Colibri

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H. Fournier, 1839 (3, pp. 71-73).
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COLIBRI


Air : Garde à vous ! (de la Fiancée)


Mes amis,
J’ai soumis

L’enfer à ma puissance.
De son obéissance
J’ai pour gage certain

Un lutin. (bis.)

Sous forme d’oiseau-mouche
À mon chevet il couche.
Lutin doux et chéri,
Baisez-moi, Colibri,

Colibri ! (ter.)


S’éveillant,
Babillant,

Au jour qui naît et brille,
Son petit corps scintille
D’émeraude et d’azur

Et d’or pur.

Fleur qui cherche sa tige,
Le voilà qui voltige :
L’aurore en a souri.
Baisez-moi, Colibri,

Colibri !


Je le vois,
À ma voix,

Voler vers qui m’implore.
Ses ailes font éclore
Richesse, honneurs, amours

Et beaux jours.

Quelque soif qui m’embrase,
Il peut remplir le vase
Que ma bouche a tari.
Baisez-moi, Colibri,

Colibri !


Je puis voir
Son pouvoir

Franchir l’espace et l’onde,
Du Pérou, de Golconde
M’apporter, dans nos ports,

Les trésors.

Mais, non ; point d’opulence,
Quand un peuple en silence
Souffre et meurt sans abri.
Baisez-moi, Colibri,

Colibri !


Je puis voir
Son pouvoir

Me donner des couronnes,
Des palais à colonnes,
Des gardes et l’amour

D’une cour.

Mais, non ; j’en sais l’histoire :
Le monde, à tant de gloire,

De douleur pousse un cri.
Baisez-moi, Colibri,

Colibri !


Demandons,
Pour seuls dons,

Simple toit, portes closes,
Des chants, du vin, des roses,
Et la paix d’un reclus,

Rien de plus.

Mon paradis s’arrange,
Dieux ! et l’oiseau se change
En piquante houri.
Baisez-moi, Colibri,

Colibri !
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