Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 1, AARON ou HAROUN, surnommé Al-Réchid, le Juste

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Biographie universelle ancienne et moderne
Tome 1
Mots clefs : Calife abasside à corriger Perse
Index alphabétique - A
Siècle 8
Tome 1
AARON ou HAROUN, surnommé Al-Réchid, le Juste
Calife abasside
Perse


[modifier] AARON ou HAROUN, surnommé AL-RÉCHID, le Juste

le Juste, S- calife abasside, et l'un des princes les plus célèbres de sa dynastie, naquit à Rey, en \48 de l'hégire (7CS-6 de J.-C.). Mahcly, son père, confia sa jeunesse aux soins de Yahya le barméeyde. ( Voy. MAÏIDY et BAKMÉCYDE. ) Dès l'année 779, il débute dans la carrière militaire par une expédition contre les Grecs, à qui il enlève la ville de Samalica, avec un immense butin. Il n'obtint pas moins de gloire dans une seconde expédition qui eut lieu deux ans après. L'impératrice Irène envoya contre lui Nicétas, soa général. Le fils du calife, dédaignant de se mesurer{RC} avec cet infidèle, fait marcher contre lui Yézyd, son lieutenant, qui met en fuite les Grecs, et tue lent- chef. Après cette victoire, Haroun longe le Sangaris à la tête d'une armée de 93,000 hommes, traverse la Bithynie, et pénètre jusqu'au Bosphore. Ses lieutenants n'obtinrent pas moins de succès. Lacha- nodracon, le plus habile général grec, fut battu, et trois armées arabes, prêtes à se réunir, menacèrent Constantinople. Irène députa auprès du vainqueur Staurace, Antoine, et Pierre, grand maître du palais. A peine ces trois officiers sont-ils arrivés au camp d'Haroun, qu'il les fait jeter en prison, sous prétexte qu'ils n'avaient point de lettres de sauvegarde. Irène, privée de ses conseillers, et livrée à elle-même, se soumit à la loi du vainqueur, et s'engagea à payer un tribut annuel de 70,000 pièces d'or environ un million ), à faire pratiquer des chemins pour le retour de ses ennemis, et à leur indiquer leur route par des colonnes élevées de distance en distance. Au retour de cette expédition, le calife, père d'Haroun, le déclara successeur du premier de ses fils nommé Hady. ( Voy. HADÏ'. ) Ce calife mourut en 169 de l'hégire (785-6) ; et Haroun, loin de profiter pour usurper le trône de l'absence de son frère, occupé à faire la guerre en Djordjan, le proclama calife, et reçut en son nom le serment de fidélité des troupes. Le mérite éclatant d'Haroun, et la confiance dont l'avait honoré son père, excitèrent la jalousie de Hady. À celte jalousie se joignait un ressentiment particulier : Haroun avait reçu de son père mourant un diamant d'une rare beauté, et le "portait à son doigt. Hady, lorsqu'il fut calife, désira le posséder, et le fit demander à Haroun, un jour qu'il se promenait sur les bords du Tigre. Haroun refusa de donner ce gage précieux de la tendresse de son père ; et Hady ayant ordonné qu'on le lui prît par force, il le détacha de son doigt, et le jeta au milieu du fleuve. Ce trait de fermeté ne contribua pas peu à aigrir le calife contre son frère. Il tenta plusieurs fois de le priver de la succession au trône, et n'en fut empêché que par les conseils et l'ascendant de Yahya le barmécyde. Enfin, lassé de l'opposition que ce ministre mettait à ses desseins, et craignant de plus en plus son frère, il ordonna la mort de l'un et de l'autre. Cet ordre allait être exécuté, lorsque le calife mourut lui-même subitement. Cet événement sauva la vie à Haroun, et le mit en possession du trône, le 15 de rebyi Ier, de l'hégire(-14 septembre 786 de J.-C. ). Dès qu'il y fut monté, il s'acquitta de la reconnaissance qu'il devait à Yahya, et en fit le second personnage de l'empire. Telle fut l'origine de la fortune rapide des Barmécydes. Les talents de ce ministre et les services de ses fils ne contribuèrent pas peu à la splendeur du règne d'Haroun. Ce prince possédait un des plus vastes empires qui aient jamais existé, mais cette étendue même était une source de guerres et de rébellions continuelles. Les provinces orientales étaient livrées aux incursions des peuples voisins ; à l'occident, les Grecs attaquaient sans relâche l'empire, déchiré au dedans par la faction des Alycles. Voy. ALI.) Haroun s'opposa lui-même aux Grecs,{RC} tandis que ses lieutenants, et particulièrement FadhI, fils de Yahya, soumirent les peuples rebelles par leurs victoires, ou par une sage administration. En 791, il désigna pour son successeur son fils âgé de 3ans. Ce fut une démarche impolitique d'assurer la couronne à un prince dont il "ne pouvait connaître la capacité ; et le peuple, qui la jugea telle, refusa de reconnaître Amyn, et ne donna son consentement que lorsqu'il y M contraint. En 792, l'alyde Yahya, qui s'était sauvé dans le Déylem, fut reconnu pour iman par les habitants de cette province. Haroun envoya contre lui FadhI, fils de Yahya, qui, par une adroite négociation, l'amena à des dispositions pacifiques. Yahya consentit même à se rendre à la cour du calife, s'il voulait lui donner des lettres de sauvegarde écrites de sa propre main et signées de ses principaux officiers. Haroun dissimula, délivra les lettres de sauvegarde, et lorsque Yahya fut à sa cour, il se saisit de sa personne et le fit mou- Tir. Les écrivains orientaux n'ont point cherché à diminuer l'horreur de ce crime, et les poêles osèrent même déplorer dans des élégies l'assassinat de Yahya, et couvrir de honte le prince des croyants. En 797, Haroun marcha sur Moussoul, et, irrité des rébellions fréquentes des habitants, il lit abattre les murs et les fortifications de cette ville. La même année il rentra dans l'Asie Mineure, enleva Sassaf aux Grecs, et revint chargé d'un riche butin. Il s'acquitta pompeusement, du pèlerinage, en 802, et fit suspendre son testament à la Kaabah. Il y déclarait Amyn son successeur, et lui donnait la Syrie et l'Irac. Mamoun devait succéder a son frère Amyn, et avait pour apanage toute la partie orientale de l'empire. L'apanage deMotassem, son troisième fils, se composait du Djezyreh, clés Tsaghour, de l'A- wasim et de l'Arménie. Nicéphore, qui était monté sur le trône de Constantinople, après la chute d'Irène, écrivit à Haroun pour lui redemander les sommes que lui avait payées cette impératrice. Il ne lui laissait point d'alternative entre la restitution ou la guerre, et ses ambassadeurs présentèrent au calife un faisceau d'épées en signe des intentions de leur maître. Haroun écrivit pour toute réponse sur le dos de la lettre : « Haroun, commandeur des croyants, à Nicéphore, chien de Romain. Fils d'une mère infidèle, j'ai lu ta lettre ; tu n'enten- ciras pas ma réponse, tu la verras. » Et rompant en même temps le faisceau d'épées d'un coup de cimeterre Vous voyez, dit-il aux ambassadeurs, si les armes de votre maître peuvent résister aux miennes ; mais, eût-il mon cimeterre, il lui faudrait encore mon bras. » L'effet suivit de près la menace ; Haroun traverse une partie de l'Asie, assiège Hé- raclée, met tout à feu et à sang, et fait trembler le faible Nicéphore, qui s'offre de lui-même à payer un tribut annuel. Haroun accepta sa proposition et se retira. La rigueur de l'hiver qui suivit parut à Nicéphore une occasion favorable pour refuser de payer le tribut. Mais Haroun, bravant la pluie et le froid le plus rigoureux, traverse de nouveau l'Asie Mineure, et vient encore une fois près du Bosphore recevoir le tribut de Nicéphore. Plus avide d'argent que de{RC} éonquêtes, il se retira aussitôt après. Nicëphore, plus avare que sensible àThonneur, tirait avec peine des sommes considérables de son trésor, pour les livrer à son ennemi. Il rassembla donc toutes les forces de l'empire, se mit à leur tête, et se dirigea sur la Syrie ; Haroun était également entré en campagne à la tête de 153,000 hommes. Les armées se rencontrèrent près de Crase, enPhrygie. Les Grecs furent encore défaits, et Nicéphore reçut trois blessures ; il paya encore une fois le tribut, et Haroun rentra dans ses États pour revenir, deux ans après, à la tête de 500,000 hommes, se venger d'une nouvelle agression. Jl envoya un corps d'armée jusqu'à Ancyre. Nicéphore, aussi prompt à s'effrayer qu'à manquer à ses promesses, demanda la paix, et l'obtint en payant encore des sommes considérables. Haroun, voulant l'humilier et l'accabler du dernier mépris, l'obligea à racheter sa propre personne par 6 pièces d'or, dont 5 pour sa télé, et 5 pour celle de son fils. Ce dernier tribut flattait plus Haroun qu'une victoire brillante. A peine fut-il de retour dans ses États, que Nicéphore rompit ce traité, en faisant rétablir les forteresses détruites. Haroun revint, pril Sébaste, et jura de ne jamais faire la paix avec im aussi vil ennemi. Sans les troubles élevés dans le Khoraçan, et qui exigèrent, sa présence, Constanlinople serait peut-être tombé dès lors au pouvoir des musulmans. Mais, en 807, Haroun alla en Khoraçan, clans le dessein de soumettre Beby ben Leits, qui avait secoué le joug de l'obéissance, et s'était emparé de Saniarcand. Il était parti malade de Raccah, où il faisait sa résidence, et il mourut à Thous, au mois de djoumady, 2% -195 clé l'hégire (mars 809), après un règne de 23 ans, et à l'âge de 47 ans. L'histoire des califes ne nous présente aucun règne aussi brillant. «Jamais l'État ne jouit de plus de splendeur et de prospérité, dit un écrivain arabe, et les bornes de l'empire des califes ne furent jamais plus reculées. La plus grande partie de l'univers était soumise à ses lois. L'Egypte même formait une province de son empire, et celui qui y commandait n'était qu'un de ses lieutenants. Jamais la cour d'aucun calife ne réunit un aussi grand nombre de savants, de poètes et de gens du plus haut mérite. » Haroun eut le bonheur d'être conseillé par de grands ministres, et quoiqu'il faille attribuer à leurs talents l'état brillant de son immense empire, il faut convenir qu'à de grands vices il joignit d'éminentes qualités. Sous son règne, les chrétiens d'Orient n'éprouvèrent point de persécutions. Tl aimait les lettres, et admettait à sa familiarité ceux qui les cultivaient. Bon poêle lui-même, il avait des connaissances très étendues en histoire et en littérature. Sa gaieté naturelle avait rendu sa cour l'asile des plaisirs et d'une aimable liberté. Il aimait beaucoup les échecs ; et il assigna des appointements à ceux qui professaient ce jeu. Ce qui peint surtout Haroun et son siècle, c'est qu'il figure dans presque tous les contes inventés par les Arabes. Mais des qualités aussi belles sont flétries par clés yices et des crimes impardonnables. Il manqua de bonne foi envers Irène ; il usa de la plus noire perfidie à l'égard{RC} de Yahya, et sacrifia, sans aucune raison, la famille des Barmécydes, à qui il devait une partie de sa gloire. (Foi/. YAHYA.) Sa dévotion était feinte, et sa générosité tenait plus à l'orgueil qu'à la grandeur d'aine. Charlemagne jetait alors le même éclat en Occident, et ces deux princes, dignes de s'apprécier, furent en correspondance. Le calife envoya, en 807, une ambassade au monarque français avec les clefs du saint sépulcre. Parmi les présents qu'il lui fit offrir, on remarquait une clepsydre, ou horloge d'eau, regardée alors comme un prodige, un jeu d'échecs, et des plants de légumes et de fruits de différentes espèces, dons inappréciables dans un temps où la France était peu cultivée. Les restes du jeu d'échecs furent déposés, en 1795, à la bibliothèque nationale, où ils se voient encore. La même bibliothèqute possède un petit Coran in-16, écrit en caractères koufyques, sur peau de gazelle, qui a appartenu à Haroun. Amyii, son fils, lui succéda. J-w.{RC}