De la fréquente Communion.../Partie 1, Chapitre 2

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Partie 1, Chapitre 1 De la fréquente Communion... Partie 1, Chapitre 3


Chapitre 2


de quelle sorte on doit suivre l’exemple de la frequente communion des premiers chrestiens.

response. Vous ne sçauriez avoir un plus loüable dessein, que celuy que vous proposez en cét article ; mais parce que la confusion sert autant à couvrir l’erreur, que la distinction à éclaircir la verité ; pour proceder avec ordre dans la recherche où vous m’engagez, il est besoin de considerer avant toutes choses, ce que tous les peres nous enseignent, que l’eglise est composée de deux sortes de personnes, d’innocens et de pecheurs ; c’est à dire, de ceux qui sont demeurez dans la grace du baptesme, et de ceux qui l’ont perduë par quelque peché mortel. Pardonnez moy si je vous dis, que toutes vos mauvaises consequences ne sont procedées que de l’ignorance de cette distinction, et de la diversité de la discipline envers deux estats si differents. Car tout ce recueil de passages, que vous n’avez peut-estre jamais leus dans leurs sources, comme il est aisé de le juger, ne monstre autre chose, que ce qui se pratiquoit envers les premiers, qui sont les innocens et les justes ; et envers ceux d’entre les derniers, c’est à dire, d’entre les pecheurs , qui s’estans purgez de toutes leurs impuretez par une longue et serieuse penitence, s’estoient remis dans l’exercice d’une vie vrayment chrestienne. Mais quant à ceux qui s’estoient nouvellement relevez de quelque peché mortel, je feray voir dans la suitte, que tant s’en faut, qu’aucun des peres leur ait jamais conseillé de communier souvent, qu’au contraire par la pratique de l’eglise ils ont tousjours esté retranchez de la communion pour quelque temps, comme d’une viande trop solide, et disproportionnée à leur foiblesse. De sorte que celuy qui veut regler la maniere dont il se faut conduire, pour ce qui regarde l’eucharistie envers les pecheurs et les penitens, (qui est le principal point dont veritablement il s’agit) par l’usage de l’eglise ancienne envers les innocens et les justes, se rend aussi ridicule qu’un homme qui ramasseroit tout ce que disent Hipocrate et Galien touchant la nourriture de ceux qui se portent bien, pour en conclure que les malades, ou ceux qui ne font que sortir de la maladie, se doivent servir du mesme regime de vivre. Mais pour vous monstrer, qu’en tout cecy je ne desire rien dire de moy-mesme ; escoutez ce que Sainct Bonaventure nous enseigne sur la mesme question que vous proposez ; s’il vaut mieux communier souvent que rarement ; et sur le mesme exemple dont vous vous servez, des frequentes communions de l’eglise primitive. Ce grand homme, dont Gerson prefere la doctrine à celle de tous les autres scholastiques, apres avoir rapporté ce qui se peut dire de part et d’autre touchant la frequente reception de l’eucharistie, forme enfin sa decision en ces excellentes paroles. (...). Ce seul passage pourroit servir de response toute entiere à tout vostre escrit, puis qu’il renverse en ce peu de mots toutes vos fausses maximes. Car vous proposez generallement à toutes sortes de personnes, quelques foibles et imparfaites qu’elles soient, afin de ne dire pis, l’exemple des premiers fidelles, pour les porter à communier souvent : et ce saint soustient au contraire, que cét exemple ne doit estre imité que de ceux qui imitent la ferveur et la sainteté de ces premiers chrestiens, et qui comme eux se conservent inviolablement dans la renaissance divine, et dans la plenitude du Saint Esprit, que le baptesme et la confirmation leur ont conferée. Vous voulez que pour tiede et pour froide qu’une ame se reconnoisse, elle communie souvent sans aucune crainte : et luy, soustient au contraire, que les ames froides, et qui se trouvent en l’estat de l’eglise finissante, dont Jesus-Christ mesme a predit que le feu de la charité se refroidiroit, ne doivent communier que rarement. Vous ne voulez pas, que ce soit une action de respect envers l’eucharistie, que de s’en abstenir quelquesfois par humilité : et luy nous asseure, que ceux-mesmes, qui sont arrivez à une plus grande perfection que ne porte cét estat de la vieillesse de l’eglise, se doivent partager entre le respect, et l’amour ; et que ce mystere demande d’estre honoré égallement par une abstinence religieuse, et par une sainte avidité. Vous osez nier, que le delay serve en quelque chose à communier avec plus de reverence : et S Bonaventure condemne si clairement cét erreur, qu’il enseigne en termes exprez, que l’ame qui a desja fait quelque progrez dans la vertu chrestienne, doit se retirer quelquesfois du saint sacrement, pour apprendre à le reverer, ut addiscat revereri . Et enfin, vous ne connoissez point d’autre voye pour toutes sortes de personnes, que la multiplication des communions : et ce saint qui estoit poussé d’un autre esprit que le vostre, et qui sçavoit en combien de differentes manieres Jesus-Christ a accoustumé de conduire ses serviteurs, veut que chaque personne juge par sa propre experience, s’il luy est plus utile pour son avancement dans la pieté de communier plus, ou moins souvent ; et qu’elle choisisse la voye qu’elle sent estre la plus agreable à Dieu, et que Jesus-Christ favorise davantage de ses graces. Jugez quelle doit estre vostre doctrine, puis qu’elle est directement contraire à celle de ce grand docteur. Jugez, si c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à l’eglise , comme vous dites sur la fin de ce discours, de suivre le conseil de ce saint, pour porter quelques personnes à se retirer quelquesfois de l’eucharistie par humilité et par reverence ; et pour destourner les ames impures et pecheresses de communier souvent ; ou d’y pousser indifferemment tout le monde, comme vous faites par vostre escrit. Jugez si c’est sa doctrine, ou la vostre, qui est un stratageme du diable , pour user de vos paroles. Et pardonnez-nous, si nous estimons davantage le jugement de Saint Bonaventure, qui estoit animé de l’esprit, et esclairé de la lumiere des anciens peres ; que celuy d’un homme, qui tesmoigne ne sçavoir que des maximes que les peres ont ignorées, et ignorer celles que les peres ont sceuës. Pardonnez-nous, si nous reverons autant la sagesse, avec laquelle il distingue le temps de la plus grande vigueur, et de cette force heroïque de l’eglise primitive, d’avec celuy de sa decadence et de son declin, les chrestiens du treiziesme siecle, d’avec ceux du premier, les foibles estincelles du feu divin, d’avec les flammes ardentes, qui embraserent toute la terre, comme nous improuvons l’indiscretion avec laquelle vous confondez des âges si differents, et des choses si distinctes et si separées. Et enfin pardonnez-nous, si nous aymons mieux nous conduire selon cette regle ancienne d’un religieux si saint, d’un docteur si celebre, et d’un prelat si illustre ; que selon les nouveaux advis d’un directeur inconnû, qui peut-estre n’a qu’une vertu commune, et qui certainement n’a qu’une suffisance tres-mediocre, et nulle autorité dans l’eglise.

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