Comparaison d'une fontaine à son déplaisir

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Honoré d’Urfé

Comparaison d'une fontaine à son déplaisir



Cette source éternelle,
Qui ne finit jamais,
Mais qui se renouvelle
Par des flots plus épais,
Ressemble à ces ennuis dont le regret m'oppresse.
Car comme elle est sans cesse
D'une source féconde au malheur que je sens,
Ils s'en vont renaissants.



Puis d'une longue course,
Tout ainsi que ces flots
Vont éloignant leur source,
Sans prendre nul repos,
Moi par divers travaux, par mainte et mainte peine,
Comme parmi l'arène,
Serpentant à grands sauts, l'onde s’en va courant,
Mon mal je vais pleurant



Et comme vagabonde
Murmurant elle fuit,
Quand onde dessus onde
À longs flots elle bruit,
De même, me plaignant de ma triste aventure,
Contre amour je murmure;
Mais que me vaut cela, puisqu'il faut qu'à la fin
Je suive mon destin ?
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