Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850/L

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K Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 M


Sommaire

LABAROLLIÉRE (JACQUES-MARGUERITE, PILOTTE, baron de)[modifier]

Né le 22 novembre 1742, à Luné ville (Meurthe).

Entré au service le 10 avril 1757, en qualité d’exempt des gardes du roi de Pologne, il fut admis, le 6 mai 1761, comme volontaire dans le régiment de Navarre-Infanterie.

Le marquis de Soupire l’ayant employé comme aide-de-camp, il fit avec distinction les guerres de Hanovre, de 1761 à 1762, et se signala aux batailles deFillingshausen, de Grobenstein et de Joannesberg, aux sièges de Wolfenbutel et de Brunswick.

Après le traité de Paris du 10 février 1763, il fut mis à la suite du régiment de la marine, et obtint une sous-lieute-nance le 5 suivant ; il quitta à cette époque le service du roi Stanislas pour rester définitivement attaché à celui de la France.

Labarolliè.rè fit les campagnes de Corse de 1768 et 1769, et donna de nouvelles preuves de valeur aux affaires de Santo-Piétro, de Lento, d’Olmetta et de P,ontenovo. Nommé capitaine le 17 juin 1770, il fut employé à l’état-major de de Bourcet et y demeura attaché jus-

qu’au 5 mai 1772, époque à laquelle il passa dans la légion royale.

Désigné, le 16 juillet 1776, pour remplir les fonctions de capitaine en second dans le régiment Mestre-de-camp-géné-ral-dragons (2e), il entra, le 12 mai 1779, dans le 1" régiment de chasseurs à cheval, dans lequel il fut nommé capitaine-commandant le 4 septembre 1780.

Major du 3e régiment de même arme le 15 avril 1784, il en devint lieutenant-colonel le 1" mai 1788, colonel le 25 juillet 1791, et fit partie des camps de Paris et de Versailles de 1789 à 1791.

Nommé maréchal-de-camp le 6 décembre 1792, il commanda en cette qualité l’avant-garde de l’armée de Moselle, se distingua à la bataille de Valmy, et à la prise de Verdun ; protégea le mouvement rétrograde de l’armée française aux combats de Pellingen et de la montagne Verte, et fut fait général de division le 6 mai 1793.

Démissionnaire le 30 juillet, il cessa ses fonctions le 1er septembre suivant. Le général Labarollière reprit de l’activité le 6 thermidor aa IH et fut appelé au commandement de la 6e division militaire. LAB


Envoyé à l’armée des côtes de Cherbourg, il obtint par intérim le commandement de la Vendée, et se fit particulièrement remarquer à la bataille de Mar-tigné-Briand le 27 messidor, aux combats de Vihiersles29 et 30 du même.mois.

Réformé le 1er vendémiaire an V, il fut remis en activité le 28, avec ordre d’aller prendre le commandement des départements situés sur le Rhin et la Moselle. Mis en non-activité par suppression d’emploi le 13 vendéniiaiu uii VI, il cessa ses fonctions le 22.

Le premier Consul le réemploya, le 24 frimaire an VIII, lui confia le commandement de la 13e division militaire, et le 21 thermidor suivant celui de la 14e. Mis à la retraite le 10 prairial an XI, il alla en jouir à Pont-à-Mousson.

Le premier Consul le comprit dans la promotion des membres de la Légion-d’Honneur le 23 vendémiaire an XII.

LA BÉDOYÈRE (CHARLES-ANGELIQUE-FRANÇOIS, HUCHET de)[modifier]

né à Paris en 1786, d’une famille de magistrats, entra fort jeune dans la carrière des armes, et fut simple soldat, puis officier dans les gendarmes d’ordonnance (créés par Napoléon en 1806), puis devint aide-de-camp du prince Eugène. Après avoir servi avec distinction en Espagne, dans la campagne de Russie, d’Allemagne en 1813 et de France en 1814, il fut nommé, par Louis XVIII, colonel du 7° régiment de ligne. Lors du retour de l’île d’Elbe, La Bédoyère fut le premier colonel de l’armée qui abandonna les drapeaux du roi pour passer sous ceux de l’Empereur. Napoléon se montra reconnaissant, il le créa maréchal-de-camp, puis lieutenant-général, puis Pair de France, puis enfin son aide-de-camp.

Le général La Bédoyère se distingua à la bataille de Waterloo. bans la séance du 23 juin 181b, à la Chambre des Pairs, il demanda la proclamation de Napoléon II, sans laquelle, ajouta-t-il, l’abdication de Napoléon I" est nulle, « Il y a des traîtres parmi les Pairs, dit-il encore, depuis dix ans on n’a entendu au Luxembourg que des voix basses ! » Le président le rappela à l’ordre et Masséna lui dit : « Jeune homme, vous vous oubliez. »

La Bédoyère suivit l’armée au delà de la Loire. Il avait obtenu des passeports pour se rendre en Amérique ; mais étant venu à Paris pour.faire un dernier adieu à sa jeune femme et à son enfant, il y fut arrêté le 2 août, jour de son arrivée, traduit devant un conseil de guerre et condamné à mort comme coupable de trahison et de rébellion.- Il fut fusillé le 19 août 1815 dans la plaine de Grenelle, à l’âge de 29 ans. Il montra la plus grande fermeté dans ses derniers moments.

LA BRUYÈRE (ANDRE-ADRIEN-JOSEPH, baron)[modifier]

né le 23 janvier 1768 à Don-chery ( Ardennes), fils d’un ancien officier mort sous les drapeaux par suite de blessures, entra comme élève à l’École militaire de Rebais le 4 mai 1779, et fut admis comme cadet-gentilhomme à celle de Paris le 7 octobre 1782.

Il prit rang de soias-lieutenant le 23 janvier 1783, et devint sous-lieutenant titulaire au régiment de Bassigny (32° d’infanterie) le 26 mai 1786. Nommé lieutenant le 10janvierl790,il futpromu au grade de capitaine le 10 janvier 1792, et passa dans une compagnie de grenadiers le 20 décembre suivant. Depuis cette dernière époque jusqu’au 26 juillet 1793, il commanda le 2* bataillon du 4" régiment de grenadiers réunis, et prit ensuite, quoique capitaine, le commandement du 32° régiment, et le conserva jusqu’au 10 vendémiaire an II, jour de sa nomination au grade d’adjudant-général chef de bataillon à l’état-major général de l’armée.

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de Thionville, qui le fit emporter dans un drap, après avoir étanché le sang avec du foin et de l’herbe faute de charpie. Étant en convalescence à Sedan, lorsque les Autrichiens vinrent menacer cette ville, le brave La Bruyère, quoique forcé de se servir de béquilles, vint offrir ses services au conseil de défense de la piace, qui les accepta et lui assigna un poste qu’il occupa depuis le let jusqu’au 15 germinal de l’an II.

A peine rétabli de ses blessures, il revint dans l’Ouest, et, dès le 26 vendémiaire an III, il se signala par son audacieuse bravoure en enlevant un drapeau aux rebelles. Le 14 germinal suivant, en se rendant de Chemillé à Chollet, il fut attaqué par quelques chouans à Tré-mentines. Blessé de. trois coups de feu à la jambe gauche et à la mâchoire, et n’ayant plus de balles à mettre dans son pistolet, il le chargea avec une de ses dents, s’en servit contre celui-qui l’avait blessé, et lui fit sauter la cervelle avec ce projectile d’une nouvelle espèce. Le -16 messidor de la même année, lorsque Charette leva de nouveau l’étendard de la révolte, l’adjudant-général La Bruyère se présenta avec deux hussards du 11e régiment au quartier général de Stofflet, et lui fit faire par écrit la déclaration de ses intentions.

A l’affaire qui eut lieu le 13 thermidor suivant, il enleva un guidon aux hussards de Charette, et mérita par sa conduite d’être mentionné dans les rapports du général en chef. Le 13 pluviôse an IV, lors de la nouvelle insurrection de Stofflet, il tomba, avec deux guides et deux chasseurs de la Côte-d’Or sur un rassemblement de rebelles près de Saint-Ma-caire ; il les sabra, les dispersa, et leur enleva des armes et des effets d’habillement. Cette action, vigoureusement conduite, et qui avait eu pour résultat de faire, échouer Jes projets des rebelles,• fit LAB ( 128 ’

Il servit avec la plus grande distinction depuis 1792 jusqu’à l’an IX inclusivement, aux armées des Ardennes, du Rhin, de Mayence, de l’Ouest, des côtes de Brest, de Cherbourg, de l’Océan, et à celle d’Angleterre ; il se trouva à la prise de Spire, à celles de Mayence et’de Francfort, et soutint le blocus et le siège de Mayence, où il eut plus d’une occasion de signaler son courage.

Le 1" avril 1793, il sauva, avec ses grenadiers, trois pièces de canon renversées dans un fossé et abandonnées à la retraite de Condersphum, puis de Mayence. Le 14 juin suivant, il enleva 300 palissades aux Autrichiens, dans le poste de la Briqueterie, pour fortifier le village de Kosteins, où il commandait, et qui se trouvait en face de l’ennemi. Il reçut dans cette affaire trois coups de mitraille. Le 8 j illet, à la prise de Kosteins par l’ennemi, il fut fait prisonnier par quatre grenadiers hessois, mais il se débarrassa d’eux, quoique blessé à la main droite ; il en tua deux, en mit un en fuite, et ramena le quatrième au général Aubert-Dubayet qui le combla des éloges les plus flatteurs. Le 19 septembre à l’affaire du Palet, près de Clisson (Vendée), il eut un cheval tué sous lui et fut blessé d’un coup de feu.

Lors de la retraite de Clisson, le 22 du même mois, il fut atteint de quatre nouvelles blessures. Il portait encore le bras gauche en écharpe, par suite de deux coups’de feu, dont les plaies n’étaient pas fermées, lorsque le 24 vendémiaire an II, à l’affaire de Saint-Christophe-du-Bois, j) eut trois chevaux tués sous lui, et reçut dix-huit blessures, dont une lui fractura la hanche, une autre lui fractura l’épaule, et une troisième lui traversa la poitrine. Laissé pour mort sur le champ de bataille, il fut entièrement dépouillé, et ne fut rappelé à la vie que par les’ soins du représentant du peuple Merlin

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le plus grand honneur à La Bruyère, qui fut nommé, le même jour, adjudant-général chef de brigade par les représentants du peuple en mission près les armées de l’Ouest.

Employé, le 1" ventôse an IX, comme chef d’état-major de la 22e division militaire, il fut mis en traitement de réforme le 1" vendémiaire an X, et-reprit ses fonctions à la 22e division militaire le 23 frimaire suivant. Nommé général de brigade le 11 fructidor an XI, il commanda successivement les départements de la Mayenne et d’Indre-et-Loire.

Créé membre delà Légion-d’Honneur le 19 frimaire au XII, et commandant le 25 prairial suivant, il fut envoyé à Toulon le 7 brumaire au XIII. Désigné le 19 frimaire suivant pour faire partie du corps expéditionnaire qui se réunissait à Toulon, sous les ordres du général Lauriston, il s’embarqua sur le vaisseau l’Indomptable, et fit la campagne de l’an XIII sur mer, avec la division de l’amiral Villeneuve. Employé dans la 26e division militaire, le 9 floréal de la même année, il passa, le 13 fructidor, à l’armée des côtes, depuis armée de réserve, et fat attaché’ au premier corps de la grande armée, le 25 octobre 1806.

Il se signala dans toutes les affaires qui eurent lieu au commencement de la campagne de 1807, notamment le 26 février, au combat de Braunsberg. Dans cette journée", il commandait la droite de la division Dupont, chargée de repousser un corps de 10,000 hommes qui menaçait la gauche de notre ligne. Le général La Bruyère rencontra les Russes à Ro-gern et les rejeta sur la rivière en avant de ce village, tandis que la colonne de gauche les poussait sur Willemb.erg. Déposté de toutes ses positions, l’ennemi fut contraint de se retirer derrière la Pas-sarge, qui couvre Braunsberg, et tenta encore d’en défendre le passage. Mais La

Bruyère, à la tête de ses troupes, ne lui donne pas le temps de s’établir ; il charge les Russes a la baïonnette et les chasse de la ville en laissant sur le champ de bataille 2,000 des leurs, 16 carions et 2 drapeaux.

Il rendit de grands services à la bataille de Friedland, le 14 juin suivant, et en fut récompensé par le titre de grand officier de la Légion-d’Honneur, qui lui fut conféré par décret impérial du 11 juillet de la même année. Employé au A" corps de l’armée d’Espagne, il se fit remarquer par sa bravoure, les 10 et.11 novembre 1808, à la bataille d’Espinosa delos Monteros, et, le 30 du même mois, à l’attaque du défilé de Sommo-Sierra.

Créé baron de l’Empire quelques jours auparavant, il concourut à l’attaque de Madrid, faite dans la soirée du 2 décembre suivant ; il y fut blessé d’un coup de feu à la gorge, et mourut le lendemain, 3, à midi, par suite de cette blessure.

Son nom. est inscrit sur les tables de bronze du Musée de Versailles.

LACROIX (MATHIEU, baron)[modifier]

naquit le 29 septembre 1761 à LaRbchefoucault (Charente). Soldat le 1" janvier 1781, dans le régiment Lyonnais-Infanterie (28" en 1791), il fit la campagne de 1781 en Amérique, se trouva en 1782 aux sièges de Mahon et de Gibraltar, passa caporal et sergent les 13 septembre et 1er juin 1785, et prit son congé absolu le 1er janvier 1789.

Élu capitaine le 17 octobre 1791 dans le 1er bataillon des volontaires de son département (ie demi-brigade d’infanterie légère en l’an V), il combattit à l’armée du Nord en 1792, fit partie de la garnison de Valenciennes en 1793, se trouva au siège de Lyon la même année, et fut nommé chef de bataillon le 11 brumaire an îî.

Il passa à l’armée d’Italie vers la même époque, fut fait prisonnier de guerre le LAC ( 11 thermidor an IV, à la Corona, obtint la confirmation de son grade au 2e bataillon, lors de l’embrigadement du 1er nivôse an V, et reçut un coup de feu à la poitrine, le 29 du même mois à la bataille de Rivoli.

Le 30 prairial an VI, il embarqua pour l’Égypte, se trouva aux batailles de Chebreiss et desPyramides, et reçut trois blessures dont deux à la tête et une autre au pied droit. Promu le 8 germinal suivant au grade de chef de brigade à la suite de la 4e demi-brigade d’infanterie légère, il commanda la province de Bahirch, rentra en France après la capitulation d’Alexandrie, et fut confirmé dans son grade le 19 messidor an X, à la 86e demi-brigade de ligne. En cette qualité, il fil partie de l’expédition de Saint-Domingue des ans X, XI et XII, fut nommé officier de la Légion-d’Honneur le 25 prairial an XII, revint en France en l’an XIII, et tint garnison à Bayonne.

Présent aux batailles des campagnes de la’grande armée en l’an XIV, 1806 et 1807 en Autriche, en Prusse et en Pologne j il se rendit en Espagne en 1808, y combattit à la tête du 86e régiment, fut élevé au grade de général de brigade le 6 août 1811, et reçut le titre de baron le 1S du même mois. Rappelé en France vers la fin de cette année, employé en 1812 dans la 17e division militaire, puis, le 13 février 1813, à la 1" division du corps d’observation de l’Elbe, il passa le 1er mars suivant à la 4’ division du même corps, commandée par le comte de Lauriston, et fut destitué le 26 mai pour s’être laissé surprendre dans ses cantonnements ; mais réintégré le 9 juillet suivant, il fut admis à la retraite, pour cause d’ancienneté de service, le 25 septembre de la même année.

127 ). LAC Au mois de mars de 1814, le général Lacroix présida le conseil de défense de la ville d’Angoulême, et reçut le 10 décembre de la même année la croix de chevalier de Saint-Louis.

Le général Lacroix est mort le 21 juillet’1822.

LACROSSE (RAYMOND DE)[modifier]

né à Meil-hau le, 5 septembre 1761,débuta en 1779 comme simple garde marine. Il avait a peine 18 ans lorsqu’il arriva à Brest. Noble et généreux par caractère, il devint bientôt l’ami de tous ses camarades ; infatigable au travail, il se livra entièrement à l’étude de toutes les sciences abstraites, sciences si utiles à l’état qu’il embrassait, et remplit fidèlement et sévèrement tous ses devoirs.

En 1792, treize années après son entrée aux gardes, M. de Lacrosse fut nommé capitaine de vaisseau ; il avait passé par tous les grades. Il était enseigne en. 1782 et lieutenant en 1786. Son caractère énergique et sa prudence reconnue le firent désigner en 1795 pour aller pacifier les îles de la Martinique et de la Guadeloupe alors en pleine insurrection. Les peuples de ces colonies écoutèrent sa voix ; bientôt tout rentra dans l’ordre le plus parfait, et ce retour à la tranquillité permit au capitaine Lacrosse de battre les Anglais sur terre et sur mer. Dans divers combats, l’intrépidité des attaques était telle que nos ennemis furent obligés de renoncer à tout espoir de se maintenir dans nos possessions et même dans nos parages.

Cette belle conduite devait mériter à M. de Lacrosse la reconnaissance du gouvernement d’alors. ; mais dans ces temps de terreur et d’anarchie, les plus grands services conduisaient quelquefois à l’échafaud ou au moins à l’exil. De retour en France, le capitaine Lacrosse ’fut emprisonné. Rendu à la liberté, il fut appelé à LAC

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faire partie de l’importante expédition qui devait débarquer une armée fran-, çaise sur les côtes de l’Irlande, et bientôt faire flotter les couleurs de la République française sur le sol de notre éternelle ennemie. La France, appelée à l’aide par les Irlandais décidés à se soustraire au joug des Anglais, envoya une armée de 15,000 hommes ; une tempête dispersa entièrement la flotte, et d’affreux malheurs vinrent détruire cet immense projet d’invasion, projet dont la réussite assurait à l’Earope une paix générale.

L’intrépide capitaine Lacrosse’ auquel la République avait confié le commandement du vaisseau de 74, les Droits de l’Homme, lutta contre la violence dés éléments, et malgré l’épouvantable tempête qui avait détruit en partie notre flotte, il ne perdit pas de vue les côtes de l’Irlande et ne voulut pas s’éloigner sans s’être assuré qu’aucun de nos vaisseaux n’avait été jeté sur les côtes de cette île. Forcé d’y prendre terre,. il visita non-seulement le littoral qui avoi-sine l’embouchure de la rivière de Shan-non, deuxième point indiqué à l’escadre pour y opérer le débarquement des troupes ; mais il croisa inutilement huit jours en vue de l’Irlande ; c’est alors seulement qu’il se décida à rallier l’escadre en se dirigeant vers les côtes de France.

Le 22 nivôse an V (13 janvier 1796) le commandant des Droits de l’Homme s’estimait à un degré (25 lieues) de Pen-march, quand on aperçut au vent le navire anglais l’Indéfatigable. Ce vaisseau avait de son côté remarqué le navire français et portait sur lui ; bientôt une frégate apparut à l’horizon, et c’était encore un ennemi. Le commandant Lacrosse prit chasse devant eux, non pour refuser le combat, mais pour gagner du temps et s’y mieux préparer. Il

essaya d’augmenter ses voiles ; les manœuvres cessèrent. Cependant la marche continua. Vers trois heures, on remarqua deux nouveaux bâtiments ; ils cherchaient à lui couper laroute, c’étaient • donc encore des ennemis. Dans cette situation difficile, le commandant ordonna de virer de bord et de marcher sur l’amiral anglais qui était le plus proche de lui, et qui d’ailleurs était le plus formidable des quatre adversaires. Cet ordre ; que l’équipage des Di’oits. de l’Homme accueillit avec un hourra unanime, fut immédiatement suivi du branle-bas, et chacun se prépara au combat, avec cette joie fébrile qui saisit le soldat au moment du danger. Par malheur, l’un des bras du grand hunier cassa et le vaisseau se trouva démâté de ses deux mâts de hune. L’Anglais, au lieu de profiter de ce contre-temps, laissa aux Droits de tHomme le loisir de déblayer le pont, et quand il lui envoya sa bordée, il en reçut une énergique riposte, accompagnée d’un terrible feu de mousqueterie ; il chercha alors à enfiler le navire français ; mais Lacrosse qui prévit cette manœuvre, poussa sur lui afin de l’aborder.. Par là, en effet, l’équilibre eût été rétabli, tandis qu’en se bornant à des canonnades, toute l’infériorité était de notre côté, car la mer était si houleuse que, faute de l’appui " que les Droits de l’Homme ne recevait plus de sa mâture, on était obligé de fermer les sabords de la batterie basse, ce qui rendait inutiles les canons de 36 qu’elle renfermait. Mais le commodore Pellew, commandant de l’Indéfatigable, n’osa point ac^-cepter ce genre de combat et prit du large devant le navire français.

A six heures trois quarts, il y avait’ déjà une heure et demie que le combat durait ; la frégate ennemie {l’Amazone) put entrer en lice et annonça sa participation à la lutte par une bordée dans

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la hanche des Droits de l’Homme. Après un feu très-vif de part et d’autre, les deux bâtiments anglais qui avaient considérablement souffert, durent pousser au large pour se réparer. Lacrosse profitant de ce moment de répit, ’fit distribuer une ration d’eau-de-vie à ses héroïques matelots. Sur les huit heures et demie du soir, les ennemis rouvrirent le feu. Profitant delà supériorité de leur voilure, ils tournaient autour du navire français, "et lançant alternativement sur tribord et bâbord, ils l’enfilaient tour à tour, tandis que celui-ci ne pouvait dans sa riposte ne lancer que sur un bord. Dans cette position critique, Lacrosse essaya d’accrocher un de ses deux adversaires, présumant avec raison que l’autre accourrait pour le délivrer, et espérant qu’il pourrait alors les aborder l’un et l’autre ; mais ceux-ci évitèrent constamment cette manœuvre qui cependant procura aux Droits de l’Homme quelques positions avantageuses pour enfiler ses adversaires de l’avant ou de l’arrière.

Le mât d’artimon fut cassé par vin boulet, et les Anglais profitant de l’embarras qui devait en résulter sur le pont pour s’approcher de plus près, le commandant Lacrosse fit charger ses canons avec des obus dont l’éclat produisit un effet si terrible dans les rangs ennemis que l’Indéfatigable et t Amazone s’éloignèrent au plus vite de leur redoutable adversaire.

Cependant les deux voiles basses des Droits de l’Homme étaient hachées, beaucoup de canonniers avaient été tués à leurs pièces, un grand nombre de ma-lelots étaient blessés ; mais malgré toutes ces pertes, le feu ne se ralentissait pas. Si un homme tombait, dix s’élançaient. Vers une heure du matin, le lieutenant de vaisseau Châtelain eut le bras fracassé par un biscaïen, et quelques in-IL

stants après, le commandant Lacrosse, qui n’avait pas quitté le pont une seule minute, fut atteint au genou gauche, par le ricochet d’un boulet mort. Il tombe, on se précipite pour le porter à l’ambulance ; mais arrêtant ceux qui veulent l’enlever du champ d’honneur, il s’écria d’une voix tonnante : « équipage des Droits de VHomme, jurez-moi de ne point amener le pavillon français ! — Nous le jurons, répondent mille voix pleines d’enthousiasme. — Vaincre ou mourir ! ajouta le commandant, —r Vive la République ! » s’écrie l’équipage entier, et ce cri retentit jusqu’aux Anglais qui dès lors commencèrent à désespérer de la victoire ; puis le brave Lacrosse appelle son second, le capitaine de frégate Prévost-Lacroix, il exige encore de lui qu’il fera couler le navire plutôt que d’amener le pavillon. Prévost fait ce serment d’une voix résolue, et alors seulement Lacrosse consent à se laisser panser.

Le combat dura encore quatre heures avec la même énergie. Vers six heures du matin la vigie signala la côte de France. Le commandant Lacrosse exigea alors qu’on le transportât sur le pont, et l’on chercha à gagner la terre. Les mâts de misaine et de beaupré, entaillés par la mitraille, se brisèrent sous le poids du vent qui s’engouffrait dans les voiles ; , bientôt la grande voile, toute criblée de boulets, mais qui seule tirait encore le vaisseau de l’avant, vint à manquer. On chercha à mouiller les ancres ; le feu de l’ennemi ayant haché leurs câbles, on fut obligé d’étalinguer un fort grelin sur une ancre à jet, après avoir jeté à la mer une partie de la batterie. Quant à l’Indéfatigable, il avait gagné le large, dès qu’on avait été en vue de la côte de France. Cette lutte mémorable avait duré treize heures de nuit, et le plus faible 9

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des deux bâtiments ennemis avait une artillerie supérieure à celle des Droits de l’Homme. Ce navire était entièrement rasé ; mille boulets avaient troué sa carcasse ; il faisait eau de toutes parts ; toute sa mitraille était épuisée ; tous ses boulets rames avaient été employés, il n’y avait plus à bord que 50 boulets ronds : sept officiers de marine avaient été blessés ; trois officiers de la légion des Francs étaient restés sur le champ de bataille ; plusieurs autres étaient grièvement blessés ; cent.hommes furent tués et un nombre à peu près égal avait été mis hors de combat. Mais la frégate l’Amazone avait sombré à la même côte, et ses officiers, ainsi que son équipage, furent fait prisonniers.

Les Droits de l’Homme échoua dans la baie d’Audierrie le 25 nivôse à sept heures du matin. Les canots légers furent emportés par les lames, avant qu’on eût pu y descendre ; plusieurs de ses braves matelots périrent en se dévouant, les uns pour établir un va et vient, les autres pour aller à terre chercher des secours. La chaloupe qu’on était parvenu à mettre à flots fut brisée par la houle et tout ce qui s’y trouvait fut broyé par les récifs. Ce ne fut que dans la nuit du 25 au 26 que cinq chaloupes venues d’Audierne purent emmener les blessés et environ 400 matelots ou soldats, et le 30 seulement La-crosse s’embarqua sur une corvette qu’on lui avait envoyée de Brest, mais le dernier de tous, et après s’être assuré qu’il ne restait plus un seul homme à bord.

Lacrosse fut élevé au grade d’officier général, et le Directoire n’oublia pas les officiers qui s’étaient distingués1 sous ses ordres.

Le contre-amiFal Lacrosse- fut nommé en 1799 ambassadeur près la COUP d’Espagne. H fit exécuter’ avec énergie les volontés de la France et exigea du gou- I

vernement espagnol le renvoi des émigrés français, en stipulant pour eux les conditions les plus favorables.

A son retour d’Espagne, le ministère de la marine lui fut offert ; mais homme d’action, il refusa cet honneur, préférant combattre les ennemis de la France.

En 1802, le premier Consul le nomma capitaine général de la Guadeloupe. La population, prévenue de son arrivée, se porta tout entière à sa rencontre ; mais bientôt cette même population, travaillée par les Anglais, se révolta contre son autorité. Mal soutenu parles blancs, il se vit forcé d’être toujours sur la défensive. Le 1" novembre 1801 il fut surpris dans une reconnaissance qu’il faisait en dehors de la ville de la Pointe-à-Pitre, où le mulâtre Pelage le tenait bloqué. Ce chef de révoltés força le gouverneur général à s’embarquer immédiatement sur un bâtiment danois ; c’est à cette condition seulement qu’il obtint sa liberté.

Le contre-amiral Lacrosse se fit conduire à ta Dominique, et y attendit l’expédition sous les ordres du général Ri-chepanse ; il rentra avec elle à la Guadeloupe. A la mort du général il reprit le commandement en chef et parvint à soumettre les rebelles-^et à rétablir sur tous les points de la colonie l’ordre le plus parfait. Il s’embarqua pour revenir en France sur la frégate la Didon. Sans défiance, et ne sachant pas que le traité d’Amiens était rompu, il tomba aux environs de Brest dans une CFoisière anglaise, composée de douze vaisseaux de ligne. Intrépide comme toujours, il les força à lui livrer passage, parvint même à leur enlever la corvette le Laurier qui servait de mouche à cette flotte. Il eut le bonheur de gagner les côtes d’Espagne avec sa. prise, et la reconduisit dans îe port de Sanfander, où il débarqua lui-même.

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Napoléon, aussitôt son retour, le nomma préfet maritime, et lui confia l’inspection de la flottille qui se réunissait dans le deuxième arrondissement maritime : En très peu de jours, la flottille fut au grand complet prête à transporter nos légions sur le sol britannique.

A la mort de l’amiral.Bruix, il prit le commandement en chef de l’armée navale.

Cet intrépide marin avait été créé commandeur de la Légion-d’Honneur en 1804, dès la fondation de l’Ordre.

En 1815, M. le contre-amiral Lacrosse a cessé de faire partie de l’armée navale ; il s’est retiré à Meilhan, où il est mort le 10 septembre 1829, laissant à la patrie un digne héritier de ses vertus et de son patriotisme : c’est M. Lacrosse, ex-ministre des travaux publics, qui débuta par être marin, servit ensuite en qualité de lieutenant dans les chasseurs à cheval de la Garde impériale et combattit à Waterloo auprès de Vandamme dont il était aide-de-camp.

Depuis 1830. M. Lacrosse fut colonel de la garde nationale de Brest, membre du conseil général, député, etc. Il est encore aujourd’hui Représentant du peuple à l’Assemblée législative. (Extrait de l’Almanach militaire de 1850.)

LACUÉE (JEAN-GERARD)[modifier]

comte de Cessac, naquit dans l’arrondissement d’Agen (Lot-et-Garonne), le 4 novembre 1752. Après avoir fait d’excellentes humanités, il se livra à l’étude des mathématiques, et entra dans le régiment de Dauphiné-Infanterie, en qualité de sous-lieutenant.

Il était parvenu au grade de capitaine* lorsque le maréchal de Broglie lui confia, en 1784, la surveillance des travaux et l’inspection de la conduite des cadets-gentilshommes de la garnison de Metz. Le jeune Lacuée se livrait à de sérieusesétudes au moment solennel de la Révolution de 1789.

Il se dévoua au nouvel ordre de choses, sans enthousiasmej sans passion, mais avec une volonté ferme qui lui concilia | l’estime des habitants de son départe-| ment. Ils lui donnèrent un double témoignage de leur sympathie en le nommant | d’abord (1790) procureur-général, syndic I de ce département, puis député à l’As* | semblée législative (1791), où il défendit, avec.autant de talent que d’énergie, la Constitution de 1791.

Tous ses discours dans cette Assemblée eurent principalement p’our objet l’organisation de l’armée. A l’époque de la défection de Dumouriez, Lacuée s’éleva avec force contre ce général, et confondit ses apologistes par ce dilemme : « Ou Dumouriez savait l’état de nos armées et de nos places, quand il a précipité la guerre, et alors c’est un traître, ou il l’ignorait, et alors c’est un ministre incapable. »

Le 28 avril 1792, Lacuée fut élevé à la présidence ; mais il avait montré trop de modération à la tribune législative, trop d’attachement à l’ordre établi, pour ne pas être éloigné des affaires. Tels furent les motifs qui l’empêchèrent, dans le mois de septembre, d’être réélu à la Convention nationale. Il entra bientôt dans les bureaux de la guerre. On avait déjà une opinion si avantageuse de l’étendue de ses connaissances dans les différentes parties de l’art militaire, que lorsque le général Servan quitta, au mois d’octobre, le ministère, Lacuée fut mis au nombre des candidats proposés pour le remplacer. Ses votes à l’Assemblée législative avaient failli le faire rayer de la liste ; mais Vergniaud l’y fit maintenir par la chaleur avec laquelle il embrassa sa défense.

Devenu général de brigade et chef d’état-major des douze armées des P y ré- LAC

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nées le 3 février 1793, il. ne tarda pas à être accusé par Baudot d’avoir pris part à la rébellion des autorités de Toulon. Cette accusation n’eut toutefois aucune conséquence fâcheuse pour lui. Pourtant, on le fit revenir au mois de juillet suivant à Paris, où il aurait infailliblement subi le sort de Biron, Custine, Houchard et Lamarlière, s’il n’eût été assez heureux pour se soustraire aux poursuites dont il était l’objet.

Il se retira dans une maison de campagne isolée, où il s’occupait spécialement de travaux agricoles et littéraires, lorsqu’au mois de pluviôse an III, il reçut l’ordre de se rendre de nouveau à l’armée des Pyrénées.

Le 15 thermidor suivant, Letourneur, de la Manche, membre du Comité de salut public, le rappela et le chargea de diriger les opérations du ministère de la guerre. Ce fut sous son administration que l’armée française effectua le premier passage du Rhin.

Le’l vendémiaire an TV, Lacuée fut élu député au conseil des Anciens. On voulut lui donner peu de temps après le commandement des troupes qui combattirent les sections dans la journée du 13 vendémiaire, il ne crut pas devoir accepter, et Bonaparte fut choisi à sa place. Il refusa aussi, vers la même époque, le ministère de la guerre, qui fut donné à Dubayet.

Le 1er brumaire, l’Assemblée l’appela à la présidence. On le vit se prononcer en faveur du projet relatif aux conseils d’administration des troupes, combattre la résolution sur les enfants abandonnés, faire approuver celle concernant le service de gendarmerie et voter contre l’établissement du nouveau droit de passage que le gouvernement avait résolu de créer. Lors de la division qui éclata entre le Directoire et les conseils, division déplo-

rable qui amena la journée du 18 fructidor, Lacuée faisait partie de la commission des inspecteurs de la salle consacrée aux séances législatives. Il avait à CFain-dre alors que l’amitié qui l’unissait à Carnot, membre du Directoire, ne le fit envelopper dans la proscription du parti directorial. Non seulement sa liberté ne fut point menacée, mais il continua de siéger au conseil des Anciens, où il défendit courageusement ce même Carnot, son ami, que le parti vainqueur attaquait avec une extrême violence. Il eut bientôt à répondre lui-même aux.inculpations de l’émigré Mallet-Dupan, qui l’accusait d’intrigues et de royalisme. Il réfuta victorieusement ces inculpations dans une lettre qu’il adressa à ses collègues des deux conseils. Nous en citerons quelques. paragraphes :

c< On n’intrigue, dit Lacuée, que pour obtenir de l’argent ou des places pour soi, ses parents ou ses amis.

a J’avais reçu de mes pères une légitime qui s’élevait à 60,000 francs, il ne me reste pas les trois quarts de cette somme : je n’ai donc pas intrigué pour avoir de l’argent. « Aucun de mes parents n’a obtenu de place lucrative, aucun ne s’est enrichi ; loin de là, plusieurs se sont, comme moi, appauvris depuis la Révolution ; ainsi mes intrigues n’ont été fructueuses ni pour moi, ni pour les miens.

a Si le désir d’obtenir des places eût été l’objet de mes intrigues, j’aurais accepté, ou un ministère qu’on m’a offert deux fois, ou une ambassade brillante qu’on m’a présentée, ou le grade de général de division, auquel j’avais bien quelques droits, comme l’un des plus anciens généraux de brigade. Ne pensez cependant pas, citoyens collègues, que le refus de ces places, des ces grades, soit l’effet de quelque arrière-pensée ; non, si je n’eusse pas été représentant

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du peuple, j’aurais accepté, ou le ministère, ou la légation, ou le grade ; mais j’ai toujours pensé, et mes collègues peuvent en rendre témoignage, j’ai toujours pensé qu’un citoyen doit rester là où le peuple l’a placé ; j’ai cru que je serais plus utile à mon pays au milieu de vous que dans tout autre poste ; j’ai jugé qu’un militaire ne peut, pendant qu’il siège dans les conseils, cheminer vers les grades supérieurs qu’à son tour d’ancienneté. Voilà mes motifs, ils peuvent n’être pas bons, mais ils n’annoncent pas un intrigant.

a Si par le mot intrigant, M. Mallet a voulu désigner un homme qui se mêle des affaires politiques pour en entraver quelques-unes et pour en faciliter quelques autres, qui travaille sourdement à changer les formes du gouvernement, ou les hommes qui en tiennent les rênes, ce n’est pas encore moi qu’il’a peint.

« Des hommes et des femmes célèbres en ce genre ont voulu m’initier dans leurs secrets, m’associer à leurs travaux ; mais un refus constant a été ma réponse. J’ai tenté, je l’avoue avec plaisir, j’ai tenté, avant le 18 fructidor, de prévenir les maux que je craignais ; mais sept à huit membres du conseil des Anciens, tous irréprochables sous tous les rapports, ont constamment été mes coopérateurs : qu’ils- disent si je me suis montré à eux comme un intrigant ou comme un citoyen dévoré de l’amour de mon pays et de celui de la liberté républicaine.

« Depuis le commencement de la session, chacun des partis qui nous divisent m’a signalé comme tenant à la fraction opposée. Aux yeux de ceux-ci, j’étais royaliste, et aux yeux de ceux-là, terroriste ; et cependant, je ne tiens ni aux ■ uns ni aux autres. Non, et je m’en fais gloire, je ne tiens et ne tiendrai jamais qu’à Ja République et à la Constitution de mon pays : j’en ai fait le serment,

je le répète aujourd’hui et je le tiendrai : on peut m’en croire, je n’ai jamais manqué à mes promesses ; mes amis et mes ennemis le savent.

« Je n’ai jamais siégé au côté droit de l’Assemblée législative, et je n’ai voté avec lui que lorsqu’il m’était bien démontré qu’il avait la justice pour lui. Si le côté gauche m’eût cru le partisan, le défenseur, l’ami de la cour, et de la royauté, m’eût-il confié, le 10 août, la direction de la guerre et des armées ; si j’eusse été royaliste, les rois coalisés eussent-ils été forcés de fuir avec autant de honte ? En cherchant à me déshonorer aux yeux de mes collègues et de mes concitoyens, on me force à dire, pour la première fois, que j’ai eu, par mon activité, quelque part aux premiers succès des armées françaises, que je n’ai pas été inutile à la création des armées des Pyrénées, qui ont vaincu l’Espagne, l’Italie et pacifié la Vendée ; et que peut-être, j’ai par là, et par mes travaux au Comité de salut public, contribué eh quelque sorte aux victoires qui ont valu à la République la gloire qui l’environne. Dans tout cela, je n’ai fait que mon devoir, je le sais ; mais ce devoir, l’aurais-je fait si j’eusse été royaliste ? Qui a créé, dans le département de Lot-et-Garonne, les sociétés populaires ? Qui les a suivies avec le plus d’empressement dès qu’elles sont devenues un foyer de réaction ? Demandez-le aux patriotes, et ils me nommeront. Demandez-leur aussi si quelqu’un a plus contribué que moi à allumer l’esprit public dans ce département, à l’exciter, à l’entretenir ; si quelqu’un a donné un plus vif élan aux ventes des biens nationaux, à la rentrée des contributions ; si quelqu’un a plus fait pour faire aimer et respecter les lois, et on vous dira que non… »

Lacuée sortit du conseil des Anciens en 1798. Ses concitoyens lui donnèrent


( LAC un nouveau témoignage d’estime en le nommant député au conseil des Cinq-Cents.

Il y présenta différents rapports sur l’emprunt forcé, sur le personnel de l’armée, sur la levée des conscrits ; puis il fit l’éloge de la bravoure et du désintéressement du général Chérin, mort à Strasbourg des suites des blessures glorieuses qu’il avait reçues en Souabe.

Le 18 brumaire, qui mit un terme à la guerre civile, trouve dans le général La-cuée un homme résolu à soutenir le nouvel ordre de choses. 11 entra au conseil d’État, et fut chargé par le premier Consul de présenter au Corps législatif plusieurs projets d’organisation militaire.

Le 16 floréal, le premier Consul lui confia le portefeuille de la guerre par intérim, en l’absence de Berthier, qu’il avait envoyé en Espagne. Le 3 thermidor an XI, il fut appelé à la présidence de la section de la guerre au conseil d’État, peu de temps après au gouvernement de l’École polytechnique. Il devint ensuite membre de l’Institut, corps illustre auquel le premier Consul, tout couvert de sa jeune et brillante gloire, s’honorait d’appartenir. Enfin, le 9 vendémiaire an XII, il reçut la décoration de membre de la Légion-d’Honneur, et le 25 prairial suivant le titre de grand officier de l’Ordre.

Le 10 nivôse an XIII, Lacuée se rendit au Corps législatif avec de Champagny, ministre de l’intérieur, et Regnaud de Saint-Jean-d’Angely, pour y faire l’exposé de la situation de l’Empire. Napoléon, qui appréciait dignement le.s talents et le noble caractère de Lacuée, l’éleva à la dignité de conseiller d’État à vie le 3 germinal an XIII, au grade de général de division le 17 vendémiaire an XIV ; puis, en 1806, il lui donna la direction générale de la con-

4 ) LAC scription et des revues, le nomma ministre d’État à vie le 5 novembre 1807, le créa comte de Cessac en 1808 et le fit grand aigle de la Légion-d’Honneur le 2 février 1809.

Le général Lacuée, comblé des bienfaits de l’Empereur, né tarda pas à lui donner des marques de dévouement, si l’on en juge par le discours qu’il prononça en 1809, à la tribune du Sénat, pour y proposer une levée de 360,000 hommes, a II est inutile, disait-il, de vous démontrer qu’une prévoyance, fille du génie et d’une haute sagesse, qu’un amour ardent mais raisonné de la paix, ont seuls dicté la résolution de Sa Majesté. En effet, tout autre que Napoléon le Grand, qui aurait laissé dans les Es-pagnes des forces aussi capables que les siennes de. combattre et de vaincre les Anglais, qui se fût trouvé à la tête d’une armée la plus belle que le Danube ait eue sur ses bords, qui eût été maître de la capitale de l’ennemi et de plus de la moitié de ses belles provinces, qui aurait remporté une foule de victoires éclatante, même quand cette armée était à peine réunie dans ses premiers éléments, qui aurait vu la nation se lever en masse, mais avec ordre, avec calme, pour repousser un ennemi qui avait osé, pendant son absence, menacer le territoire de l’Empire, tout autre prince, dis-je, ne vous eût pas demandé de mettre de nouvelles forces à sa disposition, et le premier capitaine du monde, le plus grand homme de son siècle, vous le demande. »

Le 3 janvier 1810, l’Empereur le nomma ministre directeur de l’administration de la guerre. Il déploya dans ces nouvelles fonctions une probité sévère, qui lui fit des ennemis de tous ceux qui auraient voulu lui voir tolérer les dilapidations scandaleuses auxquelles donnaient lieu les fournitures et les dépenses

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matérielles de l’armée. Tous ses moments furent consacrés à.la réforme de ces abus. Il sévit avec rigueur contre les hommes qui s’en étaient rendus coupables. Aussi, vit-on tous ces hommes, dévorés par l’ambition des richesses, représenter le comte de Cessac comme un administrateur dont les étroites mesures d’économie, les exigences tyran-niques nuiraient aux grandes opérations de Napoléon, en lui aliénant l’amour de ses soldatSi L’Empereur ne se laissa point ébranler par les clameurs intéressées dé ces vampires ; il conserva le portefeuille au comte de Cessac et lui donna de nouvelles preuves de son estime.

Lorsque Napoléon consulta son conseil sur le projet de mariage qu’il avait formé, Lacuée se prononça pour une princesse russe.

’Il s’opposa, à plusieurs reprises, au conseil, à la guerre contre la Russie. Cependant, en 1813, lorsque l’intègre et rigide ministre eut acquis la certitude qu’on ne pouvait continuer la guerre à laquelle il s’était opposé sans affaiblir la sévérité des règles qu’il avait établies dans l’administration,- il crut de son devoir de solliciter sa démission, ce qui lui fut’accordé. Le comte Daru le remplaça.

Le comte de Cessac continua, toute-fôisj de servir avec le même dévouement. On le vit, à l’époque où le territoire était envahi par les armées étrangères, s’élever seul avec la plus vive énergie contre les plénipotentiaires des différentes puissances réunis à Châlons, qui proposaient de démembrer l’Empire. Il suivit ensuite, comme président de là section de la guerre, l’impératrice Marie-Louise à Blois, et ne la quitta qu’après l’abdication de Napoléon.

Il accepta de Louis XVIII une inspection d’infanterie, et se trouvait à Bourges lors du débarquement de Napoléon. Pen-

dant les Cent-Jours, il ne prit aucune part aux affaires publiques. Louis XVIII, au retour de Gand, lui enleva la récompense la plus précieuse de ses longs services, le gouvernement de l’École polytechnique.

En 1819, le comte de Cessac se rendit à son château de Brantès, situé près le village de Sorgues, dans le département de Vàuclùse ; il fixa son séjour dans cette magnifique propriété -, où il partageait son temps entre l’agriculture et les soins qu’il donnait à l’éducation de ses enfants. . Il revint à Paris en 1831. Le nouveau gouvernement, se rappelant alors les services du comte de Cessac, crut devoir l’en récompenser en l’appelant à la Chambre des Pairs (19 novembre 1831), où il se fit toujours remarquer par un patriotisme éclairé, la franchise de son caractère et l’indépendance de ses opinions.

Cet homme d’État avait fait une étude approfondie de l’art de la guerre. Il fut l’exécuteur intelligent, inflexible et probe, des grands desseins de Napoléon, pour les bienfaits duquel il conserva une profonde reconnaissance. On l’a vu, lors de la translation des cendres du grand homme, oublier son âge, ses infirmités, l’excessive rigueur du froid, et, prosterné sûr le pavé du temple, gémir et verser des larmes devant le cercueil de Sainte-Hélène.

Le comte de Cessac est mort à Paris, le 14 juin 1841, à l’âge de 89 ans.

LACUËE (MARC-ANTOINE-COSHE-JEAN-CHRYSOSTOME)[modifier]

né le 10 décembre 1773 à Àgen (Lot-et-Garonne), avait à peine atteint sa dix-neuvième année lorsqu’il entra au service, le 9 février 1793, eh qualité de lieutenant aide-de-camp de son oncle le général de brigade Lacuée, chef d’état-major de l’armée desPyrénées. Il fit les campagnes contre l’Espagne, LAC

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et lorsqu’au mois de juin suivant le Comité de salut public retira à son oncle les lettres de service qui lui avaient été données, le jeune Lacuée entra comme lieutenant dans la légion des Montagnes avec laquelle il fut incorporé dans la 27° demi-brigade d’infanterie légère le 8 fructidor an III.

i Nommé capitaine le 24 floréal an IV, il passa le même jour en qualité d’aide-de-camp auprès du général Sahuguet, avec lequel il servit en Italie jusqu’à la réforme de cet officier général le i6 vendémiaire an VI. Autorisé, par décision du 14 brumaire suivant, à se retirer dans ses foyers jusqu’à ce qu’il pût être replacé, il fut employé comme capitaine-adjoint à l’état-major de l’armée de l’intérieur, et fut attaché au cabinet topographique et historique du Directoire exécutif jusqu’au mois de floréal an VII, époque à laquelle il alla conduire des conscrits à l’armée d’Italie_> II sollicita alors l’autorisation de. rester à cette armée et d’y servir en qualité d’adjoint aux adjudants-généraux. Cettedemande ayant été accueillie, il fut autorisé, le 25 du même mois, à servir provisoirement à la suite de l’état-major d’Italie.

Nommé chef de bataillon à la 27° légère, il fit la campagne de l’an VII dans le Palatinat et servit à l’état-major de l’armée du Rhin pendant la guerre de l’an-VIII, en Souabe et en Bavière. Le 28 fructidor, il fut promu au grade de chef de brigade et appelé au commandement de la 63° demi-brigade de ligne. C’est à la tête de ce corps qu’il fit partie de l’armée d’observation du Midi pendant les ans IX et X, et de celle des côtes de l’Océan pendant les ans XI, XII et XIII. Membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, il en fut créé officier le 25 prairial suivant, et prit part aux campagnes d’Autriche et de Prusse de l’an XIV à 1807, avec la 1" divi-

sion du 7’ corps de la grande armée.

Le 7 février 1807, à la bataille d’Ey-lau, où il se couvrit de gloire, après avoir reçu deux blessures, il retourna au combat malgré les chirurgiens qui voulaient le retenir à l’ambulance et fut tué par un boulet de canon.

Son nom est gravé sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.

LACUÉE (GERARD)[modifier]

né le 25 décembre 1774 à Agen (Lot-et-Garonne), entra au service le 11 octobre 1792 comme sous-lieutenant dans le 80e régiment d’infanterie, et fut nommé capitaine à la légion des Pyrénées le 15 décembre suivant ; mais il ne voulut point accepter ce grade et continua à servir comme sous-lieutenant à l’armée des Pyrénées-Occidentales, où il fit les campagnes de 1792, 1793 et an II, en qualité d’adjoint aux adjudants-généraux.

Le rapport, adressé à la Convention nationale sur l’affaire du 17 pluviôse an II, fait une mention particulière et honorable de cet officier. Le 5 messidor suivant, à la prise de la Croix-des-Bou-quets, il fut blessé d’un coup de feu au genou droit. Destitué arbitrairement par le représentant du peuple Pinette, il entra immédiatement comme simple soldat dans le 12" régiment de hussards, et continua de servir à l’armée des Pyrénées-Occidentales pendant la campagne de l’an III et le commencement de celle de l’an IV. Réintégré dans le grade de sous-lieutenant à la 128’.demi-brigade d’infanterie de ligne le 5 brumaire an IV, il fut employé comme adjoint à-l’état-major de l’armée de l’intérieur jusqu’au 3 floréal an VI, époque à laquelle il fut nommé lieutenant-adjoint à l’état-major de l’armée d’Angleterre, et attaché au cabinet topographique. Embarqué avec l’armée d’Orient, il fit les campagnes des ans VI et VII en Égypte et en Syrie. Pendant que la flot-

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tille française remontait le Nil, elle fut constamment inquiétée par les Arabes qui accouraient à sa vue sur les deux rives et lui tiraient des coups de fusil. Le bâtiment que montait le lieutenant La-cuée ayant pris l’avance sur les autres, échoua et fut attaqué, le 5 thermidor an VI par les habitants du village de Kmo-el-Scherif. Les Français soutinrent pendant quelque temps un combat très-vif, parvinrent àrepousser leurs agresseurs et à remettre la canonnière à flot ; mais dans l’action le lieutenant d’état-major Lacuée reçut une balle dans la mâchoire.

Nommé capitaine-adjoint par le général en chef Bonaparte le 2 vendémiaire an VII, il fut fait chef d’escadron au 24e régiment de chasseurs à cheval le 3 messidor suivant. Rentré en France au mois de vendémiaire an VIII, il fit la campagne de cette année aux armées du Rhin, d’Italie, et se distingua aux batailles de Moeskirch et de Marengo. Devenu aide-de-camp du premier Consul en récompense de sa belle conduite dans ces deux journées, Lacuée fut chargé d’aller complimenter le général Mêlas après la signature de la convention d’Alexandrie, et de lui présenter, au nom du premier Consul, un superbe sabre turc rapporté d’Égypte.

Hêlas, flatté de cette prévenance de son adversaire, dit au chef d’escadron Lacuée : // me tarde que nous ayons la paix, à laquelle je vais contribuer de tous mes efforts, pour aller voir le général Bonaparte à Paris. Je le verrai, fût-il même en Égypte.

Nommé chef de brigade le Ie* thermidor an IX, il continua son service d’aide-de-camp auprès dit premier Consul jusqu’au 12 vendémiaire an XII, époque à laquelle il prit le commandement du 59e régiment de ligne, qui fit partie du camp de Montreuil pendant les ans XII et XIII. Membre de la Légion-d’honneur le 19 frimaire an XII, et officier de l’Ordre le 25 prairial suivant, il fit la campagne de l’an XFV à la 3e division du 6e corps de la grande armée.

Le 17 vendémiaire, cette division, commandée par le général Malher, marcha à l’attaque des ponts sous Guntz-bourg ; les trois colonnes de la droite, après avoir enlevé le pont de communication entre la rive gauche du Danube et une petite île, se trouvent tout à coup repoussées. Pendant ce temps, cinq compagnies du 59% ayant à leur tête le côlonelLacuée, emportent à la baïonnette, malgré le feu meurtrier d’une batterie de 20 pièces, un pont situé immédiatement au-dessus de celui que les trois autres colonnes ont été forcées d’abandonner. Encouragé par ce succès, le colonel Lacuée se dirige alors avec sa troupe vers les hauteurs qui dominent le. village de Reisemberg. Ses soldats, électrisés par son exemple, font des prodiges de valeur ; rien ne leur résiste ; l’ennemi est chassé de position en position. Lacuée, toujours à la tête des plus intrépides, est grièvement blessé ; mais, surmontant sa douleur, il poursuit ses succès et se porte rapidement sur la route de Guntzbourg à Nornheim. Maître de cette dernière position, déjà il jouit de son triomphe, lorsqu’il tombe frappé par une balle qui lui traverse le cœur. Les sapeurs accourent auprès de lui et le transportent au point où on avait commencé l’attaque 5 le brave colonel vivait encore. Entouré de ceux qu’il a si souvent conduits à la victoire, ses dernières paroles, sa dernière pensée, sont à eux ; il rend le dernier soupir en disant : Le régiment a fait son devoir, je meurs content.

L’Empereur, voulant honorer la mémoire et perpétuer le souvenir de la mort glorieuse du colonel Lacuée, ordonna que l’une des rues’de Paris, qui vont aboutir au pont d’Austerlitz, porterait le nom de Lacuée.

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LA FAYETTE (MARIE-PAUL-ROCH-YVES-GILBERT-NOTIER, marquis de)[modifier]

né en 1757 au château de Chavagnac, en Auvergne. A seize ans, il épousa mademoiselle de Noailles, fille du duc d’A-gen, et partit en 1777 sur un navire qu’il avait frété lui-même pour aller combattre dans les rangs des Américains. Revêtu du grade de major-général dans l’armée des Êtats-Uuis, il fut blessé près de Philadelphie et contribua puissamment à la défaite de l’armée anglaise et à la capitulation d’York-Town (octobre 1781).

De retour en France, il fut appelé en 1787 à la première assemblée des notables, s’y prononça pour la suppression des lettres de cachet et des prisons d’État, et fit la motion expresse (mot prononcé pour la première fois) de la convocation de la nation représentée par ses mandataires. La Fayette fit partie des États généraux comme député de là noblesse d’Auvergne. II appuya la motion de Mirabeau sur l’éloignement des troupes, et fit décréter par l’Assemblée une déclaration des droits de l’homme, la responsabilité des ministres, l’établissement d’une gardé civique, et il en fut élu commandant.

Son premier acte comme commandant de la garde nationale fut de faire démolit-la Bastille (16 juillet). Le 26, il présenta à l’Assemblée la cocarde tricolore : « Cette cocarde, dit-il, fera le tour du monde. » Le 26, il sauva à Versailles la famille royale, et la ramena à Paris où vint s’établir aussi l’Assemblée constituante. — II demanda le jury anglais, les droits civils des hommes de couleur, la suppression des ordres monastiques, l’abolition de la noblesse héréditaire, l’égalité des citoyens, et proclama cette pensée imprudente, dangereuse, à l’usage des révolutionnaires de tous les pays qui lui ont accordé une application élastique, que

l’insurrection est le plus saint des devoirs, lorsque l’oppression et la servitude rendent une révolution nécessaire.

Il fonda le club des Feuillants pour servir de contre-poids au club des Jacobins. Il se joignit à Bailly pour empêcher la réunion des patriotes au Champ de Mars pour signer la pétition relative au pouvoir royal ; mais il ne put réussir. Là loi martiale fut proclamée, le sang coula, et cette journée valut à Bailly l’échafaud à quelque temps de là, et à La Fayette la perte de sa popularité et de son commandement. Il donna sa démission le 8 octobre 1791 et se retira dans ses terres.

Chargé du commandement de l’une des trois armées lors de la première coalition, il rétablit la discipline, imagina le système des tirailleurs, organisa l’artillerie légère, battit l’ennemi à Philippe-ville, à Maùbeuge, à Florennes. Il allait se porter de Metz sur Namur ; mais il apprit à Dinan la défaite des deux corps de Dillon et de Biron, et se hâta d’opérer sa retraite. Le 16 juin 1792, La Fayette écrivit de son camp de Maùbeuge à l’Assemblée une lettre dans laquelle il demandait la suppression des Jacobins. Cette lettre fut mal reçue de la majorité. Il en apprit le mauvais effet en même temps que la journée du 20 juin. Il quitta aussitôt son armée, et le 28 il était à la barre de l’Assemblée, demandant au nom de son armée la destruction d’une secte qui envahissait la souveraineté, et dont les atroces projets étaient connus. Guadet fit échouer les efforts du général. Il voulut alors remuer la garde nationale qui ne répondit pas, quitta Paris pour rejoindre son armée et fut brûlé en effigie dans les rues de Paris.

La Fayette entra alors dans une voie nouvelle ; il gagna à ses projets le vieux Luckner et fit proposer à Louis XVI de

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le conduire au milieu des armées françaises. Si les moyens proposés par les deux généraux ne réussissaient pas, il était déterminé à marcher sur Paris.

Mais la cour qui craignait de se donner un maître et comptait sur les alliés, refusa.

Bientôt arriva le 10 août. La Fayette fut destitué et décrété d’accusation. Il voulut alors passer en pays neutre, tomba dans un poste autrichien, fut conduit à Luxembourg, puis transféré à Wezel.. Là il tomba malade, et on lui promit d’adoucir sa captivité s’il voulait donner des plans contre la France. Ayant répondu avec mépris à cette proposition, il fut jeté sur une charrette et transféré à Magdebourg où il resta un an dans un souterrain humide, puis enfin fut jeté dans les cachots d’Olmutz en Moravie où il subit toutes les tortures pendant cinq ans. Ce fut Napoléon qui exigea sa liberté comme une des conditions de la paix de Campo-Formio (19 septembre 1797). La Fayette alla s’établir à Utrecht.

Après le l8 brumaire, il partit pour Paris. Il obtint pour son fils un grade dans l’armée et pour lui le titre de membre du conseil général de la Haute-Loire, avec le maximum de la pension de retraite de son grade. II vola contre le Consulat à vie et contre l’Empire, et vécut retiré à son château de Lagrange, en Brie. — En 1814, Louis XVIII et le comte d’Artois lui firent bon accueil. — Député en 1818, il fit à Napoléon une guerre aveugle, acharnée, au moment où il ne devait voir en lui que le seul homme capable de sauver la France de la honte d’une seconde invasion. Cette conduite est une tache ineffaçable. —r Député de nouveau en 1818, il siégea à l’extrême-gauche, rentra forcément dans la vie privée en 1824, partit pour les États-Unis, et son voyage de juillet 1824 à septembre 1825 ne fut qu’une continuelle ovation. A son départ pour l’Europe, le congrès lui offrit 200,000 dollars et de magnifiques terres dans l’Union.

Il fut encore député en 1827. A la publication des ordonnances de Juillet, il accourut de Lagrange à Paris, fut adopté comme un drapeau par les chefs de l’insurrection, et élu commandant de la garde nationale. Le 31, il reçut une lettre de Charles X qui lui faisait les plus séduisantes propositions. Par défiance ou par conviction, il refusa, et répondit : II n’est plus temps. Le même jour, il reçut à l’Hôtel-de-Ville le duc d’Orléans (Louis-Philippe), le présenta au peuple et formula ainsi le nouveau programme : Un trône populaire entouré d’institutions républicaines. Le 4 décembre, la Chambre des Députés adopta une loi qui supprimait le titre de commandant de toutes les gardes nationales de la France. La Fayette donna immédiatement sa démission. Peu à peu il subit, ainsi que ses amis politiques, la loi qui veut que tout ce qui procède de la violence n’ait pas de durée. Cet homme, qui avait défait un roi et en avait fait un autre, se retrouva membre toujours mécontent de l’extrême opposition à la Chambre des Députés.

Il signa le compte-rendu de 1832 et mourut le 19 mai 1834 des suites de la fatigue qu’il avait éprouvée en suivant à pied le convoi du député Dulong.

Il nous reste à faire connaître l’opinion de Napoléon sur La Fayette.

« La Fayette était un niais ; il n’était nullement taillé pour le haut rôle qu’il avait voulu jouer. Sa bonhomie politique devait le rendre constamment dupe des hommes et des choses.

a Son insurrection des Chambres, au retour de Waterloo, avait tout perdu. Qui avait donc pu lui persuader que je n’arrivais que pour les dissoudre, moi qui n’avais de salut à espérer que par elles ? LAF

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« Tout le monde en France est corrigé des idées extrêmes de libellé ; il n’y a qu’un homme qui ne le soit pas, et cet homme, c’est La Fayette.

a En effet, qui a proclamé le principe de l’insurrection comme un devoir ? qui a adulé le peuple en le proclamant à une souveraineté qu’il est incapable d’exercer ? qui a détruit la sainteté et le respect des lois en les faisant dépendre, non des principes sacrés de la justice, de la nature des choses et de la justice civile, mais seulement d’hommes étrangers à la connaissance des lois civiles, criminelles, administratives, politiques et militaires ?

Cet homme qui a joué. un si grand rôle dans nos premières dissensions politiques, avait servi sous Washington et s’y était distingué. C’était unhomme sans talents ni civils ni militaires ; esprit borné, caractère dissimulé, dominé par des idées vagues de liberté, mal digérées chez lui et mal conçues ; du reste, dans la vie privée, La Fayette était un honnête homme. » !

LAFFIïTE (JUSTIN, baron)[modifier]

naquit le k juin 1772 à Saurat (Ariége), entra comme soldat le 8 septembre 1787 dans le 10e régiment de dragons, devenu 4° de chasseurs à cheval, et le 15, janvier 1792 il passa en qualité de sous-lieutenant dans le 1er bataillon de l’Ariége, incorporé en l’an II dans la i" demi-brigade d’infanterie de ligne.

Il fit aux armées des Alpes et d’Italie les guerres de 1792 au commencement de l’an VI, et devint capitaine adjudant-major le 13 mars 1793.

Blessé d’un coup de feu sur le champ de bataille de Rivoli, il s’embarqua à Toulon le 28 floréal an VI avec l’armée d’Orient.

Adjoint à l’adjudant-général Bribes le 16 thermidor suivant, et blessé de trois coups de lance en se battant seul contre

cinq Arabes, devant Rahmanieh, le 15 fructidor de la même année il rentra en France après la campagne de l’an VIII, fut employé à l’armée de l’Ouest pendant la guerre de l’an VIII ; le 5 pluviôse, à l’affaire des forges de Cossé, il eut son cheval tué sous lui, et le général Gardant dit de lui dans son rapport du 6 : « Cet officier s’est conduit avec autant d’intrépidité que d’intelligence. »

Le 7 du même mois, il découvrit les caches de Chanu, où il prit les papiers du chef.de bande Frotté, fit prisonnier son secrétaire et trois chefs de légion, et s’empara d’une grande quantité de bagages.

Par arrêté du 29 ventôse, le premier Consul lui conféra le grade de chef d’escadron, et le plaça au 1er régiment de dragons le 2 prairial, avec lequel il fit la campagne de l’an IX en Italie, et passa le 19 vendémiaire an X dans le 12’ de dragons, qui tenait alors garnison à Lodi.

Major du 20* régiment de même arme le 6 brumaire an XII, et membre de la Légion-d’Honneur le 4 germinal suivant, il servit en l’an XII et en l’an XIII à l’armée des côtes de l’Océan, et à la première armée de réserve sur le Rhin en l’an XIV.

Promu colonel du 18e de dragons le 20 septembre 1806, il fit les campagnes de Prusse et de Pologne, et mérita la croix d’officier de la Légion-d’Honneur le 14 mai 1807.

Il combattit, de 1808 à 1811, en Espagne et en Portugal, fut créé baron de l’Empire, avec dotation, le 15 août 1810, et fit partie de la grande armée pendant la campagne de Russie.

Général de brigade le 6 janvier 1813, et employé dans la réserve de la 10° division militaire le 25 mars suivant, il devint commandant de la Légion - d’Honneur le 18 juin de la même année. Appelé au commandement de la levée

LAF

(Ul ) LAF


en masse des départements des Pyrénées-Orientales et de la Haute-Garonne le 8 janvier 1814, et nommé commandant provisoire du département de l’Ariége au mois d’avril suivant, Louis XVIII le confirma dans ces fonctions le 23 juin, et le créa chevalier de Saint-Louis le 11 octobre de la même année. A son retour de l’île d’Elbe, l’Empereur l’ayant maintenu dans son commandement, il fut mis en non-activité le 18 juillet 1815, après la rentrée des Bourbons, et compris comme disponible dans le cadre de l’état-major général de l’armée le 30 décembre 1818. Admis à la retraite le 3 décembre 1823, il rentra à l’activité comme commandant du département de l’Ariége le 29 août 1830. Mis de nouveau en disponibilité le 10 novembre suivant, et compris dans le cadre d’activité de l’état-major général le 22 mars 1831, il fut placé dans le cadre de réserve le 30 avril suivant.

Il est mort à Paris le 27 août 1832.

LAFON-BLANIAC (GUILLAUME-JOSEPH-NICOLAS)[modifier]

né le 25 juillet 1773 à Ville-neuve-d’Agen (Lot-et-Garonne). Entré au service le 15 septembre 1792 comme sous-lieutenant au 5° régiment de chasseurs à cheval, il fit les campagnes de 1792, 1793 et de l’an II à l’armée du Nord et combattit à Hondscotte. Blessé d’un éclat d’obus à la jambe droite" à la prise de Furnes, le 30 vendémiaire an II, il reçut un coup de feu à la cuisse, le 20 messidor suivant, sous Nieuport. Nommé lieutenant au 18’ régiment de dragons le 22 ventôse an III, il passa à l’armée des Pyrénées-Occidentales, où il fit la guerre pendant les ans III et IV. Il servit, ensuite à l’armée d’Italie pendant la campagne de l’an V.

Le 25 nivôse, au combat d’Anghiari, se trouvant aux prises avec un officier autrichien, ils furent l’un et l’autre renversés de cheval ; mais, quoique blessé

d’un coup de sabre à la figure et démonté, il n’en continua pas moins le combat corps à corps avec son adversaire et le fit prisonnier. Cette action lui valut le grade de capitaine sur le champ de bataille, et le 1" pluviôse suivant il fut employé en qualité d’adjoint aux adjudants-généraux dans la division Augereau.

Il fit avec l’armée d’Égypte les campagnes des ans VI, VII, VIII et IX. Grièvement blessé d’un coup de sabre à la jambe droite, le 21 messidor an VI, au combat de Damanhour, il fut nommé chef d’escadron au 20e régiment de dragons le 28 fructidor suivant. Pendant l’expédition de Syrie, étant dans les montagnes de l’Anti-Liban, près deNaplouse, avec la colonne commandée par le général Damas, il protégea la retraite de l’infanterie à la tête de 50 dragons seulement.

Adjudant-général chef d’état-major de la cavalerie de l’armée d’Orient le 12 thermidor an VIII, il combattit avec une rare intrépidité, le 30 ventôse an IX"à Alexandrie. Cerné de toutes parts, criblé de coups de baïonnette, et blessé d’un coup de fusil reçu à bout portant au travers du corps, il ne voulut point se rendre et se fit jour le sabre à la main. Nommé provisoirement, par le général en chef Menou, chef de brigade du 14e régiment de dragons le 14 germinal de la même année, il fut blessé de nouveau d’un coup de feu à la main droite au combat de l’Embarcadère, le 13 fructidor suivant. Rentré en France après la convention d’Alexandrie, il fut confirmé dans son grade par arrêté du premier Consul du 23 fructidor an X.

Après avoir tenu garnison à Angers en l’an X et en l’an XI, il fit partie de la première réserve pendant les ans XII et XIII, et fut créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an-XII, et officier de cet Ordre le 25 prairial suivant.

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142 ) LAF


11 fit les campagnes d’Autriche et de Prusse de l’an XIV à 1806 avec la 1" division de dragons de la réserve de cavalerie de la grande armée, et commanda son régiment à Àusterlitz, où il se couvrit de gloire.

Le titre de commandant de laLégion-d’Honneur lui "fut conféré par décret impérial du 4 nivôse an XIV. Nommé ëcuyer du prince impérial Joseph-Napoléon, i\ fut promu au grade de général de brigade le 12 septembre 1806, concourut, en cette qualité, à la conquête du royaume de Naples, et fut chargé du commandeme.nt des deux principautés depuis le golfe de Naples jusqu’à la Ca-labre au mois de février 1807 ; il pacifia le pays après avoir détruit de nombreuses bandes d’insurgés. Chargé du commandement de la ville de Naples et des fonctions de chef d’état-major du gouvernement de cette capitale au mois de mai suivant, il fut nommé inspecteur général de cavalerie au mois de juillet de la même année.

Passé au service d’Espagne, il y fut nommé général de division et aide-de-camp du roi Joseph-Napoléon le 8 juin 4808. Il fit les campagnes de 1806 à 1813, et y rendit des services importants.

Le 24 décembre 1810, il fut nommé gouverneur de Madrid, et le 30 mars 4812 gouverneur de la province de la Manche et commandant de l’avant-garde de l’armée du Centre. Continué dans ses fonctions de gouverneur de Madrid le 22 juillet suivant, il fut en outre chargé du commandement des troupes de cette province et de celles de Tolède et de Guada-laxara. L’armée française ayant opéré sa retraite de Madrid sur le nord de l’Espagne, le général Lafon-Blaniac se trouva le 21 juin 1813, à la bataille de Vittoria, où il eut l’avant-bras fracassé par un coup de feu. Réadmis au service de France comme

général de division le 25 novembre de la même année, il fut mis à la disposition du gouverneur général des départements au delà des Alpes le 11 décembre suivant. Le 7 janvier 1814, il prit le commandement de la cavalerie de l’armée de réserve d’Italie, et fut mêlé à toutes les opérations militaires qui eurent lieu jusqu’à l’abdication de l’Empereur.

Après le retour des Bourbons, il fut chargé du commandement’ du département de la Gironde le 24 mai 1814, et nommé chevalier de Saint-Louis le 10 décembre suivant. Mis en disponibilité le 15 avril 1815, l’Empereur le nomma inspecteur général de cavalerie dans les 9% 10° et 11° divisions militaires. En non-activité le 1" août suivant, il fut placé comme disponible dans le cadre de l’état-major général de l’armée à l’organisation du 30 décembre 1818, et demeura dans cette position jusqu’au 1er janvier 1825, époque de son admission à la retraite.

Après les glorieuses journées de 1830, le général Lafon-Blaniac, rappelé à l’activité, fut compris dans le cadre des officiers généraux de l’organisation du 7 février 1831. Chargé le 17 mars de l’inspection générale de la cavalerie dans les 10e, 11e et 20e divisions militaires, il fut mis en disponibilité le 1" juillet, et appelé au commandement de la 17° division militaire (Corse), le 31 décembre de la même année. Le roi Louis-Philippe le nomma grand officier de la Légion-d’Hon-neur le 29 avril 1833, et il mourut dans l’exercice de ses fonctions, à Vico (Corse), le 28 septembre de la même année.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

LAFONTAINE (JOSEPH-PIERRE)[modifier]

né à Moscou le 21 mars 1792. Il entra à 17 ans à l’École de Saint-Cyr. Sous lieutenant au 12° de ligne en 1811, il fit la campagne de Russie, fut fait lieutenant LAF

443 )

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au Kremlin, capitaine à la Bérésina, aide-de-camp du général Gérard en 1813, et chevalier de la Légion-d’Honneur le 21 juin de la même année.

Après s’être distingué à Leipzig et dans plusieurs autres rencontres-, il sauva la vie au général Gérard à Ligny, et se couvrit de gloire dans ces journées de triste souvenir.

Le 20 octobre 181 S, il fut mis en non-activité.

La vie politique du général Lafontaine commence en 1820. Établi à Dijon, il se mit à la tête de l’opposition avancée. Les vengeances du pouvoir ne se firent pas attendre : Prison, réforme sans traitement, grosses amendes, rien n’y manqua. Aussi, la Révolution de 1830 le trouva-t-elle en veine de zèle et de patriotisme. Attaché, en 1830, au maréchal Gérard, en qualité d’aide-de-camp, il se distingua particulièrement au siège d’Anvers.

En 1837, il passa en Afrique, y commanda le 62e de ligne, prit part à l’expédition de la Tafna et à toutes celles de la campagne, et fut mis à l’ordre du jour de l’armée.

Après vingt actions d’éclat, il fut nommé maréchal-de-camp, et dut rentrer en France en 1841, par suite d’une ophtalmie qui l’avait repris pour la troisième fois.

C’est un homme de bravoure et de grande énergie, que la France peut inscrire au nombre de ses plus braves, dé-feuseurs. Il commandait encore le Ie’ mai 1848 le département de la Nièvre.

Il fut élu, après cette époque, membre de l’Assemblée nationale constituante et élevé, le 12 juin 1848, au grade de général de division.

LAFOSSE (JACQUES-MATHTJRIK, baron)[modifier]

né le 10 mars 1757 à Lisieux (Calvados), entra dans le régiment de Provence-Infanterie le 11 décembre 1775.

Caporal le 16 juin 1781, sergent le 23

octobre 1782, sergent-fourrier le 22 juin 178A, et sergent-major le 15 septembre 1786, il passa comme adjudant-sous-officier le 23 octobre 1791 dans le 2e bataillon du Finistère, incorporé en l’an II dans la 9e demi-brigade de bataille, devenue 105e de ligne à l’organisation de l’an IV, et 105e régiment de même arme à celle du 1er vendémiaire an XII.

Capitaine adjudant-major à l’élection le 5 mars 1792, il prit le commandement d’une compagnie de fusiliers le 14 septembre 1793.

Il combattit vaillamment de 1792 à l’an IX aux armées du Nord, des Ardeunes, de Sambre-et-Meuse, de Mayence, d’Hel-vétie et d’Italie, et se fit remarquer dans plusieurs circonstances, notamment le 28 août 1793 ; alors, aidé par quelques-uns de ses camarades, il reprit une pièce de canon que son bataillon avait été forcé de laisser entre les mains de l’ennemi.

Dans la même journée, le 2° bataillon du Finistère, repoussé par l’eanemi, se retirait en désordre ; Lafosse saisit le drapeau, se porte en avant, et contribue par son intrépidité à rallier le bataillon et à lui faire opérer une retraite honorable.

Passé au commandement d’une compagnie de grenadiers le 1er floréal an VII, il se’distingua le 28 thermidor suivant à la bataille de Novi, et y fut blessé d’un coup de boulet au côté gauche. Chef de bataillon ? sur le champ de bataille, nommé par le général en chef, le 21 fructidor de la même année, et* confirmé dans ce grade par arrêté du premier Consul du 12 floréal an> VIII, il servit eu l’an X au corps d’observation -de la Gironde, en l’an XI au camp sous Bayonne, devint major du 44e régiment d’infanterie de ligne le 30 frimaire an XII, et membre de la Légion-d’Hon-1 neur le 4 germinal’ suivant.

Il prit part aux opérations de la grande

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( 144 LAG


armée en Autriche, en Prusse et en Pologne de l’an XIV à 1807, et obtint lé grade de colonel du même régiment le 4 février de cette dernière année.

Pendant le siège de Dantzig, à la sortie que fit l’ennemi dans la soirée du 20 mai, les gardes de tranchée furent d’abord repoussées, et laissèrent les Prussiens se j maintenir dans les logements de contrescarpe assez de temps pour détruire les travaux du jour et de la veille ; La-fosse parvint à rallier les troupes et à les ramener au combat, dans lequel il eut l’épaule droite traversée d’un coup de feu, et l’ennemi abandonna les ouvrages.

Officier de la Légion-d’Honneur le 30 i du même mois, et créé baron de l’Empire avec une dotation.de 6,000 francs derenle,lel9mars 4808, il entra en Espagne avec la lre division du 3e corps, et donna de nouvelles preuves de bravoure à Lérida le 28 octobre de la même année, et au combat de Siguenza le 29 novembre suivant.

Il servit en Catalogne et en Aragon jusqu’au commencement de 1813, se j signala aux sièges de Saragosse et de Tortose, et l’Empereur l’éleva au grade de général de brigade le 6 juillet 1811. Rentré en France avec un congé de convalescence le 5 février 1813, il retourna en Espagne, le 1er août suivant, et fit ensuite la campagne de 1814 en France.

Mis en non activité après la rentrée des Bourbons, LouisXVIII le nomma.che- ’valier de Saint-Louis le 17 janvier 1815.

Au retour de l’Empereur, il fut chargé par décret du 14 avril de la même année, de l’organisation des gardes nationales de la 16° division militaire.

La catastrophe du mont Saint-Jean vint mettre un terme aux services du général Lafosse, qui fut admis à la retraite le 6 octobre l&l 5. .

Il est mort à Lisieux le 7 mai 1824.

LAGRANGE (JOSEPH, comte)[modifier]

né à Lectoure le 10 janvier 1763, entra, en 1794, comme capitaine dans le deuxième bataillon des volontaires du Gers. Il franchit rapidement les premiers gradés. Sa conduite et les talents qu’il déploya au début des campagnes d’Égypte et de Syrie lui méritèrent le grade de général de brigade. Il se signala particulièrement aux sièges d’El-Arich et de Saint-Jean-d’Acre et à la bataille d’Héliopolis. Au retour de l’expédition d’Égypte, il fut nommé inspecteur général de la gendarmerie et général de division. Il fut chargé, en 1805, du commandement en chef d’une expédition aux Antilles. De retour en Europe, au commencement de 1806, il contribua, en 1807, au succès de la campagne de Prusse.

Lors de la formation du royaume de Westphalie, Lagrange passa au service du roi Jérôme, qui le nomma ministre de la guerre, et le choisit pour son chef d’état-major. Appelé en 1808 à l’armée d’Espagne, il se distingua à l’attaque de Lascanti, le 18 novembre, poursuivit l’ennemi l’épée dans les reins jusqu’à Terracine. Il contribua puissamment au gain de la bataille de Tudela.

Rappelé à l’armée d’Allemagne, en 1809, il fut chargé du commandement des troupes formant le contingent du grand duc de Bade et du gouvernement général de la haute Souabe au commencement de la guerre de Russie ; il fut placé à la tête d’une division du 9e corps d’armée, et se signala dans toutes les affaires auxquelles sa division prit part. Il se distingua de nouveau pendant la campagne de France, notamment au combat de Champ-Aubert, où il fut grièvement blessé à la tête. Retiré près de Gi-sors à la première Restauration, il présida, en 1817, le collège électoral du département du Gers, et fut nommé l’année suivante inspecteur général de la


( LAG gendarmerie. En 1830, il fut placé parmi les généraux en disponibilité.

Il est mort le 16 janvier 1836. Son nom est" inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

LAGRANGE (ADELAÏDE-BLAISE-FRANÇOIS-LEUEYRE, marquis puis comte de)[modifier]

fils aîné du lieutenant-général de ce nom, né le 21 décembre 1766 à Paris (Seine).

Volontaire au bataillon d’Artois le 21 décembre 1781, il fut nommé lieutenant en second dans le même corps le 9 mai 1782, et passa comme sous-lieutenant dans les carabiniers le 4 août suivant. Devenu sous-lieutenant de remplacement le 20 juin 1784, il fut fait sous-lieutenant en pied dans le 2’ régiment de l’arme le 1" mai 1788 ; attaché comme capitaine au régiment de la Reine-Dragons le 8 novembre 1789, il entra comme capitaine en pied au 50e régiment d’infanterie, lé 12 janvier 1792. Employé comme aide-de-camp auprès du maréchal Luckner le 3 mars, il fut fait lieutenant-colonel au 6e régiment de dragons le 15 juin, et obtint le grade de colonel dudit régiment le 8 septembre delà même année. C’est à la tête de ce corps qu’il combattit le 20 de ce mois à Valmy,-où.il fut blessé d’un coup de feu au bras. Passé en la même qualité au’ 5" régiment de hussards le 12 octobre suivant, il fit les campagnes de 1792, 1793 et an II à l’armée du Nord.

Employé à la suite du 24e régiment de chasseurs à cheval le 12 floréal an VIII, il fut attaché comme chef de brigade à l’état-major du général en chef Marat, fit la campagne de l’an VIII à l’armée d’Italie, et prit le commandement du 7" régiment de chasseurs à cheval le 19 pluviôse an IX. Il servit alors à l’armée de Batavie, fut employé à celle d’Angleterre pendant les ans XII et XIII, et fut nommé membre de la Légion- a.

? > ) LAC ; d’Honneur le 19 frimaire, ot officier de la Légion-d’Honneur le 25 prairial an XII. Il prit part aux opérations de la 2e division du T coVps de la grande armée pendant les guerres d’Autriche, de Russie et de Pologne, de l’an XIV à 1807. Blessé d’un coup de feu à la cuisse, le 10 juin de cette dernière année, au combat d’Heilsberg, il mérita, par sa bravoure, le grade de général de brigade qui lui fut conféré par décret impérial du 15 du même mois.

Employé avec son nouveau grade à. la 2e division de cavalerie de réserve du 2e corps de la Gironde le 28 novembre 1808, il fut créé comte de l’Empire vers cette époque, et retourna en 1809 à l’armée d’Allemagne où il eut un bras emporté par un boulet- de canon le 21 à l’affaire d’Essling. Promu au grade de général de division le 29 juin, il fut nommé commandant de ’la province de la haute Autriche le 24 août de la même année.

Appelé au commandement supérieur ’ de la place d’Anvers le 30 avril 4811, il fut chargé de la surveillance des côtes, dans le Mecklembourg, le 4 mai 1812. Gouverneur ’supérieur de Wesel le 31 octobre 1813, il fut nommé commandant supérieur de la place de Metz le 1" janvier 1814 ; mais il ne put prendre ce commandement, et fut chargé de celui de la levée en masse du département de Seine-et-Marne le 5 février suivant.

Après le retour des Bourbons, le général de Lagrange, qui reprit son titre de marquis, fut nommé capitaine-lieutenant de la 2e compagnie de mousquetaires le 15 juin, et chevalier de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis le 2 juin de la même année. Louis XVIH lui conféra la dignité de commandeur du même ordre le 3 janvier 1815. Il ne servit point pendant les Cent-Jours, et après lç 10 LAH

( 146)

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licenciement des mousquetaires il fut nommé gouverneur de la 20e division militaire le 7 septembre 181 S.

Admis à la retraite le 6 octobre suivant, tout en conservant les fonctions de gouverneur, il passa en la même qualité à la 18’ division militaire le 14 septembre 1819. Créé grand-croix de l’ordre de Saint-Louis le 17 août 1822, il fut fait commandeur de celui de la Légion-d’Honneur le 19 août 1824.’

Le marquis de Lagrange a conservé son gouvernement jusqu’à la révolution de Juillet 1830, et, à cette époque, il est ’rentré dans sa position de retraite. Il est mort le 2"juillet 1833.

Son nom figure sur l’arc de triomphe de l’Étoile, coté Ouest.

LAHARPE (AMEDEE-EMMANUEL)[modifier]

né en 1754 au château Uttins, près de Rolle, dans le pays de Vaud. Il entra d’abord au service de la Hollande. Rentré dans sa patrie à l’époque de la Révolution française, il y fut condamné à mort en raison de sa conduite politique. Il chercha alors un asile dans le camp des Français. Chef de bataillon en 1791. Honoré du surnom de brave par le maréchal Luck-ner. Commandant de Bitche ; général de brigade sur le champ de bataille à la prise de Toulon, commandant l’avant-garde de l’armée d’Italie, général de division en 1795, commandant la droite de l’armée d’Italie en 1796, il contribua puissamment aux victoires de Loano, de Montenotte, de Millesimo et du Dego. Laharpe fut tué en 1796 par une décharge que les trbupés^rançaises tiraient sur son escorte dans l’obscurité de la nuit.

« Ce général était Suisse. Sa haine contre le gouvernement ’de Berne lui ayant attiré des persécutions, il s’était réfugié en France. C’était un officier d’unebravoure distinguée. Grenadier par la taille et par le cœur ; conduisant avec intelligence ses troupes dont il était fort

aimé, quoique d’un caractère inquiet.

« La République perd un homme qui lui était très-attaché ; l’armée un de ses meilleurs généraux, et tous les soldats un camarade aussi intrépide que sévère pour la discipline. (Dépêche de Bonaparte au Directoire.)

LAHITTE (JEAN-ERNEST, DUCOS de)[modifier]

né le 5 septembre 1789, à Bessières (Haute-Garonne).

Il entra à l’École polytechnique en 1807. A la sortie de cette école, en 1809, il fut envoyé en Espagne comme lieutenant d’artillerie et y fit les campagnes de 1810, 1811, 1812, 1813 et 1814. Les occasions de se distinguer ne manquaient pas pendant ces temps héroïques, et M. de Lahitte en profita. Il fut notamment remarqué au siège de Cadix. Ayant quitté l’armée du Midi pour appartenir à l’armée du Nord ou des Pyrénées, il y figura comme capitaine et se montra avec beaucoup de distinction à la bataille de Vittoria, aux combats livrés devant Pampelune, à l’affaire de la Bidassoa, au combat du blocus de Bayonne.

Sous la Restauration, on retrouve M. de Lahitte jouant un rôle important dans toutes les expéditions qui furent faites par le gouvernement de la bran-| che aînée, c’est-à-dire dans les expéditions d’Espagne, de Morée et d’Alger, et c’est lui qui en 1823 commandait l’artillerie comme lieutenant-colonel au siège de Cadix, de cette même ville qui avait vu ses débuts treize années auparavant.

Nommé colonel à la suite de la campagne d’Espagne, il fut choisi en 1828 et 1829 pour commander l’artillerie en Grèce, lors de l’expédition de Morée. C’est là qu’il conquit le grade de général de brigade. Un an après (1830), il fut appelé à commander l’artillerie de l’armée expéditionnaire d’Afrique (siège et LAH prise d’Alger), il se signala surtout à la prise du fort de l’Empereur.

L’Afrique l’a également vu mettre en œuvre, sous le gouvernement de juillet. Il prit part, comme commandant l’artillerie aux campagnes décisives de 1839 et 1840. On le vit donner des preuves de son habileté au. col de Mouzaïa, à l’affaire de Médéah, etc.

C’est à la suite de ces campagnes qu’il obtint le grade de général de division, le 21 juin 1840. La Révolution dé février le trouva président du comité d’artillerie, dont il dirigeait les travaux avec une grande distinction. La cause de l’ordre l’a toujours compté parmi ses plus fervents défenseurs et il a donné une nouvelle preuve de son dévouement, en acceptant le portefeuille du ministère des affaires étrangères en 1850.

LA HOUSSAYE (ARMAND, LE BRUN, baron, puis comte de)[modifier]

né le 20 octobre 1768 àParis (Seine) ; il entra comme sous-lieutenant dans le 82e régiment d’infanterie, le 15 septembre 1791, passa en la même qualité au 5e régiment de dragons le 10 mars 1792, et fut-nommé capitaine à la légion de la Moselle, et aide-de-camp du général en chef Beurnonville, le 6 novembre suivant.

Il fit avec distinction les campagnes de 1792 à l’an IV aux armées du Nord et de la Moselle, fut nommé chef d’escadron le 27 février 1793, et cessa ses fonctions d’aide-de-camp le 15 mars suivant, pour passer avec son grade dans le 3° régiment de.hussards. Il se fit remarquer aux combats de Carlsberg et de Kai-serlautern en l’an II. Le 2 nivôse de cette année, à Frecheviller, il commandait le régiment et entra le premier à sa tête dans une redoute ennemie. A cette même affaire, il fit mettre bas les armes à 1,500 grenadiers hongrois, prit 28 pièces de canon et fut blessé

147) LAH d’un coup de biscaïen au pied droit.

Le Ie* germinal an II, il fut élevé au grade de chef de brigade dans le même corps. Passé en l’an V à l’armée de Sambre-et-Meuse, il servit en l’an VI à celle d’Angleterre, fit partie en l’an VII de l’expédition contre les révoltés de la Belgique et de l’armée d’observation du Rhin, et prit part aux compagnes des ans VIII et IX avec les armées du Rhin et du Danube. Le 13 vendémiaire an VIII, à, Hœscht, près de Francfort, il fut blessé’ d’un coup de feu qui lui traversa le talon.’ De l’an X à l’an XI, il fut employé dans la lie division militaire, et le 12 vendémiaire an XII, nommé commandant et inspecteur des côtes de la Manche et du Calvados.

Créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire suivant, il fut promu, le 11 pluviôse, au grade de général de brigade, en conservant ses fonctions, et reçut la décoration, de commandant de l’Ordre le 25 prairial de la même année.

Désigné, le 9 floréal an XIII, pour présider une commission, chargé d’un projet de règlement pour la cavalerie légère, il fut employé le 25 messidor à la division de cavalerie de réserve, devenue i’° division de grosse cavalerie de la grande armée. Il en commanda la 2e brigade pendant les guerres de l’an XIV à 1807, en Autriche, en Prusse et en Pologne, prit part à.toutes les. affaires qui eurent lieu à cette époque, et obtint le grade de général de division par décret du 14 mai 1807. L’Empereur lui confia, le 1" juin suivant, le commandement de la &’ division de dragons, avec laquelle il continua la campagne jusqu’au traité de Tilsitt.

Créé baron de l’Empire en 1808, il reçut plus tard le titre de comte. Au mois d’octobre 1808, il faisait partie de l’armée d’Espagne avec sa division de dragons. Il contribua à la prise de Ma- LAH ( i drid, le A décembre suivant, et s’empara de vive force de l’Escurial, le lendemain 5 du même mois. Passé au 2e corps de l’armée d’Espagne le 1e’ janvier 1809, il . servit avec distinction sous les ordres du maréchal duc de Dalmatie. Le 5 de ce mois, à Ferreira, par une charge habilement conduite et vigoureusement exécutée, il empêcha l’arrière-garde enne- \mie qui se retirait de faire sauter le pont jeté sur la petite rivière qui coule en " avant du.village.

Le 2l avril 1810, à l’affaire de laRoc-ca, il chargea à la tête des 17° et 27° régiment de dragons, et lit perdre à l’ennemi 800 hommes tués et 600 prisonniers. Vers cette époque, plusieurs bandes d’insurgés s’étant réunies dans la province de Cuença, sous les ordres d’un " chef appelé don Juan Martin, le général La Houssaye marcha sur elles avec une colonne d’environ 1,500 hommes tant infanterie que cavalerie. Son avant-garde surprit à Villa del Arnaud la bande dite de Guttières, et la détruisit presqu’en entier. Guttières et son lieutenant Xime-nès furent faits prisonniers. Le même jour, à quatre heures de l’après-midi, la cavalerie française rencontra en avant de Cuença les avant-postes de la masse des bandes réunies et les culbuta.

Les guérillas, au nombre de 3,000 hommes d’infanterie et 400 chevaux, occupaient une hauteur garnie de retranchements. Le général La Houssaye fit porter son artillerie sur un mamelon, à gauche, d’où elle battait d’écharpe la position ennemie pendant que l’infanterie l’attaquait de front à la baïonnette, et que la cavalerie se dirigeait sur la route de Riejo pour couper toute retraite aux Espagnols. Le champ de bataille fut bientôt jonché de cadavres ennemis ; un bataillon entier mit bas les armes. Le reste ayant voulu traverser le Xucar fut acculé à cette rivière par la cavalerie.

8 ) LAH Plus de 500 hommes s’y noyèrent ; l’obscurité seule de la nuit permit à quelques-uns de s’échapper. 600 prisonniers dont 20 officiers, ainsi que tous les bagages, les subsistances et les munitions tombèrent au pouvoir du général La Houssaye.

La 4° division de dragons étant passée à l’armée dite du centre, il joignit à son commandement le titre de gouverneur de la province de Tolède, au mois d’août de la même année. Le 21 octobre suivant, il battit et dispersa à Tarancon et à Vêler 1,200 guérilleros qui, ayant voulu attaquer l’escorte d’un convoi destiné pour Torija, avait été mis en déroute par le général Hugo au val de Sas, cinq jours auparavant. Ils perdirent dans ces deux rencontres près de 400 hommes tués, et le général La Houssaye leur fit en outre une centaine de prisonniers.

Gouverneur de la province de Cuença, en avril 1811, il y maintint l’ordre et la tranquillité. La junte "de Valence ayant ordonné au général Zayas de se mettre à la tête de tous les partis réunis de la province de Cuença, ce général fit, le 3 juillet, un mouvement sur Jadraque. Le général Hugo, informé de ce mouvement, se mit en mesure de le chasser de ses positions et de le rejeter sur là rive gauche du Tage, pendant que le général La Houssaye se portait en avant pour couper la retraite aux Espagnols. Mais Zayas ne les attendit pas ; il évacua ses positions avec la totalité de son corps, fort d’environ 7,000 hommes. Le général Hugo le poursuivit dans la direction du Tage. Parti le 10 juillet de Guada-laxara, le général La Houssaye s’avança de son côté à marches forcées sur le pont d’Aunon, dans l’intention de fermer le passage aux Espagnols ; mais ceux-ci qui avaient déjà le Tage, étaient en position à Val de Olivar.

Le général La Houssaye passa le fleuve LAH ( le 14, et au débouché du pont son avant-garde tomba sur la cavalerie commandée par El Manco, et la poursuivit jusqu’à Sacedon. Les Français et le gros des troupes de Zayas se rencontrèrent entre Alcober et Val de Olivar. Trois bataillons et deux escadrons espagnols qui occupaient une position avantageuse opposèrent d’abord une vive et longue résistance, mais la cavalerie française parvint à les enfoncer. Tout ce qui ne fut pas sabré sur la place fut pris ; 600 morts, 1,000 prisonniers, un drapeau, tous les ’ bagages, un parc considérable de bestiaux, 200 chevaux et l’ambulance, tombés en notre pouvoir, furent les résultats de cette brillante affaire. Zayas, avec les débris de son corps, se retira en désordre sur Valence, et fut vivement poursuivi par le général La Houssaye, qui lui fit encore éprouver quelques pertes.

Appelé au commandement de la 6" division du 3e corps de cavalerie de la réserve, le 9 janvier 1812, il commanda momentanément le 3’ corps pendant l’expédition de Russie. Le 7 septembre, à la Moskowa, il fut grièvement blessé. Le 10 décembre suivant, l’armée française évacuait Wilna, abandonnant dans cette ville plus de 10,000 isolés, malades ou blessés, dont un grand nombre d’officiers de tous grades, parmi lesquels se trouvait le général La Houssaye. Tous furent faits prisonniers ’ à l’entrée des Russes dans Wilna.

Rentré en France après la paix de 1814, La Houssaye fut nommé chevalier de Saint-Louis le 19 juillet de cette même année, et mis en non-activité le ltp septembre suivant. Commandant la 2’ section de cavalerie du 1" corps le 6 avril 1815, et disponible le 5 juin suivant, il fut de nouveau mis en non-activité après le second retour de Louis XVIII.

Il figura comme disponible dans le cadre d’organisation de l’état-major de

49 ) LAH l’armée, le 30 décembre 1818, et le gou- ’ vernement royal lui confia le comman- ’ dément de la 14° division militaire (Caen) le 13 janvier J819. Depuis le 30 mars 1820 jusqu’au 23 juillet 1823, il demeura sans fonction, et, à cette dernière époque, il fut nommé inspecteur général de gendarmerie. Disponible de.nouveau le V janvier 1824, il fut membre de la commission d’examen des armes à percussion depuis le 1er janvier jusqu’au 1" avril 1828, Compris dans le cadre d’activité de l’état-major général le 7 février 1831, le général La Houssaye fut admis dans le cadre de réserve le 25 mai 1832 ; mais il fut replacé dans le cadre d’activité comme disponible, le 3 janvier 1833, et enfin admis à la retraite à compter du 1™ novembre suivant.

Son nom est inscrit sur le.côté Nord"^ de l’arc de triomphe de l’Étoile.

LAHURE (LOUIS-JOSEPH, baron)[modifier]

né à Mons le 29 septembre 1767. Il fit ses études à l’université de Louvain, et prit du service comme volontaire au moment de la révolution de Belgique. Lors dé la dissolution de l’armée des États, il résolut, à la rentrée des Autrichiens, de passer en France pour y vouer son épée à la cause de la liberté. Le comité belge établi à Lille, sous la protection de la France, y organisa des compagnies, composées surtout de patriotes belges. La guerre ayant été déclarée à l’Autriche en 1792, M. Lahure vola aux avant-, postes à la tête d’un régiment organisé -par lui, fit partie de l’expédition dé Luckner sur Courtrai, et s’empara d’une pièce de canon, se renferma dans Lille pendant le terrible bombardement de cette ville et rendit d’éminents serviees avec ses tirailleurs belges. Plus tard, il concourut à la prise de la citadelle d’Anvers, sous les ordres de Dumouriez, et nommé chef de l’un des bataillons bel- LAH

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ges, le 9 janvier 1793, après leur réorganisation à Bruxelles, il assista à la bataille de Nerwinde, contribua au gain de là bataille d’Hondscoote, où il s’empara d’une batterie ennemie, se battit bravement en Belgique et en Hollande durant la mémorable campagne de 1794-1795, eut un cheval ’tué sous lui à l’attaque de Rousselaer et sauva de l’échafaud un jeune émigré français fait prisonnier, en le faisant évader pendant la nuit. Puis, to.ujours à la tête de son bataillon, entra le- premier à Utrecht, à Amsterdam, "V Harlem, passa le Wahal, vis-à-vis le village de Rossune et enleva au pas de charge une redoute renfermant deux mortiers, cinq pièces de gros calibre et une grande quantité de munitions.

Arrivé à Alkmaër devant la flotte hollandaise du Helder, quelques bâtiments anglais qu’y retenaient Jes glaçons, il exécuta le projet hardi de s’emparer de cette flotte, composée de 14 vaisseaux de guerre et de plusieurs bâtiments marchands ; pendant la nuit, à la tête d’un escadron de hussards, détaché du 5e régiment, il partit après avoir fait monter des tirailleurs en croupe des cavaliers. Au point du jour l’escadron chargea avec intrépidité sur la glace, et les tirailleurs s’élancèrent à l’abordage. Les équipages surpris par cet assaut bizarre et inattendu n’essaient pas de ^résister, et la flotte entière se rend à des hussards. On trouva au Helder une grande..quantité de marchandises et plusieurs ballots d’assignats, sans doute faux, que les Anglais y avaient jetés. Tout fut fidèlement inventorié et scellé. Ces soldats pauvres, qu’on ne payait qu’en assignats sans valeur, ne songèrent pas même à demander leur part de prise. On ne se battait que pour la gloire. A cette époque’, toutes les vertus s’étaient réfugiées aux armées.

En 1796, M. Lahure suivit Bernadotte en Italie comme chef de la 15° demi-

brigade, et assista au passage du Taglia-mento. A Gradisca (passage de l’Isongo), le colonel Lahure entra le premier, dans un fort défendu par 8,000 Autrichiens, et fut remarqué et mentionné par le général Bonaparte.

A Civita-Castellana, Mack attaqua avec toutes ses forces la division Macdonald qui ne comptait pas 7,000 hommes. La demi-brigade Lahure occupait les avant-postes sur trois points différents ; attaquée par des forces redoutables, elle soutint le choc, et les mit dans une déroute complète, en s’emparant de plusieurs pièces de canon et de tous les équipages. Le Directoire écrivit à Lahure une lettre de félicitation et lui décerna un sabre d’honneur.

Il assista à la bataille de la Trébia, y fut grièvement blessé, et nommé général de brigade sur le champ de bataille ; mais, transporté à Plaisance, il resta prisonnier. Sa convalescence fut longue, il resta estropié et ne prit que peu de part aux guerres de l’Empire.

Appelé en 1801 au Corps législatif, il fut,, depuis, constamment réélu. Le 14 juin 1804 il fut nommé commandeur de la Légion-d’Honneur.

Appelé au commandement du département du Nord, il contribua à repousser les Anglais de Flessingue. En 1813 il fut créé baron de l’Empire avec une dotation qu’il ne toucha jamais. En 1814, au moment de l’invasion, on lui offrit un million et le titre de duc s’il voulait livrer une des places fortes du Nord aux Bourbons ; le général Lahure se contenta de prévenir le ministre de la police générale.

Après la Restauration, il demanda et obtint des lettres de naturalisation. Il reçut aussi la croix de Saint-Louis.

Pendant les Cent-Jours, il conserva son commandement. A la seconde rentrée de Louis XVIII, il brisa son épée

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en jurant de ne jamais la reprendre. Le général Bourmont lui offrit un commandement qu’il refusa. » En 1818 il fut mis à la retraite de maréchal de camp avec le grade de lieutenant-général, il ne s’occupa plus alors que de la culture des betteraves.

En juillet 1830, il reprit momentanément le commandement du département du Nord. On vint lui offrir le commandement en chef des troupes belges au moment de la Révolution, il refusa.

Le 10 mars 1831 il a été créé grand officier de la Légion-d’Honneur.

Le général Lahure a trois fils qui servent avec distinction dans l’armée française.

LALLEMAND (FRANÇOIS-ANTOINE, baron)[modifier]

né à Metz (Moselle), le 23 juin 1774, était fils d’un perruquier de cette vilie qui lui fit donner une bonne éducation. ^Engagé comme volontaire dans la l’6 compagnie d’artillerie légère, formée à Strasbourg le lor mai 1792, il fit dans ses rangs les campagnes de l’Ar-gonne et de Trêves11 ; entra le 1er mars 1793 dans le 1er régiment de chasseurs à cheval, avec lequel il servit aux armées de la Moselle et de Sam-bre-et-Meuse, fut appelé, au mois de vontôse an III, en qualité d’aide-de-camp provisoire, auprès du général Ëlie, commandant de la 2e division militaire ; vint à Paris, dans le mois de prairial suivant, avec le général Loisori qui le conserva à l’état-major de la 17° division militaire. Le 13 vendémiaire il défendit la Convention dans les rangs de l’état-màjor du général Bonaparte, obtint le brevet de sous-lieutenant de dragons et celui d’aide-de-camp. Nommé lieutenant des Guides à cheval de l’armée d’Italie en l’an V, il partit pour l’Égypte en l’an VI et devint capitaine aide-de-camp du général Jurïot pendant le siège de Jaffa. Bonaparte l’employa, à cette époque, comme négo-

ciateur auprès de l’amiral Sidney Smith. Chef d’escadron et membre de la Légion-d’Honneur en l’an XII, le premier Consul le chargea d’une mission à Saint-Domingue, auprès du général Leclerc. A son retour en Ffance, il suivit Junot en Portugal, entra comme major au 18° dragons et fit la campagne d’Autriche. Colonel du 27° dragons, après la1 bataille d’Iéna, officier de la Légion-d’Honneur, après la bataille de Friedland, il entra en Espagne en 1808, avec la A’ division de dragons, et revint en France en 1809, ’ pour se remettre de ses fatigues. Ayant rejoint son régiment en janvier 1810, il fut promu au grade de général de brigade le 6-août 1811. Dès son arrivée en Murcie avec la 2° division de cavalerie il culbuta les insurgés, leur fit beaucoup de prisonniers, attaqua le 21 juin 1812, à Valencia de la Torrès une forte colonne de cavalerie anglaise, la mit en pleine déroute, lui tua 300 hommes et 500 chevaux et lui fit 130 prisonniers. En 1813, il servit à la grande armée et commanda la cavalerie légère du 13e corps. Pendant la campagne de 1814., il commanda tous les corps danois renfermés dans Hambourg et rentra en France au mois de mai. Le gouvernement royal le créa chevalier de Saint-Louis et cpm-mandeuf de la Légion-d’Honneur, en lui confiant le commandement du département de l’Aisne. A la nouvelle du débarquement de Napoléon il tenta d’entraîner les troupes des’ garnisons de Guise et de Chauny dans le mouvement que le général Lefebvre Desnoëttes faisait à la tête des chasseurs royaux et voulut s’emparer de la ville et de l’arsenal de La Fèrë. Le général d’Aboville fit échouer cette tentative ; Lallemand fut obligé de se déguiser et de fuir avec quatre officiers ; mais arrêté avec son frère le 12 mars à la Ferté-Milon, il fut conduit à Soissons et ne recouvra sa li-

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berté que le 21 mars. Nommé lieutenant-général et pair il prit le commandement des chasseurs à cheval de la garde et combattit à Fleurus et à mont Saint-Jean. Après ce glorieux désastre, il rejoignit Napoléon à Paris et l’accompagna à Rochefort. Pendant que l’Empereur était transféré à bord du Northumber-land, le général Lallemand était arrêté à Plimouth et jeté sur YEurotàs pour ôtre conduit prisonnier de guerre à Malte. Compris dans la i’° catégorie de l’ordonnance du 14 juillet le 1" conseil de guerre de la 1" division militaire le condamna à l’unanimité et par contumace, le 20 avril 1816, à la peine de mort, comme coupable de rébellion et de trahison à son arrivée à Malte ; on l’emprisonna au fort Manuel, mais le gé-néral^SavaFy obtint sa liberté et il se rendit à Smyrne qu’il dut quitter par ordre du sultan. Il passa alors en Égypte, puisaux États-Unis, où, l’année suivante, il arma quelques bâtiments légers dans le but de fonder au Texas une colonie de réfugiés français qui prit le nom de Champ d’Asile. Les États-Unis anéantirent cet établissement naissant et déjà en voie de prospérité qui leur donnait de l’ombrage. Nos compatriotes furent dispersés et le général Lallemand se réfugia à la Trinité puis à la Nouvelle - Orléans. En 1823, il se rendit à Lisbonne, puis à Cadix, pour y défendre la cause des constitutionnels ; mais le triomphe des royalistes le força à retourner aux États-Unis. Revenu en France à la suite de la révolution de 1830, il fut rétabli sur le tableau de l’état-major et nommé successivement lieutenant-général, Pair de France, commandant d’une division de cavalerie, inspecteur général de son arme, commandant de la 17e division (Corse), grand officier de la Légion-d’Honneur, commandant la 10" division (Toulouse), membre du comité d’infan-

terie et de cavalerie, président du jurj d’examen de l’École militaire, etc.

Il est mort à Paris le 9 mars 1839.

LALLEMAND (HENRI, baron)[modifier]

frère cadet du précédent, né à Metz ; il fît ses études militaires à l’École d’application de Châlons-sur-Marne et ne tarda pas à devenir un officier distingué dans l’artillerie. Il commanda les canonniers à cheval de la Garde impériale et introduisit dans ce corps de nouvelles grandes manœuvres.

Lallemand assista à toutes les guerres de l’Empire et obtint un avancement rapide qu’il dut à ses talents et à sa bravoure. Il fit la campagne de 1814 comme général de brigade, et fut créé chevalier de Saint-Louis par Louis XVIII. Il était à La Fère lors du débarquement de Napoléon, se joignit’ à son frère’ dans sa tentative, fut arrêté comme lui et détenu jusqu’après le 20 mars. Nommé lieutenant-général, il combattit à Waterloo à la tête de l’artillerie de la garde, suivit l’armée sous les murs de Paris et derrière la Loire et passa ensuite aux États-Unis où il apprit sa condamnation à mort par contumace. En 1817, le général Henri Lallemand épousa la nièce d’un riche négociant français nommé Stéphen Girard. Établi à Philadelphie, les relations de Stephen Girard avec Joseph Bonaparte firent croire aux réfugiés français que quelque grande entreprise en faveur du frère ’ de l’Empereur se préparait dans l’ombre et qu’on comptait sur eux pour la mettre à exécution : Ils furent cruellement détrompés. Depuis son mariage Louis Lallemand devint tout à fait étranger aux projets de son frère et vécut tranquillement à Borden-Town, dans la province de New-Jersey, où il mourut le 15 septembre 1823.

On lui doit un traité d’artillerie estimé qui a été traduit en anglais.

LAMARQUE (MAXIMIUEN, comte)[modifier]

, né LAM

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à Saint-Sever, département des Landes, en 1770 ; fils unique d’une riche famille il partit comme simple - volontaire en 1792. ■

Capitaine, puis commandant des grenadiers dans la phalange deLatour-d’ Auvergne, adjudant-général après la prise de Fontarabie, dont il s’empara avec 200 grenadiers, général de brigade en •1801 après la prise de Lunéville, il se distingua, en cette qualité, à la bataille de Hohenlinden. Chef d’état-major du roi de Naples Joseph-Napoléon, général de division, il fit la campagne d’Espagne de 1805.

Commandant de l’expédition contre Caprée (nouveau Gibraltar) que commandait sir Hudson-Lowe, le futur geôlier de Sainte-Hélène.

Nous trouvons un récit de cette expédition dans le Spéronare d’Alexandre Dumas ; ce récit éloquent et dramatique, comme tout ce qui sort de la plume de cet écrivain, nous a paru digne d’être reproduit dans la biographie du général Lamarque.

« Depuis deux ans déjà les Français étaient maîtres du royaume de Naples, depuis quinze jours Murât en était roi, et cependant Caprée appartenait encore aux Anglais. Deux fois son prédécesseur Joseph en avait tenté la conquête,,,et deux fois la tempête, cette éternelle alliée de l’Angleterre, avait dispersé ses vaisseaux.

« C’était une vue terrible pour Murât que celle de cette île qui lui fermait sa rade comme avec une chaîne de fer ; aussi le matin, lorsque le soleil se levait derrière Sorrente, c’était cette île qui attirait tout d’abord ses yeux ; et le soir, lorsque le soleil se couchait derrière Procida, c’était encore cette île qui fixait son regard.

a A chaque heure de la journée, Mu-rat, interrogeait ceux qui l’entouraient à

l’endroit de cette île, et il apprenait sur les précautions prises par Hudson Lowe, son commandant, des choses presque fabuleuses. En effet, Hudson Lowe ne s’était point fié à cette ceinture inabordable de rochers à pic qui l’entoure, et qui suffisait à Tibère ; quatre forts nouveaux avaient été ajoutés par lui aux forts qui existaient déjà ; il avait fait effacer par la pioche et rompre par la mine les sentiers qui serpentaient autour des précipices, et où les chevriers eux-mêmes n’osaient passer que pieds nus ; enfin il accordait une prime d’une guinée à chaque homme qui parvenait, malgré la surveillance des sentinelles, à s’introduire dans l’île par quelque voie’ qui n’eût point été ouverte encore à d’autres que lui.

a Quant aux forces matérielles de l’île, Hudson Lowe avait à sa disposition 2,000 soldats et 40. bouches à feu, qui, s’en-flammant, allaient porter l’alarme dans l’île de Ponza, où les Anglais avaient à l’ancre cinq frégates toujours prêtes à courir où le canon les appelait.

« De pareilles difficultés eussent rebuté tout autre que Murât, mais Murât était l’homme des choses impossibles. Murât avait juré qu’il prendrait Caprée, et quoiqu’il n’eût fait ce serment que depuis trois jours, il croyait déjà avoir manqué à sa parole, lorsque, le général Lamarque arriva. Lamarque venait de prendre Gaëte et Maratea ; Lamarque venait de livrer onze combats et de soumettre trois provinces, Lamarque était bien l’homme qu’il fallait à Murât ; aussi, sans rien lui dire, Murât le conduisit à la fenêtre, lui remit une lunette entre les mains et lui montra l’île.

o Lamarque regarda un instant, vit le drapeau anglais qui flottait sur les forts de San Salvador et de Saint-Michel, renfonça avec la paume de sa main les quatre tubes de la lunette les uns dans les LAM

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autres, et dit : Oui, je comprends ; il faudrait la prendre. a — Eh bien ? reprit Murât. « — Eh bien ! répondit Lamarque,on la prendra. Voilà tout. « — Et quand cela ? demanda Murât. « — Demain, si votre majesté le veut. « — A la bonne heure, dit le roi, voilà une de ces réponses comme je les aime. Et combien d’hommes vèux-tu ? a — Combien sont-ils ? demanda La-marque. « — Deux mille, à peu près. « — Eh bien ! que votre majesté me donne 15 à 1,800 hommes ; qu’elle me permette de les choisir parmi ceux que je lui amène : ils me connaissent ; je les connais. Nous nous ferons tous tuer jusqu’au dernier, ou nous prendrons l’île.

« Murât, pour toute réponse, tendit la main à Lamarque. C’était ce qu’il aurait dit étant général ; c’était ce qu’il était prêt à faire étant roi. Puis tous deux se séparèrent, Lamarque pour choisir ses hommes, Murât pour réunir les embarcations.

« Dès le lendemain, k octobre -1808, tout était prêt, soldats et vaisseaux. Dans la soirée, l’expédition sortit de la rade. Quelque précaution qu’on eût prise pour garder le secret, le secret s’était répandu : toute la ville était sur le port, saluant de la voix cette petite flotte. qui partait gaîment et pleine d’insouciante confiance pour accomplir une chose que l’on regardait comme impossible.

« Bientôt le vent, favorable d’abord, commença de faiblir : la petite flotte n’avait pas fait dix milles qu’il tomba tout à fait. On marcha à la rame ; mais la rame est lente, et le jour parut que l’on était encore à deux lieues de Caprée. Alors, comme s’il avait fallu lutter encore contre toutes les impossibilités, vint la tempête. Les flots se brisèrent avec tant de violence contre les rochers à pic

qui entourent l’île, qu’il n’y eût pas moyen, pendant toute la matinée de s’en approcher. A deux heures la mer se calma. A trois heures les premiers coups de canon furent échangés entre les bombardes napolitaines et les batteries du port ; les cris des,-400,000 âmes, répandues depuis Mergellina jusqu’à Portici, leur répondirent.

ot En effet, c’était un merveilleux spectacle que le nouveau roi donnait à sa nouvelle capitale : lui-même, avec une. longue vue, se tenait sur.la terrasse du palais. Des embarcations on voyait toute cette foule étagée aux différents gradins de l’immense cirque dont la mer était l’arène. César, Auguste, Néron, n’avaient donné à leurs sujets que des chasses, des luttes de gladiateurs ou des naumachies, Murât donnait aux siens une véritable bataille.

o La mer était revenue tranquille comme un lac. Lamarque laissa ses bombardes et ses chaloupes canonnières aux prises avec les batteries du fort, et avec ses embarcations de soldats il longea l’île : partout des rochers à pic baignaient dans l’eau leurs murailles gigantesques ; nulle part un point où aborder. La flottille fit le tour de l’île sans reconnaître un endroit où mettre le pied. Un corps de 1,200 Anglais, suivant des yeux tous ses mouvements, faisait le tour en même temps qu’elle.

« Un moment on crut que tout était fini et qu’il faudrait retourner à Naples sans rien entreprendre. Les soldats offraient d’attaquer le fort ; mais Lamarque secoua la tête : c’était une tentative insensée. En conséquence, il donna l’ordre de faire une seconde fois le tour de l’île, pour voir si l’on ne trouverait pas quelque point abordable et qui eût échappé au premier regard.

« Il y avait dans un rentrant, au pied du fort Sainte-Barbe, un endroit où le

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rempart granitique n’avait que 40 à 45 pieds d’élévation. Au-dessous de cette muraille, lisse comme un marbre poli, s’étendait un talus si rapide, qu’à la première vue on n’eût certes pas cru que des hommes pussent l’escalader. Au-dessus de ce talus, à 300 pi&ds du roc, était une espèce de ravin, et ! ,200 pieds plus haut encore, le fort Sainte-Eiàrbe, dont les batteriesbattaient le talus en passant pardessus le ravin dans lequel les boulets ne pouvaient plonger.

« Lamarque s’arrêta en face du rentrant, appela à lui l’adjudant-général Thomas et le chef d’escadron Livron. Tous trois tinrent conseil un instant ; puis ils demandèrent des échelles. « On dressa la première échelle contre le rocher : elle atteignit à peine au tiers de sa hauteur, on ajouta une seconde échelle à la première, on l’assura avec des cordes, et on les dressa de nouveau toutes deux : il s’en fallait de douze ou quinze pieds, quoique réunies l’une à l’autre ; qu’elles atteignissent le talus ; on en ajouta une troisième ; on l’assujettit aux deux autres avec la même précaution qu’on avait prise pour la seconde, puis on mesura de nouveau la hauteur : cette fois les derniers échelons touchaient à la crête de la muraille. LesAnglais regardaient faire tous ces préparatifs avec un air de stupéfaction qui indiquait clairement qu’une pareille tentative leur semblait insensée. Quant aux soldats, ils échangeaient entre eux un sourire qui signifiait : bon, il va faire chaud tout à l’heure. ’

« Un soldat mit le pied sur l’échelle : a Tu es bien pressé, » lui dit le général Lamarque en lé tirant en arrière, et il prit sa place. La flottille tout entière battit des mains. Le général Lamarque monta le premier, et tous ceux qui étaient dans la même embarcation le suivirent. Six hommes tenaient le pied

de l’échelle, qui vacillait à chaque flot que la mer venait briser contre le roc. On eût dit un immense serpent qui dressait ses anneaux ondiileux contre la muraille.

« Tant que ces étranges escaladeurs n’eurent point atteint le talus, ils se trouvèrent protégés contre le feu des Anglais par la perpendicularité même de la muraille qu’ils gravissaient ; mais à peine le général Lamarque eut-il atteint la crête du rocher, que la fusillade et le canon éclatèrent en même temps : sur les quinze premiers hommes qui abordèrent, dix tombèrent précipités. A ces quinze hommes vingt autres succédèrent, suivis de quarante, suivis de cent. Les Anglais avaient bien fait un mouvement pour les’ repousser à la baïonnette ; mais le talus que les assaillants gravissaient était si rapide, qu’ils n’osaient point s’y hasarder. Il en résulta que le général Lamarque et une centaine d’hommes, au milieu d’une pluie de mitraille et de balles gagnèrent le ravin, et là, à l’abri comme derrière un épaulement, se formèrent en peloton. Alors les Anglais chargèrent sur.eux pour les débusquer ; mais ils furent reçus par une telle fusillade qu’ils se retirèrent en désordre. Pendant ce temps l’ascension continuait et. cinq cents hommes à peu près avaient déjà pris terre.

« Il était quatre heures et demie du soir. Le général Lamarque ordonna de cesser l’ascension : il était assez fort pour se maintenir où il était, et, effrayé du ravage que faisaient l’artillerie et la fusillade parmi ses hommes, il voulait attendre le nuit pour achever le périlleux débarquement. L’ordre fut porté par l’adjudant-général Thomas, qui traversa une seconde fois le talus sous le feu de l’ennemi, gagna contre toute espérance l’échelle sans accident aucun, et redescendit vers la flottille dont il prit le commandement, et qu’il mit à l’abri de tout LAM ( i périLdans la petite baie que formait le rentrant du rocher.

« Alors l’ennemi réunit tousses efforts contre la petite troupe retranchée dans le ravin. Cinq fois treize ou quatorze cents Anglais vinrent sebriser contre Lamarque et ses cinq cents hommes. Sur ces entrefaites la nuit arriva : c’était le moment convenu pour recommencer l’ascension. Cette fois, comme l’avait prévu le général Lamarque, elle s’opéra plus facilement que la première. Les Anglais continuaient bien de tirer, mais l’obscurité les empêchait de tirer avec la même justesse. Au- grand étonnement des soldats, cette fois l’adjudant-général Thomas monta le dernier ; mais on ne tarda point à avoir l’explication de cette conduite : arrivé au sommet du rocher, il renversa l’échelle derrière lui, aussitôt les embarcations gagnèrent le large et reprirent la route de Naplès. Lamarque, pour s’assurer la victoire, venait de s’enlever tout moyen de retraite.

« Les deux troupes se trouvaient en nombre égal, les assaillants ayant perdu trois cents hommes à peu près : aussi Lamarque n’hésita point, et, mettant la petite armée en bataille dans le plus grand silence, il marcha droit à l’ennemi sans permettre qu’un seul coup de fusil répondit au feu des Anglais.

« Les deux troupes se heurtèrent, les baïonnettes se croisèrent, on se prit corps à corps ; les canons du fort Sainte-Barbe s’éteignirent, car Français et Anglais s’étaient tellement mêlés qu’on ne pouvait tirer sur les uns sans tirer en même temps sur les autres. La lutte dura trois heures ; pendant trois heures on se poignarda à bout portant. Au bout de trois heures, le colonel Hansell était tué, cinq cents Anglais étaient tombés avec lui, le reste était enveloppé. Un régiment se rendit tout entier : c’était le Royal-]\Ialte. Neuf cents hommes furent

} ) LAM faits prisonniers par onze cents. On les désarma, on jeta leurs sabres et leurs fusils à la mer ; trois cents hommes restèrent pour les garder, les huit cents autres marchèrent contre le fort. Cette fois il n’y avait même plus d’échelles. Heureusement les murailles étaient basses ; les assiégeants montèrent sur les épaules les uns des autres. Après ■ une défense de deux heures, le fort fut pris : on y fit entrer les prisonniers et on les y enferma.

« La foule qui garnissait les quais, les fenêtres et les terrasses de Naples, curieuse et avide, était restée malgré la nuit : au milieu des ténèbres, elle avait vu alors la montagne s’allumer comme un volcan ; mais sur les deux heures du matin, les flammes s’étaient éteintes, sans que l’on sût qui était vainqueur ou vaincu. Alors l’inquiétude fit ce qu’avait fait la curiosité ; la foule resta jusqu’au jour. Au jour, on \it le drapeau napolitain flotter sur le fort Sainte-Barbe. Une immense acclamation, poussée par quatre cent mille personnes retentit de Sor-rente à Misène, et le canon du château Saint-Elme, dominant de sa voix de bronze toutes ces voix humaines, vint apporter à Lamarque les premiers re-mercîments de son roi.

Cependant la besogne n’était qu’à moitié faite ; après être monté il fallait descendre, et cette opération n’était pas moins difficile que la première. De tous les sentiers qui conduisaient d’Anacapri à Capri, Hudson-Lowe n’avait laissé subsister qu’un escalier : or, cet escalier, que bordent constamment les précipices, large à peine pour que deux hommes puissent le descendre de front, déroulait ses quatre cent quatre-vingts marches à demi-portée de canon de douze pièces de trente-six et de vingt chaloupes canonnières.

Néanmoins-il n’y avait pas de temps à

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perdre, et cette fois Lamarque ne pouvait attendre la nuit ; on découvrait à l’horizon toute la flotte anglaise que le bruit du canon avait attirée hors du port de Panza. Il fallait s’emparer du rivage avant l’arrivée de cette Hotte, ou sans • cela elle jetait dans l’île trois fois autant d’hommes qu’en avait celui qui était venu pour la prendre, et obligés, devant des forces si supérieures, de se renfermer dans le fort Sainte-Barbe, les vainqueurs étaient forcés de se rendre ou d’y mourir de faim.

a Le général laissa cent hommes de garnison dansle fortSainte-Barbe,etavec les mille hommes qui lui restaient, tenta la descente. Il était dix heures du matin, Lamarque n’avait moyen de rien cacher à l’ennemi ; il fallait achever comme on avait commencé, à force d’audace. Il divisa sa petite troupe en trois corps, prit le commandement du premier, donna le second à l’adjudant-général Thomas et le troisième au chef d’escadron Lérion ; p’uis, au pas de charge et tambour battant, il commença à descendre.

a Ce dut être quelque chose d’effrayant à voir que cette avalanche d’hommes se ruant par cet escalier jeté sur l’abîme, et cela sous le feu de soixante à quatre-vingts pièces de canon. Deux cents furent précipités qui n’étaient que blessés peut-être, et qui s’écrasèrent dans leur chute ; huit cents arrivèrent au bas et se répandirent dans ce qu’on appelle la Grande Marine. Là on était à l’abri du feu, mais tout était à recommencer encore, ou plutôt rien n’était achevé : il fallait prendre Capri, la forteresse’ principale, et les forts Saint-Michel et San-Salvador.

« Alors, et après l’œuvre du courage, vint l’œuvre de la patience : quatre cents hommes se mirentau travail ; enavantdes thermes de Tibère, dont les ruines puis-santeslesprotégeaientcontrerartilleriede

la forteresse, ils commencèrent à creuser un petit port, tandis que les quatre cents autres, retrouvant dans leurs embrasures les canons ennemis, tournaient les uns vers la ville et préparaient des batteries de brèche, tournaient les autres vers les vaisseaux qu’on voyait arriver luttant contre le vent contraire, et préparaient des boulets rouges.

« Le port fut achevé vers les deux heures de l’après-midi ; alors on vit s’avancer de la pointe de Campanetta les embarcations renvoyées la veille et qui revenaient chargées de vivres, de munitions et d’artillerie. Le général Lamarque choisit douze pièces de 24, 400 hommes s’y attelèrent, et à travers les rochers, par des chemins qu’ils frayèrent eux-mêmes à l’insu de l’ennemi, les traînèrent au sommet du mont Salaro qui domine la ville et les deux forts. Le soir, à six heures, les douze pièces étaient en batterie. Soixante à quatre-vingts hommes restèrent pour les servir ; les autres descendirent et vinrent rejoindre leurs compagnons.

« Mais, pendant ce temps, une étrange chose s’opérait. Malgré le vent contraire, la flotte était arrivée à portée de canon et avait commencé le feu. Six frégates, cinq bricks, douze bombardes et seize chaloupes canonnières assiégeaient les-assiégeants qui, à la fois, se défendaient contre la flotte et attaquaient la ville. Sur ces entrefaites, l’obscurité vint ; force fut d’interrompre le combat ; Na-ples eut beau regarder de tous ses yeux, cette nuit-là le volcan était éteint ou se reposait.

« Malgré la mer, malgré la tempêle, malgré le vent, les Anglais parvinrent pendant la nuit à jeter dans l’île 200 ca-nonniers et 500 hommes d’infanterie. Les assiégés se trouvaient donc alors près d’un tiers plus forts que les assié-ecahts. LAM

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« Le jour vint : avec le jour la canonnade s’éveilla entre la flotte et la côte, entre, la côte et la terre. Les trois forts répondaient de leur mieux à cette attaque qui, divisée, était moins dangereuse pour eux, quand tout à coup quelque chose comme un orage éclata au-dessus de leurs têtes : une pluie de fer écrasa à demi-portée les canonniers sur leurs pièces. C’étaient les douze pièces de 24 qui tonnaient à la fois.

a En moins d’une heure, le feu des trois forts fut éteint ; au bout de deux heures, la batterie de la côte avait pratiqué une brèche. Le général Lamarque laissa 100 hommes pour servir les pièces qui devaient tenir, la flotte en respect, se mit à la tête des 600 autres et ordonna l’assaut. a En ce moment, un pavillon blanc fut hissé sur la forteresse. Hudson-Lowe demandait à capituler. 1,300 hommes, soutenus par une flotte de quarante à quarante-cinq voiles, offraient de se rendre à 700, ne se réservant que la retraite avec armes et bagages. Hudson-Lowe s’engageait en outre à faire rentrer la flotte dans le port de Ponza. La capitulation était trop avantageuse pour être refusée ; les 900 prisonniers du fort Sainte-Barbe furent réunis à leurs 1,300 compagnons. A midi, les 2,200 hommes d’Hudson-Lowe quittaient l’Ile, abandonnant à Lamarque et à ses 800 soldats la place, l’artillerie et les munitions.

« Douze ans plus tard, Hudson Lowe commandait dans une autre île, non point cette fois à titre de gouverneur, mais de geôlier, et son prisonnier, comme une insulte qui devait compenser toutes les tortures qu’il lui avait fait souffrir, lui jetait à la face cette honteuse reddition de Caprée. » L’expédition de Caprée avait duré treize jours, la capitulation n’ayant eu lieu que le 17 octobre.

Le général Lamarque, auquel revenait l’honneur de ce magnifique fait d’armes, poursuivit sa brillante carrière et se distingua dans toutes les campagnes qui mivirent, notamment à Wagram, où il eut quatre chevaux tués sous lui.

Commandant de Paris dans les Cent-Jours, puis général en chef de l’armée de la Vendée. Il écrivit aux "Vendéens : « Je ne rougis pas de vous demander la paix, car dans les guerres civiles la seule gloire, c’est de les terminer. »

Compris dans l’ordonnance du 24 juillet, Lamarque fut obligé de fuir en Belgique.

Rentré en France en 1818, il vécut d’abord dans la retraite. Député des Landes en 1828, il siégea à l’extrême gauche et figura parmi les 221.

Réélu après 1830, il fut employé quelque temps dans l’Ouest, revint siéger à la Chambre, prit souvent la parole sur les questions de politique étrangère, se prononça contre les traités de 1815 et pour les Polonais.

Il est mort du choléra en 1832. Ses funérailles devinrent l’occasion des sanglantes journées des 5 et 6 juin.

— « Les généraux qui semblaient devoir s’élever étaient Gérard, Clausel, Foy, Lamarque, etc. C’était mes nouveaux maréchaux. » Spes altéra Romœ.

« Lors des dernières insurrections de la Vendée, le général Lamarque que j’y avais envoyé au fort de la crise, y fit des merveilles et surpassa mes espérances. »

Et de quel poids n’eussent pas pu devenir ses actes dans la grande lutte ? car les chefs vendéens les plus distingués, ceux qui recueillent en ce moment les bienfaits de la cour, ont reconnu entre les. mains de Lamarque, Napoléon pour empereur, même après Waterloo, même après son abdication. « Fût-ce, de la part de Lamarque, ignorance du véritable état des choses, ou

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pure fantaisie du vainqueur ? toutefois, le voilà dans l’exil : il est au nombre des trente-huit. C’est qu’il est plus facile de proscrire que de vaincre. » (Napoléon à Sainte-Hélène.)

Un des beaux traits de la vie du général Lamarque, c’est sa conduite dans la Vendée en 1815. Napoléon apprit sa victoire au moment même qu’il entrait à l’Ëlysée-Bourbon, après la déroute de Waterloo.

LAMARQUE-D’ARROUZ AT (JEAN-BAPTISTE-ISIDORE, baron)[modifier]

né le 23 août 1762 à Doazon (Basses-Pyrénées), entra, le 17 octobre 1791, en qualité de capitaine dans le 1er bataillon des Landes, incorporé le 28 ventôse an II, dans la 70° demi-brigade de bataille, devenue par amalgame 75e de ligne, le 26 ventôse an IV, et 75e régiment de même arme le lw vendémiaire an XII.

Il servit, de 1792 au commencement de l’an VI, à l’armée des Alpes, au siège de Toulon et aux armées d’Italie et d’Helvétie.

Le 26 brumaire an V, à la bataille d’Aréole, il fit un capitaine autrichien prisonnier, et, le même jour, le commandant de son bataillon ayant été tué, le capitaine Lamarque prend le commandement et s’élance sur l’ennemi à la ’ baïonnette et fait 200 prisonniers. Parti au mois de floréal an VI avec l’armée d’Orient, il combattit en Égypte et en Syrie jusqu’en l’an- IX.

Envoyé, en l’an VII, du siège de Sainte Jean-d’Acre à Nazareth avec deux compagnies pour couvrir les opérations de l’armée française, il se maintint pendant quinze heures dans le couvent des Capucins, au milieu d’un grand nombre considérable de pestiférés, et malgré les attaques incessantes d’une nuée d’Arabes.

Chef de bataillon le 27 vendémiaire an VIII, il rentra en France après la capitulation d’Alexandrie, et tint garnison à Orléans pendant les ans X et XI.

Major du 45e régiment d’infanterie de ligne le 30 frimaire an XII, et membre de la Légion-d’Honneur le 4 germinal suivant, il fut employé à l’armée de Hanovre pendant les ans XII et XIII.

De l’an XIV à 1807, il suivit en Au triche, en. Prusse et en Pologne, le premier corps de la grande armée, devint colonel du 3e régiment d’infanterie lé gère, le 20 août 1808, et fit la campagne de 1809 en Allemagne. r

Le 22 mai, à la bataille d’Essling, apercevant sur sa gauche un mouvement rétrograde de nos troupes, il se porta à leur rencontre, et, aidé de quelques officiers, il parvint à les arrêter, fit battre la charge, et porta cette colonne de fuyards à 200 toises en avant de la ligne. Cette action lui valut la décoration d’officier de la Légion-d’Honneur. ,

Il se trouva à la bataille de Wagram, et reçut une dotation et le titre de baron le 15 août de la même année.

Passé à l’armée d’Espagne, il y fit la guerre de 1810 à 1814, et, le 3 mai 1811, occupant avec son régiment la ville de Figuières, où se trouvaient réunis les approvisionnements de l’armée ; il soutint pendant quatre heures les attaques de toute l’armée de Campoverde, forte de plus de 11,000 hommes, et de troupes sorties du fort, dont le nombre s’élevait à 4,000 combattants. Cette vigoureuse résistance donna le temps au général Baraguay-d’Hilliers de faire ses dispositions d’attaques, et l’ennemi fut battu, laissant sur le champ de bataille une grande quantité de morts et de blessés.

A la bataille d’Altafulla, le 24 janvier 1812, il enleva, avec deux de ses bataillons, une montagne retranchée et défendue par les meilleurs soldats du baron d’Ëroles, auquel il prit 1,500 hommes. Général de brigade le 24 mai suivant, LAM

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il commanda une brigade de l’armée de Catalogne, et fut fait gouverneur de Lé-rida le 25 juillet 1813.

A peine installé, il fut assiégé par un corps d’armée espagnol, résista pendant sept mois, et fit échouer toutes les tentatives de l’ennemi.

Les communications avec l’armée de Catalogne avaient cessé d’exister depuis longtemps, lorsqu’un émissaire apporta au général Lamarque l’ordre de se tenir prêt à évacuer la place, et cet ordre, écrit avec le chiffre habituellement employé par le maréchal duc d’Albuféra, ajoutait que dans deux ou trois jours un officier de l’état-major français viendrait chercher la garnison qui devait se joindre à celle de Méquinenza et de Monson. En effet, trois jours après, le capitaine Yan-hulen, attaché à l’état-major du maréchal, se présenta apportant l’ordre formel d’évacuer la place. Quoique sans défiance, le général Lamarque ne voulut cependant rendre Lé-rida qu’après avoir conclu avec le général baron d’Éroles, commandant les troupes espagnoles, une convention par laquelle la garnison devait rejoindre l’armée française sans être inquiétée dans sa route par les Espagnols ou par les Anglais.

Ces conditions ayant été acceptées et le traité signé, le général Lamarque se mit en marche et fut rejoint par la garnison de Méquinenza. Jusqu’au quatrième jour, aucun obstacle ne se présenta ; mais, arrivé au défilé de Martorell, la colonne française trouva un corps de 12,000 Anglais avec 20 pièces de canon, qui s’opposa à son passage.

Engagée dans le défilé, ayant vis-à-vis d’elle les Anglais, à droite des rochers inaccessibles, à gauche le Llobregat, et sur ses derrières le corps espagnol du baron d’Éroles, elle se trouva dans la position la plus critique.

Le général Lamarque, qui n’avait avec lui que d,500hommes, jugeant qu’il devenait impossible de soutenir un combat avec quelque chance de succès, réclama alors l’exécution du traité de Lérida ; mais le général anglais, Coppons, lui répondit impudemment qu’il avait été la dupe d’un stratagème militaire, que le capitaine Vanhulen, qui avait porté l’ordre de l’évacuation, était un transfuge du quàrteir général du duc d’Albuféra, d’où il avait déserté en emportant le chiffre à l’aide duquel on avait fabriqué les faux ordres. Le général Coppons termina cette ignoble révélation en sommant le général Lamarque de faire mettre bas les armes à sa troupe, et de se rendre à discrétion. Celui-ci déclara qu’il n’accepterait jamais de pareilles conditions ; mais ce fut en vain qu’il réclam’a l’exécution des promesses.

Coppons, après s’être concerté avec son état-major, et voulant, disait-il, éviter l’effusion du sang, proposa les conditions suivantes : « Les soldats français déposeront leurs armes en faisceaux ; et conserveront leurs sacs. Les officiers de tout grade garderont leur épée et leurs bagages, et, dans cet état, les deux garnisons seront escortées jusqu’aux avant-postes de l’armée du duc d’Albuféra. »

On signa donc le nouveau traité ; mais à peine était-il exécuté par les Français, que le général Coppons viola lâchement sa parole en déclarant que les troupes françaises étaient prisonnières de guerre.

Il fallut se soumettre à cette indigne trahison, et le général Lamarque, ainsi que ses braves compagnons d’armes, restèrent en captivité jusqu’en 1814. ■ On le mit en demi-solde le 1" juillet suivant. L’Empereur, à son retour de l’île d’Elbe, l’employa, le 20 avril 1815, au 9* corps d’observation, et, après la


( LAM funeste bataille de mont Saint-Jean, une décision ministérielle le mit en non-activité. Chevalier de Saint-Louis le 10 décembre -1817, employé comme inspecteur d’infanterie dans la 11e division militaire, le 16 juin 1819, il fut admis à la retraite le 1er janvier 1825.

Il est mort le 30 avril 1834 à Pau (Basses-Pyrénées.)

LAMARTINIÈRE (THOMAS, MIGNOT, baron de)[modifier]

né le 26 février 1768, à Ma-checoul (Loire-Inférieure), entra comme sous-lieutenant le 15 septembre 1791 dans le 32e régiment d’infanterie, ci-devant de Bassigny, qui fut compris dans la formation de la 81e demi-brigade. Il fut fait lieutenant le 31 mai 1792, obtint le grade de.capitaine le 30 septembre suivant, et fit les campagnes de 1792,1793 et an II à l’armée du Rhin.

Le 19 juillet 1793, au combat devant les redoutes de Wayêst, il fit des prodiges de valeur à la tête des, grenadiers qu’il commandait, et y fut blessé d’un coup de feu à,la cuisse droite.

De l’an III à l’an V inclusivement, il servit aux armées de l’Ouest et des côtes de l’Océan, "sous les ordres des généraux en chef Hoche et Hédouville. Le 3 thermidor an III, à l’affaire de Quiberon, il gravit les rochers sur lesquels se trouve situé le fort de Penthièvre j n’ étant précédé que d’un seul grenadier qui fut tué. Tombé seul au milieu d’un poste ennemi, il se dégagea et fit mettre bas les armes aux hommes qui le composaient, à l’aide de quelques grenadiers qui arrivaient à son secours. Les colonnes d’attaque ayant été forcées de se replier> et l’ennemi faisant ses dispositions pour chasser du fort les républicains qui y avaient pénétré, l’adjudant-général Ménage lui donna l’orde d’aller informer le général Hoche de.ee qui se passait. Après avoir rempli cette mission avec un plein u.

il ) LAM succès, le capitaine Lamartinière rallia plusieurs corps, en arrêta d’autres qui faisaient leur retraite, et revint ensuite à leur tête pour déjouer les projets.de l’ennemi sur le fort Penthièvre, dont il assura la possession aux troupes républicaines par un retour offensif habilement dirigé. Dans son rapport au gouvernement, le général en chef attribua une grande part du succès de cette journée à la bravoure et aux bonnes dispositions du capitaine Lamartinière.

Par arrêté du 5 thermidor an IV, le Directoire exécutif l’éleva au grade de chef de bataillon, en récompense, est-il dit dans son brevet, de la bonne conduite, du zèle et des talents qu’il avait déployés à l’armée des côtes de l’Océan. Appelé au commandement d’un bataillon de la 81e demi-brigade pour l’expédition d’Irlande, le 5 brumaire an VI, il s’embarqua, le 24 thermidor suivant, sur la frégate l’Immortalité. Il avait sous ses ordres les 1" et 3e bataillons de la 81e, avec lesquels il prit part à trois combats.

Dans, celui qui fut livré le 29 vendémiaire an VII, il resta constamment à son poste sur le gaillard d’arrière, quoique blessé et perdant tout- -son sang, et il fut fait prisonnier par les Anglais. Échangé le 12 ventôse suivant, il continua les campagnes des ans VII, VIII et IX à l’armée de l’Ouest, et fut nommé chef de brigade de la 77e de ligne par arrêté des consuls du 1" nivôse an IX. Employé en l’an XI, au camp de Bayonne, il passa comme colonel le il vendémiaire an XII dans le 50e régiment d’infanterie de ligne, qui faisait parlie de l’armée de Batavie ; fut nommé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire suivant, et reçut la décoration d’officier de la Légion-d’Honneur le 25 prairial de la même année.

Désigné par l’Empereur comme membre du collège électoral delaLoire-Infé- 11 LAM

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rieure, il était en l’an XIII au camp de Montreuil, sous les ordres du maréchal Ney. De l’an XIV à 1807, il fit les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne avec la 3e division du 6e corps de la grande armée. Pendant la campagne de vendémiaire an XIV, à l’attaque d’Ulm, il combattit avec la plus grande intrépidité dans les fortifications dé la place, où il fit beaucoup de mal à l’ennemi et lui enleva 360 prisonniers. Dans cette affaire, où le 50e de ligne se couvrit de gloire, il perdit 150 hommes de son régiment. ’ ■

L’Empereur le nomma commandeur de ïa Légion-d’Honnèur par décret du 4 nivôse an XIV. Le 10 février 1807, à la suite de la bataille d’Eylau, le brave Lamartinière fut élevé au grade de général de brigade et reçut le titre de baron de l’Empire le 19 mars 1808.

Passé à l’armée d’Espagne, il fit les guerres de 1809 à 1813 dans la Péninsule et dans le Portugal."Il commandait à ïuy, pendant que Ie2e corps marchait sur Braga et Porto. Il y fut bloqué et obligé de combattre pendant vingt^six jours. Sa garnison consistait en 3,300 hommes recrus ou isolés, dont 1,200 au moins étaient journellement dans les hôpitaux ; ses ressources étaient épuisées ; on ne vivait plus que de chair de cheval et de dix onces de maïs à la ration. Cependant’ le général Lamartinière tenait bon et ne se laissait point décourager, lorsque, le 10 avril 1809, un corps dé 15,000 insurgés de la Galice, soutenu par 5,000 Portugais vint l’attaquer dans Tuy. Sortant aussitôt de la place, et sans s’inquiéter de l’énorme supériorité nu-, mérique de l’ennemi, le général Lamartinière repoussa les assaillants, leur tua un grand nombre d’hommes et leur enleva 10 pièces de canon. Le général Heudelet, détaché avec sa division pour Venir au secours de la garnison de Tuy,

arriva en ce moment et compléta la déroute de l’ennemi, qui s’enfuit et se disperça de tous côtés.

Nommé chef de l’état - major général de l’armée de Portugal, par décret impérial du 7 septembre 1811, il exerça ces importantes fonctions avec la plus haute distinction. Le 22 juillet 1812, à la bataille des Arapyles, après avoir rempli pendant toute l’action ses devoirs comme chef d’état-major, il ramena plusieurs fois au combat, et à très-petites distances de l’ennemi, les troupes qu’il avait ralliées, et il les encouragea par son exemple à défendre les positions attaquées par les Anglais.

Fait général de division le 11 février 1813, et placé en cette qualité à l’armée de Portugal le 24 mars, il prit, en avril suivant, le commandement de la 6e division, passa à celui de la 9e, aile droite de l’armée d’Espagne, ail mois de juillet de la même année, et prit part aux combats de Cubiry et d’Irun.

Il combattit avec la plus éclatante valeur, le 31 août 1813, à l’attaque du pont de Berra, où il fut grièvement blessé, et il mourut à Bayorine le 6 septembre suivant, à la suite des blessures qu’il avait reçues au passage de la Bidassoa.

LAMBERT (JEAN-FRANÇOIS, baron)[modifier]

naquit le 4 février à Toulon (Va’r).

Attaché d’abord comme employé et ensuite comme chef de bureau à l’intendance de la Corse, il devint, en 1784, secrétaire du gouverneur de la province de Franche-Comté.

Après la suppression de cette charge, il servit dans la garde nationale de Besançon et dans celle de Paris du 9 octobre 1789 au 23 mai 1792. A cette dernière époque, le gouvernement l’appela aux fonctions de commissaire des guerres de l’armée du Centre, devenue armée du Nord et de Belgique. Commissaire-ordonnateur le 9 décembre suivant, il passa avec ce grade à l’armée des Ardennes, où il fut nommé ordonnateur en chef le 13 février 1793.

Suspendu comme suspect le 21 pluviôse an II, réintégré le 28 floréal, même année, il reçut, le 29 vendémiaire an IV, l’ordre d’aller remplir les fonctions d’ordonnateur en chef de l’armée d’Italie, où il resta jusqu’en l’an VII ; puis il se rendit, le 23 brumaire an VIII, en Hollande, pour s’entendre avec le.général-major Knôx relativement à l’exécution -du cartel conclu à Alkmaer entre le général Brune et le duc d’Yorck.

Passé avec son grade a l’armée de réserve le 28 ventôse suivant, • et appelé, le 28 frimaire an IX, à la tête de la commission de comptabilité de l’armée d’I- talie, il était employé en Suisse lorsque, le 17 fructidor an IX, le premier Consul le nomma inspecteur aux revues.

Attaché, en l’an XI, à la résidence de Milan, et appelé en l’an XII au camp de Saint-Omer, où il reçut, le 4 germinal, la décoration de la Légion-d’Honneur ; fit l’an XIV avec la grande armée, et obtint, le 5 nivôse, la croix d’officier de là Légion-d’Honneur ;

Il servit en Allemagne, en 1806 et 1807, et sa conduite dans la province de Bamberg lui mérita une lettre autographe de remercîments du roi de Bavière, Maximilien-Joseph.

Chargé, en 1808, de l’inspection administrative du 3e corps, commandé par le maréchal Davoût, il passa en 1809 à l’armée d’Espagne.

Admis à la retraite le 24 février 1810, puis remis en activité le 17 avril même année,, et nommé intendant général de l’armée de Portugal, il ne quitta la péninsule que pour revenir en Allemagne, où il remplit, en 1812 et 1813. des fonctions importantes dans le royaume de Prusse.

L’Empereur lui conféra le grade d’inspecteur aux revues le 12 janvier 1813.

Louis XVEiï le créa, le 19 juillet 1814, chevalier de Saint-Louis, et commandeur de la Légion-d’Honneur le 14 février 181 S, et l’admit définitivement à la retraite le lep janvier 1816. Grand officier de la Légion-d’Honneur le 20 avril 1831, il est mort à Paris, le 5 février 1837.

LAMBESC (CHARLES-EUGENE de Lorraine, duc d’Elbeuf, prince de)[modifier]

colonel propriétaire du régiment royal-allemand ; né en 1751 ; était parent de la reine Marie-Antoinette, et parut avec éclat à tla cour de.Versailles. Il se montra un des plus ardents antagonistes de la Révolution, et fut employé au camp formé près Paris pour maintenir les habitants,de cette capitale. Le 12 juillet 1789, un rassemblement s’étant formé dans le jardin des Tuilleries, le prince de Lam-besc ordonna à ses soldats de charger, et lui-même se précipitant au milieu de la foule blessa plusieurs personnes. Le triomphe du parti populaire au 14 juillet entraîna sa mise en accusation devant le Châtelet, comme ayant conspiré Contre la nation. Il fut acquitté. Le prince de Lambesc émigra et servit dans les armées autrichiennes en 1796, avec le grade de feld-maréchal-lieute-naht.

Porté sur la liste des Pairs en 1814, il ne quitta point Vienne, où sa qualité de prince du sang lui assignait le premier rang parmi les archiducs. Il est mort dans cette ville en 1825. En lui s’est éteinte la branche mâle de la maison de Lorraine..

LAMORICIÈRE (CHRISTOPHE-LOUIS-LÉON-JccHABLT de)[modifier]

né à Nantes, le 5 février 1805, élève de l’École.polytechnique en 1824 et de l’École d’application de Metz, il entra dans le corps du génie en 1829. Il est de taille petite,.mais fortement constituée ; sa figure est empreinte d’intelligence et d’énergie ; son teint basané montre qu’il a gagné des grades, non pas sous les lustres des Tuileries et de la Chambre des Députés, mais sous le soleil d’Afrique. C’est, en effet, une des fortunes militaires les plus rapides, à la fois, et les mieux méritées de notre époque.

Simple officier en 1830, M. de Lamoricière, que les opinions légitimistes de sa famille poussaient alors à ne rechercher du service que loin des influences de la dynastie d’Orléans, demanda et obtint d’aller combattre en Algérie. Il fut nommé capitaine des Zouaves en 4830. Là, sa valeur, son intelligence, sa bravoure brillèrent d’un si vif éclat, que les nombreux degrés de l’échelle hiérarchique furent rapidement franchis par lui. 11 a longtemps* commandé les Zouaves, et l’on sait les merveilles que ce corps a accomplies sous ses ordres. Il a pris part à toutes les grandes expéditions qui ont fait la gloire de nos armes en Afrique, et son histoire militaire se confond avec celle de notre conquête algérienne. Nommé colonel des Zouaves en 1837, le fait suivant le donna à connaître aux ennemis qu’il avait à combattre.

Souvent, un seul trait révèle le caractère d’un homme et toute la situation d’un peuple vis-à-vis d’un autre. Nous vivions depuis la conquête dans des relations assez équivoques avec une tribu puissante, elle compte plus de 600 cavaliers. Deux de ses Scheicks avaient été mandés à Alger par le duc de Ro-vigo, qui les fit juger, et exécuter à mort. Que la punition fût méritée, c’est ce que nous ne voulons pas mettre en doute par respect pour la justice ; mais les Arabes prétendaient que leurs Scheicks étaient venus à couvert sous des sauf-conduits, et regardèrent le jugement comme une violation de la foi jurée. De là un ressentiment immense. Les Arabes respectent d’autant plus la parole donnée qu’ils ne respectent point d’autres engagements ; le serment est la loi des peuples qui n’ont pas de gouvernement régulier. Il importait cependant de rétablir des communications avec cette tribu et de renouer avec elle une espèce d’alliance. M. de Lamoricière s’en chargea, au péril de sa vie. L’emploi de la force matérielle eût été difficile, presque impossible : il n’eut recours qu’à la force morale. Une entrevue fut demandée aux chefs de la tribu par un Arabe dévoué" ; ils l’accordèrent, à la condition que M. de Larooricière y viendrait seul, à cinq lieues d’Alger. Le brave jeune homme accepte et part au jour indiqué, au milieu des frémissements de ses amis, avec son courage, son éloquence, son sang-froid pour protection et pour escorte. Les chefs de la tribu n’étaient point au rendez-vous fixé ; M. de Lamoricière marche toujours en avant, et ce n’est qu’après avoir fait trois lieues encore qu’il rencontra ceux qu’il venait chercher. Dès qu’ils l’aperçurent, les Arabes s’élancèrent au galop sur lui en jetant leur cri de guerre ; le Français, sans s’étonner, poussa son cheval’à toute bride au-devant de cette troupe menaçante, qui forma bientôt autour de lui un cercle de fer. Lamoricière,d’un front calme, d’une voix grave et ferme commença la conférence comme si la manœuvre qui avait pour but de lui fermer toute issue eût été une marque d’honneur accordée à sa qualité d’envoyé du gouverneur général de l’Algérie. H fallut discuter plus d’une heure. C’était bien de la diplomatie à cheval comme celle que faisaient les Sultans aux jours glorieux de l’islamisme, quand ils dataient leurs actes de VÉtrier Impérial. La défiance des Arabes se ramollit enfin, et un vieux Scheick à barbe blanche dit à Lamoricière : a Nous allons nous quitter satisfaits, toi de nous, nous de toi, tu LAM

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es venu sans sauf-conduit, sur la simple parole de l’Arabe ; cette parole, il ne la violera jamais. Pars, et que la paix soit avec toi. » Et Lamoricière rentra librement dans les lignes françaises, après avoir accompli sa mission.

Lamoricière était maréchal dé camp en 1840 et lieutenant-général en 1843, commandeur de la Légion-d’Honneur en i 844 et gouverneur de l’Algérie par intérim en 1845.

Aujourd’hui il aspire au grade de maréchal de France, etiln’est âgéquede45ans. 11 a eu le bonheur de mettre le sceau à sa gloire en coopérant à la prise mémorable de Constantine et à la soumission d’Abd-el-Kader, qui a remis son épée entre ses mains ; il s’était distingué sur tous les champs de bataille de l’Algérie, où il compte dix-huit campagnes, et avait été blessé par l’explosion d’une mine à l’assaut de Constanline.

En 1846, il songea tout à coup à se rapprocher des affaires centrales ; et l’on vit le navire qui portait le nouveau César et sa fortune voguer vers la métropole. Ce fut le port de Mamers qui abrita son pavillon et il alla s’asseoir à la Chambre sur les bancs de l’opposition dynastique. Sous le gouvernement dé- j chu, il était désigné comme future ministre de la guerre dans une combinaison Thiers, Mole ou Barrot.

Le 24 février 1848, le gouvernement fit un appel à tous les noms qu’il croyait pouvoir, dans la crise, exercer quelque influence sur le peuple et sur l’armée. Le général Lamoricière parut sur les boulevards, eh uniforme de colonel de la garde nationale, proclamant la régence et la fin des hostilités ; mais, dans la rue de Rohan, son cheval est tué d’un coup de feu et il reçoit lui-même, au bras, un coup de baïonnette. On parle de le mettre à mort ; des ouvriers le défendent, l’emportent dans une maison devant laquelle

I ils montent la garde ; et dans la soirée il regagne son domicile.

En mars 1848, il fut nommé membre de la commission de défense nationale. Appelé à l’Assemblée nationale dont il a été plusieurs fois vice-président, il a refusé tous les commandements qui lui ont été offerts par le gouvernement provisoire, déclarant qu’en cas de guerre seulement, il accepterait une division marchant à l’ennemi ; mais dans les sanglantes journées de juin, son collègue d’Afrique, le général Cavaignac, ayant été mis à la tête du pouvoir exécutif, le général Lamoricière s’est bravement montré contre l’insurrection et a accepté le portefeuille de la guerre, du 28 juin jusqu’au 22 décembre 1848.

Élu à l’Assemblée législative, il a provoqué le décret. de cette Assemblée du 19 septembre 1848, qui a ouvert un crédit de 50 millions pour l’établissement’ des colonies agricoles en Algérie, des études préparatoires pour la colonisation de la province d’Oran avaient été antérieurement faites et publiées sous sa direction.

En juillet 1849, il remplit une mission en qualité d’ambassadeur extraordinaire auprès de S. M. l’empereur de Russie^

LAMOUR (FRANÇOIS-MARIE, baron)[modifier]

naquit le 22 août 1772 à Vannes (Morbihan). Lieutenant au2« bataillon de fédérés à l’armée du Nord le 3 août 1792, capitaine le 30 octobre suivant, il fut incorporé dans le 14e régiment d’infanterie (par amalgamé 27e demi-brigade le 3 nivôse an II, et 23e de bataille, à Cologne, en l’an IV). Pendant cette dernière campagne de l’armée de Sambre-et-Meuse, il eut le commandement du 2° bataillon de sa demi-brigade, quoique le dernier et plus jeune capitaine du corps ; et ce fut à sa tête, qu’au combat de Ratisbonne, le 5 fructidor, il culbuta 2 bataillons d’infan-

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terie autrichienne, lui reprit une position avantageuse, et délivra 300 hommes et 11 officiers de la 43e faits prison-■ niers de guerre au commencement de la journée.

Le général Jourdan, témoin de cette action, fit au capitaine la promesse du grade de chef de bataillon.

Le 7 du même mois, après le combat d’Amberg, la 23% sous les ordres deNey, fut chargée de soutenir la retraite de l’armée et de défendre jusqu’à la dernière extrémité la tête du défilé de Sulzbach : Lainour, de son côté, repoussa trois fois la cavalerie autrichienne qui faisait les plus grands efforts pour gagner la queue de nos colonnes ; mais, accablé par un ennemi dix fois plus nombreux, il fit former le carré à sa troupe, soutint le choc pendant deux grandes heures, et ne se rendit qu’après avoir brûlé, sa dernière cartouche, et quand, éloigné de l’armée française, il vit son bataillon réduit à 200 hommes.

Rendu seulement en l’an V, il. reprit, quoique capitaine, le commandement du 2e bataillon de la 23e à l’armée du Rhin, et passa en l’an VII en Helvétie, où il devint capitaine de grenadiers le 20 nivôse.

Passé en l’an VIII à l’armée du Danube, et à celle du Rhin en l’an IX, il fut chargé le 10 frimaire, deux jours avant la bataille de Hohenlinden, dé former l’arrière-garde d’un régiment de grenadiers de la division Ney qui, vivement menacée par les tirailleurs ennemis, faisait sa retraite entre Hang et Mùldorff. En sortant d’un bois ■ dont l’ennemi gardait la lisière, Lamour rencontre le capitaine Leclerc embarrassé dans une route.de traverse, ayant deux pièces d’artillerie légère embourbées et en tête, une pièce de 8 dont la roue brisée empêchait la retraite de tout le train : on allait déjà couper les traits pour en-

mener les chevaux, lorsque Leclerc apercevant son camarade déboucher du bois, le supplie de lui sauver l’honneur en l’aidant à sauver ses canons. Aussitôt Lamour met sa première section en bataille sur la route avec un peloton de canonniers à. cheval pour arrêter la charge de l’ennemi, envoie sa seconde section et le reste des canonniers à cheval en tirailleurs pour gêner la marche des assaillants, et, pendant ce temps, il parvient à faire remettre s.ur pied les trois pièces que les soldats ramenèrent en triomphe. Cette opération encore assez longue et faite sous le feu de l’ennemi, coûte 5 grenadiers tués et 12 blessés au capitaine Lamour, qui fut proposé une seconde fois par le général Ney à Mo-reau. pour le grade de chef de bataillon.

Après la paix de Lunéville, il rentra en France, tint garnison successivement à Dijon, à Marseille et à Corbeil, fut envoyé en recrutement le 1er vendémiaire an XI et reçut la décoration de la Lé-gion-d’Honneur, à Paris, le 25 prairial an XII.

Nommé, le ic’ messidor suivant, adjoint à l’état-major du camp de Mon-treuil, il fit avec le 6* corps la campagne d’Autriche, et montra une grande valeur à la prise d’Ulm, où il dirigeait une colonne.

A l’affaire de Scofeld, il sut éviter habilement le gros des troupes autrichiennes qui se sauvaient de Scharnitz, et fit prisonnier le major qui en commandait Tavant-garde.

Chef de bataillon le 18 juillet 1806, il passa au 59e régiment de ligne le 15 août, puis au 27e le 1er octobre, et tint la conduite la plus brillante à la tête d’un bataillon le jour de la bataille d’Iéna.

Il passa en qualité de major au 88e régiment le 7 janvier 1807, et servit au 5e corps pendant la campagne d’Eylau et de Friedland, fut nommé colonel du 39° de ligne, alors au 6e corps de l’armée d’Espagne le 25 octobre J810, et tomba au pouvoir de l’ennemi à la prise d’Abuquérque, en Estramadure, le 15 mars 1811.

Parvenu à s’échapper des mains des Anglais, il rentra en France au commencement de 1813, et rejoignit la grande armée, où l’Empereur le désigna pour commander le 22e régiment de ligne, à la tête duquel il fut tué à la bataille de Lutzen le 2 mai.

On ignorait encore sa mort au quartier général, lorsqu’il fut compris comme général de brigade dans un décret de promotion rendu à Borna le 4 mai.

LANNES (JEAN)[modifier]

maréchal de France, né à Lectoure (Gers), le 10 avril 1769, d’une famille pauvre mais honorable, commença ses études dans sa ville natale, et ne put les continuer, son père se trouvant dans l’impossibilité de subvenir aux dépenses. Il entra alors chez un teinturier, et y resta jusqu’en 1792, époque où.il partit en qualité de sergent-major pour l’armée des Pyrénées-Orientales. Son avancement fut rapide, puisque, en 1795, il était déjà chef de brigade. Destitué sous le ministère d’Aubry, il servit comme volontaire dans l’armée d’Italie. Colonel du 25e régiment sur le champ de bataille en 1795 ; général de brigade à l’assaut de Pavie. Général de division en Égypte ; il fut un des sept généraux qui revinrent en France avec le général-Bonaparte. Commandant les 9e et lCCl divisions militaires, commandant de la garde consulaire et l’avant-garde de l’armée d’Italie. Ministre plénipotentiaire à Lisbonne en 1801, maréchal d’empire en 1804 ; duc de Montébello commandant l’avant-garde de la grande armée, et l’aile gauche à Austerlitz. Lannes, l’Ajax français, mourut le 31 mars 1809 des

suites d’une blessure reçue sur le champ de bataille d’Essling.

—a Le duc de Montébello était de Lectoure ; chef dé bataillon, il se fit remarquer dans les campagnes de 1796 en Italie ; général, il se couvrit de gloire en Égypte, à Montébello, à Marengo, à Austerlitz, à Iéna, à Pultusk, à Friedland, à Tudela, à Saragosse, à Eckmùhl, à Essling, où il trouva une mort glorieuse. Il était sage, prudent, audacieux, devant l’ennemi d’un sang-froid imperturbable. Il avait un peu d’éducation., la nature avait fait tout pour lui. Napoléon, qui avait vu les progrès de son entendement, en marquait souvent sa surprise. Il était supérieur à tous les généraux de l’armée française sur le champ de bataille, pour manœuvrer 25,000 hommes d’infanterie. Il était encore jeune et se fût perfectionné ; peut-être fût-il devenu habile pour la grande tactique qu’il n’entendait pas encore. » {Montholon.)

« Lannes, lorsque je le pris pour la première fois par la main, n’était qu’un ignàrantaccio. Son éducation avait été très-négligée ; néanmoins, il fit beaucoup de progrès, et, pour.en juger, il suffit de dire qu’il aurait fait un général de première classe. Il avait une grande expérience pour la guerre ; il s’était trouvé dans cinquante combats isolés, et à cent batailles plus ou moins importantes. C’était un homme d’une bravoure extraordinaire : calme au milieu du feu,. il possédait un coup d’œil sûr et pénétrant, prompt à profiter de toutes les occasions qui se présentaient, violent et emporté dans ses expressions, quelquefois même en ma présence. Il m’était très-atlaché. Dans ses accès de colère, il ne voulait permettre à personne de lui faire des observations, et même il n’était pas toujours prudent de lui parler, lorsqu’il était dans cet état de violence. Alors, il avait l’habitude de venir à moi, et de me LAN ( 168 ) LAN dire qu’on ne pouvait se fier à telle et telle personne. Comme général il était infiniment au-dessus de Moreau et de Soult. » (O’Meara.)

— « Chez Lannes, le courage l’emportait d’abord sur l’esprit, l’esprit montait chaque jour pour se mettre en équilibre. Il était devenu très-supérieur quand il a péri. Je l’avais pris pygmée, je l’ai perdu géant. » (Las Cases.)

— « Le maréchal Lannes^ ce valeureux duc de Montebello, si justement appelé le Roland de l’armée, visité par Napoléon sur son lit de mort, semblait oublier sa situation pour ne s’occuper que de celui ! mars 1806 et en sortit sous-lieutenant qu’il aimait par-dessus tout. Napoléon en Taisait le plus grand cas. Il n’avait été longtemps qu’un sabreur ; mais il était devenu premier talent.

« S’il eût vécu dans ces derniers temps, je ne pense pas qu’il eût été possible de le voir manquer à l’honneur et au devoir.

« Il était de ces hommes à changer la lace des affaires, par son propre poids et sa propre influence. » (Las Cases.)

« Lannes avait été mis en apprentissage chez un teinturier, ’sans la Révolution il eut été un honnête artisan.

« Il contribua de tout son pouvoir au coup d’état du 18 brumaire. « Nommé peu après à l’ambassade du-Portugal, il comprit mal le caractère de ses fonctions d’ambassadeur, il traita si cavalièrement les autorités portugaises que l’on fut obligé de le rappeler.

a Le 22 mai, seconde journée d’Ess-ling, Lannes fut atteint d’un boulet qui lui enleva la jambe droite entière et la gauche au-dessus de la cheville. Douze grenadiers le transportaient dans l’île de Lobau sur leurs fusils, lorsque l’Empereur, qui se tenait au débouché du pont, l’aperçut, vola à lui, et l’embrassant : « Launes, s’écria-t-il, c’est moi, Napoléon, ton camarade, me reconnais-tu ?

— Dans quelques heures, répondit Lannes, revenante lui, vous aurez perdu un homme qui meurt avec la consolation et la gloire d’avoir été votre meilleur ami. »

Lannes subit le soir même une double amputation, et mourut à Vienne le 31 mai.

Ses restes ont été solennellement inhumés au Panthéon le 6 juillet, anniversaire de la bataille de Wagram.

LANTHONNET (FREDERIC)[modifier]

né à Bar-le-Duc (Meuse), le 19 mai 1788, entra à l’École militaire de Fontainebleau le 7 en premier des chasseurs à cheval. Il se distingua dans la campagne de 1809, et le 9 avril, avec un détachement, il enleva 3 pièces d’artillerie aux Autrichiens, et fut blessé à Wagram.

En 1813, il était capitaine et attaché au général Exelmans en qualité d’aide-de-camp. Après s’être montré avec honneur dans plusieurs rencontres, il fut nommé chef d’escadron et obtint la décoration. En 1814, il appartenait au régiment de chasseurs du roi qui, le 19 mars, se porta au-devant de l’Empereur jusqu’à Fontainebleau. Le commandant Lan-thonnet se tint à la portière jusqu’aux Tuileries. A l’ouverture de la campagne, il eut un cheval tué aux Quatre-Bras, et deux à Waterloo. Le 1" juillet, il se battit à Velesy et à Roquencourt où le général Exelmans cueillit un dernier laurier.

Nommé colonel par le gouvernement provisoire, il ne fut pas reconnu dans ce grade par les Bourbons. Mis en non-activité, il ne fut appelé au 3’ de hussards qu’en 1825. Il reçut la croix de Saint-Louis à l’occasion du sacre de Charles X.

En juillet 1830, il était lieutenant-colonel au 15e chasseurs à Nancy. Le général Drouet et lui maintinrent la tranquillité dans cette ville.

M. Lanthomet fut nommé successivement colonel du 1" hussards commandé précédemment par le duc d’Orléans, officier de la Légion-d’Honneur el mare-, chai de camp. Il fut promu à ce dernier grade le 26 avril -18-41. Il est aujourd’hui à la retraite.

LANNUSSE (FRANÇOIS)[modifier]

né à Habas (Landes) en 1762, négociant ; volontaire en 1792 ; chef de brigade à l’armée des Alpes ; adjudant-général à l’armée d’Italie et général de brigade. Mort à Alexandrie d’Égypte, à l’âge de 37 ans des suites des blessures qu’il avait reçues à la bataille d’Aboukir.

« Lors du débarquement des Anglais en Égypte, une masse de 12 à 13,000 hommes furent intrépidement attaqués par ce général qui n’en avait que 3,000. Brûlant d’ambition et ne désespérant pas d’en venir à bout à lui seul, il ne voulut attendre personne, d’abord, il renversa tout, tît un carnage immense, et succomba. S’il eût eu seulement 2 à 3,000 hommes de plus, il remplissait son projet. » {Las Cases.)

« Le général Lannusse avait le feu sacré, il s’était distingué par des actions d’éclat aux Pyrénées, en Italie, il avait l’art de communiquer ses sentiments aux deux premiers. » {Menou et Reynier.) {Napoléon à Sainte-Hélène).

LANUSSE (PIERRE, dit ROBERT, baron)[modifier]

né le 21 novembre 1768, à Habas (Landes), frère du précédent. Il entra comme lieutenant dans la compagnie franche dite des Républicains, organisée à Oléron le l" mai 1793. Cette compagnie ayant * été faite prisonnière de guerre, Lanusse s’évada et rentra au service comme volontaire auprès du général Lanusse son frère, le suivit en Italie et devint son aide-de-camp. Attaché depuis au 4° chasseurs à cheval, il fit la

campagne d’Égypte, fut nommé capitaine par Kléber, rentra en France après la mort de son frère, fut aide-de-camp de Murât, chef d’escadron et membre de la Légion-d’Honneur, puis colonel du 17e de ligne après la campagne d’Austerlitz ; il’commandait la 1" division du 3e corps à Iéna, se distingua à l’affaire de nuit de Czarnowo, en 1806, au passage de la Wkra, à Golymin, à Eylau. Nommé officier de la Légion-d’Honneur, blessé à Heilsberg, chevalier de la Couronne de Fer, général de brigade le 17 mai 1808, il fut autorisé à cette époque à passer au service du grand duc de Berg, suivit- ce prince à Naples, y fut nommé général, de division, grand maréchal du Palais, puis commandant de la garde royale napolitaine en 1810. Il épousa à Naples la fille du maréchal comte Pérignon. Rentré en France comme général de brigade, il fit la campagne de Russie en qualité d’adjudant-général de la Garde impériale, fut nommé commandeur le 14 mai 1813, et général dé division te 4 août suivant, commanda en second à Magdebourg pendant les dix mois de blocus, rentra en France en juin 1814, reçut la croix de Saint-Louis et fut mis en disponibilité.

Pendant les Cent-Jours, il commandait la 3e division (Metz) ; inspecteur général d’infanterie en 1816, 1818 et 1821, membre de la commission du projet de Code de justice militaire en 1822, il commandait la 6e division (Besançon) en 1823 ; mis en disponibilité le 4 ac-ût 1830 et à la retraite le 1er décembre 1833, il se retira à Versailles et y mourut le 3 mai 1847.

LAPISSE (ANNE-PIERRE-NICOLAS, de)[modifier]

né le 23 mars 1773, à Rocroy (Ar-dennes).

Il était officier du génie avant la Révolution. Il fit comme aide-de-camp du général Bouchet les campagnes de 1792 LAP ( 1 et 1793, et se trouva aux sièges de Na-mur, de Breda et de Gertruydenberg. Après la retraite de l’armée sur Tournai, il se jeta dans Valenciennes, où il fut blessé d’un éclat de bombe à l’épaule. La place ayant capitulé le l6’ août, il obtint son renvoi sur parole, et vint à Paris. Mis en arrestation par les ordres du Comité de salut public qui attribuait la reddition de la place à la trahison, il ne dut sa liberté qu’aux événements du 9 thermidor.

Nommé capitaine en 1795, M. de Lapisse travailla comme ingénieur en chef au canal de Sambre-et-Oise, passa en 1800 en Italie, se trouva à la défense du pont du Var, aux sièges de Savone et de Vérone, et fut fait chef. de bataillon en 1801.

Sous-directeur en Batavie, puis en Piémont, et légionnaire à la création de l’Ordre en 1804,ildirigea successivement les travaux d’Ostende et de Maubeuge, et fut nommé colonel directeur des fortifications à Mayence le 7 octobre 1810.

Bloqué dans cette place pendant les campagnes de 1813 et 1814, il y remplit les fonctions de commandant en chef de son arme.

A la paix, employé au Havre, il reçut les décorations d’officier de la Légion-d’Honneur et de Saint-Louis, les 29 juillet et 17 septembre 1814, et y resta pendant les Cent-Jours. En 1822 il passa dans la direction de Verdun, où II reçut la décoration de commandeur de la Légion-d’Honneur, le 3 novembre 1827.

Nommé maréchal de camp le 9 juin 1831. M. de Lapisse’ mandé à Paris comme inspecteur du génie et membre ’ du Comité des fortifications, fut chargé en 1832 et 1833 de l’inspection générale des divisions du Nord et de l’Est, et en 1834 des fonctions de membre de la

») LAP Commission mixte des travaux publics et du Comité des fortifications. Admis à la retraite le 31 mars 1835, le général de Lapisse s’était retiré à Laneuville (Meuse), où il est mort le 24 février 1850, à l’âge de 77 ans.

LAPLANE (JEAN-GREGOIRE-BARTHE-LEMI-ROUGER baron de)[modifier]

naquit à Mour-ville-Haute (Haute-Garonne) le 13 octobre 1766, et fut admis dans la compagnie de gendarmes du roi le 3 mai 1782. . Cette compagnie ayant été supprimée en 1787, le jeune Laplane resta en expectative jusqu’au 21 septembre 1791, époque à laquelle il entra avec le grade de lieutenant dans le 20" de ligne.

Nommé capitaine au 129" régiment le 13 fructidor an III, il passa dans la célèbre 32e demi-brigade de ligne le 25 ventôse an IV. C’est avec ces différents corps qu’il fit les campagnes de 1792 et 1793, et des ans H, III, IV et V en Italie, de l’an VI en Suisse, des VII, VIII et IX en Égypte. Aussitôt après le débarquement les troupes s’étaient mises en marche pour le Caire. Arrivées au village d’Embabeh, défendu par 37 bouches à feu, 2 chebecs de la flottille du Nil et par 4,000 Mamelouks, elles durent se faire passage les armes à la main ; le combat fut très-vif. Le général Bon, dans son rapport, cita le capitaine Laplane pour sa conduite courageuse. L’état de ses services, dressé le 25 frimaire an XIII, porte cette annotation : « Ayant été commandé d’assaut, il s’est emparé de la tour de Saint-Jean-d’Acre, après avoir égorgé sept postes turcs, malgré les bombes des ennemis qui lui ont tué 85 hommes sur 100 qu’il en avait. » Cet assaut eut lieu le 21 floréal an VII, et il y fut blessé. Le général en chef Bonaparte lui ’ décerna un sabre d’honneur à titre de récompense provisoire, qui devint définitive par un arrêté consulaire du 9 ventôse. LAP ( j an X, et lui conféra le grade de chef de bataillon le 20 thermidor an VIL

Devant Alexandrie, le 30 ventôse an IX, il reçut un coup de feu qui lui traversa l’avant-bras droit. Rentré en France et promu chef de brigade de la 107e le 9 nivôse an XI, puis de la 7e d’infanterie légère, il servit à l’armée des côtes de l’Océan pendant les ans XII et XIII, et à la grande armée pendant les ans XIV, 1806 et 1807.

A Iéna, il repoussa, à la tête de son régiment, cinq charges de la division des grenadiers de la garde prussienne. Élevé au grade de général de brigade le 11 juillet 1807, attaché au 2e corps d’observation de la Gironde le 3 novembre suivant, et employé à Bayonne le A novembre 1808, il passa les Pyrénées avec le 1er corps de l’armée d’Espagne le 18 décembre de cette dernière année, assista à la bataille de Cordoue, et eut le commandement de cette ville. Lorsque le général Dupont de l’Étang capitula à Baylen, quoique ayant 23,000 soldats éprouvés, il invita le général Laplane à signer la convention arrêtée avec Cas-tanos ; mais le général Laplane s’y refusa, répondant avec’fierté : Je ne signe jamais de capitulation en rase campagne.

Le 28 juillet 1809, il fit des prodiges de valeur à la bataille de Talaveyra de la Reyna, qu’il décida en faveur de l’armée française. En 1810, dans la nuit du 12 au 13 avril, les Anglais ayant effectué une descente près de Santa-Catarina, il marcha à leur rencontre à la tête d’un régiment, en tua un grand nombre, et força ceux qui restaient à se réfugier sur leurs vaisseaux. Napoléon, qui s’entourait toujours des plus intrépides, l’appela à la grande armée en 1812. Il lui donna un commandement dans le Mecklem-’bourg le 17 avril, et le chargea de la défense de Glogau le 18 juillet. A la fin de la retraite, le général Laplane s’enferma


)

LAP dans cette place, s’y conduisit ■vaillamment, et ne la rendit qu’après les événements de 181-4, et sur les ordres du nouveau gouvernement. Le 17 juin 1813, pendant qu’il était à Glogau, l’Empereur l’avait nommé général de division.

Rentré en France en 1814, il eut, le 5 août, le commandement de la subdivision de Tarn-et-Garonne, et. le 12 juin 1815 l’Empereur confia à sa bravoure intelligente celui dé la Ae division des gardes nationales au corps d’observation du Jura. Le 15 août suivant, Louis XVIII, à peine rentré dans Paris, le fit mettre à la retraite. .

Les événements de 1830 le trouvèrent dans cette position. Placé dans le cadre de réserve le 7 février 1831, il fut réadmis à la retraite le 1" mai 1832, et mourut le 20 juin 1837.

Légionnaire de adroit le 1er vendémiaire an XII, il avait été nommé commandeur de l’Ordre le 25 prairial suivant, et fait grand officier le 8 mai 1835.

LAPOYPE (JEAN-FRANÇOIS), marquis de)[modifier]

Né en 1758, dans le Dauphiné, d’une famille noble. Il embrassa fort jeune le parti des armes, était maréchal de camp avant 1789, et général de division le 15 mai 1793.

Partisan des idées nouvelles, il épousa la fille du fameux conventionnel Fréron.

Sa conduite au siège de Toulon mérita les plus grands éloges. Il contribua puissamment à la re-prise de cette place ; il dirigea ensuite l’attaque du fort Pharon, et fut chargé par le Comité de salut public de contenir Marseille et le midi sous le régime de la Terreur.

Le général Lapoype ne s’associa pas à la réaction thermidorienne, dont son beau-frère fut un des plus ardents provocateurs. Il resta sans emploi sous le Directoire et servit en Italie après le 18 bru-maire. Envoyé à Saint-Domingue en 1792 (le texte original est erroné, il faut comprendre 1802), il y déploya autant de capacité que de courage, fit un traité avec Dessalines et s’embarqua pour la France en 1803, mais il tomba dans les mains des An-glais, qui le conduisirent à Porthmouth. Le gouvernement impérial s’occupa de son échange et le laissa néanmoins sans emploi jusqu’en 1813. Il fut nommé à cette époque au commandement de Witlemberg sur l’Elbe. Le général Lapoype montra dans cette circonstance un courage et une fer-meté d’âme indomptables. Il eut à lutter, avec une poignée d’hommes d’élite, contre des forces dé-cuplés à l’extérieur et contre l’esprit de révolte des habitants, poussé au plus haut point. Il avait pris ses mesures pour faire sauter la ville plutôt que de céder aux menaces dont on l’accablait. Il ne sortit de Wittemberg que les armes à la main et après la cessation des hostilités. En 1814, il eut la croix de Saint-Louis et le commandement d’Agen. En 1815, Napoléon le nomma commandant de la place de Lille. Il y fit respecter le pouvoir im-périal, malgré l’exaspération des habitants, qui s’étaient fortement prononcés en faveur des Bour-bons. Pour répondre aux menaces des exaltés, il fit placer à la porte de l’intendance, où il logeait, deux pièces de canon chargées à mitraille ; mais c’était le quartier général qu’il voulait protéger, et non sa propre personne ; et pour le prouver, on le vit se promener sans la moindre escorte et les mains sur le dos par les rues de Lille.

A la seconde Restauration, il fut mis à la retraite.

Nommé membre de la Chambre des Députés en 1822, il vota constamment avec l’extrême gau-che. En 1824, il fut condamné à plusieurs mois de prison pour une brochure politique. Le général Lapoype est aujourd’hui (septembre 1850) le plus ancien de grade de tous nos généraux. Il est grand officier de la Légion d’honneur : il n’a pas de fortune.

LA RIBOISIÈRE (JEAN - AMBROISE, BASTON, comte de)[modifier]

naquit à Fougères (Ille-et-Vilaine) au mois d’août 1759, fit de brillantes études et entra comme lieutenant en 1781 dans le régiment d’artillerie où servait Napoléon. Quoique La Riboisière eût quelques années de plus que son jeune camarade, il s’établit bientôt entre eux une amitié dont, l’Empereur aimait à se rappeleï les circonstances, et qui avait donné aux sentiments du général breton le caractère d’un dévouement particulier.

A l’époque de la Révolution, dont il se montra partisan modéré, il était cité comme un officier distingué. Fait capitaine en 1791 et envoyé à l’armée du Rhin, sous Custine, il fut chargé, en 1792, de l’armement de la place de Mayence. Il prit part à l’invasion du Pa- ville contre les Prussiens. L’année suivante, après la capitulation, il demeura en otage à l’ennemi.

Il fit les campagnes des ans II et ni, comme adjudant-général, chef de bataillon et chef de brigade, et passa une partie de l’an IV dans sa famille. Depuis l’an IV jusqu’à l’an XI, il fut nommé successivement directeur des parcs d’artillerie des armées d’Angleterre, de Suisse, du Rhin et du Danube.

Fait général de brigade en l’an XI, il commanda l’artillerie du 4e corps pendant la campagne de l’an XIV et se trouva à Austerlitz. Il contribua puissamment au succès de cette grande journée par l’emploi qu’il fit de ses batteries et par le feu terrible qu’il dirigea sur les glaces qui portaient les colonnes russes, car celles-ci avaient eu l’imprudence de se placer sur l’étang de Menitz.


.( LAR A Iéna, le 44 octobre 1806, il parvint avec son artillerie seule à repousser plusieurs charges d’infanterie.

Remarqué par l’Empereur, qui le fit général de division et l’appela au commandement de l’artillerie de la Garde impériale, il soutint à Eylau, le 8 février 1807, pendant toute la journée, le centre de l’armée avec une batterie de 40 pièces de canon.

Blessé d’un coup de boulet devant Dantzig, le général La Riboisière ne cessa pas un seul jour de prendre part aux opérations de ce siège mémorable.

—Après les batailles de Heilsberg et de Friedland, dans lesquelles il dirigea l’artillerie de la Garde impériale, il fut chargé le 24 juin de faire établir sur le Niémen le radeau qui servit aux conférences tenues entre Napoléon et l’empereur Alexandre, et qui se terminèrent par la paix de Tilsitt.

Au mois de février 1808, le général La Riboisière prit le commandement en chef de l’artillerie des armées d’Epagne. Rappelé à la grande armée en 1809, Napoléon lui confia le commandement en chef de l’artillerie à Wagram.

Élevé, en 1811, à la dignité de premier inspecteur général de l’artillerie, le comte de la Riboisière se préparait à faire tourner au profit de l’armée tout ce que sa longue expérience lui avait appris, lorsqu’il lui fallut quitter ces travaux de la paix pour reprendre les armes.

La malheureuse campagne de Russie, •1812, allait commencer, le général La Riboisière en prévit de suite les difficultés. Il fit d’incroyables efforts pour réparer l’effet désastreux des pluies qui tombaient en abondance avant l’arrivée des Français à Wilna ; le succès les couronna. A la prise de Smolensk, G38 bouches à feu tonnaient sur la place, et 2,477 caissons portaient leurs approvisionnements.

3 ) LAR Chargé, la veille de la bataille de la Moskowa, de reconnaître les positions de l’ennemi et de déterminer le moyen d’attaquer les redoutes que les Russes avaient établies sur leur gauche, il fit pendant la nuit toutes les dispositions nécessaires ; à la pointe du jour, une immense artillerie foudroya l’ennemi, et 70,000 boulets, tirés pendant la bataille, furent remplacés de suite.

La victoire de la Moskowa fut un jour de deuil pour le général La Riboisière ; son jeune fils y fut blessé à mort en chargeant l’ennemi. Plein du chagrin que lui causait la perte de son fils et épuisé de fatigue, le général tomba malade à Wilna, et mourut à Kœnigsberg le 21 décembre 1812. Son corps repose dans l’église des Invalides, et sur son cercueil, on lit cette partie de l’inscription :

Ambroise Baston, comte de La Riboisière, général de division, commandant en chef l’artillerie de la grande armée, grand officier de là Légion-d’Honneur, né à Fougères, mort à Kœnigsberg, Ie2î décemb ? *e -J812.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Est.

LAROCHE (JEAN-BAPTISTE-GREGOIRE, baron de)[modifier]

ou plutôt DÉLAROCHE, puisque cet officier n’a jamais fait une particule de la première syllabe de son nom, naquit à Dieppe (Seine-Inférieure) le 19 novembre 1767, et entra,le 7 septembre 1784, dans Viennois-Infanterie (22e régiment) en qualité de soldat.

Ayant acheté son congé le 1er avril 1788, il passa, le 2 du même mois, comme sous-officier dans la compagnie d’artillerie gardes-côtes, que le duc d’Harcourt, gouverneur de la Normandie, avait or-r ganiséepourla défense du pays deCaux, II quitta ce corps et se fit admettre, le 15 janvier 1792, dans le "1" bataillon des volontaires de la Seine-Inférieure, où, LAR ( i le lendemain, il fut élu lieutenant de grenadiers.

Il abandonna ce corps le 16 novembre suivant, et passa, le même jour, avec le grade de sous-lieutenant, dans une légion franche incorporée quelque temps après dans le 12e chasseurs à cheval (ci-devant Champagne). Il ’fit à l’armée du Nord les campagnes de 1792, 1793, des ans II et III, sous Beurnonville, Luckner, Dumouriez et Pichegru.

Dans cet intervalle, il obtint, le 1er mai 1793, le grade de capitaine au 9° hussards, pour le courage qu’il avait déployé le 6 mars précédent dans un combat livré sous les murs de Liège par la division Dampierre. Il avait été blessé à cette affaire, en ralliant l’avant-garde, un moment débandée, et en reprenant à l’ennemi deux pièces de canon. Ce fut également à sa belle conduite au siège de Courtrai, qu’il dut, le 11 nivôse an ÎH, d’être nommé chef de brigade du 6e régiment de hussards. Il avait chassé l’ar-rière-garde ennemie, enlevé seul une pièce de canon, et fait prisonnier l’officier et 15 soldats qui la défendaient. Quelques jours après, en passant la Lys à la nage sous le feu de l’ennemi, il avait été blessé de nouveau.

Envoyé en l’an IV à l’armée de l’Ouest, Delaroche continua de donner des preuves d’une rare intrépidité. Entre autres faits, nous citerons celui-ci : Apprenant qu’un maréchal-des-logis de son régiment, nommé Fondigny, était tombé au, pouvoir des insurgés, il se mit seul à leur poursuite et les atteignit au moment où ils s’apprêtaient à écorcher vif leur prisonnier, et l’arracha de leurs mains malgré la plus vive résistance. Hoche voulut honorer’ ce trait d’audace et de dévouement en proposant Delaroche pour le grade de général de brigade ; mais celui-ci, aussi modeste que brave, préféra rester à la tête de son régiment avec

4 ) LAR lequel il fit la campagne de l’an VI à l’armée de Sambre-et-Meuse.

Il se distingua, le 16 germinal an VII, à l’armée d’Italie, en avant de Vérone, par une charge des plus brillantes qui débarrassa un bataillon enveloppé par deux régiments de grosse cavalerie. Nommé général de brigade le 22 messidor de la même année, ses blessures le forcèrent, au commencement de l’an IX, à quitter le service actif. Le premier Consul l’enyoya dans le département de l’Eure que désolaient alors des bandes de brigands, qui affectaient de donner à leurs déprédations une couleur politique, en dévalisant les caisses publiques et les diligences. Delaroche, par d’énergiques mesures, parvint promptement à mettre un terme à ces déplorables excès. Fait membre et commandant de la Lé-gion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il servit, en 1806, à l’armée du Nord, commanda, pendant la campagne de Pologne (1807) une brigade de cavalerie légère, et fut employé à son retour en France dans la 7e division militaire (Grenoble). Promu général de division le 2 février 1808, puis créé baron de l’Empire, le ministre de la guerre plaça sous ses ordres, le 27 octobre suivant, le dépôt de cavalerie deBayonne.

En 1809, appelé en Allemagne, tandis que l’armée occupait Vienne, sa division eut à protéger, contre les dévastations des partisans autrichiens et tyroliens du général Kienmayer, une ligne s’étendant de Ratisbonne à Bareuth. Dans cette circonstance, il préserva Nuremberg du pillage, en chassant de cette ville une colonne de ces troupes indisciplinées.

Le 9 novembre de la même année, il reprit son commandement dans la 7° division militaire, qu’il occupa jusqu’au 8 avril 1814, époque à laquelle le maréchal Augereau lui confia celui de la 19e (Lyon).

Nommé chevalier de Saint-Louis le 19 LAR ( juillet de la même année, et grand officier de la Légion-d’Honneur le 14 février 1815, il fut admis à la retraite le 6 octobre suivant.

LAROCHE (FRANÇOIS, baron)[modifier]

naquit le 5 janvier 1775, à Ruffec (Charente). Sous-lieutenant de grenadiers dans le 1CI bataillon des volontaires nationaux de la Charente le 1" décembre’1791,^1 passa le 25 février 1792 au 15° régiment de cavalerie, et le 20 avril suivant au 16° de même arme, devenu 25e régiment de dragons. Il servit pendant les annéesl792,1793, ans II et III aux armées du Nord et de Sambre-et-Meuse. Lieutenant le 1er avril 1793, et capitaine le 24 pluviôse an H, il exécuta, le 28 germinal suivant, à la tête d’un escadron, une charge vigoureuse contre un régiment de cavalerie autrichienne, lui prit deux pièces de canon et le mit dans la déroute la plus complète.

Réformé et mis à la suite le 16 nivôse an VI, il fut repris en pied dans le même régiment le Ie’ floréal an VII. Employé aussitôt à l’armée de l’Intérieur, il fit la campagne des ans VIII et IX à l’armée du Rhin. Le 11 frimaire de cette dernière année, en avant de Neckerguemin, il délivra, secondé par quelques dragons, une compagnie de grenadiers qui venait d’être faite prisonnière. Membre de la Légion-d’Honneur le 26 frimaire an XII, il passa comme capitaine dans les grenadiers à cheval dé la Garde impériale le 18 fructidor an XIII, fit’la campagne de l’an XIV à la grande armée, et se distingua à la bataille d’Austerlitz.

Officier de la Légion-d’Honneur le 14 mars 1806, il passa comme major dans le 1" régiment de carabiniers le 21 août suivant, fit la campagne de 1807, et fut nommé colonel du même régiment le 14 mai de cette année. Peu de temps après, il obtint le titre de baron de l’Empire.

? S ) LAR Blessé d’un coup de sabre sur la tête au combat de Ratisbonne le 23. avril 1809, le 6 juillet suivant, à la bataille de Wagram, il eut un cheval tué sous lui.

Il servit en 1812 en Russie, en 1813 en Saxe, et fut nommé général de brigade le 28 septembre de cette année ; au mois d’octobre, il commandait les troupes en avant de Hanau, et après l’abdication de l’Empereur, le gouvernement royal lui confia le commandement du département de la Charente le 23 juillet 1814,. et le créa chevalier de Saint-Louis le 29 du même mois.

Envoyé à la suite du grand quartier générai de l’armée de la Loire le 5 juillet 1815, le général Laroche ne put obtempérer à cet ordre, il ne rejoignit pas son poste et fut chargé du licenciement des corps de cavalerie à La Rochelle le 11 octobre suivant.

Après avoir rempli cette pénible mission, il entra dans le cadré de non-activité le 1er février 1816, et passa à celui de disponibilité le 1" avril 1820.

Il est mort à Ruffec (Charente), le 22 février 1823.

LAROCHE-DUBOUSCAT (ANTOINH, baron)[modifier]

fils d’un propriétaire de Condorn (Gers), naquit dans cette ville le 16 décembre 1757. Destiné par son éducation à suivre la carrière du barreau, ses in-clinations le décidèrent, le 1" juillet 1774, à s’engager comme simple dragon dans le régiment de Monsieur.

Ayant quitté ce corps le 3 novembre 1778, il entra comme volontaire dans la légion de Nassau le 1" avril 1779, et il y servit en qualité d’aide-de-camp du prince de Nassau Siégen, qui la commandait jusqu’au 22 mai.

Passé dans la gendarmerie et rayé des contrôles de cette arme lé 3 octobre, il prit alors du service dans la légion de Luxembourg, avec laquelle il concourut,

LAP, ( < en 1780, à l’expédition contre Jersey et Guernesey, et il la suivit en Hollande en qualité de capitaine aide-major en 1782, époque à laquelle elle cessa d’appartenir à l’armée française.

Embarqué sur une escadre conduisant des troupes au cap de Bonne-Espérance, il se trouvait à bord de la frégate l’Apollon, qui avait obtenu de voyager isolée, à cause de la vitesse de sa marche et de l’épidémie dont elle était frappée, lorsque ce bâtiment fut attaqué, en avant de la ligne, par deux corsaires anglais. Laroche et quelques grenadiers étaient seuls en état de combattre. Ils soutinrent pendant sept heures une lutte des plus vives, désemparèrent les navires ennemis, et la frégate, ainsi délivrée, atteignit le cap vingt-deux jours avant le reste de l’escadre.

La légion de Luxembourg étant réunie, Laroche s’occupa de son organisation, mérita par son zèle et son activité les éloges du gouverneur, le maréchal de camp Camvrai, qui lui conféra le grade de major.

Dix mois plus tard, la légion partie de Ceylan, et de là dirigée sur divers postes en Afrique et dans l’Inde, les défendit avec succès contre les agressions des Anglais ; sauva Ceylan d’une invasion, et força les rois de Candi et de Travaiicour à respecter désormais les possessions hollandaises.

Malgré d’aussi grands avantages procurés par la légion de Luxembourg, le gouverneur de Ceylan, au mépris de la capitulation qui la plaçait dans les mêmes conditions que les Suisses en France, voulut, pour le régime et la paie, l’assimiler aux. autres troupes. Il s’irrita de la résistance que Laroche et les autres officiers apportèrent à cette mesure, et, pour s’en venger, les ayant accusés de rébellion, il les fit arrêter et conduire à Batavia, où leur innocence ne fut re-

) LAR connue qu’après une captivité de vingt-six mois.

Révoltés des traitements qu’ils avaient subis, ils demandèrent à retourner en Europe. Laroche, à son arrivée à Paris, réclama du gouvernement hollandais le paiement de ce qui lui restait dû de ses appointements et la valeur de ses propriétés confisquées lors de son arrestation ; il fit même un voyage en Hol-j lande, mais fatigué des difficultés qu’on j lui opposait sans cesse, il revint à Paris, I prit part aux événements du 14 juillet i 1789, se rendit à Condom pour y accélérer le mouvement révolutionnaire, y exerça diverses fonctions administratives, et fut élu’, en septembre 1792, chef du -4e bataillon des volontaires des Landes.

Nommé, le 8 juillet 1793, adjudant-général chef de brigade, il commanda en cette qualité la place de Bayonne, depuis le 12 septembre suivant jusqu’au 11 vendémiaire an II.

Promu, le même jour, général de brigade, et choisi par le général Millier pour remplir les fonctions de chef d’état-major à l’armée des Pyrénées-Occidentales, il pourvut rapidement à l’organisation de cette armée et resserra les liens de la discipline. Aussi, Robespierre, naturellement peu louangeur, eut-il bientôt l’occasion de dire que « l’armée des Pyrénées-Occidentales était le bijou des armées de la République. »

Laroche ne négligea aucune occasion de signaler son courage. Une attaque ayant été dirigée, le 17 pluviôse, sur Ur-ruge et Saint-Jean-de-Luz, il concourut puissamment à mettre en déroute 13,000 Espagnols qui défendaient ces deux villes. Toutefois, ni la valeurqu’iLdéploya dans cette circonstance, ni le zèle avec lequel il remplissait ses devoirs de chef d’état-major, n’empêchèrent le ministre de la guerre, Bouchotte, de prononcer, le 21 prairial, sa suspension, et de l’envoyer


77) LAft ( i en surveillance dans ses foyers, comme suspect d’incivisme. Le 9 thermidor mit fin ’ à cette situation pénible, dans laquelle, néanmoins, il devait se retrouver plusieurs fois encore dans le cours de sa carrière.

Rappelé à l’armée des Pyrénées le 21 du même mois, il venait de se distinguer, le 8 frimaire an III, au combat de Bergara, lorsqu’un arrêté des représentants du peuple, Meilan et Chaudron-Rousseau, lui enleva de nouveau son ’ emploi. Cette mesure, qui frappait également les généraux Marbot, Frégeville,

Boucher et Pinet, fut, quant à Laroche, rapportée par le Directoire qui, le 14 ventôse an IV, l’envoya servir à l’armée de Rhin-et-Moselle, commandée par Mo-reau.

Le 15 messidor, ce général confia à Laroche la 21e demi-brigade d’infanterie légère, ainsi qu’une partie du 2e chasseurs à cheval, et lui ordonna d’occuper la vallée de Renchen, dont les gorges étaient défendues par des tirailleurs et des paysans armés qu’il dispersa ; mais le but de l’expédition consistait à chasser du Kuiébis, la plus haute des montagnes Noires, le prince de Wurtemberg qui s’y était retranché derrière une redoute très-forte avec un réduit casemate. Laroche, quoique dépourvu d’artillerie, n’hésita pas à attaquer cette position redoutable. Il l’enleva de nuit et malgré la plus opiniâtre résistance : 400 prisonniers, deux pièces de canon, tels furent les résultats de cette brillante affaire. Le lendemain, après un combat pendant lequel il reçut une blessure grave à la main, il s’empara de Freudenstadt et’battit, le 3 thermidor, les Autrichiens à Eslingen, concurremment avec le général Taponier. Il eut une part glorieuse à la victoire de Ne-resheim, le 26 du même mois.

Le général Laroche, épuisé de fatigue, souffrant des suites de sa blessure, fut II.

LAft obligé de rester éloigné du théâtre de la guerre pendant toute la durée de l’an V. Nommé général de division le 12 thermidor an VII, il prit, en pluviôse an VIII, le commandement de la 26e division militaire (Mayence). Il fut chargé, au mois de thermidor suivant, du siège et du bombardement de Philisbourg. et, le 2e jour complémentaire, il fut forcé d’abandonner Manheim qu’il avait défendu contre 30,000 Autrichiens.

Accusé de malversations commises dé complicité avec plusieurs administrateurs de la 26e division militaire, et, pour ce motif, réformé le 7 vendémiaire an IX, il adressa de vives réclamations au premier Consul, qui, faisant justice de cette inculpation calomnieuse, le réintégra dans son grade, le 12 nivôse suivant.

Membre et commandant de la Légiou-d’Honneur, les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il reçut, le 18 janvier 1807, le commandement du camp de Saint-Lô, et le 2 août celui du corps d’observation de la Gironde.

Admis à la retraite le 18 janvier 1808, il est mort le 21 juin 1831.

LA ROCHEFOUCAULD (ALEXANDRE, comte de)[modifier]

fitadu duc de La Rochefou-cauld-Liancourt, naquit en 1767.

Il embrassa d’abord la carrière des armes, et suivit, comme officier d’état-major, le général LaFayette dans la campagne de 1792 ; et, après la chute de la monarchie, il quitta l’armée.

Cette manifestation et’ les tentatives qu’il fit, de concert avec sa famille, pour sauver le Roi et la Reine, appelèrent sur lui l’attention du nouveau gouvernement : mis hors la loi, il fut obligé de chercher son salut dans la fuite ; la révolution du 18 Brumaire le tira de sa retraite. Il avait épousé, en 1788, la fille du comte de Chastulé, officier aux Gardes françaises, riche propriétaire à Saint-Domingue, et parent de madame de Bau- 12 LAR

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harnais, épouse du général Bonaparte.

Ces liens de parenté amenèrent des relations naturelles entre le premier Consul et lui ; et Napoléon, qui désirait se l’attacher, donna pour dame d’honneur à l’Impératrice, madame de La Rochefoucauld, et maria sa fille au prince Aldobrandini, frère du prince Borghèse. Préfet de Seine-et-Marne lors de la création des préfectures, le comte de La Rochefoucauld devint, en l’an XII, ambassadeur près la cour de Saxe. Les ratifications du traité de Lunéville n’avaient pas encore été échangées ; sa mission était d’amener l’Électeur à des dispositions plus favorables à la France ; et il y parvint.

Membre de la Légion-d’Honneur le 9 vendémiaire an XII, il fut nommé commandant de l’Ordre le 25 prairial de la même année, et ambassadeur près la cour de Vienne le 6 janvier 1805. L’érection du royaume d’Italie, la réunion de Gênés à l’Empire français, amenèrent bientôt, de la part de l’Autriche, des demandes formelles d’explication qui ne tardèrent pas à devenir des préludes de guerre.

Le comte de La Rochefoucauld instruisit’ sur les sourdes menées dû cabinet de Vienne, sur les armements considérables qui se faisaient dans les États héréditaires, et l’instruisit du traité secret conclu entre l’Autriche, la Russie et l’Angleterre.

Ayant reçu ordre de demander ses passeports, il quitta Vienne le 10 octobre 1805, et y fut accrédité de nouveau le 16 janvier 1806, après la signature du traité de Presbourg.

Alors, le protectorat de la confédération du Rhin ; dontNapoléon venait d’être investi, forçait François II de renoncer au titre d’empereur d’Allemagne.

L’ambassadeur français sut, avec une rar£ habileté, atténuer l’impression que

produisit à la cour de Vienne cette modification importante introduite dans le système politique de l’Europe, impression que devait rendre plus irritante encore l’invasion du royaume de Naples, l’érection du grand duché de Berg et l’envahissement du Hanovre.

En 1807, il quitta Vienne pour. se rendre à Berlin où se trouvait alors Napoléon, et prit une part active aux négociations qui donnèrent à la Saxe une existence politique d’un ordre plus élevé, et assurèrent ainsi son adhésion au système français.

En 1808 il fut nommé à l’ambassade de Hollande ; il remplit avec adresse et bonheur cette nouvelle mission, rendue si difficile par les dispositions secrètes du roi Louis Napoléon, dont le zèle pour les intérêts du pays qu’il gouvernait lui faisait péniblement supporter l’autorité de l’Empereur, son frère, et le contrôle incessant auquel ses mesures étaient soumises.

En 1809, les Anglais débarquèrent en Zélande ; l’ambassadeur français déploya, dans cette circonstance critique, une activité remarquable, et on lui dut, en grande partie, la promptitude avec laquelle furent réunis les moyens qui préservèrent Anvers et ses chantiers d’une ruine presque certaine ; il fut puissamment secondé par les Hollandais, dont la loyauté et l’affabilité de son caractère avaient captivé l’estime et l’affection.

Le roi de Prusse, connaissant toute son influence sur l’esprit des Hollandais, chargea le comte de La Rochefoucauld d’appuyer de son crédit un emprunt qu’il voulait faire en Hollande. Cet emprunt fut rempli, et, en reconnaissance de ce service, le monarque lui envoya le cordon de l’ordre de l’Aigle Noir, que Napoléon lui permit de porter.

En 1810, Napoléon ayant résolu de réunir la Hollande à l’Empire, si son

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frère refusait d’adhérer rigoureusement au blocus continental, de La Rochefoucauld usa, dans cette circonstance délicate, de toutes les ressources d’un esprit adroit ; mais l’irritation était telle, à Amsterdam surtout, qu’il y courut des dangers personnels ; et Napoléon le rendit responsable de l’abdication de son frère.

Aussi, rappelé à Paris vers la fin de 1810, il manifesta le désir de ne plus être chargé de nouvelles missions, et il se livra dès ce moment aux loisirs et aux charmes de la vie privée. Les électeurs de l’Oise ne pouvaient trouver un plus digne représentant ; ils l’envoyèrent trois fois à la Chambre des Députés, où sa place fut constamment marquée au centre gauche.

Le comte de La Rochefoucauld se rangea avec empressement sous le drapeau de 1830, et le Roi des Français le créa pair de France le 19 octobre 1831, et grand officier de la Légion-d’Honneur le 28 avril 183S.

Il est mort le 3 mars 1841.

LA ROCHEJACQUELEIN (HENRI de)[modifier]

né près de Châtillou-sur-Sèvre (Poitou) en 1775, et élevé à l’École militaire, avait 16 ans à l’époque de la Révolution. Appelé en 1790 à faire partie de la Garde constitutionnelle du roi, il quitta Paris, après le 10 août, et se retira dans la terre de Clisson, auprès du marquis de Les-cure, son parent et son ami. Unis par les mêmes sentiments, il s’associèrent à l’idée de relever la monarchie qui menaçait ruine. L’insurrection avait déjà éclaté dans le département de la Vendée, lorsque les habitants des paroisses voisines de Châtillon vinrent demander au jeune La Rochejacquelein de se mettre à leur tête. Il accepta leur offre et alla rejoindre Bonchamp et d’Elbée. Ayant appris qu’une division républicaine menaçait ses propriétés, il marcha contre elle. Au moment du combat, il harangua

ainsi ses soldats : « Je suis encore bien jeune, sans expérience ; mais je brûle de me rendre digne de vous commander. Allons chercher l’ennemi ; si je recule, tuez-moi ; si j’avance, suivez-moi ; si je meurs, vengez-moi. »

Après le’combat de la Tremblaye, où Lescure fut blessé mortellement, et la bataille de Chollet, où d’Elbée et Bon-champ succombèrent également, La Rochejacquelein était devenu le chef du parti royaliste. « Cette armée de la Haute-Vendée, dit M. de Chateaubriand, jadis si brillante, maintenant si malheureuse, se trouvait resserrée entre la Loire et l’armée républicaine qui la poursuivait. Pour la première fois, une sorte de terreur s’empara des paysans ; ils apercevaient les flammes qui embrasaient leurs chaumières et qui s’approchaient peu à peu ; ils ne virent de salut que dans le passage du fleuve. En vain les officiers voulurent les retenir ; en vain La Rochejacquelein versa des pleurs de rage, il fallut suivre une impulsion que rien ne pouvait arrêter. Vingt mauvais bateaux servirent à transporter sur l’autre rive de la Loire la fortune de la monarchie. On fit alors le dénombrement de l’armée ; elle se trouva réduite à 30,000 soldats ; elle avait encore 24 pièces de canon, mais elle commençait à manquer de munitions et de cartouches.

La Rochejacquelein fut élu généralissime. Il avait à peine 2*1 ans. Il y a des moments dans l’histoire où la puissance appartient au génie. Lorsque le plan de campagne eut été arrêté dans les conseils, que l’on se fut décidé à se porter. sur Rennes, l’armée leva ses tentes. L’avant-garde était composée de 12,000 fantassins, soutenus de 12 pièces de canon, les meilleurs soldats et presque toute la cavalerie formaient l’arrière^-garde ; entre ces deux corps cheminait un troupeau de femmes, d’enfants, de LAR

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rieillards, qui s’élevait à plus de 50,000. L’ancien généralissime, le vénérable Les-cure, était porté mourant au.milieu de cette foule en larmes, qu’il éclairait encore de ses conseils et consolait par sa pieuse résignation. La Rochejacquelein, qui comptait moins d’années et plus de combats qu’Alexandre, paraissait à la tête de l’armée, monté sur un cheval que les paysans avaient surnommé le Daim, à cause de sa vitesse. Un drapeau blanc en lambeaux guidait les tribus de Saint-Louis, comme jadis l’arche sainte conduisait dans le désert le peuple fidèle. Ainsi, tandis que la Vendée brûlait derrière eux, s’avançaient avec leurs familles et leurs autels ces généreux Français sans patrie au milieu de leur patrie : ils appelaient leur roi et n’étaient entendus que de leur Dieu.

A la bataille d’Entrasme, La Rochejacquelein mit dans la plus complète déroute l’armée républicaine, commandée par le général en chef L’Échelle. Dix-neuf pièces de canon, autant de caissons, plusieurs chariots chargés d’eau-de-vie et de pain furent les trophées de cette mémorable journée. L’armée républicaine avait été tellement dispersée, que ses débris ne se rallièrent qu’au Lion-d’Angers, bourg à peu de distance de cette ville. Il fallut douze jours pour la réorganiser. Les fuyards furent vigoureusement poursuivis par les Vendéens et presque tous ceux qui se laissèrent atteindre furent massacrés. Ce fut dans cette poursuite que le général en chef des insurgés courut un assez grand danger auquel il échappa heureusement par son courage, sa présence d’esprit et son adresse. Voici comment cet événement est raconté dans les Mémoires de sa belle-sœur, qui suivait alors l’armée vendéenne :

« Depuis le combat de Martigné, où il avait été blessé, M. de La Rochejacquelein

portait toujours le bras droit en écharpe : il n’en était pas moins actif ni moins hardi. En poursuivant les bleus devant Laval, il se trouva seul, dans un chemin creux, aux prises avec un fantassin ; il le saisit au collet de la main. gauche, et gouverna si bien son cheval avec les jambes, que cet homme ne put lui faire aucun mal. Nos gens arrivèrent et voulaient tuer ce soldat ; Henri le leur défendit. « Retourne vers les républicains, lui dit-il ; dis-leur que tu t’es trouvé seul avec le général des brigands, qui n’a qu’une main et point d’armes, et que tu n’as pu le tuer. »

Après avoir enlevé Chemillé, et remporté un avantage à Trementine, les Vendéens s’abandonnaient avec ardeur à la poursuite des fuyards. Au nombre de ces derniers se trouvait un grenadier qui, désespérant d’échapper àlacavalerie, s’était caché derrière un buisson ; on.le fit remarquer à La Rochejacquelein : « Voilà un bleu, dit-il, que je veux voir de plus près. » Le grenadier se voyant découvert, avait déjà mis en joue un cavalier du groupe qui s’avançait vers lui, lorsque, entendant nommer le général, il changea la direction de son fusil et ajusta l’imprudent qui continuait d’avancer. Au moment où La Rochejacquelein allait saisir le grenadier, celui-ci lui fit sauter la cervelle et tomba presque aussitôt percé de coups. Une fosse fut creusée sur le lieu même, et l’on y jeta les deux cadavres.

Ainsi périt le 4 mars 1794-, à l’âge de 22 ans le brave Henri de La Rochejacquelein.

LA ROCHEJACQUELEIN (Louis, marquis de)[modifier]

frère puîné du précédent, né en 4777 à Saint-Aubin-de-Beaubigné (Poitou), avait douze ans lorsque la Révolution éclata. Il suivit son père en Allemagne, fit ses premières armes dans le régiment autrichien de Latour, passa

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ensuite en Angleterre, entra au service de cette puissance, fit deux campagnes dans l’île de Saint-Domingue, rentra en France en 1801 et épousa la veuve du marquis de Lescure. Retiré dans ses terres, il attendait l’occasion de servir une cause à laquelle toute sa famille s’était dévouée. A la Restauration, de Larochejacque-lein fut nommé commandant des grenadiers royaux de la Garde, et lors du 20 mars 1815, il protégea, avec d’autres serviteurs dévoués, la retraite du roi jusqu’à Gand. De cette ville il passa en Angleterre, à l’effet d’y solliciter des secours pour la Vendée, obtint des armes, des munitions et quelques subsides, débarqua sur la côte de Saint-Gilles, et souleva une partie des habitants du pays.

Dans une réunion qui eut lieu à Pal-luau, de La Rochejacquelein fut reconnu général en chef. Napoléon apprit cette seconde insurrection dans la nuit du 17 mai, et il se hâta de prendre des mesures pour arrêter ce mouvement. Il fit inviter trois chefs vendéens, MM. de Ma-lartie, de Flavigny et LaBéraudière, à se rendre, en qualité de pacificateurs, près de leurs anciens compagnons d’armes, et de leur faire comprendre que ce n’était pas dans les champs de la Vendée que pouvait être décidé le sort de la France. En même temps, il fit appuyer ces négociations par un corps de 12,000 hommes sous les ordres du général La-marque. Quelques chefs prêtèrent l’oreille aux observations des pacificateurs ; mais le marquis de LaRôchejacquelein refusa tout accommodement ; et s’étant rendu, le 1" juin, à Croix-de-Vic, il fixa, par un ordre du jour, les mouvements des divers corps d’armée.

Le 2 juin les Anglais commencèrent à débarquer des armes et des munitions. Oïi combattit à Saint-Gilles, mais sans résultat remarquable. Un second enga-

gement eut lieu, le A juin, au pont de Mathes, et M. de La Rochejacquelein y fut tué d’une balle en pleine poitrine, au moment où il cherchait à rallier ses troupes.

LARREY (DOMINIQUE-JEAN, baron)[modifier]

né à Beaudeau près Bagnères-Adour (Hautes-Pyrénées) dans le mois de juillet 1766. Il étudia la chirurgie sous son oncle Alexie, professeur célèbre, et chirurgien en chef de l’hôpital de Toulouse. Larrey fit sa première campagne en 1787 sur la frégate la Vigilante. Second chirurgien interne aux Invalides, il devint le disciple et l’ami du célèbre Sabatier. Chirurgien de première classe,’ en 1792, à l’armée du maréchal Luck-ner, créateur des ambulances volantes, à la tête desquelles il courait enlever les blessés sous le feu des batteries ennemies. Chirurgien principal à l’armée de Cus-tine. Chirurgien en chef de la 14e armée républicaine en 1794. Organisateur de l’École de chirurgie et d’anatomie de. Toulon, professeur à l’École militaire de santé du Val-de-Grâce, en 1796. Chargé de l’inspection des camps et des hôpitaux de l’armée d’Italie ; chirurgien en chef à l’armée d’Égypte ; chirurgien en chef de la garde des Consuls, en 1802. Inspecteur général du service de santé des armées, en 1805, et chirurgien en chef de la Garde impériale. Baron de l’Empire après la bataille de Wagram. Premier chirurgien de la grande armée, en 1812, blessé et fait prisonnier à Waterloo. Lorsqu’il fut rendu à la liberté, il revint dans sa patrie le deuil dans l’âme, mais aussi actif, aussi dévoué qu’il l’avait toujours été. Napoléon, dans son testament, daté de Longwood le 15 avril 1821, a consacré de sa main au baron Larrey ce souvenir si glorieux : a Je lègue au chirurgien en chef Larrey 100,000’francs. C’est l’homme le plus vertueux que j’aie connu. » Dans ses

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dernières années membre du Conseil de santé des armées, Larrey a rempli ces fonctions avec un zèle qui ne s’est jamais démenti. Au commencement de 1842, il sollicita une inspection médicale en Algérie et accomplit noblement cette noble mission, seule faveur qu’il ait obtenue depuis 1830. Honoré et fêté sur la terre d’Afrique, l’illustre vieillard avait à peine posé le pied sur le sol de l’Afrique qu’il fut atteint de la maladie à laquelle, huit jours plus tard, il a succombé à Lyon. Son corps, transporté à Paris, fut inhumé le 6 août au Père-Lachaise.

« Larrey est le plus honnête homme et le meilleur ami du soldat que j’aie jamais connu. Vigilant dans l’exercice de sa profession, on a vu Larrey sur le champ de bataille, après une action, accompagné d’une troupe de jeunes chirurgiens, s’efforçant de découvrir quelques signes de vie dans les corps étendus sur la terre. On trouvait Larrey, dans la saison la plus dure, à toutes les heures du jour et de la nuit, au milieu des blessés ; il permettait à peine un moment de repos à ses aides, et il les tenait continuellement à leurs postes. Il tourmentait les généraux, et allait les éveiller pendant la nuit, toutes les fois qu’il avait besoin de fournitures ou de secours pour les blessés ou les malades. Tout le monde le craignait, parce qu’on savait qu’il viendrait sur-le-champ se plaindre à moi. Il ne faisait la cour à personne, et il était l’ennemi implacable des fournisseurs. » (O’Meara.)

« Larrey avait laissé dans mon esprit l’idée d’un véritable homme de bien ; à la science il joignait au dernier degré toute la vertu d’une philanthropie effective. Tous les blessés étaient de sa famille ; il n’était plus pour lui aucune considération dès qu’il s’agissait. de ses hôpitaux. C’est en grande partie à Lar-

rey que l’humanité doit l’heureuse révolution qu’a éprouvée la chirurgie. Larrey a toute mon estime et toute ma reconnaissance. » (Las Cazes.)

A la bataille d’Aboukir, le général Fugières fut heureusement opéré par Larrey, sous le canon de l’ennemi, d’une blessure à l’épaule. Se croyant au moment de mourir, il offrit son épée au général Bonaparte, en lui disant : « Général, un jour, peut-être, vous envierez mon sort. » Bonaparte fit présent de cette épée à Larrey après y avoir fait graver le nom de l’habile chirurgien et celui de la bataille.

Au siège d’Alexandrie, M. Larrey trouva le moyen de faire de la chair dé cheval une nourriture saine pour les blessés, et fit tuer pour cet usage ses propres chevaux. En 1804 Larrey reçut un des premiers la croix d’officier de la Lé-gion-d’Honneur de la main du premier Consul, qui lui dit : a C’est une récompense bien méritée. »

Après les journées de Lutzen et de Bautzen-, en 1813, une calomnie atroce avait trouvé accès auprès de l’Empereur. On accusait d’une mutilation volontaire les jeunes conscrits blessés qui venaient à ces glorieuses journées de relever la noblesse du sang français. Un jury fut assemblé sous la présidence de Larrey, et Napoléon était résolu de sévir contre ceux qui auraient eu la lâcheté de se mutiler. Larrey, opposé à cette idée de mutilation volontaire, présenta à plusieurs reprises des observations à l’Empereur. Napoléon, prévenu, s’irrite de son obstination et finit par dire. o Monsieur, vous me ferez vos observations officiellement ; allez remplir votre devoir. » Au bout de quelques jours, un rapport très-circonstancié de Larrey dé^ montra à l’Empereur que les soldats avaient tous été blessés au champ d’honr neur. Après l’avoir lu, Napoléon dit à LAS

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Larrey : « Un souverain est bien heureux d’avoir affaire à un homme tel que vous. On vous portera mes ordres. » Et Larrey reçut le soir même, de la part de Napoléon, son portrait enrichi de diamants, 6,000 francs en or et une pension sur l’État de 3,000 francs sans exclusion, est-il dit au décret, de toute récompense méritée par ses grades, son ancienneté et ses services futurs. Plusieurs discours ont été prononcés mr sa tombe. M. Breschet, membre de l’Académie des sciences, a énuméré ses travaux scientifiques en chirurgie, en médecine, en hygiène publique. Larrey avait remplacé Pelletan en 1829 à cette Académie, a On se ’ demande, a dit M. Breschet, comment avec une vie si occupée, M. Larrey a pu écrire les importants ouvrages qu’il nous laisse et qui lui ont mérité le titre de membre correspondant de presque toutes les sociétés savantes de l’Europe, et celui de membre titulaire de l’Institut. » En terminant son discours, M. Breschet a rappelé ces paroles de l’Empereur : « Quel homme, disait Napoléon, quel brave et ’digne homme que Larrey ! Que de soins donnés par lui à l’armée d’Égypte, soit dans la traversée du désert, soit après l’affaire de Saint-Jean-d’Acre, soit enfin en Europe ! Si l’armée élève une colonne à la reconnaissance^ elle doit l’ériger à Larrey. »

Le Val-de-Grâce a fait élever à Larrey une statue dont l’inauguration a eu lieu en août 1850.

LASALLE (ANTOINE-CHARLES-LOUIS, comte de)[modifier]

né le 10 mai 1775, à Metz (Moselle), est issu d’une ancienne famille de Lorraine, et est arrière-petit-fils du maréchal Fabert.

Ses inclinations guerrières se manifestèrent dès l’âge le plus tendre. A peine âgé de 11 ans, il entra le 19 juin 1786, comme sous-lieutenant de remplace-

ment, dans le régiment d’infanterie d’Alsace. Lorsque la Révolution éclata, La-salle, impatient de se signaler, s’élança avec joie vers un nouvel avenir. Il fut placé comme sous-lieutenant dans le 24" régiment de cavalerie le 25 mai 1791. Jusqu’à ce jour la noblesse avait eu seule le privilège des emplois militaires : à l’époque où nous sommes arrivés, elle s’en trouvait exclue. Lasalle dut renoncer au grade qu’il occupait, mais il resta fidèle à son drapeau, qui était celui de la patrie, et il attendit de son mérite personnel et de ses bons services la position ■que sa naissance lui avait faite et que les circonstances lui enlevaient.

Le 1" germinal an II, il était maréchal-des-logis dans le 23e régiment de chasseurs à cheval. A l’armée du Nord, à la tête de quelques chasseurs de sa compagnie, il attaqua et prit une batterie de canons. Le général en chef, témoin de l’intrépidité qu’il avait déployée, lui adressa de justes éloges et lui proposa de le nommer officier. Lasalle refusa cette marque de faveur, mais continua de la mériter.

Lieutenant le 20 ventôse an III, il devint aide-de-camp du général Kellermann père, le 17 floréal de la. même année, et le suivit à l’armée d’Italie. Employé comme adjoint à l’adjudant-général Kellermann fils, le 1" prairial an IV, il fut fait capitaine le 17 brumaire an V. A l’affaire de Vicence, le 27 frimaire suivant, Lasalle $ à la tête de 18 cavaliers, charge et met en déroute 100 hussards autrichiens ; mais dans la chaleur de la poursuite, il se trouve isolé de ses soldats. Entouré par quatre de ces hussards qui le somment de se rendre, il les combat, les repousse, les blesse tous les quatre, et arrivé sur les bords de la Bachiglione, il s’y précipite, la traverse à la nage, et rejoint sain et sauf sa petite troupe qui le croyait perdu. LAS

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Promu chef d’escadron dans le 7e régiment bis de hussards, le 17 nivôse de la même année, il justifia ce rapide avancement quelques jours après à la bataille de Rivoli. Désigné pour enlever un plateau occupé parlesÀutrichiens, il charge à la tête de 20 chasseurs le bataillon qui y était établi et le fait prisonnier, ainsi qu’une partie de celui de Lattermann qui était accouru pour défendre la position. Le 23. ventôse, au passage de la Piave, le commandant Lasalle se signala par de nouveaux exploits. Au mois de germinal suivant, à la tête de 16 Guides, il entra à Vadrozone, qu’occupait un escadron de hulans ; il les charge avec intrépidité, les force à évacuer la ville et à repasser précipitamment le Taglia-mento, traverse la rivière le premier après eux et les mène battant pendant plus d’une lieue.

La campagne d’Italie terminée, Lasalle passa à l’armée d’Orient. Compris dans les cadres d’une armée destinée à opérer des prodiges, le jeune commandant ne faillit point à ses glorieux antécédents. Le 3 thermidor an VI, à la bataille des Pyramides, les Turcs, rassurés par la retraite facile que leur offrait Embabeh, résistèrent vaillamment aux efforts de l’armée française. Leur intrépide chef renouvelait incessamment ses attaques impétueuses, mais chaque tentative était repoussée avec vigueur, et l’issue du combat était indécise, lorsque Lasalle, à la tête de 60 hommes, s’empare de la sortie de la redoute d’Embabeh, vers Gi-seh, coupe la retraite à l’ennemi, et, par ce mouvement hardi, décide la victoire. C’est à la suite de cette affaire que le général en chef Bonaparte le nomma chef de la 22° demi-brigade de chasseurs à cheval le 5 du même mois.

Au combat de Salahieh,le21,il donna la plus haute idée de son courage et de son sang-froid, Pans une charge contre

les Mamelucks, ayant laissé tomber son sabre, il mit pied à terre pour le ramasser au’milieu de la mêlée et remonta tranquillement à cheval pour continuer de combattre. Le 14 nivôse an VII, au combat deSouâgui, il donna de nouvelles preuves de cette intrépidité chevaleresque qui faisait l’admiration de toute l’armée. A l’affaire de Rémediéh, le 28 du même mois, il abattit d’un coup de sabre les deux mains d’un Mameluck contre lequel se défendait le général Davoût ( depuis prince d’Eckmûhl) ; il renversa plusieurs Mamelucks, rompit son sabre sur la tête d’Osman-Bey, eut une paire de pistolets brisés en se défendant, prit le sabre d’un dragon blessé, rentra dans la mêlée, rallia sa troupe, rétablit le combat et chassa l’ennemi dans le désert. Au combat de Samanhout, le 3 pluviôse suivant, il exécuta les charges les plus brillantes, et fit éprouver à l’ennemi des pertes considérables. Enfin le 11 ventôse de la même année, au combat de Gehemi, il défit complètement les Arabes d’Yambo et leur tua plus de 300 hommes.

Lasalle continua de suivre avec son régiment tous les mouvements du corps commandé par le général Davoût, et il força Mourad-Bey à se jeter dans le désert. Rentré au Caire, le 22e de chasseurs fut envoyé à Belbeys pour contenir le pays et pour assurer les communications entre Salahieh et le Caire. Lasalle s’acquitta de cette mission avec tout le succès désirable. Après la convention d’EI-Arisch, conclue entre le général Desaix et les plénipotentiaires turcs, le 5 pluviôse an VIII, Lasalle quitta l’Égypte et vint chercher en Italie de nouveaux hasards et de nouveaux triomphes. Par décision du 17 thermidor suivant, le premier Consul lui décerna un sabre et une paire de pistolets d’honneur, comme témoignage de la satisfaction du gouvernement. Le 7 fructidor de la même

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année, un arrêté des Consuls lui confia le commandement du 10* régiment de hussards, et c’est à la tête de ce corps qu’au combat de Vilnadella, le 27 nivôse an IX, il eut trois chevaux tués sous lui et brisa sept sabres sur l’ennemi. Classé comme membre de droit dans la 5e cohorte de la Légion-d’Honneur, il fut créé commandant de l’Ordre le 25 prairial an XII. Général de brigade le 12 pluviôse an XIII, il eut, le 11 ventôse suivant, le commandement d’une brigade de dragons stationnée à Amiens. C’est avec ces troupes qu’il prit part à la mémorable campagne d’Austerlitz.

Le 26 octobre 1806, pendant la campagne de Prusse, il joignit la division de cavalerie du prince de Hohenlohe. Sans s’inquiéter de son énorme supériorité numérique, il la charge avec son impétuosité accoutumée, et bientôt toute la division rompue, culbutée, cherche son salut dans les défilés étroits qui se trouvent à là sortie du village de Zehdnick. Vainement la cavalerie prussienne cher-che-t-elle à se reformer en bataille, les dragons français l’écrasent et en font une horrible boucherie. Le 28, au village de Prentelau, il contribua puissamment par ses charges brillantes aux succès de la journée. Mais ce qui mit le comble à la gloire du jeune et vaillant général, ce fut la prise de Stettin, où, avec deux régiments de cavalerie seulement, il fit son entrée le 29 du même mois. Ce fait d’armes, d’une audace inouïe, fit tomber en notre pouvoir une forteresse en bon état, bien approvisionnée, armée de 160 pièces de canon et occupée par 6,000 hommes.

Général de division le 30 décembre 1806, il fut nommé commandant de la cavalerie légère de la réserve en 1807. A la bataille d’Heilsberg, le 12 juin de cette même année, le prince Murât, grand duc de Berg, est entouré au fort

de la mêlée par 12 dragons russes. La-salle s’en aperçoit, il se détache seul, fond sur les ennemis avec la rapidité de la foudre, tue l’officier qui commande le détachement et met les 11 dragons en fuite. Peu d’instants après il est enveloppé à son tour, Murât se précipite au milieu des assaillants, dégage celui qui venait de lui sauver la vie, et dit en lui serrant la main : Général, nous sommes quittes.

Le i" juillet suivant, l’Empereur lui conféra la croix de chevalier de la Couronne de Fer. Le 15 février 1808, il passa à l’armée d’Espagne avec la cavalerie qu’il commandait. Au mois de juin, à Torquemada, il défit complètement un corps nombreux d’insurgés espagnols, et les contraignit à se réfugier dans les montagnes. Il se porta ensuite sur Palencia, que les insurgés avaient abandonné à l’approche de nos troupes, et marcha sur Valladolid, appuyé par une colonne d’infanterie de la division Merle. Au village de Cabezon, trois lieues avant d’arriver à Valladolid, sur la route de Palencia, il rencontre un corps de troupes régulières d’environ 7,000 hommes. Il les attaque aussitôt et les bat complètement. L’ennemi, culbuté en un instant, se disperse dans les montagnes, abandonnant son artillerie et laissant plus de 1,000 morts sur le champ de bataille. Lasalle entra le même jour dans Valladolid, où il rétablit l’ordre.

Le 14 juillet, à la bataille de Mcdiiia del Rio Secco, où 12,000 Français, sous les ordres du maréchal Bessières, battirent une armée de 40,000 Espagnols, commandée par les généraux Cuesta et Blake, Lasalle, par une charge des plus brillantes, fixa la victoire sous nos drapeaux. 8,000 Espagnols restèrent sur le champ de bataille, et 6,000 prisonniers avec tous les bagages de l’armée ennemie tombèrent en notre pouvoir. L’armée

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française fit alors un mouvement rétrograde sur Vittoria, et Lasalle, chargé du commandement de l’arrière-garde, contint l’ennemi par l’habileté de ses manœuvres. Avec des hommes comme celui-ci les récompenses étaient rarement à la hauteur des services. Par décret du & septembre 1808, l’Empereur le nomma grand officier de la Légion-d’Honneur, et le créa ensuite comte de l’Empire.

Le 10 novembre, à la bataille de Bur-gos, Lasalle concourut encore au succès de la journée. Peu de jours après, au combat de Villa-Vigo, il prit septpiècesde canon et quatre drapeaux. Vers la fin du mois de mars il passa le Tage, nettoya la rive gauche de ce fleuve et vint prendre part, le 28 de ce même mois, à la bataille de Medelin. Cette journée fut une des plus glorieuses de la vie militaire du général Lasalle. Il commandait alors toute la cavalerie, et avait, de plus, sous ses ordres une division d’infanterie allemande qui était formée en carré sur la seconde ligne. L’armée espagnole, bien plus nombreuse que celle des Français, enveloppait pour ainsi dire ces derniers, ne leur laissant pour retraite que le long pont de Medelin, sur la Guadiana. Le feu meurtrier de l’artillerie ennemie portait le ravage et la mort dans les rangs, lor&i que le maréchal Victor ordonna un mouvement rétrograde. A peine Lasalle avait-il commencé à l’exécuter, que l’infanterie espagnole, soutenue par une nombreuse cavalerie, s’avança audacieu-sement sur les Français. Lasalle reconnaissant aussitôt tout le danger d’une retraite, dans un défilé aussi étroit que l’était le pont de Medelin, s’élance à la tête du 26e régiment de dragons sur un carré de 6,000 hommes qui débordait notre flanc droit. Il renverse et taille en pièces tout ce qui lui résiste, et donne ainsi le temps à l’armée française de marcher à l’ennemi, qui fut enfoncé et

culbuté sur tous les points. 14,800 Espagnols restèrent sur le champ de bataille ; 5,000 prisonniers, 19 pièces de canon furent les trophées dus dans cette journée à l’intrépidité du général Lasalle. Ce fut son dernier fait d’armes dans la péninsule espagnole ; il partit immédiatement après pour aller prendre le commandement d’une division de cavalerie à la grande armée pendant la campagne d’Autriche.

A Altembourg, à Essling, à Raab, partout Lasalle se montra digne de lui-même ; mais la fortune était lasse, elle lui permit encore de prendre sa part dans la bataille de Wagram, elle ne lui permit pas d’en jouir. Frappé d’un coup. mortel, il mourut de la mort des braves à l’âge de 34 ans. Sa perte jeta le deuil dans toute l’armée.

Un décret impérial du 1" janvier 1810 ordonna que la statue de Lasalle serait placé sur le pont de la Concorde. Une rue de Metz prit son nom, et son portrait fut placé dans un des salons de l’Hôtel-de-Ville.

LASALCETTE (JEAN-JACQUES-BEBNAR-DIN, COLAUD de)[modifier]

né à Grenoble (Isère), le 27 décembre 1758, entra au service comme cadet dans le régiment de l’Ile de France (22e, puis 39e d’infanterie) au mois de mai 1778. Fait sous-lieutenant sans appointementsIel5 décembre de la même année, sous - lieutenant avec traitement le 11 juin 1776, lieutenant en second le 21 mai 1788, lieutenant en premier le 20 septembre 1788, capitaine le 11 juin 1791, il suivit Behague aux Antilles.

Il devint aide-de-camp du général La-meth le 16 février 1792, ensuite de Me-nou, et servit à l’armée du Nord. Nommé adjudant-général chef de bataillon le 8 mars 1793, et envoyé à l’armée d’Italie, il se distingua dans différents combats, notamment les 8 et 12 juin, et se vit contraint, à cause de sa naissance, de,

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donner sa démission le 15 septembre suivant.

Réintégré le 25 prairial an III, il fut promu adjudant-général, chef de brigade le même jour. Cet officier supérieur se fit remarquer, le 8 et le 16 fructidor, aux affaires de Sainte-Anne, de Ja Lombarde, de Saint-Barnouilli, où il commandait la gauche de la division Serrurier. Dans la dernière, il arrêta la marche des Pié-montais qui cherchaient à gagner le pont dû Var par les vallées de la Tinéa et de la Vésubia, et leur fit un grand nombre de prisonniers, parmi lesquels le colonel Pàyernoff. Kellermann jugea cette action si importante, surtout dans la situation où se trouvait alors l’armée, qu’il demanda et obtint pour Lasalcette le grade de général de brigade le 7 bru--maire an IV.

Au siège de Mantoue, il commanda par intérim la division Serrurier, lorsqu’elle reprit position à Marmirole, après avoir repoussé l’ennemi dans la place et lui avoir enlevé des convois et des prisonniers. Le 20 fructidor, il battit l’ennemi à Saint-Antoine et lui prit l’artillerie qui armait la redoute de cette ville, qui eut lieu le 14 pluviôse an V} et marcha sur Rome avec la division Victor.

A la suite du traité de Campo-Formio, il fut envoyé dans les îles Ioniennes. Le général Chabot le chargea de la défense de Prevesa sur la côte d’Albanie, au moment où les Turcs et les Russes réunis nous déclarèrent la guerre *• II s’y défendit contre 11,000 Albanais, Sou-liotes, Turcs et Russes, commandés par Ali-Pacha, quoique abandonné des habitants et n’ayant à sa disposition que 450 hommes. La garnison étant réduite à 150 combattants, ne pouvant espérer aucun secours, pressé- d’ailleurs par un ennemi si supérieur, il capitula.

Conduit de cachots en cachots à Constantinople, condamné au bagne avec ses compagnons d’armes, il n’en sortit qu’au mois de ventôse an.IX, par échange avec les prisonniers que l’armée d’Égypte avait faits.

Rentré en France, mis en non- activité le 1" vendémiaire an X, il fut employé dans la 7° division militaire le 1" vendémiaire an XI, et reçut, en l’an XII, la décoration de membre de la Légion-d’Honneùr le 19 frimaire, et celle de commandant de l’Ordre le 23 prairial.

Attaché, le 18 brumaire an XIV, au corps de réserve du maréchal Kellermann comme chef d’état-major, l’Empereur le fit gouverneur du Hanovre le. 4 décembre 1806. Il avait un commandement dans la 30° division militaire depuis le 10 juin 1810, lors des événements de 1814. Le 31 août, Louis XVIII le nomma commandant du département de la Loire, et l’admit à la retraite le 24 décembre. Quand l’Empereur revint, en 1815, il l’éleva au grade de lieutenant-général le 22 mars et lui confia la 7’ division militaire. Le gouvernement royal ordonna son remplacement le 21 juillet, et annula sa nomination le Ie’ août. Rentré dans sa position de retraite, il y de meura jusqu’à là Révolution de 1830. Louis-Philippe, par ordonnance du 5 janvier 1832, et en considération de sa promotion pendant les Cent-Jours, lui rendit son grade de lieutenant-général pour prendre rang du 19novembrel831.

Il mourut le 3 septembre 1334. Son nom est gravé sur le monument de l’Étoile, côté Sud.

LASCOURS (LOMS-JOSEPH-ÉMSABETH-FORTUNE-RENAUD DE BOULOGNE de)[modifier]

général de division, grand officier de la Légion- d’Honneur, chevalier de Saint-Louis, décoré du Nichan (Tunis) de 2a classe, ancien député et pair de France, etc., né au château de Lascours, près Anduze (Gard), en décembre 1786. LAS.

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Entré à l’École militaire de Fontainebleau à l’âge de 17 ans, M. de Lascours en sortit en 1803, et fit, comme sous-lieutenant au 3e dragons, sa première campagne à Austerlitz, où il reçut un coup de feu dans la poitrine. c En 1806, il accompagna, en qualité d’aide-de-camp, le général Sébastiani dans son ambassade à Constantinople. Lorsqu’en février 1807, la flotte anglaise força les Dardanelles et vint forcer le Sérail, il contribua par son activité et son courage à l’armement des 500. pièces de canon qui, en moins de cinq jours, garnirent la rive du Bosphore. Cet acte énergique sauva l’honneur musulman, alors intimement lié à celui de la France.

Rappelé à la suite de la révolution qui précipita Selim du trône, M. de Lascours entra comme capitaine au 11" dragons en décembre 1807, et retourna en 1808 auprès de son général que l’Empereur envoyait commander une division de cavalerie au 4e corps de l’armée d’Espagne. Il y assista à la défaite de Blacke, contribua aux succès d’Espinosa, de Ma-dridejoz, de Ciutad-Real, d’Almonacid, et prit part à la conquête des provinces de Jaene, Grenade et Malaga. En 1812, il fit la campagne de Russie, pénétra le premier, avec son général, dans Moscou à la tête du 2° corps de cavalerie et servit comme simple soldat dans l’escadron sacré, pendant la retraite.

Le 14. juin 1813, l’Empereur le nomma adjudant-commandant, grade correspondant à celui de colonel d’étaf-major. M. de Lascours n’avait pas encore 25 ans. L’honneur d’un tel avancement dans un âge aussi jeune n’appartint qu’à un petit nombre d’officiers. Les seuls auxquels l’Empereur accorda l’insigne honneur de les nommer colonels à 21 ans et demi, furent Moncey, mort en 1816, et Oudi-not de Reggio. Après avoir fait, comme chef d’état-

major du 2e corps de cavalerie, la campagne de Saxe, et celle de France avec le 5e corps, M. de Lascours passa comme aide-major dans la 5" compagnie des Gardes du corps (Wagram).

Au 20 mars, il accompagna les princes jusqu’à Béthune, mais il ne voulut pas quitter le sol français ; il se retira chez lui où il vécut éloigné des affaires pendant les Cent-Jours.

La Restauration lui donna le commandement de la légion de la Marne, et en 1819 il fit partie du corps d’état-major.

Défenseur ardent de la cause libérale, lors des élections de 1823, où il soutint l’élection de M. de Saint-Aulaire, il se vit mettre au traitement de réforme, au moment où le collège électoral du Gard l’envoya siéger à la Chambre sur les bancs du centre gauche.

Après la révolution de Juillet, le colonel de Lascours, appelé au commandement supérieur des départements du Gard, de l’Ardèche et de la Lozère, parvint, à force de fermeté et de prudence, à rétablir la tranquillité dans la ville de Nîmes que le gouvernement avait mise en état de siège, et fut récompensé de son honorable conduite par le grade de maréchal de camp, le 6 septembre 1830. Employé dans la garnison de Paris, et sur la frontière du Nord de 1832 à 1839, il fut promu au grade de lieutenant-général le 26 avril 1841, et investi’du commandement de la 7e division militaire à Lyon, commandement qu’il conserva jusqu’à la Révolution de 1848, n’interrompant ses fonctions que pour exercer celles d’inspecteur général d’infanterie, ou pour siéger à la Chambre des Pairs, à laquelle il appartenait,depuis 1831.

M. de Lascours est mort le 28 janvier 1850, dans sa terre de Lascours, où il était né 64 ans auparavant. Il comptait 47 ans de service effectif et dix campa-

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gnes. Il laisse pour héritier de son nom un officier de la plus belle espérance.

LATAYE (PIERRE-FRANÇOIS, baron)[modifier]

né le 14 mars 1755 à Charny (Meuse), entra au service comme cavalier le 9 mars 1773, dans lé régiment de Royal-Cravate, devenu 10" de cuirassiers.

Brigadier le 19 mars 1778, fourrier le 12 juillet 1781, maréchal-des-logis-chef le 20 juin 1784, il devint adjudant sous-officier le 23 juillet suivant, et porte-étendard le 20 août 1789. Promu sous-lieutenant le 1er mars 1791, lieutenant le 25 janvier 1792, il obtint le grade de capitaine le 26 octobre de cette dernière année.

Envoyé sur les frontières, il fit toutes les campagnes de 1792 à l’an IX dans les armées du Nord, du Centre, de la Moselle, de Sambre-el-Meuse, du Danube et du Rhin.

Au mois de nivôse an II, près de Kir-chenpolen, avec un escadron, il chargea 400 hussards prussiens auxquels il fit un grand nombre de prisonniers. Cette action, vigoureusement conduite, lui valut les félicitations de l’adjudant-général Gouvion-Saint-Cyr, sous les ordres duquel il se trouvait en ce moment.

Le 28 prairial suivant, en avant de Gosselies, près de Charleroy, après plusieurs charges exécutées par son régiment sur plusieurs bataillons autrichiens, protégés par sept pièces de canon et soutenus par de la cavalerie, il poursuivit les fuyards avec tant de vigueur et d’acharnement qu’il parvint à s’emparer de leur artillerie. Le général en chef Jour-dan lui adressa des éloges publics pour sa conduite distinguée dans cette affaire. Cité honorablement dans les journées de Fleurus, de Tongres, de Maëstricht et de Juliers, il contribua dans un de ces ■combats à reprendre deux pièces de canon tombées au pouvoir de l’ennemi.

Le 16 messidor de la même année,

près de Nivelles, à la tête d’un escadron, il attaqua 300 hussards de Barck, les mit en déroute, leur tua ou blessa une grande quantité d’hommes et en fit plusieurs prisonniers avec leurs chevaux. Dans ce combat opiniâtre, il reçut un coup de sabre à la joue gauche, et ayant eu son arme brisée dans la mêlée, il aurait été infailliblement accablé par le nombre, si le lieutenant Gunet et quelques soldats déterminés ne fussent venus le dégager.

Nommé chef d’escadron le 10 messidor an III, il se signala encore par son intrépidité le 17 fructidor an IV, lors de la retraite de l’armée près de Wurtzbourg. Commandant par intérim le régiment, il soutint pendant six heures la retraite sous un feu terrible d’artillerie. Il attaqua une ligne de cavalerie bien supérieure en nombre, la rompit, la dispersa, et fournit sur les neuf heures du soir, à la clarté de la lune, une charge impétueuse dans laquelle il culbuta plusieurs bataillons autrichiens et parvint à reprendre la position au pied de laquelle fut tué le général Bonnot.

Le 3 floréal an V, il fut nommé chef de brigade dans le même régiment où il était entré comme simple cavalier quelques années auparavant.

Le 26 floréal an VIII, près d’Erbach, sur le Danube, il chargea trois fois de suite sur une ligne de hussards et de hulans autrichiens, soutenue par trois lignes de grosse cavalerie. Les ennemis étaient six fois plus nombreux ; mais sans s’arrêter à la disproportion de ses forces, Lataye s’élnnca le premier dans leurs rangs, et, sabrant à droite et à gauche, il fraya le passage à ceux qu’animait son courageux exemple. La cavalerie autrichienne ne pouvant résister à ce choc impétueux, fut bientôt rompue et dispersée ; elle chercha son salut dans la fuite, abandonnant deux pièces de canon dont elle s’était précédemment emparée, LAT

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laissant au pouvoir du vainqueur plusieurs prisonniers et une centaine d’hommes hors de combat. Les généraux Co-laud, Legrand, Sainte-Suzanne, Lacoste et Levasseur, témoins de cette brillante affaire, demandèrent au premier Consul un sabre d’honneur en faveur du chef de brigade Lataye. Il remplit les fonctions de chef de brigade pendant le restant de la campagne, et le 12 frimaire an IX, à Hohenlinden, où il commandait la brigade de réserve, il fit des prodiges de valeur.

De l’anX à l’an XIII, il tint garnison dans la 5e.division militaire, fut créé membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, officier le 25 prairial suivant, et électeur du collège départemental du Bas-Rhin.

Lors de la déclaration de guerre avec l’Autriche, il fit partie de la 2e division de grosse cavalerie de la réserve de la grande armée, et combattit avec elle en Autriche et en Prusse pendant les campagnes de l’an XIV et de 1806.

Le 9 brumaire an XIV, en avant de Braunau, en Moravie, il reçut l’ordre de soutenir les grenadiers à cheval de la Garde impériale auxquels était opposée une masse formidable de cavalerie russe. Le colonel Lataye, à la tête du brave 10e de cuirassiers, s’élance aussitôt’ sur l’ennemi, le disperse et le contraint à prendre précipitamment la fuite.

Le 11 frimaire suivant, à Austerlitz, son intrépidité fut remarquée par l’Em-peur, qui le nomma commandeur de la Légion-d’Honneur le 4 nivôse de la même année. Après la campagne de Prusse, les infirmités qu’il avait contractées dans un service non interrompu de plus de 33 années effectives, l’obligèrent à solliciter un repos devenu nécessaire. Un décret du 4 octobre 1806 lui accorda la solde de retraite comme général de brigade, et un autre lui conféra eu 1810 le titre de

baron, avec une dotation de 4,000 francs de rente sur les domaines de West-phalie.

Le général Lataye, retiré à Schelestadt, y vivait au sein de sa famille et entouré de l’estime et de.la considération de ses concitoyens, lorsque la mort est venue le frapper le 24 février 1827.

LATOUCHE-TRÉVILLE (LOUIS-RENE-MADELEINE-LEVASSOR de)[modifier]

né à Rochefort le 3 juin 1745. H entra dans les gardes-marine en 1756, obtint une compagnie de cavalerie douze ans après, et reprit ensuite du service sur mer. Commandant de frégate en 1780 ; employé à la paix dans l’administration supérieure de la marine ; chancelier de la maison du duc d’Orléans en 1786 ; député aux États généraux en 1789. Rappelé au commandement d’une division navale en 1792 ; destitué et emprisonné en 1793 ; commandant de l’escadre de Brest après le 18 brumaire, et plus tard, de celle dirigée contre Saint-Domingue. Vice-amiral et commandant l’escadre de la Méditerranée en 1804. Mort à bord du Bucen-taure le 20 août de la même année.

« Napoléon regrettait fort Lalouche-Tréville ; lui seul lui avait présenté l’idée d’un vrai talent ; il pensait que cet amiral eût pu donner une autre impulsion aux affaires. L’attaque sur l’Inde, celle sur l’Angleterre, eussent été du moins entreprises, et se fussent peut-être accomplies. » (LAS-CASES.)

LATOUR (JOSEPH, baron)[modifier]

naquit le 1et novembre 1765 àBordeaux (Gironde). Soldat dans le régiment de Languedoc-Infanterie du 13 avril 1784 au 4 septembre 1790, il fut élu le 8 septembre 1791 lieutenant au 3e bataillon de la Gironde (65e, puis 68e demi-brigade, cette dernière réunie au 56e régiment de ligne). Employé en 1792 et 1793 à l’armée du Rhin, il y reçut un coup de feu dans la poitrine le 21 mai de la dernière de

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ces années, et obtint le brevet de capitaine le 8 germinal an II.

De l’an VI à la paix de Lunéville, il était en Italie : dans cet intervalle, le général en chef Moreau résolut, le 27. floréal an VII, d’attaquer l’ennemi entre Alexandrie et Tortone, et le bataillon de la 68e, dans lequel servait Lalour, eut ordre d’éclairer la route de Novi ; mais, nos troupes, accablées par des forces trop supérieures, ayant été obligées de repasser la Bormida, ce bataillon se trouva coupé et séparé de l’armée.

Assailli par les Russes, il ne lui restait qu’à mettre bas les armes ou à se jeter dans l’Orba. Latour conseilla vivement ce parti, chercha un gué, et tout le bataillon se risqua dans la rivière, dont le cours torrentieux et rapide ne pouvait être traversé sans danger ; sur i,100 hommes, 80 furent entraînés et périrent dans les flots. Dans cette cir^ constance, 30 officiers ou soldats durent la vie au brave Latour : à chaque instant, malgré sa fatjgue, il arrachait de nouvelles victimes à la mort, et lui-même manqua de périr ; un grenadier, qu’il s’efforçait de ramener sur la rive, s’étant attaché à lui et le serrant avec tant de violence, il lui devint impossible de nager ; épuisé, Latour allait subir le sort de celui qu’il voulait sauver, lorsqu’un caporal de sa compagnie, nommé Le-guerry, se mit à la nage et le poussa sur la rive.

En récompense, Latour reçut un sabre d’honneur le 19 ventôse an XI, et fut compris comme officier de la Légion-d’Honneur, dans la promotion du 2o prairial.

Chef de bataillon le 1er décembre 1806, colonel le 30 octobre 1810, il fit la campagne d’Espagne et.reçut, le 4 août, le grade de général de brigade. ■ Chevalier de Saint-Louis au mois de

mai 1814, il fat appelé au retour de l’île d’Elbe par l’Empereur au commandement supérieur de Maubeuge.

Admis à la retraite le 6 novembre suivant, le général Latour est mort à Paris le 1" novembre 1833.

LA TOUR D’AUVERGNE (THEOPHILE-MALO-CORRET de)[modifier]

premier grenadier des armées françaises, naquit à Carhaix (Finistère) le 23 octobre 1743.

En 1767, il entra, en qualité de sousr lieutenant, dans la deuxième compagnie des Mousquetaires. Il passa ensuite au service de l’Espagne, où il donna des preuves de la plus brillante valeur. Pendant une action meurtrière, il sauva la vie à un officier espagnol blessé en le rapportant au camp sur ses épaules, puis il revint au combat. Le roi d’Espagne lui accorda une décoration qu’il accepta, mais en refusant la pension qui y était attachée.

En 1793, âgé-de 50 ans, il comptait 33 années de service effectif, et il embrassa avec ardeur le parti de la Révolution. D’abord il servit à l’armée des Pyrénées-Orientales, où il commandait toutes les compagnies de grenadiers formant l’a-vant-garde et appelées colotme infernale. Presque toujours cette phalange avait décidé la victoire lorsque ce corps d’ar-. mée arrivait sur le champ de bataille.

Ses loisirs étaient toujours consacrés à des méditations pu à des travaux littéraires. Appelé à tous les conseils de guerre, il fit constamment le service de général sans vouloir jamais le devenir. S’étant embarqué après la paix avec l’Espagne pour se rendre dans sa province, il fut pris par les Anglais. On voulut le forcer à quitter sa cocarde ; mais la passant à son épée jusqu’à la garde, il déclara qu’il périrait plutôt en la défendant.

Étant à Paris, à son retour en France, il apprit qu’un de ses amis, vieillard oc-.

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togénaire, venait d’être séparé de son fils par la réquisition ; il se présenta aussitôt au Directoire, obtint de remplacer le jeune conscrit qu’il rendit à sa famille, et partit pour l’armée du Rhin, comme simple volontaire. Il fit la campagne de 1799, en Suisse, fut élu membre du Corps législatif, après le 18 brumaire, mais refusa de siéger, en disant : a Je ne sais pas faire des lois, je sais seulement les défendre, envoyez-moi aux armées. »

En 1800, il passa à l’armée du Rhin et y reçut l’arrêté qui le nommait premier grenadier de Varmée française. Dans le combat de Neufbourg, il tomba percé au cœur d’un coup de lance, le 28 juin 1800. Toute l’armée regretta ce vieux brave qu’elle aimait à nommer son modèle. Son corps enveloppé de feuilles de chêne et de laurier fut déposé au lieu même où il fut tué. On lui éleva un monument. sur lequel on grava cette épitaphe : LA TOUR D’AUVERGNE. On sait que son cœur embaumé était précieusement conservé par sa compagnie, et qu’à l’appel, le plus ancien sergent répondait au nom de La Tour d’Auvergne : Mort au champ d’honneur/

La bravoure de La Tour d’Auvergne était devenue proverbiale, mais cette précieuse qualité est tellement française qu’elle ne suffit pas aujourd’hui pour tirer un homme de la foule. Si La Tour d’Auvergne n’avait été qu’un courageux soldat, il n’eût pas brillé de tout l’éclat qui l’environne. Une qualité plus rare le fit surtout remarquer, c’est son inaltérable amour de la patrie, la sensibilité de son âme, l’indépendance de son caractère et son désintéressement.

« J’ai près de 800 livres de rente, quelques livres, mes manuscrits, de bonnes armes, disait-il, c’est beaucoup pour un grenadier en campagne, c’est assez

pour un homme qui ne s’est pas fait de besoins dans sa retraite. »

Le prince de Bouillon qui avait obtenu par le crédit de La Tour d’Auvergne la restitution de ses biens, lui offrit une terre àBeaumont-sur-Eure, rapportant 10,000 livres de rentes ; mais le modeste guerrier refusa, ne voulant pas mettre de prix à ses services. La famille de La Tour d’Auvergne était une branche bâtarde de celle de Bouillon.

Un député lui vantait son crédit et lui offrait sa protection. « Vous êtes dono bien puissant, lui dit La Tour d’Auvergne, qui se trouvait alors dans le plus grand dénûment. — Sans doute. — Eh bien ! demandez pour moi… — Un régiment ? — Non, une paire de souliers.

La Tour d’Auvergne a publié les Origines gauloises, ouvrage plein d’érudition et d’originalité. La mort l’a empêché de publier un dictionnaire polyglotte où il comparaît 45 langues avec le bas-breton. Il l’avait mis au net avant son dernier départ pour l’armée du Rhin.

LATOUR-MAUBOURG (MARIE-VICTOR-CHARLES, CESAR DE FAÏ, marquis de)[modifier]

né le 11 février 1756 dans le Vivarais. Il était en 1782 sous-lieutenant dans le régiment de Beaujolais-Infanterie, en 1786 capitaine dans le régiment d’Orléans-Cavalerie, et en 1789, sous-lieutenant des gardes du corps. Après avoir donné le 5 octobre 1789 des preuves de dévouement à Louis XVI, près duquel il était de service, il émigra à la suite du 10 août 1792, et ne rentra qu’en 1798. Aide-de-camp dans l’expédition d’Égypte, il était devenu colonel à Austerlitz et y reçut le grade de général de brigade. Il fit ensuite les campagnes de Prusse et de Pologne, fut blessé au combat de Dreypen, reçut le 14 mai 1807 le titre de général de division et fut blessé de nouveau à Friedland. Il se signala en Espagne en 1808 à la tête de la cavalerie de l’armée

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du Midi, fit la campagne de Russie, commanda le Ie’ corps de cavalerie en 1813, et se couvrit de gloire à Dresde et surtout à Leipzig où il eut la cuisse emportée par un boulet. M. de Latour-Maubourg adhéra à la déchéance de l’Empereur et fut nommé Pair le 2 juin 1814. Il ne remplit aucune fonction pendant les Cent-Jours, et fut chargé du portefeuille de la guerre. On lui doit l’ordonnance du 25 octobre 1820 portant réorganisation de l’infanterie française. Il fut nommé en 1821,.gouverneur des Invalides. Napoléon l’avait nommé grand-croix de la Légion-d’Honneur, et Louis XVIII commandeur de l’Ordre de Saint-Louis et chevalier du Saint-Esprit.

Il est mort en 1831.

LAVALLETTE (ANTOINE-MARIE-AMAND, comte de)[modifier]

naquit à Paris en 1769. Son père, honnête marchand, le destina d’abord à l’état ecclésiastique, carrière que le jeune Lavalette quitta pour entrer dans l’étude d’un procureur, afin de se préparer à la profession d’avocat ; mais le zèle qu’il déploya en faveur de la famille royale dans les journées des 5 et 6 octobre 1789, 20 juin et 10 août 1792, l’obligea de fuir aux armées la proscription dont il était menacé ; il entra donc comme volontaire dans la légion des Alpes. Son avancement fut rapide : officier d’état-major du1 général Custine en l’an II, aide-de-camp du général Bara-guay-d’Hilliers l’année suivante, le général Bonaparte, après la bataillé d’Arcole^ le nomma son aide-de-camp ea remplacement de Muiron, tué à cette affaire.

Plus tard, il assista aux négociations qui amenèrent le traité de Léoben en qualité de secrétaire ; puis, en l’an V, Bonaparte l’envoya à Paris étudier l’esprit public, afin de l’instruire des causes de la lutte qui venait d’éclater entre la majorité des conseils et le Directoire.

Le Directoire ayant découvert le but de sa mission, voulut, par des menaces, le déterminer à lui livrer la correspondance de son général ; mais Lavallette préféra la brûler : aussi l’attachement de Bonaparte pour son aide-de-camp alla-t-il jusqu’à lui faire épouser la nièce de sa femme, madame Emilie de Beauhar-nais.

Un mois après, il partit pour l’Égypte, revint en France avec Bonaparte, et celui-ci, devenu premier Consul, l’envoya traiter avec les cours de Saxe et de Hesse. Enfin, après avoir été successivement administrateur de la caisse d’amortissement, Commissaire, puis Directeur, général des postes, avec le titre de conseiller d’État, membre et commandeur de la Légion-d’Honneur, les 4 germinal et 25 prairial an XII, il fut élevé en 1808 au rang de comte de l’Empire, et le 30 juin 1811 à celui de grand officier de l’Ordre.

Les événements de 1814 le rendirent à la vie privée ; toutefois, il y a lieu de penser qu’il ne demeura pas’étranger aux menées qui préparèrent le retour de Napoléon au 20 mars, et cela se conçoit : aussi dirons-nous avec Montlosier : « On l’a accusé d’être parjure, lui, croyait être fidèle. » Le 20 mars 1815, Lavallette se présenta donc à l’administration des postes accompagné du général Sébastiani, et, an nom de l’Empereur, il somma Ecr-rand, alors directeur général, d’avoir à se retirer ; du moins, c’est ainsi que l’avançait l’acte d’accusation ; car, après la seconde chute de l’Empire, Lavallette, arrêté, comparut devant la cour d’assises de la Seine comme coupable de haute trahison, et fut condamné à la ■ peine de mort le 21 novembre 1815. 13

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II montra, pendant la durée des débats, autant ’de calme que de dignité, réfuta avec noblesse ries charges invoquées contre lui par le ministère public, et lorsque le président de la cour prononça l’arrêt de mort, il se tourna vers Tripier, son avocat, et lui dit : a Que voulez-vous, mon ami, -c’est un coup de canon qui m’a frappé. » Puis, en se retirant, il salua les nombreux employés delà poste appelés comme témoins contre lui.

Un mois après, les journaux annoncèrent le rejet de son pourvoi en cassation, et le bruit se répandit que le recours en grâce formé par madame de Lavallette avait été repoussé.

En effet, le 21 décembre, l’échafaud devait être dressé, et une nouvelle victime des réactions politiques allait être immolée : la veille de ce jour, une chaise à porteur s’avançait lentement vers la Conciergerie, elle renfermait une femme en pleurs, et, près d’elle, marchait une jeune fille soutenue par une vieille domestique. Ces femmes furent introduites dans la cellule du condamné, et là, on n’entendit que sanglots et gémissements ; puis ces trois femmes, dont Tune paraissait accablée de douleur, sortirent, tra-versèrentle greffe, franchirent une grille, puis une autre, accompagnées du concierge. Celui-ci, en rentrant, entendant quelque bruit dans la cellule qu’elles venaient de quitter, y pénètre, et. au lieu d’y trouver celui qu’il devait le lendemain livrer au bourreau, il reconnut M™’ de Lavallette. « Ah ! Madame, s’écria-t-il, vous m’avez perdu ! » II se précipite alors dans la rue suivi des gardiens ; mais ses recherches furent infructueuses, et pendant ce temps, La-valletle, guidé par un ami, se rendait à l’hôtel du ministre des affaires étrangères, où, jusqu’au 20 janvier, il demeura caché. On sait que ce fut au dévouement de trois Anglais, Robert Wilson, Bruce,

Hutchinson,, qu’il parvint à sortir de France, qu’il se retira en Bavière auprès du prince Eugène, et qu’il vivait en France en 1822 ; on sait aussi que M"8 de Lavallette perdit pour toujours la raison.

Louis XVIII disait de cette femme justement célèbre, que, dans les circonstances dont nous venons de parler, elle seule avait fait son devoir.

Lavallette, mort à Paris le 15 février 1830, vivait depuis son retour dans la plus profonde retraite. Il a laissé des Mémoires fort intéressants.

LAW (JACQUES-ALEXANDRE-BERNARD)[modifier]

marquis de Lauriston, naquit à Pondi-chéry le 1er février 1768. Il était le 3e des six fils de Law de Lauriston, comte de Tancarville, brigadier d’infanterie, commandant alors les troupes françaises dans l’Inde. Ce comte de Tancarville, d’une famille d’Ecosse très-ancienne, l’aîné des deux neveux du célèbre financier Jean Law, avait obtenu d’abord la faveur de la cour par la protection de la duchesse de Bourbon. Jacques-Alexandre-Bernard, amené en France, fit ses études au collège des Grassins.

Quand Napoléon arriva à l’École militaire, le 19 octobre 1784, il ne se lia d’abord qu’avec Lauriston et Dupont. Lauriston y était entré le 1er septembre ; il en sortit le let septembre 1785, avec’ le grade de lieutenant en second au régiment de Toul. Capitaine en second en. août 1791, il devint aide-de-camp du général Beauvoir en 1792, fit cette campagne jusqu’à l’an IV aux armées du Nord, de la Moselle et de Sambre-et-Meuse. Il fut mis à l’ordre du jour de l’armée au siège de Maastricht, se distingua au siège de Valenciennes, et fut nommé en l’an III chef de brigade du 4e régiment d’artillerie à cheval.

Le 16 germinal an IV, il donna sa démission et quitta l’armée ; mais Bona-

LAW En 1808, il accompagna Napoléon à la conférence d’Erfurth, fut cr.éé comte de l’Empire, et suivit l’Empereur à Madrid. 11 contribua à la prise de cette ville. De retour en Allemagne en 1809, il passa à l’armée d’Italie. 11 prit une part active aux batailles de Raab et Wa-gram, où il commandait l’artillerie de la Garde. A Wagram, notre gauche était débordée par suite d’une faute énorme commise par l’ennemi, le général comte de Lauriston, à la tète d’une batterie de 100 pièces d’artillerie, marcha au trot à l’ennemi et porta la mort dans ses rangs. L’Empereur lui donna le grand cordon de la Couronne de Fer.

Après la paix de Presbourg, Lauriston se rendit à Vienne, quitta un moment cette ville pour remplir une mission en Hollande, et s’y trouvait de retour lorsr-que le prince de Neufchatel y arriva avec le titre d’ambassadeur pour épouser, au nom de l’Empereur, l’archiduchesse Marie-Louise. Il remplit auprès de cette princesse les fonctions de colonel géné-,ral de la Garde impériale, et l’accompagna en France. Il fut encore chargé d’aller chercher à Harlem et de ramener en France les enfants de Louis-Napoléon, qui venait d’abdiquer la couronne de Hollande. Le S février 1811, Napoléon nomma Lauriston son ambassadeur en Russie. Il devait demander à Alexandre l’occupation des ports de Riga et de Re-vel, et l’exclusion des vaisseaux anglais de la Baltique. Ce fut lui qui, après la prise de Moscou, conclut un armistice avec Kutusoff. Il commanda l’arrière-garde dans la retraite, et montra dans ces circonstances difficiles les talents d’un général consommé. Arrivé à Mag-debourg, il y organisa le 5e corps de la grande armée, à la tête duquel il assista aux batailles de Lutzen, de Bautzen_et de Wurtzchen. Il emporta-de vive force le village de Weissig-, culbuta le corps LAW ( 195 )

parte, devenu premier Consul, le rappela au service et le nomma l’un de ses aides-de-camp. Lauriston le suivit à Marengo, reçut l’ordre de licencier le Ie’ régiment d’artillerie qui s’était mutiné et de le réorganiser. Il en eut ensuite le commandement.

Après avoir rempli en 1801, une mission diplomatique à Copenhague et secondé les efforts des habitants de cette ville contre les Anglais qui la bombardaient, il fut chargé de porter à Londres la ratification du traité de paix conclu à Amiens entre la France et l’Angleterre. L’aide-de-camp du premier Consul fut reçu avec enthousiasme par la population de Londres. On coupa les traits des chevaux et on traîna sa voiture jusqu’à son hôtel.

De retour en France, il fut nommé général de brigade, commandeur de la Légion-d’Honneur, et reçut au mois de brumaire an XIII le commandement des troupes de l’expédition préparée pour Batavia, sous les ordres de l’amiral Villeneuve. Il fut élevé au grade de général de division en pluviôse de la même année. L’escadre appareilla le 9 germinal et arriva à la Martinique au commencement de prairial. Lauriston débuta par la prise du fort Diamant, réputé imprenable. Dix jours après cette action hardie, la flotte remit à la voile pour l’Europe, eut une affaire au cap Ortegal et se présenta devant Cadix. Lauriston se fit descendre à terre, puis revint à Paris.

Il fit la campagne de l’an XIV en Autriche, et eut le gouvernement de Brau-nau et celui de Raguse dont il s’empara, et des bouches du Cattaro, en 1806. Le 19 décembre 1807, il fut fait gouverneur général de Venise. A son arrivée dans cette ville, il fit opérer la translation du corps du célèbre Law, son grand-oncle, dans l’église San Moïse. LAW

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d’York, et le rejeta de l’autre côté de la Sprée.

A la tête des 5" et 11° corps, il battit les Prussiens en plusieurs rencontres. A Leipzig, quand on fit sauter le grand pont, il se trouvait de l’autre côté de l’Elster, et le Moniteur annonça sa mort. Conduit prisonnier à Berlin, il rentra en France après les événements de 1814.

Louis XVIII le fit chevalier de Saint-Louis, grand cordon de la Légion-d’Hon-neur et capitaine de la 1" compagnie des mousquetaires gris. 11 accompagna le roi à Béthune, revint à Paris, et se retira dans sa terre de Richecourt, près de La Fère.

Lors du retour du Roi, Lauriston alla au-devant de ce prince à Cambrai, fut envoyé à Laon pour présider le collège électoral de l’Aisne, et créé pair de France le 17 août, eut le commandement de la 1" division d’infanterie de la Garde royale.

En 1816, il présida les conseils de guerre formés pour juger l’amiral Linois, le baron Boyer de Peyreleau et le général Delaborde. Linois fut acquitté, Boyer condamné à mort et Delaborde non jugé. Cette même année, le roi lui accorda la croix de commandeur de Saint-Louis et le titre de marquis. En 1820, il eut le commandement supérieur des 12* et 13° divisions militaires, présida le collège électoral de la Loire-Inférieure, entra au ministère comme ministre de la maison du roi, et reçut la grand-croix de Saint-Louis.

Le 6 juin 1823, il fut élevé à la dignité de maréchal de France, reçut le commandement en chef du 2° corps de réserve de l’armée des Pyrénées. Entré en Espagne, il assiégea et prit Pampelune, fut. nommé chevalier du Saint-Esprit et de l’ordre espagnol de la Toison d’Or. A son retour de France, il fut nommé grand veneur et ministre d’État.

Il mourut à Paris d’une apoplexie foudroyante le 11 juin 1828. Le nom du maréchal Lauriston est inscrit au côté Est de l’arc de triomphe de l’Étoile.

LAZOWSKI (JOSEPH-FEUX, baron)[modifier]

né le 20 novembre 1759 à Lunéville (Meurthe). Entré à l’École des ponts-et-chaussées le 1er mars 1779, il en sortit le 1er avril 1784 comme ingénieur, et fut employé en cette qualité aux travaux de la rade et du port de Cherboug. Admis dans l’arme du génie, le 22 frimaire an III, avec le grade de capitaine de première classe, le-Comité de salut public l’envoya à Constantinople pour y exécuter des travaux de reconnaissance générale sur l’extrême frontière de la Turquie d’Europe et des côtes Ouest de la mer Noire.

Le Divan l’ayant chargé de la rédaction de Mémoires et de projets relatifs à la défense des places de Choezim, de Bender, de Palouka et d’Akerman, sur le Niester, de Kilhia, d’Ismaïl et de Tulchr, sur le Danube, il s’acquitta de ces différentes missions avec intelligence. Un double de chacun de ces projets existe encore au Comité des fortifications et au ministère des affaires étrangères. Le Reis-Effendi écrivit à ce sujet à Talley-rand, alors ministre des Relations extérieures, pour lui exprimer la reconnaissance du Sultan et des remercîments particuliers pour les services importants que Lazowski venait de rendre au gouvernement Ottoman.

Rentré en France le 4 vendémiaire an VI, le Directoire lui adressa, le 23 ventôse même année, le brevet de chef de bataillon, comme un témoignage de satisfaction. Désigné pour faire partie de l’expédition d’Égypte, il se distingua à l’attaque et à la prise d’Alexandrie, à la bataille de Chebreiss, et dans toutes les affaires partielles qui eurent lieu dans le Delta. Il assista en l’an VII aux sièges

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d’El-Arich, de Jaffa, où il reçut un coup de feu à l’épaule, et à celui de Saint-Jean-d’Acre, où il fut grièvement blessé à la tête.

Chef de brigade le 26 floréal an VII, il fit la campagne de l’an VIII avec la même bravoure ; se trouva aux batailles d’Héliopolis et de Damiette, et dirigea les sièges de Beilbeis et du Caire. De retour en France, un arrêté des consuls du 7 germinal an VIII, lui confia une sous-direction1 des fortifications ; un second arrêté du 19 prairial an IX, le confirma dans le grade de chef de brigade. Nommé directeur, le 3 frimaire an X, il fut employé en cette qualité d’abord au comité de son. arme, ensuite à la résidence de La Rochelle. Le colonel Lazo’wski reçut, le 19 frimaire an Xlt, la décoration de membre de la Légion-d’Honneur, et le 25 prairial, même année, celle d’officier.

Nommé général de brigade par décret impérial du 15 août 1806, il fut envoyé l’année suivante, à la grande armée, et y reçut, le 11 juillet, le cordon de commandant de la Légion-d’Honneur ; il prit le 2 mars 1808 le commandement du génie du corps du prince de Ponte-Corvo, et obtint, le 21 juillet 1809, le brevet de général de division. Napoléon lui conféra vers le même temps le titre de baron de l’Empire.

Appelé au commandement du génie de l’armée de Portugal le 21 avril 1810, le gouvernement le mit en disponibilité le 20 avril 1811, pour qu’il pût se remettre des fatigues de la guerre. Il est mort à Paris le 8 octobre 1812. Son nom figure sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

LE BON DESMOTTES (Loris)[modifier]

Entré au service en 1806 dans les gendarmes d’ordonnance de la Garde impériale, à leur création M. Le Bon Desmottes fit avec eux les campagnes de Prusse et assista aux affaires qui furent livrées sous

les murs de Colberg, en Poméranie. Plus tard, il se trouva aux combats de Gult-stadt et d’Heilsberg et à la bataille, de Friedland. Il était à Tilsitt et fit partie du piquet de l’Empereur à la mémorable entrevue des deux empereurs sur le Niémen. En 1807, au licenciement des gendarmes d’ordonnance. M. Le Bon Desmottes fut incorporé dans les chasseurs à cheval de la Garde impériale, et fit, dans ce corps,- la campagne de 1808 en Espagne. Il se trouva aux combats de Bur-gos et de Somo-Sierra, à la prise de Madrid et à l’affaire de Bonavente où il fut blessé-d’un coup de sabre. Rentré en France avec la Garde impériale, il rejoignit en Allemagne le 19e régiment de chasseurs où il venait d’être nommé sousrlieute-nant, et fit, avec ce corps, les campagnes de 1809,1810,1811, 1812, 1813,18U ; fait prisonnier à Wagram après avoir eu un cheval tué sous lui, il fut échangé quelques jours après.

En Russie, il faisait partie du corps d’armée du prince Eugène, dont soii régiment formait l’avant-garde, et assista aux batailles de1 Witepsk, de Smolensk et de laMoscowa. Dans cette dernière, il eut un cheval tué sous lui au pied de la grande redoute. 11 était à Malajoraslawetz, et fut dans la retraite l’un des braves de l’escadron sacré.

Après la réorganisation des débris de la malheureuse armée de Russie en Si-lésie, M. Le Bon Desmottes continua Ja campagne sous les ordres du vice-roi d’Italie, et fut l’un des officiers qui échangèrent les premiers coups de sabre avec les Prussiens après leur défection. Il assista aux batailles de Lutzen et de Baut-zen, et fut atteint d’une balle dans le flanc droit. Au combat de Goldberg, le 23 août 1813, il ne prit que le temps de se faire panser, et un quart d’heure après il était à la tête de sa compagnie. La croix d’honneur fut la récompense de LEB

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sa bravoure. Il fut blessé de nouveau d’une balle à la cuisse et de deux coups de lance à l’affaire de Mulberg. Son cheval ayant été tué sous lui, il resta au pouvoir de l’ennemi. Quelque temps après, il parvint à s’échapper et se retira dans la place de Torgau, où il resta jusqu’à la capitulation.

Rentré en France en avril 1814, M. Le Bon Desmoltes fut placé au 10" régiment de chasseurs en qualité de capitaine adjudant-major. En 1815, il fit la campagne dé Waterloo comme aide-de-camp du général Houssin de Saint-Laurent. Revenu sous les murs de Paris, à La Villette, il courut les plus grands dangers en voulant sauver des gardes nationaux. Mis en demi-solde à la seconde Restauration, il fut replacé au 5e régiment de chasseurs, avec lequel il fit la campagne de Catalogne en 1823. Il commandait l’avant-garde du général Achard à la prise de Martorel (Catalogne). Il fut mis à l’ordre du jour pour cette affaire, et une décision particulière du duc d’An-goulême le fit entrer dans le Ie’ régi— merit de cuirassiers de la Garde royale, et fut en outre fait chevalier de l’ordre de Saint-Louis, et reçut la croix de l’ordre d’Espagne de Saint-Ferdinand, de 2" classe.

M. Le Bon Desmottes passa en 1828 chef d’escadron au 8’ cuirassiers ; en 1832, il fut nommé lieutenant-colonel de la même arme, et, en 1838, il obtint le commandement du régiment de carabiniers. Il a été en outre nommé officier de la Légion-d’Honneur en 1831. Nommé général de brigade le 26 avril 1846, puis commandeur de la Légion-d’Honneur, il a été appelé le 20 août 1849 au commandement de la 3° brigade de la division de cavalerie de l’armée des Alpes.

LEBRETÔN (EUGENE-CASIMIR)[modifier]

né en 1791, d’une famille d’honnêtes laboureurs de la Beauce, il entra au service

en 1813, comme enrôlé volontaire, et fit bravement les campagnes de 1813 et 1814 dans les armées impériales. Pendant les années 18i8 et 1829, il fut attaché comme rapporteur au conseil de guerre de Paris ; et la Gazette des Tribunaux cita souvent avec éloge ses réquisitoires empreints d’idées franchement libérales et patriotiques.

Chef de bataillon au 53e de ligne, il fut employé, dans la Bretagne, lors des troubles qui agitèrent ce pays après la révolution de 1830, et s’y fit estimer par sa fermeté et sa modération.

Envoyé en Afrique en 1836, il fut le premier commandant de Mascara, l’ancienne capitale de l’Émir. De retour en France, il commanda en second l’école militaire de La Flèche, y remplissant en outre, avec une rare intelligence, les fonctions de directeur des études. Il a. laissé dans le collège et dans la ville des souvenirs qui ne s’effaceront jamais.

Nommé colonel du 22e de ligne en 1840, il va rejoindre son régiment en Algérie, et le dirige dans les expéditions de 1841 à 1846. Son nom se rattache à tous les souvenirs glorieux de notre conquête africaine. Il en revint avec la croix de commandeur.

Désireux, dès 1846, d’aller défendre également son pays à la Chambre des Députés, il se présenta aux élections du collège de Nogent-le-Retrou. Sa candidature ayant échoué devant les efforts de l’administration déchue, ses amis reportèrent leurs suffrages sur l’honorable général Subervic, qui fut élu.

Nommé général de brigade en 1847, le brave Lebreton, après l’avènement de la République, a été appelé à l’Assemblée nationale par le peuple électoral d’Eure-et-Loir. Les ouvriers nogentais, ses compatriotes, avaient, à cette occasion, envoyé à tous leurs camarades du département une adresse pour leur re-

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commander cette candidature à laquelle ils tenaient beaucoup, fl a retrouvé le général Subervic à l’Assemblée.

Le général Lebreton prit plusieurs fois la parole à la Constituante. Il releva avec énergie la qualification de hochet, donné un peu trop légèrement à la Lé-gion-d’Honneur par un général de la garde nationale de cette époque. Il demanda que les officiers, sous-officiers et soldats, en possession d’une retraite, pussent la cumuler avec un emploi civil. Dans la fatale journée du 24 juin dernier, il a. émis le vœu que l’Assemblée, pour être plus sûre des événements qui se passaient, choisît quelques-uns de ses membres qui se rendraient auprès des troupes.

K. Cette proposition, combattue par le général Leidet, n’a pas été prise en considération ; mais l’avis du général Lebreton a été suivi par bon nombre de représentants ; plusieurs même ont été blessés en face des factieux. Quant à lui, il a dirigé en personne l’attaque du clos Saint-Lazare, une des forteresses les plus redoutables de l’insurrection, avec un courage, un sang-froid et une humanité surtout dont tous les partes lui conserveront une éternelle reconnaissance. Le général Lebreton fut ensuite nommé questeur dans la garde de l’Assemblée, en remplacement du général Négrier, mort si glorieusement pour la patrie.

M. le général Lebreton fait aujourd’hui partie de l’Assemblée législative.

LEBRUN (ANNE-CHABIBS, duc de Plaisance)[modifier]

né à Paris le.28 décembre 1775 ; son père était alors avocat au Parlement de Paris. Il avait 25 ans quand il entra dans la carrière des armes, après le 48 brumaire. Il fut attaché au général De-saix en qualité d’aide-de-camp ; il le reçut dans ses bras lorsqu’il fut frappé à mort dans les champs de Mafengo. A la suite de cette bataille M. Lebrun fut

nommé colonel du 3e hussards et fit à la tête de ce régiment la campagne de 1805, pendant laquelle il fut chargé par l’Empereur d’apporter à Paris la nouvelle de la victoire d’Austerlitz.

La journée d’Eylau valut au colonel Lebrun le grade de général de brigade. Il obtint celui de général de division, le 23 février 1812, avant le départ pour la campagne de Russie ; il fut créé en outre comte de l’Empire et grand-croix de l’ordre de la Réunion.

En 1813 le général Lebrun fut nommé grand officier de la Légion-d’Honneur et gouverneur de la ville d’Anvers qu’il avait à préserver de l’invasion de l’ennemi ; mais dans les premiers mois de 1814, Napoléon confia ce commandement à Carnot.

M. Lebrun adhéra au rétablissement des Bourbons, fut fait chevalier de Saint-Louis et envoyé dans la 14" division militaire en qualité de commissaire du roi.

Au retour de Napoléon, le duc de Plaisance, père du général, ayant repris sa position d’archi-trésorier, et ayant de plus été appelé au ministère de l’instruction publique, le général Lebrun fut. dès le 27 mars, chargé par Napoléon d’aller prendre en Champagne le commandement que venait de quitter le maréchal duc de Bellune. Il fut en outre nommé à la Chambre des représentants par le département de Seine-et-Marne. A la seconde Restauration, le général Lebrun fut mis en disponibilité. A la mort de son père, en 1825, il lui succéda dans son titre de Pair et de duc de Plaisance.

En 1833 il fut nommé grand-croix de la Légion-d’Honneur.

Le duc de Plaisance a épousé la fille de M. de Barbé-Marbois.

Il figure sous le nom de Lebrun sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

LECLERC DES ESSARTS (NICOLAS-MARIN, comte)

naquit le 25 avril 1770 à Pontoise (Seine-et-Oise). Volontaire en 1792, puis aide-de-camp du général Saboureux au camp de Meaux, il fut nommé capitaine sur le champ de ba-. taille, au siège de Toulon, le 27 nivôse an II, passa le 26 germinal suivant adjoint à l’adjudant-général Leclerc (armée de la Moselle), et combattit en cette qualité à Fleurus le 8 messidor de la même année.

Destitué le 8 fructidor an IV, il obtint la confirmation de son grade de capitaine au 6° régiment de hussards le 12 fructidor an VII, fut nomm£ adjoint à ’l'état-major général de l’armée du Rhin, le 4 nivôse an VET, et se distingua à Mœskirch et à Biberach les 15 et 19 floréal de la même année. Aide-de-camp du général Leclerc le 12 frimaire an IX, il mérita par sa conduite, à l’armée de Saint-Domingue, d’être élevé, le 18 pluviôse an X, au grade de chef dé bataillon, grade qu’il avait refusé trois années auparavant à l’armée du Rhin, et dans lequel il fut confirmé le 29 prairial. Promu adjudant-commandant le 9 fructidor an XI, il reçut un ordre de service pour le camp de Bruges le 12 du même mois, et compris comme officier de la Légion-d’Honneur dans la promotion du 25 prairial an XII, il servit au 3e corps de la grande armée pendant les deux campagnes de l’an XIV, et celles de 1806 et 1807 en Autriche, en Prusse et en Pologne, combattit à Austerlitz et à Eylau, où il eut trois chevaux tués sous lui, fut élevé au grade de général de brigade le 29 septembre 1808, et fut employé le 12 octobre suivant à l’armée du Rhin, dernière campagne dans laquelle il se fit remarquer, notamment’ à Wagram, où il reçut une blessure grave dans les reins et eut un cheval tué sous lui.

Resté à l’armée d’Allemagne, par ordre de service du 13 juillet 1810, puis attaché le 1" novembre 1811 au corps d’observation de l’Elbe, et en 1812 en Russie, Leclerc, dans la retraite eut, à Mojaïsk, où il commandait l’arrière-garde, trois chevaux tués sous lui, et fut frappé au talon par un boulet.

Présent à l’ouverture de la campagne de 1813 en Saxe, étant au 13e corps, il prit part au siège de Hambourg en 1814, y commanda les postes avancés tout le temps que dura le siégé sans jamais rentrer dans la ville, revint en France à la paix, obtint la croix de Saint-Louis le 26 octobre, et fut mis en non-activité le 1er septembre 1814.

Nommé, le 26 mars 1815, membre de la commission chargée du placement des officiers en demi-solde, et promu lieutenant-général le 15 mai, il commanda le première division des gardes nationales à Sainte-Menehould. Remis en non-activité le 1er août suivant, puis compris comme disponible dans le cadre d’organisation de l’état-major général le 30 décembre 1818, le général Leclerc mourut à Paris le 18 mai 1820.

LECLERC (VICTOR-EMMANUEL)[modifier]

né à Pontoise en 1772. Entra au service en 1791 dans les volontaires de Seine-et-Oise. Passa comme sous-lieutenant au 12e de cavalerie, devint aide-de-camp du général Lapoype, fut nommé capitaine au siège de Toulon en 1793, se distingua aux armées des Alpes et d’Italie et devint général de brigade en 1797. Cette même année, il épousa Pauline, sœur de Napoléon, depuis princesse de Borghèse, devint chef d’état-major des généraux Berthier et Brune, et à son retour d’Égypte Bonaparte le nomma général de division et l’envoya à l’armée du Rhin sous les ordres de Moreau. Il se fit remarquer à la bataille de Hohenlinden, et reçut le commandement supérieur des

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17e, 18e et 19" divisions militaires, passa de là au commandement en chef d’un corps d’armée destiné par le premier Consul à forcer le Portugal à renoncer à l’alliance de l’Angleterre. Cette expédition n’eut pas lieu. Il fut alors nommé général en chef de l’armée envoyée à Saint-Domingue pour faire rentrer cette île sous les lois de la métropole.

Le général Leclerc, parti de Brest en décembKe 1801, débarqua devant le cap Français en février. 1802. Après quelques succès obtenus sur les Noirs, il fut atteint de la fièvre jaune qui décimait son armée et succomba le 1" novembre 1802. Son corps fut transporté en France par son épouse, et inhumé dans une de ses terres.

LECOURBE (GLADDE-JACQUES, comte)[modifier]

né à Ruffey-sur-Seille (Jura), le 22 février 1759, fils d’un homme de loi. Il laissa ses études incomplètes pour s’engager dans le régiment d’Aquitaine, où il-servit pendant huit ans. Rentré au sein de sa famille au commencement de la Révolution, ilfut appelé au commandement de la garde nationale de Ruffey, devint chef du 7" bataillon des volontaires du Jura, se distingua aux armées du Haut-Rhin et du Nord, obtint le grade de chef de brigade (colonel), et à la bataille de Fleurus soutint avec trois bataillons, pendant sept heures, l’attaque d’une colonne ennemie forte de 50,000 hommes. Nommé général de brigade J puis divisionnaire (1798), Lecourbe con-tinuadese signaleréminemment pendant les campagnes suivantes, et déploya surtout dans la campagne de Suisse, en 1779, les talents qui le placent au rang des plus habiles généraux de l’époque.

Ami du général Moreau, Lacombe se déclara hautement pour lui, lors du procès Cadoudal. S’étant attiré ainsi la disgrâce de Napoléon, il passa plusieurs années dans l’exil et ne fut remis en ac-

tivité qu’à la Restauration. — Le roi Louis XVIII le nomma successivement grand officier, comte et inspecteur général d’infanterie. Toutefois, lors du retour de l’île d’Elbe, Lecourbe ne voyant que les dangers de la patrie, accepta le commandement d’un corps d ; armée réuni sur les frontières de la Suisse. Il soutint plusieurs engagements contre le corps d’armée de l’archiduc Ferdinand et se maintint dans le camp retranché qu’il avait établi sous les remparts de Bé-fort. Louis XVIII prononça sa réadmission à la retraite le 4 septembre. Accablé par les fatigues qu’il eut à supporter pendant sa dernière campagne, Lecourbe atteint depuis longtemps d’une maladie douloureuse, mourut, le 23 octobre à Béfort, où il avait établi son quartier général, pendant les Cent-Jours.

Son nom est inscrit sur le côté Est de de l’arc de triomphe de l’Étoile.

LEDRU DES ESSARTS (FRANÇOIS-ROCH, baron)[modifier]

né à Chantenay (Sarthe) le 16 août 1766. Son père était notaire. Il étudia sous les Oratoriens< et entra au service comme volontaire en 1792. Capitaine à Lille au moment du bombardement, il fit la première campagne de Hollande, combattit à Hondscopte et à Wattignies. Nommé ehef de bataillon, il se trouva en ligne devant Charle-roi et au siège de Maëstricht, au blocus de Mayence, au passage du Tagliamento et à la prise de la forteresse de.Gradisca’ en 1797.

Après le traité de Campo-Formio, il fit avec le 55e de ligne, sous Champion-net, la campagne périlleuse des Abruzzes. Il commandait ce régiment à la prise de Modène, à la bataille de la Trébia, où il fut blessé et nommé colonel.

Après s’être partout distingué dans la campagne suivante sous Masséna, il conduisit son régiment à Flessingue, que

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les Anglais menaçaient, puis au,camp de Boulogne, où il reçut la croix d’officier des mains de l’Empereur.

A Austerlilz le 55e fermant la gauche du -4e corps avec le 43e régiment sous la conduite de l’intrépide colonel, fit des prodiges de valeur et s’empara de 14 bouches à.feu et d’un grand nombre de prisonniers. Il est vrai qu’il eut 300 hommes hors de combat. Le colonel Ledru fut promu au grade de général de brigade.

Le 6 février 1807, le général Ledru des Essarts soutint près de Hoff un combat meurtrier contre un régiment d’infanterie russe et de nombreux escadrons, repoussa six charges de cavalerie, prit quatre bouches à feu, et eut deux chevaux tués sous lui. Le 8 eut lieu la. sanglante bataille d’Eylau ; le général Ledru. y fut grièvement blessé et porté hors du champ de bataille comme mort. On sait que le maréchal Ney, prévenu trop tard, ne put prendre part à la bataille, qui eût été sans cela moins sanglante.

Le 10 juin suivant, dans les environs d’Heilsberg, le général Ledru reçut l’ordre de faire former en carré par. régiment, l’artillerie au centre, sa brigade qui faisait partie du corps de Soult, pour la faire manœuvrer et marcher en avant, enveloppée comme elle l’était de masses compactes de cavalerie russe. Les choses avaient pris une telle tournure que les maréchaux Soult et Masséna, le général en chef Lasalle, les généraux de division Despagne, Belliard, les généraux de brigade et plus de cent officiers d’état-major de tous grades, se trouvèrent heureux de chercher un refuge au milieu de ce petit carré.

Pendant la campagne de 1809, le général Ledru commanda la brigade d’avant-garde du corps de Masséna, passa la ïraun au pont d’Ebersberg sous le feu soutenu des Autrichiens, et après

un combat sanglant força le château de se rendre et ouvrit le passage aux Français. Il combattit pendant deux jours à Gross-Aspern, forma l’arrière-garde à Essberg et entra le dernier dans l’île de Lobau. Il fut-grièvement blessé près d’Aspern par une balle qui lui traversa le cou.

Le général Ledru reçut en juillet 4811 le brevet de général de division et le commandement de la 1" division du corps de Ney, qui partait pour la campagne de Russie. Le 2 août il s’empara de Krasnoé ; il prit une part glorieuse à la bataille de la Moskowa, où les Russes avaient 30 généraux hors de combat et perdirent 37,000 hommes, et assista à tous les combats que notre arrière-garde eut à soutenir depuis Moscou jusqu ! à la Vistule.

En 1813 il fit partie du 11e corps et prit part aux batailles de Baulzen, Wurt-zen et Leipzig. A Hanau il dut combattre un corps bavarois et le rejeter hors d’un grand bois dont il interceptait le passage. Sa conduite pendant la campagne de 1814 ne fut pas moins glorieuse.

Après la Restauration, le général Ledru fui nommé chevalier de Saint-Louis et grand-croix de la Légion-d’Honneur. Eu 1815 il reçut un commandement dans l’armée des Alpes sous les ordres de Suchet. En 1817 il fut chargé d’organiser trois régiments suisses que la France venait de prendre à sa solde. En 1819 il fut chargé du commandement de la 7e division à Grenoble, puis employé dans l’inspection générale de l’infanterie et a été nommé Pair après la Révolution de juillet (4 septembre 1835) et admis à la retraite.

Son nom est inscrit au côté Sud de l’arc de l’Étoile.

LEFEBVRE (FRANÇOIS-JOSEPH)[modifier]

maréchal de France, duc de Dantzig, naquit à Rouffach (Haut-Rhin), le 25 octobre 1755. Son père était meunier et mourut laissant son fils âgé de huit ans, mais un ecclésiastique, son oncle, se fit son protecteur et dirigea son éducation en le destinant à lÉ’glise ; mais un penchant irrésistible l’entraîna, et il s’enrôla dans les Gardes françaises, le 10 septembre 1773. Il était premier sergent de ce corps le 9 avril 1788, se mêla aux premières émeutes, tout en protégeant ses officiers contre les violences du peuple le 21 juillet 1789, et en facilitant leur évasion. Après le licenciement des Gardes françaises, il entra dans le bataillon des filles Saint-Thomas et fut blessé deux fois, à la tête d’un détachement de ce bataillon, en défendant la famille royale. En 1792, il sauva la caisse d’escompte du pillage.

Entré le 3 septembre 1793 dans l’armée active, il devint général de brigade avant la fin de l’année. Général de division après les combats de Lambach et de Giesberg. Il se distingua partout et presque toujours à l’avant-garde. Le premier des généraux de la République, il effectua le passage du Rhin, à la tête de ses grenadiers,malgréunfeu terrible, et s’établit surla rivedroite en avantd’Eielkamp.

En 1797, il enleva Siegberg à la glorieuse journée d’Âltenkirchen et cueillit de nouvelles palmes aux journées de Kal-deich, de Friedberg, de Bamberg et de Sulzbach. En 1798, à la mort de Hoche, il eut provisoirement le commandement en chef de l’armée de Sambre-et-Meuse. En 1799, il fut envoyé à l’armée du.Danube sous les ordres de Jourdan. Avec 8,000 hommes, il soutint à Stockach les efforts de 36,000 Autrichiens : mais une blesssure grave le força de quitter l’armée.

Le Directoire le nomma alors commandant de la 17° division militaire dont le chef-lieu était Paris. Le 18 brumaire, à la tête de 25 hommes, il pénétra dans

la salle du conseil des Cinq-Cents, s’avança jusqu’à la tribune, et, malgré les cris, malgré les menaces, entraîna Lucien jusqu’à son frère qui l’attendait au dehors, au moment où tous les deux allaient être mis hors la loi. A la voix de leur général, les troupes n’hésitèrent plus, et la Révolution qui amena le gouvernement consulaire fut consommée. Lefebvre, soldat inflexible, seconda passivement l’exécution d’un complot, dont peut-être il ignorait les secrets. Bonaparte lui conserva le commandement de la 17e division. Il fut depuis employé utilement à la pacification des départements de l’Ouest.

Le Ie avril 1800, il fut admis au Sénat conservateur et y remplit bientôt les fonctions de Préteur. Le 19 mai 1800, il fut élevé à la di-. gnité de maréchal de l’Empire. En 1805 il fut chargé du commandement en chef des gardes nationales de la Roër, de Rhin-et-Moselle et du mont Tonnerre. En 1806, il commanda laGarde impériale à pied. Le i& octobre, il assista avec ce corps à la bataille d’Iéna. En 1807, à la tête du 10e corps, il couvrit et protégea les opérations de la grande armée sur la gauche de la Vistule, et après la bataille d’Eylau, il alla gagner le titre de duc de Dantzig en s’emparant de cette ville. En 1808, il commanda le 4e corps en Espagne. En 1809, à la tête de l’armée bavaroise, il se signala à Thaun, Abens-berg, Eckmùhl, Wagram ; alla soumettre le Tyrol insurgé, sans cesser de participer aux principales actions de la campagne.

En 1812, à la campagne de Russie, Lefebvre eut le commandement en chef de laGarde impériale. Il revint avec elle en France, et son courage grandit comme nos malheurs. En 1814, il dirigeait l’aile gauche à Montmirail, à Arcis-sur-Aube et à Champaubert. où il eut un cheval tué sous lui. Les souvenirs de l’armée de Sambre-et-Meuse semblaient avoir retrempé cette âme sexagénaire.. Il ne quitta l’Empereur qu’après son abdication. Le 2 juin 1814, Louis XVIII le nomma Pair de France. Au 20 mars 1815 ; son âge et ses infirmités l’éloignant des champs de bataille, il resta à la Chambre haute. Après la seconde Restauration il en fut éloigné, mais il y rentra en 1819 pour voter avec les membres constitutionnels.

Il mourut à Paris le 14 septembre 1820 d’une hydropisie de poitrine. De quatorze enfants dont il fut père, dont douze fils, il n’en laissa aucun pour hériter’de son nom et de ses titres. Quelques jours avant1 de mourir, il avait lui-même marqué sa place au Père Lachaise à-côté de Masséna, non loin de Pérignon et de Serrurier.

Ce maréchal fut une des plus grandes illustrations militaires de notre époque. Ses vertus privées ont encore rehaussé la gloire qu’il s’était acquise.

LEFEBVRE (SIMON)[modifier]

né à Épinal (Vosges) le 18 novembre 1768, entra comme soldat dans Lorraine-Dragon (2e régiment) en 1785, et passa dans les Gardes françaises au mois de septembre 1786.

En 1789, après la prise de la Bastille, il fut incorporé dans la garde nationale soldée de Paris, et le 5 décembre 1792, lés volontaires de la section de Molière et Lafontaine l’élèvent capitaine, puis, le 26 du même mois, chef de bataillon. C’est en cette qualité qu’il servit à l’armée du Nord, de 1792 à l’an II, à l’armée de Sambre-et-Meuse en l’an III. Le 27 floréal de cette dernière année, son bataillon ayant passé dans la 161e demi-brigade d’infanterie (depuis 9e de ligne), Lefebvre fit avec ce corps les campagnes d’Italie des ans IV, V et partie de l’an VI.

Envoyé en Égypte, il s’y distingua dans deux circonstances remarquables- ; se trouvant, au mois de ventôse an VII, entouré par un poste d’Arabes, et les 17 janissaires qui l’accompagnaient s’étant dispersés, il tua 4 des assaillants et parvint à se dégager, malgré la perte de son cheval. Le 4 floréal, entre Ramanieh et Da-mahour, avec 400 hommes d’infanterie et 4 pièces de canon, il soutint, depuis quatre heures du matin jusqu’à deux heures après midi, un combat contre 20,000 Mamelucks et Bédouins, les mit en fuite et leur prit 200 chevaux. A la suite de cette action, le général en chef Bonaparte lui confia le commandement de la 25" de ligne. En l’an VIII il commanda le -fort de Ramanieh. En l’an IX, nommé, le 9 prairial, général de brigade par le général en chef Menou, et appelé au conseil de guerre où la question de l’évacuation de l’Égypte fut agitée, il se prononça pour cette mesure.

Revenu en France après la capitulation d’Alexandrie, le gouvernement consulaire le confirma dans son grade de général de bFigade le 23 frimaire an X, et l’envoya, le 28 ventôse suivant, dans la 21e division militaire. Fait membre et commandeur de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il rejoignit l’armée du Nord le 27 brumaire an XIV, et à la suppression de cette armée il resta attaché à l’état— major des divisions que commandait en Hollande’ le général Colaud, se rendit, le 15 mars 1806, dans la 24e division militaire, servit au corps d’observation de l’Escaut jusqu’au 30 octobre 1807, ensuite au corps d’observation des côtes de l’Océan.

Dirigé sur la Catalogne, en avril 1809, il soutint en 1813 une attaque des insurgés espagnols contre la ville de Rosés. Il avait été désigné, le 29 novembre

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de la même année, pour commander ■ une brigade au let corps bis de la grande armée ; mais les événements l’empêchèrent de se rendre à sa destination.

Mis en non-activité en 4814, l’Empereur lui confia, le 14 avril 181b, l’organisation des gardes nationales dans la 4e division militaire, et le 10 mai, lui donna à l’armée de la Moselle le commandement d’une division de réserve, composée de troupes de la même arme.

Retraité le 4 septembre 1815, le général Lefebvre est mort en 1831.

LEFEBVRE DES NOETTES (CHARLES, comte)[modifier]

né à Paris le 14 septembre 1773, entra au service le 1S septembre 1792, dans la légion franche des Allo-broges, fit la campagne de cette année à l’armée des Alpes. Sous-lieutenant au 5e régiment de dragons en février 1793,, il s’éleva rapidement par ses talents et par sa bravoure aux premiers rangs de l’armée. Capitaine à Marengo, colonel à Austerlitz, et général pendant la campagne d’Espagne de 1808, il se signala constamment et mérita toujours les éloges de ses chefs. Fait prisonnier en Espagne, il parvint à s’échapper, et alla rejoindre Napoléon à la grande armée, où il fit avec distiction les guerres d’Autriche, de Russie et de Saxe. Il se distingua au combat de Brienne, où il reçut plusieurs blessures.

Mis en non-activité, lors de la première Restauration, il se déclara l’un des premiers en faveur de Napoléon, lors du retour de l’île d’Elbe. Aussi fut-il compris dans l’article l" de l’ordonnance du 24 juillet et condamné à mort par contumace l’année suivante. Il était parvenu à se soustraire aux poursuites dirigées contre lui, et vivait depuis plusieurs années aux États-Unis, quand, guidé par l’espoir d’obtenir sa rentrée en France, il s’embarqua pour l’Europe sur le navire l’Albion, rmi vint échouer

sur les côtes de l’Irlande", près du lieu appelé Garret’s Town. Il périt dans ce naufrage-le 22 avril 1822.

Le nom du brave Lefebvre Des Noëttes figure-sur le côté Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

LEGRAND (CLAUDE-JUST-ALEXANDRE, comte)[modifier]

né à Plessier-sur-Saint-Just (Oise), le 23 février 1762, entra comme soldat dans le régiment Dauphin-Infanterie le 16 mars 1777, devint caporal le 3 février 1781, et sergent le 1" janvier 1782. Il était parvenu au grade de sergent-major le l"juin 1786, lorsqu’il obtint son congé pour se marier.

Exalté, en 1790, par le sentiment de la liberté, Legrand reprit, le 1" mai, du service comme soldat dans la garde nationale de Metz, et fut nommé chef d’un bataillon de volontaires de la Moselle le 1er mai 1791. Chargé par le gouvernement de l’inspection d’une partie des troupes de la Moselle en 1792, il mérita par ses talents d’être élevé au grade de général de brigade le 20 septembre 1793. Il se rendit ensuite dans la Vendée avec ■ une des colonnes de l’armée de Mayence, rejoignit celle de Sambreret-Meuse, et s’empara, à l’affaire de Nancy, d’une pièce de canon chargée à mitraille, au moment ou un canonnier allait y mettre le feu. Dans ce combat, où tous les hommes de son détachement, au nombre de 30, furent ou blessés ou tués, Legrand reçut quatre légères blessures. A Arlon, il justifia la confiance qu’on avait en sa valeur.

A la bataille de Fléurus, il combattit avec une grande distinction. Quand les ailes de l’armée, obligées de se replier, eurent en partie passé la Sambre, il défendit au centre, avec quatre bataillons et une compagnie d’infanterie légère, le village d’Epigny, trois fois attaqué dans, cette journée par des forces supérieures. Il conserva ce poste important, fit éprouver une perte considérable à l’ennemi, donna le temps à l’armée française de reprendre l’offensive, et contribua ainsi au gain de la bataille, qui était resté incertain jusqu’à six heures du soir. A partir de cette époque, sa vie ne fut plus qu’une suite de travaux, de.combats et de brillants succès.

La campagne de l’an III s’ouvrit par le passage du"Rhin. Chargé de franchir le fleuve au-dessus de Dusseldorff avec une partie des grenadiers de la 7e division, le général Legrand s’embarqua avec sa troupe au milieu de la nuit du 17 au 18 fructidor. La lune qui vient de se lever, permet à l’ennemi de voir tous les mouvements des Français. A l’aspect de la flottille, les Autrichiens dirigent sur elle le feu de toutes leurs batteries. Le Rhin semble rouler des eaux embrasées. La surprise et l’ardeur des combattants, le danger de cette attaque sur un fleuve rapide, ISO pièces de canon tonnant à coups pressés, forment, avec les obus qui se croisent sur le fleuve, le tableau le plus horrible et.le plus majestueux des fureurs de la guerre. Legrand, impatient de se voir aux prises avec l’ennemi, s’élance dans les flots, en s’écriant : Camarades, suivez-moi ! Ses grenadiers, électrisés par son exemple, se précipitent sur ses pas. La charge bat, le général français s’avance audacieusement contre les Autrichiens, surpris d’une telle audace, culbute 2,000 hommes campés en arrière de l’anse de Haneim, s’empare d’une batterie de 7 pièces de canon qui défendaient le débouché de la Herf, se porte rapidement sur Dussel-dorf, dont il se rend maître, et fait prisonniers 2,000 hommes de troupes palatines qui formaient la garnison de cette place. Cette audacieuse opération fut terminée en moins de sept heures. Le général en chef Jourdan, dans le rapport qu’il fit à la Convention sur le pas-

sage du Rhin, s’exprimait ainsi : « La conduite du général Legrand et son in-^ trépidité sont au-dessus de tous les éloges. »

La campagne de l’an IV, en Allemagne, lui fournit de nouvelles occasions de se distinguer. Le 30 thermidor, le général Championnet lui donna l’ordre de se glisser, avec deux bataillons de la 92e demi-brigade et un escadron de dragons, dans les gorges de Niessas pour essayer de tourner la gauche des Autrichiens par Wolsfeld. Arrivé au débouché des gorges, Legrand se trouva àLain-hoffen, en face d’un ennemi supérieur, protégé par une artillerie formidable. En apercevant le danger de sa position, le général français suspendit prudemment sa marche dans un petitbois où les Autrichiens essayèrent de le cerner, repoussa vigoureusement leurs attaques, et se maintint jusqu’au moment où le général Championnet vint le dégager. Il donna de -nouvelles preuves de courage à l’attaque des hauteurs de Poperg et de Lansfeld, où l’ennemi fut repoussé jusqu’à Amperg, ce qui facilita la prise de Cassel par le général Bonnaud. ■ Pendant la même campagne, le général Legrand, à la tête de douze compagnies d’infanterie, franchit une seconde fois le Rhin, à Wissenthurn, vis-à-vis Neuwic, chassa les Autrichiens de leurs retranchements, leur fît éprouver des pertes considérables, et les tint en échec autant de temps qu’il en fallut pour établir un pont sur le fleuve.

A la journée de Wurtzbourg, le 18 messidor, sa brigade, disséminée sur une étendue de deux lieues, fut enveloppée par 3,000 chevaux et 10,000 hommes d’infanterie. Le général français, frappé de l’imminence du péril, réunit promptement ses soldats, attaqua l’ennemi avec résolution, se fraya un passage à travers ses colonnes, opéra ea retraite avec la plus grande opiniâtreté, et protégea celle de la cavalerie de l’armée, qui se trouvait sérieusement compromise. Il ne déploya ni moins de bravoure, ni moins d’habileté au combat de Liptingen, où il eut deux cheveaux tués sous lui.

En l’an V, les Autrichiens, au nombre de 1,200 hommes, ayant effectué un passage du Rhin à Neuhorfl, attaquèrent Ja brigade du général Legrand qui était dispersée depuis le confluent de la Lahh jusqu’à Neuwic. Le général rassembla à la hâte deux compagnies de grenadiers et -25 dragons, marcha à la rencontre de l’ennemi, l’attaqua avec impétuosité, le culbuta dans le fleuve et lui fit 400 prisonniers. La guerre, suspendue en l’an VI par les négociations de Rastadt, se ralluma, en l’an VU, avec plus de fureur entre la France et l’Autriche.

Legrand, promu au grade de général de division par un arrêté du 1er floréal, prit le commandement des troupes stationnées sur la rive droite du Rhin, et établit son quartier général à Kork, en avant du fort de Kehl. Obligé de se retirer momentanément à Strasbourg pour rétablir sa santé altérée par les fatigues de la guerre, il entrait à peine en convalescence, lorsque le général Masséna, jaloux de s’entourer d’officiers distingués, l’appela près de lui en Helvétie ; mais Legrand vint reprendre son premier poste sur la rive droite du Rhin, aussitôt que l’ennemi se fut renforcé dans la vallée de la Kintzig.

Le 18 messidor, des forces supérieures assaillirent ce général sur toute sa ligne : elles débouchèrent par la vallée de la Kintzig, par celle d’Erbach, se dirigeant sur Oberkirck,Offembourg et Attenheim. Nos avant-postes, attaqués à l’improviste, furent contraints d’évacuer Offembourg et de se replier sur la forêt de Neumûhl, à une petite lieue de Kehl. Renforcé par

des troupes fraîches, le général Legrand reprit aussitôt l’offensive, repoussa l’ennemi jusqu’à Offembourg, le culbuta après un combat des plus opiniâtres, et reprit, par son courage, l’avantage que les Autrichiens n’avaie/it dû qu’à la surprise et à la supériorité de leurs forces.

En l’an VIII, on lui confia de nouveau le commandement d’une division à la gauche de l’armée d’Allemagne. C’est lui qui, le 1er floréal, soutint, en avant d’Erbach, le premier choc de l’armée ennemie. Le 2 prairial suivant, il se distingua au combat de Delmesingen. Dans la campagne suivante, il eut aussi la gloire, sous les ordres de Moreau, d’attacher son nom à la célèbre victoire de Hohenlinden.

Pendant que les divisions du centre combattaient sur le front de la ville de ce nom, le prince Ferdinand qui avait suivi la rive gauche de l’Izen, à la tête de dix-huit bataillons, de quatre régiments de cavalerie et 15 pièces d’artillerie, se disposait déjà à tourner le bois d’Opirechling pour s’emparer de la redoute d’Erdingen, afin de couper les communications des Français avec Munich, de les prendre à dos et de neutraliser les succès que le centre avait obtenus. Le général Legrand, pénétrant les desseins du prince Ferdinand, donna aussitôt’le signal du combat. Ses troupes fondent avec impétuosité sur l’ennemi, taillent en pièces tout ce qui s’oppose à leur passage, lui enlèvent 3,000 hommes, ■4 pièces de canon et le forcent de se retirer en désordre dans la vallée de Dor-sen, où le lendemain elles lui font encore 1,500 prisonniers. Les Autrichiens n’opposaient plus que des efforts impuissants à la marche victorieuse de l’armée du Rhin ; l’aile gauche ayant franchi la Salza, partie à Laussen, partie à Rurg-Haussen, atteignit la route de Rica, fit le blocus de Braunau, marcha sur Scharding, et occupa Wels après une marche forcée. Le général Legrand qui commandait l’avant-garde, enleva, en’route, plus de 1,200 hommes à l’ennemi.

Lorsque la paix, signée à Lunéville, vint borner le cours de tant de triomphes, le gouvernement le choisit, le 29 messidor an IX, pour commander le Piémont, devenu la 27e division militaire. 11 prouva qu’il savait unir aux talents du général les qualités non moins précieuses de l’administrateur. Dès son arrivée à Turin, il y rétablit les services désorganisés, purgea les routes des brigands qui les infestaient, et parvint à faire chérir et respecter le nom français par la sagesse de ses mesures et la fermeté de son caractère.

Mis à la disposition du gouvernement le 8 ventôse an X, le général Legrand fut nommé inspecteur’ général d’infanterie le 5 germinal an XI. Il reçut le commandement de la 3* division au camp de Saint-Omer le.12 fructidor de la même année, devint membre de la Légion-d’Honneur le 19 frimaire an XII, puis grand officier de l’Ordre le 25 prairial suivant.

Dans la campagne de l’an XIV en Allemagne, l’intrépide Legrand commanda une des divisions d’infanterie sous les ordres du maréchal Soult. On le vit, aux combats de Wertingen et de Hollabrùnn ; décider en faveur des Français les succès de ces deux journées. A Austerlitz, il soutint, avec une seule brigade, pendant près de dix heures, aux défilés de Tel-nitz et de Sokulnitz, tous les efforts de l’aile gauche de l’armée russe, lui fit 3,000 prisonniers et lui enleva 12 pièces de canon. En récompense der ses exploits dans cette mémorable journée, le général Legrand fut créé, le 17 nivôse au XIV, grand aigle de la Légion-d’Hon-neur.

Après la bataille d’Iéna, au succès de laquelle il contribua, ce général combattit plus tard à Lubeck, à Eylau, à Heils-berg, puis à V attaque de Kœnigsberg, dont il enleva les faubourgs, à la tête de sa division. Après la paix de Tilsitt, signée le 7 juillet 1807, avec l’empereur de Russie, et le 9 du même mois avec la Prusse, le général Legrand fut récompensé de ses brillants services par le titre de comte de ’l'Empire ; distinction à laquelle Napoléon ajouta une dotation de 30,000 francs de rente.

Chargé du commandement du camp de Moewe, en 1808, il y reçut l’empereur Alexandre à son retour dans ses États. Ce général soutint, sa réputation dans la campagne d’Autriche et de Pologne en 1809. Sa division concourut à la prise de la ville et du château d’Ebers-berg. A la bataille d’Essling, Legrand fit des prodiges de valeur. Placé par Mas-séna au village de Gross-Aspern, dont la défense lui avait été confiée, il eut un cheval tué sous lui en repoussant avec succès trois charges dirigées contre ce village par le général autrichien Hiller. 11 s’illustra encore à Wagram ou un obus lui enleva son chapeau.

Mis en disponibilité le 23 juillet 1810, et désigné pour une inspection générale le 30 août 1811, il reçut l’ordre de se rendre au corps d’observation de l’Elbe le 25 décembre de la même année. Le général Legrand mit le comble à sa gloire dans la désastreuse campagne de Russie, en combattant à la tête de l’arrière-garde du 2e corps.

Après le combat de Jacobowo, ce corps, obligé d’opérer sa retraits, se vit menacé du plus grand danger, harcelé qu’il était continuellement par les Russes. Legrand résolut de sortir de cette position critique. Il forma aussitôt ses troupes en colonnes d’attaque, se précipita sur l’ennemi, renversa tout ce qui s’opposa à sou passage, lui fit 2,000 prisonniers, lui prit 13 pièces de canon et le rejeta en désordre au delà de la Drissa. Il rendit aussi d’importants services à Polotsk, y eut un1 cheval tué-sous lui, et reçut de Gouviôn-Saint-Cyr le commandement du 2* corps d’armée, lorsque ce maréchal eut été blessé. C’est à-lui que fut réservé l’honneur de forcer, le 12 novembre 1812, le passage de la Bérésina, si tristement célèbre dans nos fastes militaires ; il l’effectua sous le feu d’un ennemi que nos revers rendaient plus redoutable encore, action qui sauva peut-être les débris de nos phalanges des Fourches-Caudines que leurs ennemis leur avaient préparées.

Dangereusement blessé dans ce combat, Legrand se rendit en France, y devint sénateur le 5 avril 1813, organisa la défense de Châlons-sur-Saône en 1814, devint-Pair de France le 4 juin, chevalier de Saint-Louis le 27 du même mois, et mourut à Paris, le 8 janvier 1815, des suites de la blessure qu’il avait reçue sur les bords de la Bérésina. Ses dépouil-lesmortelles furent déposées auPanthéon.

On voit à l’Hôtel-de-Ville de Metz, patrie d’adoption de Legrand, le portrait de cet officier-général, que le Conseil municipal de cette ville y fit placer à côté des Messins dont les noms ont été consacrés par la reconnaissance publique.

Son nom est inscrit au côté Est de l’arc de triomphe de l’Étoile.

LEISSÈGUES (CORENTIN-URBAIN, de)[modifier]

vice-amiral, né à Haurec près Quimper (Finistère), le 29 août 1758.

C’est en 1778 qu’il entra comme volontaire dans la marine, et que commença pour lui cette longue carrière d’activité qui devait l’amener de grade en grade au poste le plus élevé de la marine française à travers de nombreux périls, de beaux succès et une grande et glorieuse défaite. Lorsqu’il s’enrôla à l’âge de 20 ans,la II.

France était en guerre avec l’Angleterre. Il s’embarqua sur la frégate l’Oiseau, qui croisait dans la Manche. Il passa ensuite sur la Nymphe : cette frégate faisait partie de la division qui s’empara du Sénégal, de Gambie et de Sierra-Leone. Sa naissance avait facilité son avancement. En 1780, il était lieutenant de frégate abord de la Magicienne, avec laquelle il reprit la croisière de la Manche.

L’année suivante, placé sous les ordres du bailli de’Suffren, il prit sa part dans les six combats livrés à l’amiral Hughes ; dans celui qui eut lieu devant Provédien, * il reçut une large blessure à la tête. Cette campagne dura quarante mois.

En 1785, Leissègues croisait dans les mers du Nord, à bord de la frégate7a Vigilante. De 1787 à 1791, devenu sous-lieutenant de vaisseau, il fit une campagne d’observation dans la merdes Indes à bord de la Méduse, et commanda ensuite, en qualité de lieutenant, le brick le Furet sur les côtes de Terre-Neuve. Dès les premiers mois de 1793, il était capitaine de vaisseau : il prit alors, à bord de la frégate la Pique, le commandement d’une division chargée de transporter aux îles duVent trois commissaires de la Convention et un bataillon de troupes de ligne. Il trouva la Guadeloupe au pouvoir des Anglais, la reprit tout entière dans l’espace de quatre mois, et sut s’y maintenir quoique bombardée pendant trois mois consécutifs par l’escadre de l’amiral Jer-vis, qui était arrivé trop tard pour empêcher notre conquête. Le commandant de la division navale avait été élevé au grade de contre-amiral. A son retour en France, en l’an VIII, le Directoire le chargea de l’inspection des côtes de Saint-Malo àFles-singue, et le nomma ensuite commandant d’armes dans les ports d’Ostende, de Flessingue et d’Anvers, ainsi que des forces navales françaises et bataves, réunies dans les porte et dans les rades de 14

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l’île de Walcheren. Les mesures furent si bien concertées que les Anglais n’osèrent rien entreprendre contre lui.

Lorsqu’en l’anX, le premier Consul voulut rappeler les puissances barbares-quès au respect du pavillon français, il fit choix de l’amiral Leissègues pour commander la division navale chargée de cette mission. Leissègues obtint à Alger et à Tunis toutes les satisfactions exigées par le premier Consul, et ramena avec lui les présents du Dey d’Alger et l’ambassadeur extraordinaire de celui de Tu-• nis. La même année, il conduisit à Con-stantinople le général Brune, accrédité auprès de Selim III en qualité d’ambassadeur extraordinaire, et puis il alla installer dans les Échelles du Levant les Consuls de Chypre, de Rhodes, de Chio et de Salonique : c’était le temps de la paix d’Amiens. Il se dirigea ensuite sur Alexandrie pour s’assurer si les Anglais l’avaient évacuée, et de là sur Malte, où il lui fut aisé de reconnaître que l’Angleterre tie se disposait nullement à rendre cette île à l’ordre de Malte, selon les prescriptions du traité. La reprise des hostilités était imminente : elles ne tardèrent pas à recommencer, et Leissègues fut appelé au commandement d’une des escadres de l’armée navale de Brest, aux ordres de l’amiral Gantheaume.

Nommé membre de la Légion-d’Hoci-neur le 19 frimaire an XII, il reçut la croix de commandeur de l’Ordre le 25 prairial suivant.

Le 22 frimaire an XIV, onze vaisseaux appareillèrent : ils avaient pour chefs les amiraux Leissègues et "Willaumez. Ils devaient former deux escadres et ne se séparer qu’à la mer. Ils naviguèrent de conserve pendant deux jours, et firent route ensuite pour leur destination respective : Leissègues, avec cinq vaisseaux, deux frégates et une corvette, avaitpour mission de porter à Santo-Domingo 900

hommes de troupes et des munitions de guerre. Après quarante jours de traversée, il entra à Santo-Domingo dans un état complet d’avaries causées par les vents. Quatorze jours suffirent à peine "aux,réparations les plus urgentes, et lorsqu’il se disposait à partir, il vit apparaître une escadre anglaise de neuf vaisseaux et plusieurs frégates. Il sortit aussitôt et donna l’ordre de se préparer au combat. Les manœuvres de l’amiral ont reçu une part peut-être égale d’éloges et de blâme ; il ne nous appartient pas de les apprécier. Peut-être devait-il éviter le combat en présence de forces supérieures. Sa réponse à ce reproche inspire une respectueuse admiration : « Élève du bailli de Suffren, dit-il, j’ai appris de lui à ne jamais compter mes ennemis. » Sa défense fut héroïque : le vaisseau amiral avait perdu 150 hommes et 30 officiers supérieurs, il avait 500 boulets dans le corps du vaisseau ; le mât d’artimon, le grand mât et le petit mât de hune étaient coupés ; le feu avait pris trois fois, les batteries de 24 et de 18 étaient désemparées des deux bords, il y avait vingt pieds d’eau dans la cale, un boulet resté dans l’étambraie empêchait le jeu du gouvernail ; le capitaine, le second et six officiers étaient blessés. Décidé à ne point amener son pavillon, Leissègues profita d’un moment où le feu s’était éteint de part et d’autre pour diriger l’Impartial sur la côte au moyen de la.misaine, seule voile qui lui restait, et il échoua à dix lieues environ dans l’est de Santo-Domingo. Trois jours après, malgré le feu des vaisseaux ennemis, il avait débarqué ses blessés et ce qui restait de l’état-major et de l’équipage, et il descendait à terre emportant avec lui son aigle et son pavillon. Après avoir lu le récit de cette action, l’Empereur dit : « C’est un des beaux combats de la marine française. »

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Le 7 avril 1809, Leissègues fut chargé de’la défense de Venise, attaquée par terre et par mer. Au mois d’août 1811, l’Empereur l’en-voyaà Corfou. Il plaça sous sesordres toutes les forces navales françaises, italiennes et napolitaires dans les îles Ioniennes. Le but de cette mission était d’assurer l’approvisionnement et les communications de l’île de Corfou ; elle eut un plein -succès. L’ile était encore approvisionnée pour deux ans, lorsqu’il en fit la remise aux troupes alliées en 1814.. Au mois d’août de la même année, il rentrait à Toulon sur l’escadre du contre-amiral Gorneas : Sous la Restauration, Leissègues devint successivement cbevalier et commandeur de Saint-Louis et vice-amiral en 1816. Dix-huit mois après, une retraite prématurée le condamna au repos.

Il est mort à Paris le 26 mars 1832.

LEJEUNÉ (LOUIS-FRANÇOIS)[modifier]

né en 1776, étudiait la peinture chez Valen-ciennes avec Bertin ; il quitta l’atelier et partit comme volontaire en 1792 dans la compagnie des Arts de Paris. Nommé sergent au l*r bataillon de l’Arsenal, il passa en 1793 dans l’artillerie à LaFère, assista aux sièges de Landrecies, du Quesnoy et de Valenciennes, où il devint aide-de-camp du général Jacob. Il fit, en qualité de lieutenant-adjoint au génie, les campagnes de 1794 en Hollande et de 1795.

Appelé en 1798 au dépôt de la guerre, il subit de brillants examens, à la suite desquels il fut nommé capitaine-adjoint au corps du génie, puis aide-de-camp de Berthier, ministre de la guerre. Capitaine après Marengo, chef de bataillon après Austerlitz, il était déjà chevalier de la Légion-d’Honneur. Il avait assisté à une foule de sièges et de combats et s’était trouvé avec éclat à plusieurs batailles, lorsqu’il fut fait colonel

au siège de Saragosse et général de brigade à la bataille de la Moskowa. Il avait reçu une dotation en Hanovre en 1808, une seconde dotation en Westphalie en 1810, avec la croix de l’ordre de Saint-Léopold de Hongrie. Il fut ensuite chef d’éfal-majôr du prince d’Eckmûhl et du maréchal duc de Réggio.

Pendant là campagne de Saxe, le général Lejeune se trouva à la bataille de Lutzen, au passage de la Sprée, à Baut-zen, etc., et fut nommé officier de la Légion-d’Honneur et commandeur de l’ordre de Maximilien de Bavière.

A la bataille de Hoyersverda, le corps de Bulow écrasait le 12e corps formé en carré dans une prairie. Le général Lejeune, au risque d’être enlevé, s’aventura dans les lignes de l’ennemi avec un bataillon,, la cavalerie du général Wolf et six pièces de 12. Il brisa toute l’artillerie prussienne prise au rouage, et sauva le maréchal Oudinot et son armée.

Le général Lejeune fut fait chevalier de Saint-Louis par Louis XVIII, et eu 1823 commandeur de la Légion-d’Honneur. En 1824, le roi de Suède le créa grand-croix de l’Ordre et de l’Ëpée. Lejeune n’avait pas oublié ses pinceaux sur le champ de bataille, et l’amour des arts ne l’avait pas abandonné. On a vu de lui un assez grand nombre de tableaux d’histoire très-estimés. On distingue surtout le tableau de la bataille de Guiraando, le plus poétique de tous, qui parut en 1819 et eut un succès prodigieux, et le tableau de la bataille de la Moskowa, le chef-d’œuvre de l’auteur.

LEMARROIS (JEAN-LEONARD-FRANÇQIS, comte)[modifier]

né le 17 mars 1776 dans le département de la Manche. Son père était cultivateur à Briquebec (Manche). Il venait d’être admis à l’école de Mars, instituée récemment par la Convention, lorsque Letourneur, delà Manche, le choisit pour officier d’ordonnance en se rendant à Toulon. Au 13 vendémiaire il servait comme lieutenant à l’état-major de la 1re division. Bonaparte le remarqua et en fit, le soir même, son aide-de-camp. • A la bataille de Lodi, courageux et plein de fougue, le jeune Lemarrois eut ses vêtements criblés de balles. A Roveredo, où il avait décidé le gain de la ba-taillesur un point important, il fut renversé’de cheval dans une charge impétueuse, et une partie des colonnes ennemies lui passa sur le corps. Bonaparte le cita dans plusieurs bulletins et le choisit pour présenter au Directoire les drapeaux conquis ; mais les blessures de cette affaire de Roveredo l’empêchèrent de faire la campagne d’Égypte.

A son retour en France, Bonaparte le rappela, il l’avait à ses côtés au 1 8 brumaire. Nommé colonel à Marengo, il fut chargé de porter au général ennemi les propositions de paix.

Il devint successivement général de brigade en 1802, général de division après Austerlilz, et en 1806 gouverneur des marches d’Ancône, de Fermo, du duché d’Urbin, etc. ■

Après la bataille d.’Iéna, où il fut grièvement blessé, l’Empereur lui donna le commandement du cercle de Wittem-berg, où il sut réprimer une grave insurrection ; puis celui de Stettin, puis de Varsovie en 1807. Il se rendit en Italie comme gouverneur des Légations et commandant des troupes.

La même année il fut élu membre du Corps législatif par son département, et devint l’un des vice-présidents de cette Assemblée.

En 1809 Napoléon le nomma gouverneur de Rome, et pendant la campagne de Russie au commandement du camp de Boulogne.

Le général Lemarrois fit la campagne de 1813 à la grande armée, eut le commandement de. Magdebourg à la fin de

l’année, y fut assiégé, commanda en personne plusieurs sorties, où il montra toujours une éclatante bravoure, ne rendit la place que sur l’ordre du nouveau gouvernement français, et ramena en France toute la garnison de 18,000 hommes avec ses 52 canons. Il se retira alors dans ses foyers. Le 20 mars il était aux Tuileries auprès de l’Empereur. Pair de France et commandant des 14" et 45e divisions pendant les Cent-Jours, il se préparait à venir au secours de Paris, après le désastre de Waterloo, avec la garde nationale de Rouen, lorsqu’il apprit le traité signé avec les alliés et leur entrée dans la capitale. Il résigna alors son commandement et reprit le chemin de la retraite qu’il ne quitta plus.

Le général Lemarrois est un modèle de bravoure militaire et de fidélité.

Mort le 14 octobre 1836, dans sa soixantième année, à la suile d’une longue et douloureuse maladie.

LENOIR (AUGUSTE-NICOLAS, vicomte)[modifier]

né à Paris en 1776. Engagé volontaire à l’âge de 16 ans, en 1793, dans un bataillon de Paris ; il fit les campagnes de la République pendant les années H, III, IV, V et VI ; devint sous-lieutenant en 1799, lieutenant en 1S0I, adjudant-major en 1803 et capitaine en 1804. Chacun de ces grades fut le prix de ses services militaires.

Les immortelles campagnes de l’Empire lui offrirent de nombreuses occasions de se signaler. Il combattit dans les rangs des grenadiers à pied de la Garde impériale aux grandes journées d’Ulm et d’Austerlitz, prit part aux campagnes de Prusse et de Pologne, et à celle d’Espagne en 1808. Chef de bataillon en 1809, il fut décoré par l’Empereur, et créé en 1812 officier de la Légion et baron de l’Empire.

Colonel en 1812, il fit la campagne de Russie, eut la jambe droite emportée au combat, de Krasnoé, fut fait prisonnier. pendant la retraite et ne rentra en France qu’en 1814.

Cette même année il fut nommé maréchal de camp, et chargé en 1815 de la défense de Dunkerque, mis deux fois en état de siège.

En 1819 le général Lenoir fut chef de division du personnel de l’infanterie, admis à’ia retraite en 1825 et créé membre du Conseil de l’Hôtel des Invalides !

Après 1830 le roi confia au vicomte Lenoir le soin de réorganiser l’école de Saint-Cyr, et peu dé temps après, commandant de la succursale des Invalides à ’ Avignon et commandeur de l’ordre de la Légion-d’Honneur.

LENOURY (HENRI-MARIE, baron)[modifier]

improprement désigné sous le nom de Noury, naquit à Craconville (Eure), le 6 novembre 177 I.

Élève sous-lieutenant à l’École d’artillerie de Metz le 1" septembre 1789, lieutenant en second dans le 7e régiment d’artillerie à pied le Ie’ avril 1791, lieutenant en premier le 6 février 1792, capitaine le 26 juillet suivant, il fit les guerres de 1793 et de l’an II à l’armée du Nord, celles des ans III et IV à l’armée de l’Ouest, et de l’an V à l’an IX aux armées d’Angleterre et d’Italie. Chef de bataillon dans le 8e régiment d’artillerie à pied le 7 floréal an X, il resta détaché à l’île d’Elbe jusqu’au 1" floréal an XI, époque à laquelle il passa chef d’escadron dans le Ie’ régiment d’artillerie à cheval.

Major du oe de même arme le 3 prairial suivant, employé à l’armée des côtes en l’an XII, il reçut le 4 germinal de la même année la décoration de la Légion-d’Honneur et commanda l’artillerie des réserves des camps de cavalerie en l’an XIV.

Officier de l’Ordre le 5 nivôse an XIV, il conquit sur le champ de bataille d’Au-sterlitz le brevet de colonel du 2e régiment d’artillerie à pied.

Détaché le 24 avril 1,806 pour remplir les fonctions de chef d’état-major d’artillerie du 5" corps, il fut blessé à la bataille. d’Ostrolenka le 6 février 1807, passa à l’armée d’Espagne en 1808 avec le même corps d’armée, et obtint le grade de général de brigade le 23 mars 1809, peu de temps après la prise de Sugolle, à laquelle il avait puissamment contribué.

Rappelé à l’armée d’Allemagne le 2 septembre 1809, pour y commander l’artillerie du corps saxon aux ordres du général Reynier, et créé baron de l’Empire vers la même époque, il retourna en Espagne le 20 janvier 1810, commanda en second l’artillerie de l’armée de Catalogne (7" corps), et prit une part glorieuse au siège et à la reddition de Figuières.

Il eut le commandement de l’artillerie des 12e et 7° corps de la grande armée en Russie et en Saxe, du 1er juin 1812 au 2-4 décembre 1813, assista aux batailles de Dresde, Leipzig et de Hanau, et fut fait général de division le 25 novembre 1813.

Appelé le 22 décembre suivant au commandement de l’artillerie du 1er corps, il dut mettre en état de défense les places frontières du Nord de la France.

Louis XVIU le nomma chevalier de Saint-Louis le 29 juillet 1814, et commandant de la Légion-d’Honneur le 5 août suivant.

Au retour de l’île d’Elbe, Napoléon l’employa à l’armée du Nord.

En 1816 on lui confia une-inspection d’artillerie, et le 1er mai 1821, le roi le nomma grand officier de la Légion-d’Honneur, et l’appela au comité consultatif et à l’inspection générale du personnel et du matériel de l’artillerie. LEP

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LEP


Placé le 15 août 1839 d’ans là section de réserve du cadre de l’état-major général, il est mort à Craconvillè le 25 septembre suivant.

Son nom est inscrit sur la partie Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

LEPIC (Louis, comte)[modifier]

né à Montpellier le 20 septembre 1765, entra au service en 1781 comme simple dragon, dans le régiment de Lescure, devenu 2e de chasseurs à cheval. Il servit pendant trois ans à l’armée de l’Ouest (Vendée) en qualité de lieutenant-colonel et s’y fit remarquer par sa bravoure et par son humanité envers les Vendéens. Envoyé à l’armée d’Italie en 1796, il y fit plusieurs campagnes avec distinction, se signala particulièrement à la bataille de Vérone et fut nommé colonel après Ma-rengo. Peu après il entra avec le grade de major dans les grenadiers à cheval de la garde consulaire et fit avec ce corps les campagnes de la grande armée. Colonel-major en 1805, il se signala à Au-sterlitz. A la bataille d’Eylau, chargé de contenir les masses d’infanterie russe qui s’avançaient vers le cimetière, et d’enlever une batterie ennemie qui semait le ravage et la mort dans nos rangs, il tomba sur cette infanterie et en fit un carnage épouvantable ; se portant en même temps sur la batterie russe, il sabre tout ce qui s’y trouve et s’empare des pièces. Cependant la neige qui tombait avec abondance ne permettait plus de reconnaître la direction qu’il fallait suivre ; après avoir exécuté quelques mouvements il se trouva enveloppé par l’armée russe. Sommé de se "rendre, il répondit au parlementaire en montrant ses grenadiers : « Regardez ces figures, et dites-moi si elles ont l’air de vouloir se rendre. » Néanmoins, Lepic, connais-gant tout le danger de sa position, s’adresse en ces termes à ses grenadiers : « Amis, il faut vaincre ou mourir aujourd’hui, nous avons trois lignes d’infanterie à renverser. Beaucoup d’entre nous y resteront sans doute ; mais dût-il n’en retourner qu’un seul pour porter la nouvelle, l’honneur dti corps et celui de notre étendard seront sauvés. » A ces mots, les intrépides grenadiers s’écrièrent : « La charge ! la charge ! et nous passerons ! » Lepic se forma alors en colonne serrée par pelotons, ordonna’ la charge et culbuta successivement les trois lignes russes, sans autre perte que celle de six hommes dont un officier ; lui-même reçut dans la mêlée deux coups de baïonnette et un coup de crosse sur les genoux qui l’empêchèrent pendant quelque temps de monter à cheval sans aide. Le corps qu’il venait de traverser se trouvait alors aux prises avec les Français ; ceux-ci voyant arriver sur eux une cavalerie qui débouchait du centre des colonnes russes, la crurent ennemie, l’accueillirent à coups de fusil et tuèrent deux grenadiers et quelques chevaux. Cependant Lepic parvint à se faire reconnaître et le feu cessa. L’Empereur qui, depuis plusieurs heures, ne savait ce qu’étaient devenus les grenadiers de la garde, témoigna toute sa satisfaction, et nomma l’intrépide colonel général de brigade, en conservant ses fonctions de major, et y ajouta une dotation de 30,000 francs. Ce général.se couvrit de nouveau de gloire à Wagram, passa en Espagne en •1810, et y remplit avec distinction les fonctions de capitaine général sous les ordre de Murât et de Joseph.

En 1812 il fit la campagne de Russie dans la Garde impériale, et obtint le 9 février 1813 le grade de général de division.

Le général Lepic fit encore les campagnes de Saxe et de France, en 1813 et en 1814, à la tête du 2e régiment des Gardes d’honneur.

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La Restauration le fit commandant de la 21e division militaire.

En 1845 il fut employé, pendant les Cent-Jours, assista à la bataille de Waterloo, et fut mis à la retraite sous la seconde Restauration. Il est mort le 7 janvier 1847 à Andresy.

Son nom figure sur le côté Est de l’arc de l’Étoile.

LEROY-DUVERGER (PHILIPPE-ALEXIS-MARIE-ANTOINE)[modifier]

né à La Flèche (Sar-the) le 25 septembre 1784. Enrôlé VOT lontaire au 25e régiment de chasseurs à cheval en 1805, il passa par tous les grades’ pour arriver à celui de maréchal de camp, fit vingt et une campagnes et reçut un coup de feu à la Bérésina.

Chasseur à l’armée d’Italie, il assista au passage de l’Adige, aux affaires de Vérone, de Caldiéro, du Tàgliamento, de la Piave et de Vicence, aux sièges de Dantzig et de Stralsund, et comme sous-officieraux batailles deLieberstad,d’Hei-delsberg et de Friedland ; il fit comme lieutenant et capitaine les campagnes de l’8O8 à 1812, et comme chef d’escadron celles de 1813,1814 et 1823.

Il combattit à Dresde, à Leipzig, où il dut passer l’Elster à la nage, à Ha-nau avec le 2’ corps, qui, déjà réduit à 1,800 hommes, y fut anéanti. Le soir on eut de la peine à réunir 25 hommes pour former la garde du maréchal Victor qui le commandait.

De 1815 à 1823 il fut employé en qualité de chef d’état-major des 12e et 14* divisions militaires, en 1823 il commandait la placé de Zérès et fut nommé lieutenant-colonel.

De 1823 à 1831, il fut employé à l’état-major du ministre, au dépôt de la guerre et dans les camps d’instruction à Lunéville. Colonel le 22 février 1831, puis chef d’état r major de l’armée d’Afrique, il fit partie de toutes les expéditions et fut partout cité avec éloge.

Eii 1836, on lui confia le commandement supérieur de Bone et il rendit de grands services à l’armée d’occupation.

Au 24 août 1838, il fut promu au grade de maréchal de camp et nommé au commandement de la division du Var.

Le général Duverger est commandeur., de la.Légion-d’Honneur depuis 1834. ’

II a été admis à la retraite. .

LESCALIER (DANIEL, baron)[modifier]

naquit à Lyon le 4 novembre 1743. Il partit pour Saint-Domingue avec le comte d’Estaing, nommé gouverneur général en 1764 et à son retour, il fut classé dans l’administration maritime à Toulon, où il occupa successivement les grades, d’élève commissaire, de sous-commissaire et de commissaire de marine, en 1776.

En 1780, il fut envojé à la Grenade, en la même qualité, et au commence-’ ment de l’année 1782, le roi le nomma ordonnateur des trois colonies de la Guyane hollandaise, Demerary, Berbice et Essequebo, poste qu’il conserva jusqu’à la paix. Une pension de 2,000 francs fut la récompense de ses bons services.

Depuis cette époque jusqu’en 1791, il administra la Guyane française avec le, rang de commissaire général ; il. visita,, par l’ordre du gouvernement, avec,l’ingénieur Forfait, les ports,,les arsenaux et les chantiers de l’Angleterre et de la Hollande, et il finit par être adjoint au comité de marine de I’Assemblçe constituante.

Au mois de mars 1792, il quittait de nouveau la France comme commissaire civil pour les îles de France, de Bourbon et pour les établissements situés au delà du cap de Bonne-Espérance.

Cette mission dura six ans et demi ; elle eut pour résultat de préserver les îles de France et de Bourbon des événer ments désastreux de Saint-Domingue.

En 1797, la frégate la Cybèle le ramena en France, où il dirigea, pendant un an, le bureau des colonies au ministère de la marine. Il quitta cet emploi pour aller, en qualité d’Ordonnateur de première classe, organiser à Corfou un grand établissement maritime.

Témoin des événements du 18 brumaire, il ne tarda pas à être appelé au conseil d’État par le premier Consul.

Détaché en service extraordinaire pour Saint-Domingue, avec sept vaisseaux, quatre frégates, 5,000 hommes de troupes et les pleins pouvoirs nécessaires pour rétablir l’ordre dans cette colonie, il ne put sortir de Brest où il se trouva bloqué par trente vaisseaux de guerre anglais et un nombre considérable de frégates d’observation.

Rappelé à Paris, il reprit son service au conseil d’État, et fut nommé quelques mois après préfet maritime à Lorient.

Destiné à être Préfet en Égypte, Les-calier apprit l’occupation de ce pays par des forces supérieures, et dut revirer de bord vers Toulon.

La destination de Lescalier fut changée de nouveau : le gouvernement le nomma Préfet colonial à la Guadeloupe, dont le général Richepanse était Capitaine général. Des troubles graves avaient éclaté dans cette colonie ; les révoltés en avaient chassé le contre-amiral Lacrosse qui y commandait. Lescalier eut la satisfaction d’écrire au ministre le 8 thermidor an X, que les troubles avaient entièrement cessé, et que le contre-amiral Lacrosse avait été réintégré dans ses fonctions aux acclamations unanimes des habitants.

Revenu à Paris, il rentra au conseil d’État en service extraordinaire ; le 9 vendémiaire an XII, il fut nommé membre de la Légion-d’Honneur, commandeur de cet Ordre le 25 prairial de la même année et classé à ce titre parmi les électeurs de la Seine-Inférieure.

Baron de l’Empire en 1806, préfet maritime à Gênes, le 1er octobre 1810, l’Empereur le nomma Consul général aux États-Unis d’Amérique.

Remplacé après la chute de l’Empereur, Lescalier revint e a France ; il avait alors 72 ans, et il seutait le besoin de repos ; il se retira des atfaires publiques.

Il est mort à Paris au mois de mai 1822.

LESCURE (LOUIS-MARIE, marquis de)[modifier]

né en 1766, dans les environs de Bres-suire, fut élève de l’École militaire et obtint, peu de temps avant la Révolution, une compagnie dans le régiment de Royal-Piémont. Émigré en 1791, il.ren-tra bientôt en France, et fut au 10 août l’un des défenseurs des Tuileries. Il se hâta de quitter Paris, lorsque le triomphe de la Révolution fut décidé, et alla dans le Poitou organiser la première insurrection vendéenne. 11 détermina La-rochejacquelein, son cousin, à prendre les armes et combina avec lui les opérations de la campagne. Arrêté et enfermé dans les prisons de Bressuire, peu de temps après cette première levée de boucliers, il fut bientôt délivré par les Vendéens, dont il devint alors l’un des principaux chefs. Il montra une grande intrépidité à l’attaque du pont de Thouars, à Fontenay, à Saumur et au combat de Torfou ; mais il fut blessé mortellement à l’affaire de Tremblaye, et mourut entre Ernée et Fougères, le 3 novembre 1793.

Lescure mourut sur la route de Mayenne à Fougères, dans la voiture dans laquelle on le transportait. Son beau-père, le général Dolisson, le fit enterrer dans un lieu qui est resté inconnu. Ce fut sans doute afin d’épargner à son cadavre les outrages dont celui de Bonchamp avait été l’objet. Bonchamp, mort pendant le passage de la Loire, avait été enseveli sur la plage de Varades. M. de Barante, rédacteur des Mémoires de Madame de La Rochejacquelein, prétend que quelques jours après les républicains l’exhumèrent pour lui trancher la tête, et l’envoyer à la Convention.

Sa veuve, qui l’avait suivi dans la Vendée, acquit plus tard une grande célébrité, sous le nom de Madame de La Rochejacquelein. Cette femme héroïque n’a connu que le malheur et l’exil jusqu’en 1816. Elle a publié ses Mémoires au commencement de la Restauration.

LE SÊNÉCAL (GEORGES-HIPPOLÏTE, baron)[modifier]

né à Caen en 1767, fut, comme son père, contrôleur des vingtièmes à Marmande, à l’âge de 17 ans. Pendant la Révolution, il sauva quelques victimes de la fureur populaire.

En 1792, il partit pour les Pyrénées, comme volontaire, fut fait lieutenant pendant la campagne, sauva encore plusieurs émigrés ; entra comme lieutenant au 24* chasseurs, et y fut nommé capitaine, puis chef d’escadron au choix. ’ Le Sénécal ayant surpris les projets du représentant Dartigoyte, trouva encore le moyen de sauver 80 personnes que cet homme destinait à l’échafaud. Son régiment étant parti pour l’Italie, il le commanda pendant toute la campagne, en l’absence du colonel. Plusieurs fois, il fut mis à l’ordre du jour de l’armée, notamment aux affaires de Lodi, où il trouva moyen de ramener prisonniers 800 Autrichiens, au milieu desquels il était tombé presque seul.

Il fit la campagne d’Égypte comme lieutenant-colonel se trouva à toutes les grandes affaires, fut de l’expédition de Syrie avec Desaix, fut nommé adjudant-général, chef d’état-major de la cavalerie, et traita de la capitulation après la mort de Kléber.

De retour à Paris, il devint chef d’état-major de Reynier, avec lequel il prit part à l’invasion.du royaume de Naples et à la descente en Sicile.

Il fut ensuite commandant de place à Rome et à Naples. Sa fortune se faisait lentement, parce qu’il avait une délicatesse exagérée et ne voulait rien demander. Son esprit de contrôle lui nuisait aussi beaucoup.

Général de brigade en 1809, il réussit à pacifier les Calabres, et fut créé baron de l’Empire. En 1813, le général Le Sénécal conduisit à la grande armée les réserves de l’armée de Naples, fut placé àTavant-garde du 4e corps, sous Macdonald, et prit Mersbourg par un brillant fait d’armes.

En 1813, nommé commandeur de la Légion-d’Honneur, mais toujours dans une quasi disgrâce, il alla commander à Magdebourg et y resta jusqu’en 1814.

Pendant la première Restauration, il se tint à l’écart et vécut de sa demi-solde, ayant pour voisin de campagne le général Grouchy.

En 1815, il était à Paris avant que Napoléon y fût arrivé. Grouchy, en partant pour poursuivre le duc d’Angou-lême, prit Le Sénécal comme chef d’état-major.,

A Ligny, à Fleuras, à Waterloo, le général Le Sénécal exerçait encore les mêmes fonctions auprès du maréchal Grouchy ; il le suivit à l’intérieur et se’ remit à vivre de sa demi-solde et du produit d’une petite propriété.

La Révolution de 1830 ne l’a point tiré de son obscurité. Il devint maire de sa commune et membre du conseil d’arrondissement.

LESPINASSE (AUGUSTIN, comte de)[modifier]

naquit à Reuilly-sur-Loire le 16 octobre • 1737.11 servit d’abord dans les Mousquetaires noirs de la maison du roi, et entra ensuite, en 1769, dans les carabiniers, en qualité de cornette.

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Aide-de-camp du colonel de Poyanne, il fit en cette qualité les dernières campagnes de la guerre de Sept-Ans, et, après la paix de 1763, ii fut réformé et entra dans l’artillerie, où il devint lieutenant dans le courant de la même année.

Le duc de Choiseul, alors ministre de la guerre, rendit justice à son mérite, en le chargeant dé composer un traité sur la Théorie et la pratique de la trigonométrie et sur celle du nivellement, imprimé en 1768.

Il avait été fait capitaine le 24 mars 1767. Un avancement aussi rapide lui fit des envieux, et il eut à soutenir plusieurs duels dans lesquels il se montra brave et généreux. Attaché à la place de Strasbourg, il eut bientôt l’inspection des manufactures de Saint-Etienne et de Maubeuge.

Major le 25 mai 1788, il fut chargé par le ministre de la guerre d’établir un dépôt central d’artillerie à la Charente-sur-Loire, projet que la Révolution fit avorter.

Nommé lieutenant-colonel en 1791. il commanda en second l’artillerie à l’armée du Rhin. Envoyé à l’armée des Pyrénées-Occidentales, avec le grade de colonel du 2e régiment d’artillerie, il se distingua à la Croix-des-Bouquets, et reçut en récompense le grade de général de brigade que lui conférèrent les représentants du peuple à cette armée.

Suspendu de ses fonctions par le Comité dé salut public, puis rappelé à l’armée qu’il venait de quitter, il servit sous le général Muller, et reçut l’ordre de bombarder Fontarabie : il prit Bera, passa la Bidassoa sous le feu de l’ennemi, sauva le parc d’Irun, et le 14 thermidor an II, Fontarabie était à nous.

Elevé au grade de général de division par les représentants, le ministre, non-seulement ne le reconnut pas dans ce grade, mais encore il le laissa sans emploi.

Envoyé, quelque temps après, par le Directoire ; , en Italie, il arriva à Milan au moment où le général en chef Bonaparte venait de décider le siège de cette ville ; et les moyens d’attaque j en les comparant aux ressources de la défense, étant de très-mince importance, la reddition de la citadelle, après onze jours de tranchée ouverte, fait le plus grand honneur an général Lespinasse. H concourut aux victoires de Casliglione, de Seravole, de Roveredo, aux deux attaques de Saint-Georges, au blocus de Mantoue, à Arcole, où il se couvrit de gloire (expressions du bulletin), lorsque Berthier marchait sur Rome pour venger Dupbot, Lespinasse commandait l’artillerie ; enfin, à la suite de la bataille de Rivoli, le général Bonaparte demanda et obtint pour lui le grade de général de division.

Rentré en France, on lui confia le commandement en chef de l’artillerie de l’armée d’Angleterre, et il concourut avec le général Hédouville aux négociations de la paix avec Ses insurgés de la Bretagne.

Le premier Consul le fit entrer au Sénat, et quelques mois plus tard, en l’an VHf, Lespinasse publia un Essai sur l’organisation de l’arme de l’artillerie, dont il avait conçu l’idée à l’armée du Rhin, et qu’il avait appliquée à l’armée des Pyrénées-Occidentales ; mais il n’avait mis la dernière main à son travail qu’à.l’armée d’Italie, lorsqu’il eut combiné sa pensée avec les principes du général en chef,principes qu’il avait adoptés d’une manière absolue : « Organisons, disait-il, l’arme de l’artillerie, non comme elle devrait être organisée pour vaincre, mais comme elle avait.vaincu, dirigée par ce grand capitaine. »

Nommé membre et grand officier de la Légion-d’Honneur, les 9 vendémiaire et 25 prairial an XII, l’Empereur lui donna, par décret du 2 du même mois, la sénatorerie de Pau, et plus tard, celle de Dijon, et le nomma président du collège électoral de la Nièvre.

Chevalier de la Couronne de Fer en 1807 et comte de l’Empire en 1808, le général Lespinasse fut un de ceux qui votèrent la déchéance de l’Empereur.

Louis XVIII le nomma Pair de France le 4 juin 181-4, et chevalier de Saint-Louis. Napoléon n’ayant pas jugé à propos de le rappeler à lui, il est mort à Paris le 28 décembre 1816.

On lui doit les embellissements du jardin du Luxembourg.

LESUIRE (JOSEPH-MATHURIN-FlDÈLE, baron de BIZY)[modifier]

naquit à Rennes (Ille-et-Vilaine) le 26 mai 1764. Le 18 novembre 1778, il entra au service de la marine, et fit sur le vaisseau du roi le Méfléchi, en qualité de pilolin et de timonier, les, campagnes de la Grenade et de Savanah.

En 1779, 1780, 1781, il servit dans l’armée navale qui fut envoyée dans les Indes-Occidentales, sous les ordres des amiraux d’Estaing et Lamothe-Piquet, au secours des Américains. Le 18 janvier 1788 il passa à l’armée de terre, et entra en qualité de dragon dans le régiment de Bourbon. Congédié par ancienneté le 4 janvier 1790, il reprit du service le 12 mai 1792 comme sous-lieule-nant au 84e régiment d’infanterie, et parvint au grade de lieutenant audit régiment le 10 octobre de la même année. Le 26 janvier 1793, il fut atteint, dans une affaire contre les Espagnols, d’une balle qui lui traversa la cuisse droite, et d’un coup de sabre qui lui traversa obliquement l’avant-bras. Le 19 juin suivant il passa à l’état-major de l’armée de, Saint-Domingue, en qualité d’adjoint aux adjudants-généraux, et le 2 juillet

de la même année le général Lasalle, gouverneur des îles françaises de l’Amérique sous le- vent, le nomma capitaine de grenadiers au 84e de ligne.

Pendant sept années, il rendit les plus importants services à la colonie ; aussi son nom fut-il mentionné honorablement dans tous les rapports adressés au ministre de la guerre. Le citoyen Santho-nax, commissaire de la République, délégué dans ces îles, le nomma adjudant-général chef de bataillon le 22 vendémiaire an II. Le général Lavea.ux, gouverneur de Saint-Domingue, l’éleva au grade d’adjudant-général chef de brigade, le 4 fructidor de la même année. Le 26 frimaire an VII, il rentra en France, et fut envoyé, le 23 messidor, à l’armée des Alpes.

A peine arrivé, le général Lesuire débloqua Fénestrelle, enleva Pignerolles, s’empara de tous ses magasins, et chassa les Austro-Russes jusqu’auprès de Turin. Ensuite, par une marche rapide, il se réunit au corps qui se trouvait à Reil-les, reprit sur l’ennemi l’importante place de Suze, et rétablit sa communication avec La Maurienne. Quelques jours après, le général Championnet L’appela auprès de lui à Coni, et l’employa dans tous les combats et batailles qui eurent lieu en avant de cette place jusqu’à l’évacuation totale du Piémont.

Le 13 brumaire an VIII, sa brigade eut l’honneur, à la bataille de Genolecb, d’arracher aux Autrichiens la seule pièce de- canon qui leur avait été prise dans cette journée. Le 12 prairial, lors de la retraite des Autrichiens du pays de Nice, Lesuire, sous les ordres de Masséna, enleva à l’ennemi les redoutes du camp de Fourches et lui fit 1,000 prisonniers ; le 17 il lit prisonniers 3,000 grenadiers hongrois au combat de Ponte-di-Nave.

Le 4 nivôse an IX, la brigade de Lesuire se distingua particulièrement à

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Pozzoloz ; elle chargea l’ennemi et lui enleva à la baïonnette 2 pièces de canon et le village. Le lendemain 5, cette même brigade, sous le général Brune, s’empara, après un combat acharné, de la fameuse redoute de Borghetto, défendue par 7 bouches à feu. Dans cette brillante affaire 2 bataillons autrichiens mirent bas les armes. Dans son rapport le général Gazan cite ce fait d’une manière toute particulière.

Les 19 frimaire et 25 prairial an XII, Lesuire fut nommé membre et comman-deur delaLégiôn-d’Honneur, et employé dans la 25e division militaire le 21 octobre 1806.’ Lesuire, après avoir servi avec la plus grande distinction dans l’armée de réserve, sous Kellermann, et dans les 5e et 15° divisions militaires, fut créé baron de l’Empire, sous le nom de Bizy, en 1808.

Il passa aux armées du Rhin et d’Allemagne en 1809, obtint sa retraite le 6 août 1811, reçut la croix de Saint-Louis le 20 août 1814, et mourut le 19 avril 1824.

LÉTANG (GEORGES-NICOLAS-MARIE)[modifier]

né à Meulan (Seine-et-Oise) le 2 mai 1788.

Élève à l’École militaire le 9 février 1806 ; sous-lieutenant au 10" régiment de chasseurs à cheval le 11 avril 1807 ; lieutenant le 7 mars 1810 ; capitaine au 21e chasseurs le 28 janvier 1813, il passa en qualité de lieutenant aux chasseurs de la Garde impériale le 27 février de la même année.

Nommé le ISmars 1814, chef d’escadron au 7° dragons, il prit rang ce jour même, mais ne fut reconnu que le 23.

Lieutenant-colonel aux dragons de la Garonne le 14 décembre 1821, et colonel du 6e régiment de chasseurs à cheval le 29 octobre 1829 ; il a commandé le 2e chasseurs d’Afrique en. 1832 et 1833. Maréchal de camp le 31 décembre

1831, il a été promu au grade de général de division le 20 octobre 1845. Le général Létang commande la 17e division militaire depuis le 8 février 1849. Il est inspecteur général de cavalerie.

Il a fait la campagne de 1807 en Prusse et en Pologne ; celle de 1808 à 1813 en Espagne ; celle de 1813 en Allemagne, de 1814 en France, de 1815 en Belgique, de 1823 en Espagne, de 1831 en Belgique, et celles de 1832, 1835, 1836 et 1837 en Afrique.

Chevalier de la Légion-d’Honneur le 24 avril 1810, il en a été créé officier le 14 septembre 1813, et commandeur le 18 avril 1834.

LETORT (LOUIS-MICHEL, baron)[modifier]

né à Saint-Germain-en-Laye (Seine-et-Oise) le 29 août 1773 ; il fit avec distinction les premières guerres de la Révolution, et devint, sous l’Empire, major dans les dragons de la garde. Il se signala en 1808 à la bataille de Burgos, et mérita par sa belle conduite en Russie, notamment au combat de Malojaroslawitz, le grade de général de brigade. Il se couvrit de gloire à Wachau, et quoique blessé, n’en voulut pas moins prendre part à la bataille d’Hanau, où il eut un cheval tué sous lui. 11 fit, le 2 février 1814, des prodiges de valeur à Montmi-rail, et fut nommé le lendemain général de division. Le 19 mars de la même année, il attaqua avec impétuosité l’ar-riëre-garde ennemie, s’empara d’un parc de pontons, et poursuivit longtemps les alliés l’épée dans les reins. Pendant les Cent-Jours, le général Letort alla offrir son bras à son ancien général, qui lui confia le commandement des dragons de la garde. Le 15 juin, au moment où Napoléon venait de donner l’ordre d’attaquer le corps de Ziethen, adossé au bois de Fleurus, celui-ci refusa le combat et se retira ; l’Empereur, impatienté de voir ce corps lui échapper,

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donna ordre à son aide-de-camp Letort de prendre les quatre escadrons de service de la Garde et de charger l’arrière-garde ennemie., Letort s’élance aussitôt, poursuit, en lasabrant, l’infanterie prussienne, enfonce deux carrés d’infanterie, détruit un régiment entier ; mais il tombe mortellement blessé d’une balle au bas ventre au milieu de cette brillante charge et meurt deux jours après. Le nom du général Letort est inscrit sur le côlé Nord de l’arc de triomphe de l’Étoile.

LETOURNEUR ( FRANÇOIS - JOSEPH -ALEXANDRE )[modifier]

naquit le 4 juin 1769 à Briquebec (Manche), entra le 21 octobre 1791, en qualité de capitaine, dans,le 2e bataillon de son département, incorporé en Van II dans la demi-brigade de l’Allier, amalgamé en l’an IV dans la 27 » demi-brigade de ligne, devenue 27e régiment de même arme à l’organisation de l’an XII.

Il fit toutes les guerres de la liberté de 1792 à l’an X, aux armées de Rhin-et-Moselle, de la Moselle, du Nord, de l’Ouest, des côtes de l’Océan, du Rhin et du Danube, et se signala par son courage dans toutes les affaires auxquelles il prit part.

Chef de bataillon le 1 •• ventôse an VIII, il se trouvait au blocus d’Ulm, et repoussa vigoureusement une sortie que fit la garnison dans la nuit du 18 au 19 messidor suivant, entre le Danube et laBlan.

Rentré en France après la paix de Lunéville, il tint garnison à Strasbourg pendant les ans X et XI, devint major du 14 ». régiment d’infanterie de ligne le 30 frimaire an XII, et membre delaLé-gioh-d’Honneur le 4 germinal de la même année.

Employé au camp de Saint-Omer en l’an XII et en l’an XIÏI, il fit les campagnes de l’an XIV et de 1806 à la grande armée, fut nommé officier de l’Ordre le

21 juillet 1808, promu colonel en second de la 5° demi-brigade provisoire d’infanterie de. ligne le 31 mars 1809, et fit la guerre de cette année en Allemagne.

Passé en 1810 à l’armée d’Espagne, où il servit jusqu’en 1814, et nommé colonel titulaire du 88" régiment d’infanterie de ligne le 17 février 1811 ; il obtint le grade de général de brigade le 18 décembre 1813.

Mis en non-activité le 1" septembre 1814, chevalier de Saint-Louis le 27 du même mois, et compris dans le cadre des officiers généraux disponibles le 1" avril 1820, on l’admit à la retraite le 1"’ août 1820.

A la Révolution de juillet 1830, le général Letourneur, placé d’abord dans le cadre de réserve de l’état-major général, par décision royale du 22 mars 1831, il a été de nouveau admis à la retraite le 1" mai 1832.

Il est mort le 15 juillet 1843 à Fon-tenay-sous-Bois (Seine).

LEVACHOFF (N. comte)[modifier]

général de cavalerie, aide-de-camp de l’empereur de Russie.

Le comte Levachoff prit de bonne heure la carrière des armes. De 1805 à 1815 il assista à toutes les grandes batailles qui eurent lieu. Il mérita par sa bravoure les plus hauts grades militaires. Après la pacification de l’Europe, le comte Levachoff fut appelé à participer aux travaux de l’administration de l’Empire. Pendant les derniers troubles de Pologne, il fut nommé gouverneur général des provinces deKiew, de Volhynie et de Podolie ; et son administration, qui a été de 18 ans, a mérité les éloges des habitants et du souverain.

En 1839, il fut nommé membre du comité des ministres et du conseil de l’Empire, avec la présidence du département de l’économie.

En 1841, il fut nommé directeur général des haras. Ses soins et son activité ont grandement contribué au développement de la race chevaline en Russie.

LEVAILLANT (JEAN)[modifier]

né a Chaillot près Paris, le 9 octobre 1794 ; il est fils de l’intrépide voyageur et savant naturaliste François Levaillant qui, né à Paramaribo (Guyane) est mort ù Sézanne en 1824.

Le général Levaillant, jeune, entra de bonne heure dans la carrière militaire, et, le 21 juin 1812, il était déjà sergent-major au 58e de ligne. Ce régiment ayant été à la grande armée, M. Levaillant fit la campagne de 1813, en qualité de sous-lieutenant, grade qu’il avait obtenu le 7 février. Il se distingua en plusieurs occasions et fut nommé lieutenant le 9 juillet de cette même année ; les événements qui suivirent arrêtèrent quelque temps la fortune du jeune officier. Fait prisonnier à Dresde, après la violation de la capitulation, il ne rentra en France que le 7 juin 1814, n’obtint le grade de lieutenant adjudant-major, au 9e de ligne, que le 27, juin 1818, et presque immédiatement, le 2 août suivant, reçut les épaulettes de capitaine. Il fit, en cette qualité, les campagnes d’Espagne, de 1823 à 1828 inclusivement.

Le 7 décembre 1833, il fat nommé chef de bataillon au 15e de ligne, et lieutenant-colonel au 33e régiment le 15 mars 1838.

Envoyé à l’armée d’Afrique à cette époque, il y fit,.avec distinction, les campagnes de 1838,1839,1840 et 1841, fut nommé colonel du 36e de ligne le 10 mars 1841 ; revint se distinguer en Afrique de 1844 à 4848 et fut promu au grade de général de brigade le 12 juin 1848. En 4848, il fit partie de l’expédition de Rome et commanda une brigade de ce corps d’armée.

M. Levaillant est commandeur de la Légion-d’Honneur depuis le 21 août 1846 ; il avait été créé chevalier de Saint-Louis le 18 novembre 1823, et de Saint-Ferdinand d’Espagne (2° classe) en 1825.

LEVAILLANT (CHARLES)[modifier]

frère du précédent, né à Chaillot (Paris) le 47 octobre 1793, débuta dans la carrière des armes, comme soldat au bataillon d’instruction de la Garde impériale le 12 juin 1813, et fut nommé sergent-major aux flanqueurs-grenadiers de la Garde le 23 janvier 1814.

Stationnaire pendant leshuit premières années de laRestauration, il entra, comme adjudant sous-officier, au 51" de ligne le 16 octobre 1822, et fut nommé sous-lieutenant, au même régiment, le 5 mars 1823, et lieutenant le 30 juillet 1828.

Envoyé en Afrique, il obtint le grade de capitaine-adjudant au 1er bataillon de zouaves le 29 septembre 1830, et continua de servir avec distinction en Algérie depuis 1830 jusqu’en 1841. Il avait été nommé chef de bataillon au l’léger le 11 septembre 1837, lieutenant-colonel du 47e léger le 21 juin 1840 et il devint colonel de ce régiment le 10 février 1843.

Le 40 juillet 1848, M. Levaillant (Charles) fut promu au grade de général de brigade, et alla commander une brigade du corps expéditionnaire en Italie.

Chevalier de la Légion-d’Honneur de la promotion du 27 décembre 1830, il en fut nommé officier le 23 novembre 1839 et commandeur le 30 juin 1849.

Le général Levaillant est en outre, depuis 1849, chevalier de l’ordre de l’Étoile des Pays-Bas.

LEVAVASSEUR (LEON)[modifier]

général de division, naquit à Rouen (Seine-Inférieure) le 9 mars 4756.

Il entra dans l’artillerie et y devint lieutenant en second le 22 juillet 4784.

Capitaine en second dans l’artillerie des colonies le 4" novembre 4784, il passa dans la 3e compagnie d’ouvriers le

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31 janvier 1787, et fut nommé chef de constructions au port de Toulon, au rang de lieutenant-colonel, le 1er juillet 1792. .

Chef de brigade et adjoint à la direction générale de l’artillerie de la marine le 23 pluviôse an IV, il reçut le grade de général de brigade le 9 pluviôse an VIII et celui de général de division le 7 ventôse an XI.

Fait, en l’an XII, membre et commandeur de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial, puis inspecteur général de l’artillerie de Ja marine, il prit sa retraite le 16 vendémiaire an XIII, demeura à Paris et mourut dans cette ville vers la fin de 1813.

LEYDET (FORTUNE)[modifier]

né en 1784, embrassa de bonne heure la carrière des armes. Chef de bataillon lors de la chute de Napoléon, il se prononça pour la royauté restaurée et ne tarda pas à recevoir le prix de son dévouement. En 1823, il était colonel du 10e régiment de ligne ; plus tard, il commanda le 57e, et passa bientôt dans les rangs de l’opposition, ce qui lui valut quelques tracasseries de la part du pouvoir et son élection comme député par le département des Basses-Alpes.

M. Leydet vota avec les députés de la contre-opposition pour la fameuse adresse des 221. A la suite des événements de 1830, il fut réélu député et se rangea sous la bannière de son parent Casimir Périer. Élevé au grade de général de brigade, M. Leydet redoubla de zèle, et soutint le ministère, tout en- réclamant énergiquement des réformes utiles et en signalant des abus dans le budget de la guerre.

En 1834, M. Leydet, revenu à ses principes d’opposition, s’opposa à la loi contre les associations et combattit vivement le projet du gouvernement sur les crédits supplémentaires. Cette opposition

fit ôter à M. Leydet son commandement ; cependant, en 1836, il accompagna le général Bugeaud en Algérie, et la faveur sembla vouloir lui revenir.

Depuis février 18-18, la vie de M. Leydet est redevenue toute parlementaire. Il a fait partie de l’Assemblée nationale constituante et siège maintenant à l’Assemblée législative.

L’HERMITTE (MARTHE-ADRIEN, baron)[modifier]

naquit à Coutances (Manche) le 29 septembre 1766, d’un conseiller du roi aux bailliage et présidial de Cotentin.

Grand officier de la Légion-d’Honneur, contre-amiral, le baron L’Hermitte fut une de nos gloires maritimes.

A l’âge de quatorze ans, il débuta dans la carrière maritime, comme volontaire •à bord du Pilote-des-Indes, cutter garde-côte en Croisière dans la Manche. En 17S4, L’Hermitte, ne trouvant plus à s’embarquer au service de l’État, qui désarmait ses vaisseaux, passa dans la marine marchande, et fit, en qualité de lieutenant et de second, plusieurs campagnes de pêche à Terre-Neuve sur des navires de Granville.

Il faisait depuis. trois ans cette rude navigation, lorsqu’en 1787 il entra dans la marine militaire, avec le grade de sous-lieutenant de vaisseau. Mais, depuis cette époque jusqu’à la Révolution, on ne voit rien de remarquable dans les différents voyages de L’Hermitte à travers l’Atlantique.

Lieu tenant de vaisseau au. mois d’août 1793, il s’embarqua à Cherbourg comme second sur la frégate la Résolue, fit sur les côtes de l’Angleterre une croisière de six mois qui coûta au commerce britannique une soixantaipe de navires -qui furent conduits dans, les ports de.France.

En 1795, il montait la frégate la Seine, et eut sous ses ordres une division qui alla croiser sur les côtes d’Irlande, et de là se rendit avec trois frégates à Chri-stiansand, visita différents ports de Nor-wége, et revint en France en 1796, escortant un convoi de 12 grands navires, chargés de blés, qu’il fit entrer àLorient. En 1798 il appareilla avec la mission de reconduire à Mangalore les ambassadeurs que Tipoo-Saëb, sultan de Mysore, avait envoyés au gouverneur de l’Ile-de-France pour demander des secours contre les Anglais. En passant devant Telli-cherry, il vit au mouillage deux vaisseaux de la compagnie des Indes : c’était une bonne fortune, il voulut en profiter ; mais au moment où il manœuvrait pour aller les attaquer, un de ces terribles orages si fréquents dans ces mers éclala inopinément. La foudre tomba sur la Preneuse, son grand mât de perroquet ; le feu prit à bord, le commandant lui-même reçut plusieurs éclats de mâture. L’orage passé, on répara la frégate. Elle fondit ensuite sur les deux vaisseaux qui semblaient la défier à l’ancre ; ils amenèrent au bout d’une heure de combat. Arrivé à Sourabaya, L’Hermitte fit porter sur le Brûle-Gueule les pavillons anglais pris à Tellicherry. Cela donna lieu à une révolte à bord de la Preneuse ; l’équipage voulait garder ses trophées et s’opposa à leur débarquement, en disant que, conquis par la frégate, ils étaient sa propriété et non celle de l’amiral. L’Hermitte n’était pas homme à souffrir une pareille insubordination ; il tombe à coups de sabre sur les mutins, disperse les meneurs et les fait mettre aux fers. Cinq matelots, déclarés chefs de la révolte, furent condamnés à mort par un conseil de guerre et fusillés sur le pont. Quittant les côtes de Java, L’Hermitte alla faire une croisière de trois mois dans les mers de la Chine. Après cette campagne qui eut pour résultat la destruction de plus de quarante bâtiments anglais, la Preneuse et le Brûle-Gueule

revinrent à l’Ile-de-France, où une division ennemie les bloqua durant trois semaines dans le fond d’une baie avant qu’elles pussent entrer au port. Une résistance aussi courageuse qu’habile put seule les tirer de cette position critique et rendre vaines les tentatives des Anglais. L’infatigable L’Hermitte reprit la mer aussitôt que sa frégate eut reçu les réparations dont elle avait besoin. 11 alla croiser dans les parages du cap de Bonne-Espérance, sur les côtes du Madagascar et dans le canal de Mozambique. Le 4 septembre 1799, à la chute du jour, il aperçut dans la baie de Lagoa cinq bâtiments que la brume lui fit prendre pour des navires de commerce. Sa frégate jata l’ancre à demi-portée de canon de leur mouillage. Il se proposait de les attaquer le lendemain matin, ■ mais il ne tarda pas à être lui-même assailli par eux. L’engagement durait depuis près de six heures ; plus de mille boulets avaient été échangés ; déjà la Preneuse avait une quarantaine d’hommes hors de combat, lorsqu’elle prit le parti d’abandonner cette lutte inégale où elle eût infailliblement succombé ; car elle avait affaire à deux vaisseaux de SO, deux bricks et un cutter de guerre portant ensemble une artillerie plus que triple de la sienne. Dans le courant du mois suivant, la Preneuse, qui s’était rapprochée du cap de Bonne-Espérance, fit rencontre, sur le banc des Aiguilles, d’un vaisseau anglais de 74, devant lequel elle prit chasse. L’ennemi la poursuivit pendant vingt-deux heures ; maissamarche étant.supérieure à celle de la voile française, ses boulets finirent enfin par l’atteindre. Réduit à se laisser amariner ou à livrer combat, L’Hermitte n’hésita pas sur le choix que lui donnait cette alternative ; il vira de bord et attaqua le vaisseau. La canonnade fut vive de part et d’autre.

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Les deux bâtiments évoluèrent pour se prendre par leur faible ; le nôtre, plus habile, plus prompt dans ses manœuvres, parvint à envoyer en poupe à son adversaire plusieurs volées d’enfilade qui mirent le désordre à son bord. L’Hermitte saisit ce moment de confusion pour tenter l’abordage ; mais l’ennemi, prévenant cette résolution de terrasser le nombre par le courage,- se sauva sous toutes voiles. La frégate donna à son tour la chasse au vaisseau ; elle le mena à coups de canon presque dans la rade du cap de Bonne-Espérance.

Affaiblie par les deux combats qu’elle venait de soutenir, avariée par le temps, transpercée de boulets, faisant beaucoup d’eau, la Preneuse reprit la route de l’Ile-de-France. Le scorbut sévissait à son bord ; elle était à tout égard hors d’état de tenir la mer plus longtemps. En vue des pics de l’Ile-de-France, un vaisseau anglais apparut sous le vent de la voile française. La frégate changea son sillage pour éviter l’ennemi qui n’osa la poursuivre ; mais aux attérages, quand elle se croyait hors de tout danger, un autre vaisseau se trouva encore sur sa route, et celui-ci paraissait décidé à lui disputer le passage. Elle veut gagner un mouillage protégé par le canon de la côte. Parvenue à la baie du Tombeau, célèbre par le naufrage de la Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, une suite de vents brusques et violents, saisissant la Preneuse, la jette sur un récif de corail au moment où elle allait échapper à la poursuite de l’ennemi. Les deux vaisseaux arrivent alors sur elle et l’écrasent de leurs bordées. L’Hermitte, voyant sa perte inévitable, fait débarquer ses nombreux blessés, ses malades plus nombreux encore, puis son équipage. Resté à bord avec son état-major et quelques hommes de sa maistrance qui ne voulurent point le quitter, il fit II.

saborder sa frégate, et c’est seulement lorsqu’il la vit hors d’état de pouvoir être relevée qu’il amena son pavillon. Il fut conduit avec ses officiers sur le vaisseau l’Adaman, commandé par le com-modore Hotham, où on le reçut avec tous les égards dus au courage malheureux. Le lendemain de ce funeste jour, le brave état-major de la Preneuse fut mis en liberté sur parole, à la demande du gouverneur de l’Ile-de-France. L’arrivée de L’Hermitte dans cette colonie fut un véritable triomphe ; il se vit accueilli à son débarquement par une foule enthousiaste qui voulait le porter sur un brancard de lauriers jusqu’à l’hôtel du gouverneur, pendant qu’un salut de quinze coups de canon se joignait aux acclamations publiques pour rendre hommage à sa valeur.

L’Hermitte ne tarda pas à êtreéchangé ; il rentra en France dans le courant d’octobre 1801. Le premier Consul, qui connaissait ses hauts faits, le manda.aux Tuileries pour lui donner de vive voix le témoignage de son estime, et lui remettre de sa main le brevet de capitaine de vaisseau de première classe.

En 1802 L’Hermitte alla prendre à Lorient le commandement du vaisseau le Brutus, qu’il conduisit à Brest. Il passa ensuite au commandement du vaisseau l’Alexandre, puis à celui du trois ponts le Vengeur, sur lequel l’amiral Truguet avait son pavillon.

En 1805, il commandait une division chargée d’une croisière sur les côtes d’Irlande, des Açores, de la côte d’Afrique, et enfin sous la ligne, se rendit de là aux Antilles, où il se signala par un grand nombre de captures. Il rentra à Brest le 2 octobre 1806, après avoir échappé à la chasse de quatre vaisseaux anglais.

Pendant cette croisière, L’Hermitte prit 50 bâtiments de guerre ou de commerce, ayant à bord 1,570 hommes et 229 canons. Il fit éprouver à l’Angleterre une perte de 10 millions.

C’était une campagne trop brillante pour qu’elle ne fixât pas l’attention de l’Empereur ; aussi le brave L’Hermitte reçut-il la juste récompense de ses glorieux services : Napoléon l’éleva au grade de contre-amiral et le créa baron de l’Empire en 1807,

Un décret impérial, daté d’Ebersdorf, le nomma rapporteur près le conseil de guerre que ce décret convoquait à Ro-chefort, afin de juger quatre capitaines de vaisseau dont les bâtiments avaient été victimes, dans la unit du 12 avril 1809, de l’entreprise tentée par les amiraux anglais Cochrane et Gambier, pour détruire sur la rade de l’île d’Aix l’escadre de l’amiral Allemand.

L’Empereur appela, en 1811, le contre-amiral L’Hermitte à la préfecture maritime de Toulon, poste. important qu’il occupa jusqu’à la paix avec une haute distinction.

En 1814 Louis XVIII l’envoya, avec le vaisseau la Ville-de-Marseille, prendre à Palerme le duc d’Orléans et sa famille pour les ramener en France. Le baron L’Hermitte, officier de la Légion-d’Hon-neur depuis la création de l’Ordre, reçut en cette circonstance la croix de commandeur.

L’Hermitte reprit à son retour ses fonctions de préfet maritime ; mais sa mauvaise santé, qu’il devait, à un empoisonnement dont il avait été victime dans l’Inde, ne lui permit pas de les exercer longtemps.

Mis à la retraite en décembre 181 S, il est mort au Plessis-Picquet près de Paris le 28 août 1826.

L’HUILLIER DE HOFF (FRANÇOIS, baron)[modifier]

né le 21 janvier 1759, à Cuisery (Saône7et-Loire), servit d’abord comme soldat dans le régiment du Roi-Infanterie depuis le 19 mars jusqu’au 8 septembre 1786, époque à laquelle il obtint son congé et fit, sur les côtes de l’Océan, les campagnes de 1779, 1780, 1781,1782 et 1783, sous les ordres de Bouille.

Lorsqu’une coalition formidable vint menacer nos frontières, il s’empressa de reprendre les armes et fut nommé chef de bataillon, commandant le 8° bataillon de Saône-et-Loire, le 11 vendémiaire an II. Il fit à l’armée des Alpes la campagne de l’an II, et celles des ans III, IV et V à l’armée d’Italie.

Désigné par le général en chef pour commander le 13° bataillon de grenadiers le 9 prairial an III, il se distingua à la tête de ce corps d’élite, dont il conserva le commandement jusqu’au 1er nivôse an IV, époque à laquelle il rentra dans le 8e de Saône-et-Loire. Le 16 prairial suivant, incorporé dans la 85" demi-brigade, ■ il continua de faire partie de l’armée d’Italie.

Le 27 brumaire an V, il combattit à Rivoli ; mais, blessé d’un coup de feu à la jambe gauche, il tomba au pouvoir de l’ennemi, et ne fut échangé que le 1" messidor suivant.

Embarqué avec l’armée expéditionnaire d’Orient, il. fit en Égypte et en Syrie les guerres des ans VI, VII, VIII et IX, se trouva à la descente de l’île de Goso (Malte), aux affaires d’Alexandrie, Iesl4 et 17 messidor an VI, à la bataille des Pyramides, le 3 messidor suivant, et fut dirigé sur Alexandrie, d’où Marmont l’envoya à Rosette.

Le 7 thermidor an VII, il contribua à la victoire d’Aboukir, fut ensuite envoyé au Caire, et plus tard au camp de Sala-hieh, qu’il ne quitta qu’après la violation de la convention d"El-Arich par les Turcs. Le 29 ventôse an VIII, il se distingua à la bataille d’Héliopolis, où les Turcs expièrent, par une défaite complète, la mauvaise foi qu’ils

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avaient apportée dans leurs négociations.

Il se trouva à la prise du Caire le 7 floréal suivant, et fut nommé chef de brigade de la 75’ de ligne, par le général en chefMenou, le 1" vendémiaire an IX.

Le 18 ventôse de cette dernière année, un corps de 12,000 Anglais, sousle commandement du général Abercrombie, ayant.opéré son débarquement près d’Aboukir, L’Huillier, à la tête de la 75% marcha à sa rencontre et déploya dans cette circonstance la plus éclatante bravoure. Il fut blessé le 30 du même mois à la bataille d’Alexandrie.

Rentré en France par suite de la capitulation conclue le 12 fructidor an IX, et confirmé dans son grade de chef de brigade par arrêté des consuls du 16 messidor an X, il fut employé au camp de Saint-Omer sous les ordres du maréchal Soult pendant les ans XII et XIII. Nommé membre de la Légion-d’Hon-neur le 19 frimaire an XII, il devint of-’ Scier de l’Ordre le 25 prairial suivant, et fut désigné pour faire partie du collège électoral du département dé Saône-et-Loire.

Il fit les campagnes d’Autriche, de Prusse et de Pologne, de l’an XIV à 1807, se fit remarquer à Austerlitz, où il fut blessé d’un coup de feu à la cuisse droite. L’Empereur le nomma commandant de la Légion-d’Honneur le 4 nivôse an XIV, et chevalier de la Couronne de Fer le 12 janvier 1807. Le 6 février suivant, à Hoff, il soutint pendant plusieurs heures un combat très-meurtrier contre l’arrière-garde russe, et y reçut un coup de feu à la poitrine. Sur le rapport qui fut fait de la belle conduite du colonel L’Huillier, l’Empereur le nomma général de brigade le 10 du même mois, pour être employé au 3e corps de la grande armée. Créé baron de l’Empire par décret du

19 mars 1808, il prit part aux opérations de l’armée d’Allemagne pendant la guerre de 1809. Promu au grade de général de division le 31 juillet 1811, et désigné pour être employé à l’armée du Midi, en Espagne, cette désignation n’eut pas de suite, et, le 10 septembre de la même année, il fut appelé au commandement de la 11e division militaire (Bayonne) qu’il conserva jusqu’en 1814.. Nommé chevalier de Saint-Louis par Louis XVIII, le 14 novembre, il fut admis à la retraite le’24 décembre de la même année, et fut créé grand officier de la Légion-d’Honneur le 17 janvier 1815. Lors de son retour de l’île d’Elbe, l’empereur Napoléon lui confia le commandement de la 10e division militaire (Toulouse), par décret du 21 mai.

Au second retour, une ordonnance royale du 26 juillet remplaça le général L’Huillier et le mit à la retraite à dqter àa 1" janvier 1816.

Le gouvernement, par une ordonnance du 12 février 1817, insérée au Bulletin des Lois, 7’ série, t. IV, page 144, a autorisé le général L’Huillier à s’appeler dorénavant L’Huillier de Hoff.

Il est mort à Orléans le 8 mai 1837.

LIEM (HENRI-FELIX-PROSPER de)[modifier]

général d’artillerie, aide-de-camp du roi des Belges, né le 18 février 1792 à Sub-buk(Brabant). Il entra à l’École militaire de Saint-Cyr en 1809, et après avoir pris part aux dernières campagnes de l’Empire, il passa, en 1814, au service du royaume des Pays-Bas.

Lorsque la Révolution de 1830 amena la séparation de la Belgique d’avec la Hollande, il consacra son épée au service de sa patrie devenue libre, prit part aux divers événements militaires qui suivirent, en qualité de commandant en chef de l’artillerie. En 1831, il fut nommé

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inspecteur général de l’artillerie et chargé d’organiser cette arme.

Minisire delà guerre en 1842, il s’opposa avec énergie aux exigences d’un parti parlementaire qui cherchait à réduire l’effectif des cadres. Malgré ses efforts, le général de Liera vit la Chambre des représentants, le S avril 1843, repousser ses propositions par un vote hostile auquel il répondit par sa retraite.

Cette conduite commanda l’estime à ses adversaires eux-mêmes ; en reprenant ses anciennes fonctions, il prouva son désintéressement en refusant une épée d’honneur que les officiers de l’armée voulaient lui offrir.

La même année, il fut nommé aide-de-camp du roi et lieutenant-général.

LIGNIVILLE (PIERRE-JOSEPH, comte de)[modifier]

né le 19 février 1782 à Boulay (Moselle), s’engagea, en 1798, dans le 1" régiment de dragons, fut nommé sous-lieutenant par le premier Consul sur le champ de bataille de Marengo, où il avait été gravement blessé. Devenu chef d’escadron et aide-de-camp des généraux Clarke, Beker, Masséna, il assista près d’eux à toutes les batailles de la grande armée. Il suivit Masséna en Portugal en 1810, rentra en France après la bataille de Vittoria, conduisit son régiment (13e dragons) à Leipzig et eut occasion de se signaler dans le glorieux combat de Naumbourg, trois jours avant d’arriver sur le champ de bataille.

Nommé major après les journées’ de Leipzig, et colonel du même régiment le 6 février 1814, il fut mis en non-activité par les Bourbons.., Rappelé en 1823, il fit la campagne d’Espagne comme chef d’état-major de la 2e division de dragons, et fut nommé maréchal de camp le 22 mai 1825.

Mis en disponibilité jusqu’en 1833, il commanda alors le département du Jura,

et en 1837, l’inspection des troupes de la marine et des fortifications au Sénégal, à la Guiane française, à la Martinique et à la Guadeloupe.

Rentré en France en 1838, on lui confia la subdivision de la Loire-Inférieure.

Il est commandeur delaLégion-d’Hon-neur, chevalier de l’ordre militaire de Bade et de l’ordre militaire d’Espagne.

LINOIS (CHARLES-ALEXANDRE-LEON, comte DURAND de)[modifier]

Vice-amiral honoraire, grand officier de la Légion-d’Honneur, chevalier de Saint-Louis, né à Brest le 27 janvier 1761. C’est encore une existence durement exercée, mêlée de bons et de mauvais jours ; c’est du reste un nom qui se survivra glorieusement immortalisé par les souvenirs d’Algésiras.

A l’âge de 15 ans, il entrait dans la marine, et trois ans plus tard, la guerre qui avait commencé en 1778 et qui devait être suivie de tant d’autres guerres, faisait du jeune volontaire un lieutenant de frégate auxiliaire à bord du Scipion, vaisseau de soixante-quatorze. En 1781 (1er juillet), il devint enseigne de vaisseau et de port, sous-lieutenant de port en 1784, enfin lieutenant le Ier mai 1789. Il comptait alors treize années de service actif, durant lesquelles il avait parcouru les côtes de France et d’Espagne, les mers de l’Amérique et de l’Inde.

A l’organisation de la marine (1791), il prit rang parmi les lieutenants de vaisseau à la date de son brevet de lieutenant de port, et il passa avec ce grade sur la frégate l’Atalante. Après trente-huit mois passés dans les mers de l’Inde, sur les côtes de Malabar, de Caromandel et d’Afrique, il était rentré en France. L’amiral Villaret le chargea d’aller avec une petite division éclairer la marche du contre-amiral Vanstabel, qui ramenait de l’Amérique Septentrionale un convoi de farine, attendu en France avec une douloureuse anxiété. Le convoi fit bonne route ; mais Linois, qui le cherchait, donna dans des voiles anglaises auxquelles il se rendit après une résistance honorable et désespérée (28 florréal an II). Sa belle défense avait attiré sur lui l’estime de ses ennemis ; après sa rentrée en France, elle le signala à l’attention du gouvernement.

Le 15 floréal an III, il fut promu au grade de capitaine de vaisseau, et il prit le commandement du vaisseau le Formidable, sous les ordres de l’amiral Villaret. L’armée navale sortit de Brest dans le courant de prairial : un engagement eut lieu le 29, un autre le 9 messidor. Les Anglais étaient supérieurs en forces : trois de nos vaisseaux tombèrent entre leurs mains ; le Formidable était de ce nombre. Linois, deux fois blessé, perdit l’œil gauche dans ce combat. Cette fois encore, sa captivité ne fut pas de longue durée : il eut le bonheur d’être échangé deux mois après avec le capitaine de vaisseau anglais John Carruthers.

L’année suivante (an IV), la marine fut réorganisée, et Linois, nommé chef de division, prit le commandement du Nestor. Lors de l’expédition d’Irlande, qui fut sans résultat, il commandait en cette qualité trois vaisseaux et quatre frégates. Arrivé dans la baie de Bantry, il voulut débarquer sa petite armée : les généraux s’y opposèrent, et Linois la ramena saine et sauve à Brest. Quatre prises qu’il fit entrer avec lui dans le port témoignèrent de l’impuissance des ennemis à s’opposer à son retour. Le 5 pluviôse an VII, le premier Consul rendait l’arrêté suivant : « Bonaparte nomme, sur la demande de l’amiral Bruix, au grade de contre-amiral, Durand Linois, chef de division. »

Pendant vingt mois, à partir de ce jour, il remplit les fonctions de chef d’état-major général de l’armée navale aux ordres de l’amiral Bruix, et successivement des contre-amiraux Delmotte et Latouche-Tréville.

En 1800, il commandait en second l’escadre expéditionnaire aux ordres de l’amiral Gantheaume. Après les affaires de Porto-Ferrajo et de l’île d’Elbe, il reconduisit à Toulon trois vaisseaux atteints d’épidémie, et le 13 juin 1801, il sortit de ce port avec les mêmes bâtiments et la frégate la Muiron pour aller à Cadix se joindre à l’escadre espagnole.

Il avait à bord 1,600 hommes de troupes extraordinaires. Il prit sur sa route un brick de 24 canons et de 64 hommes d’équipage, commandé par lord Cochrane. C’était bien débuter ; mais bientôt il allait avoir affaire à plus forte partie. Arrivé à l’entrée du détroit de Gibraltar, il apprit par un bateau expédié de la côte qu’il se trouvait entre deux escadres anglaises, l’une venant de Cadix et l’autre du large. Il prit le parti de se jeter dans la baie de Gibraltar, et il mouilla le 4 juillet au soir dans la rade d’Algésiras. Deux jours après, les Anglais étaient en face de lui avec six vaisseaux et une frégate. Sa défaite semblait certaine, il la changea en triomphe. Ce beau fait d’armes est rapporté ainsi qu’il suit dans le Moniteur du temps (30 messidor an IX) :

"Le contre-amiral Linois, avec trois vaisseaux, le Formidable et-1’Indomptable, de 80 canons, capitaines Laindet-Lalonde et Moscousu, le Desaix, de 74 canons, capitaine Christi-Pallière, et la frégate la Muiron, de 18, capitaine Martinenq, après avoir donné la chasse aux vaisseaux ennemis qui croisaient sur les côtes de Provence, s’est présenté devant Gibraltar au moment où une escadre anglaise de six vaisseaux y arrivait. Le 15 messidor, le contre-amiral Linois était mouillé dans la baie d’Algésiras, s’attendant à être attaqué, le lendemain matin. Dans la nuit, il a débarqué le général de brigade Deveaux, avec une partie des troupes, pour armer les batteries de la rade. Le 16, à huit heures du matin, la canonnade a commencé contre les six vaisseaux anglais, qui n’ont pas tardé à venir s’embosser à portée de fusil des vaisseaux français. Le combat s’est alors chaudement engagé. Les deux escadres paraissaient également animées de la résolution de vaincre. Si l’escadre française avait quelque avantage par sa position, l’escadre anglaise était d’une force double, et avait plusieurs vaisseaux de quatre-vingt-dix. Déjà le vaisseau anglais l’Annibal était parvenu à se placer entre l’escadre française et la terre. Il était onze heures et demie : c’était le moment décisif. Depuis deux heures le Formidable, que montait le contre-amiral Linois, tenait tête à trois vaisseaux anglais. Un des vaisseaux de l’escadre anglaise qui était embossé vis-à-vis d’un des vaisseaux français, y ramena son pavillon à onze heures trois quarts. Un instant après, l’Annibal, exposé au feu des batteries des trois vaisseaux français qui tiraient des deux bords, amena aussi le sien. A midi et demi, l’escadre anglaise coupa ses câbles et gagna le large. Le vaisseau l’Annibal a été amariné par le Formidable. Sur 600 hommes d’équipage, 300 ont été tués. Le premier vaisseau anglais qui avait amené son pavillon a été dégagé par une grande quantité de chaloupes canonnières et autres embarcations envoyées de Gibraltar. Le combat couvre de gloire l’armée française, et atteste ce qu’elle peut faire. Le contre-amiral Linois doit être à Cadix avec l’Annibal pour le réparer".

Le 9 thermidor, le chef du gouvernement donnait à l’amiral Linois un témoignage officiel de la satisfaction de la République par l’arrêté suivant :

BREVET D’HONNEUR.

« Bonaparte, premier Consul, considérant que le contre-amiral Linois a si habilement fait usage des moyens militaires et maritimes qui étaient à sa disposition et qu’il a déployé tant de courage que, malgré l’inégalité de ses forces, il ne s’est pas borné à une défense glorieuse, mais qu’il est parvenu à désemparer entièrement l’escadre anglaise, à contraindre deux vaisseaux de soixante-quatorze d’amener leur pavillon et à s’emparer du vaisseau l’Annibal ; voulant récompenser un fait de guerre aussi honorable pour les armes de la République que pour l’officier général à qui le commandement de la division était confié, décerne, à titre de récompense nationale, au contre-amiral Linois un sabre d’honneur. »

Cependant, l’amiral anglais se prépaparait à venir demander compte de sa défaite : Dès le d9 messidor, il sortait de nouveau de Gibraltar pour reprendre son poste d’observation. Parti le même jour de Cadix, don Juan de Moreno amenait à l’amiral français cinq vaisseaux, trois frégates et un brick.

L’engagement eut lieu le 23 : Deux vaisseaux espagnols, trompés par l’obscurité, se battirent avec acharnement, prirent feu et sautèrent ensemble. Le vaisseau français le Saint-Antoine, de 74 canons, amena son pavillon ; mais le Formidable, aux prises avec trois vaisseaux et une frégate anglaise, resta maître du champ de bataille. Ce beau combat sauva l’honneur du pavillon français.

A la fin de l’année 1801, Linois sortit de Cadix avec trois vaisseaux et trois frégates : ces bâtiments portaient 1,800 hommes pour Saint-Domingue. Après deux mois de séjour dans la colonie, il opéra son retour à Brest avec l’escadre de l’amiral Villaret.

Après avoir signé, du pommeau de son épée, le mémorable traité d’Amiens, un des premiers soins de Napoléon fut d’envoyer dans l’Inde une expédition qui pût mettre à profit le temps de sa courte suspension d’armes que ce traité venait d’établir entre l’Angleterre et la République française. Une petite division composée d’un vaisseau, de trois frégates et de deux transports, appareilla à Brest le 14 ventôse an XI, sous les ordres du contre-amiral Linois, pour aller porter dans les comptoirs indiens le capitaine général Decaen, un bataillon d’infanterie et un grand nombre d’employés civils et militaires chargés de remplir les postes qui les attendaient dans les anciennes et pauvres colonies que l’Angleterre avait enfin consenti à nous restituer.

La frégate la Belle-Poule, détachée en mer de la division que commandait le vaisseau le Marengo, se présenta le 27 prairial devant Pondichéry, pour prendre possession de cette place, sous laquelle stationnaient encore cinq vaisseaux de ligne, trois frégates et deux corvettes commandées par l’amiral anglais Rainier ; mais au mépris des conventions stipulées depuis un an déjà, entre les gouvernements anglais et la république, cet amiral, après avoir pris connaissance des dépêches du commandant français, refusa à la Belle-Poule l’autorisation de communiquer avec la terre, et ce ne fut que vingt-cïnq jours après avoir retenu cette brigade prisonnière sous le canon de son escadre, que Rainier, voyant arriver à Pondichéry la division Linois, voulut bien permettre au général Decaen, de mettre une garnison dans la ville. Cette prise de possession si tardive ne devait pas être de longue durée, le lendemain même de son départ à Pondichéry, Decaen reçut l’ordre par le brick le Bélier, parti de Brest dix jours après lui, de laisser son bataillon expéditionnaire à terre, et de faire voile immédiatement pour l’Ile-de-France, où il devait attendre la rupture imminente de l’éphémère convention d’Amiens. L’exécution d’un ordre aussi inattendu devenait difficile pour le capitaine général et l’amiral français, en présence de l’escadre de Rainier, si supérieure en force à la division Linois. Mais après s’être entendus ensemble pour tromper la surveillance de l’amiral anglais, les deux généraux exécutèrent avec habileté le plan qui devait assurer la fuite mystérieuse dans laquelle ils pouvaient espérer de trouver leur salut. Le soir même du jour de l’arrivée du Bélier, le vaisseau le Marengo et les trois frégates qui l’avaient accompagné, appareillèrent silencieusement de la rade de Pondichéry, sans que l’escadre ennemie eût soupçonné cette manœuvre discrète et hardie. Ce ne fut qu’en apercevant le matin le vide que la sortie nocturne des navires français avait laissé auprès de lui, que l’amiral Rainier se douta de la rupture du traité de paix, et que, de dépit d’avoir été joué de la sorte, il se décida à faire le blocus de Pondichéry défendu seulement par le bataillon d’infanterie arrivé depuis dix jours. Le 28 thermidor, le Marengo et les trois frégates, échappés si heureusement à la défiance de l’escadre de Pondichéry, mouillèrent à l’Ile-de-France.

Ce retour étonna le capitaine général Deçaen : il adressa à ce sujet au ministre de la marine un long rapport qui se trouve dans l’ouvrage intitulé : Correspondance de Napoléon avec le Ministre de la marine, t. Pr, p. 310. Ce rapport mis sous les yeux de Napoléon, donna lieu, entre l’Empereur et son ministre, à une correspondance où se trouvent les passages suivants :

Au Château, près Gueldres, 27 fructidor an XII.

« Monsieur Decrès, ministre de la marine, j’ai lu avec attention le rapport et les différentes lettres du capitaine général Decaen ; la conduite du général Linois est misérable. Toutes les expéditions sur mer qui ont été entreprises depuis que je suis à la tête du gouvernement, ont manqué, parce que les amiraux voient double et ont trouvé, je ne sais où, qu’on peut faire la guerre sans courir aucune chance, etc.

« Sur ce, etc. NAPOLEON. » Cologne, 28 fructidor an XII.

A Monsieur Decrès, ministre de la marine, je vous ai déjà exprimé tout ce que je ressentais de la conduite du général Linois. Il ta rendu le pavillon français la risée de l’Europe. Le moindre reproche qu’on peut lui faire, c’est d’avoir mis beaucoup trop de prudence dans la conservation de sa croisière. Des vaisseaux de guerre ne sont pas des vaisseaux marchands. C’est l’honneur que je veux qu’on conserve, et non quelques morceaux de bois et quelques hommes. Le mépris, en Angleterre, est au dernier point de la part des officiers de marine. Je voudrais pour beaucoup que ce malheureux événement ne fût pas arrivé ; je préférerais avoir perdu trois vaisseaux, etc.

« Sur ce, etc. NAPOLEON. »

Malgré tout ce mécontentement, si vivement exprimé, l’Empereur nomma Linois commandant de la Légion-d’Honneur le 25 prairial an XIII ; c’est que, probablement, de nouveaux renseignements lui étaient arrivés et qu’il avait reconnu que le rapport du général Decaen n’était pas exempt de partialité.

Quoi qu’il en soit, à l’arrivée de Linois, le traité de paix venait d’être authenti-quement déchiré, et c’est la guerre que le capitaine général de nos deux seules les possessions de l’Inde doit se disposer à faire avec un vaisseau de ligne, contre les maîtres orgueilleux de tout l’Orient maritime. Decaeri commandera les forces de terre, Linois les forces de mer, c’est-à-dire le Marengo et les trois frégates. Le 16 vendémaire an XII, l’amiral appareilla, avec sa division, pour aller jeter à Batavia quelques troupes bataves. Dans sa route il rencontra et brûla quatre ou cinq gros navires d6ela compagnie des Indes. L’important comptoir de Bencoolen dans l’île de Sumatra est sur son chemin : il le détruit en passant. Après avoir effectué le débarquement de ses troupes passagères sur les côtes de Java,il court, sans laisser de traces de sa route, établir sa mystérieuse croisière à l’ouverture même des mers de la Chine. Un convoi de riches galions sort avec sécurité de Macao, et tombe sous la volée de l’escadrille brestoise, qui combat les navires de guerre de l’escorte, et s’empare, à la suite de la plus vive et de la plus brillante action, d’une partie des riches navires qu’elle a dispersés à coups de canon.

Vingt millions de francs, produit des prises capturées dans cette courte et éclatante campagne, signalèrent le commencement des hostilités entre l’Inde française réduite aux îles de France et de la Réunion, et l’Inde anglaise qui embrassait déjà tout le continent indien.

Trois autres courses aussi belles, aussi habilement dirigées, rendirent le vaisseau le Marengo l’effroi du commerce anglais dans les mers qu’il parcourait. Le 17 thermidor, une flotte de bâtiments de guerre chargée de troupes et escortée par le vaisseau anglais le Bleinhein, de 80 canons se range en bataille pour recevoir l’attaque du vaisseau français, qui seul s’avance pour le combattre à demi-portée de pistolet, et qui, après l’avoir canonné pendant plusieurs heures, ne consent à l’abandonner que lorsque le mauvais temps le force à aller se mettre en cape au large de cette flotte, étonnée de tant d’audace et de bonheur. Mais, pendant ces croisières glorieuses, les îles françaises que le Marengo avait momentanément quittées, se trouvaient enfin bloquées et serrées par des forces trop nombreuses et trop supérieures pour que Linois pût se hasarder à les aborder avec son seul vaisseau. Réduit à la nécessité de réparer son navire fatigué par un long séjour dans les mers lointaines et criblé du feu de l’ennemi, l’amiral se décida à faire roule pour l’Europe. La frégate la Belle-Poule, qui avait rallié depuis peu, devait le suivre dans cette dernière traversée vers les côtes.

Le 22 ventôse an XIV. les deux fidèles compagnons de route, se trouvant déjà à la hauteur des îles du cap Vert aperçoivent à deux heures du matin une voile courant à contre-bord d’eux. Bientôt cette voile, dont l’obscurité de la nuit permettait à peine d’observer tous les mouvements, fut suivie de deux autres voiles. Le premier de ces trois navires portait des feux à sa corne d’artimon : c’était un signal de ralliement. Quelques fusées romaines, lancées dans les airs par un des bâtiments en vue, ne laissèrent plus de doute au Marengo sur l’espèce de rencontre qu’il venait de faire. « Ce sont des navires de guerre, dit Linois à son brave capitaine Vrignaud, qui commandait sous les ordres de l’amiral ; ils escortent sans doute un fort convoi, faites faire un branle-bas de combat à notre bord, et gouvernez de manière à passer près d’eux, pour que nous puissions les reconnaître. » Cet ordre est bientôt exécuté. A trois heures l’amiral s’aperçut qu’au lieu de redouter la chasse qu’il voulait leur appuyer, les navires rencontrés avaient manœuvré de manière à attaquer le Marengo et la Belle-Poule, dont la marche était inférieure à celle du vaisseau. A cinq heures du malin, alors que le jour commençait à poindre et à jeter quelque clarté à portée de fusil dans les eaux du Marengo, un vaisseau à trois ponts, couvert de toile, et battant pavillon anglais à sa corne d’artimon. Les couleurs nationales furent aussitôt hissées à bord du vaisseau français, et, pour assurer le signal, Linois fit envoyer au même moment toute sa volée dé tribord dans l’avant du vaisseau chasseur. Le feu, ainsi commencé, ne fut interrompu que lorsque le London approchant le Marengo, à la largeur d’écouvillon, sembla vouloir présenter l’abordage. Trompé par ce simulacre d’attaque, Linois ordonne au capitaine Vrignaud de faire monter tout le monde sur le pont et de jeter des grapins à bord de l’ennemi : les grapins, hissés au bout des vergues qui se sont déjà croisées avec les vergues plus élevées d’un trois points, tombèrent à bord du London, tant l’équipage français ; perché sur’les bastingages, ou suspendu dans le gréement est prêt, palpitant d’ardeur, à commencer le carnage. Mais à l’instant où les deux vaisseaux vont s’accoster et s’étendre pour ne plus se séparer que vainqueurs ou vaincus, le London laisse brusquement arriver, emportant avec lui, au large du Marengo, les grapins rompus qui lui déchirent les plats bords, et qui devaient attacher un instant sur ses flancs l’audacieux vaisseau français.

Il fallut, après cet abordage manqué, reprendre la canonnade meurtrière que le Marengo, trompé par la ruse du London, avait suspendue avec trop de joie et de confiance. Les ponts et les gaillards balayés par des volées de mitraille, sont jonchés de blessés et de morts. L’officier de manœuvre est déjà mis hors de combat. Les écoutes et les amures sont hachées ; les haubans et les étais coupés sur la mâture chancelante ; les voiles criblées sur leurs vergues à moitié rompues, et cependant, à la lueur des pièces qui tonnent à bord des deux vaisseaux, Linois, sans être ébranlé dans sa résolution, veut encore se projeter et défiler, dans l’épaisse fumée dont le Marengo est environné, les voiles menaçantes des navires anglais qui viennent de secourir le London. La Belle-Poule, engagée déjà avec la frégate l’Amazone, combat à la fois le London et le nouvel assaillant qui lui prête le travers. La résistance était belle, mais désespérée : c’étaient deux navires luttant bord à bord avec toute une escadre, sans qu’une voix se fût élevée à bord de ces navires pour parler de se rendre. Un seul incident est remarqué sur le gaillard d’arrière du Marengo : l’amiral vient d’être transporté au poste des chirurgiens, et à la place qu’il occupait est monté le capitaine Vrignaud ; le capitaine de frégate Chasseriau remplace son commandant, qui, lui-même, quelques minutes auparavant, a remplacé sur sou banc de quart l’amiral Linois, grièvement blessé. « Tous nos officiers passeront sur ce banc de quart, » se disent tout bas les hommes de l’équipage ; et tout l’équipage continue à combattre en silence et toujours avec fureur.

A chaque minute, l’amiral Linois et le commandant Vrignaud, l’un avec le mollet droit enlevé, et l’autre avec un bras de moins, donnaient au lieutenant Armand des ordres que celui-ci s’empressait de transmettre au capitaine de frégate devenu si vite le commandant du Marengo.

A neuf heures et demie enfin et après six heures de combat, le Marengo et la Belle-Poule, entourés par sept vaisseaux de ligne et plusieurs frégates, sentirent l’inutilité de la résistance, et commencèrent à concevoir l’impuissance des moyens qui leur restaient pour résister. Huit pièces seulement, à bord du vaisseau français, se trouvaient encore en état de faire feu ; les batteries, commandées par les lieutenants Ravin et Kerdrain, épuisées par le nombre d’hommes qu’elles avaient été obligées de fournir pour remplacer les morts dont les dunettes et les gaillards étaient couverts, ne tiraient plus qu’à de longs intervalles quelques coups de canon de retraite. Tous les officiers étaient blessés, il n’y avait plus que des victimes à offrir à la supériorité invincible des forces de l’ennemi. L’état-major et les maîtres furent consultés ; et, à neuf heures quarante minutes, le pavillon en lambeaux fut amené lentement sur les tronçons des mâts du vaisseau le Marengo haché, percé à jour et à moitié coulant bas d’eau sous la volée de toute l’escadre ennemie rassemblée autour de ses débris fumants.

Le mot de l’amiral John Varrens, sur ce combat, mérite d’être rapporté : « Voilà dit-il en apprenant à quel bâtiment il venait d’avoir affairé, un vaisseau qui s’est montré digne du nom qu’il porte. » Les vainqueurs comptèrent sur le vaisseau amiral 60 hommes tués, 82 blessés, et parmi ces derniers, Linois et son capitaine de pavillon.

Au milieu de tant d’expéditions durant lesquelles, depuis son départ de Brest, il avait coupé douze fois la ligne, les nouvelles de France lui étaient cependant parvenues. En effet, le commandant des forces navales françaises dans l’Inde adressait à l’Empereur des Français la lettre suivante, datée de l’Ile-de-France, le 23 frimaire an XIII.

« Sire, le vaisseau de l’État, environné d’écueils, allait périr, votre main savante saisit le gouvernail et le conduit au port. Puisse le pilote habile qui sauva mon pays, occuper longtemps le rang élevé où viennent de l’appeler la reconnaissance des Français et l’admiration du monde entier ! Puisse-t-il jouir longtemps de la gloire et du bonheur que son courage, ses talents et ses vertus ont donnés à la France ! Puisse la voix d’un sujet fidèle, parvenir jusqu’à lui du fond de ces contrées lointaines, pour lui transmettre les vœux des militaires et des marins employés dans la division des forces navales à mes ordres, et lui porter l’expression particulière de ma reconnaissance, de mon respect et de mon amour. LINOIS. »

Lorsqu’il revit la France en avril 1814, le hasard des batailles avait reporté Louis XVIII sur le trône et relégué à l’île d’Elbe le grand Empereur. Le 13 juin, Linois était nommé gouverneur de la Guadeloupe, et chevalier de Saint-Louis le 5 juillet suivant. Dès le 29 avril, la nouvelle du retour de Napoléon à Paris était parvenue dans les îles du Vent. Cependant les lettres de l’amiral, des 2 et 22 mai, et même du 2 juin, au comte de la Châtre, alors ambassadeur à Londres, contenaient des protestations de fidélité et de dévouement au roi.

Les 17 et 18, la garnison se souleva et le gouverneur fut arrêté. Le lendemain 19, il fit une proclamation et ressaisit les rênes de l’administration, mais au nom de l’Empereur. Les nouvelles de Waterloo ne lardèrent pas à arriver, et avec elles les attaques des forces anglaises Le 10 août, la capitulation fut signée, et le lendemain, les troupes françaises furent embarquées pour être conduites en France et remises à la disposition du duc de Wellington. Le 4 octobre, Linois écrit de la rade de Plymouth au vicomte Dubouchage, ministre de la marine ; il lui donne tous les détails de ce qui s’est passé à la Guadeloupe, il explique qu’il n’a jamais cessé, malgré les apparences, d’être sujet fidèle et soumis du roi, et il termine en demandant que sa conduite soit soumise à l’examen d’un conseil de guerre. Il fut en effet renvoyé devant le conseil permanent de la lre division militaire, par ordonnance du 26 décembre 1815, et le 11 mars suivant, déclaré non coupable à l’unanimité.

Une décision royale le mit à la retraite le 18 avril 1816 ; et le 13 mai suivant la cour royale enregistra, en audience solennelle, les lettres patentes qui lui ont conféré le titre de comte. En 182S, à l’occasion du sacre de Charles X, il fut nommé vice-amiral honoraire. Louis-Philippe le fit grand officier de la Légion-d’Honneur le 1er mars 1831, et plus tard,, il ordonna que son nom serait gravé sur la partie Ouest de l’arc de triomphe de l’Étoile.

LION (JEAN-DIEUDONNE, comte)[modifier]

naquit le 28 octobre 1771 à Morialmé (Pays-Bas). Soldat au régiment Royal-Liégeois le 10 septembre 1789, il fut fait fourrier le 1er janvier 1791, et sergent le 1" avril 1792. M.aréçhal-des-logis dans le 20e régiment de chasseurs à cheval le 10 octobre 1792, il fit toutes les campagnes depuis cette époque jusqu’en l’an IX aux armées des Ardennes, de Sambre-et-Meuse, de Rhin-et-Moselle, de Mayence. du Danube et du Rhin., Nommé sous-lieutenant le 1er pluviôse an H, il devint lieutenant le 28 ventôse an IV. Le 7 fructidor de cette dernière année, à l’affaire de Friedberg, à la tête de la 8e compagnie qu’il commandait en ce moment, il chargea l’ennemi avec tant d’impétuosité et d’à-propos qu’il le débusqua de sa position, lui prit deux pièces de canon et fit mettre bas les armes à un bataillon d’infanterie qui fut fait prisonnier, ainsi que 20 hussards autrichiens. Le 25 frimaire an V, à l’affaire de Mainbourg, avec la même compagnie ; et après avoir essuyé le feu de l’ennemi, il s’empara des hauteurs qui dominent la ville, obligea un bataillon à déposer les armes, l’emmena prisonnier, prit un drapeau et deux pièces de canon. Le 19 messidor an VII, à,la reprise d’Of-fembourg, il commandait la i"

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pagnie du 20° de chasseurs à cheval.

Capitaine le il frimaire an VIII, il soutint, avec sa compagnie, à l’affaire de Lapheim, le l" prairial suivant, le choc de 200 dragons autrichiens qui avaient mis en déroute une compagnie du 13" de dragons, et sauva toute l’infanterie qui, envoyée en avant, se trouvait- fortement compromise. Le lendemain, à la bataille d’Erbach, il maintint les tirailleurs ennemis qui étaient nombreux, les empêcha de s’emparer d’un plateau d’où ils auraient pu découvrir les mouvements de l’armée française, et dans une charge vigoureusement conduite, il tua trois ennemis de sa main, et fit prisonnier l’officier qui les commandait ; mais il fut blessé d’un coup de sabre à la joue gauche. En l’an XII, il était du camp de Bruges, où il fut nommé membre de laLé-gion-d’Honneur le 26 frimaire. Il servit au camp de Brest et au corps d’Irlande en l’an XIII, et passa à l’armée du Nord en l’an XIV. Il fit, à l’armée de Batavie et à la grande armée, la campagne de 1806 en Prusse. A Eylau, il reçut un coup de sabre au bras gauche. Fait chef d’escadron le 8 mai suivant, il passa au 2e régiment de chasseurs à cheval le 30 du même mois.

En 1808, il faisait partie de l’armée d’observation, et il entra en Allemagne avec la grande armée. Le 20 avril 1809, à la tête de la compagnie d’élite de son régiment, il chargea deux bataillons hongrois, rangés en bataille, les contraignit de mettre bas les armes, au nombre de 3,000 hommes, et enleva deux drapeaux qui furent présentés àl’Empereur comme étant les premiers pris dans la campagne. Le 29 du même mois, il devint officier de la Légion-d’Honneur ; le lendemain’, colonel du 14’ régiment de chasseurs à cheval et baron de l’Empire.

Bientôt après, à la bataille d’Essling, il fut blessé d’un coup de boulet à la jambe

gauche, et le 10 août suivant, l’Empereur le nomma colonel-major des chasseurs à cheval de la Garde impériale. Il fit, avec ce corps d’élite, les campagnes de 1812 et 1813, et le 23 juin de cette dernière année, il fut promu au grade de général de brigade et maintenu dans ses fonctions de major des chasseurs de la Garde im->. périale.

Pendant la campagne de France en 1814, il fut blessé d’un coup de feu à la têie et d’un autre à la main droite, le 13 février, au combat de Vauchamp. Le gouvernement royal le conserva dans ses fonctions de major du corps royal des chasseurs de France, et Louis XVIII le créa chevalier de Saint-Louis le 19 juillet suivant.

Le 9 mars 1815, le général Lefebvre Des Noëttes, commandant les chasseurs royaux de France, partit de Cambrai et se mil en marche sur Paris. Son intention était de réunir les régiments qu’il trouverait sur sa route et de marcher avec eux sur la.capitale-, pour y faire reconnaître l’autorité de Napoléon, il échoua à La Fère d’abord, et ensuite à Compiè-gne. Ces deux tentatives malheureuses donnèrent l’éveil aux officiers des chasseurs de France. Ils se rendirent chez le général Lefebvre Des Noëttes, ayant à leur tête le général Lion, pour lui demander des explications sur le mouver ment qu’ils exécutaient. Le général Le— febvre Des Noëttes leur ayant proposé d’aller rejoindre l’Empereur, les officiers refusèrent de seconder son projet, et le général Lion prit le commandement du régiment’ et le reconduisit à Cambrai.

Louis XVIII le nomma-lieutenant-général commandant le corps royal des chasseurs de France le 13 mars 1815. Mis en disponibilité le 14 avril suivant, il reçut, le 9 juin, une lettre de service pour être employé comme général de

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brigade à la suite de la réserve de cavalerie de l’armée du Nord.

Après les désastres de mont Saint-Jean, le gouvernement royal rétablit le baron Lion dans le grade de lieutenant-général, lui conféra le titre de comte, et lui donna le commandement de la 2e division militaire le 7 septembre de la même année.

Compris comme disponible dans le cadre de l’état-major général de l’armée le 30 décembre 1818, il reprit de nouveau le commandement de la 2° division militaire le 19 janvier 1820, fut élevé à la dignité de grand officier de la Légion-d’Honneur le 1" mai 1821, et nommé commandeur de l’ordre royal et militaire de Saint-Louis le 20 août 1823.

Charles X, lors de son sacre, lui conféra la décoration de grand’croix de la Légion-d’Honneur. Mis eu disponibilité le 6 août 1830, inspecteur général de la gendarmerie dans les 8% 9° et 20e divisions militaires, il fut mis en non-activité le 28 octobre 1836, et placé, le 15 août 1839 dans la section de réserve du cadre de l’état-major général.

Il est mort à Châlons-sur-Marne le 8 août 1840.

LOISON (Louis-HENRI, comte)[modifier]

né à Damvilliers (Meuse), le 16 mai 1771, s’enrôla dans le bataillon auxiliaire des colonies le 29 juin 1787, l’abandonna le 16 septembre suivant, y rentra le 25 janvier 1788, et obtint son congé le même jour, moyennant finances.

Il vivait paisiblement, au sein de sa famille, lorsque les dangers de la patrie appelèrent la jeunesse française sous les drapeaux de la liberté ; Loison voulut partager ces dangers, et ce fut comme sous-lieutenant qu’il partit, le 15 septembre 1791, dans un bataillon de volontaires du département de la Meuse, où il devint lieutenant en 1792.

Nommé quelques mois après capitaine de hussards dans la légion du Nord, sa bravoure lui mérita, au mois de mai 1793, d’être élevé au grade d’adjudant-général chef de brigade provisoire, qui lui fut conféré par le représentant du peuple en [mission à l’armée du Nord. Confirmé dans ce grade- le 25 prairial an III, Loison reçut du Comité de salut public, le 9 fructidor, le brevet de général de brigade à l’armée de Rhin-et-Mo-selle. -

La rapidité de son avancement avait été le prix de vrais talents militaires et d’une valeur brillante qui allait quelquefois jusqu’à la témérité. On a prétendu, néanmoins, qu’il n’avait ni désintéressement, ni humanité, ni élévation dans le caractère. Ses frères d’armes allèrent même jusqu’à avouer qu’il n’était pas uniquement avide de renommée. Nous serions tenté de croire que ce jugement n’est rien moins que sévère, en nous rappelant l’accusation qui pesa sur lui lors de la prise et de la dévastation de l’abbaye d’Orval, sur les frontières du grand duché de Luxembourg. Gravement compromis pour s’être livré à d’odieuses exactions, Loison allait être jugé par un tribunal disposé à sévir rigoureusement contre lui, quand un commissaire de la Convention parvint à le soustraire au péril qui le menaçait et le fit réintégrer dans ses fonctions.

Le 13 vendémiaire an IV, il commanda sons les ordres du général Bonaparte, et fut chargé de présider le conseil de guerre chargé de juger les chefs de l’insurrection.

En l’an VII, il servit sous Masséna en Suisse, et suivit en l’an VIII le général Bonaparte en Italie.

Il se distingua aux combats de Cere-zola, de Pozzolo, de Parona, de Color-gnoli : les services qu’il continua de rendre, principalement au passage de la Brenta, où il ouvrit à l’armée le chemin à de nouvelles victoires, confirmèrent sa réputation militaire.

Le 12 messidor an IX, il se retira dans ses foyers avec un traitement d’activité.

En l’an XII, le 19 frimaire, il fut créé membre de la Légion-d’Honneur, et devint, le 25 prairial suivant, grand officier de l’Ordre.

Il fit la campagne de l’an XIV en Allemagne et se signala de nouveau à Guntzbourg, à Elchingen, à Luetash, fit capituler 300 hommes qui défendaient ce poste fortifié, et s’empara de Scharnitz. Après la bataille d’Austerlitz, le général Loison fut nommé grand aigle de la Légion-d’Hônneur,pour la bravoure qu’il déploya dans cette mémorable bataille.

En 1808, il fit la campagne de Portugal sous Junot ; en 1809, il commanda la 1’° division de l’armée de réserve d’Espagne, et reçut, en outre du litre de comte, une dotation de 25,000 francs de rente sur les domaines de Gilhorm et de Meinersen, situés en Hanovre.

Employé à la grande armée le 24 mai 1812, ce fut lui qui fut chargé, pendant la campagne de Russie, d’organiser, à Kœnigsberg, une division de 10,000 hommes, destinée à entrer en campagne au premier ordre.

L’Empereur adressa de vifs reproches à ce général, et ordonna qu’il fût mis aux arrêts pour n’avoir pas été à la tête de sa division, lorsqu’elle arriva à l’ennemi, en avant de Wilna, ce qui fut, d’après le témoignage de ce souverain, la cause de la perte des troupes qui la composaient.

Louis XVIII le nomma chevalier de Saint-Louis le 27 juillet et commandant de la 5e division le 5. août.

Le général Loison fut mis à la retraite le 15 novembre 1815, et mourut à sa terre de Chikel, près Liège, le 30 décembre 1816.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Ouest.

LONGUERUE (GABRIEL-FRANÇOIS DE-HATTE, marquis de)[modifier]

né au Vigan (Gard) le 17 février 1778. Son père servait dans l’Inde en qualité de maréchal de camp, il était mort en 1784. A l’époque de la Révolution le jeune marquis de Longueruë émigra avec sa mère ; rentré en France en 1800, il fit en 1803 partie du camp de Boulogne, attaché au cabinet topographique et interprète du premier Consul. Lieutenant des Guides en 1804. Aide-de-camp du général Lauriston, il fit en 1805 la campagne des Antilles et assista aux batailles navales du cap Finistère et de Trafalgar.

Il se trouva à la bataille d’Austerlitz, fut nommé lieutenant au 1er dragons, fit les campagnes de Prusse et de Pologne ; blessé à Friedland et nommé capitaine au 27e dragons.

Il fut en 1808 aide-de-camp du duc de Padoue et capitaine aux dragons de la Garde impériale, fit la campagne d’Espagne, revint en France avec l’Empereur en 1809, fit la campagne d’Autriche, fut nommé, en 1810, chef d’escadron aide-de-camp de Lauriston, et attaché à l’ambassade de Vienne pour le mariage de Napoléon.

Attaché à l’ambassade de Russie, en 1811, il fit la campagne de 1812 et fut blessé pour la deuxième fois à Krasnoë. Lieutenant-coloïiel en 1813 au 2e cuirassiers ; colonel chef d’état-major auprès du comte Gérard en 1814, il fit la campagne de France et se battit à Montereau. Il assista à la bataille de Waterloo, fut licencié et mis en demi-solde jusqu’en 1823. A cette époque il fut de nouveau aide-de-camp de Lauriston, puis en disponibilité ; il fut en 1826 nommé chef d’état-major au camp de Saint-Omer, et en 1827 chef d’état-major de la 6° division à Besançon. Il a été nommé maréchal de camp en 1834, après 31 ans de service et 20 ans de grade de colonel. Il est commandeur de la Légion d’Honneur et décoré de plusieurs Ordres étrangers.

Le général de Longueruë est aujourd’hui en retraite.

LORGE (JEAN-THOMAS-GUILLAUME, baron de)[modifier]

né le 22 novembre 1767 à Caen (Calvados), s’enrôla, le 19 novembre 1785, à l’âge.de dix-sept ans, au 7° régiment de dragons, et le quitta le 13 octobre 1791.

Il entra comme capitaine au 1" ba^ taillon des Lombards en septembre 1792, et donna des preuves d’un brillant courage aux combats de Malines, le 17 novembre, de Gerpine et de Marcinelles.

Le 25 septembre 1793, promu au grade de général de brigade, il fit la campagne de cette année à l’armée des Ardennes, où il seconda puissamment, par des manœuvres habilement combinées, le général Jourdan dans son expédition sur Arlon.

A l’armée de Sambre-et-Meuse, le général Marceau ayant fait une chute qui l’obligea à quitter le commandement, de Lorge se mit à la tête de la division, alla bloquer Namur et contribua au succès des affaires de l’Ourthe, de la Roër et à la prise de Coblentz le 1" brumaire an II.

Il passa le Rhin à Urdingen, sous Kléber, et se couvrit de gloire aux débouchés de Furfeld et Deffcnthal, qu’il força après un combat très-meurtrier. Ayant repassé le Rhin, il se battit avec intrépidité à. .Altenkirchen le 3* jour complémentaire an IV, à Ukeratz. Il prit une part active aux opérations du siège de Mayence, sous Marceau, et cueillit de nouveaux lauriers dans plusieurs combats.

L’année suivante, employé sous le général Sainte-Suzanne à l’armée du Rhin,

il soutint sa réputation, et passa> en l’an IV, à l’armée d’Helvétie. Il se porta rapidement sur le Valais, qui venait de s’insurger contre la France, s’empara de Sion, et étouffa ainsi l’insurrection naissante. ’

Général de division le 15 germinal an VII, il prit le commandement, sous Masséna, des troupes disséminées.dans le Frikthal et pays environnants.

Le 13 floréal an VIII ; commandant une division de l’armée du Danube, sous Moreau, il donna de nouvelles preuves de sa valeur à Engen le 13 prairial.

Le 29 frimaire an IX, commandant la division formant l’avant-garde de l’armée du. Rhin, il passa la Limath, refoula les troupes ennemies sous les murs de Zurich, et le lendemain, à l’attaque de la place, il chargea en personne à la tête de la cavalerie et pénétra, l’épée à la main, dans cette ville.-Le général de Lorge assista à la bataille de Marengo le 6 messidor an IX. Le 19 frimaire an XII, il fut nommé membre de la Légion-d’Honneur, commandeur de l’Ordre le 25 prairial et électeur de la Roër.

Le 2 frimaire an XIV, il commandait la 3e division de l’armée du Nord, le 11 février 1806 il eut le commandement de la 26° division militaire. Le 10 novembre l’Empereur lui confia la division de cavalerie du 8e corps de la grande armée et la 5e division de dragons le 25 mai 1807.

Le général de Lorge fit avec distinction la campagne de 1809 sous le maréchal Soult. Gréé baron en 1808, l’Empereur le nomma gouverneur de la Manche le 5 octobre 1810. Le 13 mars 1813, il prit le commandement de la,7e division de réserve de grosse cavalerie à la grande armée, et celui de la division de cavalerie légère du 3e corps le 25 mars 1813.

Mis en disponibilité le 11 février 1814,.

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il adhéra aux actes du Sénat, et fut nommé par le roi, en 4 814, commissaire en Portugal et en Espagne, pour le retour des prisonniers français. Louis XVIII le créa successivement chevalier de Saint-Louis le 8 juillet, et grand officier de la Légion-d’Honneur le 23 août.

Compris dans le cadre d’organisation de l’état-major comme disponible, le général de Lorge fut admis à la retraite le 1" janvier 1825.

Il est mort le 28 novembre 1826.

Son nom est inscrit sur l’arc de triomphe de l’Étoile, côté Nord.

LOUIS DE VILLIERS (CLAUDE-GERMAIN, baron, puis vicomte)[modifier]

naquit le 16 novembre 1770 à Paris (Seine). Sous-lieutenant le 22 janvier 1792 dans le 13e bataillon d’infanterie légère devenu 13e demi-brigade en l’an II, puis 25e demi-brigade en l’an IX, et 25’ régiment de même arme à l’organisation de l’an XII ; il fit les campagnes de 1792 à l’an IX aux armées du Centre, de la Moselle, de Sambre-et-Meuse, d’Allemagne, de Mayence, du Danube et d’Italie.

Lieutenant le 20 messidor an II, capitaine adjudant-major le 6 pluviôse an III, Kléber le nomma chef de bataillon tsur le champ de bataille le 9 thermidor anIV.

Le 17 germinal an VIII, à l’attaque de Montefaccio, à la tête de cinq compagnies du 2e bataillon, il culbuta l’ennemi, força ses retranchements, s’y jeta un des premiers, et reçut un coup de feu à la jambe droite.

Le 5 nivôse, à cinq heures du matin, à la tête de huit compagnies de carabiniers, il traversa le Mincio en bateau sous la mitraille de l’ennemi ; couvrit les tirailleurs qui établissaient les ponts nécessaires au passage de l’armée et repoussa toutes les charges de l’ennemi. Blessé dans cette dernière affaire de deux coups de feu, il fut proposé par le

général en chef pour un sabre d’honneur.

Major dans le 17e régiment d’infanterie légère le 20 brumaire an XII, et membre de la Légion-d’Honneur ; le 4 germinal suivant, il fit la campagne de 1806 à la grande armée, et fut promule 8 décembre colonel du 6° de ligne.

Envoya à Naples, et de là aux îles Ioniennes, les Anglais le prirent pendant la traversée et le conduisirent à Malte.

Revenu en France, il alla rejoindre son régiment à Corfou, fut fait baron de l’Empire le 15 avril 1818, et reçut une dotation de 2,000 francs.

Général de brigade le 6 août 1811, il prit part à la campagne de Russie, et reçut deux blessures au passage de la Bé-résina.

L’Empereur le nomma officier de la Légion-d’Honneur le 1" janvier 1813.

Enfermé dans Dantzig en 1813 pendant le blocus de cette place, il se trouva aux différentes sorties de la garnison, le 5 mars ; lors de l’attaque générale des faubourgs, le général de Yilliers, quoique blessé d’un coup de feu dans les reins, parvint à faire échouer les attaques de l’ennemi.

Prisonnier de guerre des Russes aux ordres du prince de Wurtemberg, le 1" janvier 1814, en violation de la convention d’évacuation du 27 novembre, il ne rentra en France qu’après l’abdication de l’Empereur.

Louis XVIII le créa chevalier deSaint-Louis le 19 juillet, lui confia le commandement du département du Mont-Blanc le 29 août 1814, et le fit commandeur de la Légion-d’Honneur le 27 décembre.

Au retourde l’Empereur del’île d’Elbe, il eut le commandement de la 1" brigade de la 7e division du 2° corps de l’armée du Nord, combattit avec sa valeur habituelle, et fut blessé à Fleurus. Adirés la catastrophe du mont Saint- Jean, il reçut le 1" septembre le.commandement du département de l’Isère, puis celui de la Meurthe le 29 octobre 1817.

Membre delà Chambre des députés, lieutenant-général le 25 avril 1824, il eut le commandement de la 13e division militaire (Rennes), obtint le titre de vicomte le 17 août 1822 et celui de commandeur de Saint-Louis le 20 août 1823.

Mis en disponibilité le 2 août 1830, inspecteur général pour 1832, il reçut la décoration de grand officier de laLégion-d’Honneur le 30 avril 1836, passa dans le cadre de vétérance, puis dans celui de non-activité, conformément aux dispositions de l’ordonnance du 28 août suivant, et enfin dans la 2e section (réserve) du cadre de l’état-major général créé par la loi du 4 août 1S39.

LOYRË D’ARBOUVILLE (FRANÇOIS-AIME-FREDERIC)[modifier]

né à Paris le 14 février 1798.

A peine âgé de 16 ans, M. Loyré d’Àr-bouville entra dans les Gardes du corps comme surnuméraire : c’était le 29 novembre 1814. Le 9 décembre 1815, il fut nommé sous-lieutenant dans la légion de la Seine, et passa au 4e régiment d’infanterie de la Garde royale le 23 avril 1817.

Le 6 juin 1821, il fut reçu comme sergent de 1" classe, avec rang de capitaine, aux Gardes à pied du corps du roi.

En 1823 (2 avril ), il fit la campagne d’Espagne comme capitaine au 3e de ligne, fut nommé chef de bataillon au 2° léger, le 1S novembre 1826 ; fut envoyé en Afrique en 1830, revint en France l’année suivante, fut nommé lieutenant-colonel du 6e de ligne le 27 juillet 1835 et colonel du 26° de ligne le 13 mars 1838 : II a fait les campagnes des années 1838,1839, 1840, 1841, 1842, 1844, 184S, 1846 et 1847 en Afrique.

Il fut promu au grade de maréchal de camp le 18 décembre 1841 et à celui de II.

lieutenant-général le 3 novembre 1847.

Depuis, M. d’Arbouville a commandé la 4e division de l’armée des Alpes.

Chevalier de la Légion-d’Honneur à la promotion du 27 décembre 1830, il en a été nommé officier le 14 août 1839, commandeur le 30 septembre 1845 et grand officier le 23 juin 1849.

Il est aussi chevalier de 2e classe de l’ordre de Saint-Ferdinand d’Espagne.

LUCKNER (NICOLAS, baron de)[modifier]

né à Campen (Bavière) enl722, d’une famille noble. Il entra fort jeune au service de Prusse, et ne tarda pas à se signaler par son courage et ses talents. La valeur qu’il montra à Rosbach et pendant toute la guerre de Sept-Ans fixa sur lui l’attention du cabinet de Versailles qui lui fit. des propositions. Il passa au service de France avec le titre de lieutenant-général, mais il resta dans l’inactionjus-qu’à la Révolution ; il s’en montra partisan, et en 1791, il fut fait maréchal de France et reçut Je commandement de l’armée du Nord. Il prit Menin et Cour-. trai, mais il fut obligé de se replier sur Valenciennes n’ayant pas été soutenu. Le 17 août, il fut attaqué par 22,000 Autrichiens et les écrasa du feu de ses batteries. Il fut néanmoins rappelé et relégué dans un commandement secondaire à Châlons-sur-Marne. De plus, il fut appelé à la barre de la Convention pour y rendre compte de sa conduite. Il protesta de son dévouement à la France, et n’en reçut pas moins l’ordre de ne point s’éloigner de Paris. En 1794, il fut traduit en tribunal révolutionnaire qui le condamna à mort. Il était alors âgé de 72 ans. Luckner, plein de bravoure et d’activité, n’était pas peut-être à la hauteur d’un grand commandement.

LUCOTTE (EDME-AIME, comte)[modifier]

né à Créancay, près Arnay (Côte-d’Or), le 30 octobre 1770, fit d’excellentes études au collège de Dijon. Ayant embrassé avec chaleur les principes qui amenèrent la Révolution, le jeune Lucotte s’enrôla dans le 8e bataillon de la Côte-d’Or le 23 juillet 1793, y devint sergent le lendemain même de son entrée dans le bataillon, obtint le grade de sergent-major le 3 brumaire an II, celui de lieutenant quartier-maître le 15 du même mois, fut créé capitaine le 15 thermidor, et enfin chef de bataillon le 7 brumaire an III. Lucotte avait obtenu ces différents grades en combattant soit à l’armée des Alpes, sous Kellermann, soit à celle du Rhin, sous Pichegru et Moreau.

Appelé au commandement de la 60e demi-brigade, devenue 12e de ligne le H messidor suivant, on le vit, pendant les troubles qui se manifestèrent à Lyon, refuser de commander le feu sur les Lyonnais révoltés contre les commissaires de la Convention nationale. Ce refus, joint à l’énergie avec laquelle il défendit le général Montchoisy, lorsque ce général, sous les ordres duquel il servait, fut frappé de destitution, fit suspendre le chef de brigade Lucotte de ses fonctions le 24 messidor an IV.

Réintégré dans son grade le 18 thermidor de la même année, on le plaça à la tête de la 7e demi-brigade légère, au mois de floréal an V.

Après avoir fait la campagne de cette année à l’armée d’Italie, sous le général Bonaparte, il reçut l’ordre de se rendre à Marseille, où il fut destitué, le 18 messidor an VI, par le Directoire exécutif, pour avoir pris la défense d’un marin, nommé Laure, qui avait été deux fois condamné injustement à mort. Lucotte prouva que le jour même où Laure, dénoncé comme chef d’un attroupement de compagnons de Jéhu qui, en l’an III, égorgèrent des prisonniers détenus pour opinions dites révolutionnaires, ce marin se battait en mer contre les Anglais, et se sauvait à la nage, quoique blessé, sur

les ciôtes de la Ligurie, pour éviter la captivité.

Le Directoire exécutif, convaincu de ï’innocence de Lucotte, le mit, le 19 brumaire an VII, à là disposition du général en chef Kilmaine, eu lui recommandant de lui donner de l’avancement à l’armée d’Angleterre.

Nommé général de brigade le 1e’ frimaire an VII, il fut confirmé dans ce grade le 28 pluviôse an VIII.

Membre et commandeur de la Légion-d’Honneur les 19 frimaire et 25 prairial an XII, il quitta la France, pour se rendre à Naples auprès du roi Joseph, qui l’employa, le 14 fructidor an XIII, et l’attacha définitivement à son service le 6 décembre 1807. Ce prince, qu’il suivit en Espagne, le choisit pour son aide-de-camp, et le nomma général de division le 8 janvier 1808. Rentré au service de France comme général de brigade, le 4 novembre 1813, il passa, le 7, chef d’état-major du 5* corps d’armée, et commanda, le 18, une brigade de la 1" division de réserve de Paris.

Il fit avec distinction la campagne de 1814. A la tête de sa brigade, il pénétra dans Athies, y culbuta deux bataillons russes et s’empara de l’une des fermes de ce bourg.

Louis XVIII le nomma, le 8 juillet 1814, chevalier de Saint-Louis, et le 20, lieutenant-général en non-activité.

Appelé, le 16 mars, à commander une division dans l’armée destinée, sous les ordres du duc de Berry, à s’opposer au retour de Napoléon, il fut presque aussitôt abandonné par ses troupes, qui coururent se ranger sous les drapeaux de leur ancien souverain.

L’Empereur lui confia le commandement de la 20e division militaire. ■ Après le second retour du roi, on le mit, le 21 juillet, en non-activité. De-

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venu lieutenant-général le 27 mai 1818, Lucotte fut compris, le 30 décembre suivant, au nombre des lieutenants-généraux qui formaient le corps royal d’état-major, obtint sa retraite le 17 mars 1825, une pension de 5,400 francs le -4 mai, et mourut le 8 juillet suivant.

Son nom est inscrit sur l’are de triomphe de l’Étoile, côté Sud.

LUGNOT (JOSEPH)[modifier]

né le 12 décembre 1780 à Charentenay (Haute-Saône), fils d’un ancien officier au régiment de Poitou qui avait assisté aux sièges de Berg-op-Zoom et de Mahon. En 1791, le capitaine Lugnot emmena à l’arméei trois fils’ déjà en état de porter les armes. Le plus jeune, Joseph Lugnot, ne rejoignit son père que le 14 juin 1794, à Kaiser-slautern. Agé de i’4 ans seulement, le jeune Lugnot assista aux blocus du Luxembourg et de Mayence, puis au passage du Rhin, en l’an IV, et à la retraite de Moreau, ensuite au blocus de Man-toue, après la retraite de Scherer. Il fit depuis les. campagnes de l’Ouest, celles d’Italie et d’Espagne en 1808. Il se distingua sous les murs de Girone, le 16 août 1808 et le 19 septembre 1809, y fut blessé et mentionné honorablement. Plus tard, il fut cité à l’ordre de l’armée pour avoir, à la tête de sa compagnie, enlevé et taillé en pièces un poste de miquelets et de cavalerie.

En 1812, pendant la campagne de Russie, il fut nommé capitaine et membre de laLégion-d’Honneur, se distingua le 18 août devant Polosken, oùJ il fut blessé grièvement.

Il fit la campagne de 1813, fut nommé chef de bataillon au 93’ de ligne en 1814, et se trouva au blocus de Magdebourg.

Pendant la première Restauration, il reçut la croix de Saint-Louis. A Waterloo, il fut grièvement blessé et abandonné sur le champ de bataille. Il ne reçut les premiers secours des Anglais

qu’après cinq jours d’atroces souffrances. Transporté en Angleterre, il fut bientôt ramené en France. Mis en activité en 1815, il était major au 14e léger en 1821. Il fit la campagne d’Espagne en 1823 et fut nommé à cette occasion officier de la Légion-d’Honneur et chevalier de 2° classe de l’ordre de Saint-Ferdinand.

Pendant l’expédition d’Alger, M. Lugnot fut major de tranchée devant le fort l’Empereur le 30 juin 1830 ; il resta dans la tranchée jusqu’au,4 juillet, jour de l’explosion du fort.

Major de place après la prise d’Alger, on l’envoya dans la même année reconnaître la place d’Oran. Il venait d’être nommé lieutenant-colonel après 17 ans de grade de chef de bataillon.

En décembre 1830, il prit part à la seconde expédition d’Oran et fut chargé du commandement de cette place jusqu’en septembre 1831, qu’il rentra en. France avec le 21e de ligne.

Le 28 novembre 1833, M. Lugnot fut nommé colonel du 21e léger et commandeur de la Légion-d’Honneur en avril 1836.

Le 27 février, le colonel Lugnot a été promu au grade de général de brigade.

Il est aujourd’hui en retraite.

LUSIGNAN (ARMAND-FRANÇOIS-MAXIMI-MILIEN DE LAU, marquis de)[modifier]

Pair de France, commandeur de la Légion-d’Honneur, est né le 30 août 1783, à Toulouse. Il était officier de cavalerie en 1809.

Il fut attaché à l’état-major, et fit avec distinction en Espagne les campagnes de 1811, 1812, 1813, 1814, comme aide-de-camp du maréchal duc d’Albuféra.

En 1831, il fut nommé député del’ar-rondissément de Nérac (Lot-et-Garonne), et il continua à représenter cet arrondissement jusqu’en 1839, époque où il fut envoyé à la Chambre des Pairs. Il est mort le 5 avril 1844, à l’âge de 61 ans.

M. de Lusignan portait un des plus beaux noms historiques de la France : il était aussi par les femmes le dernier descendant du maréchal de Xain-trailles, dont il possédait encore le château.

K Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850 M