Cendres et Poussières/1902/Prophétie
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Prophétie
Cendres et Poussières, Alphonse Lemerre, 1902 (pp. 39-40).
PROPHÉTIE
Tes cheveux aux blonds verts s’imprègnent d’émeraude
- Sous le ciel pareil aux feuillages clairs.
- L’odeur des pavots se répand et rôde
- Ainsi qu’un soupir mourant dans les airs.
- Les yeux attachés sur ton fin sourire,
- J’admire son art et sa cruauté,
- Mais la vision des ans me déchire,
Et, prophétiquement, je pleure ta beauté !
Puisque telle est la loi lamentable et stupide,
- Tu te flétriras un jour, ah ! mon Lys !
- Et le déshonneur hideux de la ride
- Marquera ton front de ce mot : Jadis !
- Tes pas oublieront le rythme de l’onde,
- Ta chair sans désir, tes membres perclus
- Ne frémiront plus dans l’ardeur profonde :
L’amour désenchanté ne te connaîtra plus !
Ton sein ne battra plus comme l’essor de l’aile
- Sous l’oppression du cœur généreux,
- Et tu fuiras l’heure étrange et cruelle
- Où l’ombre pâlit le front des heureux.
- Ton sommeil craindra l’aurore où persiste
- Le dernier rayon des derniers flambeaux :
- Ton âme de vierge amoureuse et triste
S’éteindra dans tes yeux plus froids que les tombeaux.