Chauffe-toi, c’est de ton bois
La bibliothèque libre.
Au bureau du Comité Pottier, 1908 (pp. 116-118).
CHAUFFE-TOI, C’EST DE TON BOIS
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Au citoyen Gabriel Deville (Voix du Peuple).
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- Rudement la crise sévit,
- Sans pain, sans feu, le peuple vit :
- Si l’on appelle cela vivre !
- Ce siège a duré tout l’été,
- Paris ne s’est pas révolté,
- Mais il frémit, l’hiver va suivre.
- Le dépouillé pourrait fort bien
- Remettre la main sur son bien.
- Fais ta saisie avant les froids,
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- Prends, Jean Misère,
- Ton nécessaire.
- Prends, Jean Misère,
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- Fais ta saisie avant les froids,
- Chauffe-toi, Jean, c’est de ton bois !
- Rudement la crise sévit,
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- Quoi, le vautour, de ton taudis
- T’expulse avec tous tes petits,
- Fiévreux, grelottants et livides.
- Toi qui bâtis les beaux quartiers
- Où des appartements princiers
- Trop chers de loyer restent vides,
- Peux-tu donc sous l’arche des ponts
- Coucher tes bébés vagabonds ?
- Choisis leur gîte avant les froids,
- Quoi, le vautour, de ton taudis
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- Prends, Jean Misère,
- Ton nécessaire.
- Prends, Jean Misère,
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- Choisis leur gîte avant les froids,
- Chauffe-toi, Jean, c’est de ton bois !
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- Vois dans ces magasins flambants,
- Souliers fourrés, chauds vêtements,
- Empilés en gros sans limite ;
- Ton sur-travail les a gorgés.
- Consomme, ils seront soulagés,
- Ces entrepôts de la faillite.
- Tes gosses n’ont rien sur la peau
- Et leurs chaussures prennent l’eau.
- Habillons-les, avant les froids,
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- Prends, Jean Misère,
- Ton nécessaire.
- Prends, Jean Misère,
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- Habillons-les avant les froids,
- Chauffe-toi, Jean, c’est de ton bois !
- Vois dans ces magasins flambants,
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- Travailleur, classe de vaincus,
- Tu livres ton sang, tes écus,
- À la bourgeoisie écœurante.
- Gains d’ouvriers, de paysans,
- Plus de deux milliards tous les ans,
- S’en vont aux Prussiens de la rente ;
- Tu fournis l’argent de leurs prêts,
- Puis tu payes les intérêts,
- Fais-les jeûner pendant six mois !
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- Prends, Jean Misère,
- Ton nécessaire.
- Prends, Jean Misère,
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- Fais-les jeûner pendant six mois !
- Chauffe-toi, Jean, c’est de ton bois !
- Travailleur, classe de vaincus,
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- Du lard des budgets empâtés,
- Tes ministres, tes députés
- Du lard des budgets empâtés,
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- Te bernent d’un semblant d’enquête.
- L’intérêt de classe avant tout,
- On voudrait te pousser à bout.
- Dans l’ombre Galliffet s’apprête ;
- On tient l’esclave désarmé
- Pour le massacrer comme en Mai.
- Prends l’arme aux mains de ces bourgeois,
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- Prends, Jean Misère,
- Ton nécessaire !
- Prends, Jean Misère,
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- Prends l’arme aux mains de ces bourgeois,
- Chauffe-toi, Jean, c’est de ton bois !
- Te bernent d’un semblant d’enquête.
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- On voudrait te voir saccager
- L’étalage du boulanger,
- Mais ce n’est pas là ta méthode ;
- Vise plus haut le Sans-travail,
- Sois l’État, prends le gouvernail,
- Pour changer ces lois et le Code,
- Que notre Révolution
- Soit pour tous Restitution,
- Et va jusqu’au bout cette fois,
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- Prends, Jean Misère,
- Ton nécessaire.
- Prends, Jean Misère,
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- Et va jusqu’au bout cette fois,
- Chauffe-toi, Jean, c’est de ton bois !
- On voudrait te voir saccager
Paris, 1885.