à Charles De Lacretelle.
je lis votre livre avec bonheur, mon vénérable ami ;
c’est avec joie que je sors de ma pensée pour entrer
dans la vôtre. On respire dans tout ce grand ouvrage
que vous nous donnez un parfum d’honnêteté, de vertu
et de douceur. Cela mêlé à la hauteur des vues et à
la dignité sereine des idées. Quelquefois je vous
trouve un peu plus que sévère pour le grand empereur,
je suis de ceux qui, toutes restrictions faites et
acceptées, admirent pleinement et définitivement
Napoléon, je le renvoie du jugement de l’histoire
absous et couronné. Ce qu’on lui reproche est de
l’homme ; le reste est de l’archange et du géant.
J’ai trouvé Lamartine (et je le lui ai dit) pas assez
sévère pour Robespierre, et je vous trouve (parfois)
trop sévère pour Bonaparte ; et puis je vous aime
et je vous relis tous les deux.
Je vous serre la main. ex imo.
Victor Hugo.
3 janvier 1848.
Mettez mes plus tendres respects aux pieds de votre
chère et admirable femme.
à Lamartine.
cher et illustre ami,
j’étais allé vous saluer sur la place publique pendant
que vous veniez chez moi me serrer la main.
Ce serrement de main, je vous l’envoie.
Vous faites de grandes choses. L’abolition de la peine
de mort, cette haute leçon donnée par une république
née hier aux vieilles monarchies séculaires, est un
fait sublime. Je bats des mains et j’applaudis du
fond du cœur.
Vous avez le génie du poëte, le génie de l’écrivain,
le génie de l’orateur, la sagesse et le courage. Vous
êtes un grand homme.
Je vous admire et je vous aime.
Dimanche soir.
à Ulric Güttinguer.
Paris, 15 mars 1848.
Cher Ulric, nos cœurs se comprennent à travers
l’absence, et nos mains se serrent à travers
l’espace.
Espérons, confions-nous. Le ciel est noir, mais il
redeviendra rose. Comment douter du dénouement ? Il
sera évidemment bon pour le genre humain tout entier ;
espérons ! C’est Dieu qui fait la pièce et c’est la
France qui joue le rôle.
Je vous envie vos arbres, votre mer et votre esprit.
Aimez-moi !
Victor.
à Madame Dorval.
22 mai 1848.
Je sais, madame, l’affreuse douleur qui vous frappe,
je l’ai dit à ma femme qui a pleuré. Tous les jours,
je veux aller vous voir, mais je suis dans un
tourbillon. Ce serait une douceur pour moi de vous
serrer la main. Je comprends à quel point la souffrance
est poignante pour une femme de votre cœur et de
votre génie ; toute consolation est inutile, hélas !
Pourtant songez à Dieu et regardez dans le ciel. J’ai
là un ange que j’y revois, vous y reverrez le vôtre.
Je mets ma douloureuse sympathie à vos pieds.
Victor Hugo.
à Paul Meurice.
cher poëte, je ne vous vois plus, on me dit que vous
êtes malade, et moi qui vous lisais tout à l’heure,
jamais je ne vous ai trouvé mieux portant. Avec
quelle admirable verve vous avez fouaillé ce sauvage
qui s’appelle
je ne sais plus comment ! Comme vous avez vengé
l’art, la poésie, la pensée ! ô poëte, vous êtes à la
fois courageux et charmant. Je vous serre les deux
mains. Mais rétablissez-vous vite et venez voir vos
amis de la place des Vosges . Je dis à tout le
monde que c’est vous qui m’avez nommé.
voluisti, populus fecit.
Victor H.
Jeudi soir 8 juin 1848.
à Lamartine.
27 mai 1848.
Mon illustre ami,
vous avez été pour mon fils ce que j’eusse été pour
le vôtre. Vous l’avez spontanément appelé près de vous,
vous lui avez donné place dans votre cabinet, et
vous l’avez comblé de toutes les bontés de votre
grande âme. Je vous en remercie du fond du cœur. Ce
moment de sa jeunesse où il vous a approché sera
l’orgueil de sa vie.
En quittant le ministère, vous m’avez fait offrir
d’attacher mon fils à la légation du Brésil.
Aujourd’hui j’apprends que l’exécution de votre
désir rencontre un obstacle inattendu et que M
Bastide, le ministre des affaires étrangères,
éprouve des scrupules démocratiques et patriotiques
à mon occasion et discute mon nom. Permettez-moi de
donner à cette hésitation la seule fin qui convienne.
J’écris aujourd’hui à m. le ministre des affaires
étrangères pour le prier de ne point nommer mon fils.
Mon fils renvoie en même temps au ministre sa
nomination d’aspirant diplomatique. Il en conservera
ce qu’elle avait de plus précieux pour lui, le
souvenir de l’avoir reçue de vous.
Je vous serre la main, cher Lamartine, et je vous
renouvelle les effusions de mon admiration profonde
et de ma vieille amitié.
à M Louis Noël, régent de philosophie au
collège de Saint-Omer.
que votre cœur ne doute jamais de moi ; notre
vieille amitié, vous le savez, m’est chère et sacrée.
Ce mot de vous qui m’arrive, me charme, et il me
semble en le lisant que je sens votre main serrer la
mienne.
Je vous écris de l’assemblée même, au milieu du
tumulte, des cris, des gestes et des paroles et de
ce petit tocsin qu’on appelle la cloche du président ;
dans ce chaos qui m’enveloppe, votre pensée m’est
douce et sereine. Je vous envoie la mienne pour vous
remercier.
truly.
Victor H.
14 juin 1848.
à Madame Victor Hugo.
24 juin 1848.
De l’assemblée, 8 heures du matin.
Chère amie, j’ai passé la nuit à l’assemblée, à la
disposition des évènements. Ce matin, à six heures,
j’ai essayé d’aller te retrouver et vous embrasser
tous place royale. J’ai pu parvenir par le quai, à
travers quelques fusillades, jusqu’à l’hôtel de
ville. J’ai parlé au général Duvivier et j’ai poussé
jusqu’à l’entrée de la rue saint-Antoine. Là, place
Baudoyer, il y avait des barricades gardées par la
ligne. On se tiraillait. Les officiers m’ont supplié
de ne pas aller plus loin, et un représentant qui est
survenu m’a fait remarquer qu’en passant outre je
risquais de tomber au pouvoir des insurgés qui me
garderaient peut-être comme otage, ce qui
embarrasserait l’assemblée. Je me suis retiré, le
cœur navré, et bien inquiet sur ma pauvre place
royale. Tous les gardes nationaux, et un professeur
de Charlemagne qui était dans la barricade, m’ont
assuré pourtant que la place royale était toujours
tranquille. J’espère que, d’ici à ce soir, le
passage sera libre et que vous me reverrez tous ; ma
pensée est avec vous.
Quelle affreuse chose ! Et qu’il est triste de songer
que tout ce sang qui
coule des deux côtés est du sang brave et généreux !
Dis à notre Charles qu’il ne s’expose pas trop.
Qu’il fasse son devoir comme je fais le mien, mais
qu’il évite les imprudences.
Nous sommes en permanence, l’assemblée va rentrer en
séance dans quelques minutes.
à Madame Victor Hugo.
25 juin. Neuf heures moins un quart.
Voici les nouvelles. Situation grave. La lutte
recommencera aujourd’hui plus vive qu’hier. Les
insurgés ont grossi. Des légions de la banlieue et
des régiments nouveaux sont arrivés. Toutes les
gardes nationales, dans un rayon de soixante lieues,
s’ébranlent et viennent défendre Paris.
On pense cependant que la journée d’aujourd’hui
finira tout. Mais quelle triste fin que tant de
braves gens tués des deux côtés !
Bixio a été frappé hier d’une balle à la poitrine
et Dornès d’une balle dans l’aine. Tous deux se
meurent. Clément Thomas et Bedeau sont blessés.
Et puis tant de braves gardes nationaux ! Et ces
pauvres ouvriers égarés ! Nous venons de décréter
que la république adopte les veuves et les orphelins.
Chère amie, sois tranquille. Tout ira bien.
Tranquillise ma Dédé. Je vous embrasse tous avec le
cœur serré.
à Madame Victor Hugo.
26 juin 1848.
Chère amie, je suis dans d’affreuses anxiétés. Où
êtes-vous ? Que devenez-vous ? Depuis deux jours, je
rôde jour et nuit autour du quartier sans pouvoir y
pénétrer. J’ai le cœur déchiré. écris-moi un mot,
dis-moi que vous êtes tous en sûreté et que vous allez
tous bien. Je ne vis pas. Donne-moi des nouvelles
détaillées de vous tous.
Je suis ici depuis vingt-quatre heures avec un mandat
d’ordre, de paix et de conciliation. Dieu nous aide
et nous aidera. La France sera sauvée.
Surtout, sois tranquille sur moi. Je vais bien,
quoique épuisé de fatigue.
à Monsieur Charles De Lacretelle.
de l’assemblée, 1er juillet 1848.
Nous sommes tous sains et saufs, mon vénérable et
cher ami ; Dieu n’a pas voulu de moi, car j’offrais
ma vie avec joie pour arrêter cette funeste effusion
du sang français.
Je vous écris à la hâte dans ce tourbillon qu’on
appelle l’assemblée. Ma femme embrasse tendrement la
vôtre. Nous déménageons aujourd’hui. écrivez-moi
désormais, 5, rue d’Isly.
Je vous serre tendrement les deux mains.
à Alphonse Karr.
3 juillet 1848.
Vous avez su par les journaux, mon cher ami, l’invasion
de ma maison par les insurgés, je leur dois cette
justice et je la leur rends volontiers, qu’ils ont
tout respecté chez moi : ils en sont sortis comme ils
y étaient entrés. Seulement un dossier de pétitions
qui était sur une table dans mon cabinet a disparu,
et je n’ai pu le retrouver ; ce dossier contenait
entre autres la pétition des habitants du Havre
que je m’étais chargé de déposer sur le bureau de
l’assemblée nationale.
... cette pétition portait, à ma connaissance, cinq
mille signatures.
Je vous serre la main et suis à vous du fond du
cœur.
Victor Hugo.
à Ulric Güttinguer.
à l’assemblée, 10 juillet 1848.
Cher Ulric, nous sommes hors du combat, mais nous
sommes toujours dans le tumulte. Je pense à vous qui
êtes au milieu des arbres et des fleurs et je vous
écris. Vous voyez les orages de la mer, moi j’en vois
d’autres et je vous envie. Prenons courage pourtant.
Il est impossible que la civilisation s’écroule, mais
il faut que l’humanité s’aide. Dieu sera pour la
France, mais il faut que la France soit pour Dieu.
Ayons la foi, nous aurons la force. La plaie est
saignante et profonde, mais qui peut donc dire au
médecin suprême : tu ne la guériras pas.
Quant à moi, j’espère. J’espérais, dans les journées
de juin, sous une pluie de balles ; j’espérais,
sachant ma famille au pouvoir des insurgés, je
comptais sur Dieu, j’avais une ferme foi, pas une
balle ne m’a atteint, pas un des miens ne m’a manqué.
Cher poëte, cher penseur, ce n’est pas à vous qu’il
faut enseigner la bienveillance, l’amour et la foi. Ce
sont vos leçons que je vous renvoie. Oui, les nouveaux
doctrinaires du pillage et du vol sont exécrables,
mais le peuple est bon. Il y a toujours en lui
quelque chose de Dieu.
Oh ! Que je voudrais être près de vous, au milieu de
la nature, avec ma famille, avec la vôtre ! Hélas !
Je tourne ici la meule fatale des révolutions. Je
serai peut-être un des premiers qu’elle broiera, mais
je veux qu’elle broie un cœur plein de confiance et
d’amour.
Je vous serre les deux mains et je vous aime.
V.
à Mm Colfavru et J-E Bérard
à la conciergerie.
messieurs,
votre remerciement me touche, mais je n’ai fait que
mon devoir. Défendre la liberté, c’est défendre
l’ordre et la constitution. Permettez-moi de vous
remercier encore en même temps de n’avoir point douté
de moi et d’avoir pensé que je resterais toujours fidèle aux
idées et aux principes. Je ne sais même plus si vous
m’avez jamais attaqué. Vous souffrez, cela me suffit.
Hier je vous combattais, aujourd’hui je vous défends.
Dans le malheur et sous les verrous je ne me connais
plus d’ennemis, je ne me connais même plus
d’adversaires ; j’ouvre les bras et je tends la main.
Je ne sais trop comment vous faire parvenir cette
lettre, je la confie au hasard qui est parfois
bienveillant.
Recevez, messieurs, l’assurance de mes sentiments de
cordialité.
V H.
10 août 1848.
à monsieur l’abbé J-H-R Prompsault, chapelain
des quinze-vingts.
comptez, monsieur l’abbé, sur tout mon concours. Je
m’associerai de grand cœur aux réclamations de mm
les évêques de Langres et d’Orléans en faveur des
pauvres aveugles des quinze-vingts. Je suis bien
touché des détails que vous m’envoyez, et je me mets
à la disposition de mm les évêques, mes collègues.
Recevez, monsieur l’abbé, la nouvelle assurance de
mes sentiments très distingués.
Victor Hugo.
30 août 1848.
à M Trouvé-Chauvel.
23 septembre 1848.
Monsieur le préfet et cher collègue, il y a dans vos
bureaux, dans votre cabinet même, un jeune écrivain de
talent et d’avenir, auquel je prends un intérêt profond
et presque paternel, c’est M Alfred Asseline. Au
moment où un mouvement se fait dans votre cabinet, je serais
heureux que M Alfred Asseline fût distingué par
vous et obtînt un avancement qu’il mérite par son
zèle, sa capacité et ses bons services, et qu’il
justifierait par son dévouement.
J’ajoute que je me considérerais comme personnellement
obligé par ce que vous jugeriez à propos de faire pour
M Asseline, car il existe un lien de parenté entre
son honorable famille et celle de ma femme.
Permettez-moi, monsieur le préfet et cher collègue,
d’espérer quelque succès pour mon jeune recommandé,
et recevez, je vous prie, la nouvelle et cordiale
assurance de ma haute considération.
Victor Hugo.
à Madame Victor Hugo, chez Madame Vacquerie.
à Villequier, par Yvetot (Seine-Inférieure).
de l’assemblée, 30 septembre 1848.
Chère amie, je t’écris quelques lignes en hâte de
l’assemblée à travers une des plus effroyables
tempêtes que j’y aie encore vues. Ta pensée et celle
de ma Dédé me sont bien douces au milieu de ces
choses sombres. Du reste, nous allons tous bien ici.
Je mène ce soir les gamins au vaudeville et nous
souperons avec un beefsteack froid en rentrant
ensemble à la maison. Je suis très content de ces
pauvres enfants. Toto est charmant, Charles
travaille, et me donne autant de satisfaction et de
joie cette année qu’il me donnait de chagrin l’an
dernier. S’il veut, il aura un bel avenir. Il me
continuera. C’est là une hérédité qu’on ne détruira
pas.
Je suis heureux de savoir Mademoiselle Dédé bien
gaie et bien portante ; moi je serais plus gai et
mieux portant si elle m’avait écrit un mot. Je
devrais la gronder, mais j’aime mieux l’embrasser. Je
l’embrasse donc. Allez, mam’zelle !
Offre mes respects à ces dames. Mille amitiés à
Auguste qui faisait de belle prose ici et qui fait
de beaux vers là-bas. Il fait bien d’offrir la poésie
à la nature et la critique à cet affreux Paris. J’ai
remis ta lettre à Isidore. Le déménagement marche.
Mme D’A s’en occupe avec un dévouement admirable.
Je songerai aux sonnettes. Il est probable que je
parlerai d’ici à deux
jours à l’assemblée sur la peine de mort et la
liberté de la presse. à propos, je me chamaille
horriblement avec le conseil de guerre. Ton pauvre
oncle en est tout pâle.
Je t’embrasse tendrement. à bientôt chère amie.
V.
Va prier pour moi près de mon pauvre doux ange.
à Monsieur Hyacinthe Vinson.
votre lettre du 15 octobre, monsieur, s’est égarée
dans mon déménagement et n’est mise sous mes yeux
qu’aujourd’hui. Je tiens à ce que vous le sachiez,
car, sans avoir l’honneur de vous connaître, j’eusse
été charmé de pouvoir vous être utile ou agréable ;
du reste je n’ai aucune influence sur les hommes du
pouvoir actuel et je n’ai particulièrement point
l’honneur de connaître le représentant que vous me
désignez.
Recevez, monsieur, l’assurance de mes sentiments
distingués.
Victor Hugo.
8 novembre 1848.
à Paul Lacroix.
dimanche, 10 décembre.
Vous avez raison de compter sur ma bonne vieille
amitié. Vous savez comme elle est à vous et depuis
longtemps. Mais, par grâce, ne voyez pas en moi un
ministre, je veux rester l’ami indépendant des
lettres et des lettrés. Je veux l’influence et non
le pouvoir, l’influence honnête, probe, éclairée et
rien de plus, rien pour moi surtout. Et toute mon
ambition, quand à vous tous vous aurez sauvé la
civilisation et le pays, ce sera de retourner à ma
charrue, c’est-à-dire à ma plume.
Vous savez que je serai bien heureux de vous voir et
de vous serrer la main.
Victor H.
à émile De Girardin.
j’ai mis huit jours à lire votre écrit du 14. Je ne
sache pas de plus grand éloge ; il ne suffit pas de
lire, il faut méditer. Chaque mot est une idée,
chaque ligne est une page, chaque page est un volume.
Je vous contredirais peut-être sur quelques points et
j’irai pour cela causer un de ces jours avec vous,
mais sur presque tous nous sommes d’accord. Ordre,
paix, liberté, grandeur, voilà ce qu’il faut
maintenant. L’aurons-nous ? Continuez de semer les
idées, continuez de lutter et d’enseigner. Je serai
heureux chaque fois que je pourrai vous appuyer. Vous
êtes un grand esprit courageux.
à bientôt. Je vous serre la main.
Victor Hugo.
25 décembre 1848.
à Monsieur Duriez, gérant de la société des
œuvres de Victor Hugo.
monsieur,
la présente année 1848 a été mauvaise pour le
commerce et pour la librairie en particulier. Cette
année se trouve comprise parmi celles dont vous m’avez
acheté l’usufruit. Il me paraît juste de ne point vous
la compter, c’est une perte dont les évènements
politiques sont la cause et que je crois devoir
supporter seul. Permettez-moi donc d’ajouter
volontairement et de mon plein gré une année de plus
à celles que vous m’avez achetées par notre traité du
2 septembre 1839.
Je n’y mets qu’une condition, c’est que vous ne vous
écarterez pas, dans les cessions de droits que vous
croirez pouvoir consentir, des formes et des limites
que vous vous êtes tracées dans tous vos traités
précédents avec vos divers cessionnaires, que vous ne
consentirez aucune vente de mes ouvrages à vil prix
et que vous continuerez d’en administrer l’usufruit
comme tout usufruit doit être administré, en bon
père de famille. Moyennant quoi, vous pouvez
considérer par ces précédentes sic votre droit
de tirage comme
prorogé jusqu’au 31 juillet 1850 et votre droit de
vente exclusive des exemplaires imprimés comme
prorogé jusqu’au 31 juillet 1851, époque à laquelle
je rentrerai dans la pleine possession de ma
propriété, n’étant du reste dérogé à aucune des
conditions de notre traité.
Je suis heureux, monsieur, de donner à vous et à la
compagnie que vous administrez cette preuve de mon
bon vouloir et cette marque de tous mes sentiments
de cordialité.
Veuillez, je vous prie, en agréer la nouvelle
expression.
Victor Hugo.
24 décembre 1848.
Voici, monsieur, la lettre rédigée comme je la crois
indispensable aux intérêts de tout le monde et aux
termes du traité. Serez-vous assez bon, si vous
l’approuvez ainsi que mm vos associés, pour me la
renvoyer revêtue de votre signature.
Agréez, monsieur, la nouvelle assurance de mes
sentiments très distingués.
Victor Hugo.
Ce 27 décembre 1848