Consolation (Lamartine)
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- Quand le Dieu qui me frappe, attendri par mes larmes,
- De mon cœur oppressé soulève un peu sa main,
- Et, donnant quelque trêve à mes longues alarmes,
- Laisse tarir mes yeux et respirer mon sein;
- Soudain, comme le flot refoulé du rivage
- Aux bords qui l’ont brisé revient en gémissant,
- Ou comme le roseau, vain jouet de l’orage,
- Qui plie et rebondit sous la main du passant,
- Mon cœur revient à Dieu, plus docile et plus tendre,
- Et de ses châtiments perdant le souvenir,
- Comme un enfant soumis n’ose lui faire entendre
- Qu’un murmure amoureux pour se plaindre et bénir!
- Que le deuil de mon âme était lugubre et sombre!
- Que de nuits sans pavots, que de jours sans soleil!
- Que de fois j’ai compté les pas du temps dans l’ombre,
- Quand les heures passaient sans mener le sommeil!
- Mais loin de moi ces temps! que l’oubli les dévore!
- Ce qui n’est plus pour l’homme a-t-il jamais été?
- Quelques jours sont perdus; mais le bonheur encore,
- Peut fleurir sous mes yeux comme une fleur d’été!
- Tous les jours sont à toi! que t’importe leur nombre?
- Tu dis : le temps se hâte, ou revient sur ses pas;
- Eh! n’es-tu pas celui qui fit reculer l’ombre
- Sur le cadran rempli d’un roi que tu sauvas ?
- Si tu voulais! ainsi le torrent de ma vie,
- À sa source aujourd’hui remontant sans efforts,
- Nourrirait de nouveau ma jeunesse tarie,
- Et de ses flots vermeils féconderait ses bords;
- Ces cheveux dont la neige, hélas! argente à peine
- Un front où la douleur a gravé le passé,
- S’ombrageraient encor de leur touffe d’ébène,
- Aussi pur que la vague où le cygne a passé!
- L’amour ranimerait l’éclat de ces prunelles,
- Et ce foyer du cœur, dans les yeux répété,
- Lancerait de nouveau ces chastes étincelles
- Qui d’un désir craintif font rougir la beauté!
- Dieu! laissez-moi cueillir cette palme féconde,
- Et dans mon sein ravi l’emporter pour toujours,
- Ainsi que le torrent emporte dans son onde
- Les roses de Saron qui parfument son cours!
- Quand pourrai-je la voir sur l’enfant qui repose
- S’incliner doucement dans le calme des nuits?
- Quand verrai-je ses fils de leurs lèvres de rose
- Se suspendre à son sein comme l’abeille aux lis!
- A l’ombre du figuier, près du courant de l’onde,
- Loin de l’oeil de l’envie et des pas du pervers,
- Je bâtirai pour eux un nid parmi le monde,
- Comme sur un écueil l’hirondelle des mers!
- Là, sans les abreuver à ces sources amères
- Où l’humaine sagesse a mêlé son poison,
- De ma bouche fidèle aux leçons de mes pères,
- Pour unique sagesse ils apprendront ton nom!
- Là je leur laisserai, pour unique héritage,
- Tout ce qu’à ses petits laisse l’oiseau du ciel,
- L’eau pure du torrent, un nid sous le feuillage,
- Les fruits tombés de l’arbre, et ma place au soleil!
- Alors, le front chargé de guirlandes fanées,
- Tel qu’un vieux olivier parmi ses rejetons,
- Je verrai de mes fils les brillantes années
- Cacher mon tronc flétri sous leurs jeunes festons!
- Alors j’entonnerai l’hymne de ma vieillesse,
- Et, convive enivré des vins de ta bonté,
- Je passerai la coupe aux mains de la jeunesse,
- Et je m’endormirai dans ma félicité!