Cent Ballades (Christine de Pisan)/Ballade XVII

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Se de douloureux sentement
Sont tous mes dis, n'est pas merveille,
Car ne peut avoir pensement
Joyeux, cuer qui en dueil traveille.
Car, se je dors ou se je veille,
Si suis je en tristour a toute heure,
Si est fort que joye recueille
Cuer qui en tel tristour demeure.

Noublier ne puis nullement
La trés grant douleur non pareille.
Qui mon cuer livre a tel tourment,
Que souvent me met a l'oreille
Grief desespoir, qui me conseille
Que tost je m'occie et accueure;
Si est fort que joye recueille
Cuer qui en tel tristour demeure.

Si ne pourroye doulcement
Faire dis; car, vueille ou ne vueille,
M'estuet complaindre trop griefment
Le mal, dont fault que je me dueille;
Dont souvent tremble comme fueille,
Par la douleur qui me cueurt seure.
Si est fort que joye recueille
Cuer qui en tel tristour demeure.

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