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sixiesme preuve. Que le fondement des peres pour obliger les pecheurs à une longue et laborieuse penitence, a esté le violement du baptesme : ce qui est commun à tous les pechez mortels.
la sixiesme preuve se peut tirer du fondement, que tous les peres ont eu pour obliger les pecheurs, à demeurer long-temps dans les soûpirs, et dans les larmes, dans la priere, les aumosnes, et les jeusnes, avant que d’oser approcher du saint des saints. Car s’il se trouve, qu’il soit commun à tous les pechez mortels, qui ne voit, que selon leur doctrine et leur esprit, apres toutes ces sortes de pechez, il faut estre plusieurs jours à faire penitence avant que de communier ; qui est le point dont il s’agit entre nous ? Or qui est celuy, qui ait la moindre lecture des ouvrages de ces grands saints, qui ne reconnoisse, qu’ils ont tousjours pris ; pour fondement de cette penitence rigoureuse, le violement du baptesme, qui se fait par toutes sortes de pechez mortels ? Saint Augustin marquant le bon-heur de ceux, qui sont baptisez à la mort, et le danger de ceux, qui ne font penitence qu’à la mort, dit ces paroles ; (...). Ces paroles ne monstrent-elles pas clairement, que tous les pechez qui violent la grace du baptesme, (c’est à dire, tous les pechez mortels, comme on n’en peut pas douter) obligeoient à faire penitence, en demeurant separé du corps de Jesus-Christ. Aussi tous les autres peres, lors qu’ils parlent le plus fortement de l’obligation, que les pecheurs, ont de faire une longue et laborieuse penitence, pour fleschir la misericorde de Jesus-Christ, et pour parvenir au bien supréme de la participation de son corps, dont leurs pechez les avoient exclus ; n’en apportent point de raison plus puissante, que ce violement du baptesme, dont parle Saint Augustin ; que cette grandeur des pechez qui en font perdre la sainteté ; (...). Et c’est la difference que le mesme concile reconnoist, apres tous les peres, entre le baptesme et le sacrement de penitence, (...). C’est pourquoy le Cardinal Bellarmin, defendant cette doctrine du concile contre les heretiques de nostre temps, reconnoist que (...). Et refute par là l’erreur de ces heretiques, qui se persuadent, que les pechez commis apres le baptesme se remettent aussi facilement, qu’avant le baptesme : et que la seconde reconciliation ne doit pas estre plus penible, ny plus laborieuse que la premiere. Ce qui est ruïner entierement toute la tradition divine, et toute l’escriture sainte. (...). Et Theodoret, avant tous les deux, parle en cette sorte de la reconciliation de tous ceux qui ont violé l’innocence de leur baptesme. (...). Apres cela, cherchez à qui vous pourrez persuader, que ce n’a jamais esté la prattique de l’eglise, qu’apres avoir violé par des pechez mortels la sainteté du baptesme, l’on fust plusieurs jours à faire penitence, avant que de communier. Mais sçachez qu’auparavant il est necessaire, que vous brusliez tous les livres, ou que vous démentiez tous les peres, et que vous les condemniez d’erreur et d’aveuglement, d’avoir proposé pour loix de l’eglise, ce que vous croyez estre entierement esloigné de son esprit. Que si vous n’estes pas content de ce tesmoignage si formel et si authentique, de l’un des plus sçavans evesques de l’antiquité, et des mieux instruits dans les loix sacrées de l’eglise, Saint Jean Chrysostome, qu’il suit presque en toutes choses comme son maistre, vous apprendra qu’il n’a fait cette comparaison de la penitence et du baptesme, qu’à son imitation, et qu’il avoit dit long-temps avant luy ; (...). Et avant Saint Jean Chrysostome, Saint Gregoire De Nazianze son predecesseur dans la chaire de Constantinople, nous enseigne, (...). Il est donc necessaire, selon ce pere, pour reparer par ce baptesme de larmes la perte du premier baptesme, d’imiter l’humilité du publicain ; de se tenir loin de l’autel, et de la compagnie des saints ; de se croire indigne de lever seulement les yeux au ciel, combien plus de recevoir le roy du ciel ; de ne faire autre chose que battre sa poitrine, et non pas la croire assez pure, pour estre la demeure de Jesus-Christ ; et enfin de se contenter de demander à Dieu misericorde, pour un miserable pecheur, au lieu de s’eslever jusqu’à pretendre aussi-tost à ses plus grandes faveurs. Il est encore besoin qu’il prenne la chananée pour son modelle, et que se considerant en qualité de chien et de chien horrible aux yeux de Dieu (comme parle Saint Augustin) pour estre retourné à son premier vomissement ; il se garde bien de pretendre si tost au pain des enfans ; qu’il se contente de quelques miettes de la table, en disant à Jesus-Christ, ce que cette femme luy dit dans Saint Augustin ; (...). Voila les pensées de ce grand saint, que l’antiquité par excellence a nommé le theologien : mais pour monstrer que cette doctrine n’est point une invention de son esprit, et pour en faire voir l’universalité dans l’eglise universelle ; passons à l’autre bout du monde, et nous trouverons, qu’en ce mesme temps Saint Pacien Evesque De Barcellone faisoit retentir les mesmes sentimens en Espagne ; et que respondant aux novatiens, qui par une rigueur inhumaine ne pouvoient souffrir que l’eglise remist les pechez apres le baptesme, il parle de cette sorte. (...). Et qu’on ne s’estonne point de ces paroles apres celles de Saint Ambroise, lesquelles tout le monde sçait, et que si peu considerent avec l’attention qu’elles meritent, qu’il trouvoit plus facilement des innocens, que des veritables penitens, c’est à dire, qu’il connoissoit plus de personnes (...). Et cela pour les mesmes raisons que Saint Pacien, (...). Que si nous remontons plus haut dans la source de l’eglise, nous trouverons que ces saints, et principalement Saint Pacien, n’ont esté en cela que les disciples de Saint Cyprien ; comme S Cyprien De Tertullien ; et tous ensemble de la tradition et de l’escriture sainte. Car pour comprendre l’obligation de satisfaire à la justice de Dieu, apres la perte de l’innocence du baptesme, il ne faut que considerer ces paroles de l’apocalypse, dont Saint Cyprien se sert souvent : souvenez-vous, d’où vous estes tombé, et faites penitence : puis qu’elles marquent clairement, que la grandeur de nostre penitence doit estre proportionnée à la grandeur de nostre cheute ; que nostre satisfaction doit estre plus grande, plus nostre peché est grand ; et qu’il est d’autant plus grand, qu’il ruïne de plus grands biens. De sorte qu’il ne faut que concevoir l’excellence du baptesme, (sur tout quand il est joint aux deux autres sacremens, qui nous font parfaits chrestiens, c’est à dire, à la confirmation, et à l’eucharistie) pour concevoir quel crime c’est que d’en ruïner la sainteté ; (...). Et c’est ce que le sauveur du monde nous a voulu apprendre avec tant de soin, qu’il en a fait quatre conclusions, en quatre occasions differentes, des plus importantes de l’evangile. La premiere est la conclusion du premier, et du plus grand sermon de Jesus-Christ, qui contient toute l’instruction de la religion chrestienne, qu’il a creu ne pouvoir mieux conclure, qu’en representant à tous les chrestiens, combien grande sera la ruïne de leur maison spirituelle, si elle tombe une fois par l’effort des tentations, pour n’avoir pas esté eslevée sur des fondemens assez solides. La seconde est la conclusion d’un discours de Jesus-Christ, qui contient la preparation à la religion chrestienne, où apres avoir monstré, que l’on ne peut estre son disciple sans renoncer à toutes choses, pour marquer en suitte l’importance qu’il y a de se tenir ferme en cét heureux estat de disciple du sauveur, apres y estre une fois entré, et la difficulté d’y retourner, si l’on en est une fois décheu : il adjoûte ces paroles mysterieuses, et qu’il accompagne pour cette raison de cette exclamation ordinaire dans la proposition des mysteres ; (...), le sel est bon, mais s’il s’afadit et pert sa force, qui luy pourra servir d’assaisonnement, comme il en sert aux autres choses ? (...). Comme s’il nous disoit, c’est une chose excellente d’estre mon disciple, et de pouvoir servir aux autres de sel par la vie, par les paroles, et par les actions. Mais si l’amour des choses ausquelles il faut renoncer, fait devenir ce sel fade et corrompu, qui le pourra restablir en sa premiere vigueur, lors qu’il n’est plus bon qu’à estre jetté dehors, c’est à dire, à estre jetté dans les tenebres exterieures ? La troisiesme, est la conclusion de ce miracle fait en la personne, et en la faveur d’un malade de trente-huit ans, qui est la figure du baptisé, comme la piscine, l’estoit du baptesme, et en qui Saint Augustin remarque, par ce nombre mysterieux, le manquement de la charité, qui fait le grand peché ; (...). De sorte, que selon ces paroles de la verité, l’ame qui retombe depuis le baptesme dans quelque peché mortel, se retrouve dans un estat plus déplorable, que n’est celle d’un juif ou d’un payen, et que n’estoit le corps de cét homme dans une maladie de trente-huict ans, qui ne pouvoit estre guerie que par un miracle. La quatriesme, est la conclusion de la condemnation des juifs, que les peres ont attribuée aux baptisez, qui sont décheus de la grace du baptesme ; où Jesus-Christ nous enseigne, que lors que le demon est sorty d’un homme (ce qui se fait dans nostre baptesme, où nous sommes delivrez de la puissance des tenebres) il n’y retourne qu’avec sept demons plus meschans que luy ; (...). Concluons donc, que puis que tous les peres fondent la necessité de satisfaire à la justice de Dieu, par de vrays fruits de penitence, et principallement par une humble et respectueuse separation de l’eucharistie, sur la grandeur des pechez, qui ruïnent la grace du baptesme ; il est necessaire d’enfermer dans cette obligation generalle à la penitence toutes sortes de pechez mortels, chacun selon son degré, puis qu’ils causent tous cette perte inestimable, et que pour cette raison, ils peuvent tous à bon droit estre appellez crimes enormes, puis que, selon vous, il faut en avoir commis pour estre obligé à la penitence. Car si le peché d’Adam, est appellé par les peres une grande prevarication, pour avoir ruïné l’alliance que Dieu avoit contractée avec luy : combien plus, selon cette consideration, le peché d’un chrestien doit-il estre estimé grand, puis qu’il ruïne une alliance beaucoup plus estroitte, et plus sainte, qu’il a contractée dans le baptesme avec Jesus-Christ, qui est celuy qui baptise ? De sorte, que si le premier homme, aussi-tost qu’il eut rompu cette premiere alliance, fut privé du fruit de vie, qui est l’image de l’eucharistie : combien plus les chrestiens, qui violent la seconde, se rendent-ils indignes de communier au corps de Jesus-Christ ? Et n’est-ce pas une des grandes graces, et pour parler avec l’escriture, la grande misericorde de la loy nouvelle, que Jesus-Christ redonne encore son corps, et son sang, à ceux, qui apres l’avoir offensé par des pechez mortels, reviennent à luy avec un cœur contrit et humilié, et se rendent dignes de rentrer dans cette jouïssance divine, par de vrais fruits de penitence ? Que s’il estoit permis d’imiter icy vos chaleurs, j’aurois bien plus de sujet que vous, de dire, que le plus grand mal-heur qui puisse arriver à l’eglise , c’est que les directeurs des consciences ne considerent pas assez l’estat deplorable, où nous reduit le moindre des pechez mortels ; les sentimens de douleur, que l’on doit avoir d’estre rentré sous la puissance du demon ; et de quelle sorte l’on doit pleurer la perte et la mort de son ame. (...).