Biographie universelle ancienne et moderne - Tome 35, RICHERAND (ANTHELME)

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Biographie universelle ancienne et moderne
Tome 35
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Tome 35
RICHERAND (ANTHELME)
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[modifier] RICHERAND (ANTHELME),

naquit le à février 1779 à Belley, dans le Bugey. Il fit d’excellentes études dans un établissement de cette ville que dirigeaient les joséphistes. Parvenu à l’1ge de dix-sept ans, il se rendit à Paris. Sa vocation pour la médecine était déjà décidée, et elle ne lui avait pas fait illusion sur les succès qui l’attendaient dans cette carrière. Le jeune étudiant n’appartenait pas à une famille riche ; il n’eut pas néanmoins ü endurer les privations qu’ont es sur le seuil de l’école quelques-uns de ses sub~

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contemporains qui se sont pareillement acquis une grande renommée. Après deux années’d’une application soutenue, il se sentit en état d’enseigner, et il ouvrit des cours publics qui mirent son nom en lumière. On lui a entendu dire plus tard combien sa joie avait 616 vive le jour où il avait pu écrire ä .sa mère qu’il était en position de se suffire à lui-même. Ayant soutenu publiquement, le 13 thermidor an 7 (2 août 1798,, sa thèse intitulée Ditsetaitoe auatamico-pathölegique sur les /messires du col du fémur (Paris, 4799, in-8’), il ne se trouva pas à méme de paver le diplôme qui lui avait été accordé en raison de son savoir aussi solide qu’étendu. Dès lors il fut forcé de demander un certificat provisoire. et il obtint en l’an 12 (1801}, de la bienveillance éclairée de Chaptal. ministre de l’intérieur, une décision portant que le titre de docteur lui serait gratuitement délivré. Richerand parlait quelque-fois avec ironie de la commission d officier de santé de troisième classe qui lui fut donnée par Bernadotte, alors ministre de la guerre. et qui y avait écrit de sa main :. Citoyen, sur le rape port qui nous a été fait de votre attacheraient à s la république, etc. Cependant Richerand ne fut pas appelé au service des armées, et il put se lit rer avec ardeur à ses travaux scientifiques. La protection spéciale dont il fut l’objet de la part de Cabanis, et surtout de Fourcroy, lui valut sans doute cette faveur. En 1801, à singl-deux ans, il publia ses .Yourenur dlémeala de physiologie, qui eurent un succès plus qu’européen. Cet ouvrage était dédié au savant Fourcroy, et il ne formait alors que deux volumes, qui méritèrent les honneurs de la traduction en diverses langues. Plus tard, Richerand eut l’heureuse idée de s’associer un de ses élèves les plus distingués, M. Bérard aine, pour la publication de la dixième édition, Paris, 1832, 3 vol. in-8’. Richerand ne tarda pas à étre attaché à l’hôpital St-louis, et les premières années de ce service furent marquées par la publication de la Nosographie chirurgicale (18051. s C’était un livre classique par . excellence Eloge de Richerand lu à l’Académie . de médecine par M. Dubois (d’Amiens ; °. où l’on trouvait une classification nouvelle, et au mérite duquel Cuvier rend justice dans son rapport historique sur le progrès des sciences de-puis 1789. il en a paru cinq éditions et plusieurs traductions. Le résultat en fut glorieux pour l’auteur, qui, à peine 1gé de vingt-sept ans, se vit appelé à remplacer Lassus au sein de la faculté de Iïédecine, après avoir obtenu l’unanimité des voix dans les trois corps que la loi du il floréal an IO appelait à concourir au choix des candidats. Parmi les prétendants se rencontrait Dupuytren, qui, cette fois, dut se résigner et se contenter d’en appeler à lui-méme. Ainsi dès lors avait commencé entre ces deux rivaux la lutte si vive qui a fait le malheur de l’un et de l’autre. Une séance solennelle eut lieu. le

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23 juin 1807, pour l’installation du nouvel élu. Le président de l’école, le professeur Sue (père du célèbre romancier), prononça à cette occasion un discours qui fut vivement applaudi,.fant le mérite du candidat choisi trouvait de sympathies et du (ôté des maures et du côlé des élèves. Trois ans aprea, Richerand livrait une nouvelle production à la publicité : les Erreurs populaires Matira à médecine. Paris, 1810 in-8° ; 2. Ali-tien, 1812 ; traduction en allemand, Leipsick. 1811’. Les gens du monde auxquels s’adressait cet ouvrage se plurent à y reconnattre le cachet élégant et fleuri de l’auteur. L’occupation de la capitale en 1814 donna lieu à un encombrement considérable de blessés fiançais et étrangers, par suite duquel le typhus se déclara à l’hôpital St-Louis. Le chirurgien en chef déploya un zèle infatigable et fit preuve des sentiments d’hunianitéles plus dignes. A la fin de 1818, la faculté de médecine lit imprimer unie brochure attribuée avec raison à Richerand et dans laquelle étaient éloquemment exposés les aantages de l’enseiguemernt adopté par la facule de Paris, avec le litre Sur ‘aeignemeat actuel de la médecine et de la chirurgie, in-4°. Quelque temps après, il donna une nouvelle édition des OEucres complètes de Bordeu, Paris, 1818, 3 vol. accompagnées d’une notice biographique qu’il avait publiée l’année précédente. En 1818, Richerand se signala par une des opérations les plus har-dies qui aient étui teintes. Un chirurgien de Nemours était atteint à la mamelle gauche d’or cancer adhérent aux rides. Tous les hommes de faut qu’il avait consultésavàiaut reculé (levant la pensée de l’opérer. Cédant à ses instances, licherand osa, l’entreprendre. « J’y procédai,, dit-il, encouragé dans cette entreprise hardie par l’assislance éclairée autant qu’active de nnou collègue M. le professeur Dupuytren. -n Re-muselant ainsi fortuitement les expériences de i fart ey . « il mit à nu le cour par une ouverture quadrilatere. sorte de (ciselet’pratiquée au-e,%eul de cet organe- s ‘Histoire d’une résection des celtes et de la plirre, Paris, 1818, in-8°, traduction hollandaise. Leyde, i833. La récidive du cancer amena trois mois après la mort du ma-lade. que le suce& de l’opération avait d’abord rempli d’espoir.. Cette opération. que Cuvier rite comme « l’une des plus surprenantes et des plus honorables de la chirurgie L’use loc. cit.’, s n’est pas, aux yeux de quelques contemporains, un titre suffisant à la réputation de grand opérateur, et ils ont contesté à Richerand le sang-froid im-passible et la présence d’esprit sans lesquels un 1raiicien ne peut pnitendre à la supériorité. /D’autres lui reprochaient d’avoir, comme professeur, un débit laborieux, et [Mme par moment convulsif. Faut-il faire également mention de l’opinion que l’on avait de Richerand dans les salon ; de la capitale ? Brillat-Savarin s’en était rendu l’organe ‘en disant de son ami : « On n’a

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« pas là parole plus consolante, la main plus « douce, ni l’acier plus rapide. s Ecoutons encore un de ses élèves, M. J. Cloque’, à la loyauté comme aux éminents talents duquel tout le monde rend justice : « L’agrément indéfinissable « de la conversation, où le tour vif et original « de la phrase ajoutait un nouveau charme à ce « qu’il y avait à la fois de finesse et de bonhomie «dans la pensée, l’avait fait rechercher dans le « monde » (discours prononcé à la séance du 3 novembre 1840). En résumé, Richerand était un esprit ‘d’élite, et l’on ne peut nier qu’il n’ait irarprinté un élan réel ‘à l’étude de la physiologie et de la pathologie externe. S’il n’a pas reculé les limites de la science, il a du moins puissamment contribué à ce que certaines parties en fussent mieux cultivées. La popularité de ses écrits s’est soutenue dans les écoles pendant près de quarante ans. On y remarque un savoir sans pesanteur, une discussion habile quoique souvent passionnée, des théories et des méthodes proposées ou admises, une concision qui n’est qu’une clarté vive. et enfin une élégance de style qui n’exclut pas la rigueur scientifique du langage. De graves reproches ont rependant été adressés à l’auteur des Nonreaua° éléments de physiologie. Ses détracteurs ont prétendu qu’il n’avait pas rendu à Bichat ce qui lui appartenait. Concevrait-on alors que les amis de l’homme célèbre auquel la science devait élever des statues, eussent choisi pour le remplacer dans la société de médecine un pré-tendu plagiaire, celui qui se serait présenté de-vaut elle, couvert de ses dépouilles ? « La Société, en vous appelant dans son sein, écrivait-on à Richerand, aura moins à regretter le rare talent « et l’excellent caractère du jeune savant qu’elle « a eu la douleur de perdre. n Richerand avait été injuste et coupable en refusant de reconnattre dans l’immortel auteur du Traité des membranes le premier physiologiste de son temps, mais pourrait-on ne pas tenir compte de l’admiration qu’il a portée le reste de sa vie au génie de l’auteur de l’Anatomie générale ! Le 7 novembre 1820, Richerand fut charge du discours de rentrée à la faculté de médecine. et il y établit la supériorité de la chirurgie sur la médecine. On lui confia encore le discours inaugural du 15 novembre ts21. Lorsque l’académie de médecine fut instituée en 1830, Richerand, qui avait fait partie de la commission chargée de préparer les bases de l’ordonnance relative à cet objet, fut nommé secrétaire de la section de chirurgie où il devait, plus tard, remplir les fonctions de président. Nous avons parlé des torts de Richerand envers Bichat, nous devons rappeler aussi ses discussions avec Dupuytren. L’inimitié qui existait entre ces deux grands chirurgiens éclatait sou-vent dans le sein mème de l’académie. Tous deux au reste avaient de justes griefs à se reprocher. Le grand chirurgien de l’Hôtel-Dieu avait une fierté de manières qui rendait ses amis rares au

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milieu de ses nombreux admirateurs, et qui ne disposait pas à lui pardonner son incontestable supériorité. Il s Marta en une circonstance parti-culière de son imposante tactique et, dans un article sur Pinel, qui parut dans le Journal des Débats, il descendit jusqu’à des récrimina-tiens &rites, en jetant l’apostrophe de Zeile inrorrigihte à Richerand, qui ressentit profonde ment cette injure. Aiguisant sa plume, il se pré-para it blesser plus profondément celui qui ne voulait pas recounattre de’rival, et il attaqua avec plus de violence encore . l’homme au coeur . de glace, à l’encéphale cerclé de bronze, qui e ment comme on respire. ° Toute sa logique s’épuisa du reste a contester à Dupuytren la prie. rite des procédés opératoires dont ce chirurgien se glorifiait, et à les reclamer pour d’autres. On se souvient encore du rapport que lut Richerond à l’Académie royale de médecine et qu’il développa ensuite pour le livrer à l’impression sous ce litre : Histoire den progrée chenu de la chirurgie, Paris et Bruselles, 1825, iu-8°. Dans cet &rit, l’auteur se permit l’allusion la plus directe et la plus offensante envers l’illustre chirurgien de l’Hôtel-Dieu ; il le peignit sous les traits de ce Simon Pimprenelle, qui vivait sous Louis Xlll et que mentionnent les historiettes de Tellement des Réaux. Les partisans de Dupuytren répliquèrent en disant que Richerand n’avait qu’une verve de pupitre et que son ta-lent chirurgical n’était qu’au bout de sa plume. Ainsi toua les traits partaient et étaient vigoureusement relancés. Richerand venait d’atteindre cinquante-trois ans, lorsqu’il sentit un besoin impérieux de repos ; ce n’était certainement pas le d&ùuragement qui le conduisait là : car, son étoile n’avait jamais paru plus brillante ; mais il dut faire nu effort sur lui-méme pour s’éloigner d’une clientèle nombreuse et choisie qui le cher-fila encore dans la capitale et s’obstinait à lui r er fidèle. Il se retira à sa terre de 1’itiecresnes, prés Paris, au sein d’une famille dont il était l’idole et que lui-méme adorait. Il ne se réserva que deux devoirs à remplir. le service de l’hôpital St-Louis et le cours de médecine opératoire de la faculté. On l’avait honoré de presque tous les insignes ou toutes les dérorations qui peuvent s’obtenir en servant la science avec distinction. Il avait reçu en 1815 des lettres de no-blesse, et eu mois d’octobre 1829, Charles X lui conféra le titre héréditaire de baron. H était chirurgien *insultant du roi, chirurgien en chef de la 1t. division de la garde nationale sous la restauration e président du jury médical de la Seine, membre de la plupart des sociétés savantes frençaiaes ou étrangères, membre du conseil d’arrondissement de Corbeil, etc. Dans sa paisible retraite, il était souvent visité par ses confréres et ses amis qu’il accueillait avec la plus aimable cordialité. La cruelle épidémie qui sévit en 1832 1 Paris, rendit tout à coup la

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de Richerand plus nécessaire que jamais à l’hôpital St-Louis. Ses fatigues déjà excessives frirent encore accrues lorsqu’un de ses collègues de service se Irouva lui-méme atteint par le terrible choléra ; mais le cèle qui l’animait le soutint jus-qu’au bout. Richerand avait employé Ire loisirs que lui laissait le genre de vie qu’il s’était fait depuis 1830 à compnser un écrit qu’Il lança dans la science politique et qui traitait De la pepulntioa dans ses rapports arec la nature des gouvernements, f vol. in-8°. Ce livre’froissait trop les idées de l’époque pour étre bien accueilli, l’auteur ne faisait autre chose qu’attaquer les doctrines du f 9° sieele, et cette espèce de politique rétrograde fut jugée peu favorablement. Du reste, la presse politique ne s’en émut nullement. Pour ne rien omettre concernant les écrits de Richerand. nous mentionnerons les Leçons du chirurgien Rayer sur les maladies des-os, redigers en un traité complet de ces maladies, Paris, 1803, 2 vol. in 8° !dans la préface desquelles l’auteur manifeste à l’égard de son mettre des sentiments qui ne se démentirent jamais’; l’Rloge de L’abanie, réimprimé en tete de la troisième édition du Degré de certitude en médecine ;1819’, ; ses articles d’ans cette Biographie, entre autres, ZnnirRusvN Pt DUPUYTREN. Dans cette dernière notice on lui a reproché d’avoir été trop sévère et méme quelque peu malveillant pour un ancien rival. Son trac ail sous le rapport de la science n’en est pas moins un morceau curieux. Citons aussi ceux dont il a ‘enrichi différents recueils, tels que le flagada encyclopédique. le Dictionnaire des arienne médicales, les Mémoires de la société médicale d’émetatiaa, etc.’, etc., le Plutarque fraieais, où il ijiséra une notice pleine d intérét sur Ambroise Paré. On remarqueq encore celle qu’il a consacrée a son spirituel ami Brillai-Savarin, et qui se trouve placée en tete de la Physiologie du Deir, a° édit. Le caractère bouillant de Richerand, son horreur pour tout ce qui sentait l’hypocrisie, l’eutraiuérerrt vis-à-vis de quelques-uns de ses collègues à des torts plus ou moins partagés. Ou lui a mixe-(thé ses attaques contre Bichat et Dupu^free, dort nous avons déjà parlé, et d’autres non moins passionnées. qu’il e dirigées contre le professeur Roux. contre Magendie, etc. Son scepli° cisme était si grand, qu’il détournait involontairemenl son regard des travaux et des recherches vers lesquels se portail, particulièrement en physiologie, l’attention ou l’admiration de ses contemporains. Les traits sanglants qu’il a dirigée. contre quelques-uns d’entre eux lui ont valu de cruelles représailles. On s’en est pris injustemenl à sa protrilé d’au ur. Mais Mulet les accusation : suscitées cadre icherand ne le feront pis des-cendre du premier rang qu’il occupera pare les hommes de son époque qui ont honoré lt science médicale. Richerand est mort à Paris le 23 janvier 4840, Ayant reçu les secoure de I. re présence ligion des mains de tige t’erehevtque d’Auch

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son ancien condisciple. Son dernier désir fut qu’on ne prononçât pas de discours sur sa tombe. Onze ans après 21, mars 18511, le conseil municipal de la ville de Paris demandait que l’ancienne avenue de l’Hôpital St-Louis prit la dénomination d’avenue Richerand. Son Ii’loye, par M. Dubois d’Amiens, a été inséré dans les âfemoires dr l’Arademie de médecine, 185t.

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