Cruelle, il suffisoit de m’avoir pouldroyé

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Pierre de RonsardAmours Diverses

Cruelle, il suffisoit de m’avoir pouldroyé


Cruelle, il suffisoit de m’avoir pouldroyé,
Outragé, terrassé, sans m’oster l’esperance.
Tousjours du malheureux l’espoir est l’asseurance :
L’amant sans esperance est du tout fouldroyé.

L’espoir va soulageant l’homme demy-noyé :
L’espoir au prisonnier annonce delivrance :
Le pauvre par l’espoir allege sa souffrance :
Rien meilleur que l’espoir du Ciel n’est envoyé.

Ny d’yeux, ny de semblant vous ne m’estes cruelle :
Mais par l’art cauteleux d’une voix qui me gelle,
Vous m’ostez l’esperance, et desrobez mon jour.

O belle cruauté, des beautez la premiere,
Qu’est-ce parler d’Amour, sans point faire l’amour,
Sinon voir le Soleil sans aimer sa lumiere ?

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