Bober, à Gorlitz et à Leipzig.

Il fit ensuite la campagne de France et, à l’avènement des Bourbons, il devint inspecteur général d’artillerie pour le service des forges et des fonderies. Plus tard il fut nommé à la présidence de la commission mixte à laquelle fut confiée l’étude de l’approvisionnement de nos places de guerre, et des moyens à créer sur nos frontières pour un système offensif et défensif ; en 1840, il fut placé dans la seconde section du cadre de réserve. Il fut élevé à la pairie le 22 décembre 1841.

Mort le 10 mars 1846 à l’âge de 71 ans.

Son nom figure sur le côté Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

CHARLES (CHARLES-LOUIS-JEAN-JOSEPH-LAURENT, le prince)[modifier]

archiduc d’Autriche, feld-maréchal-général, grand maître de l’Ordre teutonique, etc., troisième fils de l’empereur Léopold II et de Marie-Louise, fille de Charles III, roi d’Espagne, naquit à Vienne le 5 septembre 1771. Il reçut de bonne heure une éducation distinguée qu’il fortifia sans relâche par de sérieuses études. Le maréchal de Bellegarde lui enseigna les premiers éléments de la stratégie. Les événements qui agitaient l’Europe offrirent bientôt au jeune prince l’occasion d’en faire l’application sur les champs de bataille.

L’Autriche et la Prusse venaient de former la première coalition contre la France. A peine âgé de 21 ans, le prince Charles reçut le commandement de l’avant-garde de l’armée autrichienne sous les ordres du prince de Cobourg. Il se distingua par son courage dans cette première campagne, notamment à la bataille de Nerwinden, où il cueillit les premiers lauriers militaires. L’empereur François le nomma grand-croix de Marie-Thérèse et gouverneur des Pays-Bas ; il combattit aux affaires de Charleroi, de Fleurus et d’Altenhoven.

Dans la seconde campagne, le jeune prince seconda avec talent les opérations du général Clairfayt.

C’est surtout dans la belle campagne du Rhin, en 1796, qu’il déploya les grandes qualités qui l’ont placé au rang des premiers hommes de guerre de l’époque.

L’histoire a recueilli cette longue suite de combats mêlés de succès et de revers ; ce qui appartient au prince Charles, c’est l’exécution du beau mouvement qui repoussa le général Jourdan des frontières de la Bohême jusque sous les murs de Dusseldorff, et les audacieuses manœuvres qui forcèrent Moreau à repasser le Rhin. L’Autriche, délivrée de la crainte de l’invasion, la Bavière ramenée sous ses lois, la guerre reportée sur les frontières de France, la prise de Kehl et d’Huningue, tels furent les résultats obtenus par la tactique d’un général de vingt-cinq ans. Reçu triomphalement à Vienne, le prince Charles fut nommé généralissime des armées autrichiennes.

Il rencontra bientôt un redoutable adversaire. Le général Bonaparte, victorieux en Italie, allait franchir les Alpes noriques et se précipiter sur Vienne. Le prince Charles, marchant à sa rencontre, engagea avec lui sa première bataille sur les rives du Tagliamento, le 16 mars 1797, et lui opposa la plus vigoureuse résistance. Peu de jours après, au combat livré sur le col de Tarvis, le prince affronta la mort avec un courage héroïque, et ne céda devant Masséna qu’après les efforts les plus opiniâtres.

Bonaparte offrit la paix à son rival par une lettre célèbre qui témoigne de sa haute estime pour le prince. Quelques mois après, la paix de Campo-Formio était signée.

L’Europe fut de nouveau mise en feu. Rentré en campagne, le prince Charles battit le général Jourdan à Ostrach et à Stockach : dans ce dernier combat, on le vit mettre pied à terre et charger lui-même à la tête de ses grenadiers. Passé en Suisse, il fit assaut de manœuvres et d’audace avec Masséna ; il revint bloquer Philisbourg, et remporta, le 22 novembre 1798, la victoire d’Heingheim.

A la fin de cette campagne, dégoûté de voir ses plans militaires sans cesse traversés par le conseil aulique, il céda le commandement à son frère l’archiduc Jean, et se retira en Bohême.

Les victoires de Bonaparte le firent bientôt rappeler au commandement de l’armée autrichienne, qui se trouvait alors désorganisée. Le général Moreau était à 30 lieues de Vienne ; le prince Charles signa avec lui l’armistice de Steyer, qui fut suivi de la paix de Lunéville.

L’Autriche tira de nouveau l’épée contre la France. Le prince Charles, qui s’était prononcé contre la guerre, et qui ne fut point consulté sur les plans de la campagne, reçut le commandement de l’armée réunie en Italie sur l’Adige. Pendant que les troupes autrichiennes éprouvaient de nombreux revers en Allemagne, seul, il soutint en Italie l’honneur des armes de l’Empire ; à Caldiero, il déploya toutes les ressources de son talent, et ramena intacte l’armée qui lui avait été confiée.

Après la paix de Presbourg, il fut nommé chef du conseil aulique de guerre et généralissime des armées.

Il reprit les armes en 1809, et soutint contre Napoléon une lutte glorieuse. Au combat sanglant d’Aspern, son courage fut admirable ; chaque fois qu’il voyait ses soldats fléchir, il sautait à bas de son cheval, saisissait un drapeau et les ramenait au combat. Sa dernière bataille fut celle de Wagram, où les chefs des deux armées déployèrent tant de talents et de bravoure. A quelque temps de là, il se démit du commandement, après avoir adressé à ses soldats de touchants adieux.

Depuis, il vécut dans la retraite, emportant avec lui le renom d’un grand capitaine.

Comme son illustre rival Napoléon, il a retracé avec la plume les grandes choses qu’il avait exécutées avec l’épée, en consacrant une partie de ses loisirs à la composition de plusieurs ouvrages militaires fort estimés. Le prince Charles qui, chargé des pouvoirs de l’Empereur des Français, avait conduit à l’autel la jeune archiduchesse Marie-Louise, sa nièce, devenue l’épouse de Napoléon, servit de guide et de protecteur au fils du grand homme qu’il avait combattu. Il entoura de soins et de conseils le duc de Reichstadt qui lui témoignait les sentiments d’une affection toute filiale.

Il est mort à Vienne en I847.

CHARETTE DE LA CONTRIE (FRANÇOIS-ALPHONSE)[modifier]

général vendéen, né le 21 avril 1763, à Couffé, près d’Ancenis, (Loire-Inférieure). A seize ans il entra dans la marine et devint lieutenant de vaisseau. En 1790, il se maria avec une femme riche, quitta le service, puis alla rejoindre les émigrés à Goblentz, et en fut mal accueilli.

De retour à Paris en 1792, il se battit pour le roi le 10 août.

Il refusa de prendre part à la première insurrection vendéenne de 1793 ; mais les paysans l’ayant menacé de le tuer, il fut forcé de se mettre à leur tête, vainquit les républicains à Machecoul, se réunit ensuite à la grande armée vendéenne commandée d’abord par Cathelineau et ensuite par d’Elbée.

En 1795, Charette se soumit à la République et reprit les armes la même année. Tombé entre les mains du général Travot, il fut traduit devant un conseil de guerre, condamné à mort, et fusillé le 29 mars 1796.

Charette avait laissé à Napoléon l’impression d’un grand caractère ; il fit des choses d’une énergie, d’une audace peu communes, et laissa percer le génie.

CHARON (VIALA)[modifier]

né à Paris, le 29 juillet 1794, entra à l’École polytechnique le ler novembre 1811 et en sortit, pour être sous-lieutenant du génie à Metz, le 8 octobre 1813.

Il fut nommé lieutenant de la même arme le 23 mai 1815, capitaine le 10 février 1821, capitaine chef du génie à Bougie le 15 février 1835, chef de bataillon en Afrique le 31 décembre 1835, lieutenant-colonel directeur des fortifications en Algérie le 21 juin 1840, colonel commandant le génie de l’armée d’Afrique le 4 janvier 1842, maréchal de camp commandant supérieur du génie en Algérie le 24 juin 1845, directeur des affaires d’Algérie au ministère de la guerre le 3 juin 1848, général de division le 10 juillet 1848, gouverneur général de l’Algérie le 9 septembre 1848.

M. le général Charon a fait la campagne de 1814 et a concouru à la défense de Metz ; il a fait la campagne de 1815 à l’armée du Nord et assista à la bataille de Waterloo, puis à celles de 1823, 1824, 1825, 1826, 1827, 1828 en Espagne où il assista au siège de Pampelume, puis commanda le génie à Saint-Sébastien, celles de 1831 et 1832 à l’armée du Nord et au siége de la citadelle d’Anvers, celles de 1833 à 1848 en partie et 1849 en Algérie.

Il eut pendant ces quinze années de nombreuses occasions de se signaler : on cite particulièrement les combats des 8, 9, 11 et 12 novembre 1835 à Bougie, après lesquels il fut cité dans les rapports du corps expéditionnaire ; les combats de 1836 à Bougie, la défense de Blidah du 1S novembre 1839 au 9 juin 1840.

Il a pris une part glorieuse aux expéditions de Cherchell, de Médéah et de Milianah en 1840, ainsi qu’aux combats des 13 mai et 15 juin de cette année.

Il fut cité à l’ordre du jour de l’armée du 28 mai, et prit part aux expéditions de Togdempt, de Mascara en 1841, de Chélif en 1843 et de Flissas en 1844 ; il assista au combat du 17 mai 1844 dans les montagnes de Flissas.

M. le général Charon est l’un de nos plus illustres officiers généraux. Il a été créé chevalier de la Légion-d’Honneur le 30 octobre 1827, officier le 14 janvier 1833 et commandeur le 19 avril 1843. Il est aussi chevalier de Saint-Ferdinand d’Espagne, 1re classe, et commandeur de l’ordre de Léopold de Belgique.

CHARPENTIER (HENRI-FRANÇOIS-MARIE, comte)[modifier]

naquit à Soissons (Aisne), 23 juin 1769. Il appartenait à une famille de robe qui le destinait au barreau ; mais enthousiaste de la Révolution et de ses principes, il s’engagea en 1792 dans le 1er bataillon de volontaires de l’Aisne, fut élu capitaine, passa à l’armée du Nord, et devint aide-de-camp du général Hatry.

Nommé en 1793 adjudant-général chef de bataillon, il assista, en cette qualité, au siège de Luxembourg le 19 prairial an III, et, après la capitulation de cette place, le général Hatry le chargea de porter à la Convention, avec les nouvelles de cet important succès, les drapeaux enlevés à l’ennemi.

Charpentier se présenta à la Convention dans la séance du 18 prairial, et reçut l’accolade fraternelle du président. Puis, sur le rapport de Cambacérès, l’assemblée rendit un décret portant que les vainqueurs de Luxembourg n’avaient point cessé de bien mériter de la patrie.

En l’an VII et en l’an VIII, Charpentier fît la campagne d’Italie comme chef de bataillon dans le 94e régiment de ligne. Il se distingua à la bataille de Novi ; à celle de la Trébia, il eut deux chevaux tués sous lui et fut blessé au bas-ventre ; enfin, il prit une part glorieuse à la campagne de Marengo. Récompensé de ses bons services par le grade de général de brigade, il devint chef d’état-major sous Moncey et sous Jourdan.

En l’an XII, le premier Consul le fit membre et commandant de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial, et le nomma ensuite général de division.

Employé en Espagne en l’an XIII, il se trouva à la bataille de Burgos. L’année suivante, l’Empereur l’appela au commandement d’une division à l’armée de Naples, et il remplit les fonctions de chef d’état-major de l’armée de Masséna.

En 1809, il fit la campagne d’Autriche, et se conduisit avec tant de distinction à la bataille de Wagram que l’Empereur lui conféra le titre de comte peu de jours après. En 1812, il était chef d’état-major du corps d’armée commandé en Russie par le prince Eugène, et lors de la prise de Smolensk, Napoléon le fit gouverneur des provinces conquises. A la fin de la retraite de Moscou, il passa chef d’état-major du corps de Davout.

Mis à la tête d’une division pendant la campagne de Saxe, en 1813,il fit successivement partie du corps d’armée du prince Eugène et de celui du maréchal duc de Tarente. A la bataille de Lutzen, Charpentier, qui tenait la droite du 11e corps, enleva aux Prussiens le poste important d’Ersdorf le 2 mai. Le 10 du même mois, il passa sur le pont établi sur l’Elbe, en culbutant l’ennemi. Le 11 et le 12, il enleva les positions de Fischbach, Copellernberg et Bischoff-Werda. Cette dernière affaire fut la plus remarquable ; l’arrière-garde du général russe Miloradowitch dut se replier précipitamment sur Bautzen, en laissant sur le terrain 1,500 hommes tués ou blessés et 500 prisonniers. Le 20, il se battit à Bautzen ; le 16 août, il défendit, mais en vain, le passage du Bober contre les Russes, et le 16 octobre il était à Wachau. Il prit une part glorieuse à cette bataille, attaqua Klenau en flanc et enleva une batterie ennemie au delà du ruisseau Liebert-Wolh’witz. Le 18, il se faisait remarquer devant Leipzig, et, le 21 novembre, avant de rentrer en France, il recevait la grand-croix de l’ordre de la Réunion.

Le 15 février 1814, il commandait à Essonne une division de la jeune garde nouvellement organisée. Le 17, il formait la réserve du général Alix. A la bataille de Craonne, le 7 mars, l’Empereur lui confia le commandement de l’infanterie du duc de Bellune et lui ordonna de passer, en colonne serrée, le ravin de Vauclère ; il exécuta ce mouvement difficile avec beaucoup d’habileté, et parvint heureusement jusqu’au plateau d’Ailles, où les Russes l’attaquèrent vigoureusement. Appuyé par une batterie d’artillerie de la garde et par les divisions Boyer et Friant, Charpentier tint ferme, ne tarda pas à prendre l’avantage, chassa les Russes, et, avec 4 pièces de canon, il balaya le chemin de Chrévrigny, où venait de s’engager la gauche de l’ennemi serrée de près par le prince de la Moskowa.

Les Russes battirent en retraite sur Laon, où était Blücher, et les avant-postes ennemis s’établirent à Semilly, Athiès et Clacy. Le 9 mars, vers quatre heures du matin, le général Charpentier reçut l’ordre de concerter, avec les généraux Friant et Curial, une attaque contre ce dernier village. Le succès couronna les efforts de ces généraux, et 257 Russes, dont 7 officiers, tombèrent en leur pouvoir.

Après la déroule du duc de Raguse à Béry-au-Bac, Blücher ayant dirigé sur Clacy trois divisions et les hussards de Black, Charpentier repoussa cette attaque, que l’ennemi renouvela six fois de suite sans pouvoir parvenir à forcer la position.

Le lendemain 11 mars, l’armée française continua son mouvement de retraite sur Soissons. Arrivé dans cette ville, Napoléon s’occupa de sa réorganisation, et le commandement de l’une des nouvelles divisions fut remis au comte Charpentier ; mais ce général n’eut plus l’occasion de se distinguer durant le mouvement rétrograde de nos troupes, et ses derniers efforts furent employés à défendre Paris dans la journée du 30 mars. Pendant cette dernière et déplorable affaire, il occupait La Chapelle, où il disputa le terrain pied à pied à l’ennemi.

Le 8 avril 1814, il donna son adhésion au nouveau gouvernement, et Louis XVIII le fit chevalier de Saint-Louis, grand officier de la Légion-d’Honneur et inspecteur général. En 1815, il courut se ranger sous l’étendard impérial et obtint le commandement de la 12e division militaire à Nantes. Ce retour, subit sur lui-même ne pouvait que déplaire à Louis XVIII qui, à la seconde Restauration, ordonna de le rayer du cadre de l’état-major général. Cette disgrâce fut de courte durée ; car à son retour de Suisse, où il était allé avec sa famille, il fut rétabli dans le cadre d’activité.

A partir de ce moment, le comte Charpentier se tint éloigné des affaires, et mourut le 14 octobre 1831, à Orgny, près Villers-Cotterets.

Parmi les noms illustres gravés sur les tables de l’arc de triomphe de l’Étoile, on lit celui de cet officier général, côté Sud.

CHARTRAN (J.-H.-S.)[modifier]

né à Carcassonne en 1779, entra au service à l’âge de quatorze ans, fit les campagnes de 1794 et 1795, à l’armée des Pyrénées-Orientales, passa à celle d’Italie après la paix de Bâle, et se distingua en diverses rencontres. Il servit ensuite sur le Rhin, à la grande armée, et fut fait colonel en 1813. Vainqueur, le 28 juillet, de 6,000 Russes, qui essayèrent de l’arrêter dans les gorges de Pina, il assista, le 30, à la bataille de Kinluc, se fit jour au milieu des colonnes ennemies, leur enleva 52 officiers supérieurs, dégagea son général de division et une partie des troupes tombées en leur pouvoir.

Nommé général de brigade pour ces beaux faits d’armes, il fut mis à la retraite par les Bourbons. Au retour de l’Empereur, Chartran fut chargé du commandement du département de l’Aude, et rencontra, en se rendant à sa destination, le baron Trouvé, avec lequel il eut une entrevue dont le détail, publié dans une intention coupable, produisit plus tard l’effet qu’on en attendait.

Il combattit vaillamment à Fleurus et à Waterloo, à la tête d’une brigade de voltigeurs de la garde. A Waterloo il attaqua des hauteurs qui semblaient inexpugnables. Repoussé trois fois, il revint trois fois à la charge et emporta la position.

Le général Chartran exécuta sa retraite en bon ordre, se rendit sous les murs de la capitale, passa la Loire et revint à Paris après le licenciement. Envoyé d’abord en surveillance à Lille, puis arrêté, traduit devant une commission militaire, il fut condamné à mort et exécuté. Il avait alors trente-six ans, comptait vingt-deux campagnes et un grand nombre d’actions d’éclat.

Les habitants de Lille lui ont élevé un monument par souscription.

CHASSÉ (DAVID-HENRI, baron de)[modifier]

descendant d’une famille originaire de France qui se fixa en Hollande, à la suite de la révocation de l’édit de Nantes, naquit à Thiel (Gueldre) le 18 mars 1765. Son père était major au régiment de Munster. Il entra au service des Provinces Unies en 1775, comme cadet ; fut nommé lieutenant en 1781 ; capitaine en 1787 ; lieutenant-colonel en 1793 ; colonel en 1803 ; général-major en 1806, et lieutenant-général en 1814.

Après la révolution de Hollande de 1787, pendant laquelle il s’attacha au parti des patriotes, il s’expatria et prit du service dans les armées françaises, où il obtint, en 1793, le grade de lieutenant-colonel. Il se distingua aux batailles de Montpueron, Stad et Hooglède ; rentra dans sa patrie en 1795, avec l’armée de Pichegru, et la quitta bientôt pour faire les campagnes d’Allemagne, en 1796, sous les ordres du général hollandais, Daendels. Les Anglais ayant fait, en 1799, une descente sur les côtes de la Hollande, le colonel Chassé commanda un corps de chasseurs hollandais, qui se battit pendant plusieurs heures avec acharnement contre les troupes anglaises beaucoup plus nombreuses.

Il assista au siège de Wurtzbourg ; reprit une batterie sur les Autrichiens, et fit 400 prisonniers à l’affaire du 27 décembre 1800.

Il servit dans la guerre contre la Prusse, en 1805 et 1806, sous les ordres du général belge Dumonceau. Mais c’est surtout dans la guerre d’Espagne que le général Chassé se fit remarquer, et donna des preuves de la plus grande intrépidité ; ce qui lui mérita, parmi les soldats, le nom de général-baïonnette, à cause de l’usage fréquent et heureux qu’il fit de cette arme. Pour récompenser les services qu’il venait de rendre, le roi Louis le créa baron avec une dotation de 3,000 florins sur ses domaines, et le nomma commandant de l’ordre royal de l’Union.

Pendant les six années qu’a duré cette guerre meurtrière, le général Chassé est toujours resté en Espagne, et s’est trouvé aux batailles de Durango, de Missa, d’Iboz, de Talaveyra, de la Reyna, d’Almonacid, où il contribua puissamment au succès de cette journée, d’Ocana et du col de Maja dans les Pyrénées, où il sauva le corps d’armée du comte d’Erlon, à la tête des 8e, 28e et 34e de ligne, et du 16e d’infanterie légère. La décoration d’officier de la Légion-d’Honneur fut la récompense de ce fait d’armes, et le duc de Dalmatie (Soult) demanda pour lui le grade de lieutenant-général qu’il a obtenu en quittant le service de France. Napoléon le nomma baron de l’Empire, par décret du 30 juin 1811. Au mois de janvier 1813, il reçut l’ordre de partir en poste avec ses quatre régiments, pour aller rejoindre la grande armée aux environs de Paris.

Le 27 février, il attaqua avec les débris de ces régiments, une colonne de 6,000 Prussiens, soutenue par une batterie de six pièces de canon, en position sur un plateau près de Bar-sur-Aube ; et après la retraite de l’infanterie, il soutint à trois reprises les attaques les plus opiniâtres de la cavalerie. Il fut blessé à cette affaire, et dans les deux campagnes de 1813 et 1814, il eut trois chevaux tués et deux blessés. Il rentra dans sa patrie après la première capitulation de Paris, et le prince souverain de la Hollande l’admit dans son armée, le 20 avril 1814, avec le grade de lieutenant-général. A la bataille de Waterloo, en 1815, le général Chassé voyant la vieille garde se diriger sur une batterie anglaise qui avait interrompu son feu, faute de munitions, fit avancer au galop l’artillerie volante sous les ordres du général Vandersmissen, laquelle força les assaillants à se retirer en désordre, laissant le plateau du mont Saint-Jean couvert de morts et de blessés. Il sut profiter de cet avantage pour exécuter, à la tête de quelques bataillons belges et hollandais, une charge à la baïonnette qui, coïncidant avec le mouvement général de l’armée anglaise dans ce moment, eut le résultat le plus complet. Wellington a reconnu, par une lettre rendue publique, le service rendu, dans cette circonstance, par cet officier général.

Depuis lors, le,général Chassé fut placé à la tête du 4e grand commandement militaire, dont le quartier général était à Anvers, avec le titre de général d’infanterie, le grade le plus élevé après celui de feld-maréchal.

Pendant l’insurrection de Belgique, il fut envoyé à Anvers, comme commandant en chef. Le 27 octobre 1830, au matin, la trêve que les habitants d’Anvers avaient conclue avec le général, pour traiter de la reddition de la citadelle occupée par la garnison hollandaise, avait été rompue par quelques coups de fusil tirés, dit-on, par les ordres secrets du général lui-même, qui voulait avoir un prétexte de mettre le feu à la ville, mais cette version est loin d’être prouvée. Quoi qu’il en soit, les bâtiments échelonnés le long des quais dans l’Escaut, et sur lesquels on tirait, répondirent par des bordées ; et, à ce signal, le feu commença delà citadelle, où le général Chassé fît arborer le drapeau noir, et de la tête de Flandre. Le bombardement dura depuis trois heures jusqu’à dix heures et demie du soir. Cet acte d’une rigueur exagérée, reçut l’approbation du roi des Pays-Bas qui envoya au général Chassé la grand-croix de l’ordre militaire de Guillaume. Cependant, l’armistice conclu le 30 octobre entre les Hollandais et les Belges fut rompu le 1er août 1831 et les hostilités recommencèrent. Le roi des Belges, Léopold Ier, réclama l’intervention d’une armée française. Cette armée entra en effet le 10 août ; mais dès le 13, les Hollandais rentrèrent dans leurs frontières, après avoir pris Louvain, et la campagne fut terminée. Le 15 novembre 1832, le maréchal Gérard franchit de nouveau la frontière, et, le 19, se trouva sous les murs d’Anvers.

Le 30 novembre, le maréchal somma le général Chassé de lui livrer la citadelle, et sur son refus commença le siège qui fut poussé avec vigueur. Après 24 jours et 25 nuits d’une lutte acharnée, Chassé capitula le 23 décembre et fut déclaré prisonnier de guerre avec les 5,000 hommes qui composaient la garnison.

CHASSELOUP-LAUBAT (FRANÇOIS, comte, puis marquis de)[modifier]

né le 18 août 1754, à Saint-Servin (Charente-Inférieure). Entré au service comme volontaire, au commencement de la révolution, il était chef de bataillon du génie en 1794. Chargé en 1796 de diriger les sièges de Milan et de Mantoue et de réparer les fortifications de Pizzighitone, il déploya un tel talent que Napoléon le nomma général de brigade et peu après général de division.

Ce fut lui qui dirigea les travaux du siège de Dantzig et qui fit d’Alexandrie une des places les plus importantes de l’Europe.

Conseiller d’État en 1811, sénateur et comte de l’Empire après la retraite de Moscou.

Créé pair de France sous la première Restauration et grand cordon de la Légion-d’Honneur, il vota contre la condamnation du maréchal Ney.

C’était, a dit Napoléon à Sainte-Hélène, un des meilleurs officiers de son arme ; homme d’une grande probité et d’un caractère inégal.

Mort à Paris le 6 octobre 1833. Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

CHASSEREAUX (THOMAS-JEAN-JULIEN, baron)[modifier]

né à Bain (Bretagne), le 7 novembre 1763. Il entra au service le 23 octobre 1791, dans le 1er bataillon du Finistère, en qualité de capitaine ; il passa à l’armée du Nord en 1792, puis à celle du Rhin, fut créé chef de bataillon le 25 vendémiaire an VIII, revint à l’armée de l’Ouest en 1801, fut mis à la suite avec son grade et solde d’activité et passa le 29 septembre dans le 50e régiment de ligne.

Major du 32e le 22 décembre 1803, décoré le 15 avril 1804, il fit les campagnes de Prusse et de Pologne, fut fait colonel du 40e de ligne le 16 mai l806, combattit à la bataille d’Iéna où il fut blessé et créé baron après la paix de Tilsitt.

Il fut de nouveau blessé à la bataille d’Ocaña en 1809, et nommé en décembre suivant commandeur de la Légion-d’Honneur ; sa belle conduite pendant toute la campagne d’Andalousie (1810) lui valut le brevet de général de brigade.

En 1814, Napoléon avait confié au général Chassereaux le commandement des troupes qui se trouvaient à Orléans ; Louis XVIII le conserva dans ce poste et le créa chevalier de Saint-Louis. Pendant les Cent-Jours, il organisa en dix jours dix bataillons qui furent dirigés sur Besançon, et fut mis à la tête d’une brigade faisant partie du camp placé entre Saint-Denis et la Villette.

Après le licenciement de l’armée, le général baron de Chasseraux se retira dans ses foyers, et fut mis à la retraite le 1er janvier 1816.

CHASTEL (LOUIS-PIERRE-AIMÉ, baron)[modifier]

lieutenant-général de cavalerie, né à Veigy, près de Carouge, en Savoie, le 29 avril 1774. Il s’enrôla en 1792 dans la légion des Allobroges, servit sous les ordres de Dugommier, à l’armée des Pyrénées-Orientales, et du général Bonaparte en Italie et en Égypte où il découvrit le zodiaque de Denderah. Il fut nommé major en second des grenadiers à cheval de la garde impériale, en 1805, à la suite de la bataille d’Austerlitz où sa bravoure l’avait fait remarquer de l’Empereur. Il passa ensuite en Espagne ; se distingua à la bataille de Burgos ; obtint en novembre 1808 le brevet d’officier de la Légion-d’Honneur, fut appelé en 1812 à l’armée de Russie et mérita, par sa belle conduite à la bataille de la Moskowa, d’être honorablement nommé dans le bulletin en juin 1815. Le général Chastel était employé au 2e corps de l’armée du Nord.

Il est mort à Genève le 26 septembre 1826, âgé de 52 ans.

Le lieutenant-général Chastel a été regardé à juste titre comme un des meilleurs officiers de cavalerie de l’armée française, et Napoléon en faisait un cas tout particulier. — On cite de lui des charges de cavalerie aussi brillantes que celles de Murat.

Son nom figure sur la partie Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

CHASTELLUX (CÉSAR-LAURENT, comte de)[modifier]

maréchal de camp, issu de l’ancienne et illustre famille de ce nom, dont l’origine remonte au temps des croisades, est né à Versailles en 1780. A peine âgé de quatre ans, il suivit ses parents qui accomgnèrent à Rome Mesdames Victoire et Adélaïde, tantes de Louis XVI, par suite des troubles révolutionnaires.

Il entra au service de la Sicile en 1801, devint adjudant-général, sous-chef d’état-major en 1810, rentra en France à cette époque et vécut dans la retraite.

Chargé par Louis XVIII en 1814, d’organiser la garde nationale à cheval de Paris ; créé colonel de cette légion et aide-major des chevau-légers du roi ; colonel du 8e chasseurs au second retour des Bourbons.

Elevé au grade de maréchal de camp, le comte de Chastellux reçut en 1823 le commandement de la cavalerie du 5e corps de l’armée d’Espagne, sous les ordres du maréchal Lauriston ; il fit le service de la tranchée au siège de Pampelune avec les généraux d’infanterie. Dirigé vers Saragosse, il atteignit le général Evariste San-Miguel à Trameled, et, avec des forces très-inférieures, le culbuta et le fit prisonnier.

Rentré en France, il commanda une brigade au camp de Lunéville, et fut nommé, en 1826, inspecteur général de cavalerie.

Député en 1820, il fut nommé Pair de France-après la campagne d’Espagne.

Il protesta en 1830 contre le changement de dynastie et se retira dans ses domaines de l’Yonne.

CHATRY DE LA FOSSE (GABRIEL-HENRI)[modifier]

né à Caen, le 13 juillet 1779, Chatry de la Fosse avait été un des premiers de son département à répondre à la proclamation du premier Consul, au mois de ventôse, an VIII, qui appelait tous les conscrits sous les drapeaux. Il fit, avec le 9e régiment de dragons, la campagne de Marengo à la suite de laquelle il mérita le grade de maréchal-des-logis. L’année suivante, à l’affaire de Montebaldo, voyant que les tirailleurs se retiraient faute de cartouches, il courut à eux, leur donna les siennes, et vint en faire une nouvelle provision qu’il distribua lui-même sur toute la ligne, sans s’inquiéter du feu de l’ennemi. Quelques jours après, à Castel-Franco, comme deux sapeurs de son escadron étaient tombés au pouvoir d’un parti autrichien, il fondit au galop sur les ennemis, en tua deux, sabra le reste, délivra ses camarades et ramena deux prisonniers.

Nommé sous-lieutenant en l’an XI, Chatry de la Fosse servit avec distinction en Autriche, et en Prusse, dans la réserve de cavalerie du prince Murat. A Wellingen, les bulletins nous le montrent avec son régiment culbutant douze bataillons de grenadiers autrichiens à la tête desquels Mack tente vainement de nous disputer le passage du Leck. A Austerlitz, il traverse deux fois les bataillons russes, portant partout l’épouvante et la mort. A Iéna, il poursuit les débris de l’armée prussienne, et à Eylau, dans une charge conduite par Murat en personne, et dont le souvenir est inscrit glorieusement dans les fastes du 9e dragons, il contribua à rompre trois fois la ligne des Russes.

Désigné pour entrer aux dragons de la garde, à leur formation, il reçut la croix de légionnaire en Espagne, le 26 mai 1808, et combattit dans les rangs de la vieille garde à Wagram et en Russie. Pendant les campagnes de 1813 et 1814, nous le retrouvons comme major du 3e régiment de chevau-légers, au 1er corps de cavalerie de la grande armée, en Saxe et en France. Mis en non-activité au licenciement de 1815, il fut rappelé comme lieutenant-colonel aux dragons de la Garonne en 1816, prit le commandement des chasseurs de la Meuse (15e de l’arme) en décembre 1821, et servit à l’armée d’Espagne, puis à la division d’occupation de Cadix, de 1823 à 1828.

Il avait été fait commandeur de la Légion-d’Honneur le 17 octobre 1823.

Après les événements de 1830, le colonel Chatry de la Fosse obtint l’autorisation de passer au service de Belgique, où il organisa plusieurs régiments de cavalerie.

Créé maréchal de camp le 27 janvier 1833, il rentra en France en 1836 ; depuis cette époque jusqu’en 1840, date de son passage au cadre de réserve, il avait élé employé successivement dans les subdivisions du Puy-de-Dôme, de la Haute-Garonne et de la Vienne, et avait eu, en 1837, le commandement de la 2e brigade d’infanterie rassemblée sur la frontière des Pyrénées-Occidentales.

Il était en retraite depuis le mois d’avril 1848, lorsqu’il mourut le 24 juin de funèbre mémoire, de celle même année.

Le fils du général Chatry de la Fosse, qui a débuté dans la carrière comme simple soldat dans les dragons de la garde en 1811, est aujourd’hui colonel du 8e régiment de dragons.

CHAUVEL (FRANÇOIS-PIERRE-ALEXANDRE, baron)[modifier]

né à Honfleur (Calvados) le 23 décembre 1768, il entra au service le 14 juillet 1781. Sergent-major en 1789 et sous-lieutenant des grenadiers le 19 avril 1792, il fit, en cette qualité, les campagnes de 1792 et 1793 aux armées du Nord et du Centre. Lieutenant le 27 pluviôse an II et capitaine peu de jours après, il fut blessé à Fleurus et nommé chef de bataillon sur le champ de bataille.

Depuis, il se signala surtout au passage du Rhin, le 14 messidor an IV, et en l’an VII, à Berghem, où, à la tête d’un bataillon du 49e de ligne, il enleva 3 drapeaux et 4 pièces de canon aux Russes et fit prisonnier le général eu chef Hermann, ainsi que son état-major ; puis à Castricum, à Nuremberg, à Austerlitz, où il reçut les épaulettes de colonel sur le champ de bataille, à Iéna, à Friedland, où il fut nommé officier de la Légion-d’Honneur, au passage du Tage et à la prise de Talaveira.

Ces deux faits d’armes lui valurent le grade de général de brigade, le 10 mars 1809 ; il se couvrit de gloire à la bataille d’Ocaña, où il eut deux aides-de-camp renversés à ses côtés, puis au combat meurtrier de Bion-Venida, et enfin pendant toute la campagne de Russie.

Le 5 novembre 1814, le roi le nomma chevalier de Saint-Louis. Il commandait en août 1815 le département de la Haute-Vienne, et fut mis à la retraite peu de temps après. Il avait reçu cinq blessures et assisté à 125 batailles ou grands combats et à quatre siéges.

CHEMINEAU (JEAN)[modifier]

Le lieutenant général baron Chemineau, né le 26 avril 1771 à Grelet, près Angoulême, entra dans le 4e bataillon de la Gironde, en qualité de sergent-major, le 23 septembre 1791. Il fut fait sous-lieutenant le 11 juillet 1792, rejoignit l’armée du Nord à Hondscoote, y fut blessé grièvement et nommé lieutenant. — Capitaine le 17 août 1794, il combattit vaillamment sur le Rhin et en Italie, notamment à la défense du pont du Var.

Nommé chef de bataillon sur le champ de bataille, puis major au 61e de ligne en décembre 1803, il fut décoré le 26 mars suivant.

Il fit les campagnes d’Autriche et de Prusse et prit part au siège de Dantzig. Chargé de suivre l’ennemi qui fuyait sur Pillau, il se jeta sur les Russes, à la tête d’un escadron du lle chasseurs, enleva 3 pièces de canon et fit 800 prisonniers.

Nommé officier de la Légion-d’Honneur après cette brillante affaire où il eut un cheval tué sous lui ; il prit à Friedland le commandement de la brigade du général Cohorn qui avait été mis hors de combat, soutint les efforts des Russes et contribua au succès de la bataille ; il eut pour récompense le grade de colonel du 76e de ligne. Créé baron en 1808 et général de brigade en juin 1811, il commanda en Portugal une des brigades du général Foy et se distingua dans la retraite qui suivit la funeste journée des Arapyles.

Les Anglo-Portugais avaient enfoncé, à Alba, un des carrés de notre arrière-garde. Le général Chemineau vit le danger, s’avança avec un bataillon du 69e, arrêta la cavalerie anglaise dont il fit un grand carnage et laissa au général Foy le temps d’accourir et de repousser l’ennemi.

En octobre suivant, la division Foy se présenta devant Palencia et somma la place qui promit d’ouvrir ses portes si le général Foy se présentait en personne : le général envoya un aide-de-camp précédé d’une trompette ; les Espagnols firent feu sur eux. Le général Foy indigné ordonna l’assaut. Chemineau dispose ses colonnes, ; l’effet du canon lui paraît trop lent, il fait briser les portes à coups de hache, pénètre dans les rues, culbute et chasse les Espagnols, emporte le pont du Carriou qu’ils cherchent à défendre et s’empare des barils de poudre disposés pour le faire sauter.

Le général Chemineau se distingua depuis à Weissenfeld et à Lutzen où il fut très-grièvement blessé, fut amputé d’une jambe, et eut deux chevaux tués sous lui..

L’Empereur le nomma, en récompense, général de division (31 juillet 1813) et commandeur de la Légion-d’Honneur.

La Restauration le fit chevalier de Saint-Louis et le chargea du commandement de la Vienne, de la Charente-Inférieure et des Deux-Sèvres. Plus- tard il fut admis à la retraite (15 avril 1832).

CLAPARÈDE (MICHEL)[modifier]

né le 28 août 1772, à Gignac (Hérault). Sa famille était ancienne dans la robe. Il s’engagea dans un bataillon de volontaires et suivit ce corps dans les Alpes. Son intelligence et son courage le firent nommer capitaine. Ayant suivi en Italie le général Bonaparte, il fut créé chef de bataillon, envoyé à l’armée du Rhin où, le 15 septembre 1800, il fut nommé adjudant-général.

A Saint-Domingue, où il suivit le général Leclerc, il se distingua en toutes les rencontres et mérita le titre de général de brigade. Revenu en France en 1804, il joignit l’armée à Boulogne, assista aux affaires d’Ulm et d’Austerlilz où il se trouva aux prises avec la droite de l’armée russe qu’il couvrit de mitraille et mit en déroute. Il se distingua de nouveau à Saalfeld, à Iéna, à Pulstuck, à Ostrolenka, à Borky, à Drewkenowo.

Nommé général de division, le 8 octobre 1808, il attaqua l’arrière-garde autrichienne, en avant d’Ebersberg, la rompit, s’élança sur les pièces et les troupes qui défendaient le pont de la Traun, précipita hommes et canons dans la rivière et déboucha avec une poignée de braves devant 30,000 Autrichiens que commandait Hiller. Sa position, néanmoins, ne tarda pas à devenir critique : le feu ayant détruit le pont et les maisons auxquelles il aboutissait, toute retraite était impossible. Ce ne fut qu’après trois heures d’un combat furieux qu’il fut secouru et dégagé. La division Claparède, est-il dit dans le bulletin qui rendit compte de cette affaire, seule et n’ayant que quatre pièces de canon, lutta, pendant trois heures contre 30,000 hommes et se couvrit de gloire. Cette action d’Ebersberg est un des plus beaux faits d’armes dont l’histoire puisse conserver le souvenir. Le général en vint de nouveau aux mains à Esling, fut blessé dans cette effroyable mêlée, et reçut bientôt après le commandement de la 1re division de l’armée de Dalmatie, qui concourut si vaillamment à fixer la fortune à Wagram.

Créé grand officier de laLégion-d’Honneur, il alla combattre en Espagne et en Portugal, y rendit de nouveaux services, fut rappelé à la grande armée en 1812 et chargé du commandement eu chef d’un corps Polonais. Il assista à la bataille de la Moskowa, combattit à la Bérésina et y fut encore blessé.

Il continua à se distinguer pendant la campagne de 1813, rentra en France après les désastres de Leipzig, fit partie du corps du duc de Raguse et prit part à la bataille sous les murs de Paris.

Après le second retour des Bourbons, le général Claparède fut appelé au commandement de la place de Paris, el nommé inspecteur général des troupes de la 1re division militaire.

Appelé à la Chambre des pairs, il mourut à Montpellier (Hérault) le 23 octobre 1842.

Son nom est inscrit au côté Est de l’arc de l’Étoile.

CLARKE (HENRI-JACQUES-GUILLAUME)[modifier]

né à Landrecies le 17 octobre 1765, Irlandais d’origine.

Élève de l’École militaire de Paris, sous-lieutenant au régiment de Berwick en 1782 ; capitaine dans le régiment de colonel-général en 1784 ; employé de l’ambassade à Londres en 1790 ; chef d’escadron de cavalerie en 1792 ; colonel du 2e régiment de cavalerie légère ; général de brigade en 1793 ; chef d’état-major de l’armée du Rhin et bientôt suspendu de ces fonctions en 1795 ; chef du bureau topographique de la guerre et nommé général de division par le Directoire, aussi en 1795 ; envoyé en mission secrète près de Bonaparte et chargé de le surveiller ; disgracié en 1797 ; commandant de Lunéville lors du Congrès ; chargé d’affaires près du roi d’Etrurie ; conseiller d’État et secrétaire du cabinet de l’Empereur, pour la marine et la guerre ; gouverneur de Vienne en 1805 ; ministre de la guerre en 1807 ; comte d’Hunebourg ; duc de Feltre ; pair de France en 1814 ; ministre de la guerre avant et après les Cent-Jours ; MARÉCHAL DE FRANCE en 1817.

Mort le 28 octobre 1818, laissant une fortune de 8 millions.

Napoléon l’a jugé assez sévèrement comme militaire. Il ne lui reconnaissait aucun talent pour le commandement. — Clarke était grand travailleur.

En 1814, il abandonna vite son bienfaiteur et traita avec les Bourbons ; mais Napoléon, qui ne pouvait croire à cette trahison, lui laissa son portefeuille. Il eut lieu de s’en repentir : tout ce qui tenait au département de la guerre alla de telle façon, que l’Empereur, sur la route de Fontainebleau, s’écriait : « Clarke est un vilain homme ; on me l’avait dit ; mais je n’aurais pas voulu le croire. »

Pendant les Cent-Jours, il se sauva à l’étranger et rentra à la suite des armées alliées.

Ce fut lui qui classa l’armée par catégories, provoqua l’établissement des cours prévôtales et persécuta pendant deux ans nos malheureux généraux.

Clarke n’a gagné aucun de ses grades sur le champ de bataille.

CLAUSEL (BERTRAND)[modifier]

comte et maréchal de France, est né à Mirepoix (Ariège), le 12 décembre 1773. Volontaire en 1791, sous-lieutement au 43e de ligne, capitaine de chasseurs à cheval en 1792, adjudant-général en 1793, chef d’état-major de la division Pérignon, général de brigade et commandant de Bologne, lors de la retraite de Schérer en Italie, général de division à l’armée de Saint-Domingue, gouverneur de Raguse en 1807, commandant en chef de l’armée française en Espagne après la bataille de Salamanque, commandant en chef de l’armée des Pyrénées pendant les Cent-Jours.

Compris dans l’ordonnance du 24 juillet 1814, il s’exila aux États-Unis. C’est à cette époque que Christophe et Péthion offrirent de grandes récompences au capitaine du bâtiment qui sauverait Clausel.

Rentré en France en 1820, il fut envoyé à la Chambre des députés en 1827, coopéra à la Révolution de juillet, et fut envoyé en Afrique, en qualité de gouverneur général.

Rappelé en France en 1831, il reçut le bâton de maréchal, fut renvoyé en Algérie en 1832 jusqu’en 1836 ; il commandait la première expédition de Constantine et y eut un échec par manque de renforts.

Mort à Secourrieu (Haute-Garonne) le 21 avril 1842.

Les principaux titres de gloire du maréchal Clausel sont les campagnes de 1810 et de 1811 en Espagne, pendant lesquelles il soutint tout le poids d’une guerre terrible.

En 1812, il fit cette brillante retraite, dite de Portugal, comparée à la retraite de Ney en Russie.

Lors du retour de l’île d’Elbe, il opposa, à la tête de l’armée du Midi, une énergique résistance aux ennemis qui envahissaient les départements du Midi.

Le maréchal Clausel a été un de nos plus brillants hommes de guerre.

Son nom est gravé sur l’arc de l’Étoile, côté Ouest.

CLÉMENT DE LA RONCIÈRE (FRANÇOIS-MARIE, baron)[modifier]

né le 2 février 1773 à Amiens (Somme), entra comme soldat au 13e régiment de chasseurs à cheval le 1er mars 1793, et obtint, les 15 mai, 10 juin et 1er septembre de la même année, les grades de maréchal-des-logis, de sous-lieutenant et de lieutenant.

En l’an II et en l’an III, il servit aux armées du Nord et de Sambre-et-Meuse, et fut promu au grade de capitaine le 1er vendémiaire an IV. Pendant quelques mois, il remplit à l’armée du Rhin les fonctions d’officier d’état-major auprès du général Lefebvre, et le 12 messidor, étant rentré à son régiment, il le suivit en l’an V à l’armée d’Italie et à l’armée de Rome.

Nommé le 1er ventôse chef d’escadron, il se distingua à Modène, à la bataille de la Trébia, où il fut blessé d’un coup de feu à la jambe gauche. A Monte-Alto, il attaqua, avec 150 chevaux, une division de 6,000 hommes, dont 800 de cavalerie, la mit en déroute et lui fit 1,000 prisonniers.

Nommé colonel à la suite du 19e régiment de chasseurs le 1er messidor an VII, il prit le commandement du 16e dragons le 22 du même mois. Il fit la campagne de l’an VII à l’armée de Naples, et fut envoyé en l’an IX, à l’armée gallo-batave, où il servit jusqu’en l’an X sous Augereau. En l’an XII, tandis que son régiment, qui avait fait partie du camp de Compiègne, tenait garnison à Soissons, il reçut le 19 frimaire, l’étoile de membre de la Légion-d’Honneur et celle d’officier le 25 prairial. Il ne fut élevé au rang de commandant de l’ordre que le 4 nivôse an XIV.

L’empereur le fit général de brigade le 31 décembre 1806, et lui conféra le titre de baron en 1808.

Employé à la grande armée, il eut un bras emporté le 22 avril 1809 à la bataille de Ratisbonne. Il était à peine guéri de sa blessure, lorsque Napoléon lui donna à commander, le 10 juin, une brigade de la division d’Hautpoul à l’armée de réserve. Le 11, il le récompensa de ses services par le grade de général de division, et le 8 août, il lui confia le commandement de l’École spéciale de cavalerie.

Remplacé dans ce commandement le 20 août 1812, il reçut, le 8 septembre, celui de la 27e division militaire. Il occupait ce poste lors des événements de 1814. et fit sa soumission au nouveau gouvernement. Louis XVIII le fit chevalier de Saint-Louis le 24 juillet.

Mis à la retraite le 6 octobre 1815, M. Clément de la Roncière fut rappelé à l’activité le 7 février 1831, et fut nommé inspecteur général de cavalerie dans les 2e et 3e divisions militaires le 17 mars.

En 1834, Louis-Philippe lui confia une inspection générale de gendarmerie et l’attacha à la commission de cette arme. Il fit ensuite partie du cadre de réserve (2° section), puis enfin fut mis à la retraite.

Son nom est gravé sur le monument de l’Étoile, côté Est.

CLERC (ANTOINE-MARGUERITE, vicomte)[modifier]

né le 17 juillet 1774 à Lyon, maréchal de camp, grand-officier de la Légion-d’Honneur, chevalier de Saint-Louis et de la Couronne de fer.

Parti comme simple soldat en 1790, au 10e régiment de chasseurs à cheval, il tinté fourrier en 1793, maréchal-des-logis-chef en 1794. Il conquit l’épaulette de sous-lieutenant sur le champ de bataille en 1797.

Le vicomte Clerc a fait les campagnes du Rhin et d’Italie avec une rare bravoure.

Blessé en 1793, il avait eu le corps traversé d’un coup de feu et la main frappée d’un coup de sabre à l’affaire de la Reult, en 1794. La même année, une nouvelle blessure l’atteignit, et en 1895, un coup de sabre faillit le tuer.

Le maréchal-des-logis-chef Clerc fit partie, en 1798, d’un peloton qui, sous les yeux du général Desaix, enleva la grand’garde du régiment de Wurmser (hussards), et fit prisonniers 200 hommes d’infanterie. Ainsi, avant d’être nommé sous-lieutenant, il avait brillamment servi pendant six campagnes et reçu quatre blessures.

Le vicomte Clerc servit dans toutes les autres campagnes de la République et de l’Empire. Il fit dix-neuf campagnes de guerre aux armées du Rhin, d’Italie, des côtes de l’Océan, d’Ulm, d’Austerlitz, de Prusse, de Pologne, d’Espagne, d’Autriche, de Russie, de Saxe et de France.

Mort en décembre 1846.

COCHOIS (ANTOINE-CHRISTOPHE)[modifier]

né le 19 décembre 1755, à Creutswald (Moselle. Fils d’un inspecteur des fermes du roi, il entra d’abord dans le corps de la gendarmerie rouge, à Lunéville, d’où il sortit le 15 mai 1772 pour s’engager ensuite comme simple canonnier dans le régiment de Strasbourg-Artillerie.

Incorporé, le 18 février 1774 dans le corps royal des carabiniers, il y devint maréchal-des-logis le 23 octobre 1782, et adjudant sous-officier le 23 avril 1785 ; le 26 décembre 1788, il était appelé à l’honneur de porter l’étendard du corps d’élite auquel il appartenait. Cochois fut nommé sous-lieutenant et lieutenant les 1er avril et 15 septembre 1791. Il se fit remarquer au début de la campagne de la Moselle, et reçut, le 1er juin 1792, les épaulettes de capitaine.

Dans le mois d’octobre 1793, étant à la tête de son escadron aux environs de Neukirchen, sur la Sarre, il courut au secours du 3e régiment de hussards, vigoureusement chargé par un corps de cavalerie considérable, attaqua l’ennemi avec impétuosité et le força à rebrousser chemin. Comme il le poursuivait avec plus d’audace que de prudence, on l’avertit qu’il allait tomber sous le feu d’une batterie vers laquelle l’ennemi se retirait : Tant mieux, dit-il, s’il y a du canon, il y aura plus de gloire. Il n’arrêta son mouvement de poursuite que quand il vit un grand développement de forces s’apprêter à lui faire un mauvais parti. Il se distingua de nouveau, le 30 novembre suivant, à l’attaque infructueuse de l’armée prussienne, retranchée à Kaiserlautern, fut blessé d’un coup de mitraille en poursuivant trop chaudement le reste de la cavalerie ennemie, échappée au carnage qu’en avait fait le 1er régiment de carabiniers. C’est vers cette époque que le capitaine Cochois refusa le titre de colonel, qui lui était offert par le 6e régiment de dragons (1). Le 1er de carabiniers, qui avait pris une part glorieuse aux brillantes affaires de 1793, passa à l’armée du Nord, où il fit, avec une grande valeur, les guerres des ans II et III. Le 5 floréal an II, ce corps était vers Avesnes-le-Sec, sous Bouchain, au moment de la déroute de nos troupes, et se vit pris en flanc par une colonne de 12 à 1,400 chevaux. Résolu de soutenir seul l’honneur de son arme, le brave Cochois se disposa à l’attaquer en l’absence du colonel, qui s’était porté sur un petit mamelon pour observer la marche des troupes ennemies. Le plus brillant succès couronna son audace : une partie de cette cavalerie resta sur le champ de bataille, tandis que l’autre s’enfuit épouvantée. Dans cet engagement, le vaillant capitaine tua de sa main le commandant ennemi qui l’avait manqué d’un coup de pistolet. Après ce combat, qui fit donner aux carabiniers le surnom de Bouchers de l’armée, Cochois se rendit à l’état-major général pour solliciter qu’il ne fût pas fait mention de lui dans le rapport sur cette affaire, afin, disait-il, de ne pas ajouter aux regrets de son colonel, le marquis de Jaucourt. Deux jours après, la division Chapuis, forte de 30,000 hommes, tenta, mais en vain, une attaque sérieuse sur Cateau-Cambresis. Là aussi, le 1er régiment, entouré d’ennemis, se battit avec le plus grand courage, repoussa toutes les attaques et rentra dans Cambrai avec deux bataillons qu’il avait sauvés. Démonté à la malheureuse affaire de Sainghien, le 21 du même mois (floréal), il resta au milieu de l’ennemi, dans le village de Baisieux, entre Lille et Tournay. Il parvint cependant à gagner une maison dont l’honnête habitant prit soin de le cacher et de le faire évader.

Après la prise de Boxtel, le 28 fructidor an II, la brigade de carabiniers, faisant une reconnaissance sur l’armée anglaise, que l’on supposait en position, se trouva tout à coup en face d’une très-forte avant-garde, qui venait elle-même reconnaître nos troupes. Le capitaine Cochois, à la tête de son escadron, qui s’était trop avancé, tomba avec tant de résolution et de vivacité sur les premières colonnes, qu’il les renversa. Ce mouvement, qui avait démasqué l’entrée de la plaine, permit à la brigade de se déployer et d’arrêter l’avant-garde ennemie, qui se hâta de prendre la fuite. Nommé chef d’escadron le 10 messidor an III, Cochois fit les campagnes de l’an IV à l’an VII aux armées de Rhin-et-Moselle, d’Allemagne, d’Angleterre, du Danube et du Rhin, et reçut, le 12 vendémiaire, an VIII, le brevet de colonel. Le 30 prairial suivant, il exécuta, à la tête de son régiment, le fameux passage du Danube, franchi par le 1er carabiniers, à pied et homme par homme, sur le mauvais pont de Blenheim. Arrivé sur la rive opposée, il attaque un corps de 4,000 hommes, infanterie et cavalerie, enfonce deux bataillons et culbute les escadrons qui cherchent à lui opposer de la résistance : 10 pièces de canon, 1 obusier, 50 hussards montés, 200 chevaux d’équipage, 1,500 hommes d’infanterie et 3 drapeaux furent le résultat de cette brillante charge. En apprenant cet heureux fait d’armes, le général Moreau s’écria : « Les carabiniers ne sont couverts de gloire ! »

Le colonel Cochois reçut les éloges les plus flatteurs des généraux Lecourbe et Laval, témoins de cette vaillante action. Il fut nommé membre de la Légion-d’Honneur, le 19 frimaire an XII, et officier du même ordre, le 23 prairial suivant. La campagne de l’an XIV termina glorieusement la carrière militaire de ce brave ; il se distingua dans cette audacieuse course de Nuremberg, à la poursuite de la cavalerie du prince Ferdinand, où, à la tête de 300 carabiniers, il joignit le corps ennemi, qui avait près de deux journées d’avance sur lui, l’arrêta par un combat brillant et donna le temps au 2e régiment d’arriver. Il reçut dans cette affaire un coup de pistolet dans les reins, et mérita une mention honorable et spéciale dans le rapport du prince Murat. Sa blessure n’était pas encore cicatrisée, lorsqu’il partit du dépôt avec un détachement qu’il avait formé et alla rejoindre son régiment ; il eut la douleur de n’y arriver que le lendemain de la bataille d’Austerlitz. Il fut nommé général de brigade le 3 nivôse an XIV ; mais ne pouvant continuer un service actif, il fut destiné à un commandement dans l’intérieur, et il resta, en attendant, à la tête de son régiment. Le général Cochois ne quitta le corps qu’au mois de juillet 1806, pour aller prendre le commandement de la place de Lyon, dont il était pourvu par décret du 13 juin. Il fut admis à la retraite, le 24 décembre 1814, et habitait Lyon en 1815, lorsque Napoléon fit son entrée dans cette ville. Il se retira depuis en Lorraine et fit choix de Nancy pour y fixer sa résidence.

(1) Ce corps ayant appris que la brigade des carabiniers, appelée par le général Pichegru, allait arriver, supplia le général de lui donner un colonel pris parmi les officiers de cette arme. Pichegru en fit la proposition au capitaine Cochois, qui refusa. Ce fut le capitaine Fauconnet, du même régiment, que l’on nomma à sa place.

COEHORN (LOUIS-JACQUES, baron de)[modifier]

né à Strasbourg le 16 janvier 1771, de la famille du fameux Coehorn, surnommé le Vauban hollandais, embrassa le parti des armes à l’âge de 12 ans, était en 1789 lieutenant au régiment d’Alsace, capitaine en 1792 ; il fit les campagnes d’Amérique.

Revenu en France pour une maladie grave, on refusa de lui rendre son grade ; il servit noblement, comme simple soldat, pendant six mois ; Hoche le fit réintégrer ; nul ne surpassait en courage cet intrépide officier. Il se distingua dans toutes les campagnes.

Après la prise de Kaiserslautern, il voulut réprimer les excès d’une colonne de chasseurs qui se livrait au pillage, il fut reçut par des huées. Indigné, Coehorn menace de punir de mort les pillards, on lui rit au nez : alors il en étend un à ses pieds d’un coup de feu et en blesse un autre. Dès le premier instant les mutins sont interdits, bientôt ils s’insurgent tous, Coehorn se retourne vers eux, leur fait de nouvelles menaces : » mais, ajoute-t-il, si quelqu’un veut venger la mort de son camarade, me voilà prêt, » et il jette ses armes ; plusieurs de ces hommes se précipitent alors sur lui et lui font onze blessures. Quelques officiers parvinrent à grand’peine à lui sauver la vie.

A l’affaire d’Ebersberg (3 mai 1809), sa division, séparée du reste de l’armée, par l’incendie du pont sur la Traun, eut à lutter pendant trois heures et avec quatre pièces d’artillerie seulement contre 40,000 Autrichiens. Coehorn, devenu général depuis 1807, déploya en cette circonstance la plus grande valeur. Napoléon a comparé cette affaire, vu son importance, au passage du pont de Lodi. Le général Coehorn se trouva aux batailles d’Aspern, d’Essling, de Wagram, et plus tard à celle de Lutzen et de Bautzen ; il eut la cuisse emportée par un boulet à la bataille de Leipzig, resta au pouvoir de l’ennemi et mourut de sa blessure à Leipzig.

COLAUD (CLAUDE-SYLVESTRE, comte)[modifier]

fils d’un négociant de Briançon (Hautes-Alpes), naquit dans cette ville le 11 décembre 1754.

Il passa les premières années de son enfance en Corse, où son père avait transporté son commerce. Après avoir fait ses études au collège de la Ciotat, le jeune Colaud s’engagea dans un régiment de dragons à l’âge de 17 ans. Il était lieutenant aux chasseurs d’Alsace au commencement de la Révolution.

Nommé capitaine en 1792, Kellermann, qui appréciait déjà ses brillantes dispositions pour la carrière des armes, le prit auprès de lui comme aide-de-camp. Son premier exploit dans cette campagne lui valut le grade de colonel du 20e régiment de chasseurs à cheval.

Devenu peu de temps après général de brigade, il combattit sur la frontière du Nord, sous les généraux de Dampierre, Lamarche, Larcher. Lorsque les troupes de la coalition forcèrent le camp de Famars, le 23 mai 1793, Colaud commandait le corps des flanqueurs de gauche à l’abbaye d’Harmont. Il courut de grands périls dans cette journée ; pressé, enveloppé par les ennemis, on le somma plusieurs fois de se rendre. Il ne répondit à cette sommation que par un redoublement de valeur, parvint à couvrir la retraite de l’armée, et effectua paisiblement la sienne sur Bouchain. Le général Lamarche se plut à rendre hommage à ses talents, à sa rare intrépidité, et avoua que le salut des troupes était dû à l’habileté de ses manœuvres.

Il couvrit encore la marche rétrograde qui suivit la perte de Valenciennes et la déroute du camp de César.

A la bataille de Hondscoott, où il fit des prodiges de valeur, Colaud fut dangereusement blessé d’un coup de biscaïen. Le grade de général de division fut la récompense de ce dernier exploit. Aussitôt après son rétablissement, il se rendit à Toulon, où il réduisit les insurgés qui s’étaient emparés des armes de l’arsenal. Il rejoignit ensuite l’armée du Nord, aux ordres du général Pichegru, passa à l’armée de la Moselle, dont l’avant-garde lui fut confiée, coopéra puissamment à la prise de Trêves, s’empara des redoutes de Trubach, battit les Prussiens, les contraignit à repasser promptement la Nahe, et alla former lé blocus de Mayence. Pichegru venait de quitter le commandement de Paris pour se rendre à l’armée du Rhin, lorsque le Comité de salut public invita Colaud à le remplacer. Ce général s’y refusa. En 1797, il se signala de nouveau à la bataille de Siegberg, livrée par le général Kléber. Le ministre lui écrivit à cette occasion : « C’est à vos dispositions sages et promptement exécutées qu’on est redevable des succès obtenus à la bataille de Siegberg : le Directoire en est instruit, et vous en témoigne sa satisfaction particulière. »

Au combat d’Amberg, au blocus de Mayence, à celui d’Erenbreitstein, le général Colaud donna de nouvelles preuves de sa valeur.

Appelé au commandement de la Belgique en 1798, il réprima par son énergie et l’activité de ses mesures l’insurrection qui venait d’éclater parmi les habitants de ce pays, nouvellement réuni à la République française. Bernadotte commandait le blocus de Philisbourg, lorsqu’il reçut l’ordre d’aller le remplacer.

Deux ans après, il contribua au succès de la mémorable bataille de Hohenlinden. Le premier Consul le présenta comme candidat au Sénat conservateur, le 9 janvier 1801. Reçu au nombre de ses membres, le 13 février suivant, le général Colaud fit partie, en 1805, de 1a députation chargée d’aller complimenter l’Empereur sur ses victoires. Immédiatement après, il quitta la toge sénatoriale pour aller commander les troupes françaises, sous Louis-Napoléon, en Hollande.

De retour à Paris, il n’y fit qu’un séjour de courte durée. Après la campagne de Vienne, pendant laquelle il combattit avec distinction, il se rendit à Anvers, le 11 août 1809, pour prendre le commandement de cette ville, lorsque Flessingue tomba au pouvoir des Anglais. A partir de cette époque, le général Colaud sembla faire cause commune avec le parti qui, dans le Sénat, protestait contre les vues ambitieuses de Napoléon. On lui attribue même quelques propos pleins d’aigreur et d’amertume contre ce monarque. Il fut un des premiers à voter sa déchéance.

Nommé pair de France le 4 juin 1814, chevalier de Saint-Louis le 27 du même mois, ce général se tint éloigné des affaires publiques pendant les Cent-Jours. Après le second retour du roi, il rentra à la Chambre des pairs, où il plaida chaleureusement la cause de l’infortuné maréchal Ney. Colaud mourut à Paris le 3 décembre 1819.

COLBERT (PIERRE-DAVID dit ÉDOUARD, comte de)[modifier]

fils du comte de Colbert, riche propriétaire, né à Paris le 18 octobre 1774. Il entra au service le 23 août 1793 et fit la campagne de cette année à l’armée du Haut-Rhin, avec le bataillon de Paris, le Guillaume-Tell. Il passa de ce corps dans le 11e de hussards, fut maréchal-des-logis en septembre et sous-lieutenant en octobre 1793 ; employé dans la Vendée, il fut suspendu comme royaliste par le général Hoche.

Il suivit, comme volontaire, l’expédition d’Égypte et fut fait commissaire des guerres ; puis reprit du service, fut blessé et nommé capitaine au 3e de dragons, puis enfin aide-de-camp du général Damas ; adjudant-major des Mamelucks, aide-de-camp de Junot, qu’il suivit à l’armée des Côtes.

M. Colbert quitta Junot en 1807 et suivit le major général Berthier avec les mêmes fonctions. Il assista à la bataille d’Austerlitz, y fut blessé et fait chef d’escadron. A Iéna et à Pulsiuck, il combattit vaillamment et fut fait colonel du 7e hussards. Il prit part aux batailles d’Eylau et de Friedland.

Créé baron en 1808, M. Colbert fut fait général de brigade le 9 mars 1809 ; il chargea et culbuta les hussards de Ott, à la bataille de Raab et tailla en pièces plusieurs escadrons de l’insurrection hongroise, et presque aussitôt accourut au secours du 9e hussards, que les Autrichiens étaient sur le point d’accabler.

A Wagram, le général Colbert reçut trois coups de feu à la tête et fut nommé commandant de la Légion-d’Honneur. Attaché à la garde impériale en 1811, il forma le 2e lanciers et conduisit la brigade, entière en Russie, sous les ordres du duc d’Istrie. Dans toutes les affaires il se distingua. A Bautzen, il rompit, culbuta les Russes et les tailla en pièces.

Le 25 novembre 1813, il fut nommé général de division.

Le général Colbert se conduisit vaillamment à Montmirail, à Champ-Aubert et à Nangis. Il se rallia aux Bourbons, fut créé chevalier de Saint-Louis et reçut le commandement du corps des lanciers de la garde royale.

Au retour de Napoléon, le général Colbert demeura indécis jusqu’au 23 mars. Lorsqu’il reparut aux Tuileries, l’Empereur lui dit d’un ton glacial : « Général Colbert, il y a trois jours que je vous attends. »

Toutefois, Napoléon lui confia un commandement dans la garde. Il combattit à Waterloo et y fut blessé.

Après le licenciement de l’armée de la Loire, les Bourbons gardèrent rancune à Colbert, qui rentra dans ses foyers.

En 1816, il y fut arrêté sans motif connu et détenu à l’Abbaye pendant deux mois. Devenu libre, il dut s’exiler. L’année suivante, il fut rappelé. Après dix ans de non-activité, il fut employé comme inspecteur général de cavalerie et commanda une division au camp de Lunéville. C’est lui qui fut chargé, après la Révolution de Juillet, du licenciement des huit régiments de cavalerie de l’ex-garde royale.

En 1834, le général Colbert devint aide-de-camp du duc de Nemours, accompagna ce prince en Afrique et fit partie de la première expédition de Constantine.

Pair de France en 1838, grand-croix depuis 1839, il fut blessé auprès du roi en 1835, par la machine de Fieschi.

COLBERT (LOUIS-PIERRE-ALPHONSE, comte)[modifier]

naquit le 29 juin 1776 à Paris Seine). Il est le frère puîné du précéent. Volontaire le 22 vendémiaire an II, dans le 7e bataillon de Paris, dit Guillaume-Tell, il passa le 1er pluviôse suivant dans le 7e régiment de chasseurs à cheval, et le 17 thermidor an III dans la légion de police de Paris, qu’il quitta le 17 germinal an IV pour entrer dans le 11e régiment de hussards.

Nommé adjudant provisoire aux commissaires des guerres par le général en chef de l’armée d’Orient le 7 floréal an V, il devint commissaire des guerres le 1er vendémiaire an VII, et commissaire ordonnateur par nomination du capitaine-général de Saint-Domingue le 28 vendémiaire an XI.

Il servit de l’an II à l’an IX aux armées de l’Ouest, de Sambre-et-Meuse, d’Italie et d’Orient. Passé à Saint-Domingue, il y remplit les fonctions d’ordonnateur pendant les ans X et XI ; le premier Consul confirma sa dernière nomination par arrêté du 2 pluviôse suivant. Rentré en France, il fut nommé membre de la Légion-d’Honneur le 4 germinal an XII.

Il fit la campagne de l’an XII à l’armée des Côtes, celles de l’an XIII à 1808 aux armées d’Italie et de Naples. Le 14 novembre 1808, il abandonna la carrière administrative, et entra, à cette date, comme chef d’escadron dans le régiment des vélites à cheval de la garde de Joseph-Napoléon, alors roi des Deux-Siciles. Un décret impérial du 19 de ce mois l’autorisa à rester au service de ce prince. Il devint major de son régiment le 12 décembre de la même année, et colonel aide-de-camp du roi Murat le 28 février 1810.

Ayant donné sa démission du service de Naples le l5 décembre 1811, il fut réadmis au service de France le 11 janvier 1812 avec son grade de colonel, et placé à la tête du 9e régiment bis de hussards, devenu le 12e, alors à l’armée d’Espagne, il le rejoignit.

A l’affaire de Barbastro, il enleva trois positions à l’ennemi, le poursuivit dans sa fuite, et le força à abandonner de nouveau et en désordre le lieu où il s’était rallié. Peu de temps après, il attaqua la colonne du général espagnol Saarfield, et, malgré la supériorité de ses forces, il la mit en pleine déroute.

Rentré en France au commencement de 1814, sa brillante conduite sous les murs de Lyon, contre l’armée autrichienne, les 11, 18 et 20 mars, lui mérita, le 3 avril, le brevet de général de brigade.

Louis XVIII le confirma dans ce grade le 9 juillet, le fit chevalier de Saint-Louis le 19 du même mois, et officier de la Légion-d’Honneur le 28 septembre suivant.

Appelé le 6 mars 1815 au commandement d’une brigade de l’armée organisée sous Paris pour arrêter la marche de l’Empereur, il suivit le mouvement des troupes sous ses ordres et se rangea sous le drapeau que Napoléon ramenait de l’île d’Elbe.

Le 31 du même mois, il était employé dans le 2e corps de l’armée du Nord.

La seconde Restauration ne lui tint pas longue rancune. Le ministre de la guerre le désigna, le 12 juillet 1818, pour être adjoint à l’inspection générale de la cavalerie stationnée dans la 12e division militaire (Nantes) : il remplit les mêmes fonctions l’année suivante.

Le 17 novembre 1824, il fut nommé membre de la commission de défense du royaume, et continua à être employé à à l’inspection des troupes.

A l’époque des événements de juillet 1830, le général Colbert commandait la 3e subdivision de la 8e division (Var),où il avait été appelé le 14 août précédent. Envoyé le 19mars l831 dans le département duG ard, il reçut le 20 avril suivant la croix de commandant de la Légion-d’Honneur. Il commandait le département de l’Hérault depuis le 29 juin 1835, lorsque le roi le nomma lieutenant-général, et le plaça, le 18 mai 1838, à la tête de la 13e division militaire.

Il est mort à Rennes dans l’exercice de son commandement, le 2 juin 1843.

Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

COLBERT (AUGUSTE-MARIE-FRANÇOIS, comte)[modifier]

naquit à Paris, le 18 octobre 1777, entra de bonne heure et comme simple soldat, au service ; mais il ne tarda pas à devenir aide-de-camp de Grouchy, puis de Murat, et servit avec eux en Italie et en Égypte.

Il prit part successivement à l’affaire de Saléhieh et au siége de Saint-Jean-d’Acre, où il reçut une blessure très-grave.

De retour en France avec Desaix, Colbert passa en Italie et se conduisit avec distinction à Marengo. Ses faits d’armes lui méritèrent l’étoile de la Légion-d’Honneur qui lui fut accordée le 19 frimaire an XII, et le 3 nivôse suivant, il reçut sa nomination au grade de colonel du 10e régiment de chasseurs. Ce fut en cette qualité qu’il se distingua, l’année d’après, devant Ulm et à la bataille d’Austerlitz. Élevé au grade de général de brigade, l’Empereur le chargea presque aussitôt d’une mission importante à Saint-Pétersbourg.

En 1806, le général Colbert justifia la confiance que Napoléon avait en lui. L’immortelle bataille d’Iéna lui fournit l’occasion de déployer tout son courage et toute son habileté ; il donna dans cette journée des preuves de valeur, et nous lisons dans le 8e bulletin de la grande armée que, à la tête du 3e hussards et du 2e chasseurs, il fit sur l’infanterie ennemie plusieurs charges qui eurent le plus grand succès. A la fin de cette campagne, il épousa la fille du sénateur de Canclaux.

Au commencement de 1809, envoyé en Espagne, le général Colbert commandait la cavalerie d’avant-garde du corps du duc d’Istrie. Sur la route d’Astorga, non loin de Villa-Franca, il fit 2,000 prisonniers, s’empara de quelques convois de fusils et délivra des hommes tombés au pouvoir des Anglais. Ce succès fut le dernier qu’il obtint ; car dans la même journée, le 3 janvier 1809, comme il faisait une reconnaissance avec quelques tirailleurs d’infanterie, il reçut une balle au front et tomba en s’écriant : « Je suis « bien jeune encore pour mourir ; mais au moins ma mort est celle d’un soldat de la grande armée, puisqu’en mourant je vois fuir les derniers et les éternels ennemis de ma patrie ! » On eût dit que Colbert avait le pressentiment de cette fin prématurée ; l’avant-veille de cette catastrophe, au moment où l’Empereur lui promettait de hautes destinées, il lui avait répondu : « Dépêchez-vous, Sire, je n’ai que trente ans, il est vrai, mais je suis déjà bien vieux. »

Par décret du 1er janvier 1810, Napoléon décida que la statue de Colbert, mort au champ d’honneur serait placée sur le pont de la Concorde. Ce projet ne fut point exécuté.

Son nom a été placé parmi ceux des guerriers qui décorent l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

COLLI-RICCI (LOUIS-LÉONARD-GASPARD-VENANCE)[modifier]

issu d’une famille noble du Piémont, naquit à Alexandrie, ancien département de Marengo, le 23 mars 1760.

Il entra dans le régiment de Montferrat en qualité d’enseigne, le 10 juin 1773, y devint sous-lieutenant-adjudant-major, le 10 juin 1774, lieutenant-adjudant-major, le 20 juillet 1775, et capitaine-lieutenant, le 2 mai 1781.

Le 27 juin 1786, il passa au régiment d’Acqui comme capitaine, et comme major au régiment de Mondovi, le 13 mars 1793. Il reçut le commandement du 2e bataillon de chasseurs, le 10 avril 1794, fut nommé lieutenant-colonel d’infanterie le 3 décembre de la même année, et chargé du commandement des troupes légères, le 10 mars 1797 ; avec le titre de chef d’état-major de la division auxiliaire réunie dans les environs de Novare.

Le 22 frimaire an VII, lors de la cession du Piémont, faite au Directoire par le roi Charles-Emmanuel IV, Colli passa au service de France.

Il avait fait les campagnes de 1792 à 1796 aux armées d’observation de Nice et de Tàrano, sous le ducd’Aoste et sous les généraux Strassoldo et de Wins. En 1793, il avait concouru à la reprise des vallées du Var et de Tinée,et il était parvenu à opérer dans celle de la Stura, la jonction de 5,000 hommes qu’il commandait, du corps de Strassoldo, avec les troupes aux ordres de de Wins.

Le gouvernement lui avait accordé une pension et la croix de Saint-Maurice pour sa conduite à Rauss, le 6 avril 1794.

Le 16 du même mois, après l’enlèvement des postes de Tanarda et de Tanarella, il avait mis beaucoup d’habileté à couvrir la retraite par le col de Fenestrelle.

Blessé le 6 novembre en enlevant la redoute de l’Argentière, il l’avait encore été le 22 juin 1795, en forçant les trois camps au-dessus de Garessio, ce qui lui avait valu une seconde pension.

Enfin, après quelques autres faits militaires assez remarquables, quoiqu’il eût éprouvé de grandes pertes à la bataille de Mondovi, il avait obtenu, en 1798, une troisième pension pour ses succès contre les insurgés de Carino et de Montferrat.

Il prit rang dans l’armée française comme adjudant-commandant chef d’état-major. Nommé général de brigade le 16 floréal suivant ; il servit sous Joubert et Moreau à l’armée d’Italie, dont il couvrit la retraite depuis Novi jusqu’à Pasturana.

A cette dernière affaire (28 thermidor), il reçut un coup de feu, deux coups de baïonnette et fut fait prisonnier. Ayant été échangé le 27 frimaire an IX, et envoyé de nouveau en Italie, il eut, le 12 germinal, un commandement dans la 27e division militaire.

Promu général de division, le 27 fructidor an X ; il se rendit, le 19 vendémiaire an XII, dans la 23e division militaire, dont il prit le commandement.

Membre et commandant de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial de la même année, il prit sa retraite le 21 mars 1806, et mourut à Alexandrie (Piémont), le 31 mars 1809.

Son nom figure parmi ceux des braves que l’on a gravés sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

COLOCOTRONI (THÉODORE)[modifier]

général grec, né en 1769, dans le Péloponnèse.

Avant la Révolution grecque, il s’était acquis une grande réputation comme chef de partisans, on pourrait dire comme chef de bandits. Il se faisait remarquer surtout par son audace et par sa cruauté. Forcé de s’exiler, il prit tour à tour du service dans les armées de la Russie et de l’Angleterre.

Au moment où la Révolution grecque éclata (avril 1821), il habitait les îles Ioniennes, où il exerçait la profession de boucher ; il s’embarqua alors, passa en Morée et devint un des chefs principaux de l’armée révolutionnaire.

Aussi habile que brave, il sut se défendre avec succès contre les attaques des Turcs, jusqu’à la bataille de Navarin ; mais l’indépendance de la Grèce proclamée, il se montra l’un des ennemis les plus violents du roi Othon.

Accusé du crime de haute trahison, il fut condamné à mort ; le jeune roi commua d’abord sa peine, puis lui accorda pardon complet et lui rendit ses grades, ses honneurs et ses propriétés.

Il mourut le 16 février 1843, âgé de 74 ans. Le jour de ses funérailles, il fut conduit à sa dernière demeure par la population d’Athènes, les troupes de la garnison, les dignitaires de l’État et les représentants des grandes puissances.

COMBES (MICHEL)[modifier]

né à Feurs (Loire), débuta dans l’art militaire à Austerlitz, et assista à la plupart des batailles de l’Empire.

Il était à Ulm,à Iéna, à Eylau, à Friedland, à Bautzen, et au mont Saint-Jean.

En 1831, lorsque la Romagne s’était insurgée contre le Saint-Siége, auquel elle demandait des réformes, impuissant à la réduire par ses propres forces, le pape implora l’appui de l’Autriche, et, à sa demande, six mille Autrichiens furent introduits à Bologne, le 28 janvier 1832.

Pour arrêter les suites de cette espèce d’invasion, le cabinet français résolut d’occuper Ancône. Un vaisseau, le Suffren, et deux frégates, l'Artémise et la Victoire, mirent à la voile, de Toulon, le 7 février 1832, sous les ordres du capitaine de vaisseau Gallois, et avec deux bataillons du 66e régiment, forts de 1,100 hommes, et commandés par le colonel Combes.

La division navale parut le 22 février en vue d’Ancône. La nuit venue, les dispositions sont faites pour le débarquement. Une partie des troupes descend à terre à trois heures du matin, et marche sur la ville dont les portes étaient fermées. Une d’elles est enfoncée à coups de hache par les sapeurs du 66e, aidés de quelques matelots.

Les Français se précipitent dans la ville, partagés en deux colonnes, l’une dirigée par le colonel Combes, l’autre par un chef de bataillon. Les différents postes occupés par les soldats pontificaux sont désarmés, et à la point du jour toute la ville est au pouvoir des Français.

A midi, le colonel Combes se porte avec un bataillon à la citadelle, et somme le commandant de se rendre. Sur les réponses dilatoires de celui-ci, Combes s’écrie :

« Nous ne sommes point ici en ennemis de Sa Sainteté ; mais nous ne pouvons permettre que les troupes autrichiennes, qui sont en marche, viennent occuper la citadelle : de gré ou de force, il faut qu’elle soit à nous ! Voyez donc, commandant, si vous voulez prendre sur vous la responsabilité des hostilités qui vont s’engager entre le Saint-Siège et la France. Je vous donne deux heures pour délibérer sur ma demande. J’espère que votre décision nous épargnera la douleur de voir tant de braves gens s’entr’égorger. Dans deux heures donc, la place ou l’assaut ! Soldat de la vieille garde, je n’ai jamais manqué à ma parole ! »

Ce langage et l’attitude du colonel Combes en imposèrent à la garnison, et, à trois heures de l’après-midi, il prenait possession de la citadelle.

Plus tard le colonel Combes fut envoyé en Algérie, où il commanda le 47e de ligne. Il prit part à presque toutes les affaires jusqu’à la prise de Constantine.

Le 13 octobre 1837, à 7 heures du matin, l’assaut de la place de Constantine fut ordonné. Dès que la première colonne, sous les ordres du colonel de Lamoricière, a dépassé la brèche, le colonel Combes s’élance pour la soutenir à la tête de la deuxième colonne. Il arrive sur la muraille, au moment même où une explosion terrible éclate et ravage les rangs des assaillants. Il prend aussitôt le commandement que le colonel de Lamoricière, blessé et privé de la vue dans l’explosion, cesse d’exercer.

Reconnaître l’état des choses, disposer ses hommes de manière à assurer la conservation du terrain déjà occupé, prescrire les mesures propres à agrandir le rayon d’occupation, déboucher dans la grande rue du Marché, et enlever une forte barricade, tout cela est pour Combes l’affaire d’un moment.

Mortellement atteint coup sur coup en plein dans la poitrine, il refuse de quitter le combat pour aller se faire panser, et continue encore à commander ses soldats. Après s’être assuré de la réussite complète du mouvement qu’il a ordonné, il se retire lentement du champ de bataille, et seul, calme et froid, comme sous le feu de l’ennemi, il regagne la batterie de brèche et vient rendre compte au général en chef et au duc de Nemours de la situation des affaires dans la ville. Son rapport terminé, il ajoute avec le plus grand sang-froid :

« Ceux qui ne sont pas mortellement blessés pourront se réjouir d’un aussi beau succès. Maintenant je vais à l’ambulance, et si ma blessure n’est pas mortelle, je serai heureux de pouvoir verser encore mon sang pour mon pays. »

A le voir si ferme dans sa démarche, si naturel dans son attitude, si simple dans ses paroles, on n’aurait jamais supposé que ce fût là un homme quittant le lieu du carnage pour aller mourir. Le colonel Combes eut encore la force de retourner presque seul au bivouac de son régiment, et quelques minutes après, cette glorieuse victime était couchée sur son lit funèbre pour ne plus se relever.

Dans une visite que lui fit son ami, le général Boyer, Combes lui dit : « Mon cher Boyer, reçois mes adieux ; tu diras à Son Altesse Royale que je ne demande rien pour ma femme, rien pour les miens ; mais que, dans l’intérêt de mon pays, je lui recommande quelques officiers de mon régiment dont voici les noms… » ’

A peine le colonel avait-il achevé ces mots qu’il expira.

La piété des soldats pour leur chef a élevé à Constantine une tombe au brave colonel Combes. Ce monument, adossé à un marabout, regarde la porte Bad-el-Djédid et la brèche.

L’épitaphe suivante le décore :

Le 47e régiment de ligne,

A Michel Combes,
Son colonel,
Blessé à l’assaut de Constantine,
Le 13 octobre 1857, et mort le 13 du même mois.

Regrets éternels.

La ville de Feurs (Loire) avait décidé que la statue de Combes ornerait la principale place, et l’exécution en a été confiée au ciseau de M. Foyatier ; elle a été inaugurée le 16 octobre 1839.

Voici l’inscription gravée sur le monument, telle qu’elle a été arrêtée par l’Académie des inscriptions et belles-lettres :

A la mémoire
De Michel Combes, colonel du XLVIIe régiment,
Qui monta sur la brècbe de Constantine
A la tête de la seconde colonne d’assaut,
Continua de combattre et d’animer ses soldats,
Quoique blessé mortellement,
Et mourut après la victoire
Admiré de toute l’armée.
Cette statue
Est érigée dans sa ville natale ;
Et sous la base son cœur a été déposé
Par l’ordre

De Louis-Philippe 1er, roi des Français.

Une loi du 18 mars 1840 a accordé à sa veuve une pension de 2,000 francs, à titre de récompense nationale.

COMPANS (JEAN-DOMINIQUE, comte)[modifier]

né le 26 juin 1769, à Salière (Haute-Garonne). Il partit, comme volontaire, le 2 octobre 1789. Nommé capitaine dans le 3e bataillon des gardes nationales de son département, il se distingua aux armées des Alpes, d’Italie et des Pyrénées-Orientales. Devenu, en 1798 chef d’état-major de l’armée d’Italie, sa conduite dans tous les combats contre les Autrichiens et contre les Russes lui valut le grade de général de brigade. A Murazzo, à San Giacomo, à Montebello, il fit des prodiges de valeur, fut grièvement blessé à Austerlitz, et sut conquérir à Iéna le grade de général de division. Napoléon qui le regardait avec raison comme un de nos meilleurs généraux, ne tarda pas à lui donner d’autres témoignages de son estime, en le créant successivement grand-aigle de la Légion-d’Honneur, comte et grand-croix de l’ordre de là Réunion.

Compans continua à s’associer aux exploits de l’Empire, et il n’est guère de bulletins dans lesquels son nom n’ait été honorablement cité. Dans la campagne de Russie il faisait partie du corps du maréchal prince d’Eckmühl. Dans la retraite il fit des prodiges de valeur. A Lutzen il empêcha les Russes de déborder l’armée française ; à Baulzen, à Wachau, à Leipzig, il fit les plus héroïques efforts. Criblé de balles et de coups de sabre dans cette dernière bataille, il n’en prit pas moins part à la campagne de France et fut au rang des braves qui disputèrent le terrain pied à pied. Il arrêta pendant cinq jours l’armée alliée entre Sezanne et Meaux. C’est un des plus beaux faits de notre histoire militaire. Il vint ensuite prendre position à la butte de Beauregard, près de Belleville, et y fit tout ce qui dépendait de lui pour retarder la nécessité d’une capitulation. Napoléon ayant abdiqué, Compans dont l’habileté et le savoir égalaient la bravoure, fut nommé membre de la commission du contentieux de la guerre et appelé au conseil de la Guerre. Pendant les Cent-Jours il reprit les armes, et fut fait prisonnier à Waterloo ; peu de jours après il revint en France, et fut appelé à la Chambre des Pairs, le 17 août 1818.

Depuis plusieurs années, aux prises avec les infirmités, il s’était enseveli dans la retraite, lorsqu’il mourut, le 10 novembre 1845, à Blagnac près Toulouse, âgé de 77 ans.

Son nom est inscrit sur le côté Est de l’arc de triomphe de l’Étoile.

CONROUX (NICOLAS, baron de Pépinville))[modifier]

baron de Pépinville, né le 10 février 1770, à Douai (Nord), entra le 17 février 1786 dans le 6e régiment d’artillerie, où son père, Conroux (Germain), chevalier de Saint-Louis, était officier.

Il passa comme sous-lieutenant dans le 58e régiment d’infanterie le 22 août 1792, et lieutenant le 14 septembre suivant.

En 1793 il combattit à l’affaire d’Arlon avec la division commandée par le général Laage, et il prit part, en l’an II, à l’affaire de Kaiserslautern, au déblocus de Landau, à ! a reprise du Palatinat par le général Hoche, et à celle d’Arlon par l’armée de la Moselle.

Aide-de-camp du général Morlot le 5 floréal an II, il était à la bataille de Charleroi le 28 du même mois.

Dans cette journée, son général le chargea d’aller porter l’ordre de retraite à la 34e demi-brigade d’infanterie et au 14e régiment de dragons, qui allaient être cernés par l’ennemi.

Il se trouvait aussi, le 8 messidor an II, à la bataille de Fleurus, et aux journées de Juliers et de Maëstricht les 12 vendémiaire et 14 brumaire suivant.

Nommé capitaine de la 116e demi-brigade d’infanterie le 1er floréal, il fut employé à l’armée de Sambre-et-Meuse, et devint aide-de-camp du général Bernadotte le 1er brumaire an IV, et le 14 messidor il passa le Rhin avec l’armée française.

Il continua à servir sur le Rhin jusqu’en l’an V, époque à laquelle il passa avec son général à l’année d’Italie. Il se trouva au passage du Tagliamento le 26 ventôse an V, et le 29 du même mois à la prise de Gradesca. Il obtint sur le champ de bataille le grade de chef de bataillon du 43e de ligne, et Bonaparte le cita avec éloges dans son rapport au Directoire exécutif.

Passé en qualité d’aide-de-camp auprès du général Championnet, commandant l’aile droite de l’armée d’Angleterre le 3 brumaire an VI, il fit partie des troupes qui s’opposèrent à une descente que les Anglais avaient tenté d’effectuer à Ostende.

Passé à l’armée de Naples, dont le général Championnet venait d’être nommé commandant en chef, il fut promu chef de brigade sur le champ de bataille le 10 pluviôse an VII, pour sa conduite distinguée lors de la prise de Naples ; cette promotion fut confirmée, par arrêté du Directoire exécutif, le 17 thermidor suivant.

Il se signala encore à l’affaire de Fasano, et fut nommé adjudant-général sur le champ de bataille, par le général en chef de l’armée d’Italie, le 22 germinal an VIII, à l’affaire de Mondar. Cette nomination fut également confirmée par le premier Consul, le 30 germinal suivant, et le 3 floréal de la même année, il fut attaché en cette qualité à l’état-major de l’armée de l’Ouest, où il fit les campagnes des ans IX et X, sous les ordres du général en chef Bernadotte.

Le 21 floréal an X, Conroux adressa au premier Consul une demande pour obtenir le commandement d’un régiment de dragons ou de cavalerie. Cette demande contenait l’apostille suivante :

« Je connois l’adjudant-commandant Conroux depuis l’an II, et j’ai été témoin, tant à l’armée de Sambre-et-Meuse qu’à celle d’Italie, de plusieurs faits éclatants qui l’ont fait distinguer. J’assure qu’il justiffiera d’une manière particulière la confiance du gouvernement, qui trouvera en lui talens pour l’administration d’un corps zélé et connaissances pour la discipline, ainsi qu’un absolu dévoûment.    J. BERNADOTTE. »

A la suite de cette demande, l’adjudant-commandant Conroux fut placé, le 10 vendémiaire an XI, comme chef de brigade, à la tête de la 17e demi-brigade, devenue 17e régiment d’infanterie de ligne à l’organisation de l’an XII.

Employé à l’armée des côtes de l’Océan, sous les ordres du maréchal Davout, il fut créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, et officier du même ordre le 23 prairial suivant.

Il faisait partie de la 1re division du 3e corps de la grande armée pendant la campagne de l’an XIV en Autriche. Le 9 brumaire, pendant la marche sur Ried et Haag, le 17e régiment de ligne, commandé par Couroux, engagea fortement l’action avec un corps russe dans les rangs duquel il mit quelque désordre, ce qui permit à la cavalerie française d’exécuter une charge qui compléta la déroute des Russes.

Nommé général de brigade le 3 nivôse an XIV, il eut un commandement en cette qualité au 7e corps de la grande armée le 23 février 1806, et fit la campagne de Russie.

Passé au commandement d’une brigade de la division de réserve des grenadiers Oudinot, le 9 novembre suivant, il prit une part glorieuse aux combats d’Ostrolenka, de Dantzig, d’Heilsberg et à la bataille de Friedland.

L’Empereur le nomma commandant de la Légion-d’Honneur par décret du 22 juin 1807, et le créa baron de l’Empire le 19 mars 1808, sous le nom de Pépinville.

Employé à l’armée d’Allemagne en 1809, et après s’être distingué à la bataille de Wagram le 6 juillet, il fut nommé général de division le 31 du même mois.

Employé en cette qualité à l’armée d’Anvers, le 24 août suivant, puis à celle du Nord le 26 septembre même année, il reçut l’ordre de se rendre à l’armée de Catalogne le 26 mars 1810, d’où il alla prendre le commandement de la 2e division du 9e corps de l’armée d’Espagne.

Le 27 juillet 1811, il remplaça le général Levai dans le commandement de la 4e division d’infanterie et de la 3e division de dragons. Le 31 mai 1812, le général espagnol Ballesteros passa la Guadalate entre Bornos et Arcos, et se porta sur le derrière de la position de Bornos, dans l’intention d’y surprendre les divisions aux ordres du général Conroux.

Mais le général Conroux, à la tête des 9e léger, 96e de ligne, un escadron du 5e chasseurs à cheval et un détachement du 2e de même arme, culbuta l’ennemi après lui avoir pris 600 hommes, 4 pièces de canon et deux drapeaux, et le força à repasser la Guadalate.

Le 10 novembre 1813, le général Wellington déboucha avec un corps de 30,000 hommes derrière la montagne de la Rhune, et tomba sur la division Conroux qui défendait cette montagne, la redoute Sainte-Barbe et le camp de Sarre. Après la résistance la plus vive, la redoute fut prise par les ennemis.

Les troupes qui occupaient le sommet de la Rhune, voyant l’ennemi maître de ces retranchements, craignirent d’être forcées à leur tour, et, sans attendre d’ordre, elles abandonnèrent leur poste et descendirent dans la plaine ; le reste de l’armée française fut bientôt forcé de battre en retraite.

Les ouvrages de seconde ligne construits en arrière d’Ascain, furent presque aussitôt enlevés par l’ennemi, et ce fut en les défendant que le brave Conroux tomba grièvement blessé d’une balle dans la poitrine.

Transporté à Saint-Esprit, près de Bayonne, il y mourut le lendemain 11 novembre 1813.

Son nom est gravé sur l’arc triomphal de l’Étoile, côté Est.

CORBET (GUILLAUME)[modifier]

général, commandeur de l’ordre de la Légion-d’Honneur et de l’ordre grec du Sauveur, né en Irlande, le 17 juillet 1779.

Naturalisé Français le 27 décembre 1814, il avait fait vingt campagnes dans les rangs de l’armée française et avait obtenu ses grades et décorations sur les champs de bataille.

Mis en non-activité sous la Restauration, il reprit du service à l’expédition de la Morée qu’il avait lui-même conseillée au gouvernement.

A son arrivée en Grèce, il fut nommé gouverneur des forteresses de la Messénie, puis de Nauplie, où régnait la plus affreuse anarchie. Le général Corbet sut rétablir l’ordre. La garnison française d’Argos ayant été assaillie un jour par les bandes de Colocotroni et autres chefs vendus à la Russie, Corbet s’y rendit aussitôt, battit les Palycares et leur tua 300 hommes.

A son départ pour la France, les primais de la Grèce lui offrirent un sabre d’honneur et une adresse.

Le général Corbet fut nommé alors au commandement du département du Calvados.

CORBIN (JOSEPH-LOUIS)[modifier]

né à Rennes (Ille-et-Vilaine). Son père, enseigne de vaisseau, servit sous la République et l’Empire, et fit partie de la marine de la garde. A la bataille de Bautzen, ayant eu un commandement dans l’artillerie de marine, qui, dans cette journée, acquit tant de gloire, il reçut trois blessures et mourut peu de jours après.

Le jeune Corbin sortit du lycée Napoléon en 1810, à l’âge de 17 ans, pour entrer dans les vélites, chasseurs à cheval, de la garde impériale ; mais son peu de fortune lui laissant peu d’espoir d’avoir de l’avancement dans la cavalerie, il entra dans l’infanterie. Sous-lieutenant au 132e de ligne en 1813, il passa par tous les grades et fut promu colonel du 17e d’infanterie légère, le 18 mai 1833.

Le colonel Corbin fit la guerre six ans en Afrique et prit part à toutes les expéditions. Plus d’une fois on lui confia le commandement d’une brigade.

Au siége de Constantine en 1837, il commanda une des colonnes d’assaut, et lorsque les colonels Combes et Lamoricière furent mis hors de combat, le maréchal Vallée lui remit le commandement des troupes, qui marchèrent à la brèche, et de celles qui étaient déjà dans la place. Après une heure et demie de combat dans l’intérieur de la ville, pendant lesquelles il eut plusieurs officiers tués et blessés près de lui, M. Corbin s’empara des quartiers principaux, vainquit l’ennemi sur tous les points, et vint annoncer au général en chef la soumission entière de la garnison et des habitants.

Proposé, pour la seconde fois, pour le grade de maréchal de camp, il fut refusé sous prétexte qu’il était trop jeune. On lui accorda seulement la croix de commandeur de la Légion-d’Honneur qu’il avait gagnée sur la brèche d’une place emportée d’assaut.

Le 22 novembre 1839. il fut enfin promu au grade de général de brigade.

Il commande aujourd’hui une brigade d’infanterie à Paris.

CORBINEAU(CLAUDE-LOUIS-CONSTANT-ESPRIT-JUVÉNAL-GABRIEL)[modifier]

général de brigade, naquit à Laval (Mayenne), où son père était commissaire inspecteur des haras.

Il n’avait pas encore atteint sa seizième année, lorsqu’il fut admis, le 9 février 1788, dans la maison militaire du roi, en qualité de gendarme avec rang de sous-lieutenant, dans la compagnie des gendarmes de la Reine. Mais il n’y servit pas longtemps et fut réformé avec ce corps le 1er avril suivant.

Rappelé au service comme sous-lieutenant au 3e régiment de dragons le 15 septembre 1791, il fut nommé adjoint à l’état-major général de l’armée du Nord le 1er janvier 1792, passa en qualité d’aide-de-camp auprès du général Harville le 5 octobre, et obtint le grade de lieutenant dans le 3e de dragons le 12 du même mois. Il fit avec honneur les campagnes de 1792 aux armées du Nord et de la Moselle, fut promu au grade de capitaine le 4 mai 1793, et combattit sous les ordres de Dumouriez en Belgique.

Employé à l’armée du Nord pendant les ans II et III, il se signala par son audace et son intrépidité le 25 vendémiaire an II, à la bataille de Wattignies, où il fut blessé de plusieurs coups de sabre, dont un sous l’aisselle, deux à la tête et les autres au bras droit.

Au combat qui eut lieu près de Beaumont, le 7 floréal suivant, il exécuta plusieurs charges vigoureuses contre l’infanterie ennemie et reçut un coup de feu à la cheville du pied gauche.

Vers la fin de l’an III, il fut envoyé à l’armée de Sambre-et-Meuse, où il servit pendant une partie de l’an IV, et ayant été nommé chef d’escadron à l’état-major du général en chef Hoche le 1er floréal an IV, il alla rejoindre l’armée des côtes de l’Océan dans la Vendée, où il acheva la campagne de cette année.

Passé comme chef d’escadron dans la cavalerie de la légion des Francs le 10 vendémiaire an V, il fit partie de l’expédition d’Irlande, après laquelle il retourna à l’armée de Sarnbre-et-Meuse, dont le général Hoche alla prendre le commandement.

Incorporé avec sa compagnie dans les guides du général en chef Augereau le 1er brumaire an VI, il servit à l’armée d’Allemagne jusqu’au 10 thermidor suivant, époque à laquelle il fut amalgamé avec le 7e régiment de hussards, en vertu de l’arrêté du Directoire exécutif du 9 ventôse précédent, et fit alors partie de l’armée d’Helvétie.

Le 17 ventôse an VII, il se distingua au combat de Coire, où le corps autrichien du général Auffenberg fut mis en déroute, et sa brillante conduite pendant cette campagne ayant particulièrement fixé sur lui l’attention du général en chef Masséna, il fut nommé sur le champ de bataille chef de brigade du 5e régiment de chasseurs à cheval le 5 fructidor de cette même année.

Confirmé dans son grade pour commander provisoirement le régiment le 27 vendémiaire an VIII, il en devint titulaire par arrêté du 21 pluviôse suivant.

Il continua de servir avec la même distinction pendant les ans rom|VIII et IX aux armées du Danube et du Rhin, et combattit vaillamment à Hohenlinden, où il reçut deux coups de feu dont l’un l’atteignit à la hanche droite, et l’autre lui traversa la cuisse du même côté.

Après la cessation des hostilités, il alla tenir garnison à Mayence et à Coblentz pendant les ans X et XI, et fut employé à l’armée de Hanovre, sous les ordres de Bernadotte, pendant les ans XII et XIII.

Créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII et officier le 25 prairial suivant, il fut nommé écuyer cavalcadour de l’Impératrice par décret du 15 ventôse an XIII, en conservant le commandement de son régiment.

Il fit partie en l’an XIV de la brigade de cavalerie légère, commandée par le général Van Marisy, de la 2e division du 1er corps de la grande année.

Le 19 vendémiaire an XIV, dans la marche du corps d’armée sur Munich, il s’empara des bagages de plusieurs généraux autrichiens et fit une centaine de prisonniers. Le 20, il entra à Munich à six heures du matin et chassa l’ennemi auquel on avait déjà fait 800 prisonniers.

Le 5 brumaire, au passage d’Inn, il poursuivit vivement l’ennemi et lui prit quelques hommes. A Austerlitz, il se couvrit de gloire, et mérita la décoration de commandant de la Légion-d’Honneur qui lui fut conférée par décret du 4 nivôse an XIV. Le 31e bulletin de la grande armée s’exprime en ces termes sur le compte de ce brave officier supérieur : « Le colonel Corbineau, écuyer de l’Empereur, commandant le 5e régiment de chasseurs, a eu 4 chevaux tués sous lui ; au cinquième, il a été blessé lui-même, après avoir enlevé un drapeau. » Il donna de nouvelles preuves de son dévouement pendant la campagne de Prusse, et fut nommé général de brigade le 12 septembre 1806.

Parti de Pulstuck avec trois régiments de cavalerie légère pour se mettre à la poursuite de l’ennemi, il arriva le 1er janvier 1807 à Ostrowiecz, après avoir occupé Brock. Pendant sa marche, il fit à l’ennemi 400 prisonniers et lui enleva plusieurs voitures de bagages.

C’est en qualité d’aide-de-camp de l’Empereur qu’il fit la campagne de 1807 ; mais il ne remplit pas longtemps ces honorables fonctions ; car il trouva une mort glorieuse sur le champ de bataille d’Eylau le 8 février 1807. Il fut enlevé par un boulet, dit le 68e bulletin, au moment où il allait porter un ordre de l’Empereur.

Son nom est glorieusement inscrit sur les tables de bronze au Musée de Versailles et sur la partie Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

CORBINEAU (JEAN-BAPTISTE-JUVÉNAL, baron, puis comte)[modifier]

né à Marchiennes (Nord), le 1er août 1776. Son père, inspecteur des haras, le destina à la carrière militaire ; à peine âgé de l5 ans, il répondit à l’appel de la patrie et fut bientôt nommé sous-lieutenant au régiment de Berri-Cavalerie.

Lors de la formation de la garde impériale, M. Corbineau, dont le frère était aide-de-camp de l’Empereur, fut nommé capitaine des chasseurs ; il reçut le grade de chef d’escadron à Eylau, où son frère fut emporté par un boulet, et fut appelé au commandement du 20e dragons avec lequel il passa en Espagne et se distingua en diverses occasions, notamment sous les murs de Burgos.

En i809, M. Corbineau était à Wagram et y fut blessé. 11 commanda la 6e brigade de cavalerie à la campagne de Russie, se trouva un moment coupé du reste de l’armée et ne dut son salut qu’à l’habileté de ses manœuvres, ou, selon quelques-uns, aux secours qu’il reçut du général bavarois de Wrède. C’est dans cette circonstance que le général Corbineau découvrit un point guéable de la Bérésina, qu’il dut indiquer plus tard à Napoléon. L’Empereur l’en récompensa en l’attachant à sa personne, en qualité d’aide-de-camp ; toutefois le général conserva le commandement de sa brigade de cavalerie légère qui fit des prodiges à Kulm, le 30 août 1813. La conduite de M. Corbineau, en cette circonstance, lui mérita le grade de général de division.

Pendant la campagne de 1814, le général Corbineau fut un des aides-de-camp qui sauvèrent la vie à l’Empereur surpris, le 30 janvier, par une nuée de Cosaques, entre Brienne et Mézières. On a aussi attribué ce fait au général Gourgaud.

Le 30 mars, il reprit Reims occupé par l’armée russe, avec deux divisions de cavalerie seulement et huit pièces de canon ; nommé gouverneur de la place, il la défendit le 8 et le 9 contre les attaques réitérées du général russe de Saint-Priest. Il n’avait avec lui que 200 hommes de garnison et la garde nationale qui combattit avec beaucoup de courage ; cette glorieuse défense sauva momentanément l’armée et valut à Corbineau la croix de grand officier le 23 mars 1814.

Louis XVIII nomma Corbineau chevalier de Saint-Louis le 19 juillet 1814. Pendant les Cent-Jours, il reprit son service d’aide-de-camp de Napoléon et en reçut une mission spéciale pour Lyon, dont il s’acquitta avec le plus grand zèle, mais en militaire plus qu’en diplomate.

Le général Corbineau était à Waterloo aux côtés de l’Empereur au moment où il fut contraint de se jeter, ainsi que Ney et Soult et plusieurs généraux, dans le carré commandé par Corbineau.

M. Corbineau fut mal vu par les Bourbons jusqu’en 1825 et fut mis à la retraite à cette époque, avec défense de porter l’uniforme. La révolution de 1830 le releva de cet interdit ; il fut chargé de la 16e division militaire (Lille), et plus tard créé pair de France (3 mai 1838).

C’est lui qui, le 6 août 1840, a fait arrêter à Boulogne le prince Louis-Napoléon, aujourd’hui président de la République française.

Le nom du général Corbineau est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest. Mort à Paris en 1849.

CORRÉARD (FRÉDÉRIC)[modifier]

né à Poyols (Drôme), le 9 septembre 1789, entra dès 1808 dans les dragons de la garde impériale en qualité de vélite ; il fit la campagne d’Autriche, et combattit avec distinction à Essling et à Wagram où il eut un cheval tué sous lui.

Nommé en 1811 sous-lieutenant au 17e de son arme, il passa en Espagne où il gagna le grade de lieutenant et la croix d’Honneur sur le champ de bataille (1er mars 1813), ayant été l’un des premiers à enfoncer un carré ennemi.

Appelé en France en 1813, avec le grade d’adjudant-major, il se distingua, le 24 février 1814, dans une affaire contre les Autrichiens près de Troyes.

Adjudant-major en 1814 au premier régiment de dragons (dragons du Roi), il devint capitaine en juin 1815 et fut licencié après les désastres de Waterloo.

Le 3 janvier 1816, il fut appelé aux dragons du Doubs en qualité de capitaine adjudant-major, et fut incorporé en 1821 dans les hussards du Jura avec le grade de chef d’escadron major, et fut nommé, peu après, chevalier de Saint-Louis.

Le 12 août 1830, M. Corréard fut nommé lieutenant-colonel au 15e chasseurs (devenu 10e), d’où il passa plus tard au 3e des chasseurs d’Afrique avec le grade de colonel. Il prit part à l’expédition de Constantine où le 3e chasseurs se distingua par sa bravoure et sa grande résignation.

Rappelé en France après la campagne, M. Corréard prit le commandement du 4e chasseurs. Il était officier de la Légion-d’Honneur depuis 1831.

Le 22 avril 1847, il a été promu au grade de général de brigade et commande aujourd’hui (août 1849) la deuxième subdivision de la 6e division militaire.

Il est commandeur de la Légion-d’Honneur.

CORVISART-DESMARETS (JEAN-NICOLAS, baron)[modifier]

fils d’un procureur au parlement de Paris, naquit à Dricourt (Ardennes), pendant l’exil du parlement, le 15 février 1755 ; il fit ses humanités au collège Sainte-Barbe. Entraîné vers l’art de guérir, malgré les désirs de son père qui le destinait au barreau, il commença ses études médicales sous les célèbres professeurs de l’Hô’el-Dieu, et fut reçu en 1782 docteur-régent de la Faculté. Il se livra alors à l’enseignement. Médecin des pauvres de la paroisse Saint-Sulpice et suppléant de Desbois de Ro-chefort à l’hôpital de la Charité, il remplaça ce médecin célèbre en 1788. Il continua les leçons de Desbois d’une manière si brillante que, lors de la création de l’École de médecine, instituée par décret du 14 frimaire an m, il obtint la chaire de clinique interne de cette École. Deux ans après, il était professeur de médecine pratique au collège de France.

En l’an x, le premier Consul l’attacha à son service personnel, et, dès cette époque, il ne garda plus que le titre de professeur honoraire de,la Faculté de médecine et du collège de France.

Membre et officier de la Légion-d’Hon-neur les 26 frimaire et 25 prairial an XII, il devint baron de l’Empire à l’institution de la nouvelle noblesse en 1808, et

fit partie de la première nomination des commandeurs de l’ordre de la Réunion le 29 février 1812. L’Empereur l’aimait et l’appelait quelquefois auprès de lui pendant ses campagnes.

Admis à l’Académie des sciences en 1811 et à l’Académie de médecine en 1820, il appartint à presque toutes les sociétés savantes de l’Europe.

Il est mort à Paris le 18 septembre 1821, laissant quelques ouvrages estimés. Napoléon avait dit de lui : « C’est un honnête et habile homme. »

COSMAO ( JULIEN-MARIE, baron)[modifier]

né à Chateaulin (Finistère), le 27 novembre 1761, débuta dans la marine par une croisière dans les colonies ; il avait alors 13 ans. En 1781, il prit part à deux combats sur le brick l’Hirondelle, et se fit remarquer par son intrépidité. Nommé lieutenant de frégate vers la fin de cette campagne, et capitaine de vaisseau le 4 avril 1793, alors qu’il commandait le Tonnant, il s’empara de là frégate anglaise l’Alceste, et le 23 ventôse an III, sur le même vaisseau, il se trouva, lui quatrième, exposé pendant trois heures et demie au feu de la flotte ennemie. Le 3 messidor suivant, à la tête d’une division, il combattit avec non moins d’intrépidité contre des forces supérieures dans le golfe de Fréjus. Constamment employé pendant toute la durée des guerres de la République à d’importantes et périlleuses missions, il fut nommé légionnaire et officier de l’Ordre les 15 pluviôse et 25 prairial an XII, et prit au commencement de l’an XIII le commandement du Pluton. Ce fut lui qui opéra, le 13 prairial, le débarquement des troupes chargées de l’attaque de l’îlot du Diamant. Pendant son retour, attaqué le 3 thermidor par la flotte de l’amiral Culder, il soutint le combat le plus acharné : le vaisseau espagnol le Fermo, serre-file de ceux de sa nation, démâté de son mât d’artimon, de son grand mât et de son petit mât de hune, allait tomber au milieu des bâtiments anglais, lorsque Cosmao, par une belle et audacieuse manœuvre, vint le couvrir par le travers, et s’exposer ainsi aux terribles effets de plus de 100 pièces vomissant la mitraille et les boulets. A Trafalgar, il soutint dignement sa réputation ; il manœuvrait de manière à empêcher l’ennemi de couper notre ligne de bataille, secourant ceux de nos vaisseaux par trop pressés, et quand la victoire se déclara pour Nelson, il rallia les débris de notre flotte, et, toujours combattant, il les réunit dans la baie de Rota. Il obtint pour récompense, du gouvernement espagnol, la grandesse de 1re classe, et de l’Empereur le grade de contre-amiral. Investi quelque temps après du commandement d’une escadre dans la Méditerranée, il ravitailla la place de Barcelone en vue d’une flotte anglaise considérable et lui livra d’honorables combats les 5 novembre 1813 et 10 février 1814.

Commandant de la Légion-d’Honneur depuis le 7 avril 1812, il devint chevalier de Saint-Louis le S juillet 1814. Pair de France, préfet maritime à Brest pendant les Cent-Jours, il prit sa retraite en 1816 et mourut à Brest le 17 février 1825.

COURIER (PAUL-LOUIS)[modifier]

OU plus exactement Paul-Louis Courier de Mère, né à Paris le A janvier 1773.

Son père, qui vivait retiré dans ses terres, l’envoya à Paris pour y faire des études propres à lui ouvrir la carrière du génie militaire.

Ce jeune homme, qui s’était livré par goût à l’étude de la langue grecque, suivait les leçons de grec du collège de France, de préférence à celle des mathématiques ; cependant il subit ses examens, et le 6 octobre 1792 il fut admis

élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie de Châlons ; il en sortit le 1" juin 1793 lieutenant au T régiment de l’arme.

Il servit d’abord à l’armée de la Moselle, ensuite à celle du Rhin, puis, le 11 messidor an m ; au camp devant Mayence il reçut son brevet de capitaine en second.

Le chagrin qu’il éprouva de la mort de son père, arrivée à cette époque, lui fit quitter brusquement l’armée ; mais, quelque temps après, réconcilié avec le ministre par l’influence de ses amis, il fut envoyé à Alby pour présider à la réception des boulets fournis à l’État par les forges de la contrée.

Envoyé en germinal an vi à l’armée d’Angleterre, et attaché à l’état-major d’un général d’artillerie, il visita les côtes du Nord, et, pendant un assez long séjour à Rennes, il ébaucha- l’Éloge d’Hélène, imité plutôt que traduit d’Iso-crate ; il arriva l’année suivante à l’armée d’Italie, au moment où les Napolitains évacuaient Rome, et manqua d’être tué au siège de Civita-Vecchia en parlementant avec les assiégés.

Il y courut un danger plus grand encore. lorsqu’à leur tour les Français abandonnèrent la cité papale.

Ce jour-là, étant allé visiter pour la dernière fois la bibliothèque du Vatican, il s’y oublia, et n’en sortit qu’à nuit close. Cette circonstance eût été favorable à sa sûreté, si, passant devant la lampe d’une madone, son uniforme ne l’eût trahi. Assailli par le cri de : Morte al Giacobino, il eût été infailliblement massacré, quand un coup de feu dirigé sur lui, au lieu de l’atteindre, frappa une vieille femme à ses côtés. Profitant de cet accident pour s’éloigner, il gagna son logement ; le lendemain, son ami Chia-ramonle le conduisit au château Saint-Ange, dont les Français étaient maîtres. Transporté à Marseille sur une escadre

cou 331 ) COU anglaise avec la garnison de cette forteresse, Courier, dont la santé s’était altérée pendant son séjour en Italie, demanda de l’emploi à la direction d’artillerie de Paris, faveur que le ministère lui accorda le 17 germinal an vin.

Nommé capitaine en premier le 11 germinal an x, et appelé à son corps, alors à Strasbourg, il y entretint une correspondance active avec l’helléniste Clavier et d’autres savants tant français qu’allemands.

Pendant ce temps, ses anciens camarades de l’École de Châlons, Duroc et Marmont s’occupaient de son avancement.

Ce fut en effet à leurs sollicitations que, le 6 brumaire an XII, le premier Consul le nomma chef d’escadron du 1er régiment d’artillerie à cheval en garnison à Florence. Membre.de la Légion-d’Houneur le 25 prairial an xn, il alla le 15 thermidor commander à Tarente 2 compagnies de son régiment, qui servaient à l’armée de Naples, et fit les campagnes des ans xm et xiv sous les généraux Gouvion-Saint-Cyr et Reynier.

Chef d’état-major de l’artillerie du corps établi en Calabre le 19 vendémiaire an xm, il remplit diverses missions que la situation du pays rendait souvent périlleuses.

En effet, à plusieurs reprises, il tomba entre les.mains des Calabrais insurgés.

« Pour m’en tirer, il a fallu plusieurs miracles, » inande-t-il à M. de Sainte-Croix. « Une fois, ajoute-t-il, pour éviter pareille rencontre, je montai sur une barque, et ayant forcé le patron de partir par le mauvais temps, je fus emporté en pleine mer. Nos manœuvres furent belles. Nous fîmes des oraisons, nous promîmes des messes à la Vierge et à saint Janvier, tant qu’enfin, me voilà encore. »

Pendant la campagne de l’an siv, il se signala à la bataille de San-Euphemia, et, à la tête d’un faible détachement, il battit à Cosenza une bande considérable d’insurgés.

C’était assez guerroyer, du moins pour lui, et nous le retrouvons au commencement de 1807 à Naples, traduisant les Traités de Xénophon, sur le commandement de la cavalerie et sur l’équitation, et vérifiant les préceptes d’hippiatrique de son auteur en galopant sans selle ni bride, sur un cheval sans fers ; puis de Naples il court à Rome, qu’il quitte pour Florence, Brescia et Milan, explorant les bibliothèques, et causant avec les érudits, sans souci des devoirs de sa profession, et oubliant qu’il a ordre de se rendre sans retard à l’armée d’Italie.

Aussi, arrivé à sa destination, le b février, fut-il mis aux arrêts sans appointe • ments. Appelé le 5 mars suivant à Livourne, en qualité de sous-chef d’état-major d’artillerie, las de demander inutilement un congé, il finit par envoyer sa démission, que l’on accepta le 10 mars 1809 ; mais, à peine de retour à Paris, il regrette sa démarche, sollicite sa réintégration, et heureux de l’avoir obtenue provisoirement, il part en toute hâte, oublie d’acheter un cheval, et assiste à pied à la bataille de Wagram.

« J’étais, en outre de cela, fort malade, écrit-il au général Gassendi, je me traînai cependant aux batteries de l’île d’Alexandrie, où je restai tant qu’elles firent feu. Les généraux me virent et me donnèrent des ordres, et l’Empereur me parla. »

Il quitte encore une fois l’armée, et gagne en toute hâte l’Italie. Mais, incorporé le 6 juillet dans le 2° d’artillerie à cheval, il s’était mis dans le cas d’être traité en déserteur, ce dont on le menaça ; il s’attjra, d’un autre côté, une non moins méchante affaire, en faisant, sans auto-

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risation du préfet, imprimer à Rome une lettre adressée à M. Renouard, son libraire, dans laquelle il lui racontait des circonstances de sa querelle avec le sous-bibliothécaire de San Lorenzo de Florence, qui l’accusait d’avoir sciemment maculé d’une tache d’encre une page d’un manuscrit du roman de Longus, Daphnis et Chloé : aussi eut-il deux ministres à ses trousses ; mais l’Empereur, sur ce qu’on lui dit d’un officier retiré à Rome, qui faisait du grec, ordonna qu’on le laissât tranquille.

Nous ne suivrons pas Paul-Louis Courier dans ses courses scientifiques à travers l’Italie ; il était à Paris en 1812, traduisant force grec, jouant à la paume, et passant les beaux jours, tantôt en Touraine, tantôt à Saint-Prix, dans la vallée de Montmorency.

Vivement affecté par les événements de 18U, il voulait quitter Paris pour toujours, mais un sentiment tendre l’y retint, et, le 12 mai, il s’unit à la fille aînée de M. Clavier.

C’est vers cette époque qu’il commença la publication de ses pamphlets.

Le plus vif intérêt s’attacha à Courier dès qu’il parut. Aussi avait-il tout ce qu’il faut pour se rendre populaire : une grande liberté d’opinion, une originalité piquante dans les formes du style, il faut dire aussi cette audace satirique qui fait jouir les petits de l’humiliation des grands, surtout cet arl de rendre la vérité accessible à tous, simple, et, comme il disait, vulgaire et villageoise.

Dans quelques-uns de ces petits écrits où Courier meltait tant d’art à n’en pas laisser paraître, et réunissait si bien à cacher la malice de sa pensée sous une certaine bonhomie d’expression, l’écrivain disparaît. C’est Paul-Louis, bon paysan de la Touraine, qui cause avec ses voisins de son bois de Larçay, de ses vignes de Véretz ; prenant delà occasion

pour leur donner, en leur langage, une leçon non pas d’agriculture (ce qui l’eût peut-être embarrassé un peu), mais de morale et de politique.

C’est aussi Paul-Louis qui rédige la gazette de son village, toute innocente, si vous l’en croyez, et faite seulement pour les bonnes gens qui demeurent entre le Pont-Clouet et le Chêne-Fendu. Elle donne les nouvelles des champs : « les rossignols chantent et l’hirondelle arrive ; » les détails et la vie rustique, comme M. l’abbé Delille, « Les vaches ne se vendent point. Les filles étaient chères à l’assemblée de Véretz, les garçons hors de prix. On n’en saurait avoir. Tous et toutes se-marient à cause de la conscription. Deux cents francs un garçon, sans le denier à Dieu, sabots, blouse et un chapeau pour la première année. Une fille vingt-cinq écus. La petite Madelon les refuse de Jean Bedout, encore ne sait-elle boulanger ni traire. » Ailleurs, c’est l’histoire, oh ! bien triste, d’Urbain Chevrier et de Rosé Deschamps. Le bon journaliste en pleure.

Mais une gazette, même au village, ne peut toujours vivre de cette innocente vie. Tout faiseur, de journal doit tribut au malin. Celle-ci d’ailleurs est de l’opposition, et, comme telle (ainsi que le disait Boileau, qui pouvait le savoir), un peu née pour être mécontente. ’ Son rôle est de faire la méchante, la grosse voix, l’air grondeur. Point de ministres à la vente entre le Pont-Clouet et le Chêne-Fendu, et c’est dommage, mais on a le maire, faute de mieux.

« M. le maire est le télégraphe de notre commune : en le voyant on sait tous les événements. Lorsqu’il vous salue, c’est, que l’armée de la Foi a reçu quelque échec ; bonjour de lui veut dire une défaite là-bas. Passe-t-il droit et fier ? la bataille est gagnée ; il marche sur Ma-. drid, enfonce son chapeau pour entrer dans la ville capitale des Espagnes. Que demain on l’en chasse, il nous embrassera, touchera dans la main, ami comme devant. D’un jour k l’autre il change, et du soir au matin est affable ou brutal. Cela ne peut durer, on attend des nouvelles, et, selon la tournure que prendront les affaires, on élargira la prison ou lés prisonniers. »

Mais on dirait que, pour se venger de la Gazette, le maire en a fait le journal de la mairie. Voici bien la gravité officielle. On dirait des nouvelles de la cour dans le Moniteur. « M. le maire a entendu la messe dans sa tybune. Après le service divin, M. le maire a travaillé dans son cabinet avec M. le brigadier de la gendarmerie, ensuite de quoi ces messieurs ont expédié leur messager, dit le Bossu, avec un paquet pour M. le préfet en main propre. Nous savons cela de bonne part, et que le porteur doit revenir avec la réponse ou le reçu, même on l’a vu passer près de la Ville-aux-Dames, où il a bu un coup. Quant au contenu des dépèches, rien n’a transpiré ; on soupçonne qu’il s’agit de quelques mauvais sujets qui veulent danser le dimanche et travailler le jour de Saint-Gilles. « Madame, femme de M. le maire, est accouchée d’un gentilhomme, au son des cloches de la paroisse. » Telle est la Gazette du village, moqueuse sans amertume, quelquefois naïve comme une fable du bonhomme. Ailleurs, au lieu de cette gaîté douce, de cet aimable enjouement, ce sera une humeur bouffonne et folle, comme dans la pièce diplomatique et dans quelques passages de la lettre à M. Renouard, ou plus souvent cette ironie aiguë comme la satire de Juvénal et de Gilbert, qui n’épargne rien dans la guerre qu’elle croit ne faire qu’aux préjugés : terrible à l’Académie qui le refuse, aux concurrents coupables de lui avoir été préférés, payant en sanglantes épigrammes ce qu’il doit de persécutions aux puissants du jour, et quelquefois touchant ses amis eux-mêmes de son arme seulement à demi émoussée.

Quelques années plus tard, il empruntait la même forme pour un tout autre sujet. Comme il s’était voué à la défense de tous les droits, il eii réclamait un, « antique, se plaisait-il à dire, légitime, acquis et consacré par les premières lois de la raison et du bon sens ; » le droit, pour les filles et les garçons d’Azay, de danser sur la place publique, non plus même (car il n’était pas homme à transiger) au son de la musette, comme Guil-lot et Perrette dans le refrain tourangeau, mais au violon, noblement, comme à la cour de Louis XIV. Paul-Louis n’avait pas, pour son compte, grand intérêt à la question : « Peut-être, dit-il quelque part, n’aurais-je pas dansé s’il m’eût été permis. » Et je Je crois bien. Mais il parlait pour son village, du resle, prenant la chose assez gaiment. Tout le monde ne la prit pas ainsi. Quelques boutades faillirent lui couler cher, mais il en fut quitte pour une simple réprimande ; et, malgré les fulminantes réquisitions de l’accusateur, homme impayable, disait Courier, et (/ici, par son adresse, eût fait mettre en prison les sept sages de la Grèce, cette fois la condamnation manqua.

Quelque temps auparavant, il n’avait pas été aussi heureux. Son simple discours lui avait valu deux mois de prison et 200 francs d’amende. C’était à l’occasion de la souscription proposée pour l’acquisition du domaine de Cham-bor.l.

Courier était de ces esprits difficiles qui ne croient pas à la liberté des cadeaux faits aux princes, et qui trouvent un air de tribut aux plus volontaires, aux plus amoureuses offrandes. Venant de bas en haut, toute libéralité leur paraît suspecte. Ils ne donnent pas, disent-ils de nous, ils demandent.

Défiant comme tous les philosophes de cette école, Courier prétendait que ceux qui voulaient des terres et des châteaux pour un enfant, songeaient moins à lui qu’à eux-mêmes. On disait bien : C’est pour fêter une royale naissance ; mais il demandait à la fêter gratis. « Nous gêner, disait-il au conseil de sa commune, et augmenter nos dettes pour donner au jeune prince une chose dont il n’a pas besoin ! N’avons-nous pas nos chemins, nos pauvres, notre église, et, s’il nous reste quelque chose, le pont de Saint-Avertin ?… Douze mille arpents de terre en clos que contient le parc de Cham-bord, c’est un joli cadeau à faire à qui les saurait labourer. »

Ainsi disait-il, sage s’il n’eût dit autre chose. Mais il était causeur. Qui dit le prince, songe à la cour. Courier voulait en donner, en passant, sa définition après La Fontaine. Puis on est si injuste envers messieurs les courtisans ! Nul n’en dit le bien qu’il en pense. Courier surtout ne les aimait pas ; aussi les attaquait-il jusque dans leurs ancêtres. Il prétendait avoir trouvé l’origine de toutes les grandes fortunes de cour, et c’était

ce n’était pas la pureté des mœurs. Cela venait à l’occasion de Chambord, qu’il trouvait mal choisi pour y préparer un enfant au trône et aux bonnes mœurs. Il soutenait en grondant que l’air ne savait pas y être pur, et, pour former l’esprit et le cœur du roi au maillot, tout autre lieu lui paraissait préférable à celui où il fallait vivre au milieu des souvenirs de Henri III et de François I", des chiffres d’une Diane, d’un Chateaubriand, de mademoiselle de la Vallière, à qui il eût pu pardonner.

Pendant qu’il prêchait ainsi de son mieux en faveur de la morale, le sermon

4 ) ■ COU lui-même fut accusé d’immoralité. 11 eut beau dire que lorsque le sens du discours ne pèche point, on ne peut pécher par les paroles. Le jeune homme bien-disant (M. Berville, son avocat) que Courier appelait toujours quand il lui fallait improviser, eut beau citer Nicole et Massillon, on lui prouva par la prison, qu’aujourd’hui comme du temps de Boileau, nommer la luxure est une impureté. La prison convertit rarement. Ce fut à l’impression que cette condamnation lui laissa, qu’il dut plus tard le Pamphlet des pamphlets, le meilleur mais non pas le moins malin de ses écrits., On a souvent comparé le style de Courier à celui des petites lettres de Pascal. Courier lui-même se faisait cet honneur sans trop de façon. Mais ce style parfait, s’il est ailleurs que dans les Provinciales, ce n’est point, quoi qu’en disent les faiseurs de notices, dans la lettre à M. Re-nouard qu’il faut le chercher. Ce n’est point non plus, malgré la prédilection de l’auteur, dans la lettre à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, boutade d’amour-propre blessé, satire pleine de verve, mais de fiel, où le candidat refusé triomphe en déversant le mépris sur une compagnie à laquelle il trouvait honorable d’appartenir, puisqu’il avait sollicité ses suffrages. Cette colère qui dissimule mal, cette amère ironie qui se donne pour de la gaîté, mais qui trahit la haine, ce style rancuneux, ces outrageantes personnalités, tout ce qui, dans cette lettre, avait tant affligé les amis de Courier, ne pouvait être du solitaire de Port-Royal.

S’il l’a eu ( et ne fût-ce qu’une seule fois, ce serait assez pour sa gloire d’écrivain), ce style jusqu’à lui réputé inimitable, c’est dans quelques pages du Pamphlet des pamphlets. L’art de se mettre en scène et de rendre ainsi la discussion dramatique, cette logique si vive et si pressante, toute en action, l’aisance du

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dialogue, cette fine moquerie qui est restée le modèle de la plaisanterie parfaite, ce qu’il y a d’excellent enfin dans la première des Provinciales (pour parler de celle qui se présente d’abord, se retrouve dans cette conversation,trop courte de Courier avec M-. A*** B***, honnête juré qui veut bien, en attendant l’heure du dîner qui va sonner, expliquer à l’écrivain qu’il vient de condamner sans l’avoir lu, l’énorme différence qu’il y a entre l’imprimé d’une feuille ou deux, qui est proprement le pamphlet, c’est-à-dire du poison, etl’écrit de trois feuilles, bien moins dangereux, paisque c’est déjà une brochure.

Mais ce n’est plus ce libraire parisien avec sa haine si cordiale contre les pamphlets, c’est sir John qui les défend avec enthousiasme. « Laissez dire,laissez-vous blâmer, condamner, emprisonner ; laissez-vous pendre, mais publiez votre pensée. Ce n’est pas un droit, c’est un devoir : étroite obligation de quiconque a une pensée de la produire et mettre au jour ! La vérité est à nous tous. » Cette vé-riiéqui est le patrimoine commun, dépôt sacré dont chacun est comptable pour sa part, il veut pour elle, non de lourds volumes qu’on ne lit pas, mais des feuilles qui courent de main en main, des pamphlets, en un mot. Les pamphlets ! « de tout temps, ils ont changé la face du monde Oh ! qu’une page pleine

dans les livres est rare ! Il n’y a point de pensée qu’on ne puisse expliquer dans une feuille et développer assez. Qui s’étend davantage,souvent ne s’étend guère ou manque de loisir, comme dit l’autre, pour méditer et faire court. »

Courier ne se peut analyser.C’est dans l’écrit même qu’il faut suivre le mouvement de ce style si vif, admirable d’entraînement et de véritable éloquence. La manière même de l’auteur a changé. Ce n’est plus cette naïveté villageoise, cette

simplicité accorte et gracieuse ; c’est quelque chose de rude, une certaine brusquerie de style qui va bien au sujet.

Les phrases se heurtent à dessein. Il semble les jeter telles qu’elles lui viennent, uniquement occupé de dire fort et vile et de clore en peu de mots beaucoup de sens.

Ce fut le dernier ouvrage de Courier. On connaît sa fin déplorable. Le 10 avril 1825, il surveillait la coupe d’un bois, au milieu duquel on le trouva mort, frappé d’un coup de feu dans la poitrine. Cinq ans après, une jeune fille, Anne Greveau, témoin secret du crime, en révéla les détails ; le coupable, précédemment acquitté, survécut peu de temps à cette révélation.

COUTARD (LOUIS-FRANÇOIS, comte)[modifier]

lieutenant-général, né à Ballon (Sarthe), le 19 février 1769. Il n’avait encore que 18 ans lorsque le 13 mars 1787, il s’engagea comme soldat dans le régiment de Bresse (26e). Il acheta son congé le 1er septembre 1791 et entra le lendemain dans le 1er bataillon de la Sarthe. Le 13 janvier 1792, il passait dans la garde constitutionnelle du roi, qui remplaçait l’ancienne maison militaire. Le 30 mai suivant, cette garde fut licenciée, et Coutard rentra dans le bataillon de volontaires auquel il appartenait précédemment.

Capitaine le 11 janvier 1793, il se signala le 17 août suivant à la prise de la redoute de Jolimay, dans la forêt de Mar-male, et reçut, pendant l’action, un coup de feu à la jambe droite.

Il fut promu au grade de chef de bataillon ; adjudant-général le 14 octobre même année. Le 23 fructidor an III, il rentrait avec son grade dans le bataillon de la Sarthe, incorporé depuis dans le 73e de ligne.

Le 14 ventôse an VII, à l’assaut d’Ortonomare ( royaume de Naples), il pénétra le premier dans la ville sous le feu meurtrier de l’ennemi, par une embrasure armée de sa pièce de canon chargée à mitraille. Il commanda les grenadiers de l’aile droite à la bataille de Trébia le 13 prairial an VII, soutint pendant longtemps, avec une poignée de braves, les efforts d’un ennemi supérieur en nombre, et reçut dans cette action une blessure assez grave qui ne l’empêcha cependant pas de continuer à combattre. Au siège de Gênes, il gravit avec 50 hommes la montagne des Deux-Frères, sans tirer un coup de fusil, sauta dans les retranchements ennemis et s’en empara. Sa brillante conduite dans une vigoureuse sortie de la garnison, le 13 prairial an VIII, le fit nommer chef de brigade sur le champ de bataille. Il fit la campagne de l’an IX à l’armée des Grisons, et celles des ans X et XI sur les côtes de l’Océan.

Le 12 vendémiaire an XII, le premier Consul lui confia le commandement du 66e régiment de ligne, et le 19 frimaire suivant il le nomma membre de la Légion-d’Honneur. Le colonel Coutard fit, à la tête de son régiment, les campagnes de l’an XIV et de 1806 à l’armée du Nord ; celles de 1807 à 1809 à la grande armée. Il resta bloqué dans Ratisbonne en juillet 1809, et fut fait prisonnier à la capitulation de cette place. « Après les batailles d’Abensberg et de Landshut, dit le capitaine Gallois dans un écrit nouvellement publié, Napoléon, changeant de direction marcha sur Eckmühl, où il battit complètement l’armée autrichienne. Il se présenta ensuite devant Ratisbonne le jour qu’il avait indiqué. Il croyait cette place occupée par le 65e régiment fort de quatre beaux bataillons ; mais le colonel Coulard avait capitulé la veille. » Rendu à la liberté, il fut immédiatement remis en activité, et fit, avec son régiment, les campagnes de 1810 et 1811 aux armées d’Espagne et de Portugal. Il devint général de brigade le 6 août 1811. Napoléon le nomma ensuite baron de l’Empire et l’employa au corps d’observation de l’Elbe, devenu, le 18 janvier 1812, le 2e de la grande armée.

Pendant une partie de la déplorable retraite de Russie, il commanda avec beaucoup de distinction l’arrière-garde du 6e corps. Le 9 décembre, il fut blessé dans un engagement en avant de Wilna, dans lequel il soutint plusieurs attaques successives. Mis en disponibilité le 29 janvier 1812, il fut ensuite alternativement chargé du commandement du département de la Gironde et des Basses-Pyrénées.

Le 16 mars 1814, Louis XVIII lui confia le commandement supérieur de la place de Rochefort. Nommé lieutenant-général le 25 novembre 1814, il fut appelé le 2 juin 1815 au commandement des gardes nationales de Lille.

En 1816, le général Coutard fit partie du conseil de guerre chargé de juger le général Mouton-Duvernet. Le roi lui conféra le titre de comte et lui donna successivement le commandement des 3e et 13e divisions militaires. Des troubles éclatèrent à Brest à la fin de 1821 entre les missionnaires et les habitants ; l’opposition accusa le général Coutard d’avoir mis trop facilement son épée au service de la sacristie. Le gouvernement récompensa son zèle : il l’appela, le 1er janvier 1822, au commandement de la lre division militaire. Il occupait encore ce commandement au moment de la Révolution de 1830.

Compris, le 4 août, au nombre des généraux disponibles, et admis l’année suivante au traitement de réforme, il obtint sa réforme le 26 juin 1831. Depuis cette époque, le général Coutard a vécu éloigné des affaires publiques.

CRILLON-DES-BALBES-BERTON (MARIE-GÉRARD-LOUIS-FÉLIX-RODRIGUES, duc de)

né le 15 décembre 1782, issu de l’antique famille des Balbes-de-Quierts, en Piémont, dont un des membres vint s’établir à Avignon en 1456, et forma la souche de la branche française connu sous le nom de CRILLON, illustrée par Louis-des-Balbes-Berton de Crillon, surnommé le Brave par Henri IV.

M. de Crillon émigra en 1793, mais jamais il ne porta les armes contre la France. Il fit ses premières armes en qualité d’aide-de-camp du général.Dessoles ; son avancement fut peu rapide.

A la rentrée des Bourbons, il fut nommé sous-lieutenant de la 7e compagnie de Mousquetaires et prit rang de colonel la même année, tout en conservant sa position de sous-lieutenant.

En mars l815,il accompagna le roi à la frontière où sa compagnie fut licenciée. Il reprit son service en juillet, et à la suppression des compagnies rouges fut nommé colonel de la légion des Basses-Alpes, devenue en 1820, le 2e régiment d’infanterie légère. Il commanda neuf ans ce régiment et fit, en 1823, la campagne d’Espagne.

Le 8 juin, il se distingua à une affaire brillante dans la Sierra-Morena, à Despena-Peros, où la division Placencia fut culbutée. Le lendemain, le général espagnol, ayant rallié ses forces, occupait une position avantageuse et son feu maltraitait fort les Chasseurs de la garde royale, retenus au port d’armes par les difficultés du terrain. Le duc de Crillon fit tourner les hauteurs par ses compagnies de voltigeurs ; à la tête du reste de son régiment, il franchit le ravin qui le séparait de l’ennemi et emporta la position au pas de charge.

À Xérès de la Frontera, il fut détaché avec un bataillon, occupa San-Lucar, y laissa garnison et alla s’emparer d’Algésiras que l’ennemi avait abandonné. Il y reçut sa nomination au grade de maréchal de camp à la date du 11 août 1823.

Dès 1820, le duc de Crillon avait succédé à la dignité de pair dont son père était revêtu : il combattit au Luxembourg la loi sur la réduction de la rente 5 p. % favorable à l’État mais défavorable à la masse des rentiers.

Il a exercé une inspection générale et présidé des collèges électoraux ; le conseil général de l’Oise l’avait compté depuis longtemps au nombre de ses membres.

M. de Crillon est grand officier de la Légion-d’Honneur, chevalier de Saint-Louis et il est décoré de la croix de Saint-Ferdinand.

CURIAL (PHILIBERT-JEAN-BAPTISTE-FRANÇOIS-JOSEPH, comte)[modifier]

naquit à Saint-Pierre d’Albigny, en Tarentaise, le 21 avril 1774.

Lorsque les Français eurent envahi sa patrie, en 1792, le jeune Curial embrassa la carrière des armes, et entra dans la légion des Allobroges, que la Convention envoya dans le Midi, sous le commandement du général Carteaux, pour poursuivre les insurgés fédéralistes de cette contrée. Il se rendit ensuite à l’armée d’Italie, puis en Égypte, où il fut promu successivement au grade de capitaine et à celui de chef de bataillon.

Nommé colonel du 88e régiment d’infanterie le 12 frimaire an xn, il reçut la décoration de la Légion-d’Honneur le 19 du même mois, celle d’officier le 2o prairial suivant, et combattit avec distinction àAusterlilz. Sa conduite pendant cette grande bataille lui mérita l’étoile de commandant de la Légion-d’Honneur, qu’il reçut le 4 nivôse an xiv, et le grade de colonel-major des fusiliers à pied de la garde impériale.

Curial se fit particulièrement remarquer à Eylau, signala de nouveau son courage à Friedland, fut élevé au grade de général de brigade, et obtint le titre de baron de l’Empire en 1808.

Ce fut lui qui décida du succès de la bataille d’Essling, en enlevant le village de ce nom qui avait résisté à sept attaques consécutives. Ce brillant fait d’armes lui valut le grade de général de division, que l’Empereur lui conféra le 5 juin 1809. Il fit la campagne de Russie à la tête des Chasseurs de la garde, et y déploya beaucoup de courage. Après avoir échappé aux désastres de cette expédition, il fut chargé par l’Empereur, en 1813, d’organiser 12 nouveaux bataillons de la jeune garde, dont le commandement lui fut confié. Il conduisit ces troupes en Saxe, assista, le 16 octobre, à la bataille de Wachau, où il s’empara de la position de Dolitz, culbuta l’ennemi dans la rivière de la Pleiss, et lui enleva un grand nombre de combattants, parmi lesquels se trouvait le général Merfeld.

Le 30 du même mois, il contribua puissamment à repousser les efforts des Austro-Bavarois qui voulaient couper la retraite de l’armée française à Hanau. Curial prit part à toutes les affaires de la campagne de 1814, particulièrement à celle de Craone, sous l’Empereur, et de Paris sous Mortier. Ayant donné son adhésion aux actes du Sénat, il fut créé le 2 juin, par Louis XVIII, chevalier de Saint-Louis, Pair de France le 4, et grand officier de la Légion-d’Honneur le 14 juillet de la même année.

Devenu grand Cordon du même ordre, le 14 juillet 1813, il obtint ensuite le commandement de la 19e division militaire.

A son retour de l’île d’Elbe, Napoléon l’employa dans son grade à l’armée des Alpes, sous les ordres du maréchal Suchet ; mais ne l’appela point à la Chambre des Pairs, qu’il venait de créer.

A la seconde Restauration, le baron Curial reprit son siège au Luxembourg, fut créé gentilhomme de la chambre du roi, commanda, en 1823, une division en Catalogne, sous les ordres du maréchal Moncey, et devint commandeur de Saint-Louis (20 août 1823), premier chambellan et grand-maître de la garde-robe du roi.

Il assista au sacre dé Charles X. Pendant le voyage de Reims, il fit une chute grave. Depuis cette époque, sa santé s’altéra chaque jour davantage, et il mourut à Paris le 29 mai 1829.

Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.

CUSTINE (ADAM-PHILIPPE, comte de)[modifier]

né à Metz en 1740. Sous-lieutenant à 17 ans, colonel à 22 ans, après la guerre de SepiAns, où il se distingua assez pour être cité par le grand Frédéric ; il échangea son régiment de dragons contre un régiment d’infanterie qu’il conduisit en Amérique, dans la guerre de l’indépendance. Sa belle conduite dans cette expédition lui valut au retour le grade de général de brigade et le gouvernement de Toulon.

Député aux États-Généraux et partisan des idées nouvelles.

Général en chef de l’armée du Rhin en 1792, il prit Spire, Worms, Mayence, passa le Rhin et entra dans Francfort. Repoussé par les Prussiens, il se retira derrière les lignes de Weissembourg ; il réussit à s’excuser de cette retraite auprès de la Convention et reçut le commandement de l’armée du Nord.

A peine arrivé à son poste, il reçut Tordre de se rendre à Paris, accusé par le Comité de salut public d’avoir livré sans défense Mayence, son artillerie et celle de Landau et de Strasbourg.


Il fut traduit au tribunal révolutionnaire, condamné et exécuté le 28 août 1793.

Custine était bon officier de cavalerie, mais général très médiocre. Les excès du vin lui ont fait commettre beaucoup de fautes.

de BONCHAMP à BUZEN Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 D