Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/A

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Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 B


ABBATUCCI (CHARLES)[modifier]

Fils de Jacques-Pierre Abbatucci, Corse, qui seconda vaillamment Paoli contre l’incapable marquis de Chauvelin et mourut en France, en 1812, avec le grade de général de division.

Charles Abbatucci, élevé à l’école militaire de Metz, en sortit en 1787, à l’âge de 16 ans, avec le grade de lieutenant. Au commencement de la campagne de 1792, il n’était encore que capitaine d’artillerie ; mais sa brillante conduite le fit arriver, avant la fin de cette année, au grade de lieutenant-colonel. En 1794, Pichegru le choisit pour aide-de-camp.

Nommé général de brigade après le premier passage du Rhin, où il avait montré le plus grand courage, il fut chargé plus tard par Moreau de préparer le passage du Rhin à Kehl ; celui du Lech, qu’il effectua le 27 juin 1796, signala de nouveau son intrépidité ; il fallait franchir devant l’ennemi ce fleuve large et rapide : un premier bataillon qu’il envoya fut englouti dans les eaux du fleuve. Aussitôt, se précipitant à la tête d’un second bataillon, il anime les siens de son exemple et de ses paroles, soutient ceux qui chancellent, sauve ceux que le courant entraîne et les conduit enfin sur les bords opposés où il culbute les Autrichiens qu’il avait déjà vaincus une première fois dans cette journée. Ce double succès lui valut les épaulettes de général de division, et bientôt après, l’important commandement de la place d’Huningue. Cette forteresse qui couvrait la haute Alsace devint d’une grande importance, lorsque Moreau eut repassé le Rhin, après les désastres de Jourdan en Franconie ; aussi ne voulut-il en confier la défense qu’à des mains habiles, et il plaça Abbatucci dans Huningue, que les Autrichiens vinrent bientôt attaquer, en même temps qu’ils assiégeaient Kehl, cette autre porte de la France où Desaix et Lecourbe s’étaient enfermés.

Moins heureux que ses jeunes frères d’armes, Abbatucci fut tout à coup arrêté dans, la carrière qui s’ouvrait si brillante devant lui ; il fut tué le 2 décembre 1796 dans une sortie qu’il fit pour déblayer les abords de la place ; il était alors âgé de 25 ans.

Moreau, juste appréciateur de son courage, lui fit élever un monument aux lieux où il avait succombé. Quand les Autrichiens pénétrèrent, en 1815, sur notre territoire, ils ne voulurent pas laisser subsister ce modeste souvenir ; mais, en 1819, le général Rapp ouvrit une souscription pour le rétablir. Ce n’est cependant que depuis la révolution de juillet que le monument d’Abbatucci a été reconstruit. Ce monument remplacera la couronne de chêne qu’il eût reçue à Rome pour avoir sauvé la patrie.

ABBÉ (LOUIS JEAN NICOLAS)[modifier]

Baron de l’Empire. Né le 28 août 1764, à Trépail (Marne), entra au service le 14 avril 1784., dans le régiment de Barrois (9e d’infanterie). Sergent-major le 29 avril 1792, il fit la campagne de cette année à l’armée des Alpes.

Envoyé à l’armée d’Italie, il y fit les guerres de 1793 à l’an VII inclusivement. Sous-lieutenant en septembre 1793, il se distingua à l’affaire de Limone, où il fut blessé ; lieutenant en l’an IV, il se signala de nouveau au passage du Mincio le 20 thermidor, à la prise de Governolo, au combat de Castellaro où il fut encore même blessé.

Le 16 février an VII, il surprit la ville de Novare, en Piémont, par un coup de main que lui-même avait proposé au général en chef Joubert. Avec quelques grenadiers cachés dans deux voitures, et placé lui-même dans la première, il se fit ouvrir la porte comme envoyé extraordinaire auprès du roi par le général en chef. Arrivé en face du corps de garde, il se précipite sur le poste à la tête de ses grenadiers, s’empare des faisceaux d’armes et fait 25 prisonniers. Le général Victor, qui le suivait de près avec des troupes, arrive immédiatement, s’empare de la ville et fait mettre bas les armes à une garnison de 1 200 hommes.

Le Directoire exécutif nomme, le 23 de ce mois, Abbé, capitaine au 8e dragons. Envoyé à Paris pour présenter au gouvernement les drapeaux pris sur l’ennemi, il fut nommé chef d’escadron et reçut un sabre et des pistolets d’honneur.

Devenu aide-de-camp du général Leclerc, il le suivit à l’armée du Rhin en l’an VIII, à celle du Midi en l’an IX et à l’expédition de Saint-Domingue où il exerça les fonctions de chef de brigade. De retour en France, il fut confirmé dans ce grade et commanda en Corse la 23e demi-brigade d’infanterie légère. Membre de la Légion d’honneur le 19 frimaire an XII, et officier, le 27 prairial suivant, il fit en Italie les campagnes de l’an XIV à 1809. Le 4 juillet 1806, à la bataille de Sainte-Euphémie (Calabre), il soutint et protégea la retraite de l’armée. L’Empereur récompensa sa bravoure et ses talents militaires par le grade de général de brigade, le 1er mars 1807.

Le 27 du même mois, le général Abbé battit complètement les Anglo-Siciliens à Milète ; il concourut à la prise dû fort de Scylla et fut nommé commandant de la Légion d’honneur.

En 1809 il se signala surtout aux batailles de Sacile et de la Piave. au combat de Tarvis, au passage du pont de Karako qu’il emporta de vive force.

Envoyé en Espagne en 1810 et employé au 3e corps sous les ordres de Suchet, il coopéra à là prise de Lérida.

Le 8 juillet, à la tête de 1 800 hommes, il battit complètement 3 000 Espagnols commandés par O’Donnel. Après s’être signalé dans> toutes les occasions et notamment au siège de Tortose, en décembre 1810, il fut créé baron de l’Empire en janvier 1811.

Au siège de Sarragosse, il se couvrit de gloire au dernier assaut, enleva de vive force le Montserrat, fut nommé général de division le 31 juillet et alla commander en Navarre sous les ordres du général comte Reille.

En août 1812, il fit perdre dans une rencontre plus de 800 hommes â Mina, et pendant près d’un an qu’il combattit ce chef, il lui fit éprouver dés pertes considérables.

Rentré en France à la suite de la bataille de Vittoria, il commanda la 3e division sous les ordres du duc de Dalmatie, fit des prodiges de valeur à la bataille de Saint-Pierre d’Irube ; renfermé dans Bayonne avec sa division, il commanda une sortie le 14 avril 1814 et tua 3 000 hommes aux Anglais.

Après l’abdication, il envoya son adhésion au nouveau gouvernement. Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis le 19 juillet, et lui confia le 15 janvier 1815 le commandement de la 2e subdivision de la 8e division militaire (Toulon). Informé le 2 mars du débarquement de l’Empereur, il communiqua cette nouvelle au maréchal prince d’Essling, gouverneur de la 8e division qui se trouvait à Marseille et prit, de concert avec les autres autorités, toutes les mesures commandées par la circonstance. Le duc d’Angoulême, arrivé à Toulon, approuva ce qu’avait fait le général Abbé pour l’ordre et la discipline. Le 4 avril, arrivé à Cannes avec un seul aide-de-camp, il fut arrêté par la population en armes. Mis en liberté peu de jours après, il apprit à Toulon le changement de gouvernement.

Le 25 avril il reçut ordre de l’empereur d’aller prendre à Belfort le commandement de la 18° division militaire, sous les ordres du général Lecourbe.

Le 26 juin, avec une division de 2 600 hommes il repoussa les Autrichiens sur tous les points ; mais se reconnaissant trop inférieur en nombre, il fit une retraite habile et tint constamment les Autrichiens en échec, défendant chaque position, chaque défilé et leur tuant beaucoup de monde. Le général Abbé, licencié le 2 septembre 1815, fut mis à la retraite le 1er janvier 1816. Rentré dans la vie civile, il vécut de sa modique pension à Châlons-sur-Marne.

En août 1830, il eut le commandement de la garde nationale de Châlons, mais ses infirmités le forcèrent d’y renoncer.

Placé dans le cadre de réserve de l’état-major général en février 1831, il fut de nouveau admis à la retraite le 1er mai 1832, et mourut à Châlons, le 9 avril 1834.

Son nom est inscrit sur la partie ouest de l’Arc de Triomphe de l’Étoile.

ABD-EL-KADER[modifier]

fils de Sidi-Mahi-el-Diri, célèbre marabout, et de Zora, la seule femme savante de toute la contrée. — Il naquit à la Zaayah, ou école religieuse de la Guyathnali (les Tentes), a quatre lieues de Mascara, à gauche de la route qui va d’Oran à cette ville. La date la plus probable de sa naissance est le 6 mai 1807.

Issu d’une famille de marabouts (saints) de la tribu des Hachem-Rh’erïce, située dans les environs de Mascara. Le nom entier de l’ex-émir est : Hadj Abd-el-Kader Oulid Sidi-el-Hadj Mahirel-Din ben Sidi Kadah ben Sidi-el-Mokiar ; ce qui signifie : Pèlerin serviteur du Tout-Puissant, fils du Seigneur Pèlerin qui vérifie la religion, fils du Seigneur Repos, fils du Seigneur le Choisi. Abd-el-Kader était à peine âgé de huit ans que son père l’emmena avec lui dans un voyage qu’il fit à la Mecque. A leur retour, Achmed-Bilhar, homme lettré et frère de Mahi-el-Din, prit chez lui le jeune pèlerin et se chargea de son éducation, qui consista dans l’étude du Koran, les principes des sciences physiques et morales, de la géométrie et de l’astronomie, la gymnastique, l’exercice du cheval et le maniement des armes.

Mahi-el-Din envoya ensuite son fils à Oran, chez Sidi-Achmed-ben-Kodja, qui le garda dix-huit mois et lui enseigna la politique.

Pendant ce temps, Mahi-el-Din raconta aux chefs des tribus voisines, des visions surnaturelles qu’il avait eues pendant son voyage à la Mecque et depuis son retour, touchant l’avènement de son fils. Ses prédictions obtinrent l’effet qu’il désirait : il avait conquis à sa cause de nombreux partisans, et les idées de réforme qu’il avait semées étaient prêtes à porter leurs fruits. Pensant que le moment d’agir était venu, il rappela son fils et le présenta aux Arabes comme le libérateur. Le bruit de cette conspiration s’étant répandu à Oran, le bey Hassan, turc d’origine, et gouverneur de la province, fit mettre en prison le vieux Mahi-el-Din. Celui-ci ayant su intéresser la femme du bey en sa faveur, par l’entremise des amis qu’il avait à Oran, obtint sa liberté à condition qu’il s’exilerait.

Mahi-el-Din fit une seconde fois le voyage de la Mecque avec son fils. C’était en 1820, le capitaine Jovas, commandant le Castor, brick du commerce français, prit à son bord le père et le fils, avec un certain nombre d’aspirants au titre de hadj, et les transporta à Alexandrie.

Mahi-el-Din et son fils, après avoir visité la Mecque et Médine, allèrent faire leurs dévotions à Bagdad, au tombeau du célèbre marabout Sidi Abd-el-Kader-el-Djelali, qui a des chapelles (koubbah) par toute l’Algérie et notamment à Alger. Ils recueillirent précieusement tout ce qui pouvait intéresser les populations du désert, et à leur retour ils racontèrent de vieilles légendes, d’anciennes prophéties, qui annonçaient qu’Abd-el-Kader deviendrait un jour le sultan des Arabes. Pendant son séjour en Égypte, Abd-el-Kader avait été frappé des changements que Méhémet-Ali venait de faire subir à son armée et des améliorations apportées dans l’administration de ses états ; il se sentit un immense désir de le prendre pour modèle, et son père l’encouragea dans ses idées. Réfugiés tous deux dans leurs tentes, ils passaient leurs journées en prières. La vénération qu’ils s’étaient acquise avait tellement grandi, que les Arabes arrivaient en foule au Douar des Hachem, apportant comme offrandes du grain, du bétail, des chevaux, de l’or, de l’argent et des armes. C’est de cette époque que datent les nombreuses richesses d’Abd-el-Kader et sa haute influence sur toute la contrée.

Hassan-Bey, voulant mettre enfin un terme à ces menées révolutionnaires, prononça la peine de mort contre le père d’Abd-el-Kader ; mais il était trop tard.

La prise d’Alger par les Français venait de porter un coup terrible à l’empire des Deys et à la domination turque. Le vieux marabout déchira le voile qu’il n’avait fait qu’entr’ouvrir et se mit à prêcher la guerre sainte. Des milliers d’Arabes accoururent et se rangèrent sous ses ordres ; on vit bientôt le puissant gouverneur d’Oran, Hassan, réduit à demander asile à celui dont il avait mis la tête à prix. Le marabout allait lui offrir l’hospitalité et ses services ; mais Abd-el-Kader s’y opposa énergiquement, et le bey d’Oran dût se rendre quelques jours après à nos troupes. Mahi-el-Din, choisi comme chef de l’insurrection arabe, marcha avec ses troupes contre la garnison turque de Mascara, et la massacra sans pitié ; plus tard il nous combattit sous les murs d’Oran, et y déploya un grand courage. Le jeune Abd-el-Kader s’y distingua particulièrement ; il semblait être à l’abri des balles et des boulets ; il eut deux chevaux tués sous lui. Le burnous blanc qu’il y portait, et qui y fut rougi du sang des siens, a été conservé comme une relique.

Depuis la prise d’Alger, le parti arabe semblait avoir recouvré sa liberté, mais il était pour ainsi dire sans chef : Mahi-el-Din, tout influent qu’il était, n’était pas souverain. Quelques tribus ne lui obéissaient pas. D’un autre côté les Arabes voyaient avec inquiétude la conquête française s’étendre. La soumission d’Ibrahim, bey de Mostaganem, acheva de les décourager ; il y eut une assemblée générale des chefs de tribus pour procéder à l’élection du sultan des Arabes. Le rendez-vous eut lieu dans la plaine d’E-ghris, dans un lieu nommé Ersebia. Il fut question de nommer Mahi-el-Din ; mais celui-ci leur dit que le marabout Sidi-el-Arrach était plus digne que lui d’un si grand honneur. Le conseil se retira pour se réunir le lendemain. Ce jour-là, on vit arriver Sidi- el-Arrach : Frères, dit-il, en élevant les mains vers le Ciel, cette nuit, le célèbre marabout Mahi Abd-el-Kader m’est apparu au milieu de sa gloire, et m’a dit : « Sidi-el-Arrach, retiens bien ces paroles d’où dépend le salut de notre race. Je ne connais qu’un seul homme qui, par ses vertus, son courage et son intelligence-, soit digne de commander aux Arabes : c’est Abd-el-Kader, troisième fils de Mahi-el-Din. Je t’ordonne donc de répéter demain au conseil ce que tu viens d’entendre. Allah et son prophète s’intéressent à la cause de ses enfants et veulent qu’elle triomphe. »

Mahi-el-Din intervint alors et ajouta : « J’ai entendu les mêmes paroles que Sidi-el-Arrach, et j’ai reçu les mêmes ordres, mais je mourrai dans l’année qui suivra l’avènement de mon fils. Telle est la prophétie de mon aïeul. »

Le titre de sultan fut alors accordé à Abd-el-Kader, les chefs s’inclinèrent et lui présentèrent le burnous violet. Ceci se passait en l’an de l’hégire 1248, de l’ère vulgaire 1832, 28 septembre. Le nouveau sultan se mit à prêcher la guerre sainte, et il réunit autour de lui une foule d’hommes braves et dévoués. Après que l’affaire de la Macta eut consolidé sa puissance, il songea à se créer une force militaire permanente, déploya une grande habileté, et fit preuve d’une rare observation. Voyant notre armée composée en grande partie d’infanterie, il se forma un corps de cavalerie qui pût attaquer, poursuivre ou éviter un combat inégal. Ce premier corps ne montait d’abord qu’à 400 hommes qui rendirent de grands services au sultan. Pour entretenir des bataillons réguliers, il mit des taxes sur les marchandises, il leva des impôts ; puis fit bâtir des magasins de vivres, d’armes et de munitions.

Lorsqu’il commença à nous faire la guerre dans l’ouest de l’Algérie, le général Desmichels était gouverneur de la province d’Oran ; comme son prédécesseur, il était indépendant du général en chef. Il crut pouvoir traiter les Arabes comme un peuple intelligent, et devant se laisser influencer par notre supériorité. Il se trompait ; au mois de mai 1833 il battit plusieurs fois Abd-el-Kader, et s’empara de Mostaganem. L’émir, indigné de voir les Musulmans venir approvisionner nos marchés, fit enlever le chef d’Arzew qui venait de se soumettre, et le conduisit à Mascara où il fut étranglé. Au mois d’octobre de la même année ses troupes attaquèrent l’escorte de la commission d’Afrique, forte de 1.800 hommes, mais il fut battu près de Aïn-el-Bidha. Abd-el-Kader, à la mort de son père (1333), se retira quelque temps à Mascara, puis revint se mettre à la tête de ses troupes, fit bloquer la ville d’Oran par la tribu des Rharaba et couper toute communication avec Mostaganem par celle des Hachem. La tactique réussit, les arrivages cessèrent sur nos marchés. Les tribus soumises cherchèrent à se détacher de nous. Abd-el-Kader, profitant de l’état des esprits, nous tendit un piége dans lequel quatre des nôtres furent faits prisonniers et un cinquième tué. Le général Desmichels lui écrivit pour réclamer les soldats victimes d’une trahison infâme, mais Abd-el-Kader refusa de les rendre et termina sa réponse par un défi.

Le général Desmichels ne fit pas longtemps attendre la réponse. L’affaire de Tamezouat n’avait pas encore intimidé les Arabes. On avait, après le combat, renvoyé les femmes et les enfants des douars qui étaient tombés en notre pouvoir ; et les indigènes, ne comprenant nullement le motif de cette mesure, pensaient que nous avions agi, non pas avec générosité, mais avec faiblesse.

Lorsque, après cette sortie, les marchés d’Oran se furent un peu approvisionnés, le général Desmichels écrivit de nouveau à Abd-el-Kader pour lui demander une entrevue. L’émir n’eut garde de se présenter lui-même, il se croyait trop au-dessus de nos généraux par sa position souveraine : il n’a daigné accorder cette faveur qu’au maréchal Bugeaud, à M. de Lamoricière et à M. le duc d’Aumale.

A la lettre du général Desmichels il répondit que sa religion lui défendait de demander la paix, mais qu’elle lui permettait de l’accepter si elle lui était proposée. Abd-el-Kader sentait alors le besoin de cesser les hostilités contre nous, et malgré le léger revers, que nous éprouvâmes près d’Oran, dans un lieu nommé Das-el-Bidah (la Maison blanche), il continua les négociations entamées, en engageant son Aga, Mouloud-bcn-Arrach et le Caïd Ouled-Mahmoud, pour s’entendre en dehors d’Oran, avec le juif Mandoukaï-Amar, sur les bases du traité de paix qui allait être passé entre la France et les Arabes. Abd-el-Kader insistait pour avoir Mostaganem, mais se voyant refuser sur ce point, il demanda Arzew, où il parvint à établir de fait son autorité sans en avoir obtenu le droit. Lorsqu’il fut question de rédiger ce traité, on vit combien la diplomatie arabe est supérieure à la nôtre. Nous commencions par reconnaître comme prince légitime un marabout qui n’était qu’usurpateur. Nous eûmes à nous en repentir plus tard.

On était d’accord sur les trois dispositions suivantes du traité : 1° soumission des Arabes à la France ; 2° liberté du commerce pleine et entière ; 3° remise immédiate des prisonniers. Lorsque les envoyés d’Abd-el-Kader s’occupèrent de la rédaction de cet acte important, conjointement avec les principaux chefs civils & militaires de la province, on y fit régner une telle obscurité, on négligea des points d’une si haute importance, tels, entre autres, que la délimitation du sol administré par Abd-el-Kader, enfin les envoyés de l’émir déployèrent tant de ruse et d’habileté, que les conditions principales posées par nous étaient comme annulées, et que ce traité, que nous leur imposions, semblait être plus favorable aux Arabes qu’à nous.

Ce traité fut signé le 24 février 1834. Abd-el-Kader, satisfait, croyait son repos assuré, lorsque de nouveaux ennemis vinrent l’attaquer dans sa retraite.

Mustapha-ben-Ismael, chef des douars, et qui avait été Aga avant la conquête, ne pouvait se résoudre à se soumettre à un usurpateur, ou, comme il disait, à un pâtre, fils de pâtre. Un autre chef, qui menait depuis longtemps une vie de brigandage, Kadour-ben-el-Morfy, placé à la tête des Bordja, ne pouvant s’accoutumer à la paix qui allait régner dans le pays, se réunit à Mustapha pour soulever les Beni-Amer, une des plus populeuses tribus de la province. Les Arabes de cette tribu se refusèrent à payer l’achour, alléguant que la cessation de la guerre rendait cet impôt inutile, et qu’ils ne reconnaissaient pas pour leurs maîtres les infidèles et leurs alliés. Les Douayers et les Zmelas, tribus accoutumées à vivre de pillage, se joignirent aux Beni-Amer et commencèrent les hostilités.

Abd-el-Kader rassemble au plus vite ses cavaliers dans les environs de Mascara, marche contre l’ennemi et surprend plusieurs villes laissées sans défense. Mais il eut l’imprudence d’établir son camp sur la lisière de la forêt de Zétoul, dans le pays des rebelles. Au milieu de la nuit, les Douayers mirent en fuite une partie de ses troupes, enlevèrent son camp au galop, et le forcèrent à rentrer presque seul à Mascara.

A cette nouvelle, Sidi-el-Arubi leva l’étendard de la révolte, les autres chefs des mécontents imitèrent son exemple, et Abd-el-Kader se vit entouré d’ennemis.

Au lieu de profiter de ces divisions qui commençaient à naître parmi les Arabes, et tirer parti du coup terrible qui venait d’être porté à l’émir, par les Beni-Amer, nous intervînmes si maladroitement que nous rendîmes Abd-el-Kader plus puissant après cet échec qu’il ne l’était auparavant.

Mustapha-ben-Ismaè’l et Kadoïuvben-el-Morfy, instigateurs de la révolte, avaient écrit aux généraux Voirol et Desmichels qu’ils s’engageaient au nom des tribus insurgées à se reconnaître sujets de la France, à renverser Abd-el-Kader et à amener la soumission des troupes de l’émir. Mais le général Desmichels, au lieu d’accepter cette proposition, prit Abd-el-Kader sous sa protection. Celui-ci se voyant soutenu par nous et maître de la province d’Oran, c’est-à-dire de cette immense contrée qui s’étend depuis le Chéliff jusqu’à l’empire de Maroc, suivit l’exemple du pacha d’Égypte, dont il avait étudié la politique, et il se constitua Je négociant de ses États. On apprit qu’un Maure, placé par lui à Arzew, était chargé de lever les taxes sur le blé, l’orge et le sel qui étaient vendus à des taux exorbitants. Il prenait d’abord le droit de son maître, le sien, celui de son khpdjah, et enfin celui de son mesureur. Il était défendu aux Arabes de traiter directement avec les Européens, et Ui libre concurrencé était interdite sur les marchés.

Abd-el-Kader ne s’en tint pas là : il s’opposa à ce que nous allassions visiter Tlemcen, sous prétexte que les Arabes, n’aimaient pas à voir des étrangers chez eux.

Bientôt il forma le projet de s’emparer de deux provinces de l’est et du centre et de nous chasser du sol algérien. Il prit un moyen détourné pour arriver à son but : il écrivit que, grâce à lui, toute la province d’Oran était maintenant tranquille, que l’est commençait à s’agiter ; mais qu’il engageait les généraux français à ne point s’y rendre, qu’il se chargeait de faire rentrer lui-même les tribus insurgées dans la soumission. Le général Voirol ne se laissa pas prendre à ces astucieuses propositions. Il refusa net le concours que l’émir lui offrait.

Une secte de fanatiques vint à se révolter contre Abd-el-Kader. Au lieu de favoriser les révoltés, on prit encore parti contre eux pour Abd-el-Kader.

Cette secte s’était soulevée en prêchant la guerre sainte. D’importants personnages étaient à la tête de la ligue, et entre autres, le frère d’Abd-el-Kader, Sidi-Mustapha, ancien kaïd des Flittas. Grâce à l’énergie de l’émir, grâce surtout à l’appui des Français, cette révolte fut bientôt complètement écrasée, anéantie.

Abd-el-Kader cherchait depuis longtemps à sortir de sa province, un incident lui en donna l’occasion. Un chéliff, nommé Hadji-Mouça, prétendait avoir trouvé le moyen d’empêcher les canons et les fusils des infidèles de partir. Le peuple ajouta foi à ses paroles. Mouça, à la tête des fanatiques, s’empara de Medeah et de Milianah, mais Abd-el-Kader l’attaqua et le défit entièrement. Il lui prit 200 hommes, 95 femmes, et il coupa 50 têtes qu’il envoya à Mascara.

L’émir, en passant le Chéliff, avait violé les conventions. Néanmoins, vu le service qu’il venait de rendre, on lui, laissa établir Hadj-el-S’ahit kalifat de Medeah, et réclamer Yachour (dîme). Seulement, le comte d’Erlon, gouverneur général, envoya auprès de l’émir un officier d’état-major chargé de le tenir au courant de toutes les entreprises. L’officier ne sachant pas un mot d’arabe, ne faisait guère ombrage à Abd-el-Kader, qui lui donnait facilement le change.

Le remplacement du général Desmichels par le général Trézel fut le commencement des hostilités. Le premier soin du nouveau gouverneur fut de travailler à détacher les tribus les plus puissantes de la cause de l’émir. Les Douayers et les Smela se déclarèrent sujets de la France, sous la condition d’une protection efficace. Le comte d’Erlon refusa de sanctionner cette mesure, et Abd-el-Kader, instruit des dissentiments qui existaient entre les généraux, persécuta les tribus soumises : celles-ci s’adressent au général Trézel, qui leur répond : « la parole d’un général français est sacrée ; dans une heure, je serai au milieu de vous. »

Et sans hésiter, il sort d’Oran à la tête d’une armée, malheureusement trop faible, le 26 juin 1835. Il livre dans la forêt de Mousa-Ismaël un brillant combat, où le colonel Oudinot trouva une mort glorieuse. Pendant plusieurs jours une colonne de deux mille et quelques cents hommes luttèrent contre quinze mille Arabes. Nous perdîmes près de 800 hommes dont 15 officiers. Dans aucun combat l’émir n’avait perdu autant de monde.

A la fin de 1835, le maréchal Clausel marcha sur Mascara à la tête de onze mille hommes. Le duc d’Orléans se distingua par sa bravoure dans cette expédition. Les troupes de l’émir, battues au Sig, à l’Abra, à la Tafna, à Idbar, se dispersèrent et le laissèrent presque seul.

Abd-el-Kader ne tarda pas à se faire de nouveaux partisans et à rappeler à lui les tribus qui l’avaient abandonné. Ayant appris le peu de succès de notre première expédition de Constantine, il crut le moment propice pour commencer les hostilités dans la province d’Oran ; il sut bientôt que le général Bugeaud devait marcher contre lui ; mais ce général, éprouvant quelques difficultés dans les moyens de transport, et voulant restreindre les hostilités à la province de Constantine, _ qui allait être le théâtre d’une seconde expédition, fit en 1837, avec l’émir, le traité de la Tafna, qui nous créa par la suite des difficultés. Les critiques experts dirent que cette convention rendait l’émir maître de l’ancienne régence d’Alger, moins la province de Constantine ; que dans chacun des articles on le traite d’égal à égal, et on reconnaît sa souveraineté indépendante ; que la convention n’a aucune garantie, puisqu’elle repose uniquement sur le caractère moral et religieux d’Abd-el-Kader, etc., etc.

Après l’échange du traité, le général Bugeaud fit proposer une entrevue à l’émir pour le lendemain. Le rendez-vous était à neuf heures du matin, à trois lieues des bords de la Tafna. Le général y fut à neuf heures, accompagné de six bataillons d’infanterie, de dix escadrons de cavalerie et de quelques pièces de campagne. L’émir n’y vint pas à l’heure convenue. Vers deux heures, des cavaliers arabes annoncèrent qu’il avait été malade et marchait lentement} que si le général s’impatientait, il pouvait pousser en avant. On marche sans défiance plus d’une heure dans le détour d’une gorge étroite, entrecoupée de collines. Enfin le général aperçut l’armée arabe, rangée en bon ordre sur des mamelons épars. La maladie de l’émir était feinte, et le général français avait l’air d’être venu pour lui rendre hommage. Les officiers de l’escorte eurent quelques moments d’hésitation, se croyant dans un guet-apens ; Bou-Amedy, chef de la tribu des Oulanahs, qui marchait au milieu d’eux, s’en aperçut et dit au général Bugeaud : o Sois tranquille, n’aie pas peur. — Je n’ai peur de rien, répondit le général, je suis accoutumé à vous voir en face. Seulement je trouve indécent que ton chef m’ait fait venir de si loin et m’ait fait attendre si longtemps. » L’émir était entouré de 150 à 200 chefs, revêtus de riches costumes et montés sur de magnifiques coursiers. Abd-el-Kader les précédait de quelques pas, guidant un beau cheval noir, merveilleusement dressé ; tantôt il l’enlevait des quatre pieds à la fois, tantôt il le faisait marcher sur les deux pieds dé derrière. Dès qu’il fut à portée de la voix, le général Bugeaud lance son cheval au galop, et arrive sur l’émir en lui tendant cavalièrement la main ; celui-ci la presse fortement et lui demande des nouvelles de sa santé.

« Très bonne, et la tienne ? » répondit le général, qui met pied à terre et engage Abd-el-Kader à en faire autant. Après quelques minutes d’un entretien insignifiant : « As-tu ordonné, dit-il, de rétablir les relations commerciales à Alger et autour de toutes nos villes ?

— Non, je le ferai dès que tu m’auras rendu Tlemcen.

— Je ne puis le faire qu’avec l’approbation de mon roi.

— Combien faut-il de temps pour avoir cette approbation ?

— Il faut trois semaines.

— C’est trop long, interrompit Ben-Arrach, lieutenant de l’émir, qui s’était approché : dix à quinze jours suffisent.

— Est-ce que tu commandes à la mer ? répliqua Bugeaud.

— Nous attendrons jusqu’à ce jour, dit l’émir.

— Tu ne fais tort qu’aux tiens, répliqua Bugeaud, en les privant du commerce dont ils ont besoin. Quant à nous, nous pouvons nous en passer, puisque nous recevons par la mer tout ce qui nous est nécessaire. »

Le général, ne voulant pas prolonger cet entretien plus longtemps, s’éleva brusquement : Abd-el-Kader restait toujours assis, et mettait une espèce d’affectation à échanger quelques paroles avec M. Bugeaud qui était debout devant lui ; mais ce dernier s’apercevant de l’intention, prit vivement l’émir par la main et l’enleva, en lui disant : « Parbleu ! Lorsqu’un général français se lève, tu peux bien aussi te lever, toi. »

Ainsi se termina cette entrevue qui fut sans résultat, car elle avait été sans but. Abd-el-Kader, après avoir pendant deux ans châtié, avec la plus grande rigueur, les Turcs et les Koulouglis, taxé les tribus, pillé les villages et fait décapiter plusieurs kaïds, viola le traité et rompit brusquement avec nous.

Le 5 mai 1839, il demanda et obtint l’appui de l’empereur de Maroc, ainsi que la concession du territoire situé entre Ouchda et la Tafna. Au mois d’octobre, il fait égorger dans l’ouest de la Mitidja le commandant Raffet et 200 de nos soldats ; on marche contre lui et l’on reprend Cherchell, Mildah, Milianah, etc.

En 1841, sous le gouvernement de M. Bugeaud, Mascara, Tlemcen, Borhan, Thazat, Tekdemt, Saïda et Tafraoùts tombèrent en nos mains. L’émir n’ayant plus ni villes, ni magasins, ni trésors, n’était plus qu’un chef de partisans. La prise de la smala par le duc d’Aumale lui porta un coup terrible ; et, poursuivi à outrance par le général Bugeaud, il fut forcé de chercher un refuge dans le Maroc. Là, il sut attacher à sa cause l’empereur Abd-er-Rhaman. Comme marabout, il prêcha l’extermination des infidèles et souleva de nombreuses tribus marocaines ; il parvint aussi à se faire écouter par les premiers fonctionnaires de la cour de Fez, qui ne cherchaient qu’un prétexte pour nous déclarer la guerre. — La victoire remportée à Isly par M. Bugeaud, créé maréchal après ce beau fait d’armes, ruina complètement son crédit.

Dans le traité de Tanger (10 septembre 1844), il fut convenu qu’Abd-el-Kader serait mis hors la loi dans le Maroc.

On n’a pas oublié l’horrible guet-apens de Sidi-Brahim, où nos soldats, commandée par le colonel Montagnac, furent égorgés sans pitié par les troupes de l’émir.

Depuis plus de six mois les bruits les plus contradictoires circulaient en France sur Abd-el-Kader, mais dans la province d’Oran sa position était mieux connue, car la plus grande surveillance était exercée sur la frontière.

Le général de Lamoricière avait appris qu’Abd-el-Kader, refusant de se rendre à l’empereur de Maroc, s’était entendu avec ses principaux officiers pour tenter une dernière fois la fortune. Le 13 septembre, un ex-brigadier du 2° chasseurs d’Afrique qui s’était échappé de la Deïra, accourt annoncer au général que l’émir veut livrer encore un combat avant de se retirer vers le Sud avec ceux qui voudront l’y suivre.

Le 21, à cinq heures, la Deïra passe la Kiss et entre sur notre territoire. Abd-el-Kader, seul à cheval, est en tête de l’émigration ; le général Lamoricière, prévenu à temps, ordonne à deux détachements de vingt spahis choisis, revêtus de burnous blancs et commandés par les lieutenants Bou-Krauïa et Brahim, de garder le passage que devait prendre la Deïra ; pour parer à tout événement, il fait prendre les armes à sa colonne et se porte sur la frontière ; il avait à peine fait une lieue et demie que des cavaliers envoyés par Bou-Krauïa le prévinrent qu’il était en présence d’Abd-el-Kader. On vole aussitôt à son secours. Au bout de quelques instants, il rencontre Bou-Krauïa lui-même avec des hommes dévoués à Abd-el-Kader, chargés de porter sa soumission à M. de Lamoricière.

L’émir avait remis à Bou-Krauïa une feuille de papier sur laquelle il n’avait fait qu’apposer son cachet, car le vent, la pluie et la nuit l’avaient empêché d’y rien écrire. Abd-el-Kader demandait une lettre d’aman pour lui et ceux qui l’accompagnaient.

Le général ne pouvait, pour les mêmes causes, répondre à l’émir ; mais il remit aux envoyés son sabre et le cachet du commandant Bazaïin, en leur donnant verbalement la promesse de l’aman le plus solennel.

Abd-el-Kader renvoya ses deux officiers et le lieutenant Bou-Krauïa avec une lettre dans laquelle il demandait l’aman, à condition qu’il serait conduit à Alexandrie ou à Saint-Jean-d’Acre. M. de Lamoricière y consentit par écrit. Le 24 décembre, Abd-el-Kader fut reçu par les généraux Lamoricière et Cavaignac et le colonel Montauban, au marabout de Sidi-Brahim, théâtre de ses triomphes. On l’amena ensuite à Nemours (Dgemma-Ghazouat) devant M. le duc d’Aumale qui l’y attendait. Le prince ratifia la parole donnée par le général Lamoricière, en exprimant l’espoir que le roi lui donnerait sa sanction. Le gouverneur général annonça à L’émir qu ; il le ferait embarquer le lendemain pour Oran, avec sa famille ; il s’y soumit sans émotion et sans répugnance. Avant de quitter le prince, Abd-el-Kader lui envoya un cheval de soumission, pour consacrer son vasselage et sa reddition.

On rapporte que, lorsqu’Abd-el-Kader remit ses armes au duc d’Aumale, le prince prit le pistolet en disant : « Ceci est pour le roi ! » puis il donna le sabre à M, de Lamoricière : « Ce sabre est pour vous, général, vous l’avez bien gagné. »

L’émir demanda avec instance la faveur de quitter Oran.le plus tôt possible. On lui offrit de partir immédiatement sur la frégate à vapeur l’Asmodée, ce qu’il accepta. L’Asmodée mit à la voile emportant l’émir et sa suite, composée de 61 hommes, de 21 femmes et de 15 enfants des deux sexes, en tout 97 personnes. On y remarquait sa vieille mère, deux de ses beaux-frères, ses trois femmes et ses deux fils, dont le plus jeune avait huit ans. Parmi les femmes se trouvait une jeune française nommée Juliette, née à Arles, qui avait été faite prisonnière avec sa mère. La traversée fut mauvaise et les captifs arabes furent très fatigués. Arrivé à Toulon, Abd-el-Kader fut déposé au Lazaret, puis transféré au fort Lamalgue, et enfin au château d’Amboise.

ABOVILLE (AUGUSTIN-GABRIEL, comte d’)[modifier]

né le 20 mars 1773, à La Fère (Aisne). Sous-lieutenant à la suite, le 22 mai 1789, dans le 7e régiment d’artillerie à pied, il entra le 1er septembre suivant, en qualité d’élève, à l’école d’artillerie, en sortit le 6 février 1792, en qualité de lieutenant et devint capitaine le 1er novembre même année. Il se trouva à la bataille de Courtrai, aux combats devant Trêves ; au passage de la Sarre, et se signala de 1793 à l’an III, au passage du Rhin, à Steisliegen et à Stockach. Sa brillante conduite aux armées du Nord, de la Moselle et de Sambre-et-Meuse, lui-valut en l’an VIII le grade de chef de bataillon et la sous-direction d’artillerie de Mayence. Après avoir commandé l’artillerie de la division Oudinot, au passage du mont Saint-Bernard et s’être fait remarquer au passage du Mincio, etc., "il vint remplir à Paris les fonctions de sous-directeur et de membre du Comité central d’artillerie. Au commencement de l’an IX, il fut envoyé à Flessingue pour mettre cette île et la Zélande en état de défense.

Major du 2e régiment d’artillerie à pied, le 3 prairial, il devint membre de la Légion d’honneur le 4 germinal an XII, colonel directeur d’artillerie à Turin, officier de la Légion d’honneur ; colonel du 1er régiment d’artillerie à pied en l’an XIII, il resta attaché au 2e corps de la grande armée jusqu’en 1807.

Envoyé à l’armée de Portugal, il y fit preuve d’une grande valeur au passage du Tage, à la prise d’Evora et à la ba taille de Vimeiro.

Rentré en France en 1808, après la capitulation de Cintra, il ne tarda pas à rejoindre l’armée d’Espagne, prit part au combat de Betanzos, à la bataille de la Corogne et à la défense de Tuy, qu’il conserva avec une poignée d’hommes recrutés dans les hôpitaux. Un ordre du jour fit connaître à l’armée qu’elle devait au colonel d’Aboville la conservation de 1,200 malades, du grand parc et de tous les équipages.

Lors de la seconde évacuation du Portugal, il détruisit le pont d’Oporto et fit sauter lui-même, au moment où l’ennemi allait s’en emparer, le parc général et tous les bagages de l’armée.

Général de brigade le 4 mai 1809, il reçut une dotation de 4,000 francs de rente en Westphalie. Son nom se mêle glorieusement aux souvenirs du combat de Santo-Domingo, de la bataille de Talaveyra et du siége de Cadix, pendant lequel il s’empara du fort de Matagorda.

Commandant de la Légion d’honneur le 20 juin 1810, il remplaça, à la tête de l’artillerie du siége de Cadix, le général Senarmont, tué d’un coup de feu qui atteignit aussi d’Aboville. A la bataille de Chiclana, d’Aboville arrêta une division anglaise qui allait s’emparer d’une position et de quatre pièces sans attelage. Au siége de Tarifa, une brèche praticable se montrait à l’ardeur des colonnes d’attaque, lorsque des torrents de pluie inondèrent les tranchées et interrompirent les communications entre la première parallèle et le corps de la place : après des tentatives inutiles pour sauver l’artillerie de la batterie de brèche abandonnée par l’infanterie, le général d’Aboville y rentra précipitamment avec quelques officiers et parvint à mettre hors de service les pièces et les affûts.

Il fut créé général de l’Empire le 20 février 1812, et directeur général de l’artillerie des armées d’Espagne et de Portugal le 24 janvier 1813.

A la fatale journée de Viltoria, il vit avec douleur tomber entre les mains de l’ennemi un parc d’artillerie considérable que son zèle avait conservé à l’armée, 69 canons de bronze furent les seules pièces qui échappèrent aux désastres de cette bataille.

Rentré en France, il fit mettre en état de défense les places fortes situées sur le Rhin et la Meuse et celles du département du Nord, et prit le commandement supérieur de l’artillerie à Lille. Le général d’Aboville faisait partie de la députation du Nord qui alla recevoir Louis XVIII à Calais. Le roi lui dit avec bonté : « Je sais que Monsieur votre père a combattu à Fontenoy et à Lansfeld : c’était un brave ! bon chien chasse de race. Cette expression populaire rend bien ma pensée, et je suis persuadé, général, que vous ne la prendrez pas en mauvaise part. »

M. d’Abovillle reprit à cette époque les fonctions de commissaire près la régie générale des poudres qu’il avait déjà exercées, fut nommé chevalier de Saint-Louis, et, le 1er décembre 1817, succéda à son père dans les titres de comte et de pair de France.

Appelé le 30 mars 1820 au comité spécial et consultatif de l’artillerie, il mourut en activité le 15 août suivant.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe, côté nord.

ABOVILLE (AUGUSTIN-MARIE, baron d’)[modifier]

frère du précédent, naquit le 20 avril 1776, à La Fère (Aisne), élève sous-lieutenant à l’école d’artillerie, le 12 mars 1792, il en sortit le 1er septembre suivant avec le grade de lieutenant au 7e régiment d’artillerie. Après la campagne de 1792 à l’an II à l’armée d’Italie, il obtint le grade de capitaine ; suspendu de ses fonctions comme noble et réintégré le 5 frimaire an III, il servit aux armées de Rhin-et-Moselle et d’Italie, de l’an VI à l’an IX.

Chef de bataillon le 10 vendémiaire an XI, il devint, le 3 prairial suivant, major du 2e régiment d’artillerie à cheval, avec lequel il fit les campagnes des ans XII et xm à l’armée dite d’Angleterre. Il avait obtenu la décoration de la Légion d’honneur en l’an XII.

Il fit partie d’une expédition pour la Martinique sous les ordres de Lauriston, et commandait au retour la batterie de trente-six du Bucentaure, dans le combat que l’escadre française engagea avec celle de l’amiral Calder.

Rentré en France en juin, il reçut l’ordre de se rendre à la grande armée, où il reçut successivement le grade de colonel et celui d’officier de la Légion d’honneur (1807) pour avoir sauvé sur les bords de la Passarge, le parc d’artillerie du 6e corps au moment où il allait être pris par un pulk nombreux de Cosaques.

Nommé major de l’artillerie à cheval de la garde impériale, le 13 septembre 1808, il se fit particulièrement remarquer à Wagram, à la tête d’une compagnie de trente pièces et eut le bras droit emporté par un boulet. L’Empereur le fit général de brigade le 9 juillet 1809, lui confia le commandement de l’école d’artillerie de La Fère et lui donna le titre de baron de l’Empire.

Appelé en 1814 au commandement de l’artillerie destinée à la défense de Paris, il résista vaillamment aux efforts de l’ennemi, et lui fit éprouver des pertes considérables.

Mis en non-activité lors de la première abdication de Napoléon, Louis XVIII lui accorda, le 5 août 1814 la décoration de Saint-Louis et la croix de commandeur.

A l’époque du 20 mars, le général d’Aboville, qui se trouvait à La Flèche au moment où les généraux Lefebvre-Desnouettes et Lallemand s’en approchèrent, les força à se retirer. Il obtint néanmoins une audience de l’Empereur, qui le chargea en avril 1815 d’organiser les gardes-côtes du Havre.

Après la seconde Restauration, le roi lui conféra le titre de commandeur de l’ordre de Saint-Louis, et au moment de son admission à la retraite (6 octobre 1815) lui accorda une pension de 2,000 francs sur sa cassette.

Le général d’Aboville a fait partie du conseil de guerre qui jugea en 1816, le contre-amiral Lenoir et le colonel Royer.

Compris dans le cadre de réserve le 22 mars 1831, il rentra le 6 novembre suivant dans la position de retraite où il se trouvait avant les événements de Juillet 1830.

Il est mort le 20 juillet 1843.

ACHARD (MICHEL-JACQUES-FRANÇOIS, baron)[modifier]

né à Carénage (île Sainte-Lucie) le U octobre 1778.

Le 17 avril 1793, M. Achard avait à peine 1 5 ans que déjà il commençait sa belle carrière militaire et entrait comme soldat dans le Ie’ bataillon de Sainte-Lucie ; deux mois après il était caporal, et sergent le 23 mai 1794. Il passa ensuite au 2e bataillon de Sainte-Lucie et fut nommé lieutenant le 22 mai 1795. Le 26 mai 1796, il fut fait prisonnier de guerre par les Anglais et rendu le 23 octobre 1797. Le 20 février 1802 il fut blessé au port La Paix (île Saint-Domingue) d’un coup de feu au bras ; et le 12 juillet 1803, il était capitaine adjudant-major à la 19e demi-brigade légère. Le 14 juin 1802, il fut blessé de nouveau au genou ; le 11 août suivant il reçut un coup de sabre sur la tête et dix coups de sabre sur le corps dans la plaine du Cul-de-Sac (ile Saint - Domingue) ; fait prisonnier de nouveau du 30 novembre 1803 au 6 juillet 1804, il passa à cette époque au 5’ léger. M. Achard obtint les épaulettcs de chef de bataillon du 26e léger, le -13 février 1809. —. Cette année, il eut deux chevaux tués sous lui, l’un à Ebers-berg, l’autre à Wagrani ;

Le 17 février 1811, il était nommé colonel du régiment de l’Ile-de-France, et du 108° de ligne le 23 août suivant.

Le 23 juillet 1812, le vaillant colonel Achard se couvrait de gloire au combat de Môhilow (Russie) et recevait une nouvelle blessure au bras droit eh s’oppo-sant, à la tête de son régiment, au passage du prince Bàgration. Le 7 septembre 1812, à la bataille de la Moskowa,’ vin boulet lui fit. deux plaies larges et profondes, l’une au bras droit, l’autre au dos. Il venait d’exécuter une charge brillante à la baïonnette à la tête du 108°contre les cuirassiers russes et leur avait repris quinze pièces d’artillerie.

Il se distingua particulièrement à la tête du même régiment pendant le blocus de Hambourg, et notamment aux attaques du 20 janvier, 9 et 17 février 1814.

M. Achard fut promu au grade de maréchal de camp le 5 juin 1815 ; mais cette première nomination fut annulée le 1" août suivant. Il reçut une nouvelle nomination le 23 juin 1823. — Le 3 septembre 1830 il fut nommé lieutenant-général.

Il est aujourd’hui à la retraite.

Le général Achard a fait les campagnes de 1793, ans n, m, iv, à Sainte-Lucie, de l’an vii, ’à l’armée de l’ouest, des ans vm et ix, à l’armée d’Italie, des ans x, xi, et xn, à Saint-Domingue ; de 1807, 1808,1809 à la grande armée, de 1812 en Russie, de 1813 et 1814 en Allemagne, de 1823 et 1824 en Espagne, de 1830 et 1831 en Afrique, de 1832 et partie de 1833 à l’armée du nord.

Créé chevalier de la Légion d’honneur le 16 mai 1809, il a été nommé officier

le 24 août 1814, commandant le 1er mai 1821, grand.officier le 9 janvier 1833 et grand-croix, le 6 mai 1846.

Il est aussi chevalier de l’ordre de Saint-Louis et de Saint - Ferdinand d’Espagne.

ALBERT (JOSEPH-JEAN-BAPTISTE, baron)[modifier]

lieutenant-général, né le 28 août 1771 à Guillestre, dans l’es Hautes-Alpes, s’engagea dans le bataillon des volontaires de son département le 1er décembre 1791 et fut nommé lieutenant le 14 du même mois par ses camarades. Sa belle conduite à l’armée des Pyrénées lui valut de l’avancement, un sabre et des pistolets d’honneur. Ce fut lui qui présenta au Directoire les drapeaux pris aux Espagnols pendant les campagnes des ans n et m ; plus tard il fit les campagnes d’Austerlitz et d’Iéna, et se couvrit de gloire au combat du Golymin (26 décembre 1806).

Nommé général ds brigade le 12 janvier 1807, à la bataille d’Eylau, à la tête de sa brigade d’infanterie (7e corps), il résista un jour entier à des forces quadruples des siennes. Au siège de Dahtzig, aux batailles d’Essling, de Wagram, il fut remarqué et récompensé par l’Empereur qui lui remit le 31 mai 1809 là croix de commandant de la Légion d’honneur ; le 24 août la décoration de la couronne de fer, et immédiatement après le titre de baron de l’Empire.

Pendant la campagne de Russie, Albert eut les honneurs du combat de Jakobowo ( 31 juillet), et au passage de la Bérézina, sa brigade fut la première qui passa le pont et repoussa l’ennemi jusqu’à deux lieues. Napoléon le nomma général de division, le 21 novembre, sur le champ de bataille. Après la bataille de Bautzen, l’Empereur, sur le rapport de Ney, lui donna la croix de grand offi-ficier de la Légion d’honneur ; mais ce fût au combat du 19 août 1813, entré Hainau et Buritzlau qu’Albert se couvrit de gloire. Attaqué par le général russe Sakèn qui commandait 30,000 hommes dont 5,000 cavaliers, Albert qui n’avait que 5,800 fantassins et 800 chevaux, résista pendant sept heures, ne battit en retraite que l’espace d’une lieue, et sans laisser entamer sa division.

Dans la campagne de 1814, Albert se distingua à Châlons, à la Ferté-sous-Joûarre. Sous là Restauration, on le vit aide-de-camp du duc d’Orléans (Louis-Philippe).

Au retour de Napoléon de Vile d’Elbe, il accompagna le duc jusqu’à Lille et.re-prit la route de Paris, après que le prince eut çemis le commandement en chef au maréchal Mortier.

Le 14 avril 1815, il commanda la 16" division d’infanterie (8e corps d’observation de l’armée du Rhin), et le 11 septembre, il reprit ses fonctions d’aide-de-camp auprès du duc d’Orléans. Compris, le 30 octobre 1818, dans le cadre d’organisation de l’état-major de l’armée, il est mort à Offenbach (Bavière) le 7 septembre 1822.

Son nom figure sur le côté EST de l’arc de triomphe de l’Étoile.

ALLEMAND (ZACHARIE-JACQUES-THEODORE, comte)[modifier]

Né à Port-Louis le 1er mai 1762, fils d’un lieutenant de vaisseau, vice-amiral. Matelot, pilote, officier auxiliaire, sous-lieutenant de vaisseau, lieutenant, capitaine de haut bord, chef de division, contre-amiral, vice-amiral, tels sont les échelons de sa fortune. Entré au service à l’âge de 12 ans, il se distingua sous le bailli de Suffren. Chargé en 1793 du commandement de la frégate la Carmagnole, de 44 canons, il s’empara de la frégate anglaise la Tamise, de 32, prit bon nombre de bâtiments et, pendant son commandement dans la Manche, approvisionna les ports par ses prises. En 1794, il commanda le Duquesne de 74 ; puis, devenu chef de division, il commanda une partie de l’escadre du contre-amiral Richeri, destinée à détruire les établissements formés par les Anglais sur la côte du Labrador et s’empara du convoi de Québec. Dans l’espace de dix-huit mois environ, il ramena dans les ports de France 80.000.000fr. de prises et 1.800 prisonniers, parmi lesquels, le gouverneur général du Canada, toute sa famille et beaucoup d’officiers de marque. En 1801, il fut envoyé par l’amiral Bruix contre Toussaint-Louverture, et l’obligea à lui abandonner les lieux qu’il occupait. En 1803 il se distingua à la Dominique. En 1805, commandant à Rochefort, il fit une campagne sur l’Océan, s’empara du vaisseau de ligne le Calcutta, et prit ou détruisit environ cent bâtiments. Cette glorieuse campagne lui valut le grade de contre-amiral le 1er janvier 1806.

En 1808, il commanda l’armée navale de Toulon. Nommé, en 1809, commandant des escadres de Brest et de Rochefort, réunies dans la rade d’Aix, où il restait par ordre, il ne put empêcher que, par suite de mauvaises dispositions prises par plusieurs des officiers sous ses ordres, quatre vaisseaux de l’escadre ne fussent détruits par l’explosion de la machine infernale des Anglais, dirigée par le capitaine Cochrane ; ce malheur ne fit aucun tort à sa réputation. Le gouvernement approuva hautement sa conduite.

Le 9 mars 1809, il fut nommé vice-amiral et commandant en chef de l’escadre de Toulon qu’il quitta en 1811 pour armer et réunir à l’escadre de Brest celle de Lorient. Dans une nouvelle campagne sur l’Océan, il fit pour 20 millions de prises, dont il coula ou brûla les bâtiments et rentra au port ayant à sa poursuite trente vaisseaux anglais. Appelé le 28 décembre de la même année au commandement de la flotte de Flessingue, il le refusa.

M. Allemand avait été créé comte et grand officier de la Légion d’honneur en 1813. Ayant adhéré à la déchéance de Napoléon, il reçut la croix de Saint-Louis. Il ne servit pas pendant les Cent-Jours, et cessa d’être employé le 31 septembre 1814, quoiqu’il fût plus jeune que les autres amiraux et qu’il jouît d’une santé vigoureuse. On a prétendu que la dureté de son commandement était la cause de sa disgrâce.

Cet amiral qui avait passé 308 mois sous voiles, étranger aux passions politiques, a bien pu se ressentir de leurs attaques dans un temps où elles étaient si vivement excitées.

La France ne se souviendra pas moins qu’il a fait pour elle vingt campagnes en sous ordre, qu’il a commandé sept divisions, cinq escadres et une armée ; quand, présent à dix-sept combats, il a reçu trois blessures graves dont il portait les cicatrices.

Il est mort à Toulon le 2 mars 1826.

ALLIX (JACQUES-ALEXANDRE-FRANÇOIS), lieutenant-général[modifier]

naquit à Percy, en Normandie, le 21 septembre 1776.11 entra au service à l’âge de 16 ans, comme élève d’artillerie ; servait d’abord à l’armée du Nord pendant les premières guerres de la révolution, et se distingua au siège de Luxembourg. A vingt ans il était colonel. Au passage du mont Saint-Bernard, à l’attaque de Vérone qu’il emporta d’assaut, et pendant l’expédition de Saint-Domingue, Allix donna les preuves les plus brillantes de sa valeur et de ses talents ; mais l’opposition qu’il fit à la révolution du 18 brumaire retarda son avancement. Il servit de 1808 à 1814 ; auprès du roi Joseph, et ne revint en France que pour combattre les alliés. Le 18 février 1814, il chassa les Autrichiens et les Cosaques de la forêt de Fontainebleau, et le 26 il sauva la ville de Sens. Après la bataille de Waterloo, il fut chargé de fortifier Saint-Denis, et en fit une position inexpugnable. Exilé en 1815 par l’ordonnance du 24 juillet, le général Allix se retira en Allemagne, où il publia un ouvrage sur le système du monde.

En 1819, il fut rappelé en France et rétabli sur le cadre des lieutenants-généraux.

AMBERT (JEAN-JACQUES), général de division.[modifier]

Né le 1er octobre 1766, à Saint-Céré (Lot), s’embarqua en 1780 comme volontaire sur le Pluton, et assista à la prise des îles de Tabago et de Sainte-Lucie. — De retour en France, en 1783, il combattit les Prussiens comme chef du 2e bataillon du Lot. — Nommé général de brigade, puis général de division le 28 novembre 1793 aux armées de Rhin-et-Moselle, de Mayence et d’Italie. — Il fut l’ami des généraux Hoché, Klé-ber, Marceau, Desaix, Moreau, Piche-gru, etc. ; il partagea la disgrâce des deux derniers et fut envoyé à la Guadeloupe en qualité de gouverneur ; mais il trouva sous le tropique tous les feux du climat et de la guerre civile. Destitué en 1808, parce qu’on le supposait coupable d’être resté spectateur volontaire du désordre, il s’échappa de la colonie et revint en France où il demanda à être jugé. Une commission militaire, présidée par un maréchal de l’Empire, l’acquitta à l’unanimité, en 1812.

Chargé, en 1813, de la 17e division militaire en Hollande, il ramena dans ce pays la fortune de nos armes. En 1815 il eut le commandement de la 9° division militaire ; consulté lors du débarquement de Napoléon sur les moyens, il donna des conseils qui ne furent point suivis, fit acte de soumission au nouveau gouvernement impérial et fut chargé de la ligne de défense, le long du canal de l’Ourcq. Après la seconde abdication de Napoléon, il suivit l’armée sur la Loire, et après le licenciement de cette armée il rentra dans la vie civile. Le général Ambert est commandant de la Légion d’honneur.


AMEIL (AUGUSTE-JEAN-JOSEPH-GILBERT, baron)[modifier]

né le 6 janvier 1775, à Paris. Fils d’un avocat au parlement, il entra au service comme simple soldat d’infanterie, le 14 juillet 1789, parcourut successivement tous les grades de l’armée, et les dut à ses actions d’éclat. Chef d’escadron en 1805, à l’armée de Hanovre, sous les ordres de Bernadotte, il fit ensuite les campagnes d’Allemagne, de Pologne et de Russie. Colonel du 24e chasseurs le 12 juin 1809, général de brigade le 21 novembre 1812.

En 1814, il donna son adhésion à l’abdication de Napoléon, et sollicita ou accepta les faveurs des Bourbons. Créé chevalier de Saint-Louis, il accompagna le comte d’Artois (Charles X) à Lyon, lorsque ce prince voulut s’opposer à la marche de Napoléon sur Paris, mais la défection générale des troupes obligea le comte d’Artois à retourner à Paris, et le baron Arneil se rangea sous les drapeaux de son ancien chef. Envoyé par Napoléon à Auxerre, il fut arrêté par ordre du roi, et de là transféré à l’Abbaye, à Paris : il y était encore lorsque Napoléon entra aux Tuileries.

Le général Ameil fut employé, au sortir de l’Abbaye, dans l’armée qui se formait alors La journée de Waterloo ayant terminé cette courte campagne, le général Ameil adressa à Louis XWI une lettre pour justifier sa conduite ; il n’en fut pas moins compris dans ceux que l’ordonnance de juillet traduisait devant un conseil de guerre il quitta aussitôt la France et se réfugia en Angleterre, puis en Hanovre et se disposait à passer en Suède pour se mettre sous la protection de Bernadotte. Il fut arrêté à Lunébourg d’où il fut transféré à Hildesheim et déposé dans une prison d’État mis en jugement comme prévenu de haute trahison, le premier conseil de guerre de la première division le condamna à mort par contumace le 15 novembre 1816. Une ordonnance royale du 25 juin 1821 déclara compris dans l’amnistie, accordée par la loi du 2 janvier 1816, les faits imputés au général Ameil, et il rentra immédiatement dans ses droits, titres, grades et honneurs.

Admis à la retraite le 24 octobre suivant, il mourut à Paris, le 16 septembre 1822. Le même jour, Louis XVIII le nommait commandeur de la Légion d’honneur.

Le baron Ameil avait été nommé chevalier des ordres royaux et militaires de Saint-Hubert de Bavière et de l’Ëpée de Suède.

AMEY (FRANÇOIS-PIERRE-JOSEPH, baron)[modifier]

né à Schelestadt (Bas - Rhin) le 2 octobre 1768, entra comme cadet, le 1" octobre 1783, dans le régiment de Vi-gier-Suisse. Il obtint un avancement assez rapide.

Sous-lieutenant le 18 juin 1788, il fit ses premières armes dans les rues de Nancy, le 31 août 1790, avec le régiment de Chàteauvieux.

Licencié le 7 octobre 1792, il fut fait capitaine de la 1" compagnie de la légion du Rhin, le 10 du même mois. Il passa presque aussitôt à celle des côtes de La Rochelle, puis à celle de l’Ouest, et servit avec distinction sous Duhoux,Menou, Kléber et Marceau. Il se fit plus particulièrement remarquer à la prise du Mans, où il eut un cheval tué sous lui.

Nommé adjudant-général et chef de bataillon, le 23 juin 1793, puis adjudant-général chef de brigade, le 4 brumaire an II, il devint général de brigade le 8 frimaire suivant, il fut employé aux armées des Alpes et du Rhin depuis l’an m jusqu’à l’an vm.

Au 18 brumaire, Amey se trouvait à Saint-Cloud et fut l’un des témoins actifs de l’audacieux coup de main qui fit sortir le consulat des ruines du Directoire.

Immédiatement après cette journée fameuse, Amey fut attaché à la 17e division et devint ensuite président du conseil de révision.

Le 21 brumaire, anx, il s’embarqua avec le général Leclerc pour l’expédition de Saint-Domingue, et, lors de son retour en France, il fut nommé, en l’an XII, membre de la Légion d’honneur, le 19 frimaire, et commandant de l’ordre le 25 prairial. A cette époque il reçut, dans la 2e division militaire, un commandement qu’il garda jusqu’en 1808.

Créé baron de l’Empire, le 19 mars 1808, il reçut deux dotations de 2,000 fr. chacune en Westphalie. Détaché-du service de l’intérieur pour se rendre en Espagne, il assista au célèbre siège de Girone en novembre 1809. Les Espagnols manquaient de munitions et tombaient chaque jour victimes d’une maladie épidémique, lorsque le maréchal Augereau donna l’ordre au gé-, néral Pino d’enlever le faubourg de la marine. Cet ordre fut exécuté avec un plein succès. Cependant les Espagnols ayant tenté une sortie générale pour ressaisir le faubourg, le général Amey, qui occupait une position au-dessous du mont Joui, vint prendre l’ennemi en flanc, le jeta dans une complète déroute et enleva les redoutes du Calvaire et du Cabildo.

En 1812, le général Amey fit la campagne de Moscou sous les ordres du maréchal Gouvion-Saint-Cyr. La part brillante qu’il prit au combat de Polotsk (18 : t 19 août), et ses manœuvres habiles pendant la retraite, lui valurent une mention honorable dans les bulletins officiels.

Le 19 novembre, il fut promu au grade de général de division.

Le 8 juin 1814, le baron Amey fut nommé, par Louis XVIII, chevalier de Saint-Louis ; il commandait alors la 2e subdivision de la 2* division militaire, sous les ordres du duc de Tarente.

Le 4 mars 181b, il assista à Ja réception qui fut faite à Limoges par le maréchal au duc et à la duchesse d’Angoulême, démarche que d’ailleurs l’étiquette commandait.

Après le 20 mars, il envoya son adhésion à l’Empereur.

Admis à la retraite le 9 novembre 1815 avec une pension de 6,000 francs, il se tint dès lors éloigné des affaires.

Après 1830 il fut mis dans le cadre des officiers généraux comme disponible {7 février 1831). Il est rentré dans sa position de retraite en 1833.

Son nom figure sur le monument de l’Étoile, côté nord.

ANDRÉ (ANTOINE-JEAN-MARIE D’)[modifier]

Le baron d’André est fils d’un ancien député de la noblesse de Provence aux États généraux. Né à Aix (Bouches-du-Rhône), le 20 janvier 1789, le jeune d’André fut conduit, encore enfant, en émigration, et élevé à l’école militaire de Vienne. Il débuta en 1800, comme cadet, dans la cavalerie autrichienne.

Il était lieutenant dans le régiment des chevau-légers de l’Empereur, lorsqu’en 1809, un décret de Napoléon daté de Schœnbrunn, vint rappeler dans les armées françaises les officiers nés Français qui servaient à l’étranger.

M. d’André fut placé dans le 28e régiment de chasseurs, fit les campagnes de 1810 en Espagne, 1811 et 1812 en Russie, 1813 et 1814 à Hambourg.

Il se distingua par son aptitude, passa rapidement par tous les grades, et fut cité a l’ordre de l’armée par le prince d’Eckmülh, à la suite d’une sortie dans nie de Wilhemsbourg.

En 1814 M. d’André était capitaine dans la vieille garde mais, par suite de la réduction de ce corps, il passa chef d’escadron de la gendarmerie de Paris.

Au 20 mars 1815 il fut chargé d’une mission qui l’attachait à la personne du roi, et suivit Louis XVIII à Gand.

Il reprit son poste dans la gendarmerie de Paris, au retour des Bourbons, et contribua à la réorganisation de ce corps. On l’a vu plusieurs fois y figurer, et même en prendre le commandement dans les troubles de Paris. Dans ces pénibles circonstances, le chef d’escadron d’André a montré une grande modération.

Pendant la campagne d’Espagne, désigné pour organiser la force publique, il fut, bientôt après, nommé grand prévôt de l’armée.

Ces fonctions importantes le firent jouir d’une certaine influence auprès du duc d’Angoulême. On croit qu’il ne fut pas étranger au décret d’Andujar, qui devait soulever tant de dissidences. Ce qui est certain, c’est qu’il se montra partisan des principes constitutionnels que le duc d’Angoulême voulait faire prévaloir en Espagne.

Au retour d’Espagne, le colonel d’André fut pourvu du commandement de la 23e légion de gendarmerie à Metz, et quelque temps après, nommé colonel de la gendarmerie des chasses. Ce corps, composé d’hommes choisis de la garde, chargés d’un service de confiance auprès de la personne du roi, se distingua aux journées de juillet 1830. La gendarmerie d’élite était en réserve sur la place du Carrousel, et perdit plusieurs hommes ; elle quitta la dernière les positions des Tuileries, de Saint-Cloud et de Rambouillet. Pendant la marche sur Cherbourg, ce régiment.couvrit constamment l’arrière-garde, bivouaquant autour du logement royal et ne s’écartant point de la discipline la plus rigoureuse. A Valognes, Charles X voulut lui en témoigner sa reconnaissance et laisser à son colonel une preuve de sa satisfaction ; il accorda des croix et nomma M. d’André maréchal-de-camp. Ce grade devait du reste lui être acquis, comme aux autres colonels de la garde. Après le licenciement de la gendarmerie d’élite, M. d’André se retira dans le département des Ardennes, où il vivait à la campagne, lorsqu’en 1837, il fut rappelé à l’activité et nommé inspecteur de gendarmerie à la place du lieutenant-général Latour-Maubourg, tombé malade pendant cette mission.

Le général d’André fut ensuite employé au ministère de la guerre et attaché à une commission chargée de la réorganisation de la, garde municipale, puis commandant du département du Jura.

ANDRÉOSSY (Antoine François), comte)[modifier]

Comte, issu d’une famille noble de Lucques, dont une branche vint s’établir en France sous Louis XIII, naquit à Castelnaudary, Aude.

Lieutenant en 1781, à l’âge de vingt ans, il fit dans ce grade la guerre de Hollande pendant laquelle il fut prisonnier des Prussiens, puis échangé. Sa naissance, sa position, ses connaissances, ne lui procurèrent pas un avancement très rapide : an l’an III il n’était encore que chef de bataillon dans l’armée des Alpes où commandait Kellermann ; passé à l’armée d’Italie, Bonaparte le choisit, le 30 messidor an IV (18 juillet 1796), pour commander cinq chaloupes canonnières, qui, simulant une fausse attaque contre Mantoue, devaient attirer sur elles tout le feu de la place, pendant que Murat et Dallemagne dirigeraient la véritable attaque sur d’autres points. Tout réussit comme on l’avait prévu. Andréossy resta immobile sous le feu de toutes les batteries, et la place fut emportée d’un autre côté. Nommé chef de brigade, il continua de se distinguer de telle manière, que Bonaparte, frappé de son intelligence et de son courage, se l’attacha particulièrement, et lorsqu’après les traités de Campo-Formio et de Rastadt il vint à Paris présenter les drapeaux d’Arcole, il se fit accompagner par Andréossy et Joubert.

Le 24 ventôse an VI (14 mars 1798), il fit partie de la commission de la marine chargée d’organiser une descente en Angleterre. Mais on sait que ce n’était qu’un projet mis en avant pour cacher le but des armements préparés dans nos ports. On avait résolu la conquête de l’Égypte. Andréossy fit partie de cette expédition et dirigea les équipages de pont. Là aussi il se fit remarquer comme savant et comme général. A la bataille de Chebreiss, il mérita d’être mentionné dans un rapport au Directoire.

Andréossy trouvait encore assez de loisir pour s’occuper de science. Il fut nommé membre de l’Institut d’Égypte. Attaché à la section des mathématiques, on le chargea de sonder les rades de Damiette, de Bougafie, du cap Bouger, l’embouchure du Nil, le lac Menzaleh et la vallée de Natron. La relation qu’il fit de cette expédition est une des plus curieuses des mémoires de l’Institut.

Au 18 brumaire, Andréossy aida de tous ses moyens le général Bonaparte, qui le nomma, le 15 nivôse (5 janvier 1800) général de division, chef de la 3e division du ministère, commandant de l’artillerie de Strasbourg, et plus tard de celle de Mayence. Le 22 thermidor an X, le Premier consul lui confia la direction générale du dépôt de la Guerre. An l’an XII, il fut nommé membre de la Légion d’honneur, ambassadeur en Angleterre, et grand officier de l’ordre.

A son retour d’Angleterre, il fut nommé inspecteur général d’artillerie et commandeur de la couronne.

Il fit la campagne de 1805, et resta à Vienne jusqu’à la paix comme ministre plénipotentiaire.

En 1806, l’empereur le nomma à la présidence du collège électoral de l’Aude et candidat au Sénat, qui ne l’admit pas dans son sein. Pour le consoler de cet échec, l’empereur le nomma comte de l’Empire en 1808.

Après la prise de Vienne, en 1809, Napoléon l’appela au commandement de cette ville, le nomma grand aigle de la Légion d’honneur, et grand chancelier de l’ordre des Trois toisons d’or.

En 1810, il l’appela au Conseil d’État et président de la section de la Guerre.

En 1812, il fut envoyé comme ambassadeur à Constantinople, et remplacé le 13 août 1814 par le marquis de Rivière. Il avait recueilli de nombreux mémoires qui donnèrent lieu aux mémoires communiqués à l’Institut.

Louis XVIII anoblit le comte Andréossy et le décora de la croix de Saint-Louis.

Au 20 mars, il se rallia à Napoléon. Président du conseil de guerre, membre du Conseil d’État, il signa la fameuse délibération du 25 mars, et fut chargé du rapport sur la déclaration du congrès de Vienne. L’Empereur le fit pair de France le 2 juin, et le gouvernement provisoire le nomma commandant de la 1e division militaire.

Le 26 juin, il fut un des commissaires chargés d’aller proposer un armistice à Wellington, et seul il demanda le rappel de Louis XVIII. Le 23 janvier 1821, le comte Andréossy fut nommé directeur général des subsistances militaires et député de Castelnaudary en 1827.

En 1823, il fut élu académicien libre de l’Académie des Sciences.

Il est mort le 10 septembre 1828 à Montauban, d’une fièvre cérébrale. Son nom a été inscrit sur le monument de l’Étoile.

ANOUL (PIERRE), général[modifier]

aide-de-camp du roi des Belges, gouverneur militaire de Bruxelles, commandant en chef de la gendarmerie nationale, officier de l’ordre de Léopold et de la Légion d’honneur, chevalier de l’ordre militaire de Guillaume, etc.

Pierre Anoul, né à Bruxelles en 1794, après avoir terminé ses premières études, entra volontairement à l’école militaire de cavalerie, à Saint-Germain-en-Laye. Nommé sous - lieutenant au 14e régiment de cuirassiers, il prit part aux campagnes de l’époque, dans le cours desquelles il reçut trois blessures et eut un cheval tué sous lui, en combattant à l’arrière-garde, à la désastreuse bataille de Leipzig. C’était un des braves officiers de l’Empire.

Quand les événements de 1814 eurent amené la dissolution de l’armée de la Loire, il fit partie, par suite de la réorganisation de l’armée, du 12° régiment de cuirassiers, puis quitta le service de la France avec une démission honorable, le 23 novembre 1814.

Rentré dans sa patrie, il fut, peu après, grièvement blessé sur le champ de bataille de Waterloo, où il combattit dans les rangs des carabiniers belges.

En 1830, après la révolution qui amena la séparation violente de la Belgique d’avec la Hollande, il fut appelé au commandement de Bruxelles, et reçut, vers la fin de l’année suivante, le commandement d’une brigade de cuirassiers, que l’intervention française rendit inactive.

En 1842, il quitta ce commandement pour se voir appeler aux fonctions d’aide-de-camp près de son souverain, et fut investi du commandement militaire de la résidence royale.

ANTHOINE DE SAINT-JOSEPH (FRANÇOIS, baron)[modifier]

né à Marseille en 1787, entré en 1804 comme volontaire dans le 1" régiment de dragons, en sortit pour passer comme élève à Fontainebleau, où il reçut le brevet de sous-lieutenant au 23e chasseurs à cheval ; aide-de-camp du maréchal Soult en 1807", il fit la campagne de Friedland, d’où il fut envoyé en mission à Saint-Pétersbourg.

De retour en France, il suivit le maréchal en Espagne et en Portugal, et fut fait prisonnier à l’Alhambra à Grenade. Echangé en 1809 par les soins du maréchal Suchet, son beau-frère, M. de Saint - Joseph se rendit en Hollande, comme capitaine dans le 8e hussards, revint en Espagne, remplit les fonctions d’aide-de-camp auprès de Suchet et fit les.campagnes de 1811,. 1812 et 1813.

Il monta un des premiers à l’assaut de Tarragone et contribua à la prise de cette place. 11 assista aux sièges d’Oropezà et de Sagonte, dont il signa la capitulation ; il se distingua à l’investisser ment de Valence et seconda le maréchal dans la nouvelle organisation de son armée.

Colonel en 1814, et sous Louis XVIII, successivement colonel du corps royal d’état-major, chef d’état-major du baron de Damas en 1820, 1821 et dans la 8" division militaire à Marseille.

il servit ensuite comme sous-aide major général de la garde royale.

En l830, il fut d’abord mis à disponibilité, puis rappelé au dépôt de là guerre, où il fut chargé de l’orgaiiisa-liori militaire des douaniers et g’drdes forestiers ; il fit souvent partie des commissions d’examen pour lès différentes "éfcdles militaires.

Maréchal de camp le 1l octobre l832, il remplit par intérim les fonctidns’dë directeur du dépôt de la guerre.

En octobre 1833 il fut nommé au commandement de la division active des Py-rénées-Orientalës ; puis à celle dit dépar-te’m'ent. Sa nomination comme général de division est du 14 avril 18-U. îi avait reçu en 1838 la croix de cbrii-hiàndcur d’isab’elle-la-Catlioliqùë. Il est aujourd’hui membre du comité de i’iïl-fartterié et commandeur de la Légion a’honhëùk

ANTONIO (don MARAGNON)[modifier]

plus connu souï le nbiri de TRAPPISTE, comiridhaahl une division de l’Armée de la foi, est né vers 1778, daiis un bourg delà Navarre. Il s’enrôla coinme simple volontaire et lit ses premières armes pendant là guerre que les Espagnols soutinrent contre les vainqueurs de l’Europe. ’Son audace, p’ortée jusqu’à la témérité, l’élêva ah grade de Capitaine dans le régiment de la Princesse, mais il ne paraissait pas réunir "les qualités nécessaires pour se maintenir dans ce grade. Se trouvant en garnison à Lérida, après la p’aix, son ancienne passion pour le jeu ’se réveilla ’avec fureur ; Ù p’er’dit au delà de ce qu’il possédait et jbiià l’è prêt dé la Côriipa-gnie, les épaulettes de son grade et son brevet. Cette conduite lui ayant fait perdre l’estime 4e tous ; pour échapper à la honte d’une destitution, il quitta dé nuit Lérida et alla s’enfermer "dans un couvent de trappistes. Le capitaine Mâraghôn

ne se plut pas longtemps dans sa prison. Lorsque les royalistes de la Péninsule poussèrent un nouveau cri de guerre contre la constitution des Cortès, rétablie eti Î820 par suite des événements de l’île dé Ledit, le Trappiste ne maiiqua pas de saisir ce p’rétexte que ld religion, qu’il prétendait outragée, lui fournissait polir devenir un personnage. Lès principes du couvent favorisaient ses projets, il put conserver son froc et remplacer le capuchon par l’épaulettë. Il commença par jouer le rôle d’inspiré, et parvint à réunir sous ses ordres un assez grand nombre de partisans, à la tête desquels il s’empara par uii coup de main du fort d’Urgel. C’était ail moment où l’es chefs dé l’Armée de la foi venaient d’établir une régence. Màragiioii fit hoiniiiagë dû sa conquête et de ses guérillas à ce nouveau gouvernement, lui prêta serinent et en reçut le titre de général. La régence s’établit ’des ce moment à Urgel dont elle prit ie nom. Le Trappiste ne fut pas heureux dans une entreprise qu’il fit suri’Aragon. Attaqué le 29 août 1822 par le général Zarco-dël-Valie, il perdit toutes ses munitions, ses équipages, son drapeau, trente chevaux et le stjul ’canon qu’il possédait. Successivement battu sur d’autres points, il se saliva en France et vint chercher un asile dans un couvent à Toulouse ; il rentra en Espagne avec l’armée française et commanda la division royaliste de Biscaye sous les ordres du général Quesada. Ce nioine fougueux ne se montrait à ses soldats qu’en tenant dans la main gauche un crucifix qu’il élevait en l’air et un fouet dans la droite. Sa robe était criblée de balles qui, disait-il, n’avaient pu l’atteindre, ii portait pardessus de larges épaulettes de général, une longue caràbin’e en sautoir : Sa taille était d’environ cinq pieds. Sa proclamation aux constitutionnels après le passage de la Bidassoa était ainsi conçue : « Gloire à Dieu, soldats ! Le chant de la tourterelle s’est fait entendre dans notre terre ; c’est une preuve que nous avons p’assé la mauvaise saison de l’hiver et que noiis sommes maintenant dans le beau printemps. Je vous dis que la constitution, cet horrible mdrtstre, conçu pat- l’enfer daiis l’Espagne catholique, va disparaître dii sol espagnol. Vôiis avez vu le saint tribunal de lit foi ; vous avez vu exterminer là compagnie de Jésus ; vous avez vu supprimer lès monastères. Vous avez vu une pierre de îiiârbrë respectée, vénérée, déifiée ! Mes frères, ouvrez, ouvrez les yeux ! venez à moi, ou courez aux royalistes qui sont lé plus près de vous ; faites-le sans délai ; votre humble frère, le Trappiste, vous invite. Etc. »

Vittoria, U avril 1823. Mdragnon fut un des chefs espagnols qui s’opposèrent avec le plus d’énergie à l’exécution du décret d’And\ijar. Rentré dans son couvent, le roi Ferdinand le félicita par une lettre. Mais bientôt il se jeta daiis ùii nouveau parti formé contre le roi, et prit les armes en faveur de Charles V. H corhptaif déjà plusieurs "miile hommes sous ses ordres ; le roi, furieux de cette défection, promit 25 mille piastres a qui le livrerait. Le Trappiste fut arrêté h Vivana, réclamé par le clergé, et enfermé dans un couvent où il est mort le 9 octobre 1826.

ARBOUVILLE (d’)[modifier]

Voyez LOYRÉ D’ARBOUVILLE.


ARRIGHI (JEAN-TOUSSAINT DE CASANOVA), duc de Padoue.[modifier]

Le lieutenant-général Arrighi, cousin par alliance de l’empereur Napoléon, est né à Ajaccio (Corse), le 8 mars 1776. Son père, Hyacinthe Arrighi était avocat général. Il fut ensuite député suppléant à la Convention, puis préfet du Liamone.

Le jeune Arrighi fut admis, en 1787, à l’École militaire de Rebais, près de Meaux, comme élève du roi. En 1793, lors de la suppression des écoles militaires, on l’envoya à l’université de Pise. A son retour en Corse, Joseph Bonaparte l’emmena avec lui à l’armée d’Italie, où il entra dans la 75e Demi-brigade, comme lieutenant d’une des compagnies franches levées en Corse. Après le traité de Leoben, il passa à l’État-major général en qualité d’adjoint aux adjudants - généraux. Attaché ensuite à Joseph Bonaparte en qualité de secrétaire d’ambassade, il le suivit à Parme et de là, à Rome, où il se trouva à l’époque de la révolte dans laquelle le général Duphot fut tué à côté de lui.

Arrighi fit partie de l’Expédition d’Égypte en qualité d’adjoint à l’État-major. Après la bataille des Pyramides, nommé aide-de-camp du général Berthier, il fut fait capitaine sur le champ de bataille, au combat de Salahieh, où il fut blessé.

Pendant l’Expédition de Syrie, il entra un des premiers dans la place de Jaffa prise d’assaut. Il assista aux différents assauts de Saint-Jean-d’Acre, et pénétra dans la ville avec le général Lannes. Blessé grièvement en cette occasion, on le crut perdu sans ressource (l’artère carotide avait été lésée par une balle), mais Larrey parvint à le sauver au grand étonnement des gens de l’art. Le général en chef donna au capitaine Arrighi un sabre d’honneur. Sa blessure l’ayant retenu en Égypte, il ne revint en France que peu avant la campagne de Marengo qu’il fit comme aide-de-camp du général Berthier. Il fut nommé chef d’escadron sur le champ de bataille de Marengo et envoyé dans le 1er Régiment de Dragons.

Nommé colonel de ce régiment deux ans après (en 1802), il fit la campagne d’Ulm. Au combat de Wertingen, il avait sous ses ordres, outre son régiment, le 2e Dragons et formait la tête de colonne de la division de cavalerie du général Klein. Chargé de tourner la position de l’ennemi, il enleva un village avec ses dragons auxquels il fit mettre pied à terre, arriva sur les arrières de l’ennemi, culbuta deux régiments de cuirassiers, fit mettre bas les armes à un bataillon de grenadiers hongrois, et s’empara de 6 pièces de canon. Quoique ayant reçu plusieurs blessures graves dans ce combat, il ne quitta le champ de bataille qu’après la déroute de l’ennemi. Les officiers, sous-officiers et dragons lui décernèrent une épée d’honneur où cette brillante action est représentée, avec l’inscription la plus honorable, et l’Empereur le nomma Commandant de la Légion d’honneur.

Nommé colonel des Dragons de la Garde après la campagne d’Austerlitz, il fit la campagne de Prusse. En 1807, il fut nommé Général de Brigade sur le champ de bataille de Friedland. Au retour de la campagne, l’Empereur le fit Duc de Padoue.

Il fit, à la tête des Dragons de la Garde, la Campagne d’Espagne (1808). A Benavente, malgré la crue des eaux, l’Empereur lui fit traverser le torrent à la nage avec son régiment et le reste de la cavalerie de la Garde qui suivait celle de l’armée, pour se mettre à la poursuite de l’armée anglaise.

Revenu en France avec l’Empereur, le général Arrighi prit le commandement de toute la cavalerie de la garde qui se trouvait à Paris, pour se rendre en Autriche. A la bataille d’Essling, l’Empereur le nomma Général de Division sur le champ de bataille et lui donna le commandement de la 3e division de cuirassiers dont le chef (le général d’Espagne) venait d’être tué. La nomination officielle est du 25 mai 1809.

A la bataille de Wagram, Napoléon l’ayant chargé de se porter à l’extrême droite, pour aider le Prince d’Eckmuhl à tourner l’ennemi, le Duc de Padoue, après avoir passé, sous le feu de la ligne ennemie, arriva au point désigné, déboucha sur le plateau à la tête de sa division, au milieu des tentes des Autrichiens et d’une pluie de mitraille. Mais sur ce terrain défavorable, il ne put faire que quelques charges partielles qui favorisèrent cependant l’arrivée de l’infanterie et lui permirent de prendre l’offensive, au moment où l’Empereur faisait son attaque décisive sur le centre. Le Duc de Padoue dégagea ensuite les divisions Grouchy et Montbrun, qui avaient en tête une cavalerie bien supérieure en nombre. L’Empereur le nomma à cette époque Inspecteur général de cavalerie, et lui donna peu après le Grand Cordon de la Réunion.

A l’époque de la Campagne de Russie, l’Empereur chargea le Duc de Padoue de l’organisation de 67 cohortes de gardes nationales et de toute l’artillerie attachée aux 100 cohortes créées. Il lui confia, en partant, le commandement supérieur de toutes les côtes de l’Océan, depuis l’Elbe jusqu’à la Somme, de cinq divisions militaires et de toutes les troupes qui s’y trouvaient, ce qui lui donnait le rang de commandant en chef, avec le soin de faire terminer tous les ouvrages de fortification et d’armement sur toutes les côtes sur lesquelles Napoléon pensait que le gouvernement anglais ferait opérer un débarquement. Toutes les vues de l’Empereur furent remplies.

Dans la Campagne de 1813, l’Empereur donna au Duc de Padoue le commandement du 3e Corps de cavalerie qu’il organisa à Metz avec les conscrits appartenant à tous les régiments de l’armée. L’Empereur ajouta à ce commandement plusieurs régiments français et étrangers, et le chargea de purger tout le pays entre le Rhin et l’Elbe des divers corps de partisans qui l’infestaient. Après cette mission, le général Arrighi fut chargé du gouvernement de Leipzig, de l’organisation de tous les corps restés en arrière, de l’approvisionnement de l’armée et de toutes les places mises en état de soutenir un siège. A cette époque, le général Czernischew tenta avec l5 000 hommes d’élite et une artillerie légère formidable, de s’emparer de Leipzig sans défense, de nos convois, munitions, etc, et d’enlever le duc de Padoue lui-même, et les 6 000 blessés confiés à sa garde. Mais ce général sut, par sa bonne contenance, son adresse et sa fermeté, décider l’ennemi à renoncer à ses projets.

A la bataille de Dennewitz, le Duc de Padoue, avec le 3e Corps de cavalerie, arrêta les Prussiens et les Suédois et facilita la retraite du maréchal Ney. Chargé par l’Empereur de protéger Leipzig et de rétablir les communications interceptées, il s’acquitta heureusement de cette mission.

Le Duc de Padoue prit part à la bataille de Leipzig, où, entraîné par son ardeur, il engagea trop vivement la première ligne de sa cavalerie qui, s’abandonnant à la poursuite des Cosaques, fut prise en flanc par quatre régiments de hussards de Blücher, et rejetée sur la deuxième ligne qu’elle entraîna jusqu’au faubourg de Leipzig, où le Duc de Padoue parvint à rallier sa division, sous la protection de l’infanterie qui arrêta l’ennemi.

A la fin de la Campagne de France, en 1814, le 3e Corps de cavalerie, extrêmement réduit, fut dissous, le Duc de Padoue prit alors le commandement d’un corps d’infanterie, chargé de protéger les corps des maréchaux Marmont et Trévise. A la prise de Paris, il occupait, sous les ordres du Duc de Raguse, les hauteurs de Belleville et de Romainville où il eut un cheval tué sous lui. Après l’Abdication de l’Empereur, il ne sollicita point de commandement.

Pendant les Cent-Jours, Napoléon le nomma Pair de France et gouverneur de la Corse, avec tous les pouvoirs civils et militaires. Quoiqu’il n’eût pas un seul régiment de ligne, le général Arrighi avait mis tant d’activité à organiser les gardes nationales, que les Corses, sans aucun appui, auraient pu défendre l’Empereur, s’il était parvenu, après la bataille de Waterloo, à gagner cette île dont les habitants étaient résolus à se sacrifier pour lui.

A la seconde rentrée des Bourbons, le Duc de Padoue se démit de son commandement. Il fut du nombre des proscrits placés sous l’Ordonnance du 24 juillet 1815, et se retira en Lombardie. Il a été un des derniers rappelés en 1820. Depuis cette époque jusqu’en 1849, il vécut, sans rechercher emploi ni faveur, en dehors des affaires.

M. le duc de Padoue est resté fidèle au malheur, il a gardé pour l’Empereur et pour tous les membres de sa famille, une affection sincère qui l’honore.

Son nom figure parmi ceux qui décorent l’Arc de Triomphe de l’Étoile, côté sud.

ATTHALIN (LOUIS-MARIE-JEAN-BAPTISTE, baron)[modifier]

né à Colmar, Haut-Rhin, le 22 juin 1784, élève de l’École polytechnique, le l"r novembre 1802. Élève sous-lieutenant du génie, le 23 septembre 1804, il fut nommé lieutenant le 17 novembre 1806, et capitaine le 16 septembre 1808.

L’Empereur ayant eu occasion de remarquer le jeune capitaine, le prit au nombre de ses officiers d’ordonnance, le 14 avril 1811, et le nomma chef de bataillon le 18 novembre 1813, et colonel le 15 mars 1814.

Le 2 juillet de la même année, le duc d’Orléans (Louis-Philippe) le nomma l’un de ses aides-de-camp. Pendant les Cent-Jours (26 avril 1815)

ii fut employé comme commandant du génie à Landau.

Le 12 août Î83O, le duc d’Orléans, devenu roi des Français, nomma M. At-tlialin mâréchal-de-cdmp, et continua à l’dttaclier à sa personne eh qualité d’aide-de-camp.

Le 16 novembre 184b, il fut promu au grade dé lieutenant-général.

Le décret du 17 avril 1848 le mit à la retraite.

Le baron Atthalin a fait les campagnes de 1806 et 1807 à la grande armée, se fit remarquera la bataillé d’Eylau et du siège de Grandentz ; celles de 1808 et 1809 à l’armée de Catalogne, où il se distingua aux affaires de Gardàdeu, de Molérès-M-Rey et de Wals, celle de 1810’ au texel ; de 1812,1813 et 1814 à la grande armée, et celle de 1815 du blocus de Landau.

M. le général Atthalin a été créé chevalier de la Légion d’honneur, le 3 octobre 1812 ; officier, le 24 octobre 1813 ; commandant, le 4" mai 1821 ; grand officier, le 21 mars 1831 ; et grand-croix, le 15 septembre 1846. Il est en outre chevalier de Saint-Louis, grand croix de Saiht-Ferdinand d’Espagne depuis le 1S septembre 1S46, et décoré de l’ordre du Nichan (Tunis) depuis le 25 septembre 1846,

AUGEREAU (PIERRE-FRANÇOIS-CHARLES)[modifier]

, maréchal de France et duc de Castiglione, était fils d’un ouvrier maçon et d’une marchande de fruits du faubourg Saint-Marceau ; il naquit à Paris le 11 novembre 1757.

Il s’engagea d’abord dans le régiment de Bourgogne-Cavalerie, puis dans celui des Carabiniers, qu’il quitta à la suite de quelques fredaines, pour passer à Naples, où il vécut jusqu’en 1787, comme maître d’armes ; chassé de Naples comme suspect, il revint en France vers la fin de 1792, et entra aussitôt dans un bataillon de volontaires : il avait alors 35 ans ; mais, plein de courage, il ne tarda pas à se distinguer. Chaque affaire lui valut un nouveau grade, et il était, en 1793, adjudant général à l’armée des Pyrénées. Il avait déjà le grade de général de division lorsqu’il passa à l’armée d’Italie où il contribua à la bataille de Loano. Quand l’immortelle campagne de 1796 commença avec Bonaparte, Augereau se signala à presque toutes les batailles. Au pont de Lodi, ce fut lui qui se mit à la tête des grenadiers qui franchirent sous la mitraille ce terrible passage Il prit la part la plus belle à la bataille de Castiglione, et renouvela à Arcole, mais avec moins de succès, la tentative audacieuse de Lodi. Pour le récompenser de ses services, Bonaparte l’envoya porter à Paris les drapeaux enlevés sur les Autrichiens, et le Directoire lui donna celui avec lequel il s’était élancé, à la suite de Bonaparte, sur le pont d’Arcole.

Éloigné de l’armée, Augereau se livra à toutes les intrigues politiques dont Paris était le théâtre. Il devint, entre les mains des directeurs, un instrument utile pour accomplir la révolution du 18 fructidor qu’ils méditaient. Tant qu’il le put, il s’opposa à l’élévation de Bonaparte ; mais, après le 18 brumaire, il se soumit à son rival qui, devenu premier consul, le nomma général en chef de l’armée de Hollande. L’année suivante il fut remplacé par Victor, et resta sans emploi pendant assez longtemps. Il recommença alors ses attaques contre le gouvernement consulaire ; mais son ardeur républicaine se calma et finit par disparaître, lorsque Napoléon, empereur, l’eût nommé maréchal, grand officier de la Légion d’honneur, duc de Castiglione et lorsqu’il eut été créé grand-croix de l’ordre de Charles II d’Espagne. Dès lors il suivit la fortune de l’Empereur, il assistait à Iéna et à Eylau. À cette dernière bataille, le maréchal était malade et avait à peine connaissance ; mais au bruit du canon ; il se fait attacher sur son cheval et vole au galop à la tête de son corps. Augereau déploya dans cette bataille une valeur chevaleresque ; le corps qu’il commandait souffrit beaucoup et fut presque entièrement détruit. Augereau fit encore la campagne de Catalogne en 1809, et, pendant l’invasion de la Russie, il commanda le corps d’armée qui occupait la Prusse. À Leipzig, le 18 octobre, il combattit bravement, mais là finit sa carrière de gloire. « Depuis longtemps, chez lui, a dit Napoléon à Sainte-Hélène, le maréchal n’était plus le soldat ; son courage, ses vertus premières, l’avaient élevé très haut hors de la foule : les honneurs, les dignités, la fortune, l’y avaient replongé. Le vainqueur de Castiglione eût pu laisser un nom cher à la France ; mais elle réprouvera la mémoire du défectionnaire de Lyon. »

En effet, chargé en 1814 du corps d’armée de l’Est, ii devait occuper les alliés qui s’avançaient par la Suisse et la Bourgogne sur Paris. Au lieu de seconder par d’habiles manœuvres, sur les flancs et les derrières de l’armée autrichienne, l’armée de Champagne, il resta immobile à Lyon, rendit la ville, se retira à Valence, et livra aux ennemis les routes qui devaient les conduire à Paris.

Après la déchéance il abandonna Napoléon et l’injuria dans ses proclamations. On alla jusqu’à dire que l’ayant rencontré se dirigeant sur l’île d’Elbe, il l’insulta.

Louis XVIII le fit pair de France et chevalier de Saint-Louis. Quand Napoléon revint le 20 mars, Augereau publia le 22 un ordre du jour pompeux en sa faveur.

Napoléon, plein de mépris pour tant de bassesse, laissa Augereau sans emploi.

Il mourut d’une hydropisie de poitrine le 12 juin 1816, dans sa terre de La Houssaye.

Augereau n’avait point d’instruction. Comme Masséna et Brune, c’était un déprédateur intrépide.— « II dut sa mauvaise conduite à son peu de lumières et à son mauvais entourage. » (Mémorial de Sainte-Hélène.)

AVITABILE (PAOLO bi BARTOLOMEO)[modifier]

Lieutenant-général, chevalier.de la Légion d’honneur et du Mérite de Saint-Ferdinand, commandeur de l’ordre de Durany et de Rungit-Singh, grand cbrdOn dii Lion et Soleil âe Perse,’des deux Lions et Couronné de Perse et de l’Étoile brillante de ? eiig-Ab.

Àvitabile est né àÀgerolb (royaume de Naples), le 25 octobre 1791.11 commença par servir dans les iégiôhs provinciales, de 1807 à 1809, lorsque Joseph Bonaparte occupait le trône de Naples ; atteint par la conscription dans cette dernière année, il fut employé dans le corps royal de l’artillerie jusqu’en 1815, et parvint au grade de commandant de la li>* compagnie.

il prit une part très-distinguée, sous les ordres de Muratj à plusieurs des grandes campagnes de cette époque. Quand les Bourbons revinrent à Naples, Avitabile rentra dans le même corps d’artillerie avec le même grade, assista âii siège de Gaëtë, s’y distingua par sa bravoure, et reçut deux blessures. À cette occasion il fut proposé par le général en chef pour lé grade dé capitaine et pour la décoration, mais ces récompenses né lui furent pas accordées.

Justement blessé de cette injustice, Avitabile s’embarqua pour Philadelphie" sur un bâtiment espagnol qui échoua à l’embouchure dû Rhône. Pendant la quarantaine qu’il subit a-Marseille, desaiiiis lui donnèrent lé tioriseil de se rendre à Constantinople, où se trouvait un envoyé de Perse, chargé d’engager des officiers européens pour le service du roi de Perse, Fat-Aly-Scha. Ce conseil fut suivi de point en point. Le souverain de la Perse lai confia la mission d’organiser, sous les ordres de son fils aîné, Mahomet-Aly-Mirza, vice-roi de Kerman-Scia, l’infanterie et l’artillerie, selon la méthode européenne. Pendant dix années, jusqu’à la fin de 1826, Avitabile se consacra avec l’activité la plus intelligente à cette œuvre difficile d’organisation, et se signala par différents faits d’armes. Le souverain lui donna à plusieurs reprises des preuves de sa satisfaction, le décora de plusieurs ordres, et lui accorda le grade de colonel et le titre de Khan de Perse. Vers 1826, les hostilités éclatèrent entre la Perse et la Russie ; le vice-roi de Kerman s’empressa de recourir aux avis de son ancien serviteur et à son expérience de la tactique européenne. Le colonel Avitabile s’opposa constamment aux mesures qui furent prises, à tel point qu’il se décida à demander son congé qui lui fut aussitôt accordé.

Du service de Perse, le colonel Avitabile passa, en 1827, à celui de Rungit-Singh, roi de Peng-Ab. Ce souverain lui fit, dans Lahore, sa capitale, un accueil magnifique, et lui confia une division entière, avec mission de l’organiser à l’européenne et de la commander en chef ; deux années furent employées à ce service. Le général Avitabile fut élevé ensuite au poste de gouverneur civil et militaire de la vaste province de Visir-Abat ; puis, quand le roi Rungit-Singh eut conquis la province dePeshavour, il lui en remit le commandement qu’il conserva jusqu’à la fin d’avril 1843. Avant lui, cette province était infestée de vagabonds et de brigands ; mais, grâce à la justice impitoyable du nouveau gouverneur, elle devint bientôt florissante et

tranquille. Avitabile ne pardonnait jamais ; il faisait décapiter ou pendre sans merci tous les criminels qui lui tombaient sous la main. Lorsque sa police ne pouvait découvrir l’auteur d’un méfait, il tirait de prison une demi-douzaine de pauvres diables coupables de quelques méfaits analogues, et il ordonnait leur exécution en les déclarant complices. De la sorte, le peuple demeurait convaincu que son démon de gouverneur savait tout ce qui se passait, une douzaine de squelettes enchaînés étaient exposés à la porte de son château, et, selon lui, cette singulière exhibition, produisait le meilleur effet.

Un jour quelque grand seigneur de la cour vint lui rendre visite, il exprima le désir de voir disparaître cet affreux spectacle. Avitabile s’y refusa nettement en déclarant que son autorité en dépendait. D’ailleurs les traits du vieux général expriment bien ce caractère de fermeté impitoyable.

Dans les campagnes difficiles et souvent sanglantes qui eurent lieu pendant la coopération des armées britanniques dans l’Afghanistan, il déploya de remarquables talents militaires et cette bravoure brillante qui lui acquirent une puissante autorité morale sur les troupes qu’il disciplinait. Il était en congé d’un mois chez sir Georges Clarck, gouverneur de la compagnie des Indes pour les provinces du Nord, lorsqu’il reçut la nouvelle de l’assassinat de Rungit-Singh. Le général Avitabile sollicita de son successeur, Delip-Singh, l’autorisation de retourner dans sa patrie. Il était de retour à Naples au mois de février 1844, après une absence de vingt ans, ayant conquis par de longs et laborieux services, une légitime renommée.

Avitabile a refusé d’entrer dans l’armée du roi de Naples. Il est rentré dans la vie privée et a épousé une jeune femme. L’histoire de son mariage est aussi extraordinaire que celle de sa vie indienne. A peine de retour en Europe, le général, auquel on supposait des richesses fantastiques, se vit environné d’une foulé de parents vrais ou faux qu’attirait le désir de partager la fortune du Nabab. Parmi eux se distinguait surtout la mère d’une charmante nièce pour laquelle elle demandait constamment un douaire. — « Je le veux bien, » dit le général ; et il donna 20,000 ducats. Les ducats furent refusés. La somme ne paraissait pas sans doute suffisante de la part d’un ex-prince indien. A la fin, Avita-bile épousa sa nièce. — « Ma foi, disâit-il, j’ai gardé mon argent, et, de plus, j’ai une femme. »

AVRIL (JEAN - JACQUES, baron)[modifier]

né à Loudun (Vienne), le 11 novembre 1752. Entré de bonne heure au service il devint sous-lieutenant des milices coloniales de l’Ile-de-France le 18 janvier 1778. Le A janvier 1789 il devint capitaine d’une compagnie d’Hommes de couleur dans cette colonie.

Après le licenciement de ce corps, il revint en France en 1792, et passa dans son grade au lbe régiment des chasseurs à cheval en 1793, sous les ordres du général révolutionnaire Ronsin. Aprèsl’exé-cution de ce général et la dissolution de son armée, Avril passa sous les ordres de Hoche, se distingua dans la guerre de Vendée, fut nommé adjudant-général colonel, le 1er octobre, soutint avec succès de nombreux combats contre les Vendéens, fut promu général de brigade le 21 ventôse an m, et envoyé à la suite de l’affaire de Quiberon pour couvrir Lo-rient menacé par les Anglais et les royalistes ; il remporta à Locresto un avantage décisif, et eut pendant quinze mois le commandement de’Belle-Isle-en-Mer.

En l’an x’, il fut envoyé en Normandie contre les Chouans, servit trois ans dans ce pays, sortit vainqueur de plusieurs affaires, passa, en l’an vni, à l’armée d’Italie, sous les ordres de Masséna et de Brune, fit mettre bas les armes aux insurgés de l’État de Gênes et pacifia le pays.

De retour en France, il commanda successivement les départements desBou-ches-du-Rhône et des Basses-Pyrénées. Il alla ensuite commander en chef, pendant les années 1800 à 1807, la 11e division militaire. En février 1807 il fut chargé de couvrir Brest avec un corps de 4,000 hommes ; il conduisit cette troupe au deuxième corps d’observation de la Gironde et entra en Espagne. En juin 1808 il occupait Estremos et Evora dans l’Alentejo dont il eut peine à contenir les habitants. Forcé d’évacuer Estremos, il fut grièvement blessé par l’explosion d’une mine. Il marcha cependant pour châtier Villa-Viciosa également insurgée ; en août 1808, il fut fait comman-^ dant du château de Lisbonne.

Rentré en France, après la convention de Cintra, il fut renvoyé en-Espagne en novembre suivant et nommé gouverneur de la province de Bilbao. Il se fit remarquer dans ce poste autant par sa prudence et sa modération que par ses succès contré les guérillas ; une fausse dénonciation le fit appeler en septembre 1810 par Napoléon qui, ayant reconnu son erreur, lui confia le commandement du Pas-de-Calais.

A la fin de 1812, Avril demanda à’par-tager les périls de la grande armée et entra en février 1813 dans le corps d’observation de l’Elbe, commandé par Lauris-ton. A la’tête de sa brigade, il força le pontdeKœnigsberg, prèsdeMagdebourg, combattit les Russes à Asleben, se trouva à la prise de Hall, où, pendant près de huit heures, il couvrit l’artillerie française avec sa troupe. Il prit part à la bataille de Lutzen et entra des premiers dans Leipzig, ftfarchant à l’ayant-garde de la 1" division du.51-’ corps, il se trouva aux combats de Waldan, de Norsdorff et de Buntzlaw, et se signala particulièrement au passage de la Reuss ;

Pendant l’armistice conclu le A juin, il fut envoyé à Hambourg, sous les ordres du maréchal Davout. Il rentra enFrance en juillet 1814, fut créé par- Louis XVIII baron, chevalier de Saint - Louis, puis lieutenant-général le 2koctobre. Il refusa de servir pendant les Cent-Jours, fut mis sous la surveillance du ministre de la guerre et destitué de son grade ; mais il fut réintégré en 181 S.

Mis à la retraite le 1er janvier 1817, après plus de quarante ans de service, il est mort dans sa campagne près de Bordeaux le 19juih 1839, âgé de 87 ans.

AYMARD (ANTOINE, baron).[modifier]

Antoine Aymard, né à Lezignan(Aude) le 13 octobre 1773, entra comme volontaire, en 1792, dans ler 7e bataillon de l’Aude, depuis -4e régiment d’infanterie-de ligne, oy il fut nommé sergent-major le 15 février 4793. Le 24 avril, même année, le choix de ses camarades le fit appeler au commandement de la 4e compagnie franche de l’Aude, embrigadée dans lai"0 demi-brigade légère, devenue 17e régiment d’infanterie légère.

Distingué par legénéral Fiers, le jeune Aymard fut attaché, le 5 août 1793, à l’état-major général de l’armée des Pyrénées-Orientales, en qualité de capitaine-adjoint ; il y fit les campagnes de 1793,,ans II et III, et fût blessé au combat de Peyrerstortet.

A la mort du général Laharpe, il rentra dans le 17e léger avec lequel il fit les campagnes des ans IV, V, VI, VII et VIII en Italie, et celle de l’an IX à l’armée des Grisons.

Le 21 floréal an îy, après le passage du pont de Lodi, il culbuta, à la tête de sa compagnie, un détaclieinent de hussards ennemis, et s’empara sur l’Adda, de trois barques chargées de provisions, —Le 16 thermidor suivant, à Castiglipne, il enleva deux pièces de canon et un obu-sier. — A Rivoli, étant de garde avec 50 hommes, il fut enveloppé par un ennemi fort supérieur en nombre, il se défendit vigoureusement, à la faveur d’un abatis d’arbres qu’il avait fait disposer pour couvrir son poste, donnant ainsi Je temps qu’on vînt le délivrer.

A la Bormida, chargé de tourner, avec deux compagnies, l’aile gauche de l’ennemi, i} exécuta cette manœuvre sous Ja protection d’un détachement de chasseurs et fit 80 prisonniers. — II combaf-tit huit heures à la bataille de Novi et y reçut un coup de feu qui lui traversa le corps. Son régiment ayant été appelé à faire partie de l’armée des Côtes de l’Océan, il fit les campagnes de l’an XI et de l’an XII, et fut nommé membre de Légion d’honneur le 26 prairial an XII. Créé chef de bataillon au 8e de ligne, en août 18Q4, il fit, en cette qualité et avec distinction, les campagnes de 1804, 1805 et de 1806.

Après la bataille d’EyLau, l’Empereur récompensa ses services en le nommant colonel du 32e de ligne, le 23 février f8p7. Son régiment se distingua à la campagne de Pologne et surtout à la bataille de Friedjand où le jeune colonel fut nommé officier de la Légion d’honneur.

Après la paix de Tilsitt,le $2° de ligne passa en Espagne et fit les campagnes de 1808 à 1812. Le colonel Aymard fut blessé à la bataille de ïalayéra, en chargeant à la tête de son régiment la 2e brigade des gardes anglaises.

Après une action des plus meurtrières, le 32e de ligne, quoique débordé sur son flanc gauche, chassa de sa position la brigade ennemie etresta maître du champ de bataille. A la suite de cette brillante affaire, le roi Joseph remit au colonel Aymard une croix d’honneur enrichie de diamants, et le prévint qu’il avait demandé à l’Empereur l’autorisation de le nommer commandant de l’ordre royal d’Espagne. Le jeune colonel avait été nommé baron de l’Empire, avec une dotation de 4,00,0 fr. de rente, dès le 20 juillet 1808, et commandant de la Légion d’honneur, le 8 décembre, après la pvise de Madrid.

Le 4 novembre 1810, au passage de Rio-Almangora, deux bataillons du 32e de ligne commandés par le colonel Aymard, et trois régiments dé cavalerie sous les ordres du général Milhaud culbutèrent et mirent dans une épouvantable déroute l’armée espagnole du général Black. Les Français s’emparèrent d’une partie de l’artillerie ennemie et firent plus de prisonniers qu’ils n’étaient de combattants. Élevé au grade de"général de brigade, le 12 avril 1813, le baron Aymard fit en cette qualité la campagne de 1813 en Saxe ; le 6 août de la même année, il fut’ nommé au commandement de l’une des brigades de la quatrième division de la garde impériale, à la tête de laquelle il se rendit maître, le 10 octobre, suivant, du défilé en avant de Naumbourg, malgré la vive résistance de l’ennemi. Il fit la campagne de 1814 en Belgique et mérita la confiance de Carnot, gouverneur d’Anvers. A la tête de 1,200 hommes de la jeune garde et d’un escadron de lanciers rouges, avec deux pièces de canon, il chassa l’ennemi de tout le pays compris entre l’Escaut et les Polders. Le général Maison s’étant porté sur Gand, fit sortir d’Anvers la division Roguet, dont faisait partie la brigade Aymardi L’ennemi fut mis dans une déroute complète au combat de Courtrai, le jour même où les alliés entraient à Paris.

Lorsque l’Empereur eut abdiqué, le général Aymard se retira près de Carcas-sonne ; mais appelé au commandement du département de l’Hérault, par décision royale du 1" octobre 1814, il se rendit à Montpellier, où il se trouvait le jour du miraculeux retour de l’Empereur, qui le nomma au commandement de l’une des brigades de la garde impériale, par décret du 22 avril 1815. Le général Aymard était en marche pour rejoindre l’armée avec les régiments qu’il venait : d’organiser, lorsqu’il reçut à Soissoiis la nouvelle de la bataille de Waterloo. Dès la rentrée des Bourbons, il sollicita sa retraite et se retira dans ses foyers, à l’âge de 42 ans, après avoir fait vingt-deux campagnes et reçu quatre blessures.

Après la révolution de 1830, il commanda successivement les départements du Rhône et de Vaucluse, et fut nommé lieutenant-général le 30 septembre 1832. — Il commandait la septième division militaire à l’époque des troubles de Lyon en 1830 et 1834. Peut-être n’eut-i} pas, dans ces circonstances difficiles, la prudence et la mesure nécessaires. Les soldats placés sous ses ordres prirent parti pour lesmutuellisteset refusèrent d’obéir à leurs chefs. Dès ce moment, le général Aymard s’attacha à préserver les troupes de tout contact avec la population. Le 9 avril, la lutte s’engagea avec plus de violence que jamais ; ce ne fut qu’après six jours de carnage que force resta à la loi.

Le gouvernement crut devoir récompenser la triste victoire du général Aymard par la pairie et la croix de grand officier de la Légion d’Honneur.

Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 B