Chanson de Provence
Jean de Gonfaron, pris par des corsaires,
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- Dans les janissaires
- Sept ans a servi.
- Dans les janissaires
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Il faut chez les Turcs avoir la peau dure,
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- Faite à la torture
- À la rouille aussi.
- Faite à la torture
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Jean de Gonfaron perdit patience.
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- De sa conscience
- Il se fatigua.
- De sa conscience
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Ah ! pardonnez-lui, seigneur adorable,
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- Si ce misérable
- Est un renégat.
- Si ce misérable
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Jean de Gonfaron fit bientôt fortune.
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- (Le croissant de lune
- Aux forbans sourit.)
- (Le croissant de lune
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Il tua des gens par mille et par mille,
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- Brûla mainte ville,
- Comme un antéchrist.
- Brûla mainte ville,
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Tandis qu’il était général d’armée,
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- Que sa renommée
- Encombrait le jour,
- Que sa renommée
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La fille du Roi, pleine d’accortise,
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- De sa gueule éprise,
- Lui parla d’amour.
- De sa gueule éprise,
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« J’ai dans mon jardin un coin d’ombre et d’ambre ;
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- C’est comme une chambre,
- Un nid chaleureux ;
- C’est comme une chambre,
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La rose l’entoure et la tubéreuse
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- Qui rend amoureuse,
- Qui rend amoureux.
- Qui rend amoureuse,
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« Et dans cet Éden est un banc de marbre
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- Caché sous un arbre.
- Ce soir j’y serai.
- Caché sous un arbre.
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-
Un esclave à moi, que je vais instruire,
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- Viendra t’y conduire.
- C’est dit. C’est juré ! »
- Viendra t’y conduire.
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Or, le soir, tandis que notre sauvage
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- Est près du rivage,
- En train de songer,
- Est près du rivage,
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En se demandant — à moins que d’un leurre —
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- Quand sonnera l’heure
- Pour lui — du berger ;
- Quand sonnera l’heure
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Un navire est là, noir comme de l’encre,
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- Qui va lever l’ancre,
- Dès le flot venu.
- Qui va lever l’ancre,
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Et voilà-t-il pas que son équipage
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- Parle ce langage
- De lui bien connu.
- Parle ce langage
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Et l’expatrié songe à sa patrie,
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- Même il s’injurie
- De s’être fait Turc.
- Même il s’injurie
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Et tout aussitôt il quitte ses armes,
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- Et de chaudes larmes
- Gonflent son cœur dur.
- Et de chaudes larmes
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Et sans s’occuper de ce qu’il va perdre,
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- Il se dit : « Zut, merdre !
- Je n’y puis tenir,
- Il se dit : « Zut, merdre !
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Il faut que je parte où le sort m’appelle. »
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- Et déjà sa belle
- N’est qu’un souvenir.
- Et déjà sa belle
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À peine est-il à bord de la tartane :
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- « Adieu, ma sultane,
- Adieu mes amours !
- « Adieu, ma sultane,
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Dit-il. Avec toi, sans compter le reste,
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- J’eusse, sans conteste,
- Passé d’heureux jours ;
- J’eusse, sans conteste,
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« Mais, notre Provence est tellement belle,
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- Que je ne vois qu’elle
- Au monde. Pour moi,
- Que je ne vois qu’elle
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Pour me retrouver sur ses blanches routes,
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- Je donnerais toutes
- Les filles de roi. »
- Je donnerais toutes
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