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ACTE QUATRIÈME
Une place à Séville. – Au fond du théâtre, les murailles de vieilles arènes ; l’entrée du cirque est fermée par un long velum. – C’est le jour d’un combat de taureaux ; grand mouvement sur la place ; marchands d’eau, d’oranges, d’éventails, etc., etc.
Scène PREMIÈRE
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- À deux cuartos,
- À deux cuartos,
- Des éventails pour s’éventer,
- Des oranges pour grignoter !
- À deux cuartos,
- À deux cuartos,
- Señoras et caballeros !
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Pendant ce premier chœur, sont entrés les deux officiers que l’on a vu au deuxième acte ; ils ont au bras les deux bohémiennes, Mercédès et Frasquita.
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- Des oranges, vite !
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- En voici !
- Prenez, prenez, mesdemoiselles.
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- Merci, mon officier, merci.
LES AUTRES MARCHANDS.
- Celles-ci, señor, sont plus belles.
- Merci, mon officier, merci.
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- À deux cuartos,
- À deux cuartos,
- Señoras et caballeros !
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- Le programme avec les détails !
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- Du vin!
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- De l’eau !
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- Des cigarettes !
Holà ! marchand, des éventails.
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- Voulez-vous aussi des lorgnettes ?
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- À deux cuartos,
- À deux cuartos,
- Des éventails pour s’éventer,
- Des oranges pour grignoter !
- À deux cuartos,
- À deux cuartos,
- Señoras et caballeros !
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Qu’avez-vous donc fait de la Carmencita ? je ne la vois pas.
Nous la verrons tout à l’heure… Escamillo est ici : la Carmencita ne doit pas être loin.
Elle en est folle !
Et son ancien amoureux, José, sait-on ce qu’il est devenu ?
Il a reparu dans le village où sa mère habitait… L’ordre avait même été donné de l’arrêter ; mais, quand les soldats sont arrivés, José n’était plus là…
En sorte qu’il est libre ?
Oui, pour le moment.
Hum ! je ne serais pas tranquille, à la place de Carmen, je ne serais pas tranquille du tout.
On entend de grands cris au dehors, des fanfares, etc., etc. C’est l’arrivée de la cuadrilla.
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- Les voici ! voici la quadrille,
- La quadrille des toreros !
- Sur les lances, le soleil brille :
- En l’air, toques et sombreros !
- Les voici ! voici la quadrille,
- La quadrille des toreros !
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Défilé de la cuadrilla. – Pendant ce défilé, le chœur chante le morceau suivant :
Entrée des alguazils.
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- Voici, débouchant sur la place,
- Voici d’abord, marchant au pas,
- Voici d’abord, marchant au pas,
- L’alguazil à vilaine face…
- À bas ! à bas ! à bas ! à bas !
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Entrée des chulos et des banderillos.
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- Et puis saluons au passage,
- Saluons les hardis chulos !
- Bravo ! viva ! gloire au courage !…
- Voici les banderilleros !
- Voyez quel air de crânerie,
- Quels regards et de quel éclat
- Étincelle la broderie
- De leur costume de combat !
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Entrée des picadors.
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- Une autre quadrille s’avance :
- Les picadors… comme ils sont beaux !
- Comme ils vont du fer de leur lance
- Harceler le flanc des taureaux !
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Paraît enfin Escamillo, ayant près de lui Carmen radieuse et dans un costume éclatant.
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- Puis l’espada, la fine lame,
- Celui qui vient terminer tout,
- Qui paraît à la fin du drame
- Et qui frappe le dernier coup…
- Bravo ! bravo ! Escamillo !
- Escamillo, bravo !
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- Si tu m’aimes, Carmen, tu pourras, tout à l’heure
- En me voyant à l’œuvre être fière de moi.
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- Je t’aime, Escamillo, je t’aime et que je meure
- Si j’ai jamais aimé quelqu’un autant que toi.
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- Bravo ! bravo ! Escamillo !
- Escamillo, bravo !
- Bravo ! bravo ! Escamillo !
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Trompettes au dehors. Paraissent deux trompettes suivis de quatre alguazils.
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- L’alcade ! l’alcade,
- Le seigneur alcade !
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- Pas de bousculade !
- Regardons passer
- Et se prélasser
- Le seigneur alcade.
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- Place, place au seigneur alcade !
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- Carmen ! un bon conseil : ne reste pas ici.
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- Et pourquoi, s’il te plaît ?
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- Il est là.
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- Qui donc ?
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- Lui,
- Don José… Dans la foule il se cache… regarde.
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- Oui, je le vois.
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- Prends garde.
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- Je ne suis pas femme à trembler ;
- Je reste, je l’attends… et je vais lui parler.
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L’Alcade est entré dans le cirque. Derrière l’alcade, le cortège de la cuadrilla reprend sa marche et entre à son tour. Le populaire suit. – L’orchestre joue le motif : Les voici ! voici la quadrille… La foule, en se retirant dégage peu à peu José… Carmen reste seule au premier plan !… Tous deux se regardent pendant que la foule se dissipe et que le motif de la marche va diminuant et se mourant à l’orchestre. Sur les dernières notes, Carmen et José restent seuls, en présence l’un de l’autre.
Scène II
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- C’est toi ?
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- C’est moi.
CARMEN.
- On m’avait avertie
- Que tu n’étais pas loin, que tu devais venir…
- On m’avait même dit de craindre pour ma vie,
- Mais je suis brave et je n’ai pas voulu fuir.
- C’est moi.
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- Je ne menace pas, j’implore, je supplie ;
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- Notre passé, je l’oublie,
- Carmen ! nous allons tous deux
- Commencer une autre vie,
- Loin d’ici, sous d’autres cieux.
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- Je ne menace pas, j’implore, je supplie ;
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- Tu demandes l’impossible !
- Carmen jamais n’a menti :
- Son âme reste inflexible ;
- Entre elle et toi, tout est fini.
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- Carmen, il est temps encore,
- O ma Carmen, laisse-moi
- Te sauver, toi que j’adore,
- Et me sauver avec toi !
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- Non, je sais bien que c’est l’heure,
- Je sais bien que tu me tueras ;
- Mais, que je vive ou que je meure,
- Non, je ne te céderai pas !
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JOSÉ.
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CARMEN.
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- Tu ne m’aimes donc plus ?
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Silence de Carmen, José répète :
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- Tu ne m’aimes donc plus ?
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- Non ! je ne t’aime plus.
JOSÉ.
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- Mais moi, Carmen, je t’aime encore ;
- Carmen, Carmen ! moi, je t’adore !
-
- Non ! je ne t’aime plus.
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- A quoi bon tout cela ? Que de mots superflus !
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- Eh bien ! s’il le faut, pour te plaire,
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- Je resterai bandit… tout ce que tu voudras…
- Tout ! tu m’entends… mais ne me quitte pas…
- Souviens-toi du passé ! nous nous aimions, naguère !…
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- Jamais Carmen ne cédera !
- Libre elle est née… et libre elle mourra !
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- Vivat ! la course est belle ;
- Sur le sable sanglant
- Le taureau qu’on harcèle
- S’élance en bondissant…
- Vivat ! bravo ! victoire !
- Frappé juste en plein cœur,
- Le taureau tombe ! gloire
- Au torero vainqueur !
- Victoire ! victoire !
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Pendant ce chœur, silence de Carmen et de José : tous deux écoutent… En entendant les cris de : « Victoire, victoire ! » Carmen a laissé échapper un : « Ah ! » d’orgueil et de joie… José ne la perd pas de vue… Le chœur terminé, Carmen fait un pas vers le cirque.
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- Où vas-tu ?…
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- Laisse-moi !
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- Cet homme qu’on acclame,
- C’est ton nouvel amant !
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- Laisse-moi !
JOSÉ.
- Sur mon âme,
- Carmen, tu ne passeras pas !
- Carmen, c’est moi que tu suivras !
- Laisse-moi !
- Laisse-moi, don José !… je ne te suivrai pas.
- Tu vas le retrouver… tu l’aimes donc ?
- Je l’aime !
- Je l’aime, et, devant la mort même,
- Je répèterais que je l’aime !
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- Vivat ! bravo ! victoire !
- Frappé juste en plein cœur,
- Le taureau tombe ! gloire
- Au torero vainqueur !
- Victoire ! victoire !…
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- Ainsi, le salut de mon âme,
- Je l’aurai perdu pour que toi,
- Pour que tu t’en ailles, infâme !
- Entre ses bras, rire de moi…
- Non, par le sang, tu n’iras pas,
- Carmen, c’est moi que tu suivras !
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- Non ! non ! jamais !
- Je suis las de te menacer.
- Eh bien ! frappe-moi donc… ou laisse-moi passer !
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- Victoire ! victoire !
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- Pour la dernière fois, démon ?
- Veux-tu me suivre ?
CARMEN.
- Non ! non !
- Cette bague, autrefois tu me l’avais donnée…
- Tiens !
Elle la jette à la volée.
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- Eh bien ! damnée…
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Carmen recule ; José la poursuit. – Pendant ce temps, fanfares et chœur dans le cirque.
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- Toréador, en garde !
- Et songe en combattant
- Qu’un œil noir te regarde
- Et que l’amour t’attend.
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José a frappé Carmen : elle tombe morte… Le vélum s’ouvre. La foule sort du cirque.
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- Vous pouvez m’arrêter… c’est moi qui l’ai tuée.
Escamillo paraît sur les marches du cirque. José se jette sur le corps de Carmen.
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- Ô ma Carmen ! ma Carmen adorée !…
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