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Biographie universelle ancienne et moderne
Tome 1
Mots clefs : Article à corriger
[modifier] ABUZIT (Firmin)
descendait d'un médecin arabe qui s'était établi à Toulouse au 6e siècle. Né à Uzès, le 11 novembre 1679, de parents réformés qui y vivaient avec aisance, il perdit son père à l'âge de deux ans. En 1683, sa mère, appelée Anne Darlle, se vit, par la révocation de l'édit de Nantes, enlever ses deux fils pour être élevées dans la religion catholique romaine. Elle réussit cependant à les tirer du collège d'Uzès, et les envoya secrètement, en 1689, à Genève, où elle vint se fixer après être sortie de la prison dans laquelle sa désobéissance l'avait fait enfermer. Firmin qui était l'aîné, fit ses études avec les plus brillants succès. Les langues anciennes, l'histoire naturelle, la physique, les mathématiques, l'astronomie, la géographie, l'histoire, les antiquités, la théologie, furent successivement les objets de ses études. Après avoir terminé ses cours en 1698, il visita l'Allemagne, ensuite la Hollande et l'Angleterre, et chercha partout à lier connaissance avec les savants les plus distingués, tel que Bayle, Basnage, de Jurieu, Sain-Évremond, Newton, dont il gagna l'estime et l'amitié. Sa tendresse filiale lui fit quitter Londres, où le roi Guillaume voulait le retenir, et il revint à Genève auprès de sa mère. Il y vécut entièrement livré à l'étude, et consentit seulement à entrer dans la société qui s'était formé pour la traduction française du Nouveau Testament, qui a paru en 1726, et la compagnie des pasteurs le fit remercier des importants services qu'il rendit dans cette occasion. L'académie lui offrit une chaire en 1723 ; son goût pour l'indépendance la lui fit refuser : il accepta cependant la place de bibliothécaire, mais sans appointements, afin d'être plus libre. Il put ainsi puiser dans ce riche trésor littéraire, auquel il se rendit très-utile. En 1727, le gouvernement de Genève voulut lui donner une marque particulière de son estime, et lu accorda sans rétribution le droit de bourgeoisie, ce qui était une distinction honorable ; il est mort à 87 ans, le 20 mars 1767, dans une petite maison voisine de la ville où il s'était retiré depuis quelques temps. Abauzit s'était fait une grande réputation ; on n'a pourtant de lui que quelques morceaux peu étendus, qui ont pour la plupart été publiés à son insu. Tous ceux qui le voyaient admiraient son jugement et sa vaste érudition. Les pus grands homme recherchaient sa correspondance et le consultaient sur les questions les plus difficiles. Newton, en lui envoyant son Commercium epistolicum, lui écrivit : « Vous êtes bien digne de décider entre Leibnitz et moi. » Le jugement que le savant Pococke porta de ses connaissances en géographie ne lui est pas moins honorable ; après l'avoir entendu parler sur l'Égypte, la Palestine et les autres contrées de l'Orient, que lui-même avait visitées, il ne put se persuader qu'Abauzit n'y eût pas séjourné longtemps et n'en eût pas fait, comme lui, une étude particulière. Un autre fait prouve combien il était versé dans l'histoire. M. Lullin, professeur à Genève, avait composé un discours sur un point particulier de l'histoire ecclésiastique, dont il donnait un cours. Il s'agissait de Virgile, évêque de Saltzbourg au 8e siècle, qu'on prétend avoir été censuré publiquement, et même excommunié par le pape Zacharie, pour avoir avancé qu'il y avait des antipodes. Il alla voir Abauzit, et fit tomber la conversation sur ce sujet ; il ne fut pas peu surpris de lui entendre discuter à fond comme s'il venait de l'étudier ; il le fut bien plus encore, lorsqu'Abauzit l'assura qu'il y avait plus de trente ans qu'il n'avait rien lu sur cette matière. La même chose lui arriva avec J.-J. Rousseau, à qui il donna pour son Dictionnaire des remarques excellentes sur la musique des anciens. Rousseau crut qu'Abauzit faisait dans ce moment une étude spéciale de cette partie de l'antiquité, et il y avait fort longtemps qu'il ne s'en était occupé. Rousseau avait pour les mœurs et les vertus d'Abauzit la plus sincère estime. On peut en donner pour preuve le magnifique éloge qu'il fit de lui dans la Nouvelle Héloïse. Cet éloge est d'autant plus remarquable que c'est le seul que Rousseau ait adressé à un homme vivant. « Non, ce siècle de la philosophie ne passera pas sans avoir produit un vrai philosophe ; j'en connais un; un seul, j'en conviens ; mais c'est beaucoup encore, et pour comble de bonheur, c'est dans mon pays qu'il existe. L'oserai-je nommer ici, lui dont la véritable gloire est d'avoir su rester peu connu ? Savant et modeste Abauzit ! que votre sublime simplicité pardonne à mon cœur un zèle qui n'a point votre nom pour objet. Non, ce n'est pas vous que je veux faire connaître à ce siècle indigne de vous admirer ; c'est Genève que je veux illustrer de votre séjour ; ce sont nos concitoyens que je veux honorer de l'honneur qu'ils vous rendent... Vous avez vécu comme Socrate ; mais il mourut par la main de ses concitoyens, et vous êtes chéri des vôtres. » Abauzit était encore savant antiquaire ; il connaissait bien les médailles et les autres monuments, et déchiffrait les inscriptions avec facilité. On trouve dans l'édition de l’histoire de la ville et de l'État de Genève, par Jacques Spon, publié à Genève en 1750, 2 vol. in-4°, t. 2, p. 580, et 4 vol. in-12, t. 4, p. 457, plusieurs dissertations latines, dans lesquelles Abauzit explique quelques inscriptions difficiles. Il a aussi donné dans le journal helvétique de 1743, une dissertation sur un bouclier votif qui avait été trouvé dans l'Arve, prés de Genève, en 1721, sur lequel on a gravé une allocution et une largesse de l'empereur Valentinien II. Scipion Maffet a adressé à Abauzit la dixième lettre du recueil intitulé : Galliæ Antiquitates quædam selectæ, Paris, 1733, in-4°, dans laquelle il lui communique les corrections qu'il a eu l'occasion de faire au texte de plusieurs inscriptions fautivement rapportés par Gruter dans son grand recueil. Enfin, Abauzit, sans vouloir embrasser l'état ecclésiastique, s'était beaucoup occupé de théologie ; il était surtout versé dans la critique sacré, et fut souvent consulté par les théologiens sur les passages les plus difficiles. Sa philosophie était principalement fondée sur les principes d'un pur socinianisme. on a de lui plusieurs traités qui ont été publiés après sa mort par Vegobre, sous ce titre : Œuvres divers de M. Firmin Abauzit, contenant ses écrits d'histoire, de critique et de théologie, Genève, 1770 : il n'en paru que le premier volume ; Bérenger en a donné une édition plus complète : Œuvres de feu M. Abauzit, Londres (Hollande), 1773, 2 vol. in-8°. Le premier recueil ne contient que huit dissertations sur la religion naturelle et la révélation judaïque ; sur les Épîtres de St. Paul aux Romains et aux Galates ; sur l'idolâtrie ; sur l'eucharistie ; sur l'Apocalypse ; sur le controverse, et un explication des ch. 11 et 12 de Daniel. Les éditeurs du second recueil n'ont donné de ces pièces que les Réflexions sur l'eucharistie et sur l'idolâtrie, et l’Essai sur l'Apocalypse, contre l'orthodoxie duquel Vincent Fassini écrivit en 1778, et qui a été aussi l'objet de la critique de Bergier, dans Traité historique et dogmatique de la religion, t. 8. Ils y ont joint les Réflexions sur les mystères de la religion, des explications de plusieurs passages obscurs de l'Ancien et du Nouveau Testament ; des dissertations sur la connaissance de Jésus-Christ, sur l'honneur dû à Jésus-Christ, sur le Saint-Esprit [1] ; et plusieurs dissertations sur des points de littérature et d'antiquités ; tels que sur cette question : S'il est vrai que Virgile ait fait, à la fin de sa vie, quelques changements à l'Énéide ; sur quelques méprises du dictionnaire de la Martinière ; sur les aurores boréales ; sur le disque d'argent trouvé prés de Genève ; les ruine du Pœstum ; le camp de Galba ; les monuments d'Aix, en Savoie ; un prétendu écu d'or du prince de condé, en 1567 ; sur les réductions du calendrier ; sur le passage des Alpes par Annibal; des lettres sur différents sujets. Les meilleures productions d'Abauzit sont ses additions, dissertations, notes, plans, carte des environs du lac Léman, qui ornent l'édition de l’histoire de Genève, de 1730. Il a laissé des dissertations manuscrites sur les éclipses de lune ; sur la pesanteur ; sur les Bacchides et la Gasina de Plaute ; sur l'antiquité des Assyriens, etc ; mais la plupart de ces manuscrits ont été brûlés à Uzès par le zèle religieux de ses héritier (voy. BAUVN ci-après), et il n'en existe plus qu'une correspondance avec un de ses oncles, ministre protestant, sur des questions de théologie et de sciences. Abauzit n'était pas moins recommandable par son caractère que par l'étendue de ses connaissances. Il était religieux par principes et chrétien par conviction ; il ne blâmait jamais les autres de penser autrement que lui. Laharpe a dit qu'il était respectable par une longue carrière, passée toute entière dans les études de la philosophie et dans l'exercice de toutes les vertus ; un trait suffira pour donner une idée de son extrême douceur. Il passait pour ne s'être jamais mis en colère : quelques personnes s'adressèrent à sa servante pour s'assurer s'il méritait cet éloge. Il y avait trente ans qu'elle était à son service : elle affirma que pendant tout ce temps elle ne l'avait jamais vu en colère. On lui promit une somme d'argent si elle pouvait parvenir à le fâcher ; elle y consentit ; et, sachant qu'il aimait à être bien couché, elle ne fit pas son lit. Abauzit s'en aperçut, et le lendemain matin lui en fit l'observation. elle répondit qu'elle l'avait oublié : il ne dit rien de plus. Le soir, le lit n'était pas fait : même observation le lendemain ; elle y répondit par un excuse vague, et encore plus mauvaise que la première. enfin, à la troisième fois il lui dit : « Vous n'avez pas encore fait mon lit : apparemment que vous avez pris votre parti là-dessus, et que cela vous paraît trop fatigant ; mais après tout il n'y a pas grand mal, car je commence à m'y faire. » Attendrie par tant de patience et de bonté, la servante lui demanda pardon, et lui avoua l'épreuve à laquelle on avait voulu mettre son caractère.
A. L. M.
- ↑ On cite de Firmin Abauzit un livre dangereux sous ce titre : Réflexions imparfaites sur les Évangiles. (Voy. Esprit des Journaux, mai 1173, p. 309 et suiv.)