Dame la Paix
JOSÉPHIN SOULARY
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DAME LA PAIX
Récit familier.
I
A l’époque où le soin de surveiller sa terre
Fait les loisirs d’Horace au magistrat austère,
Quand le soleil tardif, en humeur de chômer,
Délivre son permis de chasse au Sagittaire,
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- Avec le droit — de s’enrhumer,
- Avec le droit — de s’enrhumer,
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J’y grimpais quelquefois par la Sente à la chèvre,
Mon fusil sous le bras, dérangeant quelque lièvre
Que j’allais tuer net, — s’il se fût tenu coi —
Ou faisant envoler d’un massif de genièvre
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- Un perdreau — moins surpris que moi.
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Bien avant qu’apparût entre les deux grands frênes,
Au détour du lavoir bordé de marjolaines,
Le toit pentif, accent jeté sur l’horizon.
Une clameur pareille au bruit des mers prochaines
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- M’annonçait de loin la maison.
- M’annonçait de loin la maison.
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Car la maison couvait la tempête infinie.
La fermière en était l’irritable génie ;
Elle parlait si haut ! — (pardon, je me trompais)
Elle criait si fort ! — Aussi, par ironie,
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- L’appelait-on Dame la Paix.
- L’appelait-on Dame la Paix.
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Par elle tout bougeait, grouillait, faisait merveille ;
Si la poule en son nid, comme en ses fleurs l’abeille,
Si la vache à l’étable, au bercail le mouton,
Gloussait, bêlait, bramait & bourdonnait, l’oreille
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- Devinait qui donnait le ton.
- Devinait qui donnait le ton.
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Au fond (le dehors ment & le fond seul importe)
C’était un brave cœur — servi d’une voix forte,
Et le cœur pour la voix vous demandait pardon
Quand, de l’air dont une autre eût dit : « Passez la porte ! »
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- Elle vous criait : « Entrez donc ! »
- Elle vous criait : « Entrez donc ! »
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Dès le seuil on tombait en plein remû-ménage ;
Le sarment crépitant, la poêle faisant rage,
L’étain sonnant, les plats tintant sur le dressoir,
Rendaient à leur manière un bruyant témoignage
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- De son zèle à vous recevoir.
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La ferme entre ses mains prospérait, comme on pense.
Accueillante aux profits, serrée à la dépense,
Elle était le pivot qui faisait tout mouvoir ;
Au besoin châtiment, à propos récompense,
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- C’était le Janus du devoir.
- C’était le Janus du devoir.
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C’était Argus aussi. Double vue aggravante
Des larcins qu’on commet, des ruses qu’on invente,
Ce dragon vigilant ne laissait approcher
Ni les jolis garçons de sa jeune servante,
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- Ni les frelons de son rucher.
- Ni les frelons de son rucher.
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Bref, c’était ce qu’on nomme une femme-maîtresse.
Le pied toujours levé, la langue allant sans cesse,
Elle distribuait, un œil ouvert sur tous,
Aux bêtes la provende, aux marmots la caresse,
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- Les bourrades à son époux.
- Les bourrades à son époux.
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Et l’époux résigné marchait, — sans plus de cure
De ces assauts qu’un bœuf n’en a d’une piqûre ;
Il disait en riant : « Le calme est au plus fort ;
Notre femme ressemble au barbet de la cure,
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- Parce qu’il jappe, il croit qu’il mord. »
- Parce qu’il jappe, il croit qu’il mord. »
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Advint que l’homme un jour fut pris de maladie.
Alors eut lieu le drame avec la comédie ;
Elle chercha querelle à Dieu, l’interpella,
Pria tant & si haut, que la Mort assourdie
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- Rit, fut vaincue, et s’en alla.
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Dame la Paix n’est plus. Un jour de cet automne,
La chasse m’y portant, je monte, & je m’étonne
De ne pas voir le pâtre aux champs, l’homme au labour,
La servante au lavoir, le chien au seuil, personne
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- A l’étable, au fenil, au four.
- A l’étable, au fenil, au four.
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Dans la cour grande ouverte, à terre éparpillées
Gisaient, fumier déjà, des javelles souillées ;
L’auge n’avait pas d’eau ; la crèche était sans foin ;
Les râteaux édentés, les faucilles rouillées,
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- Se cachaient, honteux, dans un coin.
- Se cachaient, honteux, dans un coin.
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Quelques poules sans coq disputaient d’une paille ;
Un bœuf maigre aiguisait sa corne à la muraille ;
Un âne en liberté se demandait conseil ;
L’abeille, sans abri qu’un chaume qui s’éraille,
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- Se traînait mourante au soleil.
- Se traînait mourante au soleil.
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Le désarroi régnait partout. Les plates-bandes
S’effaçaient au jardin sous les herbes gourmandes ;
L’ortie envahissait la vigne & les fraisiers ;
Et la ronce courait, de ses folles guirlandes
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- Étranglant jasmins & rosiers.
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Qu’il faisait peine à voir le logis, à cette heure !
Où tout riait jadis la pierre même pleure,
Et l’âme de la morte en fuit de toute part,
Comme une ruche à miel où plus rien ne demeure
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- Dès que la reine-abeille part.
- Dès que la reine-abeille part.
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J’ai su que l’homme, atteint d’un ennui lamentable,
Du cabaret voisin ne quitte plus la table ;
Le fils aîné braconne & tourne au garnement ;
Les champs restent en friche, & la fille d’étable
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- Vient d’accoucher sans sacrement.
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Pour la moralité, ma foi, je la hasarde
D’après un vieux chasseur à l’humeur goguenarde :
« Dieu, quand sa loi sévère au travail nous soumit,
Comme il prévoyait tout, fit Ève un peu criarde,
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- De peur qu’Adam ne s’endormît. »
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