| Le Mari confesseur | ◄ | Contes | ► | Conte tiré d'Athénée |
- Un savetier, que nous nommerons Blaise,
- Prit belle femme; et fut très avisé
- Les bonnes gens qui n'étaient à leur aise,
- S'en vont prier un marchand peu rusé,
- Qu'il leur prêtât dessous bonne promesse
- Mi-muid de grain; ce que le marchand fait.
- Le terme échu, ce créancier les presse.
- Dieu sait pourquoi: le galant, en effet,
- Crut que par là baiserait la commère.
- Vous avez trop de quoi me satisfaire
- (Ce lui dit-il) et sans débourser rien -
- Accordez-moi ce que vous savez bien.
- Je songerai, répond-elle, à la chose.
- Puis vient trouver Blaise tout aussitôt,
- L'avertissant de ce qu'on lui propose.
- Blaise lui dit: Par bieu, femme, il nous faut
- Sans coup férir rattraper notre somme.
- Tout de ce pas allez dire à cet homme
- Qu'il peut venir, et que je n'y suis point.
- Je veux ici me cacher tout à point.
- Avant le coup demandez la cédule.
- De la donner je ne crois qu'il recule.
- Puis tousserez afin de m'avertir;
- Mais haut et clair, et plutôt deux fois qu'une.
- Lors de mon coin vous me verrez sortir
- Incontinent, de crainte de fortune.
- Ainsi fut dit, ainsi s'exécuta.
- Dont le mari puis après se vanta;
- Si que chacun glosait sur ce mystère.
- Mieux eût valu tousser après l'affaire,
- (Dit à la belle un des plus gros bourgeois)
- Vous eussiez eu votre compte tous trois.
- N'y manquez plus, sauf après de se taire.
- Mais qu'en est-il ? or ça, belle, entre nous.
- Elle répond: Ah Monsieur ! croyez-vous
- Que nous ayons tant d'esprit que vos dames ?
- Notez qu'illec avec deux autres femmes,
- Du gros bourgeois l'épouse était aussi)
- Je pense bien, continua la belle.
- Qu'en pareil cas Madame en use ainsi;
- Mais quoi, chacun n'est pas si sage qu'elle.

