Biographie nationale de Belgique/Tome 2/BEAUFORT-SPONTIN, Guillaume III DE
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forteresse, formidable déjà par elle-même, était soutenue par plusieurs forts avancés dont on voit encore les vestiges. Cependant, elle ne put résister aux efforts réunis des milices de Huy, Dinant, Fosses et Waroux. Malgré la défense opiniâtre que Guillaume II leur opposa, le château fut pris. Mais les ennemis ne s’y maintinrent que quatre jours. Le sire de Spontin, ayant réuni les garnisons disséminées dans ses fortins, prit l’offensive et ne tarda pas à se rendre de nouveau maître du château paternel.
Ce fut là le dernier acte de sa vie militaire. Il mourut le 16 février 1321, et ses restes furent déposés dans l’humble église de Spontin, sous une dalle où se trouvent gravés, outre son blason répété aux quatre angles du monument, ces mots :
li Ardenoys, ki fut Sires de Spontin.
Sous la même dalle repose sa femme, Ada de Sombreffe.
le roi Édouard songea à prendre sa revanche sur l’Espagne. Or, il se trouvait précisément à Bruges et dans les autres ports de la Flandre une soixantaine de gros bâtiments de commerce espagnols qui étaient venus charger du drap et de la toile. Leur chargement étant complet, ils s’équipèrent en guerre et mirent en mer. De son côté, Édouard avait rassemblé dans le port de Calais des forces navales suffisantes pour barrer le chemin à cette flotte et la prendre ou la détruire. Ses plus déterminés barons se trouvaient dans ces navires dont lui-même avait pris le commandement en chef. Celui sur lequel il avait arboré son pavillon était confié à la bravoure de Robert de Namur et de ses valeureux compagnons d’armes. Froissart (liv. I, ch. CCLXXI-CCLXXIV) nous a laissé une description vivante et animée du combat qui s’ensuivit et dans lequel les Espagnols laissèrent quatorze de leurs bâtiments au pouvoir des Anglais. On y lit qu’au plus fort de l’action, le navire commandé par Robert de Namur se trouva un instant dans le plus grand danger et faillit même être pris par deux vaisseaux espagnols ; mais, grâce à la bravoure de ses défenseurs, il parvint non-seulement à se dégager, mais encore à s’emparer des deux bords ennemis.
Quelle part le sire de Spontin prit, depuis l’an 1350 jusqu’en 1369, à la guerre entre la France et l’Angleterre, nous ne le savons pas. Mais, durant cet espace de temps, nous le voyons intervenir dans un grand nombre d’actes importants du gouvernement du comte de Namur, d’où l’on peut inférer qu’il jouissait d’une haute considération dans les conseils de ce prince.
En 1369, lorsque le duc de Lancastre, débarqué à Calais avec des forces considérables, les eut conduites à Tournehem, entre Ardres et Saint-Omer, où il se retrancha en présence d’une armée française que le roi Charles V s’apprêtait précisément à lancer sur l’Angleterre, le sire de Spontin et Robert de Namur reparurent tout à coup sous la bannière anglaise, cherchant une occasion de faire acte de prouesse. Mais cette fois encore l’occasion de se signaler leur fut refusée, l’armée française ayant presque aussitôt reçu l’ordre de se dissoudre, après quelques escarmouches de peu d’importance. Une de ces rencontres donna lieu à un épisode chevaleresque dont Froissart n’a pas manqué de prendre note et dont les deux hommes d’épée belges furent les héros. A la fin d’une nuit, comme les guerriers namurois venaient de faire le guet, on annonça tout à coup qu’un corps français s’avançait vers l’endroit où ils avaient leur quartier et se disposait à attaquer le camp. Aussitôt Robert de Naraur s’adressant au sire de Spontin : « Allons aider nos gens ! » lui dit-il. Puis, ayant mis son bassinet sur la tête et fait dérouler la bannière qui était plantée devant sa tente, il s’élança au-devant de l’ennemi avec quelques-uns de ses fidèles. Plusieurs essayèrent vainement de le retenir jusqu’à ce que le duc de Lancastre eût été prévenu ; mais il s’écria : « Qui voudra envoyer devers monseigneur de Lancastre, si envoie ; et qui m’aime, si me suive ! » Sans plus ajouter un mot, il partit, l’épée au poing, ayant à ses côtés le seigneur de Spontin et messire de Senseilles, ainsi que plusieurs autres chevaliers qui furent bientôt en bataille. Leurs gens avaient engagé le combat avec les Français qui étaient en grand nombre. Mais ceux-ci, voyant arriver la bannière de Namur, crurent que toute l’armée anglaise la suivait, et ils se replièrent prudemment.
Pendant le court séjour que les Anglais venaient de faire dans l’Artois, le sire de Spontin avait pu se refaire quelque peu la main à la lance et à l’épée, après avoir passé tant d’années dans les conseils du comte de Namur. De sorte que la bataille de Bastweiler, à laquelle il devait prendre part, ne le trouva pas au dépourvu. Nous ne rappellerons pas ici les causes qui amenèrent entre Guillaume, duc de Juliers, et Wenceslas, duc de Brabant, cette querelle par laquelle fut motivée l’invasion des terres du duché rhénan par l’armée brabançonne, en 1371. On sait que, le 22 août, cette armée se trouva en présence des forces réunies du duc de Juliers et du BEAUFORT-SPONTIN (Jacques DE), homme de guerre, mort en 1504, fut le troisième représentant de la branche de cette famille qui porta plus particulièrement le titre seigneurial de Freyr, et qui commença à l’aïeul de ce seigneur, Jacques de Beaufort-Spontin, fils de Marguerite de Wavre et de ce même Guillaume que nous avons vu faire ses premières armes dans la plaine de Bastweiler, à côté de son père. Descendant de ces hommes d’épée qui, d’après le témoignage du vieux Mélart, étaient toujours si chatouilleux et si hauts à la main, il avait dans l’histoire de sa lignée trop de modèles de chevalerie, pour qu’il ne cherchât pas à les imiter lui-même.
Presque enfant encore, il assista, à côté de son père, Guillaume, sire de Freyr, à la sanglante bataille que le comte de Nassau, un des lieutenants du duc de Bourgogne, Philippe le Bon, livra, le 19 octobre 1465, aux Liégeois dans les plaines de Montenaken. Après cette terrible rencontre, il fut armé chevalier sur le champ de bataille même. L’année suivante, il prit part, cette fois encore avec son père, au célèbre siége de Dinant et au sac de cette malheureuse ville. Mais en 1467, sans qu’on sache la cause de la mésintelligence qui s’éleva tout à coup entre le père et le fils, une rupture ouverte eut lieu entre eux. Jacques, paraît-il, n’avait pas encore atteint sa majorité légale, et son père voulut l’émanciper, c’est-à-dire, comme s’exprime l’acte curieux qui fut dressé à cette occasion, le mettre hors de son pain, de sa main et de sa tutelle. Il le conduisit donc, le 2 janvier 1467, devant le sire de Beaurewart, lieutenant du souverain bailli du comté de Namur, auquel il déclara sa volonté. Sur quoi le lieutenant comtal lui demanda ce qu’il entendait donner à son fils. Guillaume répondit qu’il ne voulait lui donner qu’une dague. En même temps il remit une dague au jeune homme qui déclara se tenir pour satisfait. Ensuite, à la réquisition du sire de Beaurewart, il prit son fils par le pan de sa cotte et le lui livra. « Ainsi, » dit en terminant ce singulier acte d’émancipation, « fut jeté et mis hors de la tutelle, pain et main de son père, bien à droit et à loy, selon les us et coutumes de ladite cour. »
Une fois en possession de sa liberté, Jacques de Beaufort-Spontin, quel usage en fit-il ? On ne le sait. Mais ou conjecture qu’il alla mettre son épée au service du roi Louis XI, à l’exemple de tant d’autres seigneurs bourguignons qui à cette époque se disposaient à faire ou achevaient de faire défection à Charles le Téméraire, à cause de la dureté et de la violence de ce prince, et au nombre desquels se trouvaient les Croy, les Lalaing, les La Hamayde et jusqu’à ce Philippe de Comines qui, après avoir été l’ami et l’affidé du duc Charles, devint le confident et le conseiller le plus intime du roi. Du moins, si nous devons en croire le témoignage de Georges Chastellain (Chronique, IIe partie, chap. III), Jacques de Spontin fut l’un des deux ambassadeurs que le roi Louis envoya, en 1470, au Téméraire, pour le rassurer sur la fidèle exécution des traités, quoiqu’il soutînt ouvertement