De la fréquente Communion.../Partie 2, Chapitre 13

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Chapitre 13


que la grandeur de la disposition qu’on doit apporter à la saincte communion, à obligé les peres de ne la point accorder aux pecheurs, qu’apres qu’ils se seroient long-temps purifiez par les exercices de la penitence.

nous avons veu ce qui a porté les peres à obliger les pecheurs, de pleurer leurs crimes un espace de temps raisonnable, autant que de leur en faire esperer la remission, par le ministere des prestres. Voyons maintenant ce qui leur a fait juger si necessaire, de ne se point approcher de l’eucharistie, lors qu’on trouve sa conscience blessée par quelque crime, par quelque peché mortel, sans s’estre auparavant purifié par les exercices de la penitence. Il n’en faut point chercher d’autre cause, que l’extréme pureté de cette victime sainte, qui s’immole sur nos autels, et qui demande en tous ceux qui y participent, une pureté qui soit en quelque sorte proportionnée à la sienne. C’est le fondement, et l’abregé de toutes les dispositions, que ce mystere adorable demande de nous. Le sauveur dit dans l’evangile, que par tout où sera le corps, les aigles s’y assembleront. Les peres ont entendu cette parole, non seulement de cette derniere assemblée, qui rejoindra tous les membres à leur teste, lors que les saints sortans de leurs tombeaux, comme des aigles renaissantes s’esleveront vers Jesus-Christ au milieu de l’air, ainsi que Saint Paul tesmoigne ; mais aussi de cette assemblée des fidelles, qui se fait tous les jours en l’eglise autour de ce corps immortel et glorieux ; parce que celle-cy est la figure de l’autre ; à laquelle elle nous prepare, en nous en donnant dés icy-bas les arrhes et les premices. Et c’est ce que l’eglise a eu dessein de nous faire remarquer, par cette sainte et ancienne ceremonie de suspendre le corps de Jesus-Christ au plus haut de nos autels pour nous le representer, comme il paroistra au dernier jour, eslevé sur une nuée, jugeant tous les hommes. C’est pourquoy ces mesmes peres nous enseignent, que le fils de Dieu par ces paroles veut, que nous soyons des aigles, pour avoir droit de nous assembler autour de son corps ; et qu’ainsi cette faveur n’appartient, qu’aux ames, qui ne rampent point sur la terre, qui ne sont point attachées aux choses basses, qui prennent leur vol vers le ciel, qui ont une veuë assez penetrante, et des yeux assez perçans, pour contempler fixement le soleil de justice, et qui font paroistre par leurs actions, qu’elles ont receu de l’esprit saint le renouvellement de l’aigle. Que si en ce dernier jour les corps des bien-heureux ne se doivent eslever vers le ciel, pour s’unir au corps glorieux du fils de Dieu qui paroistra au milieu de l’air, qu’apres avoir esté remplis de la gloire de leurs ames, qui se reüniront avec eux : il est bien raisonnable (selon les regles saintes de ces grands saints) que les ames ne s’eslevent à cette haute communication qui se fait avec Jesus-Christ, par la communion de son corps glorieux, qu’estans remplies du Saint Esprit, et d’une grande abondance de grace ; ainsi qu’il a paru dans la premiere communion, qui a suivy la descente du Saint Esprit, laquelle avoit osté aux apostres le reste de leurs foiblesses, et leurs dernieres imperfections. C’est ce que l’eglise ancienne a tousjours observé, n’ayant jamais donné l’eucharistie aux baptisez, quoy qu’incorporez à Jesus-Christ par le baptesme, qu’apres les avoir establis dans la plenitude de la grace, par le sacrement de confirmation. Et de là nous pouvons comprendre la raison de ce que nous cherchons, et entrer dans la cause de ce retardement salutaire, dont tous les peres ont usé envers ceux, qui avoient perdu cette plenitude de grace, et qui estoient tombez dans de plus grandes foiblesses, et de plus grandes langueurs, que ne sont celles des payens et des infidelles. Ils ont voulu leur donner moyen de se reparer, et de se remettre, s’il estoit possible, dans le premier estat par une veritable penitence, et qui fust proportionnée à la grandeur de leurs pechez. C’est pourquoy ils leur remettent souvent devant les yeux ces paroles divines de l’apocalypse ; souvenez-vous d’où vous estes tombé, et faites penitence :

et lors qu’ils leur commandent avec Saint Paul, de s’esprouver eux-mesmes avant que de manger ce pain celeste, de peur de le manger à leur condemnation, quoy qu’ils les obligent de se presenter aux prestres, pour obtenir de leur puissance la remission de leurs crimes, ils ne renferment pas neantmoins cette espreuve de soy-mesme necessaire, pour s’approcher dignement de l’eucharistie, dans les bornes d’une simple confession ; mais ils l’establissent principallement, dans l’obligation de se purifier par des fruits dignes de penitence, avant que de communier. Jamais l’eglise n’a esté plus obligée de s’expliquer sur cette matiere, que du temps de Saint Cyprien. Un grand nombre de chrestiens, que la fureur de la persecution avoit abbatus, desiroient se relever de leur cheute, et demandoient avec instance, d’estre receus par l’indulgence de l’eglise à la participation des mysteres. S’il n’y eust eu autre chose à faire, pour se rendre digne de recevoir le corps et le sang de Jesus-Christ, que de confesser leur crime, et en recevoir aussi-tost l’absolution, il leur eust esté bien aisé d’obtenir cette faveur. Car on ne peut pas dire, que c’estoit la simple apprehension de descouvrir leurs fautes, et de se reconnoistre criminels, qui les portoit à se precipiter dans des communions sacrileges, et à s’asseoir impudemment à la table de Jesus-Christ, avant que d’en avoir receu le pouvoir de ses ministres, puis qu’ils employoient publiquement l’intercession des martyrs, pour obliger les evesques à leur faire grace, et qu’ainsi ne faisant point de difficulté de se reconnoistre coupables, ils demandoient simplement, qu’on les traittast avec indulgence. Mais parce qu’ils connoissoient la fermeté de l’eglise, à garder inviolablement les regles, qu’elle avoit receuës des apostres pour la guerison des ames ; parce qu’ils sçavoient qu’on ne se contenteroit pas d’une simple confession de leurs crimes, mais qu’on les obligeroit de les expier par les exercices laborieux d’une longue penitence, et que ce seroit leur faire beaucoup de grace, que de les admettre à la mort, ou tout au plus, apres un long espace de temps, à la participation de l’eucharistie ; l’apprehension de ce retardement ennuyeux, et des peines qu’il falloit souffrir, pour meriter d’estre receus à la saincte communion, les porta à se servir de toutes sortes de moyens, pour se dispenser de cette penitence austere, qui leur paroissoit insupportable, et à exciter pour cela tant de trouble et tant de tumulte. Qu’est-ce que l’eglise pouvoit faire en cette rencontre ? Si c’estoit le moyen de guerir les ames, que de les traitter avec une douceur facile, et une indulgence molle, y eut-il jamais de plus juste sujet de le faire ? Ces saints evesques qui brusloient d’ardeur et de zele pour le salut de leur peuple, qui estoient prests tous les jours à donner leur sang et leur vie pour la conservation de la moindre ame de leur troupeau, eussent-ils fait difficulté de se relascher dans une chose qu’ils eussent creuë indifferente, ou peu necessaire, pour empescher la perte d’un grand nombre d’ames, qui ne pouvoient souffrir ce retardement de la saincte communion, et qui menaçoient l’eglise de schisme, si elle ne se rendoit plus facile à les recevoir dans son sein, sans les obliger à de si longues, et de si laborieuses penitences ? Mais c’estoit cette mesme charité, que ces grands saints avoient pour les ames, qui les empeschoit d’estre indulgens à leur perte et à leur ruïne, et de leur accorder le poison pernicieux d’une communion precipitée. Ils avoient infiniment plus de veritable pitié des pecheurs, que nous n’en avons, mais ils ne se laissoient pas emporter aux apparences vaines d’une misericorde cruelle, qui les tuë au lieu de les guerir. Et ils sçavoient avant que Saint Ambroise l’eust escrit, (...). Autant que leur cœur estoit tendre, pour compatir aux veritables penitens : autant leur esprit estoit ferme, pour maintenir les regles de l’evangile, contre ceux, qui refusoient d’entrer dans les exercices de la penitence. Ils avoient pour les premiers des entrailles de compassion ; et un front d’airin, semblable à celuy du prophete, contre les derniers. Et comme ils traittoient les uns en peres tres-charitables, qui ne tesmoignent jamais plus d’amour pour leurs enfans, qu’en les chastiant pour les corriger de leurs vices ; ils se croioient obligez de traitter les autres en juges severes, et de demeurer inflexibles à leurs injustes demandes. C’est de ces mamelles d’amour, et de charité , que Saint Augustin a admirées dans Saint Cyprien, et c’est en mesme temps de cette vigueur toute celeste et toute divine, que partoient ces belles paroles, que ce grand primat d’Afrique escrit au Pape Corneille sur ce sujet. Elles sont esgalement pleines d’une tendresse vrayement amoureuse, et d’une force plus qu’heroïque ; et elles ne ressentent pas moins la douceur paternelle d’un saint evesque, que le courage invincible d’un grand martyr. (...). Toute l’eglise romaine en corps ne parle pas moins fortement dans une lettre, qu’elle escrit à ce saint, sur le mesme sujet de ces pecheurs, qui demandoient à estre receus à la participation de l’eucharistie, avant que d’avoir passé par une longue et austere penitence ; (...). Ainsi quelque instance que fissent ceux, qui estoient tombez, pour estre receus à la communion, sans estre obligez de faire auparavant une longue penitence ; l’arrest, que l’eglise prononça en cette rencontre, fut (...). Saint Cyprien explique encore plus au long cette ordonnance de l’eglise dans l’epistre à Antonien ; (...). C’est en cette sorte que ces saints evesques, ces dignes successeurs des apostres si bien instruits de leurs maximes, et de leurs regles, ont creu que tous ceux qui avoient commis des crimes se devoient preparer à l’eucharistie, en s’efforçant de les expier auparavant par une satisfaction raisonnable. C’est l’espreuve qu’ils ont estimé que l’apostre demandoit d’eux pour ne point manger ce pain celeste à leur condemnation. Qu’on lise ce que le clergé de Rome et Saint Cyprien en escrivent, et l’on trouvera que soit qu’ils deplorent les sacrileges que les pecheurs commettoient par cette aveugle passion de retourner aussi-tost à la participation de l’eucharistie ; soit qu’ils se plaignent de la temerité de quelques prestres, qui par une fausse indulgence les poussoient dans ces communions precipitées ; soit qu’ils avertissent les martyrs de ne pas authoriser ces desordres par leurs intercessions ; soit qu’ils determinent de quelle sorte on se doit conduire en ces rencontres, selon la pureté de l’evangile ; tout ce qu’ils disent ne tend qu’à establir cét article de leur doctrine, que ceux qui sont décheus de la grace du baptesme ne doivent point pretendre à l’eucharistie, qu’apres s’estre purifiez par les exercices laborieux d’une longue penitence. Ils reprochent à ces pecheurs de (...). Ils declament fortement contre la hardiesse de quelques prestres, qui par une facilité inconsiderée vouloient dispenser ces pecheurs des exercices de la penitence, et les remettre aussi-tost dans la participation de l’eucharistie. Ils les accusent (...). Le clergé de Rome se plaint de la mesme sorte de ces prestres indulgens, et ne represente pas avec moins de force le tort extréme que les pecheurs reçoivent de leur malheureuse complaisance. C’est dans une lettre qu’il escrit à Saint Cyprien, où il parle en cette maniere de ceux qui estoient tombez durant la persecution ; (...). Nous voyons encore par les remonstrances que ces mesmes saints font aux martyrs, combien ils jugeoient necessaire d’expier les crimes par la penitence, avant que de se presenter à l’eucharistie. Comme ceux qui estoient demeurez victorieux dans la persecution emploioient leur intercession et leurs prieres pour le restablissement des vaincus ; l’eglise romaine, et Saint Cyprien respondent à ces requestes ; qu’il est raisonnable d’avoir esgard aux requestes des martyrs ; (...). Or quelles estoient ces demandes des martyrs, que ces saints pasteurs s’excusent de ne pouvoir accomplir, pour ne les pas juger conformes aux maximes de l’evangile, et aux enseignemens de Jesus-Christ ? Est-ce qu’ils desiroient qu’on donnast la communion à ceux qui avoient renoncé à la foy, sans avoir esté auparavant reconciliez par l’absolution du prestre ? Le contraire se voit manifestement par une lettre de l’un de ces confesseurs qui se trouve entre celles de Saint Cyprien, lequel declare, que leur intention estoit que l’on accordast la paix et la communion à ceux qu’ils auroient recommandez apres que les evesques les auroient oüis, et qu’ils auroient accomply cette ceremonie de l’eglise qu’ils appelloient exomologese, et qui comprenoit toutes les protestations et soumissions publiques, dont les pecheurs se servoient pour tesmoigner à la face de l’eglise le resentiment de leur crime, et se disposer à en recevoir le pardon par l’imposition des mains des prestres. Et en effet, cette pensée eust elle pû venir dans l’esprit de ces martyrs, de vouloir qu’on donnast l’eucharistie aux pecheurs sans les absoudre auparavant comme si c’estoit une grande peine que de recevoir l’absolution ? Mais tout ce qu’ils demandoient, c’est que les evesques en consideration de leurs merites, dispensassent ceux pour lesquels ils intercedoient des exercices penibles d’une longue et austere penitence, et les admissent aussi-tost à la communion. Et c’est ce que S Cyprien et toute l’eglise de Rome declarent ne se pouvoir faire (...). Enfin si nous considerons les instructions que ces grands saints donnent aux fidelles sur ce sujet, et le soin qu’ils prennent d’apprendre aux pecheurs (...) : je ne sçay quel sera le cœur si endurcy ; quelle sera l’ame si ennemie de la penitence, qui pourra s’opposer à des conseils si utiles qu’ils tesmoignent (...). Que si on respond qu’il s’agit dans ces lieux de Saint Cyprien, et du clergé de Rome, de ceux qui estoient tombez dans l’infidelité durant la persecution, et qu’il n’y a point de ces crimes en ce temps. Il est aisé de faire voir la foiblesse de cette response, comme nous en avons desja touché quelque chose en un autre endroit. Car il est indubitable par le tesmoignage du clergé de Rome et de Saint Cyprien, que non seulement ceux qui avoient renoncé publiquement Jesus-Christ, ou qui avoient sacrifié, ou mangé des viandes immolées aux idoles, mais ceux mesmes qui s’estoient contentez de donner de l’argent aux magistrats ; pour tirer de certains billets qui faisoient croire qu’ils avoient obey aux edits des empereurs, et qui empeschoient qu’on ne les persecutast, estoient mis au rang de ceux qui estoient tombez dans l’infidelité, et que l’eglise les obligeoit à faire penitence, comme les autres qui avoient renoncé publiquement Jesus-Christ, quoy qu’avec moins de rigueur. Or Saint Cyprien dit dans l’epistre 52 à Antonien, que les fornicateurs, et les adulteres sont plus coupables, et obligez à une plus grande penitence que ces personnes qui avoient pris de ces billets, et qui pour cette raison estoient appellez Libellatici ; et il conclud, que puis que l’eglise reçoit les adulteres à la penitence, elle devoit à plus forte raison recevoir ceux qui avoient pris des billets, n’ayant pas eu assez de foy pour confesser publiquement Jesus-Christ. (...). Puis donc qu’il y a des crimes tres-ordinaires en ce temps, comme la fornication et l’adultere, pour lesquels l’eglise obligeoit à une plus grande penitence, que pour l’infidelité, lors qu’elle n’avoit esté que secrette, il s’ensuit que l’eglise obligeoit à la mesme sorte de penitence pour toutes sortes de pechez mortels, soit qu’ils regardassent la foy, soit qu’ils regardassent les mœurs ; et qu’ainsi il n’y a nulle raison de pretendre, que ce que ces saints nous enseignent de la necessité de la penitence, ne regarde pas les pecheurs de ce temps, qui sont couverts pour l’ordinaire d’un grand nombre de crimes plus abominables devant Dieu, que ne seroit le renoncement de la foy par la violence des tourmens. Dans ce mesme passage, il paroist par les mesmes lieux de Saint Paul qui y sont rapportez, que la penitence est necessaire, non seulement pour tous les pechez d’impudicité, comme la fornication et l’adultere ; mais aussi pour tous les pechez mortels, qui sont une espece d’idolatrie selon l’apostre, parce que l’on y suit le diable qui est le prince des pechez, et qui les inspire. Et il est clair que Saint Cyprien l’entend ainsi, et c’est le sentiment commun des peres. Ce qui a fait dire à Saint Augustin cette belle parole, (...). De plus Saint Cyprien, dans cette mesme epistre, dit en termes generaux que la penitence est ordonnée de Dieu pour les pechez mortels que l’on commet depuis le baptesme : (...). Le mesme saint dans l’epistre 14 aux prestres et aux diacres de Carthage, parle de la penitence laborieuse, et qui oblige aux larmes et aux bonnes œuvres, comme du remede general qui reste aux pecheurs depuis le baptesme ; (...). Et dans l’epistre 55 au Pape Corneille, il ne reconnoist que deux voyes pour arriver au ciel, l’innocence et la penitence. D’où il conclud que ceux qui ont perdu la sanctification du baptesme, n’ont aucun moyen de se sauver, s’ils ne s’efforcent de guerir leurs playes par une satisfaction salutaire. (...). Enfin pour oster tout sujet de dispute ; ce mesme saint declare en deux differens endroits, que non seulement pour l’infidelité, mais pour des pechez beaucoup moindres, et qui n’estoient pas commis contre Dieu (c’est à dire qui ne regardoient point en particulier l’honneur et la gloire de Dieu, mais les mœurs ou le prochain) l’on estoit obligé de faire penitence durant un intervalle de temps raisonnable, et qu’on n’estoit receu à se presenter à la face de l’eglise, pour y donner des preuves publiques de son repentir (ce qu’ils appelloient exomologese) que selon le changement de vie qu’on avoit fait paroistre durant le cours de sa penitence, et qu’il falloit que toutes ces choses eussent precedé avec l’imposition des mains de l’evesque et de son clergé, avant que d’avoir droict de communier. Il doit donc demeurer pour indubitable, qu’au temps de Saint Cyprien, selon le sentiment et l’esprit de toute l’eglise (qui ne peut estre divisée de l’eglise de ce temps que par les seuls heretiques, et ne le peut estre sans sacrilege et sans violer son unité) il faut estre plusieurs jours en penitence avant que de communier, lors qu’on a perdu par les pechez mortels le droict qu’on avoit acquis par le baptesme au corps au sang de Jesus-Christ. Et comme le clergé de Rome tesmoigne, qu’ils avoient receu cette sainte discipline de la doctrine des apostres, l’esprit de Dieu l’a fait passer dans leurs successeurs ; estant tres-vray, que si nous descendons plus bas dans la suitte de la tradition ecclesiastique, nous ne trouverons que le mesme esprit et les mesmes sentimens. Pour le faire voir en peu de paroles, et sans nous engager dans un grand discours, nous n’avons qu’à produire pour toute l’eglise d’orient cette voix publique et universelle qui retentissoit dans toutes les liturgies au rapport de Saint Jean Chrysostome, que ceux qui sont en penitence sortent. Et pour celle d’occident, cette doctrine si celebre du plus grand de ses docteurs dans son epistre à janvier, qui a esté tousjours suivie par ceux qui sont venus depuis, comme une maxime indubitable ; que lors que nous avons commis des pechez mortels, nous devons estre separez du saint autel par l’autorité de l’evesque ou du prestre, et n’y retourner que par la mesme autorité de l’evesque ou du prestre, parce que c’est recevoir indignement l’eucharistie, que la recevoir au temps où l’on doit faire penitence. Il est clair, par ces deux tesmoignages si certains et si authentiques, que selon la doctrine de l’eglise, que les peres nous enseignent, lors qu’un homme s’est rendu indigne de l’eucharistie, en commettant quelque crime, comme une fornication, un adultere, un larcin, un blaspheme, ou quelque autre de ces pechez que l’apostre nous asseure meriter l’exclusion du royaume de Dieu ; il doit y avoir un espace de temps raisonnable, durant lequel il fasse penitence, et durant lequel il communieroit indignement, s’il communioit. Or cét espace de temps ne se doit point prendre avant la confession, puis que selon la doctrine constante et indubitable de l’eglise, le pecheur est obligé de confesser ses pechez au prestre pour en faire penitence par son ordonnance ; et pour recevoir de luy l’ordre de la satisfaction, comme Saint Augustin parle : les exercices de la penitence n’ayans proprement le pouvoir d’effacer les pechez, selon l’excellente parole de S Gregoire ; que lors que nous nous y sommes soûmis par le jugement du prestre, lequel apres avoir examiné les actions du pecheur qui confesse ses offenses, luy impose la peine et l’affliction de la penitence, selon la qualité de ses crimes : et par consequent il est clair que pour suivre l’esprit des peres, un homme qui a commis des pechez mortels, doit premierement s’en confesser, et puis en faire une bonne et solide penitence avant que de se presenter à l’eucharistie.